24/03/2016
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Activités étrangères en Rimaurie

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Activités étrangères en Rimaurie

Ce topic est ouvert à tous les joueurs possédant un pays validé. Vous pouvez publier ici les RP concernant les activités menées par vos ressortissants en Rimaurie. Ceux-ci vous permettront d’accroître l'influence potentielle de votre pays sur les territoires locaux. Veillez toutefois à ce que vos écrits restent conformes au background développé par le joueur de la Rimaurie, sinon quoi ils pourraient être invalidés.
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Soldat réserviste de la Garde Fédérale d'Halvø

A la frontière Tansko-Rimaurienne, la Garde Fédérale d'Halvø se prépare à accueillir des réfugiés

La nouvelle est tombée en milieu d'après-midi, le Gouvernement tanskien, en lien avec le Parlement Provincial d'Halvø vient d'autoriser l'ouverture des frontières avec l'Etat de Rimaurie pour accueillir des populations souhaitant obtenir un asile politique en République Fédérale de Tanska. Plus tôt dans la matinée, les réservistes de la province, faisant parti de la Garde Fédérale d'Halvø ont été mobilisés pour venir grossir les rangs, habituellement faiblement gardés, des gardes-frontières en prévision. Dans une province fédérale guère plus grande que la région de Norja, la capitale fédérale, il a fallut peu de temps à la population civile pour voir le balais de véhicules militaires vers la frontière. Avant que l'inquiétude ne gagne, le gouverneur militaire d'Halvø a rapidement indiquait qu'il s'agissait là d'une mesure de prévision en vu de l'accueil de réfugiés, victimes des violences politiques de l'Etat de Rimaurie.

Ainsi, depuis le début de l'après-midi, peu après l'annonce, des camps ont été construits à quelques kilomètres voir hectomètres de la frontière pour permettre l'accueil rapide de réfugiés, si l'Etat de Rimaurie ne contrevenait pas toutefois à la liberté de mouvement de sa population. Afin d'éviter de faire planner toute menace, les unités de l'armée professionnelle, et en particulier le 59e bataillon motorisé de la 46e Brigade d'Infanterie, basée à Halvø n'ont pas été mobilisés. Du côté rimaurien, on peut ainsi majoritairement observer des Viper non blindées employés par la garde fédérale. Si les 5 000 réservistes ont été appelés, le gouvernement à indiqué qu'il opèrerait un roulement tous les deux jours, de sorte que seuls 1 000 réservistes soient occupés en permanence afin de ne pas impacter sur la vie économique de la province.

Aux postes-frontières des quelques routes, les contrôles ont désormais été considérablement renforcés, devenant systématique pour un trafic déjà habituellement faible. Plusieurs organisations non gouvernementales, à commencer par Rauði krossinn (croix rouge tanskienne) ont annoncés déployés des moyens humains et matériels pour venir en aide à de possibles populations civiles qui souhaiteraient rejoindre la province. Le gouvernement l'assure, toute demande d'asile sera étudiée avec la plus grande vigilance mais aucun civil franchissant la frontière ne sera renvoyé de force de l'autre côté. "Il est hors de question de mettre la vie de civils pouvant être condamné à mort inutilement en danger" a affirmé un député provincial.
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sdf

Le Norjien International - HALVO

A la frontière rimauro-tanskienne, les réfugiés accueillis avec vigilance

Les tensions entre la République tanskienne et l'Etat rimaurien sont croissantes ces derniers jours alors qu'une centaine de réfugiés rimauriens ont franchis les frontières de la province d'Halvø, accueillis par la Garde Fédérale de la province.

Par Bjarne Henriksen (Halvø), le 8 juillet 2013.



Ils sont environ une centaine, bien moins que prévu, à avoir franchit la frontière avant le déploiement des force armées rimauriennes à la frontière. C'est à la Garde Fédérale qu'est revenue l'accueil aux côtés d'ONG tanskiennes bien connues du grand public, moins de ces réfugiés pour qui certaines libertés sont désormais nouvelles. Principalement issu des côtés résistant au pouvoir nationaliste de l'Etat de Rimaurie, les réfugiés ont tous été reçus avec précaution par une garde fédérale sur ses gardes qui n'a tolérée aucune arme sur son sol. Tous les réfugiés refusant de vouloir donner leur armement ont vu leurs armements confisqués et ont été internés dans un camp sous plus haute surveillance plus éloigné de la frontière. Pas question de renvoyer à une condamnation à mort certaine des citoyens rimauriens. Pas question, non plus, d'autoriser la constitution de camp de guérilleros à la frontière. Néanmoins, leurs droits et libertés sont garanties en l'attente de la livraison d'un visa. Aucun des rimauriens, même interné, n'est privé de sa possibilité d'appeler ses proches, de ne pas disposer à internet et les libertés sont complètes, dans l'enceinte du camp toutefois qui ne contient aucun personnel de la Garde Fédérale, seulement des ONG afin d'assurer de telles libertés. Les blessés ont eux été pris en charge à l'hôpital de la capitale provinciale.

Un officier indiquait qu'une demande a été transmise pour soutenir l'Union Libertaire Rimaurienn et qu'elle avait été transmise au gouvernement fédéral. Si nous avons pu observer l'arriver de quelques membres de cabinet de la première ministre ses derniers jours, aucune information supplémentaire ne nous a été délivré alors même qu'une cellule de crise entre les deux gouvernements aurait été ouverte de source proche du dossier. D'après ce même officier, rare professionnel au sein de la Garde Fédérale, "il n'est pas question de soutenir des forces insurrectionnelles alors que des discussions officielles sont en cours. De plus, la demande de base pourrait constituer un élément de crispation suffisant pour provoquer des réactions incontrôlées d'un gouvernement incivilisé".

D'après un membre du Service Permanent d'Intelligence Extérieur qui souhaite rester anonyme, le principal service de renseignement tanskien aurait lui lancé une étude plus sérieuse sur la possibilité de bel et bien fournir des équipements à la guerilla mais sans passer par l'installation d'une base sur le sol tanskien. Les membres du gouvernement rencontrés ont déclarés que cette information n'avait aucun sens ou bien qu'ils n'avaient aucune information.
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Organe extérieur de l'Union Internationale du communisme et du socialisme



Drapeau

Aux représentants de l'Union Libertaire Rimaurienne


Camarade,

Je me permets de vous contacter suite à votre demande concernant une demande d'adhésion à l'Union Internationale du Communisme et du Socialisme, avec des nouvelles qui vous seront certainement rassurantes.

En effet, nous vous annonçons que votre dossier est actuellement à l'étude dans le cadre d'une session du Conseil Suprême de l'Union et que ma discussions est sur le point de s'engager à ce sujet. Au cours de cette analyse de dossier, nous étudierons la liste de vos différentes orientations politiques afin d'évaluer la pertinence de votre adhésion. Nous vous remercions par ailleurs de cette attention qui nous est portée, preuve évidente de la crédibilité de ce projet que nous protons de haute lutte depuis plusieurs mois.

Dans l'éventualité où votre candidature serait acceptée, vous serez alors libre d'intégrer le groupe parlementaire de votre choix, suivant vos convictions politiques et orientations, de rester sans étiquette ou de créer le vôtre avec un soutien suffisant si toutes ces options ne vous paraissent pas acceptables. Toutefois, je me permets, au vue de la première analyse du profil de votre mouvement, je vous faire une suggestion. En effet, il existe déjà un groupe rassemblant les partis et États d'orientation libertaire et communaliste au sein du Conseil Suprême. Je vous invite donc, au vue de vos orientations, à vous rapprocher de ce groupe avec qui vous partagez un certain nombre de points programmatiques.


Avec l'expression de mes salutations les plus respectueuses, bien fraternellement

Ainsi a été fait ce courrier le 22 janvier 2013 par l'Organe dédié à l’extérieur de l'Union.

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Plusieurs capitaines de la flotte noire mettent en garde l'Etat de Rimaurie contre toute escalade violente

https://www.zupimages.net/up/24/34/onpo.jpg


Il ne fait décidément pas bon jouer les va-t’en guerre aux portes du Pharois. Etat autoritaire et militariste, la Rimaurie s’est récemment tristement illustré par ses menaces de répression contre l’Union Libertaire Rimaurienne, groupuscule révolutionnaire armé d’inspiration socialiste-libertaire. Déjà dans le viseur des services secrets pharovihjois en raison de sa politique de lutte contre la piraterie au Nazum, le depart de l’Armée Révolutionnaire des Stations Libres du Prodnov pourrait bien rendre possible l’ouverture d’un nouveau front de libération à l’ouest. La Rimaurie se trouve en effet très proche du Pharois et de son poste avancée en Manche Blanche : Porto Mundo. Les Stations Libres elles-mêmes sont à portée d’une intervention militaire armée, moins d’un millier de kilomètres en avion et à peine moins par la mer.

La rumeur avait enflé comme un vent dans les voiles. Après l’intervention à Zladingrad, celle à Kotios ou encore au Prodnov, le Pharois a plus d’une fois fait la démonstration de sa capacité à intervenir à ses frontières pour imposer la paix et mettre fin aux tentatives d’ingérence étrangères quand nécessaire. Ce serait toutefois la première fois qu’il choisirait de s’en prendre à un gouvernement étranger souverain. Pas de quoi faire flancher la détermination des stratèges albiens cependant, qui laissent sous-entendre qu’une frappe ciblée contre le régime d’Hahnemann serait envisagé en cas de répression violente contre la gauche. Des bruits de couloir qui ont comme un avant-goût d’avertissement, une rumeur de semonce.

La Rimaurie est doublement stratégique. S’en prendre à un Etat qui a fait de la chasse au pirate l’un de ses faits d’armes enverrait un message clair aux ennemis de la piraterie : au Nazum ou ailleurs, la Pharovihjie est prête à leur apporter son aide. Outre sa position stratégique dans la Manche Blanche, une intervention en Rimaurie réaffirmerait l’influence pharoise dans la région en dressant virtuellement un pont entre Kotios, son avant-poste à l’ouest où se trouve ses alliés, et le détroit du nord sur qui la Fédération possède la souveraineté. Une façon également (si c’était nécessaire) de couper à nouveau l’herbe sous le pied de deux de ses concurrents dans la région : l’OND d’une part, et l’UICS de l’autre. Chacune de ces deux organisations a des intérêts en Rimaurie : l’OND parce que Tanska en est frontalier au sud et que la Rimaurie (qui l’encercle) lui dispute sa position centrale dans la Manche Blanche, et l’UICS car l’Union Libertaire Rimaurienne a récemment demandé, et obtenu, d’intégrer l’alliance.

Puissance encore moyenne mais en pleine ascension dans la Manche Blanche, la Rimaurie est donc au cœur d’intérêts stratégiques divers et que ce soit en s’alliant au régime en place ou en pariant sur sa déstabilisation, chacun a à gagner d’y placer ses pions, la Pharovihjie comme les autres.

Dans les allées sombres d’Albigärk la mystérieuse, là où s’imaginent et se réalisent les complots, on s’afférait. Le Prodnov était tombé, déliant de fait les mains des puissances albiennes qui pouvaient désormais, sous la houlette de leur nouveau maître, tourner de nouveau leur regard vers l’ouest. Comme on lâche les chiens de guerre, le Pharois fait miroiter à ses capitaines des lettres de marque pour autoriser la capture de certains bâtiments navals Rimauriens, prémisse à une escalade calculée. Les ports d'Hahnemann et d'Hverajahlid font des proies tentantes pour certains capitaines ambitieux en manque de butin et Gabriel et ses richesses se dit prêt à financer l'opération. Il ne manque qu'un prétexte, une signature sur un papier, le sceau qui refuse encore d'être brisé et retient l'ouragan enfermé.
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Saaaaalut la Rimaurie !
https://images0.persgroep.net/rcs/wcEBJrVRBBK1ZPWaQCOyz9q-M_g/diocontent/219143002/_fitwidth/694/?appId=21791a8992982cd8da851550a453bd7f&quality=0.8

Et clic ! C'était dans boîte, comme disent les photographes. Dans le satellite espion Loduarien, ce n'était pas bien différent. Son orbite passait presque au dessus de la Rimaurie, à quelques kilomètres près, mais cela suffisait. L'intégralité du territoire rimaurien avait été rapidement regardé, pour vérifier que les conditions climatiques permettaient de photographier des cibles au sol. Et on avait de la chance, le bon temps arrivait, alors les nuages se faisaient rares.
À Lyonnars, dans le centre de contrôle des satellites de l'armée, un groupe de techniciens s'étaient attellés à vérifier le sol rimaurien grâce au satellite, à la recherche d'une cible comme les ordres le demandaient. Les informations publiques disponibles étaient en même temps recoupés, pour obtenir des zones de recherche, et plusieurs photos de différents sites rimauriens furent prises par le satellite. Les techniciens s'accordèrent avec des représentants de l'armée, puis un site du Nord de la Rimaurie fut choisi, et photographié d'une meilleure façon, et correctement analysé. Localisation, bâtiments... Tout ce qui était nécessaire fut récupéré. Ce qu'il y avait à l'intérieur comptait moins, après tout, tout ça c'était surtout de la prévention qui se préparait. Tout ce qui comptait, c'est qu'il fallait une cible militaire. Et on en avait une.

À plus, la Rimaurie. On se reverra !
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Projet: Conférence de Velcal
Pour la formation d'une ligue de défense de nos intérêts communs


"A toutes les forces de bonne volonté en ce continent et du reste de ce monde, j'en appelle à toutes les nations libres et désireuses de le rester, du danger que représente ces choses qui composent notre paysage politique eurysien actuel. Ces organisations supra-nationales qui défigurent le sens du mot "souveraineté" et qui se servent de tout leur poids pour interférer dans l'existence de ceux ne désirant que la tranquillité d'âme, d'esprit, et dont l'unique volonté est d'exister dans la paix de leur foyer, sans que l'on ait à les invectiver de vivre d'une mauvaise manière. Que ces Hommes soient libres de vivre selon leurs valeurs et conscience propre, c'est là mon seul désir. La Grande République de Velsna sera toujours l'ennemie de toutes les volontés d'hégémonie d'un petit groupe de nations, quelle que soit les valeurs dont ces dernières se targuent ou les convictions politiques qu'elles brandissent. Cela n'a toujours et éternellement que la même finalité: une hégémonie politique, économique, culturelle ou les trois à la fois. Je suis de ces hommes qui estime que c'est la seule volonté d'un peuple qui est légitime à la direction qu'il prendra: si celui-ci désire la démocratie, que l'on ait pas à lui imposer par les armes, et il en va de même avec le communisme et tous les régimes ne mettant pas en péril le droit de leurs voisins à faire de même. OND, Liberaltern, ONC...ce sont là des appellations différentes pour une même méthode de terreur et de pression politique sur les petits, les faibles et les nations isolées. Le seul horizon politique auquel ces nations ont le droit est le suivant: quand est-ce que notre tour sera venu d'être la cible d'une intervention criminelle d'une armée qui causera bien davantage de mal que de bien à notre patrie ? Alors que le sens de l'Histoire devrait être dédié aux particularismes et à l'exception que représente chacun d'entre nous, nous nous complaisons à éterniser un monde ne nous laissons d'autre choix que la conformité. La conformité ou la disparition, tels sont les deux seuls choix de ces nations.

