26/03/2016
22:18:27
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Le Soleil couchant au soleil - Negara Strana & Duché Sylva sur la question du tourisme

Juin, c'était cette année en cette période que se faisait la transition entre la saison des pluies et la saison sèche en Sylva. Les journées commençaient déjà à se rallonger, le temps à se calmer, et la température à quitter le froid de l'hivernage pour reprendre la douceur du carême, du moins selon les critères des tropicaux.
Sous l'attention des contrôleurs aériens, l'avion stranéen pouvait naviguer en toute quiétude. Les indications étaient claires et l'organisation impeccable. Les pilotes qualifieraient même l'aéroport de confortable avec ses larges pistes et nombreux aménagements doublés de repères pour accompagner les pilotes. Et malgré ces vastes pistes de béton et de goudron, la zone n'avait pas été intégralement défrichée. Caractéristique typique de la vénération des sylvois envers la forêt, on ne rasait jamais entièrement une zone pour plutôt adopter une architecture urbaine typique : une toile d'araignée de routes et bâtiments, entre lesquels étaient conservés des bosquets. La végétalisation massive qui en résultait rendait confortable l'atmosphère malgré les températures plutôt radicales de Sylva. Par contre, les moustiques débordaient en conséquence et, quelle que soit l'adaptation des stranéens à cette meurtrière vermine, on leur avait gentiment offert des répulsifs à leur arrivée.
La Duchesse Alexandra Boisderose, la ministre des Affaires étrangère Matilde Boisderose et la présidente de la Haute Assemblée Lucette Dumorne attendaient Vivi Palastri. Accompagnées d'un traducteur, elles saluèrent chaleureusement leur invitée.

-Bienvenue en Sylva, cela fait bien longtemps que nous n'avions pas accueillis de représentants du Nazum. J'espère que nous serons à la hauteur ! Votre vol n'a pas été intercepté pendant le trajet j'espère ?

Une fois passé l'aéroport, la délégation fut reconduite jusqu'à l'Ambassade des Mahoganys. Lesdits arbres étaient visibles partout, véritable fierté de la ville et à raison : grands, solides et magnifiques. Critiquer un mahoganys était l'un des (nombreux) meilleurs moyens de vexer un sylvois, presque autant que critiquer leurs rhums.
Si l'ambiance était dans l'ensemble détendue, il y avait toutefois une légère pointe de tension perceptible et pour dire : régnait toujours une confusion notable sur ce qui se passait chez les komunteranos. Tout se disait et se réfutait, et on était conséquemment assez à cheval sur les mesures de sécurité, d'autant plus quand était présente une délégation amicale (si c'étaient des kolisiens qui étaient invités, la rencontre se serait faite à un poste frontière au sud du pays).
Les sylvoises présentaient fièrement les différents monuments et quartiers à mesure qu'ils défilaient à la fenêtre du véhicule. La ville était ancienne et empreinte de nombreuses histoires.

Après une traversée des lieux en limousine, le long de rues pavés et bâtiments de pierre, brique et bois (mais pas de béton, les sylvois l'évitaient dès que possible), arriva à l'Ambassade le gratin diplomatique. Le bâtiment était très coquet, avec toujours un enchevêtrement de voutes en pierre et charpentes de bois rouge. L'intérieur était bien aéré et le toit isolé, maintenant frais l'édifice sans usage de climatiseurs électriques.
Déboucha finalement Vivi et ses hôtes dans un chaleureux salon, dont les grandes fenêtres donnaient une vue plongeante sur la ville et la mer. Des majordomes restaient à disposition pour servir des rafraîchissants (alcoolisé ou non, à la convenance de chacun) et des petits bols de fruits. Ananas, bananes, pastèque et melon ornaient ces petites coupoles en calebasse.
Gobant un bout, c'est Lucette qui interrogea en première :

-Par où souhaiteriez-vous commencer ?
Alors que Vivi Palastri effectuait son premier déplacement, le temps était agréable. Le vol fut calme, et la nouvelle Commissaire au Socialisme Économique, au Commerce et à la Mer déléguée au Tourisme put relire tranquillement ses fiches pour une dernière fois. Alors qu'elle était encore simplement fonctionnaire du Nouveau Parti Socialiste il y a deux mois de cela, voilà que la jeune femme fut propulser au rang de député puis Commissaire en l'espace de quelques semaines. Savoir cela était autant une source de stress que de bonheur. Néanmoins, Vivi était confiante. Elle était heureuse de se rendre en Paltoterra, continent qu'elle affectionne particulièrement, comme bon nombre de ses compatriotes. Depuis qu'elle est jeune, la stranéenne a pu se rendre de nombreuses fois en Alguerana où sa famille paternelle à immigré après l'arrivée des socialistes en 1960. Durant plusieurs étés, ses grands-parents l'avaient amenés en Sylva, et elle en garde aujourd'hui un merveilleux souvenir. Revenir ici, qui plus est chargé du Tourisme, était aussi significatif que ironique.

