09/04/2019
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Le temps de la reconquête, partie 1


"La reconquête du territoire nationale est notre priorité ! Pour accomplir la destinée de notre race, nous devons contrôler chaque millimètre de terre qui compose notre territoire national. Les peuples barbares du nord n'ont que trop eu d'autonomie. Notre faiblesse les a encouragées et aujourd'hui, ils menacent plus que jamais le cœur de la civilisation mondiale pure. Nos troupes doivent remonter vers le nord pour soumettre chaque tribu ! chaque village ! chaque ferme ! Nous devons en finir avec la débâcle morale et civilisationnelle des peuplades du nord. Nous soumettrons chaque habitant et purifierons les races impures sur notre passage. Les temples hérétiques seront brulés, les villages rebelles rasés et les tribus ne se soumettant pas à notre toute puissance, exterminées. Leurs territoires nous appartiennent et il n'est pas question que nous ne puisons pas en avoir le plein contrôle. Nous réduirons en cendre leurs cultures et leurs traditions hérétiques. Nous les convertirons de gré ou de force à la seule foi de ce monde, la nôtre !

Les races inférieures du nord ne sont bonnes qu'à nous servir et une vie bolekovice ne vaut pas 1000 vies de ces infâmes sous-humains ! Ensemble, soldats, nous referons naitre la gloire de notre peuple et accomplirons la destinée que nous ont promis nos dieux. Allez à la guerre sainte, battez-vous pour la nation et soumettez ces ennemis de l'Église !"


Ça, c'est le discours qu'a tenu le Patriarche Omelyan devant l'armée. L'an 100 du calendrier vélèsien approchait à grands pas. Et le Patriarche qui a maintenant 81 ans et qui a déjà 32 ans de règne, doit marquer le coup pour réaffirmer son pouvoir, sa puissance et son autorité. Il tente donc la voie militaire pour un succès plus important, mais en parallèle, tente la réussite économique. Passer la barre des 50 milliards de PIB serait symbolique et matérialiserait le retour de la puissance vélèsienne. Mais autant par envie de redorer son image, bien qu'il soit extrêmement populaire, de par la propagande, la désinformation et le dévouement religieux, ou par conviction personnelle, car il croit fermement à ses idées racistes et eugénistes.
Soumettre les peuples du nord permettrait d'amorcer la fameuse prophétie de domination du nord-nazuméen et permettrait de faire taire les voix dissidentes au sein du Conseil des Anciens.

Par les journaux, les discours et des messages plus subtils, il prépare le terrain de ses opérations militaires et fanatise la population et les troupes. Cette opération de soumission des peuplades du nord ne se fera pas sans encombre et il le sait. Certaines ont gardé des traditions militaires fortes. À cela s'ajoute le relief accidenté et le climat dur du nord, et la possibilité d'un enlisement, de maladie, de guérilla ou même de morts par le froid est fort. Il veut donc mettre en place une blitskryh (Blitzkrieg en allemand ou guerre éclaire en français). Dès les derniers préparatifs finalisés, il lancera ses troupes de manière rapide et concentrée dans le nord.

Environ 4'000 soldats seront envoyés dans un premier temps. Les premiers et deuxièmes bataillons d'infanterie, le premier bataillon de hussards et le premier bataillon ecclésiastique. Grâce à la remise en service de vielles armes des années 50, l'armée dispose de plus de moyens pour pouvoir mener sa blitskryh. Des véhicules blindés seront mobilisés, mais le pouvoir compte principalement sur sa cavalerie pour faire des ravages et mener une guerre psychologique. Le plan de base et le suivant :

Une colonne de cavaliers fond sur un village en allant tout droit et tue les personnes qu'elle croise. Puis une heure plus tard doivent arriver une troupe d'infanterie pour tirer un peu dans le tas et effrayer les populations du village. Ce sont eux qui doivent faire des prisonniers s'il en faut. C'est pendant la nuit que sonnent des cors extrêmement bruyants et que les moines soldats arrivent. Ils brulent certaines maisons, torturent et tuent certaines personnes et commettent d'autres atrocités puis partent enfin. Il doit toujours rester un minimum de 50% de survivants pour ne pas totalement dépeupler la zone et que les récits des meurtres et massacres se propagent dans le nord.

Un bataillon doit garder la frontière entre les peuples civilisés et non civilisés pour éviter que trop d'informations arrivent dans le sud. L'objectif final est la soumission totale du nord, l'épuration ethnique, voir le génocide des populations jugées impures, l'exploitation pleine et entière des ressources de ces territoires. L'acquisition de main d'œuvre corvéable et la reprise de reliques sacrées. Mais le Saint-Ordre est prêt à beaucoup de sacrifices pour arriver à ses fins, les tribus du nord on du souci à se faire...

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Le temps de la reconquête partie 2


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Deux heures et demie du matin. Leonid se réveille au son du clairon militaire. Cela fait trois semaines qu'il a été déplacé dans la caserne de Birvoskgrad. Dans cette caserne se trouve le 1ᵉʳ bataillon d'infanterie de l'armée vélèsienne. Leonid n'est qu'un jeune soldat de 26 ans qui s'est engagé par patriotisme. Les films de propagandes de l'armée avaient fait briller ses yeux quand il était enfant et son rêve était de devenir un grand officier de l'armée.

Les discours enflammés du Patriarche Omelyan exacerbaient encore plus son envie de se battre. Il était convaincu comme des centaines de ses camarades que le Patriarche Omelyan était une incarnation de la volonté de dieux et que ses paroles étaient la seule vérité possible. L'annonce de la reconquête du nord était un moyen pour lui de faire ses premières preuves et de servir son pays. Hier, le commandement du bataillon avait annoncé qu'il partirait pour la frontière et que le début de la campagne se ferait très prochainement.

Il se leva comme les autres membres de sa baraque et enfila une chemise chanvre et une tcherkeska. Il slaloma entre ses camarades pour arriver aux vestiaires à uniformes, pris ses bottes, sa veste militaire et son képi. Il prit son arme, vérifia si elle était en bon état et pris son paquetage. Il sortit de la baraque et rejoint les soldats déjà alignés. Il faisait relativement bon pour les normes locales, environ 13 degrés. Le commandant du bataillon, Valerij Bronislavovych Korol arriva et les soldats se mirent au garde-à-vous. "Repos !", cria-t-il. Il s'éclaircit la voix et commença sa déclaration.

- Soldats ! Aujourd'hui est un grand jour pour nous. C'est le lancement de l'opération "pererodzhennya" qui vise à la reconquête de notre territoire national face aux tribus barbares et inférieures du nord. Nous allons nous diriger vers la frontière entre le monde civilisée et le monde hérétique. Une fois les troupes nationales rassemblées, ce qui devrait prendre deux jours approximativement, nous commenceront la bataille du nord. Nous commencerons la marche dans une demi-heure et marcheront durant 4 heures puis feront une pause de 15 minutes. Nous remarcherons jusqu'à midi et repartiront à midi trente. Nous nous arrêterons à seize heures trente et repartiront à 16 heure 15 pour enfin s'arrêter à 21 heures.

Les soldats et Leonid brandirent leurs fusils et acclamèrent leurs commandants. Les derniers préparatifs faits, le bataillon se mit en marche. Il marcha en colonne durant plusieurs heures, de 3 heures à 21 heures, ne s'arrêtant que durant une heure au total. Heureusement pour eux qu'ils avaient deux jours de repos avant l'arrivée des dernières troupes, car ils étaient exténués. Le paysage préservé, mais dur, inhospitalier et gris du territoire qu'ils avaient traversé, étaient représentatifs de la région. Des pluies fréquentes, des forêts épaisses, des routes accidentées, des montagnes et de plaines tristes. Mais les soldats aimaient ces paysages. Ils aimaient leur pays. L'endoctrinement y était certainement pour quelque chose... Le campement était sommaire. Des tentes, des feux de camps. La nuit était fraiche, mais c'était toujours mieux que les nuits d'hivers. La campagne commençait en été et ce n'est pas pour rien. L'état-major redoutait une campagne s'éternisant dans l'hiver vélèsien. S'ils ne voulaient pas le subir, cela devait se faire en cinq mois maximum. Passé octobre, cela allait se durcir. Mais cinq mois ne seraient pas suffisants. La montagne, la pluie, les forêts denses, le peu de routes fonctionnelles et le boulot "civilisationnel" leur prendraient du temps. L'établissement de camps de prisonniers allait être long, le ravitaillement était aussi un problème pour l'armée et les pillages seraient surement leurs principales sources de nourriture.

Les soldats partaient donc la fleur au fusil, sans savoir ce qui les attendait.
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Le temps de la reconquête, partie 3.


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"C'est aujourd'hui que se joue probablement la plus importante partie de votre vie, soldats ! Vous vous êtes engagés pour servir notre belle et grande nation. Pour défendre ses valeurs, sa religion, sa population et pour faire honneur aux dieux et au Patriarche. Aujourd'hui, nous lançons la campagne du nord. Nous partons pour plusieurs semaines, voir plusieurs mois afin d'accomplir une mission des plus importantes. Nous allons purifier les contrées du nord. Reconquérir nos terres. Vous jouerez un rôle militaire, mais aussi un rôle sacré. Vous devrez dispenser la bonne parole aux prisonniers. Vous construirez des camps de rééducation où ils pourront se repentir. Vous serez réquisitionnés pour des fouilles archéologiques. Nous allons retrouver des reliques antiques volées par ces hérétiques ! Nous allons cap sur l'Église Mystique du grand nord. À mon commandement, en avant !"

Ça y est, c'est officiel, la campagne a commencé. La marche jusqu'à la frontière avait été dure et fatigante, pour ne pas dire épuisante, mais au moins, ils étaient arrivés à l'heure et avait eu une journée entière pour se reposer. Leonid était surexcité et n'arrêtait pas d'imaginer les combats épiques auquel il allait participer. C'était un cavalier et il avait été placé dans les colonnes de l'avant-garde de l'armée de reconquête. Il en était très fier, on l'avait choisi pour son enthousiasme, sa jeunesse et se forme physique. Il était aux côtés de vétérans, de soldats ecclésiastiques et sentait que ce qu'il faisait était historique. Son cheval avançait à une allure moyenne, et il était comme bercé par ce mouvement d'avant en arrière. Le premier village attaqué est à une heure de marche, à environ sept kilomètres du camp de départ. Il observait le paysage autours de lui. Il y avait une herbe brune et des arbres verts qui les entouraient. Le sentier était en terre et contenait de nombreux trous. Les nuages étaient gris et bas, une petite brume entourait le paysage. Il apercevait de grandes collines, c'était derrière que se trouvait le monde barbare. Soudain, il entendit une voix forte derrière. Les soldats commençaient à chanter. Certains cavaliers avaient des instruments de musiques sur eux et la troupe se mit à entonner des chants traditionnels et guerriers. Après quelques minutes, ils arrivèrent aux collines presque trop hautes pour des collines, mais pas assez pour des montagnes. Elles étaient très rocheuses et le passage ressemblait à un col escarpé. L'herbe sèche et brune fit place à un sol rocailleux et de terres battues où seules quelques touffes d'herbes bien maigres arrivaient à pousser.

