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Histoire et mésaventures du peuple Blême à travers les âges

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Histoire et mésaventures du peuple Blême à travers les âges

Préface par Lucian Baboescu

Réimpression en 2014 ; Éditions augmentées
Blâmant Colin ; Gurapest



Sommaire

Note sur l'édition de 2014



La présente édition a été complétée d’une préface et des commentaires de Lucian Baboescu, chercheur d’origine Blêmienne et titulaire de la chaire d’histoire de l’université d’Antrania où il réside. Ce spécialiste de l’histoire des peuples de Blême apporte une vision nouvelle à la première édition de 1995 dont le manque d’objectivité avait été critiqué à l’époque. Les frictions entre le roman national blême et les découvertes archéologiques contemporaines sont bien connues des spécialistes et la réédition de 2014 a vocation à les mettre davantage en lumière, tout en profitant de la somme encyclopédique (et à ce jour unique au monde) des connaissances cumulées dans cet ouvrage.

Originaire de Pal ponantaise, Lucian Baboescu émigre en Antérinie à l’âge de 17 ans où il fait ses études et dont il demande la naturalisation, renonçant de fait à sa nationalité polk. Il revient toutefois régulièrement dans sa région natale où il possède une résidence. Historien et archéologue, il est l’un des rares spécialistes mondiaux à avoir accès aux archives et lieux de fouilles dans la région de Pal ponantaise en raison de son sang blêmien. Récompensé par plusieurs prix pour ses travaux à l’international, sa voix est considérée comme l’une des plus nuancée sur l’épineuse question de l’histoire de Blême. Il parvient en effet à conjuguer l’objectivité scientifique avec le débat encore brûlant autour de l’émancipation et des revendications à l’auto-détermination des peuples de Blême. Ses positions politiques discrètes lui valent toutefois d’être menacé de mort par le Grand-Duché de Transblêmie. En 2011 il échappe de peu à une attaque commanditée par le régime du Grand-Duc. En proie à une forte détresse psychologique, la police découvre que des agents transblêmes transformaient subtilement l’intérieur de son domicile pendant son absence pour le pousser à la folie en faisant apparaitre et disparaitre des pièces de manière aléatoire. Les deux agents se donnent la mort avant de pouvoir être arrêtés par les autorités Antériniennes. Lucian Baboescu et sa famille sont depuis sous protection policière.

Préface

par Lucian Baboescu



« De tous les peuples du monde, les Blêmes sont les plus malheureux. » ainsi débutait l’anthologie illustrée de l’historien et poète Bruno de Saint-Christophe à propos des populations originaires de la Pal et des terres de Blême, au sud-est de l’Eurysie. Publiée en 1915, la citation n’a pas pris une ride. Encore aujourd’hui et par bien des aspects, les Blêmes nous apparaissent comme un peuple maltraité par l’histoire, écartelés entre les nations qui tour à tour les envahirent et les dominèrent, mais également déchirés entre eux. Dans une ironie particulièrement tragique, les rares tentatives du peuple Blême pour s’émanciper de ses oppresseurs se soldèrent soit par des échecs, soit participèrent à créer l’un de Etats les plus cauchemardesque et revanchard du monde : la Transblêmie. Faut-il en conclure que les Blêmes n’étaient pas destinés à exister en peuple libre et souverain sur leurs terres ? Loin de se laisser écraser, le nationalisme blême existe encore, plus vivace que jamais. De la Polkême à la Translavya en passant par le joug du Grand-Duc, l’espoir continue à vivre pour le peuple de Blême, puissant et mobilisateur. Le temps nous dira si ce début de XXIème siècle marquera un tournant pour les fils et les filles de Blême, ou si le rêve d’une grande nation sur les deux rivages de la mer se verra définitivement enterré par l’histoire.

En tant qu'historiens, il ne nous appartient ni de juger ni de prendre parti. Nous devons au contraire nous attacher aux faits et tenter d'y rester fidèles, de les présenter dans toute leur sincérité tout en leur donnant une forme intelligible pour nos pairs et, dans une moindre mesure, pour le grand public. L'histoire comme toute science est une mise en forme de données, traitées et analysées selon un certain angle et une certaine méthode. De fait, tout en nous en tenant à ces données, nous ne pouvons prétendre à l'objectivité car les faits bruts ne disent rien. Ils ne sont compréhensibles que dans l’œil de celui qui, à force de travail, les interprète et les synthétise. Voilà notre tâche, ni plus ni moins. Elle est hautement critiquable, à condition que ceux qui nous critiquent fassent preuve de la même rigueur de transparence méthodologique que nous. Ceux qui, par la violence ou l'intimidation, par le mensonge ou l'occultation des faits, que ce soit pour des raisons justifiées ou non, trahissent ces conditions nécessaires au débat scientifique, ceux-là ne peuvent prétendre nous apporter une critique de même valeur que les travaux que nous soumettons à présent à votre jugement.

Comme nous l'avons écrit, l'histoire du peuple Blême est complexe, non seulement par ces ramifications et la difficulté d'accéder aux données, mais surtout parce qu'elle mobilise de légitimes émotions et intervient dans un débat politique à ce jour non résolu. Pour toutes ces raisons, le travail de l'historien se doit d'être nuancé et rigoureux. Non pas pour prétendre trancher des questions qui n'appartiennent qu'à la société des hommes, mais justement pour rendre justice à cette complexité qui fait la beauté et la grandeur de notre histoire commune.


Atlas de la répartition des peuples Blêmes en Eurysie de l'est



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Le brun de blême indique la répartition des populations blêmiennes en Eurysie de l'est.


Les peuples (de) Blême, nom qu'ils héritent des côtes de la mer où ils se répartissent, s'étendent historiquement sur la région de Pal, aujourd'hui divisée en trois : la Pal ponantaise (partie sud du territoire de Polkême), la Pal levantaise et la Pal translavique (partie ouest du territoire de la République translavique). En 2014, les Blêmes constituent donc tendanciellement des populations minoritaires appartenant à des entités nationales de cultures différentes de la leur.

Cette répartition est le fruit d'une série de conquêtes et de troubles survenus tout au long du Moyen-Âge, la région de Pal ayant été tour à tour occupée par la Rême, par les khanats tatares gouvernants les territoires de l'actuelle Translavya, brièvement par la grande horde mongole puis finalement par la Polkême, qui occupe la Pal ponantaise à partir du XIIème siècle et jusqu'à nos jours. Bien qu'ils partagent de nombreux éléments de culture commune, dont leur langue, les peuples de Blême se distinguent toutefois progressivement les uns des autres au cour de leur histoire en fonction de l'éclatement territorial des différentes entités les ayant gouverné. Ainsi l'ouest de l'actuelle Pal ponantaise se caractérise par des éléments de culture hellénique hérités de l'Empire de Rême, le nord est quant à lui marqué par les influences slaves de la Polkême. Les populations de la Pal translavique sont en revanche plus proches de la culture tatare et translave.

