
Le Président Fédéral Seo Yasunari accueillant le Premier Ministre nordiste Émilien Charpentier à l'aéroport de Jiwan
La rencontre avait été préparée depuis des mois. La première fois qu'un haut fonctionnaire impérial venait au Mokhaï depuis la guerre civile communiste et leur prise de pouvoir. Le fantôme du colonialisme planait toujours sur la jeune Fédération, mais celle-ci était bien décidée à s'imposer comme un acteur régional important et comme une nation souveraine vis-à-vis de son ancienne métropole. La rencontre était importante pour les deux pays, le Mokhaï cherchant à marquer son indépendance et sa stabilité nouvelle, et l'Empire cherchant à se construire une image nouvelle dans la région. Celui-ci était prêt à soutenir le Mokhaï sans contreparties majeures dans sa reconstruction et à essayer de se racheter une image à grands frais en investissant potentiellement à perte.
Le Premier Ministre avait été envoyé dans un souci de présenter un représentant élu et de ne pas faire subir à l'Empereur une sorte de séance d'autocritique. Émilien Charpentier avait donc été envoyé au casse-pipe, mais avait la ferme intention d'entamer le début de relations nouvelles et apaisées entre les deux puissances.
Le Mokhaï lui, en obtenant des excuses sur son sol de l'Empire, la restitution de biens historiques volés et en concluant des accords avantageux, souhaite envoyer une image de puissance nouvelle réussissant à s'imposer face à son ancienne métropole coloniale et espère obtenir une aide sans contreparties importantes dans sa reconstruction.
L'avion arriva à l'aéroport à 11 heures. Le Premier Ministre et sa délégation descendirent. De manière calculée, le Président Fédéral et sa délégation arrivèrent avec un léger retard, laissant la délégation nordiste sous la pluie durant deux ou trois minutes. Le Président, enfin arrivé, se dirigea vers le Premier Ministre, affichant une sérénité voulant montrer que la visite de l'Empire n'est pas un événement capital, mais très angoissé intérieurement de ce premier exercice diplomatique complexe. Une poignée de main respectueuse et de manière plus mesurée, amicale, sans excès et effusion de complicité fut prise en photo par la presse. Quelques mots furent échangés, des formules de politesses bateaux.
" — Je suis très heureux de vous accueillir à Jiwan aujourd'hui, Monsieur le Premier Ministre.
- C'est un plaisir partagé. Je suis honoré d'être le premier représentant nordiste à être accueillit sur le sol de la Fédération après tant d'années.
- J'espère que vous avez fait bon voyage.
- L'avion n'est pas mon moyen de transport favori, je l'avoue, mais je n'ai pas à me plaindre, cela s'est passé sans problème.
- Parfait, alors, si vous voulez bien nous suivre, nous allons pouvoir être conduit jusqu'au palais présidentiel de l'État fédéré de la République du Shirakawa, qui nous a mis à disposition sa salle de conférence et son salon de réception diplomatique.
- Je vous suis, monsieur le Président."
Les délégations montèrent dans les voitures et furent conduites jusqu'au palais présidentiel du Shirakawa. Après que celles-ci eurent pris place dans la salle de conférence avec les journalistes accrédités, le Premier Ministre nordiste et le Président Fédéral entrèrent et s'installèrent devant leurs pupitres.
C'est Seo Yasunari qui commença, en se tenant au pupitre.
Seo Yasunari - Mesdames et messieurs les journalistes et officiels présents, bonjour. Monsieur le Premier Ministre Émilien, cher ami, je suis ravi de vous accueillir à Jiwan aujourd'hui, pour cette rencontre assurément historique. Nos deux pays, partagent une histoire complexe et douloureuse. L'héritage du colonialisme, ne s'effaçant jamais totalement, en tout cas, pas après si peu de temps. Ces cinq ans nous ont tout de même paru longs, terriblement longs. Que le temps est long en effet, lorsque la nation toute entière souffre, de la guerre civile, la dictature, l'instabilité chronique, la famine. Les morts de cette période sombre ne se comptent plus, mais que la douce lumière de la tant attendue stabilité nous parait éclatante après cet âge sombre. Nous sommes fiers d'accueillir aujourd'hui les autorités nordistes, dans un pays stabilisé, ayant désormais triplé son PIB, ayant bâti une défense honorable et s'étant engagé de toutes ses forces dans sa reconstruction et son avenir.
Les défis liés à la décolonisation ne sont pas insurmontables, nous l'avons prouvé. Mais durant ces cinq ans, où la violence nous a laissé des marques profondes et où toute la haine et la rancœur son sorti, il est à présent temps de tourner la page de l'amertume et de construire notre avenir dans un climat apaisé avec l'Empire, sans pour autant oublier. Le pardon du peuple sera long, mais est possible. Il est possible, car je suis convaincu de la volonté de l'Empire d'aller de l'avant et de se racheter. Alors, je le dis avec foi, je vous accueille aujourd'hui en ami.