C'est pourquoi, en vertu de l'état politique désastreux d'un monde partagé entre des organisations au but noble, mais dont la finalité est mortifère, que nous annonçons le présent projet validé par le Sénat des Mille de la Grande République de Velsna: à savoir la mise en place d'une Ligue d’États souverains et indépendants, dont le seul et unique but sera la préservation de leur indépendance à tout prix. Notre organisation ne sera pas une union économique, ni même une union politique ou culturelle artificielle et dont les contraintes seraient bien trop nombreuses à notre goût. Il ne s'agira pas là non plus de nous affilier à raison d'une idéologie commune, car nous n'avons que faire que de la manière dont vous concevez votre monde. Il ne s'agira en réalité là que de deux choses: un pacte défensif commun, et uniquement dans ce cas de figure, et la mise en place d'un marché de l'armement interne à tarifs préférentiels. Ni plus, ni moins, car nous pensons qu'il n'y a guère meilleure organisation supra-nationale que celle que l'on voit le moins souvent.

En vertu de ces principes que l'on pourrait qualifier à juste titre de minimaliste, nous n’exigerons des futurs intéressés que deux choses:
- De ne faire partie d'aucune des trois organisations suivantes: ONC, OND ou Internationale Libertaire.
- De respecter votre engagement vis à vis de ce pacte de défense, qui mettra en jeu nos paroles et notre dignité."



- Matteo DiGrassi, Sénateur des Mille de la Grande République de Velsna, Maître du Bureau de l'Arsenal, vainqueur des achosiens et des landrins, restituteur du Sénat




Si vous êtes intéressés par ce projet, veuillez remplir ce formulaire dans l'éventualité d'une conférence qui se tiendra en la cité de Velcal, en Grande République de Velsna, et le renvoyer dans le topic dédié dans les appels d'offre:

[b]Entité participante (nom complet du pays):[/b]
[b]Nom du représentant ou de la représentante:[/b]
[b]Observations personnelles et attendus de cette future organisation:[/b]
1997
THE TANSKIAN TIMES

Halvø, 24/07/2014


INTERNATIONAL / Rimaurie

Le Parlement Provincial vote un projet de renforcement de la frontière suite aux opérations militaires rimauriennes


Le Parlement provincial d'Halvø a voté aujourd'hui un projet de décret visant à opérer un déploiement militaire dans la zone démilitarisée à la frontière Tansko-Rimaurienne en cas de déploiement de forces rimauriennes. Les actions militaires du gouvernement rimaurien, plus communément appelées "Opération Endspiel" pourraient prochainement se dérouler dans la zone démilitarisée selon les informations nationales transmises par le ministère rimaurien de la Culture et de l'Information le 19 juillet dernier. Des informations évoquant l'hypothèse, pour l'Armée nationale, de franchir la DMZ avaient été évoquées dès la mi-juin. La récente évolution de la situation a donc rapidement amené le Parlement Provincial a prendre position considérant qu'une violation de la DMZ par les forces rimauriennes entraînerait une entrée de la Garde Fédérale dans la partie tanskienne de la DMZ afin d'en assurer la sécurité.

Cependant, ce texte doit désormais être soumis au Congrès Fédéral du fait de l'implication de forces armées fédérales depuis la fin des forces armées provinciales en 2009 et ceux malgré l'existence d'une brigade de réserve provinciale. Le Gouvernement ne s'est pas exprimée sur la question. Néanmoins, dans une interview donnée à ABC Info, la première Ministre Jaka Lakkas a estimé qu'un tel décret "rajoutait de l'huile sur le feu" et que le gouvernement ne comptait pas "l'appliquer en l'état de la situation". Pour autant, le Congrès Fédéral pourrait valider la proposition du Parlement Provincial d'Halvø et forcer la main du gouvernement. En particulier, le Front Socialiste, majoritaire au sein du Parlement Provincial d'Halvø (mais minoritaire au Congrès Fédéral) pourrait soutenir la cause des députés provinciaux et apporter un grand nombre de voix favorable. La présidente du Congrès Fédéral, membre du groupe de la majorité, Aili Kinnunen, s'est elle aussi exprimée favorablement à la proposition du Parlement provincial estimant que "si la Rimaurie venait à rompre le traité, nous devrions logiquement assurer la sécurité de notre frontière."
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Déclaration publique du Gouvernement de la Nation Communiste de Loduarie et de son État-major, publié en la date du 02/07/2014

La Nation Communiste de Loduarie revendique officiellement la frappe balistique qui a secoué la Rimaurie en la date du 1er juillet 2014.
Considérant les actions Rimauriennes actuelles à l'encontre de sa population, et le manque de respect dont elle a fait preuve à l'égard de la Loduarie et des pays et mouvements membres de l'Union Internationale du Communisme et du Socialisme, cette frappe a été réalisée dans l'objectif d'envoyer un message à la Rimaurie.
Dans le cas où la Rimaurie déciderais de continuer sur son actuelle lancée et d'ignorer la prévention Loduarienne, des actions de plus grandes ampleur et n'ayant plus aucune portée préventive seront réfléchies et mises en œuvres à l'encontre de la Rimaurie par les forces Loduariennes.
Nous appelons la Rimaurie à faire désormais preuve de clairvoyance pour lui éviter de plus graves conséquences à l'avenir. Nous appellons la Rimaurie à cesser ses actuels actes barbares à l'encontre de sa propre population.
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Des lycéens victimes de la frappe de missiles ?

Après avoir été secouée par la funeste agression et acte de guerre perpétré par la Loduarie Communiste, voilà qu'émerge sur l'internet rimaurien un ensemble de rumeurs des plus sordides : étaient apparemment présents sur site un ensemble de lycéens faisant leur journée d'appel au camp, plusieurs d'entre eux ayant été grièvement blessés, voire tués. Témoignages, images des victimes, photos pixelisées de ce qui semble être de macabres spectacles. La thèse qui parait corréler est que l'ensemble des adolescents présents sur site étaient encadrés par du personnel militaire leur présentant les avions de chasse, avant que le bâtiment ne soit frappé d'un missile. L'effondrement du plafond et les départs de flamme auraient alors occasionné le pire.

Sans arrêt dans les forums, réseaux sociaux ou fils d'actualité en ligne du pays, sont évoquées chacune des victimes de quinze à seize ans venant de divers établissements scolaires alentours. Les posts sont relayés massivement, partagés et repostés tandis que la rumeur est lancée et propagée par les internautes rimauriens eux-mêmes.

Certains posts relaient les témoignages des victimes ayant survécu, racontant la stupeur lorsque le bâtiment s'était ébranlé et la vitesse avec laquelle les choses s'étaient déroulées, là encore repris et plus ou moins déformé sur les réseaux sociaux à mesure que la chose émeut.

Dans cette confusion générale, la balle est dans le camp du gouvernement rimaurien : confirmer les thèses évoquées ou les réfuter ?
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Ambassadeurs de la Révolution

Le bruit des vagues sur les galets suffisait à peine à couvrir le ronronnement des moteurs. Les barques avaient été tirées sur la plage, mais on était prêts à partir au moindre signe de danger. Quelques sentinelles montaient la garde, de vieux pistolets mitrailleurs de fabrication Pharoise en main. Simple précaution : il y avait en fait peu de chance que les agents de la militärpolizei ne débarquent. Tout avait été fait dans les règles de l’art et, et si une partie des contrebandiers étaient directement issus de la flotte noire kotioïtes, leurs méthodes étaient kah-tanaises.

De toute façon, depuis la chute du Pharois, Kotios s’était attachée à sa nouvelle protectrice, laquelle mobilisait rarement ses talents, jamais sans raison, jamais sans rémunération. Les contrebandiers de la région gardaient en eux un important fond idéologique : si le boulot était payé – et bien payé – il était aussi utile. L’utile se mêlait au souhaitable, et personne n’avait ne serait-ce qu’envisagé de doubler le client.

De toute façon ce qu’ils avaient transporté n’avait pas de valeur intrinsèque. Cette fois il ne s’agissait pas de caisses d’armes, de grenades, d’explosifs destinés aux loduariens dans une lutte à mort, perdue d’avance, contre l’ONC, ou de pamphlets à larguer dans les rues d’une quelconque colonie Afaréenne, attendant l’heure de sa libération. Non.

En fait, on avait transporté deux individus. Deux kah-tanais, d’origine kaulthe. Ils parlaient parfaitement allemand et un étonnant entraînement dans les locaux du "Panopticon Eurysien", la section des renseignements chargée du continent, avait adapté leur style, leurs manières, leur accent à la culture locale. La Rimaurie était un pays profondément coupé du monde, on ne pouvait pas y jouer la carte de l’étranger de passage : il fallait passer pour un homme du cru.

Si, toute fois, il devenait utile d’interagir avec la population et les autorités. Les deux agents espéraient bien que non. On leur avait donné une mission simple et elle ne nécessitait que de communiquer avec un seul type d’individus : les hommes et femmes de l’Union Libertaire. Ceux-là se moqueraient à priori bien de leur origine, et seraient peut-être même heureux d’apprendre qui s’était intéressé à leur sort.

On les éloigna de la plage, jusqu’à un camion bâché. L’un des agents grimpa à l’arrière.

« Des pommes de terre ? »

Amusé. Son collègue le rejoignit. Le conducteur ne fit pas de commentaire, se contentant de leur sourire d’un air amusé ; C’était un fermier du coin, sympathisant de la cause mais très discret sur ses opinions. Il allait les amener jusqu’à leur contact et, oui, tout ça dans un camion de pommes de terre. Il lui arrivait de livrer tard en soirée, pour éviter la circulation. Pas qu’elle soit trop importante, de toute façon. Les deux hommes saluèrent les sentinelles et eurent à peine le temps de voir les barques retourner à la mer, s’éloigner de cet enfer, que le camion se mit en route.

« Je fais face à un putain de problème, finit par déclarer l’un des agents. L’autre leva les yeux du petit manuel de courtoisie locale qu’il compulsait, et le fixa d’un air neutre.

« Je t’écoute.
– J’arrive pas à faire la différence entre leur idéologie et le loduarisme. »

Il y eut un long, très profond et gênant moment de silence. Ces dernières années, le Grand Kah s’était trouvé à soutenir différents régimes, parfois parfaitement autocratiques, au nom de son Grand Plan. Protéger les intérêts d’un tyran pouvait parfois retarder ceux d’ennemis plus importants, voir mettre le tyran au service de la libération d’autres peuples. C’était une politique qui trouvait ses manifestations les plus criantes (et ses succès les plus indiscutables) en Afarée et dans les autres régions où la décolonisation voulut par les communalistes pouvait s’appuyer sur les sentiments nationalistes.

Mais s’il y avait bien un régime autocratique avec lequel l’Union avait toujours eu du mal à cohabiter sereinement, c’était bien la Loduarie. Cela s’expliquait facilement. Rivalité pour le contrôle de "l’âme" socialiste, confrontation directe ou indirecte dans différents points chauds, conception radicalement différentes de la Révolution… Les kah-tanais, obsédés qu’ils étaient pas la notion de démocratie, ne concevaient tout simplement pas le système eurycommuniste, avec sa centralisation excessive de toutes les activités publiques, politiques et économiques, comme autre chose que le cache-sexe d’un autoritarisme au mieux discutable. Sa nature prétendument socialiste avait pour effet de profondément déranger les kah-tanais, qui y voyaient une forme de manipulation, d’hypocrisie.

De façon assez curieuse, la comparaison entre l’eurycommunisme et le fascisme ne s’était jamais dessinée plus clairement qu’en Rimaurie, ou la stratégie de troisième voie avait donnée naissance à… Autre chose. La rhétorique était différente, mais ses conclusions similaires. L’égalité économique, l’autoritarisme à tous les niveaux, et une importante dose de millénarisme.

Parce qu’ils étaient matérialistes, les kah-tanais traçaient aisément un trait d’égalité entre les deux régimes. Le second agent soupira.

« Ils sont fascistes.
– Non mais les bases idéologiques sont différentes, encore que, mais ils ont un système similaire.
– Leur idéologie est totalement contre les principes de liberté. L’eurycommunisme prétend au moins qu’elle viendra, à un moment.
– Ouais mais en pratique, au-delà des mots. On est d’accord que c’est la même chose ?
– Bah. » Il haussa les épaules. « Ils collaborent avec nous quand c’est utile, ils concentrent l’attention des ennemis. On leur tombera dessus après le Grand Soir.
– Je ne remets pas en cause la stratégie de la Convention, tu sais. Je réfléchissais juste.
– Pas de problème chef. Mais garde ça pour toi, pas sûr que nos camarades rimauriens apprécient qu’on compare un de leurs soutiens potentiel à leur oppresseur.
– J’ai eu la même formation que toi, je sais. »

Un petit rire. Le premier agent fit un signe de main qui signifiait que la discussion était sans importance, l’autre acquiesça en souriant. Les deux avaient été formés à des missions commandos aussi bien que de représentation : ils ne venaient pas ici pour poser des bombes, couper des gorge, faire disparaître des individus ou obtenir des documents compromettants. Ils venaient ici prendre contact avec ce qui, on l’espérait, pourrait bientôt devenir un mouvement non-plus de guérilla, mais bien de révolution.

Il y avait certes beaucoup à faire pour sauver l’Union Libertaire de sa situation, mais l’expérience récente et Historique démontrait que la révolution était comme le feu : la plus grande des conflagrations pouvait naître de la plus petite des cendres. L’Armée Démocratique avait renversé le rapport de force au Gondo, partant de ses montagnes isolées et de ses quelques centaines de militants. La Kaulthie était communaliste, après six ans de lutte et de complots. La Rimaurie, avec ses réseaux déjà installés et expérimentés, pourrait suivre, à condition de lui fournir le soutien adapté.

Ces deux hommes n’étaient que les ambassadeurs de la révolution. À la limite, les hérauts de son implication dans les affaires locales. Suivraient les armes, les fonds, les formations politiques et tactiques. Suivrait, peut-être, un incendie comme on en avait rarement vu.
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Au profit de la Liberté

Maintenant c’était sûr, pensa l’agent Kaysersberg, le Grand Kah allait finir par intervenir en Rimaurie. Il n’avait pas mené tant d’opérations de ce type que ça, mais l’excellente formation qu’il avait reçu au Panopticon Eurysien lui donnait toutes les clefs nécessaires à l’interprétation des signes. Il voyait, se dessinant en esprit, l’immense schéma des actions, manipulations, petites inflexions du réel poussées par l’Union et ses outils. Il comprenait très bien à quoi elles aboutiraient, et quel étrange portrait de la région elles peignaient pas touche.

Et c’était très dangereux. Un espion dans son genre devait rester imbécile, ignorant, incapable de concevoir – et donc de répéter – les enjeux. C’était le problème. Son esprit allait trop vite, et une espèce de certitude toute kah-tanaise que les choses iraient bien l’empêchait de ne pas interpréter ce qu’on ne lui disait pas. Aucun secret ne pouvait le rester, aux yeux d’un espion. C’était bien simple, et tout à fait dommageable.

De toute façon l’Heure était au communalisme. Pas forcément révolutionnaire, d’ailleurs, il pouvait être doux, démocratique. Le Westalia, Teyla, Velsna avaient maintenant leurs propres petits mouvements communalistes, généreusement financés par des emprunts kah-tanais et normalisant une parole de gauche démocratique dans des paysages politiques qui en avaient bien besoin. Ailleurs, au Gondo, an Ramchourie, avant ça en Kaulthie, on avait profité de guerres civiles, de conflits bien enclenchés, pour faire naître du désir de démocratie le désir d’égalité. Et les vieux régimes avaient chu, où étaient en bonne voie de l’être. Il n’y avait pas un gauchiste honnête, sur cette terre, qui n’avait pas frémi d’excitation en apprenant comment l’Armée Démocratique, ce ramassis de militants et révolutionnaires aussi jeunes qu’idéalistes, avaient réussi à repousser par trois fois l’armée de métier du vieil empire Clovanien. La jeunesse et la fougue d’un Gondo nouveau, porté par les armes d’une très vieille confédération.