Il est important de noter que si le présent atlas rend compte de la répartition contemporaine des populations de Bême, celles-ci se sont davantage étendues sur la côte à divers moment de leur histoire. La rétractation des Blêmiens sur les seuls territoires de la Pal s'explique par plusieurs facteurs dont les nombreux déplacements de populations engendrés par les hordes tatares venues de l'est, les incursions des différents khanats nazuméens traversant le détroit ayant été l'une des causes majeures de migrations jusqu'au XVIIème siècle et la généralisation des armes à feu et des armées régulières. Plus contemporaines, la naissances du nationalisme dans les différents pays de la région a participé à l'invention de frontières culturelles qui se sont progressivement stabilisées jusqu'à devenir administratives.

On trouve également des populations blêmiennes en Transblêmie, le Grand-Duché étant né de l'exil d'une partie du peuple Blême au XIVème siècle. Ces peuples traversent la mer et s'installent dans les régions montagneuses du nord-Nazum où ils s'unissent aux populations autochtones et se placent sous la protection des Xin de l'Empire Hushong.


Les origines préhistoriques du peuplement blêmien



Les apports ethniques et culturels des migrations antiques à l'intérieur de l'ancienne région dite "de Blême" (ou littoral blêmien) se sont superposées de façon complexe, ce qui rend difficile la reconstruction de leur histoire. Si la préhistoire géokratienne est notoirement malaisée à retracer, en raison notamment du manque de coopération des États et de l'absence d'harmonisation internationale des travaux en archéologie, elle est rendue d'autant plus obscure au niveau de la mer Blême du nord en raison du caractère nomade des populations qui y transitèrent. En l'absence de véritable obstacle naturel, les peuples de la région ont beaucoup migré dans un sens comme dans l'autre, au gré des rivalités territoriales, sans qu'il soit aisé de reconstituer une chronologie précise.

On parlera dès lors de groupes ethniques correspondant à des ères historiques davantage que de véritable civilisation ou proto-Etat constitués. Les peuples blêmiens désignent indistinctement tous les peuples ayant occupé et s'étant métissé sur le littoral pendant la période préhistorique et antique. Contrairement à certaines croyances populaires bien établies, la préhistoire n'était pas marquée par une situation de guerre perpétuelle entre tribus, clans et chefferies. Elle était au contraire relativement paisible contrairement à notre ère, pour la simple et bonne raison que le nombre d'humains peuplant ces territoires était beaucoup plus faible. Ainsi, la nourriture et l'espace ne manquait pas et la lutte pour les ressources naturelles était marginale. Il faut donc se défaire de cette représentation de l'époque comme violente. Pendant la préhistoire et l'antiquité, les alliances matrimoniales et unions entre les peuples ont largement prédominé par rapport aux guerres et autres conflits armés. Une preuve de cela est que ces deux périodes s'étendant sur plusieurs millénaires, les peuples du pourtour de la mer Blême sont aujourd'hui indistincts d'un point de vue génétique. Leur étalement sur un territoire de plus de 2 000 kilomètres de long a en revanche conduit à l’émergence de substrats culturels distincts, mais sans distinctions biologiques ou phénotypiques majeures. Les peuples de Blême, au pluriel, désignent donc à la sortie de la préhistoire un grand nombre d'ethnies partageant un même substrat génétique en raison de leur mélange continu sur plusieurs milliers d'années.

En ce qui concerne la côte blêmienne, on distingue trois grandes étapes de peuplement :

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  • 20 000 av. JC : Poussés par des mongoloïdes qui les obligent à fuir de l'autre côté du détroit, des tribus steppiques ou nazuméens septentrionaux s'avancent dans la steppe. C'est l'époque des archers et des traineaux de chiens.

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  • 10 000 av. JC : Arrivée dans la région, en plusieurs vagues successives, de populations "traversières" en provenance de la langue de Rême et de l'Afarée du nord.

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  • 5 000 av. JC : La région de blême est massivement investie par plusieurs peuples slaves descendant du nord, sans doute poussés par les invasions scandinaves et la constitution des proto-nations sur le littoral de l'océan du nord.

Il est à rappeler que si ces trois périodes constituent des étapes de peuplement, ce ne sont pas les premières populations à transiter par la steppe. Le littoral sud de la mer Blême est en effet un lieu de passage des premiers êtres humains ayant quitté l'Afarée pour se propager vers le Nazum, à une époque où le détroit n'existait pas encore. Il est probable que la steppe étant à l'époque particulièrement froide et peu fertile, ces premiers êtres humains aient préféré continuer vers l'est plutôt que de s'y installer. Le littoral de la mer Blême n'a donc constitué une ère de peuplement que tardivement dans l'histoire par rapport à d'autres régions davantage hospitalières.

On constate sur ces cartes que la région de la Pal a été le point de rencontre des trois vagues de migration blême, constituant de fait le foyer historique de ce peuple qui s'est ensuite progressivement diffusé tout autour jusqu'aux portes de l'actuel détroit à l'est et dans les grandes plaines de Polkême au nord.

L'antiquité blême (~2 000 av. JC à 130 ap. JC)



L'Antiquité est marquée par la fin de l'expansion des peuples blêmiens qui se trouvent confrontés à l'arrivée de nombreuses nouvelles populations dans la région. Du nord et de l'est viennent plusieurs tribus nomades d'Eurysie et du Nazum, en partie poussées par le déplacement de population mongoloïdes remontant le détroit ; et par l'arrivée des population proto-polk à l'ouest. Du nord descendent également des envahisseurs slaves qui affrontent les populations mongoloïdes nazuméennes pour le contrôle de la région. En l'absence de frontières et d'Etat constitués, ces peuples et tribus se partagent le territoire et fusionnent entre-elles à mesure qu'ils nouent des alliances de circonstances dont il est encore aujourd'hui malaisé de retracer les étapes.

Au sud, l'Empire rêmien se constitue en tant que puissance hégémonique sur le pourtour leucytaléen et étend progressivement son influence dans la steppe où il installe des comptoirs commerciaux. La ville de Levantium (l'actuelle Port Ponant), du rêmien signifiant le Levant, est fondée par des marchands rêmiens et devient un avant-poste impérial dans la région. La cité de Parum (l'actuelle Draculvoda), du rêmien signifiant le marbre, est fondée quelques décennies plus tard pour l'exploitation des carrières qui lui valent son nom. Ce sont également les Rêmiens qui constituent pour la première fois les peuples occidentaux de la steppe blêmienne comme un tout homogène et leur attribuent le nom de Pal "pallidus" : "qui habitent le long de la mer Blême".