La progression se fit plus lente et les cheveux peinaient un peu plus à avancer, mais cela rester maitrisable. En quelques minutes, l'avant-garde avait passé la grosse montée et progresser à un rythme plus normal désormais. Après avoir slalomé entre les roches durant plusieurs minutes, ils avaient enfin passé ces collines. Le paysage se refaisait le même. La nuit commençait à tomber et le général ordonna à l'armée de s'arrêter et de mettre pieds-à-terre pour les cavaliers. Nous devions faire le moins de bruits possible et nous devions attendre que la nuit soit totalement tombée. Alors, nous attendîmes. Ce fut l'occasion de parler un peu avec tout le monde, de nettoyer ses armes, de soigner son cheval et une fois la nuit tombée, le général nous demanda de nous remettre en selle. Uniquement les cavaliers. Nous allions attaquer les premiers. Je montais donc sur mon cheval, tirais mon sabre de son fourreau et chargeais mon pistolet à silex avant de l'accrocher à ma selle. Notre chef de bataillon saisi un cor et sonna la charge. Un terrible son grave retentit et le sol commença à trembler.
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Le temps de la reconquête, partie 4 (juillet 2012)


Le sol commença à trembler et les cavaliers s'élancèrent vers le village. Les premiers jetèrent des torches enflammées sur des maisons en bois et aux toits de pailles. Les habitants criaient, sous le choc de cette attaque. Leonid chargea lui aussi, sabre à la main. Il arriva à l'entrée du village et fut face à un homme sortant de sa maison avec une fourche. Leonid fendit l'air d'un coup de son arme et reçus trois gouttes de sang sur sa joue droite. L'homme s'écroula par terre, la gorge ouverte de sa mâchoire à la clavicule. Il s'écroula fur le ventre dans un jet de sang et cracha les yeux exorbités avant que sa femme ne sorte pour s'agenouiller près de lui en pleure, et être transpercée d'une lance à son tour.

Leonid continua sa charge en renversant une clôture et en défonçant une porte de maison où il entra toujours à cheval. Aveuglé par l'adrénaline, il donnait des coups de sabre sans regarder qui les recevaient ou s'il y avait quelqu'un. Il donna un coup de sabre dans l'épaule d'une mère tenant sa fille entre ses bras et un qui blessa au visage un homme à sa gauche. Il ressortit au trot et tira une charge de son pistolet à silex sur un homme fuyant le village. Il vit au bout du chemin entre différentes maisons un attroupement de cavalier encerclant des hommes ayant des torches et des pics. Il s'élança en renversant violemment un enfant au passage et donna un coup d'épée dans le tas, les autres cavaliers firent de même et passèrent à cheval sur le petit tas de défenseurs agonisants. Il regarda dernier lui et transperça une dernière femme avec son arme avant de suivre les cavaliers galopant vers la sortie du village. Celui-ci avait des maisons qui commençaient à bruler. Quelques corps gisant par terre, une quarantaine à vue d'œil sur un village d'environ 300 habitants. Puis l'infanterie arriva en marche cadencée au son des instruments de guerre. Ils tirèrent plusieurs salves de tirs avant de charger à pied, sabre et lances aux poings et de décimer les rangs de défenseurs restants. Ils ne rentrèrent pas dans les maisons et se contentèrent de tuer ceux qui se trouvaient sur leur passage. Ils rejoignirent plus loin la cavalerie qui attendait à un petit kilomètre du village à présent. Après approximativement un quart d'heure d'attente, ce fut le bataillon ecclésiastique, les templiers du panthéon polythéiste vélèsien (slave irl), les moines soldats de la foi qui vinrent. Pas de musique cette fois, juste le rythme régulier des bottes puis le silence. Là, certains enfoncèrent les portes pour abattre froidement les mères devant leurs enfants, pour égorger au sabre les survivants et même fracasser les jeunes enfants sur les murs ou les rouer des coups. D'autres ne prirent pas la peine d'enter et brulèrent les maisons en lance-flamme. Les cris des villageois prisonniers de flammes retentissants. Et les moines soldats repartirent à leur tour.

C'était le premier assaut et l'armée était donc au complet, mais après cette bataille qui sonnait le début d'une période sombre et meurtrière, l'armée se diviserait en 3 pour reconquérir le nord de l'île. Le territoire à soumettre était découpé par zone et voici un schéma du trajet des armées :

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En noir, l'armée du nord composée du premier bataillon d'infanterie soit de 1000 hommes et du premier détachement de hussards soit 325 cavaliers donc un total de 1325 soldats.

En bleu, l'armée intérieure composée du second bataillon d'infanterie soit 1000 hommes et du second détachement de hussards soit 350 cavaliers donc un total de 1350 soldats.

En pourpre, l'armée du sud composée du troisième bataillon d'infanterie soit de 1000 hommes et du troisième détachement de hussards soit 325 cavaliers donc un total de 1325 soldats. L'objectif était d'arriver à la vysnovokemli (expression vélèsienne voulant dire la fin de la terre ou la conclusion de la terre) en quatre mois.



Ordre des Voyiny
Troupes engagées :
2000 soldats d'infanterie (professionnels) (-6)
2000 armes d'infanterie lvl 1 (-6)
1000 hussards (soldats professionnels) (-2)
1000 armes d'infanterie lvl 1 (-2)
1000 soldats ecclésiastiques (soldats professionnels) (-0)
1000 armes d'infanterie lvl 2 (-0)

Village attaqué
"Troupes engagées" :
102 hommes adultes (-91)
130 armes de fortunes diverses (-107)
128 femmes adultes (-97)
25 vieillard(e)s (-24)
45 enfants (-23)



* les pertes de soldats annoncées sont assimilables à des combattants tués, blessés/mutilés, démissionnaires/déserteurs, capturés. Les ratios entre chaque cas sont à l'appréciation des parties concernées.

PERTES DÉCOMPTÉES (mais non prise en compte, seulement RP)

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Garde Patriarcal en uniforme

Le Palais de l'Éternel est immense. Caché au cœur des montagnes, disposant de galeries souterraines gigantesques et tentaculaires. Les longs couloirs, allées et galeries étaient légion. Dans ce château, relevant du mythe et de la légende pour le grand public, mais étant bien réel, invisible aux yeux de tous, se trouvaient des cachots également. Dans l'un d'eux se trouvait Danylo Andrijovych Chaban. Un opposant au régime farouche. Il avait été arrêté il y a maintenant onze mois. Il était né dans le nord du pays, cet homme de 43 ans, qui en faisait dix de plus, avait été un chef de tribu respecté dans sa région. Il y avait une autorité sur environ 15'000 personnes, mais avait laissé il y a trois ans la gouvernance à sa fille Kateryna lorsqu'elle avait atteint sa majorité pour partir à Syl'nyy, la capitale. Il voulait comploter contre le patriarche au plus près et essayer de renverser l'Ordre qu'il jugeait tyrannique et dangereux.

Dans une auberge sombre d'un quartier pauvre et reculé de la capitale, il était allé retrouver un ami avec qui il devait discuter pour trouver des contacts dans l'idée d'assassiner le Patriarche. La nuit était noire, les lanternes à pétrole étaient vieilles et la lumière qu'elles diffusaient été vacillante. L'auberge était remplie d'ivrognes perdus, de pauvres travailleurs désespérés et de prostituées. Il ne s'attarda pas et se dirigea vers l'étage où était normalement réservé une chambre dans laquelle il pourrait discuter tranquillement avec son ami. Sa tête était en ébullition de manière permanente. Il se sentait épié, il pensait à sa fille, sa famille. Allaient-ils bien ? Si le Velykeoko savait qu'il était ici, il irait sûrement s'en prendre à son clan... Mais non ! Impossible, il avait été trop discret. Arrivé devant la porte, il toqua et entra. En même temps que d'ouvrir la porte, il se dit que c'était imprudent de ne pas attendre de réponses, mais trop tard, il était entré. La pièce était obscure et on ne voyait rien en dehors d'une petite étagère sur la gauche avec une bougie dessus. Il appela son ami sans réponse. Il prit la bougie et s'approcha de ce qu'il pensait être la table. Il y voyait bien son ami, mais plié, assit sur sa chaise, mais son torse sur la table, comme s'il dormait ou s'était évanoui. Il continua de s'approcher et secoua un peu l'homme inerte. Il tourna la tête de celui-ci et eut un mouvement de recul en laissant échapper un cri qu'il tenta de masquer en mettant sa main devant sa bouche. Il fit donc tomber la bougie et sa coupelle qui explosèrent par terre. L'homme avait du sang sur tout le visage, notamment du sang qui coulait de ses globes oculaires. Enfin, de ces orbites, car ses yeux avaient été arrachés. Il coulait aussi du sang de sa bouche dans laquelle était enfoncé une croix polythéiste. Il se ressaisit et courru vers la sortie de la pièce qui n'avait d'autres issues que la porte d'entrée. Mais devant celle-ci se trouvait un homme encapuchonné et portant un drap noir. Il prononça une phrase qui fit cesser le sang de Danylo de circuler :

"Nashi tvortsi, shcho na nebi, yikhniy poslanetsʹ, shcho na zemli. Patriarkh skazav, bohy vyrishyly."

Soit : Nos créateurs qui sont au ciel, leur messager qui est sur Terre. Le Patriarche a parlé, les dieux ont décidé. Cette formule était un symbole des gardes patriarcaux, unité d'élite parmi les plus redoutables au monde, servant la garde et les missions personnelles du Patriarche, le despote absolu de l'Ordre. Le Patriarche, messager des Dieux sur terre dont la parole ne saurait être remise en question, avait décidé que Danylo devait être arrêté, c'était comme si les Dieux eux-mêmes l'avait demandé. Le garde sorti une lame propre à son unité, une lame sacrée et pointa le chef de tribu. Celui-ci couru vers le garde pour essayer désespérément de le faire tomber pour espérer s'échapper. Le soldat s'écarta et le saisi par son manteau pour le renverser par terre comme un vulgaire sac. Il sortit de son uniforme dissimulé par sa cape un flacon qui contenait du curare et en prit une seringue. Il piqua d'un coup sec Danylo qui était sonné par terre et lui injecta le produit. Il le paralysa en quelques secondes et le garde siffla pour appeler du renfort afin de le porter. Ils l'enveloppèrent dans un drap, le sortir de l'auberge par une porte dérobée et le chargèrent dans un chariot.