Et combien d’autres pays encore, portaient en eux les graines d’un grand soir ? D’une opération d’influence, d’un coup de pouce ou de main, d’une action directe qui les amènerait enfin dans le camp de la justice sociale et démocratique ? Combien de pays attendaient d’être libérés des racismes, sexismes, violences symboliques et réelles, politiques et économiques ? D’avoir enfin un peuple de citoyens ? Heureux, bien nourris, libres de leurs choix, de leur existence ? Faire de la Terre un Jardin, une fleur à la fois.

La Rimaurie, elle, présentait un cas de figure particulier : les kah-tanais avaient rarement tentés de provoquer des révolutions – par les urnes ou les armes – au sein de régime dont on savait que le fanatisme de leurs troupes leur permettrait d’exterminer le peuple, d’effectuer une coupe radicale. Certains pays préféraient se tuer que changer, et on évitait généralement de les pousser à ces extrémités. D’autres opérations pouvaient avoir lieu, en amont, pour les ramollir. Ou bien, parfois, on les envahissait.

En Rimaurie, cependant, il n’était ni question de ramollir, ni question d’envahir. Non. On préparait bel et bien l’accentuation des actions de résistance, leur renforcement étape par étape, leur financement, la construction d’un véritable réseau de soutien international à l’action directe et au terrorisme politique. On préparait une guerre civile qui existait déjà, à un stade embryonnaire, et ce même si ce pays risquait de se tuer avant d’accepter le moindre changement.

Qu’est-ce que ça pouvait vouloir dire ? Quelqu’un, à Axis Mundis, avait dû changer d’avis sur la stratégie à adopter. Peut-être qu’ils étaient tous trop plein de leurs succès récents, prêts à prendre des risques, et à faire prendre des risques inouïs, quasi inacceptable, à leurs camarades étrangers. Cette perspective attristait Kaysersberg.

Mais ça, encore, c’était normal, ça n’avait réellement rien d’étonnant. Tout le monde le savait, sans forcément y croire. Les kah-tanais étaient au fond de grands romantiques ; Des imbéciles qui s’attachaient vraiment à leurs alliés, considéraient leurs camarades de lutte comme des égaux, et voyaient dans chaque action renforçant leur Union, une action renforçant le camp de l’Humanité. Ils avaient, par un étrange truchement psychologique, associés l’intérêt de chaque personne avec celui de leur Confédération, et considéraient les guérilleros, les militants, les sympathisants silencieux, ceux sur le point de basculer du bon côté de l’Histoire, fusse en action ou en mots, comme autant de frères, de sœurs, de concitoyens. On faisait difficilement mot plus fort pour les kah-tanais, qui voyaient dans leur citoyenneté la marque irréfutable de leur liberté. Oui. Tout combattant, tout réfractaire, tout mécontent est un concitoyen. Un camarade d’esprit et de chair. Une âme jumelée par le bon sens et la bienveillance. Par l’espoir de voir, un jour, le monde allait mieux. Leurs souffrances en devenaient insupportables.

Mais il fallait faire ce qu’il fallait faire, pour arriver aux résultats attendus. Pour détruire ces nids d’oppression.

Jusqu’à un certain point c’était cette réalité qui justifiait la véritable poussée interventionniste de l’Union et ça, encore, Kaysersberg ne cherchait pas à le nier.

Depuis son arrivée à bord d’une petite esquif kotioïte, il avait beaucoup appris sur le pays et sur la façon dont pouvait s’y déployer le réseau. Pendant quelques temps, une poignée de jour, il avait été victime, comme tous, de la grande illusion totalitaire. L’impression proprement terrifiante que l’État pouvait, en fait, réellement tout voir et tout pressentir. Que le pays entier était une prison, surveillée par ses agents, ses fonctionnaires, où des rangées d’uniformes et de bottes cirées, une rangée d’hommes mauvais, imbéciles, au service de l’Ordre le plus pathétique qui soit, viendraient bientôt fracasser la chambre de l’appartement miteux où il dormait, et l’emporterait dans une geôle donc il ne sortirait qu’en cadavre, dans dix ans, lors de la Révolution.

Puis il avait réalisé que l’élément le plus caractéristique du fascisme était son rapport à l’art, à l’esthétique. Cette espèce d’hétérotophie maléfique construite par les gouvernements successifs n’étaient qu’une illusion, un voile, un rideau. Comme dans ce livre pour enfant, le Magicien d’Oz. Ou ce vieux conte moral. La vérité c’est que le roi, ici comme partout ailleurs, était nu. Mais personne ne voulait être le premier à le reconnaître. Cette pensée acquise, il n’avait plus aucun mal à le reconnaître, et après quelques journées de très prudente reconnaissance, il passa enfin à l’action concrète.

Le plus dur avait été d’établir des liens avec les mouvements locaux de résistance. Ils étaient diablement méfiants et il était extrêmement compliqué de leur fournir des preuves tangibles et réellement crédibles de l’implication kah-tanaise. Ensuite, il avait fallut leur faire comprendre que si l’Union entendait construire son propre réseau, ce dernier se mettait au service des entités locales. Leur faire comprendre que l’on venait ici pour les aider. Les aider, oui ! Et en aucun car pour exploiter leur combat à des fins géostratégiques plus importantes.

« La plus belle victoire, non, la seule qui nous intéresse, c’est celle de la démocratie », avait-il expliqué lors d’une réunion. Son regard était passé de visage en visage, avec ce visage confiant, souriant. Ils savaient tous ce que démocratie voulait dire, ici. Par la promesse creuse d’une représentation par quelques bourgeois. Pas la liberté sous condition d’une ploutocratie où chaque plaisir, chaque marque d’existence, a été changé en produit dédié à l’achat et la vente. Non. La démocratie, c’était...

Il avait commencé à parler. Parler avec force et excitation, sous la lumière jaune d’un vieil abat-jour, derrière d’épais rideaux rouges, tirés pour cachés les fenêtres, autour de cette table de salle à manger où se rassemblait le gratin des réseaux locaux.

« Imaginez un pays où l’on peut être, vraiment, qui l’on veut être. Où les distinctions de classe, de race, de genre, n’existent pas. Imaginez un pays où vous pouvez parler librement, et où l’on vous écoute. Où l’on vous écoute, et où l’on vous respecte. Parce que vous êtes un frères, une sœur en humanité, parce que chacun vous voit comme son égal, parce que votre parole, votre ressenti, votre vécu, vous forment autant qu’ils nous forment, et que nous sommes tous égaux devant les choses. Un pays où une blessure est prise en compte. Une fêlure comprise. Où l’on exige pas de vous d’être plus fort que l’autre, de l’écraser, mais où la force est collective. Où l’on travail ensemble pour le bien de tous, où le succès des autres et le succès de chacun. Un pays où l’on a pas à être seuls, pas à avoir peur, pas à craindre ce que l’avenir réserve.

Je connais ce pays, j’en viens. Demain, la Rimaurie pourrait lui ressembler. »

Kaysersberg n’était pas un mauvais orateur, encore qu’il ne se voyait pas non-plus comme bon. Ce soir, cependant, il avait la sensation d’avoir marqué les esprits. Il réalisa bien plus tard, en y repensant, en parlant avec quelques résistants locaux placés à son service, qu’il représentait quelque chose pour ces hommes et femmes. Ses camarades ne le voyaient pas comme un agent étranger, comme un être humain de chair et de sang venu leur apporter le soutien très concret du Grand Kah. Non. Ils le voyaient comme une représentation. Un symbole. Il était comme ces icônes peintes sur bois, dans la petite église de son village natal. L’idée de la Liberté. L’idée du Communalisme. La perspective, presque aveuglante, que ces gens qui luttaient seuls pour leur survie n’étaient pas fous. Se battaient pour une réalité que l’on pouvait atteindre. Cette pensée le motiva à travailler plus dur et plus fort pour les aider à accomplir cette mission.

La première mission qu’on lui avait donné à lui et à sa toute petite équipe consistait à établir des points de chute pour les différents agents que le Grand Kah lui enverrait ensuite. Un travail de repérage très largement facilité par la présence de mouvements de résistance préexistant lui permit de repérer trois villes où il serait judicieux de déployer les prochains agents. Hahnemann, Gammelgard, Hagkrona. La première parce qu’elle était le centre administratif d’un pays dont la centralisation de plus en plus totale rendait inutile de s’attarder sur les périphéries, les deux autres parce qu’il semblait possible d’y effectuer des opérations de propagande sans provoquer une réaction immédiatement violente du régime, notamment en se basant sur le mécontentement des populations locales dont on savait que leurs identités régionales seraient bientôt attaquées très frontalement par le gouvernement. Après quelques semaines, il fut possible de faire louer - voir d’acheter - un certain nombre de locaux. Appartements, caves de stockage, cabanes excentrées en périphérie, et de trouver des petits travaux pour les espions. Le genre qu’on paie sous la table, sans impliquer l’administration des impôts, il faut le savoir, est bien souvent la plus qualifiée pour apprendre qui doit ou ne doit pas se trouver dans un pays.

Ensuite on avait fait en sorte de faire communiquer tout ce petit monde. Les Rimauriens semblaient collectivement prisonniers du vingtième siècle et les communications se faisaient encore largement par téléphones filaires et radio. L’usage d’internet, de canaux satellitaires chiffrés, de toutes ces petites choses qui faisaient le pain et le beurre d’environs 85% des agences de renseignement du monde, n’étaient sans doute pas inconnu, mais pas non plus suffisamment accessible pour les résistants locaux. Il y avait donc fort à parier que les moyens de surveillance de l’État étaient eux aussi très lacunaires.

Du reste on découvrit aussi que la corruption était, ici comme dans tout autre régime autocratique, un mal endémique. Les richesses sans fin dont les services secrets kah-tanais disposaient était donc un outil très utile pour s’assurer la coopération ou l’aimable ignorance des petits fonctionnaires locaux et des cadres les plus inférieurs du Parti. En quelques mois, c’était plus d’une trentaine d’agents kah-tanais qui s’étaient déployés à travers le pays, et qui y menaient une vie à peu près normale et silencieuse, tout en commençant à préparer de prochaines opérations.

Enfin, un beau matin, on communiqua à Kaysersberg qu'il devait se tenir prêt.
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Journal de Mission – Tulpa "Cuauhtli"
Identité de couverture : Emil Stroszek
Profession de couverture : Ingénieur en télécommunications – Consultant pour la Modernisation des Infrastructures Rimauriennes
Lieu d’affectation : Rimaurie – Capitale et zones périphériques



Ce carnet est la seule chose qui me suit depuis mon arrivée sur ce territoire. Une relique de papier dans un monde de surveillance numérique, un moyen de garder une trace discrète sans risque d'intrusion cybernétique. Si quelqu'un d'autre que moi lit ces lignes, cela signifie que j'ai échoué et que ce journal est désormais un document d'interrogatoire ou une preuve à charge. Mais d'ici là, il me sert d'ancrage, de mémoire et d'outil d'évaluation. Chaque ligne est pensée pour être utile. Chaque phrase pourrait être la dernière.

Mon nom officiel en Rimaurie est Emil Stroszek. Un nom banal, inspiré d'un film ancien, un faux papier imprimé avec un tampon officiel. Il figure sur mon passeport rimaurien de complaisance, délivré par un bureau de l'immigration corrompu, sur mon permis de travail et sur mon badge d'employé dans la société de couverture que le Kah a mise en place bien avant mon arrivée. Mon accent ? Un hybride sans patrie, quelque part entre l'Eurysie du Sud et l'ancien zone d'influence Albienne. Suffisamment déroutant pour ne pas être immédiatement rimaurien, mais pas assez marqué pour éveiller la suspicion d'un service de contre-espionnage surentraîné.

Je suis, aux yeux du régime Kohliste, un ingénieur en télécommunications, un consultant technique missionné pour accompagner le vaste programme de modernisation des infrastructures nationales. Un pays qui se méfie du capitalisme autant que du collectivisme ne peut que chercher des voies détournées pour exister, et la technologie leur sert d'échappatoire : ils veulent un réseau national sécurisé, imperméable aux ingérences extérieures, mais ils n'ont ni les cerveaux ni les compétences pour le concevoir seuls. Voilà mon rôle : un expert recruté par une obscure agence intermédiaire, chargé de valider l'implantation de nouveaux relais et de participer à la refonte du réseau télécoms du pays.

C'est une couverture idéale. J'ai accès aux infrastructures critiques, je peux cartographier les nœuds de communication, identifier les vulnérabilités et comprendre comment l'information circule au sein de l'État. Un système autoritaire repose sur la maîtrise des flux de communication, et c'est précisément dans ces interstices que se glisse la dissidence.

Dans mon portefeuille, trois cartes d'identité.

La principale : Emil Stroszek, ingénieur, consultant externe, citoyen Albien, résidant à Darvan.

La seconde : Un faux passeport Teylais, une roue de secours pour une exfiltration rapide.

La troisième : Un badge aux armoiries d'une administration locale, récupéré lors d'un échange avec un agent infiltré avant moi. Il me servira si je dois me faire passer pour un bureaucrate en urgence.

Dans mes poches, un téléphone d'apparence anodine, mais dont le cœur a été remplacé par un dispositif capable de se synchroniser avec des ondes codées. Un relais silencieux avec mes contacts kah-tanais. Pas de trace écrite, pas de messages, tout passe par des signaux préconvenus.

Chaque matin, avant de sortir, je vérifie le petit miroir que j'ai posé dans mon entrée. Mon visage appartient à un autre, à un homme dont l'existence est une construction de toutes pièces. Mon nom est Emil Stroszek, et je suis ici pour comprendre, manipuler et, si nécessaire, détruire ce que ce régime croit immuable.

23 mars 2014
Darvan, Rimaurie


J'ai relu mes instructions une dernière fois avant de les brûler. Les cendres se sont dispersées dans l'évier d'un hôtel anonyme, noyées sous un filet d'eau trouble. Plus de traces. Juste ma mémoire et ce carnet, que je garderai aussi longtemps que possible, avant qu'il ne finisse lui aussi réduit en poussière.

Ma mission est simple dans ses grandes lignes, mais d'une complexité abyssale dans son exécution. Le Grand Kah n'a pas envoyé d'agent sur le terrain rimaurien depuis plusieurs mois. Nos contacts locaux se sont éteints, l'un après l'autre, et il n'y a plus d'échos dans l'obscurité. Certains ont fui, d'autres ont été capturés. D'autres encore ont peut-être vendu ce qu'ils savaient pour sauver leur peau. Nous sommes devenus sourds et aveugles en Rimaurie, et c'est moi qui dois rallumer la lumière.

Je dois m'installer, d'abord. Prendre racine. Mon identité est une promesse : celle d'un ingénieur en télécommunications, venu prêter main forte à la modernisation du réseau national. Les Kohlistes veulent un système de communication étanche aux influences étrangères, un réseau qu'ils puissent contrôler sans craindre les interférences extérieures. Ils ont besoin de spécialistes. Moi, j'ai besoin d'accès. Ce que je vais voir, entendre et comprendre sous cette couverture vaut plus que n'importe quelle opération de renseignement classique. Je serai au cœur de leur appareil technologique, et en Rimaurie, l'information est une arme plus puissante que les balles.