Une fois correctement atterit, la Commissaire Palastri ne tarda pas à descendre sur le tarmac pour fouler le sol syvlois. A son arrivée, elle fut accueilli par les plus grandes figures du Duché et de la démocratie sylvoise: La Duchesse Alexandra Boisderose, la Ministre des Affaires étrangère Matilde Boisderose et la Présidente de la Haute Assemblée Lucette Dumorne. Alors qu'elle fut premièrement impressionnée, la gentille et l'accueil des sylvoises rassura Vivi, qui les remercièrent pour leur accueil.

La petite délégation fut ensuite escortée jusqu'à l'Ambassade des Mahoganys. Au cours du rapide voyage, la stranéenne apprécia le paysage. Si les cultures paltoterranes et nazumis ont un point de concorde assez appréciable, cela concerne sans doute l'architecture. Ce talent naturel consistant à associer, de façon si harmonieuse, la nature florissante et luxuriante avec les différentes infrastructures construites par les Hommes est remarquable. Quelques fois, en tournant la tête ici et là, Vivi cru se revoir plongée dans les rues de Kotarakyat ou de Hijau. Pourtant, les rues et avenues sylvoises avaient ce charme unique qui ne faisait naître aucun doute sur la nature des lieux.

Une fois installée confortablement autour d’une myriade de mets et boissons, Vivi Palastri fut invitée par la Présidente de la Haute Assemblée, Lucette Dumorne, à initier la discussion.

Vivi Palastri: “Avant tout, j’aimerais exprimer à nouveau ma gratitude pour l’organisation de cette rencontre. L’ensemble du Conseil des Commissaires du Peuple vous remercie, et la Première Commissaire du Peuple, madame Kawaya Haryanto, s’excuse de ne pas pouvoir être présente. Malheureusement, dû au renouvellement de l’administration politique et diplomatique, madame Haryanto n’a pas pu nous rejoindre, mais elle aurait adoré vous faire honneur. Effectivement, nous vous remercions, et moi plus personnellement, de nous prendre autant en considération. Vos présences à toutes, et particulièrement la vôtre madame la Duchesse, nous honorent. Plus largement, nous sommes appréciatifs quant à votre intérêt pour notre proposition. Bien que nous ayons conscience de nos qualités, nous avons tout autant conscience de la grandeur du Duché. Il nous était important d’établir ces points en introduction, en espérant ne pas avoir été trop longue.

Elle prit une gorgée de thé (un classique qui ne manque pas de faire plaisir aux stranéens) qui lui avait été servi avant de reprendre.

Vivi Palastri: “Désormais, par où commencer ? D’abord, qu’est ce Boyaji! ? Bien que vous ayez dû être briefé dessus, je me permets de vous rappeler le domaine de l’entreprise. Ayant aujourd’hui un statut mixte entre entreprise publique et privée, Boyaji! est une exception dans l’économie stranéenne. Bien qu’elle demeure sous la direction à 55% du Commissariat du Socialisme Économique, du Commerce et de la Mer, et plus précisément du département du Tourisme que je dirige, l’entreprise est partiellement autonome, d'autant plus avec la récente privatisation limitée. En ce qui concerne ses activités, Boyaji! est concrétement active dans le secteur touristique au sens large, s’occupant de la promotion touristique, de l’organisation de voyage mais étant aussi une compagnie aérienne, d'hôtellerie et de restauration. Grâce à sa privatisation partielle et au soutien financier du Jashuria, ses capacités ont explosé et lui ont permis de se développer dans de nombreux, à commencer par les pays du Nazum du Sud-Est.