Après cet épisode, Danylo s'était réveillé dans une cellule, des chaînes aux pieds et aux mains. La pièce était humide et froide. De la paille moisie recouvrait le sol et les rats pullulaient. Il y resta durant onze longs mois. Ses pensées étaient troubles. Il manquait de tout, il n'était pas assez bien traité pour penser et vivre, mais pas assez mal pour mourir. Il attendait dans un état comateux. Il était perfusé une fois par jour avec des produits lui permettant d'avoir les nutriments nécessaires pour ne pas mourir. Son esprit divaguait et ses songes n'étaient que des fragments dénués de sens.
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Scène de l'exécution, Danylo au premier plan, des soldats ecclésiastiques autours d'un simple pope avec, au fond, des sœurs de l'Orden Svyatoho Shlyakhu

RP potentiellement gore


Après ses onze mois de détentions et de maltraitances, il fut sorti brutalement de sa cellule par deux soldats du palais. Trainé par les bras dans de longs couloirs jusqu'à être devant des portes. Derrière elles se trouvaient une sorte de chenil pour les chiens d'unités d'élites de l'armée. Des chiens formés à tuer et à manger les ennemis de l'Ordre. Le pope pris la parole alors que Danylo était face à une rangée de soldats ecclésiastiques, les armes braquées sur lui qui plissait les yeux pour s'habituer au changement de luminosité. Derrière eux se trouvait exactement quatre sœurs de l'Orden Svyatoho Shlyakhu. Un Ordre religieux dont certains membres sont extrêmement influents et puissants. L'Orden Svyatoho Shlyakhu, soit l'Ordre du Chemin Sacré, éduque à la religion et à toutes sortes de matières et rites plus ou moins obscures les futures élites du pays. Son Grand Maître est un homme, mais l'Ordre n'est composé que de femmes, bien qu'il puisse fournir une éducation aux garçons. Le pope pris donc la parole :

- Sujet inférieur Danylo Andrijovych Chaban, vous avez été arrêtés sur ordre du représentant des Dieux sur cette planète, Patriarche du Saint-Ordre de Vélès des Bolekovices, Verkhovnyy holovnokomanduvach des forces armées et de l'Église de l'Étoile Éternelle, Sa Sainteté Omelyan Dmytrovych Shvets. Par décision du Trône de Mercure, vous êtes reconnus et déclarés coupable de haute trahison, de tentative d'assassinat, d'hérésie, d'appel au séparatisme, de gouvernance sans mandat et de propagation de la fausse parole. Pour ces faits, votre maison et vous subirez ou a subi, la peine encourue et exprimée, la mort. Votre famille dont voici la tête de votre femme, votre fille, votre fils et du fœtus de votre compagne citée plus avant (les sœurs lui tendent des plateaux avec les têtes disposées dessus). Leurs corps ont été profanés afin de leur interdire l'accès au paradis. Vous serez exécutés par torture jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cependant, vous pouvez décider de reconnaître pêchés et hérésies et de supplier le pardon du Patriarche. Auquel cas, vous serez à nouveau emprisonnés jusqu'à ce que Sa Sainteté rende sa décision. Si vous êtes pardonnés, vous pourrez disposer d'une mort courte et quasiment indolore ainsi que d'un enterrement religieux. Que choisissez-vous ?

- Mwahrf schorsk... (propos inaudibles et incompréhensibles)

- Que choisissez-vous bovin !

Le religieux s'approcha et tendit l'oreille pour écouter.

- Lécher le cul de ce dictateur sera une pire souffrance que la torture... dit-il faiblement et en peinant à respirer.

Il releva la tête et cracha sur le visage du pope qui prit sa croix slave qui pendait à ses mains par une chainette et frappa violemment le visage de Danylo puis lui assena un coup de pied dans le ventre qui fit vomir douloureusement l'homme à moitié mort qui était étalé misérablement sur le sol. L'homme de l'Église s'essuya le visage avec sa main et regarda avec mépris Danylo avant de se retourner et d'aller murmurer à l'oreille d'un soldat.

- Aidez les sœurs à le conduire jusqu'au cabinet de la rédemption et laissez-les faire. Elles vous rappelleront pour le conduire aux chiens. Il se tourna vers les quatre femmes. Mes sœurs, je vous fais entièrement confiance pour que le nécessaire soit fait.

Il partit vers la gauche et Danylo fut à nouveau trainé dans une salle obscure. Une lumière fut allumée. Se trouvait une table avec des sangles illuminée par un projecteur puissant juste au-dessus. La salle était si sombre qu'on ne pouvait voir les murs. Le condamné fut installé et attaché sur la table et durant quatre jours fut soumis à de diverses tortures, étant nourrit et "soigné" seulement pour le maintenir en vie quelques heures de plus. Soumis en permanence à une lumière de 25'000 lumens en permanence rivée sur ses yeux maintenus ouverts et au supplice de la goutte d'eau entre divers supplices.

On dit que les cris étaient perceptibles dans tout le palais et après quatre jours d'agonie, Danylo succomba sous le regard vide des quatre têtes tranchées de membres de sa famille exécutés. Après avoir prononcé ses derniers mots, le pope était parti voir le Patriarche qui était en pleine prière. Il était entré dans cette salle sombre également dans laquelle un filet de lumière provenant de la lune s'immisçait juste pour laisser voir une partie du visage du despote à genoux les mains jointes et des status des idoles ainsi que l'hôtel.

- Votre grandeur ?

Le Patriarche continua à prier en silence.

- Le rebelle a choisi la torture, les sœurs sont parties s'en occuper.

Le Patriarche releva la tête vers le plafond de la salle, les yeux toujours fermés, puis eu un mouvement de celle-ci vers la gauche pour signifier à l'homme qu'il pouvait disposer. Après sa torture, le corps de Danylo ou les morceaux qu'il en restait fut jeté aux chiens et les os restant après plusieurs semaines furent jetés dans une fosse commune. Seul le squelette de sa tête fut conservé en trophée.
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Depuis quelque temps, les autorités vélèsiennes avaient commencé à retrouver des tracts appelant à la résistance. Tracts qui étaient souvent jetés et ignorés. Des sujets du Saint-Ordre, surtout dans la capitale, avait signalé la distribution de ces papiers à l'Ordre des Vartovi. Les signalements faisaient état de personnes qui étaient habillés étrangement et qui avait des accents étranges. Puis des descriptions d'une vingtaine de vélèsiens dans le pays qui en avaient aussi distribué. Des micros avaient été installés alors dans les ambassades étrangères, notamment celle de la Poëtscovie. Après étude des écoutes et concertation, les autorités avaient jugé que Samara et la Moritonie n'avaient aucuns intérêts à déstabiliser le pays et avaient des conversations normales. Cependant, la Poëtscovie était elle suspecte. Déjà, car la démocratie directe qu'elle exerce est absolument abjecte du point de vue du Saint-Ordre, mais aussi leurs échanges étranges. Peut-être leur penchant pour des phrases longues, abstraites et pleines de relatives, mais les échanges écoutés et analysés avaient été considérés comme étant des preuves de l'implication de celle-ci. Mais surtout, ce furent les réceptions ''secrètes" de l'ambassadeur qui mirent en lumière sa culpabilité. De toute manière, les autorités n'avaient accepté l'ambassade que pour espionner en leur sol les poëtscovites mais après une phase test, cela, c'était révélé inutile. L'opération "kydannya soli" avait été décrétée.

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Encore six heures. L'ambassadeur de la Vélèsie en Poëtscovie avait reçu un ordre de rapatriement. Il avait quitté son logement de fonction vers minuit. Il avait pris un avion dans le plus grand secret pour retourner à Sylʹnyy. Il avait laissé une lettre signifiant un impératif médical et familial et disant que sauf imprévu, il reviendrait rapidement ou serait remplacé dans un délai restreint. Et ce sauf imprévu allait bientôt arriver.

H-3


L'ambassadeur de retour à la capitale avait été informé de la situation et des intentions du Patriarche. Une réunion eu lieu. La décision avait
été prise de reconnaître l'ambassadeur personnellement coupable de tentative de déstabilisation et de reconnaître le gouvernement de Poëtscovie cerveau de cette opération de propagande. Les relations (certes bancales) et la possibilité d'espionnage en Poëtscovie avaient été jugées d'un intérêt moindre que d'appliquer la justice sainte et d'affirmer l'autorité et la puissance de l'État.

H-0


Une dizaine de gardes patriarcaux étaient réunis autours d'un bâtiment. Les occupants semblaient dormir profondément. La porte fut discrètement crochetée et les spectres de l'Église entrèrent. La maison, plongée dans l'obscurité, arborait un silence n'étant interrompu que par les bruits réguliers d'une comtoise. Les autorités avaient le plan exact de la bâtisse et les soldats se mirent devant les portes des chambres et dans un geste commun les enfoncèrent. Ils entrèrent avec fracas et arrêtèrent tous les habitants, l'ambassadeur était là, tout était pour le mieux. Ils furent emmenés dans un camion de transport militaire au Palais de l'Éternel, lieu secret de pouvoir. L'ambassadeur fut enfermé dans une cellule à part et le reste des habitants dans une autre. L'Ordre allait mener une campagne de renseignements au sein de la ville et de perquisitions. Avec les enregistrements et les dénonciations déjà faites, ils avaient une liste de suspects à arrêter. Le reste se ferait par la délation.

H+2


Il était huit heures et demie et l'ambassadeur n'était pas encore arrivé. Le personnel de l'ambassade commençait à s'inquiéter quand tout à coup les issues furent fermées en dehors de l'entrée principale et un mégaphone retenti. L'ambassade était entourée de militaires. Un officier cria dans son mégaphone "Personnels diplomatiques de Poëtscovie. Vous et votre nation, être rendus coupable de haute trahison auprès du Saint-Ordre, de tentative de déstabilisation et d'hérésie. Les Dieux ont parlé, vous devrez payer de vos pêchés, vous êtes sommez de sortir dans les 10 minutes à venir. Puisse leur clémence vous effleurer."

Ainsi, le personnel diplomatique sorti et fut mis en ligne devant un mur de l'ambassade, les mains sur la tête et dos aux soldats. Une fois rassemblé, ils furent froidement exécutés. Les corps chargés, eux aussi, dans des camions. L'ambassade, une fois vidée des dossiers voulus pour l'Ordre et d'autres preuves et objets de valeurs, l'ambassade fut pilonnée à l'artillerie puis incendiée. Enfin, vers 10 heures, quand tout fut fini,

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auteur a écrit :Concrètement :
  • Il n'y a plus d'ambassadeur vélèsien en Poëtscovie, il a été rappelé, mais pour de fausses raisons au départ.
  • L'ambassadeur de la Poëtscovie et sa famille ont été incarcérés dans un lieu secret.
  • Le personnel diplomatique a été exécuté.
  • L'ambassade a été rasée
  • 1816
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    uη déßu† ⊕u uηε ƒïη ?

    レε ∀εη† p⊕r†εrα-†-ïレ レα ∀⊕ïx du Пророк ?

    ς⊕mmεη† εš†-ïレ m⊕r† ? εš†-ïレ m⊕r† ?

    εš†-ïレ šεuレεmεη† m⊕r† ?