L'infiltration est la première étape. Il faut que je devienne invisible tout en étant omniprésent. Un visage familier mais oublié dès qu'il quitte le champ de vision. Un homme avec qui on échange des banalités sans jamais se souvenir de quoi. Les bureaux du ministère des Infrastructures me serviront de terrain d'observation initial. Qui parle avec qui ? Qui décide réellement ? Qui fait semblant d'être loyal au régime et qui joue un double-jeu ? Je vais cartographier le pouvoir autant que les antennes relais, dessiner les failles derrière les façades officielles.

Ensuite, viendra la collecte d'informations. Nous devons savoir comment ce pays respire. Le régime Kohliste se veut monolithique, mais tout mon instinct me dit qu'il est fissuré de l'intérieur. L'histoire des dictatures n'est qu'une succession de trahisons bien placées. Mon rôle est d'identifier ces lignes de fracture, de comprendre quels officiers lorgnent sur plus de pouvoir, quelles factions se haïssent en silence. Derrière les uniformes impeccables et les slogans patriotiques, je dois trouver ce qui pourrit dans les fondations. Les réseaux de communication sont une arme à double tranchant. Ils veulent un réseau hermétique, mais ce même réseau pourrait être utilisé pour les étouffer.

Enfin, il faudra pousser. Semer le doute, encourager les frictions, faire dérailler la machine. Il ne s'agit pas de faire exploser un bâtiment ni d'assassiner un officiel. C'est plus subtil. Une rumeur glissée au bon moment, un document qui disparaît puis réapparaît au mauvais endroit, un échange anodin qui devient un poison. Je dois alimenter leur paranoïa naturelle, les forcer à voir des ennemis partout, jusqu'à ce qu'ils en créent eux-mêmes. Un régime qui se méfie de son ombre finit toujours par se tirer une balle dans le pied.

Je suis seul sur cette mission. Pas de renforts, pas de sortie de secours immédiate. Si je fais bien mon travail, personne ne saura jamais que j'ai été là. Si j'échoue, je deviendrai une ligne de plus dans un rapport de police Kohliste. Le Cabinet Noir ne m'a cependant pas envoyé ici pour échouer.

25 mars 2014
Darvan, Rimaurie


Le ciel au-dessus de Darvan est d'un gris épais, une chape de nuages bas qui alourdit l'atmosphère autant que le régime qui règne ici. C'est une ville austère, bâtie sur des promesses trahies et une idéologie qui étouffe tout ce qui pourrait lui échapper. En arrivant, j'ai vu les affiches placardées sur les murs, les slogans martelés comme des prières mécaniques : "L'Ordre est Force, l'Union est Devoir, le Peuple est Un." Partout, des visages figés dans des expressions de solennité fabriquée, des silhouettes en uniforme, des portraits du Führer et des bannières frappées du sigle du Parti. Une esthétique d'acier et de cendre, conçue pour écraser les esprits avant même qu'ils ne songent à se révolter.

La Rimaurie en 2014 est un pays sous cloche. Après des décennies de lutte politique, d'instabilité et de crises économiques, le régime Kohliste a imposé sa vision du monde : une société unifiée par la force, où toute déviation est considérée comme une menace existentielle. Officiellement, c'est une nation forte, débarrassée des "parasites" qui l'empêchaient d'atteindre sa grandeur. Officieusement, c'est une poudrière sous contrôle précaire, où la peur sert de ciment et où la loyauté est un concept vidé de son sens, remplacé par une obéissance contrainte.

Le pouvoir repose sur un équilibre fragile entre trois forces principales. En surface, il y a le Parti National Kohliste, qui façonne l'idéologie officielle et dicte la ligne à suivre. C'est une structure rigide, traversée par des luttes d'influence silencieuses entre technocrates disciplinés et doctrinaires fanatiques. Le Führer, figure centrale du régime, règne sans partage mais ne peut ignorer les tensions internes. Son charisme est une façade, et même ses plus proches soutiens se demandent s'il est encore l'homme de la situation ou simplement un symbole vidé de substance.

Derrière le rideau, c'est l'armée qui tient réellement le pays. La Garde Kohliste, force de sécurité du régime, n'est pas une armée ordinaire. C'est un État dans l'État, une caste de guerriers endoctrinés dès l'adolescence, formés à vénérer le Parti autant qu'à traquer ses ennemis. Ils disposent de leurs propres ressources, de leurs propres tribunaux, de leurs propres prisons. Ils ne rendent de comptes qu'à eux-mêmes, et c'est ce qui fait d'eux une menace aussi bien pour le peuple que pour le pouvoir en place.

Enfin, il y a la société civile, ou ce qu'il en reste. Un peuple brisé, oscillant entre soumission et résignation. Les villes sont quadrillées par des patrouilles, les campagnes sont surveillées par des milices locales loyales au régime. Les syndicats ont été remplacés par des "Conseils du Peuple", instruments de contrôle où chaque ouvrier est invité à dénoncer son voisin pour montrer sa fidélité. L'opposition est un murmure à peine audible, un mouvement souterrain qui vit dans la peur constante d'être éradiqué. Il n'y a pas de place pour les dissidents, seulement pour ceux qui n'ont pas encore été attrapés.

Et pourtant, il y a des fissures. La répression excessive a créé du ressentiment, même parmi ceux qui servent le régime. Certains officiers militaires commencent à douter. Certains bureaucrates s'interrogent sur la viabilité du système. Il y a des rumeurs d'épuration à l'intérieur même du Parti, des luttes intestines entre les partisans d'une ligne dure et ceux qui voudraient une approche plus pragmatique. Un régime basé sur la peur finit toujours par en devenir la première victime.

C'est là que j'interviens. Mon travail est d'observer ces tensions, d'identifier ces fractures et, si possible, de les élargir. La Rimaurie se pense invincible, mais elle est construite sur des fondations fragiles. Il suffira d'une poussée au bon endroit pour la faire vaciller.

27 mars 2014
Darvan, Rimaurie


L'entrée sur le territoire ennemi s'est faite sans accroc, du moins en apparence. J'ai franchi la frontière rimaurienne sous l'identité d'Emil Stroszek, consultant en télécommunications, avec un passeport estampillé du Vinheimur, validé par un visa de travail obtenu grâce à un long jeu d'infiltration bureaucratique orchestré depuis Axis Mundis. L'identité avait été préparée des mois à l'avance. Faux diplômes, fausses références, un historique numérique soigneusement construit à travers des sociétés-écrans et des échanges anodins sur des forums spécialisés. Le dossier était impeccable. Il fallait qu'il le soit.

L'aéroport de Darvan est un bloc de béton sinistre, saturé de portraits du Führer et de soldats armés. Un climat pesant, conçu pour que chaque voyageur se sente coupable d'un crime qu'il n'a pas commis. J'ai joué mon rôle : un ingénieur fatigué, lassé par les procédures, distrait par les tracas du voyage. Pas trop nerveux, pas trop détendu. Juste un rouage de plus dans la machine administrative.

Le contrôle des passeports a été expéditif. Un douanier aux traits durs a examiné mes papiers avec une rigueur mécanique. Il a posé quelques questions en rimaurien, auxquelles j'ai répondu en langue locale teinté d'un léger accent nord-eurysien. Assez pour être compréhensible, mais pas assez fluide pour donner l'impression d'un espion entraîné.

« Vous venez pour le travail ?
– Oui. Modernisation des réseaux de télécommunications. Contrat de six mois, renouvelable.
– Qui vous emploie ? »

J'ai sorti une lettre officielle, signée d'un haut fonctionnaire du ministère des Infrastructures. Un nom bien réel, un homme dont le Panopticon a étudié les habitudes et les signatures depuis des semaines. Une caution bureaucratique, le genre de papier que personne n'ose remettre en question sans une bonne raison.

Le douanier a tamponné mon passeport et m'a rendu mes papiers sans un mot. J'étais officiellement en territoire ennemi.

La première étape franchie, il me fallait maintenant établir mes premiers points de contact. Le Grand Kah a perdu une grande partie de son réseau en Rimaurie, mais il en reste toujours des fragments, des cellules dormantes qui attendent un signal.

J'ai pris un taxi jusqu'à l'hôtel où je devais séjourner les premières semaines. Un lieu neutre, impersonnel, choisi pour son anonymat. À l'accueil, une réceptionniste aux gestes mécaniques m'a remis une clé et une carte de l'établissement. Dans le lot, un morceau de papier chiffonné s'est glissé entre mes doigts. Une note, tracée à la hâte.

"Café du Théâtre, 22h. Ne viens pas seul."

Premier contact. Je sais pas encore qui j'allais rencontrer. Un survivant du réseau précédent ? Un nouveau visage, jeté dans l'arène pour tester ma fiabilité ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir.

La frontière était franchie, mais le vrai danger commençait maintenant.

30 mars 2014
Darvan, Rimaurie


Ma couverture doit être parfaite. Pas seulement sur le papier, mais dans la manière dont je me fonds dans le décor, dont j'existe dans cette ville sans éveiller de soupçons. Un espion ne doit jamais ressembler à un espion. Il doit ressembler à un homme ordinaire, fatigué par son travail, préoccupé par des détails triviaux.

J'ai quitté l'hôtel hier matin. Rester trop longtemps dans un lieu impersonnel attire l'attention. Il me fallait un appartement, un endroit où ancrer mon personnage. Les contacts du Grand Kah avaient préparé le terrain. Ils m’ont rencontré au Café, comme prévu, pour me fournir un bail signé par ma fausse entreprise, une adresse dans un quartier résidentiel de la capitale, assez central pour justifier mon emploi, assez éloigné pour éviter une surveillance excessive.

Mon nouvel immeuble est un bloc gris, marqué par le temps et l'urbanisme brutaliste du régime Kohliste. Un quartier de techniciens et de bureaucrates, des gens qui ne posent pas de questions tant que l'ordre est respecté. Mon appartement est fonctionnel, meublé de manière standardisée : un lit aux draps rêches, une table en bois sombre, une télévision d'État qui diffuse en boucle des bulletins de propagande. Rien de personnel.

J'ai croisé mes voisins en montant mes affaires. Un couple d'enseignants, un fonctionnaire du ministère des Transports, une vieille dame qui vit seule avec son chat. Des profils insignifiants, du moins en apparence. Je me suis présenté comme il se doit, Emil Stroszek, consultant en télécommunications, arrivé depuis peu pour travailler sur les infrastructures numériques.

«Albien, n'est-ce pas ? » m'a demandé le fonctionnaire en m'observant d'un œil curieux.
– Oui.
– C'est une bonne chose que notre gouvernement fasse appel à des experts étrangers. Nous avons trop longtemps compté sur des incompétents. »

Il m’a donné une tape sur l’épaule. Cet homme ne sait pas à quel point il a raison.

Le bureau où je suis censé travailler est situé dans un immeuble gouvernemental du centre-ville, un labyrinthe de couloirs ternes où se croisent des employés aux visages fermés. On m'a assigné un poste avec un ordinateur daté, un téléphone interne et une pile de dossiers sur les projets en cours. Mon supérieur immédiat, un homme terne nommé Viktor Szymanski, est le genre de cadre intermédiaire qui suit les ordres sans chercher à comprendre. Il ne me fait pas confiance, mais il a reçu des instructions de me laisser travailler. Il surveille mes premiers jours, jauge mon comportement, mais il n'est pas une menace immédiate.

Les autres employés m'observent à distance, avec un mélange de curiosité et de méfiance. Je suis l'étranger, l'élément extérieur dans une structure rigide. Certains s'approchent par politesse, d'autres m'ignorent. Il faudra du temps pour tisser des liens, pour comprendre qui pourrait devenir un allié et qui pourrait me trahir au premier soupçon.

Dans ce genre d'environnement, les erreurs ne pardonnent pas. Je dois être méthodique, ne jamais poser trop de questions, me plaindre des mêmes choses que les autres – la lenteur administrative, les contraintes budgétaires, la pression hiérarchique. Je dois être visible, mais jamais remarquable. Présent, mais jamais menaçant.

D'ici quelques semaines, ils auront oublié que je suis arrivé un jour. Ce sera alors le moment de commencer à véritablement travailler.

3 avril 2014
Darvan, Rimaurie


La paranoïa est une seconde nature pour le régime Kohliste. Elle imprègne les rues, s'infiltre dans les conversations, guide chaque regard et chaque silence. Il ne faut pas longtemps pour comprendre que la surveillance est omniprésente, diffuse, subtile mais bien réelle. Elle ne se manifeste pas toujours par des soldats en uniforme ou des contrôles brutaux. Non, ici, elle est bien plus insidieuse.

Les premières nuits dans mon appartement, je me suis forcé à ne rien faire d'inhabituel. Juste un homme fatigué qui rentre du travail, se fait un café, regarde le journal télévisé, répond aux courriels bureaucratiques. J'ai laissé les rideaux ouverts juste assez pour qu'un œil indiscret puisse voir que je n'avais rien à cacher. Si quelqu'un m'observait, il ne devait rien trouver d'intéressant.

Mais il y avait des indices. Des micro-changements imperceptibles. Le tiroir où je range mon passeport légèrement déplacé, une sensation étrange en revenant chez moi, l'impression qu'un objet sur mon bureau n'était pas exactement là où je l'avais laissé. Rien d'évident, rien de prouvable, mais suffisamment pour me mettre en alerte. Je ne suis pas seul ici.

Les rues de Darvan ont un rythme particulier. Le jour, c'est une ville fonctionnelle, disciplinée. Les ouvriers et les fonctionnaires se déplacent avec la mécanique bien huilée d'un État qui valorise l'ordre avant tout. Mais la nuit, la peur rampe sous les pavés. Il y a peu de monde dehors après 21 heures, sinon des patrouilles de la Garde Kohliste et quelques âmes égarées qui marchent vite, tête baissée. Les bars ferment tôt, les conversations se font murmurer. Ce n'est pas une ville qui vit, c'est une ville qui obéit.

J'ai commencé à noter les cycles de surveillance. Les patrouilles suivent un schéma prévisible, mais irrégulier. Certains quartiers sont plus surveillés que d'autres, notamment ceux qui ont une réputation de dissidence. Les postes de contrôle sont fréquents à la sortie des grandes artères et autour des bâtiments administratifs. J'ai vu des officiers contrôler des passants au hasard, inspecter les papiers sans raison apparente, humilier des employés de bureau en leur posant des questions auxquelles ils ne pouvaient répondre que par soumission.

Dans mon bureau, la méfiance est un mode de vie. Tout le monde se surveille. Personne ne parle politique à voix haute, sinon pour répéter les slogans officiels. Un mot de travers peut coûter un emploi, une promotion... ou bien pire. J'ai compris très vite que les dénonciations sont une arme politique ici. Chacun sait que l'autre pourrait être un informateur, alors on se tait. Les conversations sont aseptisées, les rires forcés, et les silences lourds de sous-entendus.

J'ai repéré un homme qui revient souvent dans mon champ de vision. Un individu en civil, assis au même café deux jours d'affilée, un journal toujours plié de la même manière, une oreille trop attentive. Il ne me regarde jamais directement, mais il est là, en périphérie. Peut-être un simple bureaucrate routinier. Peut-être un agent de la Sûreté.

Le climat sécuritaire est celui d'un État qui sait qu'il ne peut gouverner que par la peur. Mais un État qui a besoin de cette peur pour tenir est aussi un État qui sait qu'il est vulnérable. Et c'est là que se trouve leur point faible.