Aujourd’hui, nous aimerions continuer dans cette lancée en élargissant son activité au continent paltoterran. Nous avons confiance dans son attractivité, et le déploiement de Boyaji! pourrait bénéficier à vos territoires, notamment en en faisant la promotion dans nos territoires d’activités. Je suis donc ici pour discuter avec vous sur la position du Duché sur les affaires touristiques et si des coopérations pourraient vous intéresser. Ces dernières peuvent être plus ou moins approfondies selon vos intérêts et votre confiance. Afin d’établir de bonnes bases pour la suite des discussions, seriez vous favorable, dans l’idée, à l’arrivée généralisée de Boyaji! dans le Duché ? Si oui, avez vous peut être des lignes rouges à ne pas franchir, ou alors des revendications que nous devons garder en tête sur ce sujet ?
”.
Les trois sylvoises écoutèrent avec attention, portant notamment attention aux enjeux géopolitiques derrière. Boyaji! faisait donc partie des entreprises à ne pas être entièrement nationalisées, et comptait des parts du jashuria, plus grande puissance économique du continent (et parmi les plus importantes du monde). Et ce sont ses investissements qui avaient contribué à l'explosion des capacités de l'entreprise. C'était là un indicateur très intéressant des enjeux et relations partagées sur place, et qui s'étendraient en Sylva si était accepté l'implantation de l'entreprise.

Alexandra, toujours concentrée sur l'aspect géopolitique, réfléchissait sur la question en même temps que Vivi exposait la situation. Le Jashuria, grande puissance particulièrement influente au Nazum. Le Duché l'avait pris en considération lors de son implantation au Wanmiri, les achats d'électricité ayant en partie pour objectif de justement apporter des intérêts aux jashuriens et leur donner une raison de tolérer les investisseurs sylvois. L'approbation ou non de Boyaji! sonnait ainsi comme une évidence : comment refuser indirectement aux jashuriens de faire du profit en Sylva et espérer qu'ils ne mettent pas leur nez dans les affaires sylvoises au Wanmiri ? Non, c'était là un moyen d'établir une entente tacite et informelle, mais cordiale. "Laissez nous faire notre argent, on vous laisse faire le vôtre".

Matilde avait-elle une vision semblable de par son poste de ministre des Affaires étrangères. Elle partageait la vision géopolitique de la chose, sous la forme d'une toile d'araignée faite d'échanges, relations et interdépendances tissées entre des nations. Il y a un point en particulier auquel elle avait pensé et pas sa mère la Duchesse : la proximité entre le Negara Strana et les komunteranos. C'était là une raison à part entière de se lier d'amitié avec les stranéens, de façon à ne pas se laisser "distancer" dans les jeux de rapprochement et la concurrence discrète entre Sylva et son turbulent voisin.

Lucette avait par contre une vision moins large, plus directe. Elle se focalisait sur la proximité avec le Negara Strana et l'ouverture d'échanges et de circulations. Elle pensait surtout à l'aspect social, la proximité des peuples qui devrait résulter de ces échanges. Oui, l'amitié sylvo-stranéenne pourrait être tangible et assurer des relations pacifiques. Mieux, ses principes moraux portés par les courants de gauche et les rapprochements avec des mouvements socialistes seraient pleinement bénéfiques pour les idées qu'elles avaient toujours relayées en Sylva. Et si sa crédibilité avait été engagée en défendant systématiquement chaque écart des komunteranos, défendre le collectivisme sera bien plus concluant avec pour exemple un pays prospère, paisible et dont l'image devrait grandement s'imposer comme positive avec le tourisme.

Alexandra prit finalement la parole :

-Je suis touchée que l'accueil vous ai convenue. Quand bien même les relations entre nos deux nations s'ouvrent tout juste, le Negara Strana était malgré tout très bien vu en Sylva. Stable et prospère, il n'y avait rien à reprocher à votre nation. De plus aussi discret que vous puissiez le paraître, nos implantations au Nazum nous ont vite fait constater la place que vous avez dans l'échiquier géopolitique au sud du continent. Nous sommes qui plus est ravies de l'intérêt porté pour le Paltoterra, malgré les troubles qui nous marquent et auraient pu faire baisser notre attractivité.
Concernant Boyaji!, l'exposé que vous nous en faites est des plus intéressants. Le Duché a toujours été ouvert aux politiques de liberté de circulation et de tourisme. En fait, nous serions même d'avis à étendre ces rapprochements avec un renforcement de la circulation des oeuvres culturelles, mais ce serait un autre sujet.
Pour ce qui est de l'activité de Boyaji!, il serait très bénéfique pour nos deux, voir nos trois nations si on compte le Jashuria qui y a des parts, d'étendre son activité en Sylva. Pour ce qui est des revendications, il n'y en a aucune sortant du commun. Nous demanderons juste à ce que soient mis en relations nos services douaniers pour établir des visas et garder un certain regard sur les mouvements qui se font. Les entreprises stranéennes auront quant à elle essentiellement à respecter les normes légales et écologiques sur place.
Il y a par contre un point sur lequel nous serons exigeants et supposons que vous êtes vous-même accoutumés : la planification. Vos services seront amenés à collaborer avec des services de planification et les entreprises locales de l'hôtellerie, restauration et tourisme, de façon à optimiser leur coordination et éviter une concurrence néfaste pour les marques sylvoises. Il n'y a là pas volonté de pénaliser Boyaji!, mais de lui permettre de s'intégrer sereinement dans le marché.
Alors que la Duchesse parlait, Vivi Palastri ne put s'empêcher de prendre discrétement le bol d'ananas se trouvant juste devant elle afin d'en manger quelques morceaux. Il fallait dire que l'ananas syvlois méritait à lui seul des investissements sur une dizaine d'année. La Commissaire ne se laissa pas complètement distraire pour autant et écouta Alexandra Boisderose, ou du moins le traducteur.