Les conquêtes proto-polk et proto-slave réduisent massivement le territoire de vie des peuples blêmiens. Envahis de tous les côtés, plusieurs d'entre-eux s'établissent définitivement dans la région de la Pal où ils s'unissent pour résister aux envahisseurs. C'est alors la première fois que les peuples Blêmiens se reconnaissent comme une seule ethnie partageant une même culture. Cette alliance de tribus ne suffit cependant pas à repousser les envahisseurs et les populations les plus occidentales font alors le choix de se placer sous protection de l'Empire de Rême. Celles restées davantage à l'est se mêlent aux envahisseurs slaves et mongholoïdes pour lesquels elles deviennent des minorités bergères. Les Blêmes du détroit finiront par se mélanger aux slavo-nomades jusqu'à en devenir indistincts, adoptant leurs modes de vie à cheval qui se diffusera alors progressivement vers l'ouest. Sur l'actuel territoire de la Pal, tributaire de l'Empire rêmien, la mixité se fait moins, les impériaux jugeant peu intéressant de s'installer dans les steppes et préférant y établir des comptoirs et des garnisons sur les côtes. L'arrière pays est alors peu défendu et en proie à des raids des peuples slavo-nomades puis mongholoïdes, auxquels les Blêmes finiront par répondre en se spécialisant eux aussi dans l'élevage de chevaux et en bâtissant des mottes fortifiées un peu partout sur leur territoire.

C'est le mélange de ces deux traditions guerrières : hordes nomades et féodalisme impérial qui produit le style de combat atypique des Blêmes, à la fois cavaliers raideurs et bâtisseurs de forteresses.


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Haut Moyen-Âge ou Blême tatare
(130 ap. JC à 1097 ap. JC)



Au sortir de l'Antiquité, l'Empire rêmien est affaibli par des divisions internes et doit concentrer ses forces sur les fronts sud et ouest. C'est à ce moment qu'une nouvelle invasion d'une horde mongoloïde passe le détroit et repousse un certain nombre de peuples vivant sur les côtes de l'actuel Drovolski. Forcés à l'exode, ces peuples cavaliers s'installent où cela leur est possible et finissent par revendiquer la steppe : ce sont les tribus tatares. L’appellation "tatare" n'est pas un endogame et servira à désigner plus tard indistinctement tous les peuples cavaliers de phénotype nazuméens installés dans l'est de l'Eurysie. Ces peuples progressent rapidement, conquérant les populations déjà présentes sur la côte de Blême mais finissent par se heurter aux Rêmiens et aux Polks, au niveau de la Pal.

L'Empire Rêmien n'a cependant pas les moyens militaires de repousser ces cavaliers dont certaines innovations stratégiques permettent de mettre en déroute les légions impériales. Obligées de battre en retraite, elles abandonnent la steppe, jugée indéfendable. Levantium est laissé aux hordes et les troupes de Rême se retranchent plus au sud afin de fortifier l'entrée de la langue et protéger le cœur de l'Empire. Au nord, ce sont les montagnes polk, peu praticables pour les cavaliers, qui permettent de repousser les tatares. Les guerriers polk jouent des forêts et des hauteurs pour prendre l'avantage sur les hordes, notamment grâce à leurs archers. Les tatares renoncent à progresser davantage vers l'ouest et s'installent dans la région de la Pal. C'est à ce moment que cette dernière hérite de sa division en deux : la Pal ponantaise (région la plus à l'ouest des conquêtes tatares qui marque la frontière fortifée avec l'Empire de Rême et avec les populations polk) et la Pal levantaise (à l'est et habitée par les Blêmiens, mais d'un moindre enjeux stratégique). Reconstruite, la cité de Levantium est renommée Port Ponant et sert alors de porte pour le commerce entre les marchands Rêmiens et les peuples tatares.

Sous domination tatare, la Pal trouve paradoxalement une forme de stabilité. La domination tataro-mongole s'ancre dans la région et offre un cadre institutionnel et légal pour les populations vivant sous son joug. Les Nazuméens n'étant pas des assimilateurs, ils se contentent de prélever des tribus en or et en hommes dans les régions conquises et de leur imposer leurs lois, mais laissent une relative autonomie aux Blême pour se gouverner. Cette méthode de gouvernance, qui s'apparente à une forme de proto-fédéralisme, permet de limiter le désir de révoltes des populations assujetties, d'autant que ces-dernières bénéficient, contre leurs tribus, de la protection de l'Empire. La force des cavaliers (et la relative aridité de la steppe) dissuade les invasions de la Pal qui n'a à souffrir que d'occasionnelles incursions de ses voisins Polk et Brann, toujours rapidement repoussés. Les principales menaces pour les tatares viennent du nord et des populations slaves qui fondent régulièrement sur la côte blêmienne. L'emplacement de la Pal la protège cependant du gros des invasions, Rême fait bouchon au sud et les peuples Brann au nord ainsi que les montagnes polk participent à former un glacis protecteur face aux hordes et tribus slaves puis scandinaves qui descendent les fleuves pour piller l'Eurysie de l'est.

La région prospère culturellement et économiquement pendant tout le moyen-âge. Elle développe son particularisme tout en empruntant aux nomades des éléments culturels et religieux. La présence de soldats à la frontière assure l'arrivée de caravanes venues de l'est et la proximité avec l'Empire rêmien attire de nombreux marchands à Port Ponant qui se développe. Les révoltes, occasionnelles, contre les tatares sont rares, toujours matées, mais jamais assez ambitieuses pour que les mongols jugent nécessaire d'écraser les populations. Ce compromis permet l'essor d'une culture blêmienne partagée entre plusieurs pôles : rêmiens au sud, tatare à l'est et slave au nord et à l'ouest. Elle s'enrichit de légendes, mythes et folklores. La multiculturalité de l'Empire tatare autorise également l'arrivée de prêtres orthodoxes rêmiens qui s'imposent sur le tangrisme et l'animisme blême et diffusent progressivement la foi chrétienne dans toute la région.


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Influence musulmane en Blême tatare
(790 ap. JC à 1097 ap. JC)



L'essor des puissants califats, empires et royaumes musulmans en Afarée rebat progressivement l'équilibre économique et militaire de la région à la fin du Haut Moyen-Âge. De plus en plus affaibli, l'Empire rêmien ne cesse de voir son territoire grignoté et fait appel à des mercenaires des régions voisines, dont celles du pourtout de la mer blême, afin de venir renforcer ses légions. C'est à cette époque que la Pal achève sa militarisation et s'intègre de plus en plus aux hordes tatares où elles jouent le rôle de fantassins principalement. Les Blêmes développent par ailleurs une culture militaire à cheval, à mi-chemin entre la cavalerie légère équipés d'arcs courts d'inspiration mongole et la disciplines des carrés rêmiens qui se battent à l'aide de boucliers et de lances. Le terme Pal devient d'ailleurs synonyme de "lance" ou "lancier" dans les langues tatares à cette époque.