6 avril 2014
Darvan, Rimaurie


Il n'y a pas de pouvoir monolithique, même dans une dictature. L'illusion de l'ordre cache toujours des luttes intestines, des factions qui se haïssent en silence. La Rimaurie ne fait pas exception. Officiellement, tout converge vers le Führer. Un homme, une vision, un destin. C'est ce que la propagande martèle à longueur de journée. Un guide infaillible, un stratège génial, un père pour la nation.

Mais la réalité est plus complexe. Le Führer règne, mais il ne contrôle pas tout. Son pouvoir est un équilibre instable entre les intérêts de trois blocs : le Parti, l'Armée et la Sûreté d'État. Trois forces qui prétendent servir le même idéal, mais qui se surveillent autant qu'elles surveillent le peuple.

Le Parti National Kohliste est l'instrument idéologique du régime. C'est lui qui façonne la pensée officielle, qui décide ce qui est vrai et ce qui est interdit. Il est structuré comme une forteresse bureaucratique, avec des conseils, des comités, des directeurs de sections. Des hommes en costume gris qui dictent la ligne politique, rédigent les discours, définissent qui est loyal et qui ne l'est pas. Officiellement, c'est la colonne vertébrale du régime, l'organe qui guide le Führer et lui apporte le soutien du peuple.

Mais en interne, c'est une arène. Deux factions s'y affrontent : les doctrinaires et les pragmatiques.

Les doctrinaires sont les puristes, les fanatiques de la ligne dure. Ils voient le régime comme une machine totalitaire parfaite qui doit écraser toute déviation. Pour eux, la moindre faille dans l'idéologie est une trahison. Ils veulent plus de contrôle, plus de purges, plus de discipline. Leur vision du futur est un État totalement purgé de toute influence étrangère, une Rimaurie autarcique où seul le dogme Kohliste prévaut.

Les pragmatiques, eux, savent que l'idéologie ne suffit pas pour maintenir un pays fonctionnel. Ils ne sont pas opposés à la répression, mais ils veulent que celle-ci serve un objectif. Ils voient la nécessité de concessions économiques, de contacts limités avec l'extérieur, d'une gestion plus subtile du pouvoir. Ils tolèrent des écarts tant qu'ils servent l'État. Ce sont eux qui soutiennent le développement industriel et les projets technologiques.

Ces deux factions s'opposent en coulisses, et le Führer joue les arbitres. Il penche tantôt vers l'un, tantôt vers l'autre, en fonction de ce qui sert son maintien au pouvoir.

Puis il y a l'Armée.

Officiellement, elle est loyale au régime. Mais la réalité est plus trouble. La Garde Kohliste, force d'élite du pouvoir, est une organisation à part entière. Elle ne répond qu'au Führer, elle est son bouclier personnel, son instrument de répression le plus efficace. Ses officiers sont endoctrinés dès leur jeunesse, entraînés à considérer toute opposition comme un fléau à exterminer.

Mais les forces armées régulières, elles, sont plus divisées. Certains généraux savent que le régime n'est pas éternel. Ils voient les failles, ils savent que la Rimaurie est en train de s'isoler dangereusement. Certains aimeraient une politique plus expansionniste, d'autres préféreraient une ouverture contrôlée.

La fracture la plus inquiétante pour le régime, c'est l'opposition larvée entre la Garde Kohliste et l'Armée conventionnelle.

Les militaires "classiques" méprisent les fanatiques de la Garde. Ils les considèrent comme des idéologues sans vision stratégique, incapables de mener une vraie guerre. En retour, la Garde voit l'Armée comme un nid de tièdes, des hommes trop attachés aux vieilles doctrines militaires pour comprendre la nature du pouvoir absolu. Cette tension est un point d'appui. Si elle s'aggrave, elle pourrait fragiliser la stabilité du régime.

Enfin, il y a la Sûreté d'État, le réseau d'espionnage et de surveillance du régime. C'est l'arme invisible du pouvoir, la structure qui voit tout, qui entend tout, qui décide dans l'ombre.

Là aussi, il y a des conflits internes. Certains officiers sont des bureaucrates loyaux, des serviteurs zélés du Parti. D'autres sont plus autonomes, prêts à trahir si cela leur permet de monter en grade.

J'ai noté plusieurs incidents récents : des purges silencieuses dans les rangs de la Sûreté, des agents qui disparaissent sans explication. Quelque chose se passe à l'intérieur du service. Un règlement de comptes, peut-être une guerre froide entre factions.

Ce que j'observe, ce que j'entends, ce que je ressens : la Rimaurie n'est pas un bloc de granit. C'est une forteresse fissurée, où chacun surveille l'autre en attendant l'opportunité de le poignarder dans le dos.

Et c'est là que je vais frapper. Pas directement. Pas frontalement.

Mais en nourrissant ces divisions. En soufflant sur les braises de la méfiance, en amplifiant les tensions. Un régime autoritaire ne tombe pas sous les balles ennemies. Il s'effondre quand ceux qui le servent cessent de se faire confiance.

10 avril 2014
Darvan, Rimaurie


Tout pouvoir repose sur un équilibre précaire. Le régime Kohliste prétend à l'invulnérabilité, mais sous la surface, il est gangrené de l'intérieur. Il ne s'agit pas d'une simple dictature de fer où chacun marche au pas par conviction – c'est un assemblage d'intérêts divergents, de luttes intestines, de rivalités contenues sous une chape de discipline.

Les vulnérabilités sont multiples, certaines structurelles, d'autres humaines. Je les note, les observe, les étudie. Chaque faille est une porte d'entrée.

L'État Kohliste s'est enfermé dans une bulle paranoïaque. Tout est placé sous surveillance : les communications, les déplacements, les institutions. Mais ce niveau de contrôle a un coût. Plus un État espionne, plus il crée de failles, car plus il multiplie les points de surveillance, plus il doit faire confiance à ceux qui l'exercent.

La Sûreté d'État est à la fois l'outil le plus redoutable du régime et sa plus grande faiblesse. Ils ont trop d'agents, trop d'espions, trop de réseaux. Ce n'est pas un organe unifié, c'est un écosystème de factions concurrentes. Il y a des rivalités entre bureaux, des tensions entre les enquêteurs du renseignement intérieur et les officiers du contre-espionnage.

J'ai eu confirmation que certains officiers de la Sûreté se livrent à des règlements de comptes internes. Des disparitions inexpliquées, des purges ciblées… Un appareil de répression qui commence à se manger lui-même est déjà en train de perdre la guerre.

De plus, leur obsession pour la menace étrangère les rend aveugles à la dissidence locale. Ils surveillent en priorité les diplomates, les journalistes, les hommes d'affaires étrangers, mais la véritable menace vient de leurs propres cadres, de ceux qui savent trop de choses et qui commencent à douter.

La méfiance entre les militaires réguliers et la Garde Kohliste est plus profonde que je ne l'imaginais.

L'Armée traditionnelle voit les membres de la Garde comme des fanatiques brutaux, incapables de stratégie et nuisibles à la stabilité du pays. Ces généraux plus pragmatiques comprennent qu'une guerre totale avec les puissances extérieures serait un suicide. Ils savent que la doctrine ultranationaliste du régime est une impasse.

En face, la Garde Kohliste se méfie de l'Armée et considère ses officiers comme trop modérés, trop compromis. Ce sont des soldats politiques, élevés dans la dévotion absolue au Führer, mais totalement déconnectés de la réalité militaire.

Là où les militaires veulent de la stratégie et de la logistique, les officiers de la Garde ne jurent que par la pureté idéologique. Ils privilégient la loyauté aveugle sur la compétence.

Conséquence : le régime est incapable de coordonner efficacement ses forces armées.

Une guerre civile entre ces factions n'est pas encore envisageable, mais l'animosité est là, latente, prête à exploser si le contexte le permet.

Les dictatures qui se prétendent autosuffisantes finissent par s'étrangler elles-mêmes. La Rimaurie ne fait pas exception.

La propagande vante un pays fort, productif, mais en réalité, l'économie Kohliste est une structure artificielle maintenue par la contrainte et l'exploitation.

L'industrialisation forcée du pays a vidé les campagnes, créé des pénuries chroniques et fragilisé les circuits de production. La corruption gangrène les infrastructures. Il suffit d'un rouage qui lâche pour que tout s'effondre.

Et surtout, la population souffre.

Les ouvriers des usines travaillent dans des conditions proches de l'esclavage moderne, les petits fonctionnaires du Parti vivent avec la peur constante d'être accusés de sabotage s'ils échouent à remplir des quotas irréalistes.

Les classes moyennes sont prises au piège : trop compromises pour fuir, trop méprisées par l'élite pour accéder aux cercles du pouvoir.

Ce n'est pas encore une révolte ouverte, mais l'insatisfaction est omniprésente.

Il suffirait de quelques incidents bien placés, quelques perturbations stratégiques pour accentuer les pénuries, rendre la vie insoutenable, exacerber la colère latente.

Le régime Kohliste repose sur un culte du pouvoir absolu, un nationalisme fanatique. Mais les générations changent, et avec elles, la foi aveugle en l'État commence à s'effriter.

Les plus jeunes ne croient plus entièrement aux discours martelés à l'école.

Ils répètent les slogans, ils jouent le jeu, mais ils savent.

Ils savent que l'État ment sur ses succès. Ils savent que les disparus ne reviennent pas. Ils savent que la propagande sur les "ennemis extérieurs" est une excuse commode.

Les affiches du Führer sont toujours placardées partout, mais elles sont de plus en plus ignorées.

Le Parti continue de se vanter d'une population unie derrière son dirigeant, mais derrière les murs, les doutes grandissent.

Le plus grand paradoxe de toute dictature est que plus un dirigeant se veut omnipotent, plus il finit par s'isoler.

Le Führer de la Rimaurie est craint, respecté, adulé en apparence. Mais il est seul.

Il ne peut plus faire confiance à personne.

Il se méfie des généraux, qui pourraient vouloir le remplacer. Il se méfie des cadres du Parti, qui pourraient comploter dans l'ombre. Il se méfie même des chefs de la Sûreté, car il sait que la peur qu'ils utilisent pour écraser les autres pourrait se retourner contre lui.

Il se barricade, il purge ses proches, il ne tolère que des fidèles absolus. Mais en faisant cela, il s'enferme dans une prison politique.

Le régime Kohliste n'est pas encore prêt à s'effondrer.

Mais il est vulnérable. Les tensions internes sont trop nombreuses.

Le travail que je dois mener ici est clair : nourrir ces failles, approfondir ces fractures, pousser chaque faction à se méfier encore plus des autres.

Si le régime tombe, ce ne sera pas sous l'effet d'une invasion étrangère.

Ce sera parce qu'il se sera détruit lui-même.

15 avril 2014
Darvan, Rimaurie


Le premier contact n'a rien d'un révolutionnaire flamboyant. Il est fatigué, méfiant, et il n'a pas de temps à perdre.

Il s'appelle Karel, du moins c'est le nom qu'il m'a donné. Ancien cadre intermédiaire du Parti, rétrogradé pour des raisons obscures. Il est trop intelligent pour être resté à son poste après avoir manifesté le moindre doute sur la ligne officielle. Dans un régime comme celui-ci, la loyauté est binaire : totale ou inexistante.

Nous nous sommes rencontrés dans un café sans prétention, un de ces lieux où tout le monde parle à voix basse, où les serveurs n'écoutent pas par habitude ou par prudence. Il m'a reconnu avant que je ne le voie, installé à une table au fond, un journal devant lui. Un signe convenu.

« Vous êtes en retard.
– Il fallait que je m'assure de ne pas être suivi. »

Il a esquissé un sourire froid, un rictus de quelqu'un qui sait que la prudence ne sauve pas toujours.

Karel n'est pas un opposant. Il ne croit pas à la chute imminente du régime, mais il sait que le système actuel ne tiendra pas éternellement. Trop de paranoïa, trop de purges, trop d'idéologues incapables de penser au-delà de la répression.

« Vous cherchez des gens, n'est-ce pas ?
– Des gens, des failles. »

Il a hoché la tête, satisfait. Lui aussi.

Il me donne des noms, des pistes, mais rien de direct. Il veut voir si je suis sérieux, si je ne suis pas un provocateur envoyé par la Sûreté. Tout le monde se méfie, et c'est à moi de prouver que je suis digne de confiance.

Les dissidents ici ne sont pas organisés. Ce ne sont pas des résistants, mais des individus isolés, mécontents, prudents. Il y a les jeunes fonctionnaires du Parti qui voient l'hypocrisie du système, les officiers de l'Armée qui comprennent que la ligne dure mène à l'impasse, les étudiants qui chuchotent des idées interdites dans les couloirs des universités.

Mais ils ont peur.
« Vous croyez qu'ils se soulèveront ? » ai-je demandé.

Karel a soufflé par le nez, amusé.
« Pas maintenant. Pas tant qu'ils n'ont pas quelque chose à quoi se raccrocher. »

C'est ça, la clé. Les dissidents ne cherchent pas un héros, ni un chef charismatique. Ils cherchent une opportunité. Si je veux tisser un réseau, il faudra que je leur en donne une.

Les premières pistes sont intéressantes. Un professeur d'université à qui l'on a refusé une promotion pour des raisons "idéologiques". Il continue d'enseigner, mais ses cours sont devenus plus subtils, plus ambigus. Son nom revient plusieurs fois dans les cercles discrets où l'on parle d'alternative. Un officier du renseignement qui a perdu son poste après avoir signalé des abus au sein de la Garde Kohliste. Il a été rétrogradé, mis au placard, mais il connaît les rouages du système et il sait ce qui se trame dans les coulisses. Une syndicaliste ouvrière, prudente, discrète, qui joue le jeu du régime tout en essayant d'améliorer les conditions de travail de son usine. Elle sait que les tensions sociales montent, mais elle ne sait pas encore comment les canaliser. Un médecin hospitalier, las de voir l'État sacrifier la santé publique pour financer l'appareil sécuritaire. Il voit le désastre arriver et cherche un moyen d'y survivre.

Ce ne sont pas des révolutionnaires. Pas encore. Mais ils sont en colère. Et la colère, bien dirigée, peut devenir une arme.

20 avril 2014
Darvan, Rimaurie

La Rimaurie est un pays bâti sur le contrôle de l'information. Le Parti décide ce qui est vrai, ce qui est faux, ce qui est acceptable de penser. Chaque journal, chaque bulletin radio, chaque discours officiel suit une ligne claire : le Führer a toujours raison, les échecs sont causés par des ennemis intérieurs ou extérieurs, et l'État avance vers un avenir glorieux.

Mais même dans un État totalitaire, il y a des interstices. L'information fuit toujours. Par des bavardages dans les couloirs du ministère, par des employés distraits qui parlent un peu trop fort dans un café, par des murmures entre collègues fatigués. C'est là que je frappe.

Le régime Kohliste a des failles structurelles. L'économie vacille, l'administration est gangrenée par la corruption, l'armée est divisée. Mais tant que tout cela reste diffus, tant que la population accepte ces problèmes comme des "ajustements temporaires", le pouvoir tient.

Mon objectif est d'amplifier ces fissures.

Je ne peux pas inventer des scandales de toutes pièces – ce serait trop risqué, trop facile à réfuter. Mais je peux prendre des faits réels et les déformer, les exagérer, les réorienter.

Par exemple, la dernière pénurie de carburant. Officiellement, le gouvernement a expliqué qu'il s'agissait d'un problème logistique temporaire. Mais si l'on répand l'idée que la crise est due à une mauvaise gestion des stocks, à des généraux incompétents qui détournent les réserves pour leurs propres convois ?