S'il y a un point qui plaisait à Vivi autant qu'il ne la surprenait, il s'agit bien de la considération qu'affichait le Duché à la République Socialiste. Souvent vu comme la petite soeur à côté de sa grande soeur jashurienne, elle fut quelque peu étonné du poids diplomatique stranéen qu'elle ne savait estimer. La Commissaire avait un boulevard devant elle, ou plutôt une autoroute sur laquelle s'était déjà engagée l'entreprise depuis la privatisation. Il était temps de passer la cinquième.


Vivi Palastri: "Comme l'a si bien mentionné son Excellence, la plannification nous posera aucun problème. Même si la privatisation a apporté un grand bol d'air frais à Boyaji!, elle est loin de lui avoir de lui avoir monté à la tête au point d'en faire une arme de destruction massive digne des pires sociétés libérales. [elle ria un peu]. Quoiqu'il en soit, nos objectifs semblent s'alligner quant au but de cette rencontre et je pense qu'il est possible de commencer à parler sérieusement du sujet. Pour ce qui est des coopérations classiques, nous vous proposons de promouvoir le Duché à travers nos pays d'exercice. Ainsi, cela vous garantit que nous nous installons pas seulement en Sylva pour notre seul intérêt, mais que les investissements réalisés bénéficieront également aux autorités ducales.

Suite logique à la promotion et l'attraction touristique sylvoise, l'acheminement des touristes doit être prévu. Pour cela, nous avons deux approches possibles. Premièrement, nous pouvons créer des lignes sylvo-stranéennes entre les aéroports de Pradipta et Kotarakyat au Negara Strana et ceux du Bourg des Mahoganys, Baobab Ville et Bourg Rougris selon la capacité de ces aéroports. Deuxièmement, Boyaji! propose des services aériens pouvant être mis à bon escient et bénéficier à Sylva. Je m'explique. Non seulement Boyaji! s'occupe des vols Sylva-Negara Strana, et inversement, mais l'entreprise peut également prendre en charge des vols en provenance du Jashuria, du Fujiwa ou bien même du Wanmiri. Ces deux approches peuvent être totalement combinées, comme elles peuvent être rejetté mais cela dépend totalement de votre ressenti sur la question. Néanmoins, elle me semble être un préalable au développement plus profond du tourisme.
"


Elle s'arrêta tout en laissant comprendre qu'elle n'avait pas finit. Alors que le traducteur transcrivait les propos de la stranéenne, celle-ci pris une gorgée de thé avant de continuer son intervention.


Vivi Palastri: "Ensuite, comme j'ai pu vous l'expliquer lors de mon propos préliminaire, Boyaji! couvre un l'ensemble des services liés au tourisme. Ainsi, dire que nous voulons développer ses activités dans le Duché est aussi flou que de dire que des investissements seront effectués. Même si l'entreprise les excercera toutes d'une manière ou d'une autre, je pense qu'il peut être efficace de cibler les activités réalisées par Boyaji!. Il me semble judicieux que nous laissions aux collectivités locales la main sur le secteur de la restauration pour des raisons logiques de promotion du patrimoine culinaire sylvois. Cependant, Boyaji! serait en capacité d'investir dans l'hôtellerie. Par le terme d'investissement, nous entendons assez large. Cela peut inclure le simple rachat d'établissement que nous pouvons moderniser, jusqu'à la construction de nouveaux centres d'accueil touristiques. Sylva est un pays qui regorgent de richesses autant naturelles que culturelles. J'imagine que certains lieux ne disposent pas encore des infrastructures nécessaires pour développer leur plein potentiel. Il est tout à fait possible de s'entendre sur le choix d'implantation de l'entreprise stranéenne dans des lieux précis où les investissements et infrastructures touristiques manquent cruellement. Qu'en pensez-vous mesdames ?"