    レεš rαςεš ïηƒérïεurεš ∀⊕η† pεu†-ê†rε šε rεßεレレεr

    ε† レα grαηdε rες⊕ηΩuê†ε ?

    レε dεš†ïη dε purïƒïςα†εur dε η⊕†rε rαςε εš†-ïレ †⊕uյ⊕urš réεレ ?

    h⊕mmε m⊕r† ; š†⊕p.
    pレuš Ωu'uη h⊕mmε ; š†⊕p.
    ςïrς⊕ηš†αηςεš ⊕ßšςurεš ; š†⊕p.
    pεr†εš mαյεurεš p⊕ur レε régïmε ; š†⊕p.
    η⊕u∀εレレε η⊕mïηα†ï⊕η urgεη†ε ; š†⊕p.
    pr⊕ςεššuš pεr†urßé ; š†⊕p.
    Пророк m⊕urαη† ; š†⊕p.
    mαïη†ïεη† dεš ⊕pérα†ï⊕ηš mïレï†αïrεš ; š†⊕p.
    η⊕u∀εレレε ς⊕ηƒïdεη†ïεレレε ; š†⊕p.
    pαušε ⊕pérα†ï⊕ηš p⊕レï†ïΩuεš ; š†⊕p.
    régεηςε pψレψp š†αηïšレα∀⊕∀ψςh ∀⊕レ⊕šhψη ; š†⊕p.
    pαr レuï ς⊕η†rôレε αrméε ; š†⊕p.
    h⊕mmε ƒïdèレε ; š†⊕p.
    p⊕ššïßレεš ςhαηgεmεη†š mαյεurš à ∀εηïr ; š†⊕p.
    dïεux ∀εïレレεη† ; š†⊕p.
    dïεux rεgαrdεη† ; š†⊕p.
    dïεux déςïdεη† ; š†⊕p.
    dïεux š⊕η† ; š†⊕p.
    dïεux ∀⊕ïεη† ; š†⊕p/
    dïεux pαrレεη† ? ; š†⊕p.
    uη εš† m⊕r† : š†⊕p.
    αu†rε émεrgε ; š†⊕p.
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    Dans la sombre crypte de la forteresse des Patriarches nommée le Palais de l'Éternel, le Maréchal-Régent Krezymyr Vadymovych Kyrylenko, nouvellement nommé à un poste venant d'être créé, marchait en rond autour de l'imposant caveau central. Il attendait. Quelqu'un ? Plutôt quelque chose maintenant.

    Les bruits de ses bottes militaires ponctuaient le sinueux chemin de ses pensées. Il se retrouvait à la tête d'un des États les plus fermés au monde, l'un des plus criminels. La Vélèsie était quelque chose d'insondable. Il n'existait que deux États si nébuleux, si obscures, si dangereux. La Vélèsie, et la Transblêmie. Ces deux amas d'énergies obscures et négatives brutes se ressemblaient, mais étaient antagonistes quelque part. Le Maréchal-Régent pensait que ces deux pays auraient un destin lié un jour ou l'autre. Mais pour le moment, ses pensées allaient vers la Prophétie.

    La Prophétie... Tout ce qui restait d'un homme vieillissant et tout-puissant. Un homme qui était encore plus paranoïaque, plus cryptique et plus sanguinaire que le régime qu'il entretenait. Depuis cinquante ans, il avait durci le régime clérical et monastique mis en place à partir de 1915 après le Sursaut Divin, nom donné à la révolution de cette même année. Le régime, au départ seulement très conservateur, religieux, autoritaire et un peu xénophobe, a glissé vers le fascisme, l'autoritarisme total, la paranoïa, l'eugénisme. La Vélèsie, du moins sa population, vivait comme au Moyen Âge, ou au moins avec quelques siècles de retard.

    La population ne se révoltait pas, car elle était soit endoctrinée, soit sans éducation et trop reclus, soit trop faible pour cela. Une caste religieuse et militaire baignait donc dans des traditions obscures et des rituels d'une violence extrême pour aider le pays qu'ils dirigeaient d'une main de fer dans la plus grande folie, meurtrière et occulte, à accomplir une destinée prophétique, nationaliste, racialiste et apocalyptique.

    Le militaire, perdu dans ses réflexions, continuait de tourner autour du caveau et de faire glisser sa main rugueuse sur la pierre sculptée. Soudain, un bruit sourd le fit sursauter légèrement. Un mur rocheux coulissait, laissant apparaitre un couloir obscur. Il reprit sa cane et se dirigea vers ce passage. Il se guida dans l'obscurité à l'aide de cette même cane en bois sombre et en argent et arriva dans une salle encore plus sombre que le couloir. Si obscure qu'il était impossible d'en voir les murs. Au centre, un trône en pierre noire polie et sculptée, elle aussi, baignait dans une lumière rouge dont l'origine était difficile à déterminer. Sur ce trône était assis un homme. Vouté, encapuchonné, semblant regarder le sol, bien que l'on ne vit pas son visage, car masqué sous l'ombre de sa capuche. Seules ses mains étaient visibles. Des mains de vieille personne, mais surtout aux vaines saillantes et verdâtres et arborant des doigts ou des parties de la peau noircie par des brûlures ainsi que par une maladie. Ces doigts noircis et quasiment totalement rigides étaient tuméfiés et l'odeur de décomposition arrivait jusqu'au nez du Maréchal-Régent Krezymyr Vadymovych Kyrylenko, pourtant à bonne distance.

    Une voix rauque, enrouée, malade, mais pourtant aux accents autoritaires et malveillants, produisit difficilement une série de son coupé par des toux et des crachats de sang foncé et visqueux, parvint à former une phrase.

    𝔐𝔢𝔱𝔰-𝔱𝔬𝔦 à 𝔤𝔢𝔫𝔬𝔲𝔵 𝔪𝔬𝔫 𝔣𝔦𝔩𝔰... 𝔗𝔲 𝔢𝔰 𝔦𝔠𝔦 𝔡𝔢𝔳𝔞𝔫𝔱 𝔩𝔢𝔰 𝔡𝔦𝔢𝔲𝔵.......... 𝔑𝔬𝔲𝔰 𝔱'𝔞𝔱𝔱𝔢𝔫𝔡𝔦𝔬𝔫𝔰..... 𝔗𝔲 𝔰𝔢𝔯𝔞𝔰.... 𝔩'é𝔭é𝔢... 𝔩'É𝔤𝔩𝔦𝔰𝔢 𝔩𝔞 𝔪𝔞𝔦𝔫.... 𝔢𝔱 𝔧𝔢 𝔰𝔢𝔯𝔞𝔦𝔰 𝔩𝔢 𝔠𝔢𝔯𝔳𝔢𝔞𝔲 𝔡𝔦𝔯𝔦𝔤𝔢𝔞𝔫𝔱 𝔩𝔢𝔰 𝔪𝔲𝔰𝔠𝔩𝔢𝔰... 𝔈𝔱 𝔢𝔫𝔰𝔢𝔪𝔟𝔩𝔢 ! 𝔫𝔬𝔲𝔰 𝔣𝔢𝔯𝔬𝔫𝔰 𝔳𝔢𝔫𝔤𝔢𝔞𝔫𝔠𝔢 𝔢𝔱 𝔡𝔢𝔰𝔱𝔯𝔲𝔠𝔱𝔦𝔬𝔫 𝔭𝔬𝔲𝔯 𝔮𝔲𝔢 𝔩𝔢 𝔭𝔯𝔬𝔠𝔥𝔞𝔦𝔫 𝔪𝔬𝔫𝔡𝔢 𝔰𝔬𝔦𝔱 à 𝔩'𝔦𝔪𝔞𝔤𝔢 𝔡𝔢 𝔩'𝔈𝔪𝔭𝔦𝔯𝔢 𝔮𝔲𝔢 𝔪é𝔯𝔦𝔱𝔢 𝔩'𝔥𝔬𝔪𝔪𝔢 𝔭𝔞𝔯𝔣𝔞𝔦𝔱 𝔳𝔬𝔲𝔩𝔲 𝔭𝔞𝔯 𝔩𝔢𝔰 𝔡𝔦𝔢𝔲𝔵

    Le Maréchal-Régent Krezymyr Vadymovych Kyrylenko s'agenouilla devant cette chose s'apparentant de plus en plus à un spectre plutôt qu'à un humain.



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    *
    * *


    La grande salle de l'Évêché de Zoryanitsa résonnait du murmure des prêtres rassemblés, leurs robes noires brodées de symboles polythéiste de la religion de l'Ordre, que dis-je, du Saint-Ordre. Ondulant sous la lueur vacillante des chandeliers, la diversité des symboles renvoyait à la diversité des dieux et à la complexité du tissu religieux du pays. Au bout du chemin principal de l'église, entre les bancs alignés pour accueillir croyants et autorités religieuses, se tenait l'Évêque Volvoslav. Perchée dans la chaire sculptée en pierre, sa figure imposante aux yeux gris perçants et à la barbe toute aussi grise observait l'assemblée. Il portait une mitre ornée de l’Étoile Éternelle, symbole de leur foi ancestrale qui avait pris le pouvoir il y a désormais un peu plus de cent ans, et sa crosse gravée de runes anciennes semblait réfléchir à la lumière des petites flammes une énergie mystique.

    Il leva sa main aux ongles longs et aux tâches de vieillesses de plus en plus visibles, imposant un silence solennel, religieux même. Ses yeux parcouraient la foule de religieux, un mélange de défi et de révolte brûlant dans son regard.

    — Frères de l'Église de l'Étoile Éternelle ! Nous sommes réunis en ce lieu en une heure sombre, grave et décisive pour notre avenir. Le Maréchal-Régent Krezymyr Vadymovych Kyrylenko, supposément désigné successeur de l'illustre patriarche Omelyan Ier pour accomplir une Prophétie dont nous ne connaissons qu'une vague description, dans sa quête de domination et de gloire terrestre et militaire, cherche à nous priver de ce qui nous appartient de droit : le contrôle spirituel et moral de cette terre sacrée !

    Un murmure d'indignation, mais aussi de désaccord avec les mots de l'Évêque parcourut l'assemblée. Volvoslav laissa le silence s'étirer, puis continua, sa voix s’élevant avec une autorité et une exaltation croissante.

    — Ce prétendu dirigeant, habité par des visions séculières, des rêves de conquête, de gloire, de domination et de contrôle absolu, souhaite nous reléguer au simple rôle de guides spirituels, tandis qu'il tisse une administration laïque, froide, tentaculaire et absolue, dénuée de l’essence divine et du contrôle que nous exercions sur le pays sous le règne des patriarches. Il nous demande de trahir nos ancêtres et notre héritage centenaire. Les Dieux qui veillent sur nous, et les âmes de ceux qui ont versé leur sang pour que l'Étoile Éternelle brille sur ces terres va être souillé par ses menaces de répression de toutes personnes s'opposant à lui. Mais on ne peut pas s'opposer aux Dieux ! Et c'est nous qui les représentons. Nous ne sommes pas prêts à perdre notre pouvoir sur ce pays, et nous devons contester cette mascarade de régence.