Si on insinue que les hauts responsables du Parti se livrent à une guerre interne pour le contrôle des ressources ?

Je lance l'idée discrètement, dans une conversation anodine avec un collègue, entre deux cafés. Quelques jours plus tard, je l'entends ressortir sous une autre forme, modifiée, amplifiée. C'est ainsi que naissent les doutes.

Autre exemple : les tensions au sein de la Sûreté d'État.

Il est connu que certains officiers ont été écartés ces derniers mois. Mais si on souffle aux bonnes oreilles que ces purges ne sont pas justifiées, qu'elles sont le résultat d'une paranoïa excessive du Führer ?

Si on laisse entendre que des cadres du renseignement commencent à s'inquiéter pour leur propre sécurité ?

La peur se nourrit d'elle-même. Un régime qui commence à douter de sa propre solidité devient son propre ennemi.

Toutes les informations ne sont pas bonnes à répandre n'importe où. Il faut les injecter dans les bons milieux.
Les cercles bureaucratiques : Ils sont le cœur du régime, mais aussi les premiers à souffrir des erreurs politiques. Ce sont eux qui subissent les changements de directives absurdes, les pénuries, les décisions incohérentes venues d'en haut. En accentuant leur frustration, on pousse les administrateurs à mépriser leurs propres dirigeants.

Les officiers militaires : Certains veulent un régime plus fort, plus efficace. D'autres veulent une ligne plus pragmatique. En jouant sur ces divisions, on les pousse à se méfier les uns des autres.

Les travailleurs et les syndicats : Officiellement, il n'y a pas de mouvements sociaux en Rimaurie. Mais les ouvriers savent qu'ils sont exploités. En leur faisant croire que les élites détournent des fonds qui auraient pu améliorer leurs conditions de travail, on nourrit la frustration et la rancœur.

Le plus efficace, c'est de ne jamais affirmer directement. Toujours laisser entendre, suggérer, semer un doute subtil.
« J’ai entendu dire que... »
« Il paraît que certains officiers du Parti se demandent si... »
« Tu sais, j'ai un contact qui m'a dit que la situation au ministère des Finances est bien pire que ce qu'on nous dit... »

Dans un État où tout le monde a peur, les gens n'attendent qu'une confirmation de leurs craintes pour y croire. La vérité c’est que le Führer règne sur une structure fragile. Il joue les factions les unes contre les autres pour éviter qu'elles ne s'unissent contre lui.

Mon rôle est d'amplifier cette instabilité.

Je laisse filtrer des informations contradictoires, à un bureaucrate du Parti, je laisse entendre que l'Armée devient trop influente. À un officier militaire, je souffle que le Parti prévoit de purger certains généraux pour les affaiblir. À un agent de la Sûreté, je suggère que des cadres du ministère des Finances pourraient être en contact avec des dissidents.

Chaque information est plausible, et chacun y voit son propre intérêt. Ils n'ont besoin que d'un prétexte pour se surveiller les uns les autres. Mais les rumeurs ne font pas tomber un régime à elles seules. Mais elles sapent la confiance, elles nourrissent la paranoïa, elles créent un terrain propice aux fractures plus profondes. De toute façon mon objectif n'est pas de voir le régime s'effondrer immédiatement. C'est d'affaiblir ses fondations, de le forcer à gaspiller son énergie en luttes internes, de le rendre vulnérable.

La suite est simple. Quand l'État sera assez affaibli, il suffira d'un choc pour qu'il bascule.

25 avril 2014
Darvan, Rimaurie

Un régime totalitaire ne craint pas seulement les armes et les complots. Il craint les idées.

L'idéologie Kohliste s'est construite sur une vision rigide du monde : un ordre absolu, un État fort, un peuple discipliné. Tout y est hiérarchisé, structuré, contrôlé. L'individualisme est condamné, mais la liberté collective est un concept inexistant.

C'est là que je vais frapper.

L'infiltration de la propagande ne doit pas être frontale. On ne peut pas glisser un manifeste anarcho-communiste sous les portes et s'attendre à ce que les citoyens embrassent la révolution du jour au lendemain. L'endoctrinement du régime est trop profond, la peur trop ancrée.

Mais il y a des moyens plus subtils. Des fissures à exploiter, des doutes à faire naître : la propagande Kohliste repose sur un principe fondamental : l'illusion de l'unité. Chaque affiche, chaque slogan, chaque discours doit renforcer l'idée que l'État est infaillible, que le Peuple et le Parti ne font qu'un, que l'ordre est la seule voie possible.

Mais les symboles ne sont pas immuables. J'ai commencé par des altérations presque invisibles, mais suffisantes pour semer la confusion.

Des affiches modifiées. Dans un couloir du ministère, sur une place publique, un simple ajout au bas d'une affiche du Führer : « L'union se fait par le choix, pas par la force. »

Assez vague pour ne pas être immédiatement perçu comme subversif, mais suffisant pour semer un doute.

Des slogans détournés. Le régime martèle : « L'Ordre est Force, l'Union est Devoir, le Peuple est Un. » Mais une petite variation, griffonnée sur un mur, peut faire basculer la perception : « L'Ordre est une prison, l'Union est un choix, le Peuple est multiple. »

Ceux qui voient la modification comprennent que quelqu'un, quelque part, pense autrement.

Les documents internes. Dans les bureaux du ministère des Infrastructures, j'ai discrètement modifié une note administrative sur l'organisation des coopératives industrielles. Un simple ajustement du vocabulaire.
« L'autogestion locale améliore l'efficacité de la production. Les décisions devraient être prises par ceux qui travaillent directement sur le terrain. »

Un bureaucrate inattentif peut laisser passer l'idée. Un fonctionnaire plus critique peut commencer à se demander si ce n'est pas une meilleure solution que la rigidité imposée par le Parti.

Enfin tous régime autoritaire cherche à effacer le passé, à réécrire l'histoire pour qu'elle serve leur récit. Mais les souvenirs ne disparaissent jamais complètement. J'ai appris que certains fonctionnaires plus âgés avaient connu une époque où la Rimaurie n'était pas aussi fermée, où les débats existaient encore, même sous surveillance.

Dans des discussions anodines, je laisse échapper des remarques sur "l'efficacité des assemblées locales" dans le passé. Dans les usines, les ouvriers se souviennent que leurs grands-parents avaient plus d'autonomie avant la centralisation forcée de l'État.

Le régime veut faire croire que l'histoire a toujours été la même. Mais en rappelant discrètement aux gens qu'il y a eu un "avant", on leur donne la possibilité d'imaginer un "après".

L'idéologie ne passe pas seulement par les discours, bien entendu. Elle passe par l'art, par les histoires que l'on raconte.
J'ai commencé à déposer des petits récits anonymes sur des forums internes, dans des bulletins d'information industrielle, sous forme d'exemples anodins. Une parabole sur une communauté rurale qui prospère grâce à l'entraide plutôt qu'à l'autorité. Une histoire où les ouvriers prennent en main la gestion de leur usine pendant une crise et la font fonctionner mieux que sous la supervision du Parti. Des chansons populaires légèrement modifiées pour faire l'éloge du collectif au lieu de l'obéissance.

Les mots voyagent. Ils ne sont pas immédiatement perçus comme dangereux, mais ils imprègnent les esprits. La musique et le théâtre sont des armes sous-estimées. Le régime les tolère tant qu'ils restent conformes à la ligne officielle, mais il suffit de peu pour les détourner. Un musicien dans un bar a changé un couplet d'une chanson traditionnelle, remplaçant "Nous marchons ensemble sous l'étendard" par "Nous marchons ensemble vers demain". Petite différence, énorme implication.

Une pièce de théâtre d'un auteur ancien a été remontée avec une nouvelle interprétation plus critique du pouvoir. Les spectateurs comprennent les sous-entendus.

Dans un marché, un vendeur de livres a commencé à glisser discrètement des essais historiques sur les révoltes ouvrières d'antan entre des volumes autorisés. Tout cela est subtil, presque invisible.

L’effet se veut cumulatif.

Le plus important dans cette opération, c'est de ne jamais se présenter comme un idéologue. Les idées doivent sembler naître naturellement, pas être imposées de l'extérieur. Si quelqu'un commence à douter du régime, il doit avoir l'impression que ce doute vient de lui-même. Si quelqu'un répète une phrase que j'ai discrètement introduite, il doit penser qu'il l'a toujours connue.

L'infiltration de la propagande, ce n'est pas brandir des slogans anarcho-communistes dans la rue. C'est faire en sorte que, peu à peu, les citoyens commencent à penser par eux-mêmes. Que le doute devienne une habitude.

Et quand le doute s'installe, le régime commence à perdre son emprise.

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1er mai 2014
Darvan, Rimaurie


La révolte commence souvent par la faim et le désespoir, mais elle ne devient une véritable menace que lorsqu'elle s'organise. Le régime Kohliste a éradiqué les mouvements visibles d'opposition, mais il n'a pas pu tuer la volonté de résistance qui couve dans l'ombre. Depuis quelques semaines, je commence à sentir les premiers frémissements de ce réseau souterrain. Des murmures, des messages codés, des rencontres discrètes qui témoignent d'une colère prête à éclater.

Mon contact principal reste Karel, cet ancien cadre du Parti devenu cynique mais lucide sur les faiblesses du régime. Par son intermédiaire, j'ai pu entrer en contact avec un petit groupe d'opposants actifs, un noyau dur d'ouvriers, d'intellectuels et d'officiers mécontents. Ce ne sont pas des révolutionnaires professionnels. Ce sont des hommes et des femmes qui ont trop perdu pour rester passifs. Ils veulent agir, mais ils ne savent pas encore comment.

La première étape, c'est de garantir leur survie. Une résistance qui meurt de faim ou de froid ne dure pas longtemps. J'ai commencé par organiser un système de ravitaillement discret. Rien de spectaculaire, rien de visible. Un sac de riz laissé sur le seuil d'une maison, des vêtements chauds glissés dans un entrepôt abandonné, une caisse de médicaments déposée derrière une porte dérobée. Ces gestes sont simples, mais ils créent un lien, une solidarité souterraine.

En parallèle, j'ai commencé à enseigner les rudiments de la clandestinité à ces groupes naissants. La première leçon est toujours la même : ne jamais se fier aux apparences de sécurité. Je leur ai montré comment communiquer sans éveiller de soupçons, comment utiliser des codes simples dans leurs échanges, comment effacer les traces de leurs déplacements. Les rencontres doivent être rares, brèves, toujours en des lieux publics, toujours avec une issue de secours.

Je les forme à repérer les signes de surveillance, à diversifier leurs itinéraires, à créer des identités de repli. Il ne s'agit pas encore de mener des actions violentes, mais de construire un réseau résilient capable de survivre au choc d'une éventuelle répression. Chaque membre doit être capable de disparaître du jour au lendemain sans mettre en danger les autres.

Mais je sais que cette résistance ne pourra pas tenir seule. Il faut une connexion avec des forces extérieures, avec des alliés capables de soutenir ce combat au-delà des frontières de la Rimaurie. C'est là qu'entre en jeu l'Union Internationale du Communisme et du Socialisme, cette organisation transnationale qui, bien que discrète, n'a jamais cessé de soutenir les mouvements révolutionnaires à travers le monde.

Le contact avec l'Union est difficile. Le régime Kohliste traque impitoyablement toute forme d'ingérence étrangère. Mais grâce à un réseau de passeurs opérant depuis le Vinheimur, j'ai pu établir une ligne de communication indirecte. Un simple message codé, transmis de main en main, parvient enfin à franchir les frontières. Un appel à l'aide, une demande d'appui matériel et idéologique pour renforcer la lutte naissante.

Les réponses arrivent lentement, par des canaux détournés. Des instructions sur la manière d'organiser des conseils ouvriers secrets, des suggestions sur la création de comités de défense armée. L'Union ne peut pas intervenir directement, mais elle fournit des ressources précieuses : des plans pour fabriquer des radios clandestines, des techniques pour saboter les infrastructures du régime sans se faire repérer.

Au nord du pays, dans les régions où le pouvoir central peine à s'imposer, les mouvements communalistes sont plus actifs. Ce sont des enclaves de résistance, des communautés qui tentent de vivre en dehors de l'emprise du régime. J'ai commencé à établir des liens entre ces communautés et les réseaux de dissidents de la capitale. Ce ne sont pas des groupes unifiés, mais ils partagent une même aspiration : l'autonomie, la liberté collective, la fin de la tyrannie.

Je me rends discrètement dans ces régions, sous couvert de missions techniques liées à la modernisation des infrastructures. Je rencontre des hommes et des femmes qui ont choisi la clandestinité plutôt que la soumission, des visages marqués par la fatigue mais animés d'une détermination farouche. Je leur apporte des nouvelles de la résistance en ville, je leur transmets les conseils et les ressources fournis par l'Union Internationale.

Le défi est de créer une coordination, un lien organique entre ces foyers de résistance dispersés. La Rimaurie est vaste, et l'isolement de ces groupes est leur plus grande faiblesse. Je commence à poser les bases d'un réseau plus large, une toile clandestine où l'information, les ressources et les idées peuvent circuler malgré la surveillance omniprésente du régime.

Les débuts sont fragiles, incertains, mais la graine est plantée. Un mouvement ne se construit pas sur des héros, mais sur la capacité de chacun à agir là où il est, avec les moyens dont il dispose.

Et même si le régime Kohliste ne le sait pas encore, sa fin a commencé dans ces réunions discrètes, ces gestes anodins, ces murmures qui ne peuvent plus être réduits au silence.

10 mai 2014
Darvan, Rimaurie


L'ennemi commence à sentir quelque chose. Ce n'est pas encore une alerte totale, mais une tension flottante, une méfiance qui s'épaissit. Je le vois dans les rues, dans les regards qui s'attardent une seconde de trop, dans les patrouilles qui changent imperceptiblement leur routine. Le régime Kohliste ne laisse rien au hasard.

J'ai repéré la première filature il y a trois jours. Ce n'était pas flagrant, juste un détail : un homme assis sur un banc, qui feignait de lire un journal mais dont les pages ne bougeaient pas malgré le vent. Je l'ai revu plus tard, à une intersection, les mains dans les poches, apparemment absorbé par le spectacle du trafic. Une coïncidence, peut-être. Mais en régime autoritaire, les coïncidences sont rares.

Depuis, j'ai commencé à tester la vigilance de mes poursuivants. Un arrêt imprévu dans une boutique, un changement soudain de direction, un passage par des ruelles étroites. Chaque fois, une ombre réapparaît, différente mais trop régulière pour être naturelle. Ils ne veulent pas que je sache que je suis suivi, mais ils veulent que je sente la pression.

La Sûreté d'État procède ainsi : ils ne vous arrêtent pas immédiatement. Ils vous observent, vous évaluent, vous poussent à l'erreur. Leur but n'est pas seulement de capturer un ennemi, mais de le laisser révéler son réseau.

Deux jours après la première filature, je suis rentré chez moi et quelque chose n'allait pas.

La serrure n'avait pas été forcée, la porte s'ouvrait comme d'habitude, mais l'air à l'intérieur était différent. Une odeur infime de tabac, alors que je ne fume pas. Une chaise légèrement déplacée. J'ai fait le tour de l'appartement sans toucher à rien, notant les infimes variations. Quelqu'un était entré ici, avait fouillé, mais avait tout remis en place juste assez bien pour que cela semble normal.

