Chapitre 6 : L'aube de la démocratieMalgré l'étendue des dégâts provoqués par les combats d'Octobre 1883, le Gouvernement Royal ne retint aucune leçon de ses erreurs. Bien au contraire, la répression des mouvements ouvriers se faisait de plus en plus sévère et les conditions de travail de plus en plus dures.
Malgré tout, de nombreuses voix s'élevait déjà à peine la poussière retombée sur les pavés de la capitale. Parmi celles-ci, la plus célèbre est très certainement celle de Peter Bohm, ouvrier de l'armement et surtout militant de la cause sociale, suspecté d'avoir prit part aux combats urbains de 1883, durant lesquels son épouse a d'ailleurs été tuée. Dès Mai 1885, l'homme de 29 ans fonde le Parti Populaire Socialiste des Travailleurs Rimauriens, parti aux idées ouvertement socialistes, communistes et anti-royalistes mais aussi le premier parti de l'histoire de la Rimaurie, qui, malgré son interdiction officielle par la famille Royale, ne put jamais être dissout du fait de sa popularité grandissante dans les tranches basses de la société.
En Septembre 1887, malgré l'interdiction formelle du Gouvernement Royale, Peter Bohm fonde le Syndicat National Populaire des Travailleurs Rimauriens, branche syndicaliste de son parti et également le premier syndicat de l'histoire du pays, qui, dès Novembre, se vante de pouvoir compter plus de trois milles adhérant à travers le pays. C'en est trop pour le pouvoir Royal. Le 12 Novembre 1887, Peter Bohm est arrêté par la Gendarmerie Royale à son domicile de Prinz-Hahnemann-Stadt et enfermé au Fort des Pénitents.
Le lendemain, plusieurs dizaines de milliers de manifestants réclamant sa libération se réunissent devant le Fort des Pénitents, le Palais Royal, ainsi que de nombreuses mairies et casernes dans tout le pays, bloquant les issus et empêchant les soldats et la famille Royale de sortir. Pendant douze jours, le Roi Magnus II resta emprisonné dans son Palais, interdisant à ses troupes d'ouvrir le feu sur la foule afin de ne pas reproduire la même catastrophe que quatre ans auparavant.
Peine perdue. Devant l'absence de réponse positive de la famille Royale, les manifestants prennent les devants et attaquent le Fort des Pénitents le 25 Novembre 1887. Nombre d'entre eux sont tués par les gardes mais ils parviennent à prendre le contrôle du fort et à libérer Peter Bohm. L'homme, qui n'a plus mangé depuis une semaine (le Fort ayant été assiégé par les manifestants, la nourriture était au seul usage des gardes), récite un discours, certes très court mais à l’importance capitale : "Vous avez libéré un homme, nous libérerons un peuple."
Récupérant les armes du fort mais également des casernes à proximité, les manifestants deviennent des insurgés mais étant désormais guidé par un seul chef, ils sont sûr de pouvoir l'emporter et venger leurs camarades tombés au combat quatre ans auparavant. Cette fois, plutôt que de prendre le contrôle de la capitale et d'attendre la contre-attaque royaliste, les insurgés décident de concentrer leurs efforts sur la capture de la famille royale et la destruction de ses forces armées.
Ainsi, le jour même, Peter Bohm mène son armée à peine formée à l'assaut du Palais Royal. Terrible échec : les soldats royaux, bien entraînés et dans une position défensives des plus avantageuses, repoussent facilement les révolutionnaires, donnant le temps à la famille royale et au Maréchal Hattendorf de s'enfuir avec leur garde rapprochée, abandonnant ainsi la capitale aux mains des insurgés.
Ne perdant pas de temps, Bohm envoi ses hommes à la conquête de la région et prend rapidement le contrôle d'un grand territoire qu'il déclare libre de la couronne et sur lequel il fonde la République Populaire Socialiste Indépendante et Libre de Rimaurie le 12 Décembre 1887. Il s'autoproclame Commissaire Général le lendemain et rebaptise sa capitale Stadt Rimauria. Le micro-état nouvellement formé deviendra ainsi le laboratoire du communisme en Rimaurie et servira de modèles à la future République Socialiste Rimaurienne.
Drapeau de la République Populaire Socialiste Indépendante et Libre de RimaurieMais Bohm ne souhaite pas laisser au Roi la moindre chance de remonter sur le trône. Aussi, il mène personnellement ses troupes à la conquête du reste du pays, ciblant plus particulièrement la ville de Forren où le Gouvernement Royal est allé se réfugié. Craignant une contre-attaque des forces royalistes par le nord, il envoi également Roman Steppuhn, son plus proche collaborateur et ami, à l'assaut la ville de Gammelgård pour ainsi bloquer l'avancée des forces d'Antonsson et Lennartsson.

Les conquêtes des révolutionnaires, d'abord rapides et victorieuses, furent cependant brutalement interrompue en Juin 1888, aux portes de Forren, l'Armée Royale ayant réussie à organiser sa défense, formant un front ininterrompu de près de 500 km. Finalement, le 12 Juillet 1887, le Roi Magnus II, exténué par ce conflit qui dure et souhaitant stopper le massacre, demande un cessez-le-feu. Les révolutionnaires acceptent, mettant fin à plusieurs mois d'une guerre meurtrière ayant causée près de cent-milles morts et blessés.
Malgré la fin des combats, le conflit n'est pas terminé pour autant et si les deux camps sont près à faire des compromis, ce n'est pas le cas de Peter Bohm qui reste intransigeant quand à la formation d'une république sur le modèle de son micro-état. Ainsi, les révolutionnaires refusant de laisser le Roi revenir à la capitale et les royalistes refusant que Bohm entre dans Forren, c'est dans les ruines d'une ferme située sur la ligne de front qu'auront lieues les négociations de paix.
Pendant cinq jours, les négociations seront compliquées par le refus de Peter Bohm d'accepter un compromis, rendant la signature d'un traité de paix impossible. La solution viendra finalement du Commandant Steppuhn, le second de Bohm, qui le démet de ses fonctions le 17 Juillet avec l'appuie de nombreux officiers révolutionnaires, permettant la signature du Traité de Wassermann (du nom de Piet Wassermann, propriétaire de la ferme où a lieu la signature et victime des combats) le 19 Juillet 1888.
Ce traité voit, outre la dissolution officielle de la République Populaire Socialiste Indépendante et Libre de Rimaurie après seulement sept mois d'existence, la chute de la monarchie absolue et son remplacement par une monarchie constitutionnelle. Le Roi reste donc sur le trône mais son pouvoir se voit grandement diminué par la création d'un Parlement élu au suffrage universel masculin. De son côté, Peter Bohm, désormais isolé et défait, se suicide sur la tombe de son épouse au cimetière de Prinz-Hahnemann-Stadt le 21 Juillet 1888 à trente-deux ans, quatre mois et huit jours.
Le suicide de Peter Bohm le 21 Juillet 1888Infobox