    Il frappa le sol de sa crosse, le son résonnant comme un coup de tonnerre dans toute l'église et allant se répercuter contre les arches.

    — Il parle de force, de pureté et d'unité, mais que vaut notre nation si elle renie ses fondations sacrées ? Ses fondements monastiques et théocratiques. Le Sursaut Divin d'il y a maintenant plus de cent ans nous a porté aux commandes pour diriger avec foi notre destin. Les Dieux nous ont confié cette mission : guider, protéger et gouverner en leur nom nos terres sacrées, royaume des Dieux sur cette planète. Et cette mission n'est pas celle d’un vulgaire mortel, fût-il investi d’un pouvoir militaire et de son prestige, fût-il selon lui investi de la confiance de note regretté Patriarche. Nous n'avons aucunes preuves de ce qu'il avance, car il refuse obstinément de nous laisser accéder à ces documents.

    Les prêtres acquiesçaient pour la plupart, leurs visages marqués par la conviction et l'indignation. Volvoslav desncedi de la chaire et avança parmi eux, sa voix emplissant chaque recoin de la salle.

    — Souvenez-vous des récits de nos ancêtres, des exploits des hussards sous la bannière de Perun, des vikings conduits par Svarog pour apporter à nos terres la civilisations aux autochtones barbares, et de la pureté que nous devons maintenir dans nos lignées pour élever la race vélèsienne à la purification de ce monde en perdition. Le Maréchal-Régent prétend vouloir accomplir la Prophétie d’unification du Nord, mais à quel prix ? Celui de notre âme, de notre foi, de notre identité ? Non ! Nous ne pouvons et ne devons pas permettre cela. Cette unification sera sous le contrôle des religieux ou ne sera pas, cela est inévitable.

    Il se retourna vers l'autel, où une étoile aux branches courbées et dorées, brillait au centre d’une fresque représentant les Dieux du panthéon de l'Étoile Éternelle.

    — Nous avons toujours été les gardiens pieux et inlassables de la lumière divine qui baigne sur nos terres, les intermédiaires entre le ciel et la terre, entre les mortels et les Dieux, entre le profane et le sacré. Ce pays est notre domaine, non celui d’un militaire guidé par des ambitions profanes et réformistes, fussent-ils en continuité avec la volonté d'absence de démocratie. Nous devons nous opposer à ces réformes, à ces changements qui conduiront à la réduction de notre pouvoir et de notre influence. Nous devons rappeler au peuple, aux militaires, aux agents de notre État et même à certains religieux que sans la bénédiction des Dieux, aucune conquête, aucune réforme, aucun gouvernement ne peut prospérer.

    Le silence était total, chaque prêtre accroché aux paroles de l'orateur survolté. Volvoslav leva la crosse, comme pour invoquer les bénédictions des cieux.

    — Frères, aujourd'hui, nous devons nous engager corps et âme à défendre la pureté de notre foi et le contrôle de notre Église sur le pays. Refusons ces réformes, résistons à cette marée séculière, à cette volonté de broyer la mosaïque monastique et d'Ordres qui font notre puissance sous une administration semblable à un rouleau compresseur au service d'une nouvelle caste dirigeante qui n'est pas religieuse cette fois. Nous sommes les serviteurs de l’Étoile Éternelle, et nous ne fléchirons pas devant les volontés d’un homme, quel que soit son titre. Pour la gloire des Dieux et l’avenir de notre peuple , de notre race et de notre foi !

    Un tonnerre d'acclamations éclata, les prêtres brandissant leurs crosiers et jurant fidélité à la cause, d'autres désapprouvant mais étant noyés par les acclamations. Volvoslav les regardait avec une fierté solennelle. La bataille pour l'âme de leur nation venait de commencer, et il était prêt à mener ses frères dans cette lutte sacrée. Mais tout à coup… Tout bascula.

    Une lumière vive et intense apparue à l'endroit où se trouvait Volvoslav. Une chaleur irradia les prêtres autour de lui et un cri abominable empli l'église. L'évêque se plia et gémit de douleur avant de s'effondrer sur le sol en convulsant. Une odeur nauséabonde se diffusait dans la salle et les visages horrifiés des religieux étaient fixés à l'évêque au sol. L'homme avant en une fraction de seconde prit feu et désormais sa chaire et ses ornements religieux brulaient au sol, ses cris témoignant encore que la vie était présente en lui, mais qu'elle tentait de s'arracher à ce corps qui se consumait devant l'assemblée figée sur place par la violence de la scène.

    Un religieux cria en se levant :

    — Damnation, Volvoslav est maudit par les Dieux ! Ils désapprouvent son message. Les Dieux sont contre les mutins. Rassemblez-vous derrière le Maréchal-Régent, lui seul peut nous sauver et nous guider ! Je suis sûr que la religion aura toute son importance, mais par les Dieux, nous avons été prévenus. Ce rebelle meurt dans les flammes comme un hérétique, l'Étoile Éternelle l'a renié.

    Plusieurs prêtres sortirent en urgence tandis qu'une poignée de convaincu essaya de porter secours au lanceur de la contestation, en vain. Quand les flammes disparurent, il ne restait qu'un corps calciné.

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    12 février 2015

    La brume matinale enveloppait la ville de Novozorsk, dissimulant ses rues pavées, ses maisons de pierre aux contours austères, ses murailles d'un autre âge, ses clochers et ses tours dressés vers le ciel. Nichée dans les terres malheureuse du nord de la Vélèsie, échappant jusqu'alors au contrôle de Syl'Nyy, la cité résistait depuis des mois à l’autorité centrale, refusant de plier sous le joug du Patriarche d'abord, puis Maréchal-Régent Krezymyr Vadymovych Kyrylenko. Les émissaires noirs envoyés n'avaient pas obtenu la soumission immédiate de la ville, ses dirigeants pensant le Saint-Ordre trop affaibli avec la disparition du Patriarche et l'embourbement dans la campagne de reconquête pour s'attaquer à elle. Ils n'oseraient pas attaquer une des plus grandes villes du pays… si ? Mais ce matin-là, le calme fragile, alors que le soleil allait bientôt se lever et qu'on entend nuls bruits dans les rues en dehors des chats errants, ce calme allait être brisé par l’arrivée inattendue, mais redoutée des forces du gouvernement.

    Aux abords de la ville, l’armée fédérale, une marée uniforme et obscure de soldats en tenues grises et sombres marquées des symboles de leurs ordres (ceux-ci n'ayant pas encore subi les futures réformes du gouvernement sur l'unification de l'armée), des symboles religieux ou encore de divers symboles du pays, se préparait à l’assaut pour venir à bout de cette poche de résistance importante et montrer l'efficacité des militaires du Saint-Ordre et le second souffle donné à la campagne par l'arrivée du Maréchal-Régent au pouvoir. C'était également une occasion pour lui de légitimer son pouvoir auprès des contestataires et des indécis. À la tête de cette armée, le Général Romanov, un vétéran au visage durci par les campagnes de pacification auxquelles il avait déjà participé par le passé, scrutait la ville avec une intensité aussi froide que le métal de l'infanterie vélèsienne. Ce proche du Maréchal-Régent était un de ses premiers soutiens et un stratège hors pair reconnu de tous au sein du pays. Autour de lui se trouvaient des véhicules blindés parfaitement alignés, leurs canons pointés vers les fortifications de Novozorsk. Mais aussi de l'artillerie, de la cavalerie dont le détachement le plus notable était celui des hussards pourpres, une unité de cavalerie d'élite de l'Ordre.

    — Messieurs, déclara le Général d’une voix forte, aujourd'hui, nous ramenons cette ville dans le giron de la Vélèsie. Nous la ramenons sur le droit chemin de la foi et de l'ordre. L’heure de la rébellion est terminée. Finis de s'amuser, nous montrerons aujourd'hui à nos ennemis que nous sommes capables d'arriver à nos objectifs par tous les moyens possibles. Notre mission est plus que sécuritaire, elle est divine. C'est la volonté des Dieux que nous accomplissons aujourd'hui. Aucun d'entre nous ici n'a le droit à la peur, le doute ou la réserve. Nous devons appliquer implacablement les projets supérieurs qui guident notre nation. Que la volonté du Maréchal-Régent s’accomplisse et que ces chiens meurent ou abjurent de leurs crimes et péchés.

    Un rugissement sourd s'éleva des rangs, suivi du grondement des moteurs. Les véhicules blindés avancèrent, leurs chenilles déchirant la terre gelée, tandis que les soldats suivaient en formation serrée, leurs pas rythmés par les tambours. La cavalerie encercla les issues de la ville. L'artillerie ajusta sa visée. Au-dessus, des hélicoptères de reconnaissance survolaient la ville, relayant en temps réel les positions des défenseurs. Petit à petit, des habitants proches des périphéries se réveillaient, alertés par le bruit des manœuvres. Une seule sortie avait été laissée avec une défense moindre, la raison échappant pour le moment à beaucoup. Les maisons et bâtiments en dehors des fortifications avaient été encerclés aussi.

    Lorsque chaque unité avait rejoint sa position et que l'ensemble des troupes étaient prêtes, une première salve retentit. Elle déchira l'air avec fracas et une explosion sourde qui fit trembler les murailles qui entouraient la ville de Novozorsk. Les fortifications de la ville, un mélange de barricades improvisées et de structures médiévales renforcées, commencèrent à être ciblées par l'artillerie lourde. Sous les ordres du Général Romanov, les troupes commencèrent à avancer dans les structures extra-muros méthodiquement. Les portes étaient enfoncées, les vitres brisées. Certains bâtiments prirent feux, d'autre furent vidés de leurs habitants en étant soit sorti de force, soit tués, car ils résistaient ou puisque leurs cris agaçaient les soldats.

    Dans les rues, les défenseurs de Novozorsk, un mélange de miliciens locaux, de civils armés, des militaires qui avaient rejoint la cause contestataire ou des membres des clans qui étaient éduqués martialement, se regroupèrent et organisèrent leurs défenses. L'effet de surprise était total et les défenseurs étaient désorganisés. Ils courraient partout chercher leurs armes, cacher des biens de valeurs, cacher leurs familles, transporter des meubles pour fortifier les défenses de la ville. Alors qu'ils réalisaient à peine ce qu'il se passait, la ville et ses habitants devaient se coordonner pour éviter le massacre.

    La bataille de Novorosk venait de commencer, et celle-ci allait s'avérer d'une violence extrême...