Émilien Charpentier -Cher président, je suis tout autant ravi d'être ici aujourd'hui. Vos mots et votre foi en un avenir apaisé entre nos deux nations me touchent, et je les partage entièrement. Si l'Empire aspire à la paix, la concorde et l'amitié entre nos deux nations et nos deux peuples, il sait que les marques de l'Histoire ne s'oublient pas si facilement. Et qu'il est même nécessaire de ne pas oublier. Nous ne cherchons pas l'oubli, mais le pardon. L'Empire est conscient de ses fautes, ses erreurs, et de sa responsabilité dans ces cinq années douloureuses, mais aussi dans toutes les blessures infligées durant son occupation coloniale.
L'Empire n'a pas su accompagner de manière efficiente le Mokhaï dans le processus d'indépendance. Amateurisme de l'administration, complications volontaires, ou autre ? Nous ne saurons sans doute jamais, tant cette période fut trouble. Mais une chose est sûre, l'Empire n'a pas su remplir son rôle.
Et je vais le dire sans détours, sans langue de bois. Sans volonté d'amoindrir ce qui s'est passé, l'Empire reconnait ses fautes. L'Empire reconnaît avoir mené, durant son occupation, une politique colonialiste brutale au Mokhaï. L'Empire reconnait, avoir commis des exactions lors de sa conquête et de son occupation. L'Empire reconnait, avoir été à l'origine de déplacements de populations. L'Empire reconnait la politique esclavagiste durant le 19ᵉ siècle comme un crime majeur. L'Empire reconnait sa pleine responsabilité dans le massacre de Singsong en 1929, ayant conduit au massacre arbitraire de plusieurs centaines d'habitants par les troupes coloniales.
Les crimes de la colonisation nordiste sont des marques indélébiles de la brutalité de son action ayant engendré mort, misère et traumatismes. Ces crimes ne seront jamais adoucis par toutes les excuses que nous pouvons formuler, et réparations que nous pouvons donner. Mais nous ferons notre possible pour apaiser la douleur engendrée. L'Empire présente ses excuses, et demande pardon aux familles. Demande pardon au Mokhaï tout entier.
La reconnaissance de nos fautes est, je pense, le premier pas si nous voulons construire une relation apaisée, mais surtout une relation saine entre nos nations. Et ce premier pas ne pouvait être fait que par l'Empire.
L'émotion est palpable dans la salle et les quelques secondes de silence qui suivirent la prise de paroles furent lourdes et parurent durer une éternité.
Seo Yasunari - Monsieur le Premier Ministre, votre déclaration est capitale pour notre pays, pour qu'il puisse envisager l'avenir et tourner cette page. La franchise de vos paroles vous honore et, nous vous sommes reconnaissants de cette prise de conscience et de la reconnaissance de la responsabilité de l'Empire dans les blessures de notre pays. Sur ce, bien qu'une transition soit difficile étant donné la nature... extrême forte en signification de votre déclaration, nous allons pouvoir passer aux questions des journalistes.
Premier journaliste - Bonjour, question pour le journal "le Communard". Qu'est-il envisagé pour la restitution des biens coloniaux volés ?
Émilien Charpentier - Cela va être élaborer en concertation entre les deux gouvernements, mais le projet dans sa forme actuel est, par un groupe de travail mixte d'historiens mokhaïens et nordistes, d'élaborer une première liste des biens historiques du Mokhaï et de conclure un accord sur le retour de ces biens au Mokhaï.
Le journaliste remercie le Premier Ministre et un autre se lève pour parler.
Deuxième journaliste - Une question pour "l'Aube Républicaine". Concernant les habitants du Mokhaï qui ont dû être évacués lors de la guerre civile ou qui on fuit le pays, que comptez-vous faire ?
Seo Yasunari - Le Mokhaï en paix d'aujourd'hui est prêt à accueillir ses fils et ses filles ayant fui les violences. Il n'est pas certain que ceux-ci puissent retrouver leurs logements initiaux, mais le gouvernement fera tout pour qu'ils puissent retrouver un habitat proche de celui-ci d'origine et de les aider dans leurs démarches pour se réintégrer et trouver un emploi.
Émilien Charpentier - L'Empire fera son maximum pour aider ces ressortissants a retourner au Mokhaï si ils le souhaitent. Un accord migratoire est totalement envisageable afin que les démarches soient facilitées.

Le Président Fédéral Seo Yasunari lors de sa prise de parole à la conférence de presse