Au-delà de cette bascule géopolitique que représente l'affaiblissement de Rême, la montée en puissance des empires musulmans au sud offre de nouvelles opportunités commerciales. Bien que déjà présent sous les tatares, le commerce d'esclaves s'accentue. Les califats sont très demandeurs et les Pals sont un bien particulièrement convoités. Les royaumes tatares y voyant matière à s'enrichir, le peuple Pal est donc doublement mis à contribution : à la fois comme soldats dans l'armée et mercenaires, et comme esclaves vendus aux afaréens du sud. Cette double oppression, qui va de paire avec la militarisation des Blêmes, participe à l'apparition progressive d'un mouvement de fond où d’anciens officiers militaires et chefs de tribus gagnent en puissance et fédèrent autour de leur personne des populations désireuses de retrouver leur indépendance. Si la domination tatare n'avait jusque là été que peu contestée puisqu'elle apportait une certaine prospérité économique tout en protégeant la Pal de ses puissants voisins eurysiens, les Blêmes commencent à envisager autrement leur destin.

Les trois derniers siècles du Haut Moyen-Âge sont marqués entre autre par plusieurs jacqueries paysannes de grande ampleur et révoltes de petits seigneurs de guerre locaux désireux de se tailler des fiefs sur la Pal. Les mercenaires Blêmes au service de Rême constituent un vivier de vétérans endurcis qui s'opposent aux Blêmes ayant rejoins la horde. Les combats sont fratricides et peu fructueux, bien que des régions entières proclament parfois leur souveraineté avant d'être finalement matées. L'une des plus notables est sans aucun doute celle de la Marche de Gurapest (qui donnera beaucoup plus tard son titre au Marquisat), un territoire autonome pendant douze ans s'étendant dans la région de l'actuelle Gurapest, le long de la frontière avec la Brann et qui posséda à certains moments une bande de terre la reliant au golfe de Blême. Plus longue expérience de royaume blême indépendant, elle finira prise en étaux entre les raides Polk au nord et la horde tatare qui s'emparera et incendiera Gurapest pour réaffirmer son autorité sur la Pal.

Les échanges avec les califats afaréens ne sont cependant pas qu'unilatéraux. Les marchands musulmans installent des comptoirs commerciaux pour faciliter la traite des esclaves mais amènent également avec eux des savoirs perdus en Eurysie, des technologies nouvelles et un artisanat inconnu dans la région. Les lentilles de verre, l'alchimie et la médecine, ainsi que certains préceptes philosophiques et religieux coraniques se diffusent dans la steppe depuis Port Ponant qui sert une fois de plus de porte d'entrée dans la Pal. On trouve encore aujourd'hui dans la région des éléments artistiques et architecturaux d'inspirations musulmanes et est-afaréennes, mis à jour lors de fouilles archéologiques, mais également visibles dans les méthodes de construction de certains bâtiments anciens. L'Islam est cependant rapidement perçu d'un très mauvais œil par le Métropolite de Gurapest qui réclame aux tatares de pouvoir prendre des mesures afin de contrer son influence. Les musulmans, bienvenus en raison de leurs richesses, se retrouvent cantonnés au statut de marchands et l'installation de populations afaréennes en Pal demeure anecdotique.


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La traite des Blêmes, vision d'artiste

Seconde invasion turco-mongole de la Pal
(1112 ap. JC à 1124 ap. JC)


Conquêtes polk et partition de la Pal
(1124 ap. JC à 1170 ap. JC)



A partir des années 1 100, les Polk et leurs alliés de la Brann se lancent dans une série d'escarmouches contre le khanat mongole. Celui-ci s'est étendu très rapidement à travers deux continents et doit à présent maintenir sous son joug des populations nombreuses et hostiles, en plus de faire face à des guerres de successions internes. A ces éléments d'instabilité s'ajoutent d'une part une série d'invasions slaves venues du nord et d'autre part une grande croisade lancée depuis la Catholagne pour libérer leurs frères orthodoxes de l'Empire Rêmien, tombés contre la horde. De vastes (quoique désorganisées) bandes armées catholanes se lancent ainsi à l'assaut de l'ennemi nazuméen.

Le Royaume de Polkême, de foi catholane lui aussi, décide de saisir cette opportunité historique pour tenter de couper en deux l'empire en s'emparant de la Pal jusqu'à la mer blême. Aux cavaliers Polk et Brann s'ajoutent les forces des croisés Kaulthes qui forment une puissante infanterie de choc et apportent au royaume les techniques de sièges qui lui manquent. Ne rencontrant finalement que peu de résistance face à cet ennemi séculaire, les cavaliers polk progressent dans la steppe et s'emparent rapidement de Gurapest, la ville étant proche de leurs frontières et déjà sur la brèche de la révolte. Draculvoda tombe peu après, là encore grâce à la résistance des Blêmes qui assassinent et sabotent de l'intérieur les défenses des garnisons mongoles. Port-Palid se rend finalement en 1122, achevant de fracturer le territoire mongole en deux et coupant de fait la retraite à la horde qui se débande dans la Langue de Rême. La Polkême tente alors de s'emparer de l'ensemble de la Pal mais elle essuie plusieurs revers en 1123, notamment face aux princes tatares également en révoltes qui peuvent s'appuyer sur une infanterie de soldats Blêmes, fidèles à leur ancien empire. La Polkême et les principautés tatares de l'est signent finalement un traité de paix à Gurapest en 1124, actant la partition de la région de la Pal en deux : une partie polk à l'ouest nommée Pal ponantaise et une partie tatare à l'est nommée Pal levantaise.

Les combats reprendront toutefois dès l'été 1125 mais avec une moindre intensité. La noblesse polk fait face à des difficultés pour dominer les territoires nouvellement conquis qui refusent le féodalisme, lui préférant une forme plus fédérale jusque là en vigueur à l'intérieur des royaumes tatares. De fait, les Polks ne parviennent pas à s'emparer de nouveaux territoires, grappillant et perdant tour à tour des morceaux de steppe, de toute façon bien difficiles à tenir très longtemps. Le terrain rend difficile la guerre de siège et donc la sécurisation des terres conquises, au contraire les armées sont particulièrement vulnérables aux raids de cavaliers et l'absence de terres agricoles fait qu'elles souffrent de l'attrition. Tout cela rend les combats couteux pour la Polkême qui, bien que plus puissante d'un point de vue numérique, doit faire face à un mouvement de fronde de la noblesse qui rechigne à s'engager davantage dans des guerres longues, risquées, et peu profitables économiquement.