    Forces gouvernementales


    Troupes engagées :
      - 7454 soldats professionnels
      - 8000 soldats réservistes
      - 8000 soldats conscrits
      - 10000 armes d'infanterie lvl 1
      - 13454 armes d'infanterie lvl 2
      - 500 mitrailleuses lourdes lvl 1
      - 50 canons tractés lvl 1
      - 5 lance-roquettes multiples lvl 1
      - 30 véhicules de combat d'infanterie lvl 1
      - 100 camions de transport lvl 1
      - 25 camions-citerne lvl 1
      - 50 canons tractés lvl 1
      - 5 véhicules de transmissions radio lvl 1
      - 1 véhicule radar lvl 1
      - 10 hélicoptères légers polyvalents lvl 1

    Défenseurs de la ville


    Troupes engagées :
      - 40'000 habitants (aux compétences équivalentes à 2000 pro, 10'000 réservistes et 28'000 conscrits) [non existant dans l'atlas des troupes gouvernementales]
      - 10'000 armes d'infanteries (~lvl 1) [non existant dans l'atlas des troupes gouvernementales]
      - 30'000 armes diverses (lances / épées / etc) [non existant dans l'atlas des troupes gouvernementales]
      - 50 mortiers légers (lvl 1) [non existant dans l'atlas des troupes gouvernementales]
      - 20 mitrailleuses lourdes très usées / bricolées (lvl 1 voir moins) [non existant dans l'atlas des troupes gouvernementales]

    DÉCOMPTES À VENIR - BATAILLE DIVISÉE EN PLUSIEURS POSTS
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    L’Assaut de Novozorsk – L'Heure du fer et du sang

    L'assaut avait commencé depuis quelques dizaines de minutes. Les unités qui étaient disposées autour de la ville avaient foncé vers les entrées tandis que celles groupées autour des bâtiments extra-muros avaient commencé leur capture et leur "nettoyage" méthodique. Il faisait encore sombre et le soleil allait bientôt commencer à se lever. Mais il serait déjà caché par la fumée des flammes et des tirs d'artillerie, et de la poussière soulevée par les impacts et les structures effondrées. Le sergent Valentyn Nazarovych Stepanyuk, qui n'était pas particulièrement un vétéran, bien qu'ayant déjà vécu quelques combats plus au sud lors du début des opérations militaires de la campagne de reconquête, avançait d'un pas irrégulier en essayant d'éviter les débris et les crevasses. Plus tôt, il y a quelques minutes, l'unité à laquelle il appartenait avait pénétré un hameau proche de la ville et s'était élancé sur le bâtiment principal du petit ensemble qui était une sorte d'entrepôt ou de site de stockage sous une casemate.

    L'assaut avait été d'une extrême violence, illuminé par des jets de lance-flamme vers les fentes de la structure défensive pour y déloger les miliciens, ponctués par les tirs en rafales, les sourdes explosions de grenades, les cris et les pleurs en tout genre. Alors que l'unité avait totalement enfoncé les défenses du site et qu'elle assiégeait la casemate, voyant les pertes augmenter, le commandant des forces présentes des défenseurs ordonna une sortie pour effectuer un repli stratégique. Mais dans un désordre complet, une absence de discipline criante et une panique indescriptible, civils et militaires sortirent en même temps en une cohue n'ayant rien de stratégique. Ils se firent mitrailler et de nombreux fuyards s'écroulèrent. Une partie fut prise à revers et faite prisonnière, rare furent ceux ayant réussi à s'enfuir. Mais les soldats du Saint-Ordre sont habitués maintenant à la traque et au combat travesti en partie de cache-cache. Une escouade fut donc formée et le sergent en prit la tête pour aller déloger, nettoyer, sécuriser la zone et les bâtiments. Valentyn marchait parmi les décombres et les cadavres fumants d’un poste de défense de milice extra-muros. Son fusil d’assaut encore chaud contre son épaule, attaché par une sangle en cuir à celle-ci, le doigt collé à la détente au cas où l'usage en soit nécessaire, il balayait du regard les ruines du quartier extérieur, jadis habité par des artisans et des marchands venant profiter de l'attractivité de la cité marchande dans la région.

    Soudain, il entendit des bruits inhabituels, preuve de la présence insupportable de vie hostile à l'Ordre dans le secteur. Il observa attentivement autour de lui et aperçut un homme en train de ramper entre deux corps. Le visage tellement sale et recouvert de boue et de terre qu'il était impossible de décrire à quoi il ressemblait. Ses poings en sang serrés pour contenir l'hémorragie ou simplement contracté et réduire la douleur ressentie. Sa jambe gauche était totalement éclatée par un éclat d’obus, la coupant au niveau de la cuisse, bien que certaines parties indistinctes de chaires et de ligaments restaient accrochés par la résistance de tendons réfractaires à l'explosion ou au feu, arborant à son bout une chaire ensanglantée et par endroit calcinée. C’était très certainement un milicien, à en juger par son uniforme vraisemblablement vert à l'origine, désormais souillé par le sang et l'environnement dans lequel il rampait. Le milicien le regarda avec les yeux injectés de sang, eux aussi, remplis de panique et de peur, en murmurant une prière aux anciens Dieux du Nord, entrecoupés de gémissements de douleurs.

    Vasyl soupira presque exagérément, comme pour marquer son absence quasiment totale de respect envers son ennemi.

    — "Il est inutile de geindre et de supplier, chien errant."

    Il leva son fusil et le braqua sur l'homme plus proche du puzzle que de l'humain et tira une balle en pleine tête. Le cylindre métallique transperça le front de l'agonisant et fit éclater une partie de la boite crânienne dans un joyeux jet de sang, de chaire et de matière osseuse. Le corps du misérable eu un spasme et se raidit pour toujours dans un gargouillis humide et poisseux.

    — "Sergent !" appela un soldat vélèsien plus loin. "Des survivants du secteur tentent de se replier vers les défenses de la ville ! On les pousse vers la clairière !"

    Vasyl sourit, dévoilant des dents qui mériteraient un entretien plus soutenu pour les normes occidentales, mais qui n'étaient pas dans un état rare pour un soldat vélèsien en campagne. Ce sourire était presque malsain, animé par la volonté animale de décimer les fous qui s'opposaient à eux.

    — "Alors continuons notre partie de chasse soldats ! Pas de pitié pour les traîtres et pour le gibier."

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    La rivière Serebryana serpentait lentement dans la plaine hivernale vélèsienne, comme si elle-même hésitait à poursuivre son chemin dans ce monde figé par le froid. En ce mois de sičen', la campagne autour de Syl'nyy semblait enveloppée d'une torpeur grise et immobile, celle d'un hiver qui ne semble jamais finir. La brume, épaisse et basse, se levait paresseusement des eaux noires et étouffait les rares couleurs du paysage déjà morose en temps normal ; elle avalait les collines lointaines et ne laissait subsister que des silhouettes floues d'arbres dénudés où mes fleurs et les fruits n'étaient que de lointains souvenirs, pareilles à des mains osseuses dressées vers un ciel sans lumière, faisant penser aux plus pieux à des prières vers les dieux. C'est le long de cette rivière que marchait Bohdan Petrovych Halyna, un homme dont le visage n'aurait attiré l'attention de personne dans les rues de la capitale. Fonctionnaire de troisième classe au Bureau des Registres Territoriaux, il appartenait à cette vaste catégorie d'hommes discrets et invisibles qui, dans n'importe quel État, font tourner les rouages tout aussi invisibles de l'administration. Son manteau de laine sombre un peu abîmé, serré jusqu'au menton, portait encore la poussière fine des bureaux et l'odeur d'encre froide des formulaires qu'il remplissait à longueur de journée, la même encre qui tachait ses doigts. Il marchait lentement, les mains derrière le dos, suivant le chemin boueux qui longeait la rive, un chemin autrefois emprunté par les pêcheurs et les moines des monastères voisins, mais que l'on voyait désormais parcouru de plus en plus par des silhouettes plus nombreuses de fonctionnaires et d'agents.

    Le silence de la campagne n'était plus tout à fait celui qu'il avait connu dans sa jeunesse et cela lui procurait une profonde mélancolie. Il y avait désormais dans l'air une sorte de tension sourde qui crée un sentiment trouble dans le ventre, entre une excitation aux sources inconnues et une angoisse, elle aussi, à l'origine introuvable ; un sentiment diffus que quelque chose de vaste, de profond, s'était mis en marche au-dessus de la vie quotidienne des hommes, quelque que chose de plus grand qu'eux et sur laquelle ils n'avaient aucune prise. Quelqu'un en avait-il ne serait-ce qu'une once ? Bohdan n'était pas un esprit particulièrement porté sur la philosophie ni les réflexions abstraites ; il remplissait des tableaux, vérifiait des déclarations de population, consignait les activités agricoles des districts périphériques. Sa vie était faite de feuilles de calculs, de tampons et de la maigre joie de réussir à attraper un poisson près de chez lui durant ses jours de repos. Pourtant, même lui, dans la monotonie de ses tâches et dans la banalité de sa vie, avait senti depuis trois ans la transformation progressive de l'État.

    Trois ans plus tôt, la proclamation du Maréchal-Régent avait été affichée dans toutes les administrations. Bohdan se souvenait encore de la feuille épaisse placardée dans le vestibule des bureaux de la direction, entourée de cadres noirs et surmontée du sceau étoilé de l'Ordre qui se transformait. Les collègues s'étaient arrêtés pour la lire, certains avec le respect qui est enseigné dès le plus jeune âge aux vélèsiens, d'autre avec enthousiasme parmi les soutiens sincères du Maréchal-Régent, d'autres avec une prudence et une légère crainte qu'il fallait taire pour ne pas attirer l'attention. La déclaration parlait de réforme, d'efficacité, d'unification. Elle parlait aussi d'un Imperium futur, d'un pont entre la terre et le divin, d'une mission nationale appelée à purifier le monde. La Genèse qui est à l'origine des pouvoirs qui gouvernent la Vélèsie depuis plus de 100 ans, le mythe fondateur qui était jusque-là vu avec une relative indifférence par la majorité des vélèsiens plus préoccupée par leur survie que par le rêve futur d'un hypothétique Imperium vélèsien, ce mythe-là, est devenu bien plus fort ces derniers mois et dernières années. Les nouvelles générations étaient biberonnées avec cela, et la modernisation des méthodes de propagande utilisée par l'État ainsi que sa centralisation croissante faisait adhérer sincèrement de plus en plus de vélèsiens à cette histoire auparavant anecdotique en dehors des croyants les plus fervents.

    À l'époque, ces mots lui avaient semblé grandioses, presque abstraits. Aujourd'hui, ils avaient pris une forme concrète.