La police politique Kohliste est méthodique. Ils veulent voir comment je réagis. Si je cherche à cacher quelque chose, si je panique, si je change mes habitudes, cela leur donnera une confirmation.

Alors j'ai fait ce que toute personne innocente ferait : rien.

J'ai soupiré en découvrant l'évier mal fermé – un prétexte plausible à la sensation d'intrusion – j'ai défait mes chaussures, allumé la télévision et je suis allé me servir un verre. J'ai laissé mon appartement ouvertement visible comme si je n'avais rien remarqué.

Mais dès le lendemain, j'ai modifié mes protocoles. Les documents importants ont été détruits ou déplacés, mes notes codées effacées, mes contacts prévenus de suspendre toute communication avec moi. Ils ne savent pas encore qui je suis, mais ils me testent.

Et si j'ai bien appris quelque chose sur les Kohliste, c'est que quand ils commencent à tester quelqu'un, c'est qu'ils envisagent déjà de le briser. J'ai croisé Karel hier soir. Il a senti l'inquiétude avant même que je parle.

« Tu es suivi.
– Ils cherchent. Pas encore sûrs, mais ils ont des soupçons. »

Il a hoché la tête gravement. Il savait ce que cela signifiait.

« Ils ne testeront pas éternellement. Quand ils auront assez de doute, ils frapperont. »

Je le savais. Leur méthode est invariable : filature, fouille discrète, écoute des communications… et puis un soir, la perquisition brutale.

Cette nuit-là, j'ai dormi à peine quelques heures, éveillé par la certitude qu'ils allaient venir.

À 4h37, un bruit sec dans l'escalier. Des pas lourds, maîtrisés.

Puis un martèlement sur la porte d'un voisin. Une voix froide, autoritaire.

« Ouvrez immédiatement. »

Je suis resté assis dans le noir, tendu. Ce n'était pas moi cette fois, mais ce sera moi bientôt. La perquisition a duré une heure. Des meubles renversés, des protestations étouffées. Puis le silence.

À 6h12, la lumière du couloir s'est éteinte. Ils étaient partis. L'homme qui habitait là ne reviendra pas. Et moi, je n'ai plus beaucoup de temps.

15 mai 2014
Darvan, Rimaurie

La nuit dernière, quelqu'un a parlé.

Je l'ai compris avant même que Karel ne me le dise. Il y avait une tension dans l'air, un poids dans ses épaules qu'il n'avait jamais eu auparavant. Il évitait mon regard. Quand un homme comme lui, habitué à manœuvrer dans l'ombre, commence à montrer des signes d'inquiétude, c'est qu'il est déjà trop tard.

« On est compromis. »

Les mots sont tombés comme une sentence.

La trahison est une chose inévitable dans tout mouvement clandestin. La peur fait plier les plus solides, la faim pousse les désespérés à vendre leurs frères. Ce n'est jamais une question de si, mais de quand.

Karel avait obtenu l'information d'un officier du ministère qui lui devait un service. Une descente était en préparation. Pas encore sur nous directement, mais sur des contacts proches. Des gens dont seuls nous connaissions l'existence. Ce qui signifiait une chose : quelqu'un à l'intérieur de notre réseau avait cédé.

Il existe plusieurs formes de trahison.

Le premier suspect était Milos, un ouvrier qui avait récemment commencé à prendre part aux réunions clandestines. Il n'avait pas le profil d'un agent double, mais il avait une famille. Une femme et deux enfants en bas âge. C'est ce genre de faiblesse que le régime exploite sans pitié.

J'ai fait le tour des dernières arrestations connues, des rumeurs circulant dans les usines. Un employé de son atelier avait été emmené pour interrogatoire trois jours plus tôt. Pas un membre actif de notre réseau, juste un collègue qui avait, par accident, assisté à l'une de nos discussions déguisées en réunions syndicales.

Milos avait disparu le lendemain de cette arrestation. Pendant 24 heures, plus personne ne l'avait vu. Puis il était revenu, comme si de rien n'était. Trop calme. Trop conforme.

J'ai déjà vu ça ailleurs. Un homme qu'on interroge, qu'on menace, qu'on brise juste assez pour qu'il comprenne que le moindre faux pas entraînera non pas sa chute, mais celle de ceux qu'il aime.

Milos n'était pas un traître volontaire. Il était devenu un pion.

Mais ce n'était pas seulement ça. Un simple ouvrier terrorisé ne pouvait pas expliquer la précision de l'information obtenue par la Sûreté. Quelqu'un d'autre, plus haut placé, avait délibérément trahi.

Les mouvements clandestins ne sont jamais totalement hermétiques. Ils sont traversés par des individus aux motivations divergentes : des idéalistes, des opportunistes, des désespérés… et parfois, des infiltrés.

J'ai fait passer un test. Un faux message.

J'ai laissé entendre à deux contacts différents, de façon isolée, que des armes allaient bientôt être livrées aux réseaux du nord. Une information totalement fausse, mais dont la fuite nous permettrait de savoir où le poison avait coulé. Moins de 48 heures plus tard, les routes menant aux enclaves communalistes étaient bouclées.

Quelqu'un à l'intérieur du noyau dur avait relayé l'information aux Kohliste. Il n'y avait plus de doute. Nous avions un agent double en notre sein.

Identifier un traître est une chose. Décider quoi en faire en est une autre.

Karel était partisan de la prudence.

« Si on élimine quelqu'un sans preuve irréfutable, on sème la paranoïa et on fait le travail de la Sûreté à leur place. »

Il avait raison. Mais l'inaction est tout aussi dangereuse. La question n'était pas seulement de savoir qui avait trahi, mais pourquoi.

Certains infiltrés sont des agents du régime dès le départ. Ils entrent dans un réseau en feignant l'engagement, grimpent les échelons lentement, gagnent la confiance des autres avant de frapper au moment opportun.

Mais d'autres, comme Milos, sont des traîtres par contrainte. Ils ne veulent pas vendre leurs camarades, mais le choix leur est retiré. Nous avons pris une décision brutale. Milos devait disparaître, mais pas mourir. Une exfiltration improvisée. Un faux ordre de mutation, un contact discret dans une usine éloignée, une nuit pour quitter Darvan et ne jamais revenir.

Il ne saurait jamais qu'on avait découvert sa compromission. Pour l'agent double plus haut placé, nous avons adopté une approche plus dangereuse. Il ne savait pas que nous l'avions repéré. Nous allions l'utiliser. Le plan était risqué. Plutôt que de l'éliminer immédiatement, nous allions l'inonder de fausses informations.

Il continuerait à transmettre des messages aux Kohliste, mais ces messages seraient soigneusement fabriqués pour semer le chaos. Nous avons commencé par un faux conflit interne. Une mise en scène soigneusement orchestrée où Karel et moi avons simulé une dispute devant lui.

« Je te dis qu'il faut ralentir ! On va trop vite, on attire trop l'attention !
– Tu es trop prudent, tu veux quoi ? Attendre qu'ils nous attrapent un par un ?! »

Notre infiltré a tout entendu. Il a vu la fracture, il a pensé qu'il pourrait l'exploiter. Dans les jours suivants, nous avons multiplié les fausses informations. Des fausses caches d'armes signalées à la Sûreté. Des réunions fictives annoncées dans des lieux surveillés. Des dissensions fabriquées au sein de notre propre mouvement.

Le régime Kohliste a commencé à s'embourber dans la désinformation. Ils perdaient du temps, des ressources, des effectifs à courir après des ombres. Pendant ce temps, nous avons identifié d'autres fuites. Des liens invisibles entre la Sûreté d'État et certains cadres du Parti.

Ils ne se font pas confiance. Nous avons amplifié cette méfiance, jusqu'à ce que le régime commence à suspecter ses propres espions. Retourner la trahison contre l'oppresseur est la seule vraie vengeance.

Notre agent double a disparu du jour au lendemain. Peut-être a-t-il été découvert par ses propres supérieurs. Peut-être a-t-il compris que nous l'avions percé à jour et s'est enfui avant que nous ne l'exécutions.

Peu importe. Son travail était terminé. Milos, lui, est parti vers l'inconnu, son destin désormais hors de nos mains. Et nous, nous avons compris une vérité essentielle sur la nature de cette guerre clandestine. On ne peut jamais totalement empêcher la trahison. On peut seulement la rendre inutile.

20 mai 2014
Darvan, Rimaurie


La paranoïa est une arme à double tranchant. Elle maintient le régime Kohliste en état d'alerte permanent, mais elle l'épuise aussi. Chaque citoyen surveille l'autre, chaque fonctionnaire craint la chute, chaque officier soupçonne son propre collègue de vouloir le faire disparaître. La peur est partout, mais elle engendre des angles morts.

J'en suis un.

Mais il devient de plus en plus évident que je n'aurai pas le luxe de disparaître dans la masse éternellement.

Les signes s'accumulent. La surveillance se resserre. Les filatures sont plus nombreuses, moins discrètes. Ce n'est plus une simple collecte d'informations sur moi. C'est un compte à rebours.

Le signal d'alarme est venu hier soir. Karel m'a fait parvenir un message codé en urgence. Un agent de la Sûreté aurait été aperçu avec une liste de noms en main. Le nôtre y figurait.

Je savais que ce moment viendrait. Je savais qu'un jour, il me faudrait disparaître.

Le plan d'exfiltration était prêt depuis le premier jour de ma mission. Dans ce genre d'opération, on ne réfléchit pas à comment survivre une fois qu'on est compromis. On agit.

Le premier choix, le plus évident, serait de quitter la ville immédiatement. Mais Darvan est une cage aux barreaux invisibles. L'aéroport est une forteresse, les gares sont surveillées, et chaque route principale est jalonnée de points de contrôle. La fuite directe est un suicide.

Alors, il faut se fondre. Se dissoudre.

J'ai passé les dernières heures à effacer toute trace de mon passage. L'appartement a été nettoyé, vidé de tout ce qui pouvait mener à moi. Les documents sensibles ont disparu dans les égouts ou ont été brûlés dans un poêle industriel. Même les plus infimes notes doivent être détruites.

L'identité d'Emil Stroszek, ingénieur en télécommunications, n'a plus aucune utilité. Elle est morte dès l'instant où mon nom est apparu dans un dossier de la Sûreté.

La première étape consiste à se faire oublier.

Me fondre dans la ville. Quitter mes vêtements habituels, modifier ma posture, ma manière de marcher. Je ne dois plus être un homme qui se cache, mais un homme qui n'a jamais existé.

J'ai retrouvé un contact discret, un médecin qui travaille dans un dispensaire clandestin. Il m'a fourni une teinture capillaire, un nouvel ensemble de vêtements usés, un bandage pour simuler une blessure qui justifierait ma démarche hésitante.

Puis j'ai attendu la tombée de la nuit.

Les rues de Darvan sont dangereuses après le couvre-feu, mais c'est là que les ombres deviennent mes alliées. J'ai emprunté un itinéraire que je n'avais jamais pris, traversé des quartiers où personne ne me connaissait. Un homme seul, fatigué, sans importance.

Le premier objectif était d'atteindre une zone sûre.

Karel avait déjà préparé plusieurs refuges. Des appartements anonymes, des caches dans des caves abandonnées, des arrière-salles de commerces contrôlés par des sympathisants.

Mais nous savions tous les deux qu'aucun de ces lieux ne pourrait me protéger indéfiniment. Rester en ville, c'était signer mon arrêt de mort.

Le véritable plan de fuite impliquait une sortie de la capitale et un passage vers le nord.

Là-bas, dans les zones où le pouvoir Kohliste peine à s'imposer, les mouvements communalistes contrôlent des enclaves cachées, hors d'atteinte du régime. Ces groupes ne sont pas de véritables alliés du Grand Kah, mais ils partagent une méfiance viscérale envers l'État central.

Il fallait atteindre ces territoires. Et pour cela, il existait un seul chemin viable : les routes clandestines utilisées par les contrebandiers.

J'ai été pris en charge par un transporteur, un vieil homme qui se faisait passer pour un fournisseur de pièces détachées. Son camion était vieux, crasseux, mais son compartiment caché sous les caisses de matériel était parfait.

Nous avons quitté Darvan dans la nuit, roulant à travers les postes de contrôle. À chaque arrêt, mon cœur battait à un rythme mécanique, prêt à s'arrêter si une lampe torche se braquait sur moi.

Mais les gardes sont fatigués. Le régime Kohliste a trop de fronts ouverts. Il traque trop de dissidents, surveille trop de citoyens, interroge trop d'individus.

Ce soir-là, je suis devenu une anomalie insignifiante dans leur système surchargé.

Après plusieurs heures de route, nous avons atteint une ferme abandonnée où d'autres exilés avaient trouvé refuge avant moi. La frontière du nord n'est plus qu'à quelques jours de marche. Le plus dur reste à venir, mais une chose est certaine : Darvan ne me reverra jamais.

25 mai 2014
Quelque part au nord de la Rimaurie


Je suis en vie. Pour combien de temps, je l'ignore.

J'ai quitté Darvan il y a cinq jours, caché sous une cargaison de pièces détachées, le visage effacé, l'identité d'Emil Stroszek dissoute dans le néant. J'ai abandonné tout ce que j'étais censé être.

La mission est terminée. Elle n'a jamais été destinée à durer.

Le régime Kohliste est plus fragile que ce que les observateurs extérieurs imaginent. Il donne l'image d'un monolithe de fer, d'un État totalitaire implacable, mais il est rongé par ses propres contradictions.

La paranoïa l'a transformé en une machine qui s'auto-dévore. Les purges se multiplient, les factions internes se méfient les unes des autres, et la répression, loin de mater toute opposition, pousse de plus en plus de gens à envisager d'autres voies.

Les tensions entre l'armée régulière et la Garde Kohliste se creusent. Les généraux voient bien que la doctrine purement idéologique ne fonctionne pas. L'économie est une bombe à retardement, et l'effondrement des circuits de ravitaillement va inévitablement provoquer des pénuries plus graves que celles déjà observées.

Le peuple n'a pas encore la force de se soulever, mais l'idée même que le régime puisse être renversé n'est plus un tabou.

Les rumeurs que j'ai semées se sont enracinées. Le doute grandit dans l'esprit des bureaucrates, des ouvriers, des soldats. Ils ne savent pas encore ce qu'ils veulent, mais ils savent ce qu'ils ne veulent plus.

Les contacts établis en ville sont en veille, mais ils restent actifs. Karel continue d'opérer dans l'ombre, et les réseaux que nous avons mis en place survivront aussi longtemps que la répression ne les écrase pas totalement. Nous avons perdu des hommes, mais nous avons aussi appris à nous adapter.

Au nord, les mouvements communalistes restent une force imprévisible. Leur défiance envers tout pouvoir centralisé les rend instables, mais c'est précisément cette autonomie qui les protège du régime. Les Kohliste ne parviennent pas à les infiltrer comme ils le voudraient. Ils sont trop décentralisés, trop mobiles.

J'ai réussi à établir un lien plus solide entre eux et les cellules clandestines urbaines. Un début de réseau, une ligne de communication fragile mais fonctionnelle.

L'Union Internationale du Communisme et du Socialisme a reçu mes messages. Ils savent désormais où et comment intervenir. Leur soutien ne viendra pas sous forme d'armées ou d'interventions directes, mais d'un flux constant de ressources, de formation, de savoir-faire clandestin.

Le Grand Kah a désormais une fenêtre d'opportunité en Rimaurie.

Je suis à quelques heures de la frontière. Passer de l'autre côté ne sera pas simple. Les Kohliste savent que j'existe. Ils ignorent mon vrai nom, mais ils connaissent mon visage, mes gestes, ma façon de parler.