Les combats cesseront progressivement jusqu'en 1170 où la prise d'une motte par les tatares, disputée depuis plus de douze ans, convainc les Polk de cesser leurs conquêtes et stabilise définitivement les frontières de l'actuelle Pal ponantaise.


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La Pal féodale
(1170 ap. JC à 1421 ap. JC)



Dans les années qui suivent sa conquête – période qualifiée par les historiens de Pal féodale – la Pal ponantaise est traitée par les Polk comme un territoire conquis, une marche à la bordure du royaume, mais ayant vocation à être un jour pleinement intégrée à ce dernier. Les menaces tatares et mongoles n'ont pas disparu et le territoire doit être renforcée face aux menaces venues de l’est. A l'ouest, les légions de Rêmes et la crainte d’une remontée des hordes par le sud pousse les Polk à considérer la steppe comme un territoire en sursis, malaisé à défendre, et dont la fonction première est avant tout de servir de glacis militaire entre les montagnes de Polkême et les puissances étrangères. Les Blêmes sont alors perçus avec méfiance : anciens vassaux des tatares, ils se sont ralliés à ces-derniers dans la Pal levantaise et ont poignardé dans le dos les garnisons mongoles. Ce qui a assuré la victoire des Polk pourrait également leur coûter la Pal. Le peuple Blême est considéré comme violent et barbare : plus proches des tatares que des slaves, ils en partagent les moeurs et pratiquent le christianisme orthodoxe, considéré par les Polk comme hérétique. Ce sont aussi de féroces guerriers, forts d'une tradition de mercenariat et qui, bien utilisés, pourraient servir de première ligne de défense pour tenir cette région convoitée.

Rapidement, les Polk considère également l’intérêt économique que leur offre l’accès à la mer, via la ville de Port Ponant. Si le commerce n’y est pas aussi développé qu’au XXIème siècle, les échanges sont toutefois nombreux en mer Blême, autour du pôle économique et culturel que demeure l’Empire de Rême. Afin d'intégrer les Blêmes à leur royaume et de les administrer au mieux, les Polk sous-divisent la Pal en trois baronnies. Chacune se voit attribuer des terres et un fief avec pour fonction de mater les révoltes, d'enrôler des garnisons de locaux et de lever l'impôt dans les villages. Chaque baronnie est découpée autour d’une grande agglomération qui lui sert de chef-lieu, toutes avec des buts distincts : la région de Gurapest devait servir à défendre les frontières est, celle de Draculvoda à renforcer l'ouest, et celle de Port Ponant concentre le développement économique et accueille la première flotte marchande polk.

Tandis que les anciens empires sont à leur crépuscule, l’influence culturelle de la Polkême grandit et est alors perçue comme un outil d'intégration des territoires frontaliers, à rebours du modèle tatare décentralisé et fédéral. Afin de s'assurer la loyauté des populations locales et dans la poursuite des objectifs de la croisade kaulthe, des tentatives d’évangélisation catholane se font en Pal ponantaise. L’ordre monastique des chevaliers de Saint-Georges est fondé à Gurapest et sert de tête de pont aux missionnaires qui battent la steppe. S'ensuit dans les décennies suivante la fondation de plusieurs monastères fortifiés, qui tirent leurs revenus de l’exploitation des terres agricoles alentours. Ce modèle est toutefois mal adapté à l'aridité de la steppe et la plupart des monastères se concentrent dans le sud du pays. Ils permettent par ailleurs l’installation de petites forces militaires polk en dehors des grands bourgs, chaque monastère étant pourvu d'une petite garnison, souvent d'une dizaine de cavaliers accompagnant un baillis qui rendait la justice dans les villages alentours. Les populations Polk se mélangent néanmoins peu avec les Blêmes qu’elles considèrent à moitié tatares et avant tout comme un peuple vaincu. Dès le départ une forme de ségrégation se met en place entre les élites Polk, généralement commerçantes, de passage, ou s'étant vu octroyé des fonctions religieuses ou de commandement, et le peuple Blême maintenu au rang de serfs. Seule la ville de Port Ponant connait, dès le XIIIème siècle, ses premiers mélanges de population grâce à l'installation permanente de grandes guildes marchandes venues de Polkême.

A cette époque, et malgré quelques affrontements aux frontières, la fonction militaire de la Pal remplit son rôle pour la Polkême. Plusieurs tentatives de réformes tentent de diviser ses trois régions en baronnies sur le modèle polk mais le manque de terres arables et le mode de vie nomade et pastoral des Blêmes rend malaisé le fonctionnement du servage traditionnel. Les Blêmes s’accommodent de la présence polk comme de celle des tatares avant eux, mais résistent violemment aux tentatives de transformation de leur société. Cette résistance est considéré parfois rétrospectivement comme l'un des premiers signes d'un nationalisme blême, mais la plupart des historiens jugent cette notion anachronique. Il faut sans doute davantage voir dans l'échec de la Polkême à réformer la Pal le résultat de difficultés multiples et de natures différentes. D'une part, le royaume de Polkême n'est à cette époque lui même ni centralisé ni unifié, et la faible efficacité de son administration, qui repose essentiellement sur la capacité des barons à faire régner l'ordre par la force et la justice, ne permet pas de régner efficacement sur un peuple culturellement hostile. De ce fait les lois Polk ont du mal à s’appliquer dans la steppe en dehors des grands agglomérations. Les immensités nomades demeurent majoritairement gouvernées par des tribus et chefferies blêmes, très éloignée de l'influence des seigneurs Polk. La Polkême ne dispose d'ailleurs pas encore à cette époque d'une armée permanente aussi la présence des hussards, peu nombreux et financés par les impôts locaux, sert prioritairement à la défense militaire du territoire que pour le maintien de l’ordre. Les fonctions de gendarmerie sont rapidement déléguées à des milices blêmes recrutées localement et qui connaissent bien la région, ce qui les rend plus efficaces pour préserver la paix, mais rend quasi inopérantes les politiques culturelles de polkisation. Enfin, les transformations économiques profondes de la Pal suite à la chute de l'Empire tatare et la rupture des voies commerciales traditionnelles allant d'est en ouest sur le pourtour de la mer Blême conduit à des reconfigurations profondes du territoire de la Pal ponantaise et à une instabilité politique contre laquelle la Polkême est impuissante.