    Il passa près d'un ancien monastère de pierre qui dominait la rivière sur une légère hauteur. Les bâtiments existaient toujours et les cloches ne sonnaient toujours. Les moines y vivaient encore, mais une partie de leurs registres et quelques unes de leurs terres avaient été transférés à la nouvelle administration. Une plaque récente, vissée sur la porte d'entrée, indiquait désormais : Bureau régional de coordination morale et civique. Les moines partageaient certains locaux avec l'administration. En effet, celle-ci avait commencé a remplacer le clergé dans de nombreux domaines et on avait renvoyé les religieux à leurs rôles plus traditionnels d'éducation (sous contrôle politique), de vie religieuse et de relais de proximité pour le Mandat. Ils devaient transmettre la parole de l'État et rapporter à celui-ci ce qu'il se passait dans leurs zones. Tout cela n'était pas forcément connu, mais il est vrai que Bohdan remarquait une progressive diminution de la visibilité de prêtres. Il ralentit légèrement dans sa marche. Cette transformation était devenue un spectacle banal dans toute la région de Syl'nyy. Là où se trouvaient autrefois les dépendances directes et très autonomes des ordres monastiques, on voyait désormais apparaître les bureaux rectangulaires des nouvelles institutions qui se logeaient dans de nouveaux bâtiments plus modernes (à l'échelle du pays) en béton. Les routes s'étaient peu à peu peuplées de camions administratifs, les villages de bâtiments gris aux fenêtres étroites où travaillaient les nouveaux fonctionnaires du Mandat Divin. Cela permettait de créer un peu plus d'emplois d'ailleurs ces nouvelles constructions.

    Le Maréchal-Régent avait expliqué ces changements en déclarant que l'Église devait se consacrer à la prophétie, à la foi, à l'interprétation des signes divins. L'État, lui, devait agir. Et l'État agissait.

    Dans les bureaux où Bohdan passait ses journées, les registres se multipliaient. Les populations étaient recensées avec une précision que les anciens abbés n'avaient jamais atteinte. Les terres, les récoltes, les lignées familiales, les activités économiques : tout était désormais consigné dans les grandes archives centrales. Les fonctionnaires comme lui formaient les capillaires d'un organisme administratif immense qui se déployait lentement à travers le pays comme l'avait souhaité ce nouveau chef suprême, réformateur dans les méthodes, extrêmement traditionalistes dans les convictions affichées et les buts.
    Bohdan longea une petite jetée en bois où quelques roseaux gelés tintaient faiblement sous l'effet du vent. Sur l'autre rive, la brume laissait deviner les silhouettes sombres d'une installation récente : une tour de radio administrative. Les nouvelles antennes s'élevaient désormais au-dessus de la campagne, transmettant les communiqués de l'État vers les villages les plus reculés. Les foyers des villes importantes commençaient très progressivement à se doter de radio offertes par le Mandat pour faire écouter ce que celui-ci voulait faire entendre à sa population. On lui avait laissé entendre qu'il en aurait une dans quelques mois. Le Régent avait dit que le lien entre le peuple et ses guides devait être direct pour le bien de la nation.

    Bohdan se souvenait que, dans son enfance, les messages officiels tout comme les communications privées mettaient parfois des semaines à parvenir dans les provinces lointaines. Désormais, chaque district recevait ses directives en moins de trois jours, une avancée significative. Évidemment l'accent était donné sur les communications entre le centre du Mandat et ses exécutants. Les proclamations, les bulletins d'information, les avertissements concernant les ennemis du peuple circulaient à travers ce réseau invisible qui s'étendait chaque mois davantage.

    Il tira son manteau contre lui. Le froid de sičen' pénétrait jusque dans les os, et la rivière exhalait une humidité mordante. Sur un poteau près du chemin était fixé un panneau de propagande récemment installé. L'affiche représentait un soldat des Voyiny debout sur une colline, regardant vers un horizon rouge sombre où apparaissaient des silhouettes déformées, censées représenter les ennemis communistes de la Confédération Socialiste du Nazum. En lettres épaisses on pouvait lire :

    Le Rouge nie les Dieux.
    Le Rouge nie le Sang.
    Le Rouge nie la Destinée.


    Bohdan observa l'affiche un instant. Dans les journaux administratifs, les articles sur le Nazum s'étaient multipliés ces derniers mois. On y décrivait une civilisation sans foi, sans hiérarchie, où les masses étaient livrées à une anarchie brutale et athée. Les fonctionnaires recevaient régulièrement des brochures expliquant comment reconnaître les signes de l'infiltration communiste. Il ne savait pas si ces descriptions étaient entièrement exactes. Mais la peur qu'elles inspiraient était réelle, et même lui commençait à craindre légèrement ces voisins qu'on dépeignait si dangereux et menaçants. Sans compter la Poetoscovie qui s'était mise en sommeil.
    La rivière s'élargissait un peu plus loin, formant une courbe lente où la brume devenait presque opaque. Bohdan savait que derrière ces collines, très loin vers le nord, se déroulait la guerre de reconquête. Officiellement, les journaux parlaient de campagnes victorieuses contre des tribus rebelles et des populations égarées. Pourtant, les détails restaient rares. Parfois, dans les couloirs du ministère, certains dossiers évoquaient des districts entiers rayés des cartes administratives, des transferts massifs de population, des fosses communes, des zones désormais classées sous administration militaire. Ces documents circulaient brièvement avant de disparaître dans les archives scellées. Dans la capitale, on disait simplement que la reconquête progressait. Et c'était pour le mieux. On ne connaissait pas vraiment ce nord, on voyageait peu. On se disait que ces gens n'étaient pas comme nous et que, eux aussi, étaient dangereux.

    Le vent souleva légèrement la brume et laissa apparaître les toits lointains de Syl'nyy. La capitale s'étendait au sud comme une masse sombre, dominée par les nouvelles constructions gouvernementales. Depuis trois ans, les bâtiments administratifs s'étaient multipliés autour du palais du Mandat Divin, formant un ensemble colossal de bureaux, d'archives et de ministères. On disait parfois, en plaisantant à voix basse dans les couloirs, que l'administration poussait plus vite que les arbres. Bohdan esquissa un sourire fatigué à cette pensée. Il reprit sa marche le long de la rivière. Le ciel restait gris, la brume ne se dissipait pas, et l'eau sombre continuait de glisser silencieusement entre les rives gelées. Dans ce paysage morne et immobile, la transformation du pays semblait presque irréelle. Et pourtant, chaque jour, dans les bureaux de Syl'nyy, des milliers d'hommes comme lui remplissaient des formulaires, signaient des ordres, rédigeaient des circulaires. Lentement, patiemment, sans bruit, l'État du Mandat Divin étendait ses racines dans chaque village, chaque famille, chaque existence après tant d'années d'inefficacité à imposer une gouvernance centralisée et efficiente.

    Comme le cours la rivière sous la brume de sičen' semblait tranquille...

    Mais il avançait sans jamais s'arrêter. La nuit tombe, rentrons avant que de se perdre dans l'obscurité.
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    [Texte déplacé]


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    Quand les soldats arrivèrent


    J'aimais mon petit village paisible. Nous étions dans un pays compliqué, je le savais, mais j'étais heureux. Après la Muraille, ce complexe qui scindait le pays en deux, s'étendait plus de 10'000 kilomètres carrés que l'Ordre considérait comme barbare, non civilisé et peuplé de races inférieures. Et pourtant... Pourtant, ma famille vient de la capitale, mais la pauvreté la conduite ici dans les années 1920. Je suis exactement comme eux, du même sang, de la même religion. Bien que parfois, je me demande si c'est bien la même. Je crois aux mêmes dieux, je pratique les mêmes prières, les mêmes offrandes, mais moi, mes dieux ne m'inculquent pas la haine des personnes différentes. Enfin, j'étais tranquille dans ce petit village, loin de l'agitation de la capitale que mon arrière-grand-mère nous racontait. Elle est née en 1914 et si ça ne s'était pas passé comme ça, elle aurait été centenaire dans un an. Mon arrière-grand-mère, Yuliya était une petite femme voutée, les yeux presque fermés, mais pleins d'étoiles quand elle nous voyait jouer, rire, et qu'elle nous racontait des histoires au coin du feu durant les longues nuits d'hiver dans ce coin perdu. Elle avait des cheveux blancs maintenant, elle portait toujours un foulard traditionnel d'où on voyait dépasser deux nattes. Elle semblait avec le temps redevenir une enfant. Nous vivions dans un hameau de deux-cents habitants, reculé et sans nouvelles du monde extérieur, en dehors des quelques voyageurs qui passaient là une fois toutes les décennies en s'étant perdus.

    Dans ce petit village, nous habitions à huit dans une chaumière entourée de quelques hectares de champs et d'enclos. Il y avait mon père, ma mère, mon arrière-grand-mère, mon grand-père et mes deux sœurs ainsi que mon frère. Mon frère et moi aidions nos parents aux champs et mes sœurs s'occupaient souvent des animaux. Mon grand-père s'occupait un peu de la maison et de sa mère. Nous n'étions pas riches, oh ça non. Mais nous étions heureux. Même si ici le soleil n'est pas fréquemment présent, que l'hiver dure de début octobre à mars et qu'il nous arrive de rester dans la nuit plusieurs jours, cela n'entamait pas notre énergie. Du moins, jusqu'à ce jour de novembre.

    Il faisait particulièrement froid, entre -19 et -15 degrés. J'étais parti couper du bois dans le bois à quelques centaines de mètres de chez nous. J'avais une toque de fourrure, un manteau en cuir de rennes, des vêtements en laine de chèvre, une chemise en chanvre, des gants et des bottes. Je traînais une luge dans laquelle se trouvait une dague, une hache, une lampe à pétrole. Par le froid qu'il faisait, le bois de chauffage ne devait pas manquer et je ne supportais plus rester trop longtemps enfermé avec toute ma famille. J'adorais celle-ci, mais j'avais parfois besoin d'espace.

    Je marchais difficilement, mes pas s'enfonçaient dans une épaisse couche de neige. Les assauts répétés de cet ennemi invisible mordaient au plus profond de ma chaire et mes cils se recouvraient de glace. Après avoir marché pendant quelques minutes, j'arrivai à l'endroit où je coupe habituellement du bois, à quelques mètres d'un chemin en terre. Je me suis mis à chanter pour me donner du courage et les coups de haches rythmaient l'air.

    𝄞 Rastvitali yablani i grusha 𝄞


    J'entendis vaguement des pas dans le vent, mais je n'y fis pas attention. Je continuais à couper mon bois en chantant.

    𝄞 Paplyli tumani nat rikoy 𝄞


    Je crus entendre un moteur et cette fois, je me tournai, je vis au loin sur la route, quelques lanternes. C'était certainement le père Anatolij et ses fils qui rentraient chez eux après une journée de travail. Le vent m'aurait empêché de leur parler et avec le blizzard, je ne voulais pas m'éterniser. Je ne les saluai pas et je préférai finir ma besogne. Coups de haches après coups de haches.

    𝄞 Vykhadila na byerik katyusha 𝄞


    Soudain, je sentis une main sur mon épaule. Je me retournai brusquement pour voir le visage apeuré du père Anatolij et d'un de ses fils en retrait.

    - Où sont-ils ? Tes parents sont cachés ?
    - De quoi parlez-vous Anatolij ?
    - Les militaires, ils ont rasé le village voisin... La neige a tout recouvert, je ne sais pas s'ils sont déjà passés.
    - Il y a quelques minutes, ce n'était pas vous ?
    - FUIS ! Tu le peux encore...
    - Mais...
    - FUIS !