Alors qu'elle s'apprêtait à reprendre du thé, elle profita du court instant où ses interlocutrices se regardaient pour savoir qui allait prendre la parole pour ajouter rapidement.


Vivi Palastri: "Par ailleurs, je me permets de rebondir rapidement sur l'une de vos expressions qui a attirer mon attention. Il est vrai que la région paltoterranne est malheureusement troublée ces derniers temps. Cependant, nous pensons, nous stranéens, que les efforts pour la paix et la prospérité doivent perdurés. Investir dans la région permettra un apaisement par la cohésion entre nos peuples. J'ai conscience que ce n'est pas le sujet de notre rencontre mais, faisant partie du Conseil des Commissaires du Peuple, je représente mon gouvernement et nous pourrons aborder des sujets plus larges quant à la stabilité régionale, le rôle et la posture diplomatique du Negara Strana, bien que je ne possède pas les prérogatives nécessaires à prendre des engagements significatifs sur ces questions précises. Je vous en prie. [elle fit un signe de la main, s'excusant pour cet aparté imprévu]."
C'est à leurs tours que les sylvoises grignotaient les fruits à disposition tout en écoutant Vivi. Alexandra se contentait à son habitude de jus d'agrume particulièrement tonifiants. En vue de la crise actuelle qui trouvait ses racines dans les manipulations boursières de groupes ultra-libéraux, elle ne put s'empêcher de sourire à la mention "d'arme de destruction massive". Le Duché n'avait jamais connu un tel degré de planification et contrôle de l'État depuis et, quand bien même était occasionnée une inflation explosive, le chômage de masse avait été évité et les conditions de vie décentes maintenues.

-Il va de soi que la promotion du Duché dans les autres pays partenaire est approuvée et que, réciproquement, nous ne pouvons raisonnablement refuser leur promotion en Sylva. Nos services promotionnels seront mis en relation avec ceux de Boyaji! pour assurer mutuellement la publicité des différentes zones touristiques.
L'établissement des lignes d'avion, et peut-être même de navires de croisière, pourra se faire sans problème selon les modèles proposés. Vous apprendrez toutefois assez vite que le Duché a une politique très protectionniste et que nous attendrons à ce qu'au moins autant d'avions sylvois que stranéen (dans la mesure de l'équilibre que l'on pourrait trouver en pratique avec toutes les péripéties techniques dans le domaine de l'aviation) s'occupent des transferts de touristes.
Il va de soi que pour si une quelconque raison, Sylva ne pouvait fournir autant d'avion à cette fin que le Negara Strana, nous ne limiterions pas les flux stranéens. Mais dès lors que nos compagnies aériennes peuvent répondre à la demande, ils devront avoir un marché égal à celui des compagnies stranéennes. J'ajouterais cependant que le Bourg Rougris est... loin d'être une destination touristique. Mais d'autres villes accessibles par aéroports le seront et répondront aux besoins.

Petite gorgée de jus avant qu'elle ne reprenne.

-Nous ne sommes pas fermés à des investissements auprès des groupes hôteliers, mais cela devra par contre respecter les mesures protectionnistes que j'ai évoqué. Au moins la moitié des parts des entreprises hôtelières devront rester la propriété d'acteurs sylvois. Certes, l'augmentation de la demande touristique avec ces nouveaux flux impliquera que la demande suive, et donc que des investissements soient faits dans les destinations à venir. Dans ce cas-là, nous organiserons des appels d'offre en Sylva auprès d'acteurs privés comme étatique (donc du côté de la noblesse) pour subvenir à ces apports de capitaux, que ce soit sous forme financière ou matérielle.

Là se permit d'intervenir Lucette, toujours là pour défendre la cause collectiviste :

-Il est à noter que nous parlons là d'investissements issus de groupes privés et de la noblesse, aux dépens des coopératives. Nous ne devons pas négliger ces collectifs tout à fait aptes à s'intégrer dans ce modèle économique, ce serait même une expérience très intéressante de les intégrer. Je pense notamment aux zones les plus isolées, destinées à recevoir un nombre plus restreint de touristes. Compter sur des entreprises aux ordres de grandeur de villages, dont les conseils d'administration sont uniquement composés des salariés (davantage des collaborateurs que des salariés, du coup), permettrait de répondre aux offres moins attractives pour les grands groupes cherchant à établir des économies d'échelle.