Des Voda Polk sont toutefois nommés dans chacune des trois nouvelles baronnies de Gurapest, Draculvoda et Port Ponant. Ce sont au départ des proches des Vol Drek, chevaliers sans fiefs s'étant illustrés à l'occasion de la conquête de la région et élevés au rang de barons pour leurs loyaux services. Si le titre de baron de Pal ponantaise peut au début sembler un honneur, il s'avère rapidement une gageure tant la région se retrouve en proie à des crises multiples. Les barons Polk tentent à la fois d'appliquer les politiques de polkisation, renforcer les frontières, ramener l'ordre et imposer les lois du royaume, tout en essayant par ailleurs de s'enrichir en évitant famines et maladies suite aux guerres incessantes. Une tâche impossible à laquelle de nombreux seigneurs échouent.

Ces tentatives se heurtent en effet aux résistances des populations blêmes qui refusent les recensements et, toujours à demi nomades, se déplacent trop fréquemment pour pouvoir correctement être associée à une région en particulier. La complexité de l'administration territoriale attisent les tensions entre Voda qui se disputent la souveraineté sur les villages nomades et sur les impôts qui leurs sont dû. Par ailleurs, les querelles entre chefferies blêmes exigent pacification et réparation ce qui participe de l’affaiblissement de leurs seigneurs Polk. Rapidement, le titre de baron en Pal ponanataise devient davantage une punition qu’une récompense, d’autant que de spectaculaires assassinats marquent l’imaginaire en Polkême et choquent la cour de Volvoda. Les Blêmes sont progressivement davantage considérés comme des sauvages à mater que des populations à intégrer et les opérations de répressions attisent les tensions et le ressentiment entre les deux peuples.

Si certains Voda sont assassinés par les Blêmes lorsqu'ils se montrent tyranniques, d'autres sont tout simplement remplacés par les Vol Drek en raison de leur incompétence. Aucune famille noble ne parvient à se maintenir plus de trois générations à Gurapest et Draculvoda, seule Port Ponant connait une relative stabilité grâce à l'enrichissement rapide de la ville qui achète la paix sociale. Les barons doivent faire face à une société étrangère, largement hostile à la centralisation et où la culture du complot domine. Ceux qui s'en sortent le mieux finissent par déléguer aux Blêmes les tâches les plus complexes et se retrancher progressivement dans leurs forteresses, abandonnant au fil des décennies le projet d'intégrer véritablement la Pal à la Polkême. En creux de cet échec, la 'conscience nationale' Blême se renforce dans la différence, construite en miroir de celle d'un envahisseur qui peine à la comprendre.

Ces querelles intérieures constantes, les vendettas entre Voda, les rancunes entre chefferies blêmes et l'assassinat de plusieurs seigneurs participent à l'affaiblissement militaire de la Pal, faisant craindre à la couronne de Polkême qu’elle ne devienne vulnérable face à de futures invasions étrangères. Conjointement à l'affaiblissement du pouvoir des barons au profit des populations autochtones, Volvoda abandonne progressivement ses politiques culturelles et se contente de tirer de la Pal des profits économiques et de couper la route à de potentiels envahisseurs étrangers.

A défaut de s’apaiser politiquement, la Pal prospère donc économiquement, notamment grâce à l’influence d’un mode de vie polk plus sédentaire et le développement de grandes parcelles viticoles dans le sud du pays. L’élevage des chevaux blêmes bénéficie par ailleurs de croisements avec ceux de Polkême et les races s’améliorent rapidement, perfectionnant ce savoir-faire. L’affaiblissement de Rême et la désintégration des empires tatares offre à la région une paix relative, bien qu’elle doive composer avec des mouvements de migration venus du pourtour de blême. Sous l’influence polk, la Pal développe par ailleurs ses infrastructures, notamment dans la région de Port Ponant, et cartographie son territoire à des fins de recensement. Le musée d’histoire nationale Blême possède dans sa collection une série de cadastre datant du XIVème siècle tentant d’énumérer les troupeaux, le nom de bêtes et leurs propriétaires.

Plus déterminant encore, la rupture des grandes routes commerciales steppiques qui traversaient d'est en ouest l'empire tatare le long du pourtour de Blême reconfigure l'économie locale de la Pal. Un nouvel axe se développe entre Port Ponant et la Polkême, les marchandises transitant désormais surtout le long du fleuve Pietr. Les guerres intestines entre princes tatares et reliquats de hordes mongoles qui ravagent l'est réduisent le passage des caravanes venues du Nazum. Paradoxalement, la Pal ponantaise qui n'était jusque là qu'une région parmi d'autres d'un vaste empire devient centrale pour la Polkême et, à cette période, l'un des rares territoires stables et peu affligés par les pillages ou au banditisme. Gurapest devient un centre économique important dans la région puisque s'y rencontrent des marchands de tous horizons dont les cargaisons descendent ou remontent le Pietr depuis Port Ponant. Le canal de Rême n'existant pas encore à l'époque, la Pal est un lieu propice pour passer de l'Eurysie de l'est à l'Eurysie de l'ouest grâce à sa large voie fluviale navigable et sûre.

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Le Marquisat de Pal ponantaise
(1421 ap. JC à 1813 ap. JC)



En 1420, la ville de Gurapest doit faire face à une violente émeute qui contraint son baron à fuir la cité. Les tensions entre Blêmes et Polk sont alors à leur paroxysme en Pal ponantaise sur fond de montée en puissance de grandes familles marchandes blêmes, dont le pouvoir dépasse celui des seigneurs fieffés. Les Vol Drek prennent alors la décision d’acter l’abandon de l’intégration de la Pal ponantaise à la Polkême et de donner au territoire le statut de marche du royaume. Les barons Polk, devenus largement impuissants, sont déchus et la Pal réunifiée sous le nom de Marquisat de Pal ponantaise. La couronne de Polkême espère qu’élever un Blême à la noblesse facilitera la gouvernance du territoire en lui délégant le maintien de l’ordre intérieur et en en faisant le seul interlocuteur des Vol Drek.

La famille Vulcan, puissant clan de marchands originaires de Gurapest et s’étant attiré la loyauté de nombreuses milices armées, est choisie pour recevoir le titre. Teodor Vulcan devient Teodor Vil Vulcan, premier Marquis de Pal ponantaise. Ce-dernier se retrouve toutefois en théorie à la tête d’un territoire plus vaste et plus riche que la plupart des baronnies polk ce qui n’est pas sans attirer la crainte et la jalousie du reste des barons. Aussi les Vol Drek créent-ils dans la foulée le titre de Régent de Pal ponantaise, chargé de gouverner en leur nom la cité marchande de Port Ponant. De ce fait, la Pal ne tombe pas d’un seul coup sous la coupe d’un Blême et Teodor Vil Vulcan, qui fonde sa capitale à Gurapest, est entouré de garnisons polk. L’une d’elle est d’ailleurs maintenue à Gurapest, dans l’objectif inavoué de garder sous contrôle le nouveau Marquis.