    J'abandonnai mes affaires ici en ne prenant que ma dague, ma hache et ma lanterne. En progressant aussi vite que je le pouvais, j'étais rempli de questions. Qui étaient les soldats ? Était-ce eux que j'ai cru voir tout à l'heure ? Mes parents, mes frères et sœurs, mes grand-parents, ils allaient bien ? J'avançais péniblement à travers les vagues de neige. J'atteignis enfin la sortie du bois et découvris ma maison. J'étais pétrifié. Les granges étaient en train d'être vidées et des soldats avaient jeté des troches sur les toits en chaumes. Mon père était à genou, maintenu des deux côtés par des militaires, ma mère pleurait en étant aux pieds d'un soldat en le suppliant. Mon arrière-grand-mère était maintenue debout par mon grand-père, mes jeunes sœurs étaient embarquées dans un camion. Mon plus jeune frère aussi et mon autre frère se débattait pour les en empêcher. Il poussa un soldat qui tomba à terre. Un autre sorti un pistolet et tira à l'arrière de son crâne. Mon frère s'effondra au sol, la tête tournée dans ma direction, du sang coulant de sa bouche et le regard figé.
    Mon père fut embarqué dans un autre camion qui repartit. Les membres de ma famille encore présents furent emmenés dans la grange qui brûlait. J'entendis des coups de feux durant quelques instants, puis plus rien.

    Les soldats sortirent, finirent de charger ce qu'ils emportaient de notre maison, nourriture, vêtement, le peu d'argent que nous avions et ils partirent à leur tour. Une fois les soldats partis, je sortis de ma torpeur et courus vers la grande dans laquelle les membres de ma famille avaient été emmenés. Le brasier était intense et la chaleur insoutenable. J'enfonçai la porte pour rentrer. Je vis dans un coin des corps entre les vapeurs et écrans flous des flammes. Je me débâtis pour dégager un des corps, mais en repoussant des gravats, une poutre enflammée tomba à côté de moi. Je ressentis une vive douleur à l'épaule et à l'œil gauche. Je ne voyais plus rien, mais je continuais désespérément. Je me résignai à sortir. Une fois dehors, je me suis écroulé dans la neige. Ma peau brulait, mon épaule me faisait souffrir et mon œil saignait. J'avais reçu des éclats de bois dedans. Le monde tournait autour de moi, les flammes illuminées la cour et je me sentis partir et je m'évanouis alors que les flocons de neiges tombaient toujours sur moi.



    image Pinterest, village en feu  illustration de Hansfordarron

    Quand les soldats arrivèrent, ils laissèrent derrière eux un sillage de destruction, de mort, de peine et de désolation...

    Mon village, autrefois paisible et lieu d'une vie innocente, n'était plus qu'un souvenir brûlant, un paradis perdu, des ruines témoins de vies disparues. Et ma famille, mon univers, toute ma vie, avait été brutalement arrachée à moi comme si les hasards du monde avaient décidé que j'étais trop heureux, que ma vie ne pouvait pas être celle-ci. Comme si les dieux voulaient, ou m'abattre, ou me défier.

    C'est donc au milieu de ce chaos, de cette dévastation que je me réveillai dans la neige, recouvert d'une fine couche de celle-ci, le froid mordant mes blessures encore vives, d'où le sang ne voulait plus s'arrêter mais où ma chair était à vif. Mon œil gauche était fermé, la douleur lancinante, et du sang séché formant une croûte qui m'empêchait de l'ouvrir. Et mon épaule me faisait terriblement souffrir à chaque mouvement, me lançant des décharges de douleur qui se propageaient dans tout mon corps. Mais je devais me lever, je devais survivre. Ce n'est pas une option, même blessé, seul et complètement, je ne pouvais pas me résigner à mourir alors qu'une partie de ma famille était captive.

    Je me redressai péniblement, chaque geste me rappelant l'horreur que je venais de vivre, les flashs et les visions me traversant à chaque mouvement, me donnant la nausée. Les flammes avaient consumé la grange, et il ne restait plus que des cendres et des braises fumantes mis à part quelques poutres partiellement brûlées. Je me dirigeai vers la maison où la porte gisait sur le sol et où les fenêtres avaient explosé. La maison... ou ce qu'il en restait. Les murs étaient noircis et certains endroits effrités, le toit effondré laissant un trou béant vers le ciel d'où la neige s'était infiltrée pendant que j'étais inconscient. Mais je devais vérifier s'il restait quelque chose, n'importe quoi, le moindre centième de fragment d'indice, qui pourrait m'aider à comprendre pourquoi. Pourquoi ces massacres, pourquoi nous, pourquoi eux, pourquoi je n'avais pas été là avec ma famille, pourquoi je n'avais pas essayé de m'interposer, pourquoi cette haine, pourquoi...

    À l'intérieur, je trouvai quelques objets épargnés par les flammes et le pillage des militaires : une vieille photographie de ma famille un peu cornée, un médaillon que ma mère portait toujours avec une photo de mon père à l'intérieur, et quelques vêtements et haillons éparpillés dans les pièces saccagées. Je rassemblai ces reliques d'un passé perdu en l'espace de quelques minutes dans un sac avec l'espoir que nous pourrions un jour recommencer avec cela comme base, chaque objet me rappelant un souvenir heureux, désormais teinté de tristesse, émaillé par la barbarie.

    Je savais que je ne pouvais pas rester ici. Peu importe le nombre d'heures que j'avais passé inconscient, peu importe quel jour nous étions, ces soldats n'étaient peut-être qu'une avant-garde. Les soldats de l'armée du Saint-Ordre pouvaient revenir ou d'autres arriver, et je devais trouver un moyen de survivre, de comprendre ce qui s'était passé et, peut-être, de retrouver mon père, mon frère et mes sœurs. Je décidai de suivre les rares et diffuses traces des camions de l'armée dans la neige, espérant qu'elles me mèneraient à un camp ou à une base où je pourrais obtenir des réponses, ou peut-être un autre village victime des attaques dans lequel je trouverais de l'aide ou d'autres informations.

    Le voyage fut long et pénible, puisant dans les dernières forces qu'il me restait et mettant à l'épreuve ma détermination et mon moral comme je ne l'avais jamais vécu avant. La neige recommençait à tomber, rendant ma tâche et la lecture des traces extrêmement difficile, recouvrant le paysage de mon pays encore en grande partie sauvage d'un manteau blanc immaculé, presque trop pur pour les horreurs qui se déroulaient dans ce pays. Les arbres, dénudés par l'hiver, qui craquaient dans le vent qui gémissait en de longues et déchirantes complaintes, tendaient leurs branches squelettiques vers le ciel gris, comme des supplications silencieuses de malheureux vivant la douleur et priant d'être épargnés. Ce vent qui hurlait à la mort à travers les plaines des cavaliers, charriant avec lui des flocons glacés qui me fouettaient le visage comme si les éléments se liguaient pour ma défaite, pour me faire renoncer. Mais je continuais, poussé par la colère et le désespoir, n'ayant aucune autre perspective que de chercher des réponses et de chercher ma famille.

    Durant ce périple, cette errance quasiment mythologique, je traversai des forêts denses où les sapins se dressaient comme des militaires sombres au garde-à-vous, leurs aiguilles vertes contrastant avec la blancheur environnante, comme autant de piques et d'armes pointées vers moi. Parfois, j'apercevais des empreintes d'animaux, et plus rarement les animaux eux-mêmes dans la neige : des lièvres, des renards, et même des loups. Je redoutais tomber sur un ours ou une meute de loups, et de m'endormir au risque d'être attaqué durant mon sommeil. Leurs traces me rappelaient que la vie continuait, malgré tout, et que certaines choses ne changeaient pas, du moins suffisamment lentement pour ne pas le remarquer. Je croisai des rivières gelées, leurs eaux figées dans le temps, comme évanouies. Cette beauté immortelle des choses figées et implacables de la nature, qui suivent un cycle perpétuel contre lequel nous ne pouvons rien. Et ces lacs gelés dont la surface brillait comme un miroir sous le ciel pâle d'argent. Si les choses n'avaient pas été si tragiques, mes frères, mes sœurs et moi aurions fait de la luge dessus.

    Les jours se succédaient, ayant tous une physionomie similaire, si bien que j'en perdais le compte et que la date actuelle m'était entièrement inconnue. Et chaque nuit, je trouvais refuge sous un abri de fortune, souvent un amas de branches et de feuilles mortes, une corniche, une caverne, des racines, etc. Chaque soir, malgré le froid, la faim, la tristesse, l'épuisement, je récitais une prière. Et presque chaque soir je regardais la photo de famille que j'avais récupérée. Je faisais tourner entre mes doigts le médaillon de ma mère et la photo de mon père sur laquelle il était en costume, le jour de leur mariage. C'était la seule fois où je l'ai vu ainsi, et seulement en photo. Le froid dont je parle était justement mon compagnon constant, mais la douleur de mes blessures me tenait éveillé, et le sommeil ne venait qu'avec l'épuisement de toutes les forces. Au moins, cela me forçait à avancer. Je mangeais peu, me nourrissant de baies sauvages et de racines que je déterrais avec mes mains engourdies, sales et à la peau maintenant aussi dure et rugueuse que le cuir.

    Un jour, alors que je marchais le long d'une crête, perdu dans mes pensées et mettant machinalement un pied devant l'autre, j'aperçus au loin une vallée encaissée. Des traces des camions que je supposais être celles des militaires qui avaient détruit mon village, semblaient y mener, mais je devais être prudent. Je descendis lentement, essayant de garder l'équilibre à l'aide d'une branche que j'espérais solide, chaque pas mesuré pour éviter de glisser sur la neige traîtresse qui attendait la moindre occasion pour me faire chuter et m'écraser en contrebas. En pied de la crête, je découvris une rivière qui coulait encore, ses eaux tumultueuses charriant des morceaux de glace par blocs. Ne voyant pas de passage proche, je traversai avec précaution celle-ci, l'eau glacée engourdissant mes pieds et brûlant quasiment ma peau. Je faillis me faire percuter plus d'une fois par des blocs de glace.

    Enfin arrivé de l'autre côté, je trouvai enfin des signes de passage récent : des empreintes de bottes, des déchets de repas que je m'empressai de dévorer pour apaiser ma faim, des restes de feux de camp encore chauds. Mais toujours aucun signe de camp ou de base permanente. Je continuai mon chemin, suivant les traces, espérant que chaque pas me rapprochait de la vérité et encore plus, de ma famille.

    Les paysages changeaient, mais ma détermination restait intacte. Je devais retrouver ma famille, comprendre pourquoi l'armée du Saint-Ordre avait détruit mon village. Et je continuerais, coûte que coûte, jusqu'à ce que j'obtienne des réponses.
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