26 mai 2014
Zone frontalière, nord de la Rimaurie


C'est la dernière étape. Une frontière à traverser, un dernier mensonge à jouer, un dernier regard à éviter. Derrière moi, Darvan n'est plus qu'une ombre. Devant moi, l'inconnu.

Je ne peux pas prendre la route habituelle. L'aéroport est une forteresse, les gares sont des pièges, et chaque poste de contrôle principal est surveillé par la Sûreté d'État. Il me faut une sortie discrète, une brèche dans le mur.

Les contrebandiers du nord ont leur propre réseau de passages clandestins. Ils ne se soucient pas de politique, seulement de ce qui peut être monnayé. J'ai utilisé l'or noir du renseignement : de l'information.

En échange d'un passage sûr, je leur ai donné des itinéraires de patrouilles, des horaires de changement de garde, des codes de transit que j'avais subtilisés dans les bureaux du ministère. Une poignée de données volées vaut plus qu'une valise remplie de billets.

Le plan est simple, mais risqué. Une infiltration progressive, une fausse identité, et une exfiltration par un point de passage sous-estimé.

Mon nom n'est plus Emil Stroszek. Il est mort avec mon dernier rapport. J'ai reçu un faux passeport bourjoan, bien forgé mais pas parfait. Il ne devait pas l'être. Les Kohliste se méfient des documents trop propres.

Je suis désormais Jaroslav Novák, un citoyen sans importance, un marchand itinérant ayant vécu entre la Rimaurie et le Bourjoan, habitué aux trajets transfrontaliers. Mon dossier est crédible : des documents trafiqués indiquant des allées et venues régulières, un accent approximatif, un sac rempli de produits de contrebande banale.

Un homme sans histoire. Un pion sur l'échiquier des douaniers fatigués.

Le convoi dans lequel je voyage se dirige vers un poste de contrôle mineur, une route commerciale peu fréquentée où les inspections sont plus laxistes.

Les patrouilles sont là, armées, vigilantes, mais elles ne cherchent pas un homme comme moi. Elles cherchent des fugitifs politiques, des déserteurs, des visages connus.

Je m'avance, mon faux passeport dans une main, une facture de marchandises dans l'autre. L'agent de la Sûreté me dévisage, indifférent.

« Motif du passage ?
– Commerce. Livraison de pièces de rechange. »

Il feuillette mon dossier. Il hoche la tête. Pas de trace de nervosité, pas de précipitation. Je sens qu'il hésite. Peut-être qu'il ressent quelque chose, une intuition, un doute diffus. Mais les douaniers ne traquent pas les fantômes. Il me tend mon passeport sans un mot et me fait signe de passer.

Un pas de plus et je suis de l'autre côté.

Le convoi roule, le paysage change. Le sol rimaurien s'éloigne, et avec lui, tout ce que j'ai vécu ces derniers mois. Je ne me retourne pas. Ce chapitre est clos.

L'exil est temporaire. Un jour, je reviendrai.

2 juin 2014
Axis Mundis, Grand Kah


La pièce est petite, sans fenêtres, saturée d'une odeur de papier, de tabac et de café froid. Le genre d'endroit où des décisions se prennent sans jamais être consignées, où les mots prononcés ne quittent jamais les murs.

Face à moi, Styx Notario. La citoyenne Styx Notario.

Son nom seul suffit à faire taire les bavardages dans les couloirs du Comité de Volonté Publique. Grande organisatrice du "Cabinet Noir", l'ombre derrière les ombres. Elle me fixe de son regard lourd, calculateur, le menton posé sur ses doigts croisés, une attente silencieuse. Elle sait déjà tout ce que je vais dire. Mais elle veut l'entendre de ma bouche.

« Vous êtes en vie ! »
– Oui. »

Elle incline légèrement la tête, presque amusée. La survie est une compétence appréciée dans ce métier.

Je me redresse dans mon fauteuil. Je suis fatigué, vidé, mais j'ai encore trop de choses à dire pour me laisser engloutir par l'épuisement.

« Le régime Kohliste est en sursis. »

Elle ne dit rien, attend la suite. J'ai passé trop de temps en Rimaurie pour me contenter de déclarations générales.

« Ce n'est pas imminent, mais c'est inévitable. L'État Kohliste ne tient plus que par la force et la peur, et la peur est une ressource qui s'épuise. »

Je vois ses yeux briller d'un éclat d'intérêt. Elle aime entendre ce genre de choses, mais elle veut des preuves, pas des impressions. Alors je lui raconte. Les purges au sein de la Sûreté, les généraux qui se méfient des fanatiques de la Garde, les fonctionnaires qui obéissent par automatisme mais dont les pensées commencent à dériver.


Je lui parle des ouvriers qui ne croient plus aux slogans, des cadres qui exécutent les ordres avec de moins en moins de conviction. Des agents doubles que nous avons retournés contre leurs propres maîtres.

« Les Kohliste croient encore qu'ils peuvent tout contrôler, mais ils ne maîtrisent plus rien. »

Elle écoute sans m'interrompre. Elle sait déjà tout cela, d'une manière ou d'une autre. Le Grand Kah a ses propres yeux en Rimaurie. Mais ce qu'elle voulait, ce n'était pas des faits bruts. C'était la confirmation de ce que le terrain ressent.

Elle tapote doucement l'accoudoir de son fauteuil.
« Et nos perspectives ? »

C'est là que réside la vraie question. Nous avons semé le chaos, mais nous devons maintenant décider comment l'exploiter. Je me penche légèrement en avant. Les mots qui vont suivre ont un poids que je ne sous-estime pas.

« Le Grand Kah doit choisir. Accélérer la chute, ou attendre que le fruit tombe de lui-même. »

Elle ne bronche pas. Elle sait que ces décisions ne se prennent pas à la légère.

« Et vous, que recommandez-vous ? »

Je marque une pause. Laisser un silence avant une réponse, c'est donner plus d'impact aux mots.

« Il faut nourrir leur paranoïa. »

Elle esquisse un sourire infime. Je touche juste.
« Continuez. »

Alors je développe. Le régime Kohliste est en train de se fracturer de l'intérieur, mais il lui faut encore un dernier coup de pouce. Nous devons amplifier leurs divisions, pousser chaque faction à voir l'autre comme une menace existentielle. Nous devons attiser la frustration populaire, rendre l'insatisfaction trop grande pour être contenue. Nous devons nous assurer que lorsqu'ils tomberont, ce sera à genoux, sans possibilité de se relever.

Je vois que Styx Notario a déjà tout envisagé. Elle n'a pas besoin de moi pour comprendre comment accélérer une implosion. Elle se lève doucement, ajuste le col de son manteau.

« Vous avez fait du bon travail, citoyen. Votre mission en Rimaurie est terminée. »

Elle se dirige vers la porte, puis s'arrête. Elle tourne légèrement la tête et me sourit, puis acquiesce.

« Reposez-vous, vous l'avez bien mérité. »

Elle sort, et je reste seul dans cette pièce sans fenêtres.

C'est la dernière fois que j'écris dans ce carnet. D'ici quelques heures, il disparaîtra, brûlé ou enterré.
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Opération "Froide Moisson" visant la Rimaurie


Opération d'influence politique et culturelle visant la Rimaurie

Pays infiltrant : Grand Kah
Pays infiltré : Rimaurie
Prévisionnel de la date (RP) de l'action clandestine : 27/12/2015
Prévisionnel de la date (HRP) de l'action clandestine : 03/03/2025
Type d’opération : Propagande idéologique pro-communaliste et anti-régime (40 000 points)

Province cible : #28995 (zones urbaines et foyers d’agitation sociale)

RECONTEXTUALISATION / FRISE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS PRÉ-OPÉRATION :

Depuis plusieurs mois, la situation en Rimaurie montre des signes de tensions croissantes :

Des purges internes affaiblissent le régime Kohliste.
L’opposition clandestine s’organiser autour d'un cadre idéologique structuré autour du communisme libertaire.
Les classes intellectuelles et ouvrières montrent des signes de mécontentement, sans qu’une alternative claire ne se détache.

L’Union du Grand Kah saisit cette opportunité pour mener une action d’influence culturelle et politique, visant à diffuser subtilement les principes du communalisme et à affaiblir la légitimité du régime. L’objectif n’est pas un bouleversement immédiat, mais un travail de fond qui prépare l’avenir.

Cette opération se repose sur plusieurs forces et éléments concrets :

  • Présence de cellules clandestines pro-communaliste (ou en tout cas libertaire) dans les cercles étudiants et ouvriers.
  • Divisions croissantes entre la Sûreté d’État et l’Armée régulière.
  • Dissatisfaction latente au sein des classes moyennes urbaines.
  • Expérience kah-tanaise en matière de subversion idéologique à long terme.

Beaucoup de voyants sont donc au vert pour agir en Rimaurie.

OBJECTIFS DE L’OPÉRATION
Réussite majeure :

  • L’idéologie communaliste commence à se répandre dans certains cercles militants et intellectuels.
  • Des dissidents rimauriens adoptent les codes de l’organisation éprouvée par les kah-tanais et leurs alliés dans le cadre de leur structuration.
  • Une partie de la population urbaine montre un rejet accru de la propagande officielle.
  • Les forces de répression doivent détourner des ressources pour contrer la montée de ces idées.


Réussite mineure :

  • Les idées communalistes gagnent en visibilité mais restent confinées à des cercles restreints.
  • Quelques éléments du régime commencent à montrer des signes d’ouverture à des réformes, par crainte d’une radicalisation incontrôlable.
  • Des manifestations localisées, sans grande ampleur, sont attribuées à l’influence extérieure.


Échec mineur :

  • L’opération est détectée et partiellement neutralisée par la Sûreté d’État, sans répercussions graves pour l’Union.
  • Les cellules clandestines restent actives mais doivent ralentir leurs actions, réduisant l’impact immédiat.
  • Pas de progression notable des idées communalistes, mais pas de répression massive non plus.


Échec majeur :

  • Démantèlement brutal de certains réseaux d’influence kah-tanais.
  • Répression massive qui pousse la population à un réflexe de loyauté forcée envers le régime.
  • Perte de crédibilité de l’Union en tant qu’acteur idéologique en Rimaurie.
  • Renforcement de la propagande xénophobe, limitant les futures actions clandestines.


LIMITES ET CONTRAINTES DE L’OPÉRATION

Plusieurs obstacles peuvent limiter l’impact de cette action :

  • Surveillance stricte de la Sûreté d’État, qui rend la diffusion idéologique compliquée.
  • Influence encore forte du Kohlisme sur la population, surtout en dehors des grandes villes.
  • Risque de radicalisation inverse si l’ingérence kah-tanaise est trop visible.
  • Méfiance naturelle des dissidents envers toute structure venant de l’étranger.

Moyens engagés :

Diffusion de tracts et messages clandestins en milieux étudiants et ouvriers.
Utilisation de radios pirates et de plateformes clandestines pour propager du contenu anti-Kohliste.
Création d’événements culturels underground pour insérer progressivement des idées communalistes.
Renforcement des liens avec les dissidents internes pour structurer une opposition plus cohérente.
Exploitation en bonne et due forme de la désorganisation liée aux purges et à l'incompétence généralisée des pays autocratiques.


Opération "Mainmise" visant la Rimaurie

Opération de Corruption Politique visant la Rimaurie

Pays infiltrant : Union du Grand Kah
Pays infiltré : Rimaurie
Prévisionnel de la date (RP) de l'action clandestine : 27/12/2015
Prévisionnel de la date (HRP) de l'action clandestine : 03/03/2025
Type d’opération : Corruption politique et infiltration de cadres intermédiaires (50 000 points)

Province cible : #28998

RECONTEXTUALISATION / FRISE CHRONOLOGIQUE DES ÉVÉNEMENTS PRÉ-OPÉRATION :

Les tensions internes du régime Kohliste s’accroissent. Les purges successives et la concentration du pouvoir au sommet ont créé des poches de mécontentement au sein des échelons intermédiaires.

L’Union du Grand Kah voit ici une opportunité : infiltrer les cercles bureaucratiques et militaires pour accroître la défiance interne au régime, détourner des cadres à son profit, et préparer le terrain à une fragmentation progressive du pouvoir Kohliste.

L’objectif de cette opération est simple :

Acheter des fidélités au sein de l’appareil d’État, notamment parmi les bureaucrates frustrés par le climat de suspicion.
Créer une dépendance économique clandestine pour certains cadres administratifs, en les exposant à des transactions compromettantes.
Encourager les réformistes internes en leur offrant un soutien discret, les poussant à ralentir les ordres du régime.

Cette opération se repose sur plusieurs forces et éléments concrets :

  • Existence de fractures internes entre la Sûreté d’État, l’Armée et le Parti.
  • Bureaucrates et officiers intermédiaires démoralisés par les purges et la centralisation excessive du pouvoir.
  • Expérience de l’Union dans la manipulation des cercles politiques hostiles.
  • Utilisation de sociétés-écrans et d’intermédiaires pour masquer l’origine des fonds.
  • Exploitation du caractère inefficace des régimes autocratiques.

Beaucoup de voyants sont donc au vert pour agir en Rimaurie.

OBJECTIFS DE L’OPÉRATION
Réussite majeure :

  • Corruption de plusieurs cadres intermédiaires, qui retardent ou sabotent discrètement certains ordres du régime.
  • Création de réseaux de contacts au sein de l’administration rimaurienne, facilitant les futures opérations d’influence.
  • Début d’un climat de paranoïa au sein des cercles du pouvoir, fragilisant l’unité du régime.
  • Premiers détournements financiers à grande échelle, affaiblissant l’efficacité des institutions kohliste.


Réussite mineure :

  • Quelques cadres acceptent des arrangements financiers, mais restent prudents dans leur collaboration.
  • De légers retards administratifs perturbent certaines décisions du régime.
  • Un climat de défiance s’installe chez certains officiers, mais reste diffus et sans conséquence immédiate.


Échec mineur :

  • L’opération ne produit aucun effet significatif, les tentatives de corruption étant rejetées par prudence.
  • Les cadres approchés restent neutres, ne dénoncent pas l’initiative mais ne s’impliquent pas.
  • Aucun renforcement notable des réseaux kah-tanais en Rimaurie.


Échec majeur :

  • L’un des agents infiltrés est démasqué et expose les tentatives de corruption.
  • Une purge interne est déclenchée.
  • L’Union peut être publiquement accusée de subversion, justifiant un durcissement des relations diplomatiques.
  • Des fonds clandestins sont saisis par la Sûreté d’État, réduisant les moyens futurs d’opérations similaires.


LIMITES ET CONTRAINTES DE L’OPÉRATION

Plusieurs obstacles rendent cette mission risquée :

  • Culture politique kohliste valorisant la discipline et la méfiance, rendant les approches plus complexes.
  • Risque que la corruption soit détectée et utilisée comme justification pour une répression accrue.

Moyens engagés :

Utilisation de sociétés-écrans et d’intermédiaires anonymes pour acheminer des fonds aux cadres ciblés.
Infiltration de consultants étrangers sous couverture commerciale pour établir des connexions informelles avec l’administration.
Paiement d’agents locaux chargés d’identifier les cibles les plus vulnérables à la corruption.
Création de documents frauduleux compromettants pour inciter certains cadres à accepter l’influence kah-tanaise sous pression.
Situation d'instabilité liée aux purges au sein du Régime, exploitée pour trouver des maillons faibles en son sein.

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