26/03/2016
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Presse d'investigation - SARGHAT [Opposition]

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VIVE LA LIBERTÉ ! VIVE LA VÉRITÉ !

Depuis 1975, Sarghat défend la liberté d'informer, de connaître, de déranger ! Notre travail est reconnu depuis de longues décennies au service de l'information et de la démocratie pour le peuple azuréen. Investigation, rigueur professionnelle, méthode et intégrité sans concession sont nos mots d'ordre. Tout ce qu'ils ne vous diront pas, vous le trouverez ici !

L'Histoire d'un Journal qui a payé le Prix du Sang

1975 : Alors que l'exécution des militants communistes Jaffer Sanat, Mahmud Ben Kervish et Kemal Kiliçdaroğlu se tient à Agatharchidès, Ibrahim al-Fatwawi, simple étudiant en droit, photographie et rapporte les événements de l'insurrection anti-dictature qui se produit dans la région natale de ces trois héros de la démocratie. Tigranacerte, alors ville moyenne gangrenée par la pauvreté et la corruption de son élite locale, retrouve sa dignité populaire et nationale en se dressant, telle David contre Goliath, face aux troupes de police qui répriment toute protestation.

Courant dans les rues de la ville encombrées de blindés, de fumées d'incendies, de gaz lacrymogènes, de tessons de verre et de départs de feu, le signe de ralliement de la jeunesse en révolte est le glapissement strident et caractéristique du thaelab, le renard de la région. Pendant les événements, Ibrahim, équipé d'un simple appareil photo, relate ce qu'il voit, et distribue ses notes à ses amis de la capitale. D'un simple tract et de quelques photos, al-Fatwawi continue le reportage de l'Histoire ; alors que la police du régime disperse les contestataires, ses écrits implacables se répandent dans la population. La connaissance des faits à Tigranacerte enflamme les milieux estudiantins et déclenche trois ans d'une terrible répression policière, judiciaire et gouvernementale contre les partisans de la liberté. La police se met à sa recherche, sans succès.

Pendant trois ans, il édite depuis Bandarhan, au Faravan, les premières éditions du Cri du Renard, journal dont l'encre est trempée dans le sang des martyrs. Rejoint par d'autres membres de sa génération, rejetant la dictature et embrassant à pleins bras le vent nouveau de liberté qui souffle, il fait l'inventaire des crimes et des malversations de la dictature. La Semaine des Manguiers, pendant laquelle la foule définitivement insurgée contre l'Etat prend le contrôle du Ministère de la Sécurité nationale, voit l'apogée de ce combat pour la démocratie et contre le régime dictatorial.

De son engagement aux côtés des forces démocratiques, Sarghat conserve la vivacité de la plume, l'intransigeance de l'investigation, l'exigence absolue de percer à jour tout ce qui se fait dans le dos et contre le peuple. Vous ne trouverez en Azur aucun journal dont la probité, la rigueur journalistique et l'exemplarité démocratique arrive à la cheville de Sarghat. Cela, nous le devons à nos sept collègues journalistes, emprisonnés pendant les années de la dictature, et à notre collègue Meryem al-Fatwawi, propre soeur d'Ibrahim, fondateur du journal, assassinée par les chiens du Ministère de la Police alors qu'elle enquêtait sur la sordide affaire des forages de pétrole empoisonnant les eaux de la vallée de Danchir.

Pour elle, pour nos martyrs, pour nos lecteurs, pour tous les partisans de la liberté de l'information en Azur et dans le monde, Sarghat continuera à se battre !

Edition du 27.11.2014 - Comment Battûri veut vous faire les poches
Edition du 12.12.2014 - La vérité sur l'Union Economique Eurysienne
Edition du 04.04.2015 - Les Verts demande l'abandon du Plan Gazier
Edition du 27.12.2015 - Plan Gazier : les premières mobilisations
Edition du 24.02.2016 - Importantes manifestations contre les forages de PETRAZUR
Edition du 11.03.2016 - Les Oulémas à l'attaque du Plan Gazier ?



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COMMENT BATTÛRI VEUT VOUS FAIRE LES POCHES

"Contrat du siècle", "la plus grosse commande d'armements de l'histoire de l'Azur", "une carte essentielle pour notre souveraineté" : la presse gouvernementale ne tarit pas d'éloges après nos révélations sur l'existence d'un faramineux appel d'offre passé par le ministre de la Guerre, Muhiedin ibn Battûri, aux marchés d'armements internationaux.

al-batturi
Muhiedin ibn Battûri n'est pas étranger à une affaire de pots-de-vin dans l'armée remontant à 2003.


Le travail d'investigation réalisé par nos soins a pourtant permis d'établir le pot-aux-roses : l'Azur se prépare à acquérir 5 sous-marins, dont au moins trois capables de propulser des engins offensifs, et pas moins de 36 missiles, dont un tiers environ de têtes balistiques intercontinentales. La commande, qui a autant inquiété les chancelleries internationales qu'elle a ravi de bonheur les pires industriels militaires, est certes de taille ; et nous sommes en mesure, pour la première fois et avant tout autre média, et alors même que le gouvernement refuse de se prononcer sur un budget, d'en communiquer le montant !

Ainsi, d'après des documents classés du Ministère de la Guerre que nos reporters ont pu consulter, le ministre Battûri tablerait sur un total de 100 000 à 200 000 points économiques internationaux, soit 45 à 90 milliards de Dirhams, une somme très supérieure aux investissements pour l'éducation, le développement rural ou la modernisation des réseaux d'eau potable de nos métropoles, alors même que ces problèmes se posent avec une sévérité particulièrement grave ces derniers temps, la sécheresse faisant peser sur l'approvisionnement électrique et hydrique des villes des contraintes particulièrement lourdes.

