Sous l'attention des contrôleurs aériens, l'avion stranéen pouvait naviguer en toute quiétude. Les indications étaient claires et l'organisation impeccable. Les pilotes qualifieraient même l'aéroport de confortable avec ses larges pistes et nombreux aménagements doublés de repères pour accompagner les pilotes. Et malgré ces vastes pistes de béton et de goudron, la zone n'avait pas été intégralement défrichée. Caractéristique typique de la vénération des sylvois envers la forêt, on ne rasait jamais entièrement une zone pour plutôt adopter une architecture urbaine typique : une toile d'araignée de routes et bâtiments, entre lesquels étaient conservés des bosquets. La végétalisation massive qui en résultait rendait confortable l'atmosphère malgré les températures plutôt radicales de Sylva. Par contre, les moustiques débordaient en conséquence et, quelle que soit l'adaptation des stranéens à cette meurtrière vermine, on leur avait gentiment offert des répulsifs à leur arrivée.
La Duchesse Alexandra Boisderose, la ministre des Affaires étrangère Matilde Boisderose et la présidente de la Haute Assemblée Lucette Dumorne attendaient Vivi Palastri. Accompagnées d'un traducteur, elles saluèrent chaleureusement leur invitée.
-Bienvenue en Sylva, cela fait bien longtemps que nous n'avions pas accueillis de représentants du Nazum. J'espère que nous serons à la hauteur ! Votre vol n'a pas été intercepté pendant le trajet j'espère ?
Une fois passé l'aéroport, la délégation fut reconduite jusqu'à l'Ambassade des Mahoganys. Lesdits arbres étaient visibles partout, véritable fierté de la ville et à raison : grands, solides et magnifiques. Critiquer un mahoganys était l'un des (nombreux) meilleurs moyens de vexer un sylvois, presque autant que critiquer leurs rhums.
Si l'ambiance était dans l'ensemble détendue, il y avait toutefois une légère pointe de tension perceptible et pour dire : régnait toujours une confusion notable sur ce qui se passait chez les komunteranos. Tout se disait et se réfutait, et on était conséquemment assez à cheval sur les mesures de sécurité, d'autant plus quand était présente une délégation amicale (si c'étaient des kolisiens qui étaient invités, la rencontre se serait faite à un poste frontière au sud du pays).
Les sylvoises présentaient fièrement les différents monuments et quartiers à mesure qu'ils défilaient à la fenêtre du véhicule. La ville était ancienne et empreinte de nombreuses histoires.
Après une traversée des lieux en limousine, le long de rues pavés et bâtiments de pierre, brique et bois (mais pas de béton, les sylvois l'évitaient dès que possible), arriva à l'Ambassade le gratin diplomatique. Le bâtiment était très coquet, avec toujours un enchevêtrement de voutes en pierre et charpentes de bois rouge. L'intérieur était bien aéré et le toit isolé, maintenant frais l'édifice sans usage de climatiseurs électriques.
Déboucha finalement Vivi et ses hôtes dans un chaleureux salon, dont les grandes fenêtres donnaient une vue plongeante sur la ville et la mer. Des majordomes restaient à disposition pour servir des rafraîchissants (alcoolisé ou non, à la convenance de chacun) et des petits bols de fruits. Ananas, bananes, pastèque et melon ornaient ces petites coupoles en calebasse.
Gobant un bout, c'est Lucette qui interrogea en première :
-Par où souhaiteriez-vous commencer ?