Les Vil Vulcan s’avèrent, au moins au début, de fidèles serviteurs de la Polkême. Élevés au titre de barons, ils se montrent reconnaissant et sachant tirer leur autorité sur la Pal de la générosité des Vol Drek, ils cherchent à les satisfaire. La nomination d’un Blême comme Marquis ne ramène d’ailleurs pas magiquement la paix dans la région et les Vil Vulcan consacreront le premier demi-siècle de leur règne à mater les chefferies nomades indépendantes et à centraliser le pouvoir politique autour de Gurapest qui est leur véritable fief. C’est à cette époque qu’apparait d’ailleurs une rivalité avec la cité de Draculvoda qui, théoriquement sous l’autorité de sa grande sœur, partage peu de points communs avec elle, à commencer par des différences de priorités stratégiques. Si le Marquisat cherche à développer le commerce le long du fleuve Pietr, Draculvoda se situe au cœur de la steppe, sans aucun accès aux voies fluviales navigables. Elle tire sa richesse de ses mines et des impôts qu’elle prélève sur les tribus nomades alentours et se considèrent donc rapidement délaissée – à raison – par les politiques de développement mises en place par le Marquisat. Comme cela avait été le cas à Gurapest, de puissantes familles prennent petit à petit le contrôle réel de la cité et les seigneurs sont relégués au rang de fantoches, surclassés économiquement et militairement par des ligues d’artisans qui s’entourent de bandes de mercenaires et achètent la loyauté des tribus de cavaliers dans la steppe.

Progressivement, les Vil Vulcan assoient leur autorité sur la Pal. Les générations se succédant, leur légitimité est de moins en moins remise en question d’autant plus que leur façon de gouverner est accommodante avec la société civile et les marchands qui sont au cœur du pouvoir économique du Marquisat. L’autorité des chefferies nomades devient de plus en plus marginale à mesure que les armées de métier se développent et les Vil Vulcan peuvent compter sur la cavalerie polk pour mater les révoltes dans les steppes. Les voies commerciales sont sécurisées autour des axes Gurapest-Draculvoda et les marchandises transitent majoritairement sur le Pietr, ce qui centralise d’autant plus le cœur économique de la Pal autour de ses grandes agglomérations. Le banditisme diminue jusqu’à presque disparaitre. De guildes d’artisans prennent également en importance, ce qui permet le développement d’un savoir-faire blême dans la Pal, autour de la joaillerie notamment à Port Ponant et la maçonnerie à Draculvoda. L’abandon des politiques de polkisation et la fin du joug des tatares musulmans laisse toute sa place à l’orthodoxie pour s'enraciner définitivement. Les Vil Vulcan tirent une partie de leur autorité de leur alliance avec l’Eglise de Pal ponantaise et de nombreuses cathédrales sont construites à cette époque.

Il s’agit pour la Pal d’un petit âge d’or culturel : l’enrichissement de la région et le développement de ses grands centres urbains concentre dans les centres-villes les mécènes et les artistes. La bourgeoisie, dont les ambitions politiques sont limitées par l’autorité de la Polkême, cherche à se distinguer en patronnant peintres et sculpteurs. Une grande partie du patrimoine culturel blême conservé dans les musées date de cette époque, dont le nombre d’œuvre surpasse largement la période féodale et celle du Régentas. La Pal s’illustre entre autre par les sublimes fresques murales peintes à l’intérieur de ses bâtiments religieux, extrêmement colorées elles représentent généralement des scènes bibliques mais aussi parfois des éléments de la vie quotidienne en Pal ponantaise, paysages pastoraux, chevauchées dans la steppe et des illustrations de contes populaires et histoires folkloriques. Encore aujourd’hui, les fresques, lorsqu’elles n’ont pas été effacées par le temps, sont des documents historiques extrêmement précieux pour comprendre la façon dont vivaient les Blêmes à cette époque. Ce style riche et spectaculaire influencera la Polkême qui s’inspire de ces décorations pour les grandes salles de ses châteaux.

Autre aspect notable de l’ère du Marquisat, la Pal développe ses infrastructures et réalise de grandes avancées architecturales. Des ponts levant sont jetés sur le Pietr ce qui en facilite grandement la traversée. Le trafic en barque des marchandises d’une berge à l’autre est progressivement remplacé par un système de péage plus économique. De nouveaux murs d’enceinte sont élevés autour des villes et les forteresses blêmes, inspirées par l’architecture polk, sont modernisées pour s’adapter au développement progressif des armes à feu. Les centres-villes sont assainis mais l’augmentation rapide de la population à l’époque et l’exode rural crée de vastes zones urbaines périphériques mal famées et au développement chaotique. Les catacombes, ces galeries traditionnellement creusées sous les maisons pour offrir des sorties dérobées aux habitants, sont agrandies et deviennent de véritables villes souterraines et troglodytes. Leurs fonctions politiques, militaires et religieuses en font des structures constitutives de l’urbanisme blême et une spécificité culturelle unique de la région.

Port Ponant devient, sous l’autorité des Vol Drek et de leur Régent, un port important de la région, sans toutefois jamais être majeur. Sa flotte commerciale domine dans le golfe de blême et la ville bénéficie des retombées du commerce qui descend le Pietr. Elle subit toutefois la concurrence des cités marchandes mieux situées de Trézibonde et Théodosine en Rême et Carcarest en Pal levantaise. Des investissements polk massifs permettent la création des premiers chantiers navals du royaume. Port Ponant développe progressivement une culture maritime qui la distingue de ses sœurs de Gurapest et Draculvoda. Au sud de la Pal, sur le pourtour du golfe, les grands domaines viticoles se développent grâce à la forte demande de Polkême dont les terres sont trop septentrionales pour permettre la culture du raisin.

Si la Pal ponantaise se développe dans ses grandes agglomérations, au point que l’on parle de Renaissance des Blêmes à cette époque, la steppe demeure malgré tout sous développée, surtout en comparaison des plaines et collines fertiles de la Polkême. L’activité pastorale demeure prédominante dans la région, en dehors de quelques niches économiques : mines à Draculvoda, commerce à Gurapest et Port Ponant et une forte culture viticole dans le sud. Le commerce du bétail, de la laine, de la viande et du lait subit la comparaison avec l’agriculture polk qui domine indiscutablement le marché, au point de pousser de nombreux nomades à se sédentariser, faute de pouvoir vivre de leur travail. La steppe se dépeuple ainsi au profit des grandes villes qui bénéficient en retour d’un fort afflux de main d’œuvre dans ses ateliers. L’époque est donc paradoxale pour la Pal : elle représente à la fois un essor culturel et économique indéniable, mais voit dans le même temps la disparition quasi définitive de modes de vie millénaires. La polkisation qui a échoué lors de la Pal féodale se concrétise davantage sous le Marquisat, influencée par les grandes transformations économiques qui rendent obsolètes les anciennes traditions nomades et l’agriculture vivrière. La Pal exploite ses quelques ressources et savoir-faire pour les exporter sur les grands axes commerçants qu’elle maîtrise, mais s’affaiblit par ailleurs et perd en souveraineté, devenant progressivement dépendante de l’agriculture polk et oubliant avec le temps un grand nombre de savoirs traditionnels.