-Tout à fait, répondit la Duchesse, l'exclusion des coopératives serait pénalisante quand elles ont pleinement la capacité de répondre à des besoins et contribuer à l'économie. Pour en revenir à la question de la stabilité en Paltoterra et des enjeux géopolitiques, nous serons ravis d'en discuter avec vous quand bien même aucune décision concrète ne serait prise. Ce sera déjà une façon d'avoir les positions de chacun, mais une fois terminées nos échanges sur Boyaji! comme vous le dites.
Alors que la Duchesse parlait et évoqua le non-potentiel touristique du Bourg Rougris, Vivi ne put s'empêcher de rougir de honte. Si lors de son intervention elle avait penser à jeter un oeil à la liste des différents aéroports qu'elle avait soigneusement notée sur une fiche, la Commissaire n'avait pas fait attention à l'énorme croix rouge apposée au tiret "Aéroport du Bourg Rougris". Même si cela ne relevait que du détail, les stranéens ont tendance à y faire attention et cette maladresse mettait Vivi particulièrement mal à l'aise, même si ses interlocutrices ne semblaient y faire attention. Après avoir terminé leurs interventions, ces dernières laissèrent la parole à la stranéenne.


Vivi Palastri: "En ce qui concerne la politique protectionniste du Duché, nous ne la brusquerons pas. Il est évident que les économies nationales doivent être priviligiées et protéger du marché féroce. Nos coopérations doivent s'inscrire dans le respect des peuples et de leurs économies. Cela est d'autant plus vrai si nous prenons en compte la crise que traverse actuellement Sylva. Avec Boyaji!, il est nullement question de bousculer ce fragile équilibre que vous tentez de conserver tant bien que mal. Au contraire, s'il est possible de participer à la stabilisation de l'économie sylvoise par la création d'emploi, nous serons d'autant plus ravi. Ainsi, comme nous sommes habitués à faire, nous resterons en contact permanent pour d'adapter nos coopérations, à partir des bases que nous posons aujourd'hui, afin qu'elles correspondent à nos attentes respectives."


Elle prit une courte pause, but une nouvelle gorgée de son thé et reprit.


Vivi Palastri: "Cela m'amène donc à vous rassurer, madame Dumorne, sur l'intégration des coopératives et des travailleurs. Les entreprises stranéennes travaillent avec le peuple. Sans vous recracher entièrement l'entierté du discours d'Etat historique, il est important de comprendre que l'économie qu'a fait émerger la République Socialiste du Negara Strana est construite autour, par et pour le peuple. Ainsi, les entreprises savent s'adapter aux communautés économiques locales et pourront totalement le faire. Plus encore, je me permets d'établir une brève parenthèse sur le fonctionnement des entreprises stranéennes*. Construites "par le bas", celles-ci fonctionnent démocratiquement et permettent à tous travailleurs de participer au processus décisionnel. Ainsi, si Boyaji! établit des unités dans le Duché de Sylva, celles-ci disposeront de leur propre représentation au même titre que les unités stranéennes, jashuriennes ou fujiwanes ! [Elle s'arrêta, baissa la voix comme si elle s'appretait à se confier] Ce système, établi depuis la Constitution de 1962, tend à changer par la privatisation partielle, que je soutiens avec mon parti, le Nouveau Parti Socialiste. Malgré tous ses bienfaits, je pense que notre système ne peut que bénéficier de la privatisation renforçant la puissance financière directive des entreprises, mais je m'égare excusez moi !"


Elle annota brievement ses fiches, changea celle se trouvant devant elle puis souria rapidement aux sylvoises laissant comprendre qu'elle s'apprêtait à prendre la parole à nouveau.


Vivi Palastri: "Conditions et précisions énoncées, nous pouvons peut nous mettre d'accord sur quelques premiers points. Nous pouvons nous engager, sur un délai de deux ans, à l'aménagement d'une aile d'un des terminals du Bourg des Mahoganys qui servira aussi bien aux avions de Boyaji! en direction de toutes destinations, mais notamment du Negara Strana, qu'aux sylvois en direction du Negara Strana. Entre la signature d'accords et l'aménagement définitif de l'aile, de nouvelles lignes et vols seront assurés. En ce qui concerne l'hôtelerie, vos paroles m'ont laissés entendre que le protectionnisme y joue un grand rôle. Je pourrais vous faire plusieurs propositions mais j'estime plus judicieux que vous m'indiquiez les zones où l'installation de complexes hôteliers et touristiques pourraient nous être mutuellement profitable."


* J'ai écrit un article (ici) qui détaille légèrement plus le système. Je ne me suis pas amusé à tout décrire à nouveau pour éviter que ma Commissaire soit juste ☝️🤓.
Lucette hochait de la tête quand était mentionné le respect des peuples, et fut notamment intéressée par le modèle syndical des stranéens. Alexandra était quant à elle un peu plus tendu sur la question de la crise, très délicate et dans laquelle le Duché se démenait pour garder la tête hors de l'eau en évitant de boire la tasse... avec plusieurs naufragés cherchant chacun à appliquer sa méthode pour faire valoir ses intérêts. C'est elle qui répondit :

-Deux ans pour aménager une aire à l'aéroport, c'est un objectif raisonnable et intéressant. Pour ce qui est des zones sur lesquelles il serait le plus bénéfique d'implanter les complexes hôteliers, nous vous transmettrons une étude de marché. Les côtés et au bord des fleuves seront surement les zones les plus vendeuses, mais quelques autres points notables se trouvent également dans les montagnes ou au cœur des forêts.
Le respect des normes protectionnistes consistera surtout à mettre en relation Boyaji! avec les acteurs sylvois pour assurer une coordination saine et éviter une mise en compétition délétère. Un organe dédié sera potentiellement créé pour rejoindre la longue liste des secteurs industriels sous planification.

-Ce sera par ailleurs l'occasion de mener des expérimentations en entreprise, poursuivit Lucette, en faisant collaborer aussi bien des coopératives que des sociétés libérales avec Boyaji! et son système par le bas. Il est intéressant de voir de nouveaux systèmes d'organisations qui, sans nécessairement aller jusqu'au stade de coopératives avec des salariés actionnaires, permettrait de donner de la voie aux travailleurs directement lors d'assemblées ou par l'intermédiaire de syndicats.
Les sylvoises avancent dans le même sens que la stranéenne, et cela ne pouvait que lui convenir. Le Duché demeure une puissance régionale importante et a été, tout au long de la discussion, très accessible au Negara Strana qui n'est qu'une puissance mineure au Nazum. Maintenant, ce qui venait d'être conclut était énorme, fallait-il vraiment chercher à avoir plus ? Bien sûr, il est toujours possible d'avoir plus mais Vivi doutait qu'il fallait y oeuvrer davantage aujourd'hui.


Vivi Palastri: "Je suis heureuse que l'on puisse arriver à un accord. Evidemment, nous, stranéens, sommes toujours favorable à la création de Comités Bilatéraux, ou autre organe du même genre, tant ils sont efficaces pour s'assurer de la bonne mise en place des coopérations. Nous soutiendrons donc pleinement cette initiative. Cela me semble d'autant plus important lorsque nous prenons en compte l'hybridation des systèmes économiques sylvois et stranéens. La douceur et la finesse doivent être de mises."


Elle sirota son thé avant de reprendre.


Vivi Palastri: "Nous pouvons nous féliciter de s'être accordé sur quelques points forts, et je pense qu'ils sont suffisants pour le moment. Augmenter la capacité de transports et les investissements hoteliers sont des points clés du tourisme. Bien sûr, si vous le souhaitez nous pouvons aborder un autre aspect sur les coopérations tourisitiques possibles que nous aurions pu omettre. Néanmoins, sachez que mon commissariat sera toujours ouvert à de futures propositions. Nous pouvons aussi, comme nous l'avons mentionner plus tôt, évoquer d'autres sujets comme la situation géopolitique ou bien le futur des relations stranéo-sylvoises. Je me fais un plaisir de vous répondre, dans la limite de mes prérogatives, et je me ferai garante des requêtes à relayer au Conseil des Commissaires du Peuple du Negara Strana au besoin."
Les regards d'Alexandra et Lucette se croisèrent, puis elles hochèrent de la tête en signe de satisfaction. Aucune des deux n'avait davantage de points à aborder et il ne restait qu'à formaliser tous les accords passés dans des traités officiels, autant dire que cette phase de la discussion était terminée. La Duchesse prit toutefois la parole sur un autre point d'importance qui devait être abordé :

"Vous avez évoqué la question géopolitique, et elle mériterait en effet d'être abordé. L'activité touristique en Sylva sera dictée par divers éléments dont l'attractivité du continent et, tel que vu dans les actualités, elle est variable avec les derniers évènements à nos portes.
Les menaces et agitations perpétuelles des komunteranos représentaient un aléa plus que dommageable et nous pouvons remercier le Grand Kah pour son intervention pacificatrice.
Nous avons par ailleurs entendu que le Negara Strana entreprenait des rapprochements avec les komunteranos. C'était une plutôt bonne nouvelle en Sylva, une meilleure que celle évoquant des rapprochements avec la Loduarie Communiste. Il était dans notre intérêt qu'ils se rapprochent avec une puissance pacifique apte à les modérer.
Mais avec l'évolution des derniers évènements, nous sommes malgré tout curieux en Sylva vis-à-vis de votre position sur tout cela."
Vivi savait qu'elle avait bien fait de relire les documents fait par Siska Widiastuti, sa collègue Commissaire aux Affaires Etrangères. Si l'on ne peut nier une qualité de Siska, c'est son organisation. Vivi avait consulté les documents dans l'avion seulement, et pourtant, l'organisation de ceux-ci rend son contenu parfaitement assimilable.