DONNÉES MANQUANTES TRANSBLÊMIE

L’essor de la bourgeoisie marchande sur laquelle se sont appuyés les Vil Vulcan conduira, avec le temps, à la constitution de monopoles et de cartels commerciaux sur certains secteurs de l’économie. Le transbordement fluvial, par exemple, se concentre entre les mains de deux compagnies rivales qui finiront par fusionner, créant de fait un monopole du fret. De la même façon, les guildes de joailleries s’organiseront pour renforcer leur unité, harmoniser leurs prix à la hausse et limiter l’émergence de concurrents en dehors de la cité de Gurapest. Les sociétés secrètes, élément constitutif de la culture traditionnelle blême, gagnent en importance et servent à défendre, par des moyens plus ou moins détournés, les intérêts de certains clans ou corporations. La concentration des richesses entre les mains d’une minorité participe de la fragilisation de l’autorité des Vil Vulcan, concurrencés par des clans familiaux devenus tout aussi riches qu’eux. Les idées de la Renaissance, arrivées progressivement en Pal ponantaise par le biais des intellectuels Rêmiens, poussera la bourgeoisie Blême à réclamer, tout au long du XVème et du XVIème siècle, davantage de libertés politiques et économiques. Le Marquisat ne peut cependant pas répondre à leurs demandes : la couronne de Polkême, éloignée des questions de politique intérieure blême, refuse toute concession avec le mercantilisme et voit de toute façon d’un mauvais œil la montée en puissance des Blêmes. Le développement des milices privées au service des différents clans fait de ces-derniers une menace pour les Vil Vulcan, et à travers eux pour l’autorité de la Polkême.

Pris entre deux feux, fronde intérieure et déni de Volvoda, le Marquisat doit faire face au XVIème siècle à un nombre grandissant de crises politiques qui se règlent parfois dans le sang. Les vendettas sont fréquentes, les milices des grandes familles bourgeoises s’affrontent dans les rues de Gurapest et la tradition des assassinats politiques reprend de manière spectaculaire, menant en réponse à de sanglantes expéditions punitives et un renforcement des lois autoritaires. Les troubles qui mettent à mal l’influence des Vil Vulcan incitent indirectement les Polk à renforcer leur emprise sur Port Ponant qui, par contraste, semble un ilot de stabilité. La couronne règne d’une main de fer sur les docks, le Régent de la ville apparait comme une figure difficilement contestable car elle tire son autorité d’un pouvoir lointain et donc intouchable, contrairement aux Vil Vulcan qui sont, eux, des cibles. A l’ouest, Gurapest gagne elle aussi en indépendance, gouvernée officieusement par les guildes depuis plus d’un siècle, elle conteste l’autorité des Vil Vulcan en réduisant d’années en années la part des impôts versés. Les contrôleurs dépêchés sur place pour vérifier les comptes sont corrompus ou assassinés. Les Vil Vulcan se plaignent à la Polkême et accusent Draculvoda de vouloir faire sécession mais, assez stratégiquement, cette-dernière entretient de bons rapports avec les barons Polk du sud de la Polkême et fait en sorte de ne pas contrarier les Vol Drek qui se désintéressent de la question.

Quelques tentatives politiques pour raffermir l’autorité des Vil Vulcan seront tentées, notamment en limitant les privilèges financiers de la bourgeoisie, en cassant artificiellement certains monopoles ou en centralisant la tâche de la collecte des impôts entre les mains du Marquisat, mais les Blêmes forment une société déjà autonome et évoluant en dehors de tout cadre légal, si bien que les tentatives pour la contrôler se heurtent systématiquement à son opacité. Le marché noir, les secrets, les complots, les alliances et les trahisons sont autant constituantes du tissu économique de la Pal que le prix des marchandises si bien que, vu de Polkême, la situation est absolument incompréhensible. Les Vil Vulcan finissent par réaliser qu’ils ont perdu la main et plaident pour reprendre le contrôle du pays par la force, demandent l’intervention de l’armée polk pour s’emparer des souterrains et écraser les contestataires. Les Vol Drek répondront à cette demande en tergiversant, refusant l’envoie de troupes polk supplémentaires mais autorisant les Vil Vulcan à faire un usage libre de la force s’ils l’estiment nécessaire. La répression s’accroit donc davantage à cette époque et plusieurs émeutes conduisent les milices privées à affronter la gendarmerie pied à pied dans les rues de Gurapest. Draculvoda apporte un soutien économique discret à la fronde des bourgeois contre les Vil Vulcan.

En 1813, une conspiration visant à renverser le Marquisat est découverte au sein de la gendarmerie. Les Vil Vulcan réagissent dans la panique et tentent de faire le tri dans leurs soldats tout en essayant d’apprendre l'identité de leurs meneurs. Leur empressement à percer à jour le secret conduit les conjurés à les faire mettre à mort dans la grande halle aux draps, lors d'une fête de marché. Le reste de la famille est massacré dans son palais de Gurapest et la Pal se retrouve soudain sans maître. La garnison polk, prise par surprise et privée du soutien des troupes de gendarmerie, n’est pas en mesure de rétablir l’ordre et doit se retrancher dans la forteresse en attendant les renforts de Polkême. Après quelques jours de confusion totale, vingt-et-uns seconds fils des grandes familles marchandes de la ville annoncent que le Marquisat a été aboli et que la cité de Gurapest se constitue en république. De là vient le nom retenu par l'histoire de Conjuration des cadets (on suppose que les seconds fils ont été choisi pour, en cas de répression, ne pas compromettre les successions familiales). La garnison polk de Port Ponant et son Régent dénoncent immédiatement l'assassinat des Vil Vulcan et le coup d’État mais Draculvoda soutient la nouvelle république et noue immédiatement une alliance avec Gurapest. Des travaux postérieurs révéleront que les bourgeois de Draculvoda avaient participé en secret à la conspiration en finançant notamment le retournement d'une partie de la gendarmerie. Le Palais de Gurapest où résidaient les Vil Vulcan est dans la foulée décrété assemblée populaire et les vingt-et-uns cadets dépêchent un émissaire en Polkême pour négocier la reconnaissance du nouveau régime.

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