Vivi Palastri: "Bien sûr ! D'abord, la diplomatie stranéenne est avant tout portée sur la paix et la prosperité des peuples. Nous essayons, par nos actions, de porter au mieux la voix de la paix au sein de nos discours et des différentes instances internationales. Dans cette optique, le Negara Strana soutient de tout coeur l'action du Grand Kah sur le territoire komunateranos. Ce soutien, nous avons pu notamment l'apporter au sein de l'Internationale Libértaire où le Negara Strana a rappelé par le biais de sa représentante que nous pouvions agir comme arbitre au sein de ce conflit. En effet, comme vous l'avez justement relevé, le Negara Strana est proche du Grand Kah mais également de la Communaterra. Nous considérons nos peuples frères dans leurs valeurs et objectifs, et nous avons pu conclure plusieurs accords à ce sujet. Néanmoins, il va de soi que nous condamnons les actes véhéments perpétués par les komunateranos. C'est pour cela que, afin de finir par le début de mon explication, le Negara Strana soutient le Grand Kah dans le rétablissement de la paix, tout en demeurant à disposition des autorités civiles et humanitaires komunateranos pour éviter un désastre humanitaire."


Elle but un peu après avoir tant parler sans trop s'arrêter. Puis ajouta:


Vivi Palastri: "De façon plus générale, le Negara Strana porte grand intérêt pour le continent paltoterran du fait de la présence d'une importante diaspora stranéenne. De fait, il nous parait intéressant d'établir davantage de lien avec les différentes nations paltoterrannes, d'autant plus qu'elles sont gages de stabilité, enfin pour la plupart [elle rit un peu]. J'espère avoir répondu à vos interrogations sur la question !"
-Voilà un exposé des plus rassurants, répondit Alexandra. Les komunteranos iront dans une dynamique de pacification et devront éponger la succession d'une révolution puis d'une contre-insurrection, ayant par deux fois mis à mal l'ensemble des infrastructures du pays. Soucieuse de la stabilité de son voisinage, Sylva tient à ce que les relations des komunteranos aillent dans ce sens. C'était après tout l'un des basculements des tensions, que l'arrivée des loduariens alors qu'ils étaient pris à Zladingrad.

-Il est également appréciable que Communaterra puisse conserver son essence en se constituant un entourage apaisé aux mêmes directions idéologiques et politiques. Nous avons confiance envers le Grand Kah et le Negara Strana pour amener les komunteranos sur le chemin de la prospérité et de l'accomplissement de leurs politiques. Il aurait en effet été fort dommageable que leurs ambitions communistes soient balayés à cause de ratés, raison pour laquelle je ne peux qu'exprimer ma satisfaction d'avoir laissé le Grand Kah régler cette affaire.

Après l'intervention de Lucette, Alexandra reprit :

-Tout à fait, je ne peux qu'appuyer cette déclaration. Bien, nos positions convergent sur la question et je n'ai rien à y redire. Souhaitez-vous aborder d'autres points avant de clôturer cette rencontre ?
Vivi Palastri: "Je suis heureuse d'avoir pu vous éclairer. Personnellement, mon mandat ne me charge pas davantage et j'estime que les accords que nous avons conclus aujourd'hui sont largement suffisant pour le moment. J'ai pris grand plaisir à vous rencontrer, mesdames, je vous remercie à nouveau pour votre accueil ! Bien évidemment, je vous tiendrai au courant sur la mise en place des accords par le biais de l'organisme prévu à cet effet."

Les sylvoises raccompagnèrent ainsi la Commissaire qui devait déjà prendre à nouveau l'avion. Elle aurait aimé profiter quelque peu du Bourg des Mahoganys mais le devoir l'appelle. Dans l'avion, elle profita pour rédiger sa note et son compte rendu qu'elle confiera au Conseil des Commissaires du Peuple.


La date RP de la rencontre est fixée au 11/11/2013.
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