Las ! Le Diwan semble avoir choisi sa priorité : acquérir les moyens de la destruction absolue. En vue de détruire qui, comment et quoi ? Le ministre élude la question. Le Parlement lui demande de se prononcer, de s'expliquer, de rendre des comptes : las ! las ! Le ministre a mieux a faire. Et pour cause : l'affaire sent le sapin.

Par le hasard des enquêtes, nous avons établi que Son Excellence le Ministre de la Guerre, M. Muhiedin ibn Battûri, a été impliqué dans une modeste mais étrange affaire de pots-de-vin versés à des militaires par des industriels de Syrane orientale, affaire révélée en 2003 et qui avait entraîné la condamnation de cinq personnes, pour des peines allant de l'amende à dix ans de prison avec sursis. Jamalya al-Sajili, alors épouse du colonel Kader al-Sajili et demi-soeur de l'actuel ministre, avait été inculpée avec son mari pour des motifs de recel et de détournement de fonds publics, assorti d'une association de malfaiteurs en bande organisée requise par le procureur. Dans cette affaire,l'enrichissement personnel de l'alors proche parente de Muhiedin ibn Battûri avait été établi par les faits, et l'intéressée reconnue coupable du détournement de plus de 900 millions de Dirhams, soit un peu plus de 2000 points économiques internationaux.

Bien que cette affaire soit sans lien apparent avec l'actuel dossier du "contrat du siècle" voulu par Battûri, elle informe néanmoins sur les fréquentations du ministre actuel et permet de mettre en perspective son refus d'admettre le montant estimé par le Diwan pour l'achat d'armements que nombre d'observateurs jugent superflus. Elle ne peut que motiver le Parlement, les médias et la justice à s'intéresser de près à la question de cet étrange et colossal appel d'offre, qui propose, avec les deniers publics, d'acheter des produits d'armements qui ne bénéficieront jamais à l'écrasante majorité de la population - en effet, en mer, les sous-marins sont invisibles.
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LA VÉRITÉ SUR L'UNION ÉCONOMIQUE EURYSIENNE


"Craignez Allah et soyez avec les véridiques", écrit l'hypocrite rédaction du journal d'Etat Le Lien Sans Faille dans une note de la rédaction à l'attention de ses lecteurs. Les chefs de ce média contrôlé par l'Etat califal et la théocratie se pourfendent d'excuses bien timides : l'affaire est grave. Reconnaissant eux-mêmes une "contradiction avec les faits" et l'importance de "lutter contre la propagation des fausses nouvelles", ils passent néanmoins sous silence le coeur du problème ; la publication, par les journalistes qu'ils prétendent être, d'éléments parfaitement mensongers.

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Nous publions donc ici les vérités que Le Lien Sans Failles a omis de rétablir. Jamais avare de réactions sensationnelles, stipendiant l'actualité étrangère pour repeindre sous son meilleur jour l'actualité intérieure azuréenne, le journal officiel du régime a inventé des propos fictifs, attribués à des personnes qui ne les ont jamais tenus. Manoeuvre grossière ! Odieuse tentative de berner l'ignorant !

Quand L.L.S.F attribue à un soi-disant "haut fonctionnaire eurysien" la responsabilité de la crise actuelle documentée ayant conduit au retrait de plusieurs pays de l'Union Economique Eurysienne, SARGHAT mène l'enquête pour établir les faits. Ceux-ci contredisent évidemment la thèse du journal conservateur : loin de s'effondrer, l'organisation eurysienne est dans une période de grande clarification idéologique et structurelle.

Reprenons l'affaire depuis le début : le 18 novembre, le Saint-Empire de Karty informe l'U.E.E. de son souhait de quitter l'organisation, ratifié par une large majorité au Conseil des Elus kartyen. L'affaire ébranle le petit monde de la diplomatie. C'était pourtant tout à fait prévisible, comme le rappelle un géopolitologue indépendant tcharnove qui, interrogé par notre reporter, préfère encore garder l'anonymat. "L'Union Economique Eurysienne se porte mieux qu'avant", informe-t-il. "Les seuls pays qui ont récemment quitté l'Union sont tous des Etats autoritaires." Et il rajoute : "Avant l'existence de la Cour de Justice de l'Union (C.J.U.E.E., ndlr), ils profitaient d'une relative tolérance pour contrevenir aux engagements de la Charte de l'Union"."A présent l'institution judiciaire tiendra plus attention au respect de la charte."

Le Karty, à la recherche d'indépendance et de souveraineté ?

Le désaccord idéologique est reconnu par le porte-parolat du Ministère des Affaires étrangères du Saint-Empire de Karty, qui déclare à notre journaliste : "L'ultimatum de l'UEE a été vécu comme une insulte". Les Kartyens ne veulent "se soumettre à aucune organisation extérieure", prétend crânement le dirigeant du régime autoritaire et militariste de Karty. On fera remarquer que dès son départ de l'U.E.E., le Karty a pourtant rejoint l'étonnant et inquiétant Bloc Nationaliste Eurysien, dont les règlements inféodent remarquablement la souveraineté de leurs Etats membres aux directives Traité fondateur. Non, le B.N.E. n'est absolument pas une organisation qui laisse à ses membres une grande latitude d'action, comme l'indiquent plusieurs articles de la Charte du Bloc. Ainsi de l'article 3 : "Chaque nation du Bloc [...] autorise les autres nations à se ravitailler dans ses infrastructures", créant de fait une obligation de mettre les équipements souverains à disposition de l'alliance ; de même de l'article 10 : "Il est interdit de refuser une réforme ou une décision prise par l'Assemblée", stipulant rien de moins que l'exclusion automatique en cas de désaccord avec la ligne du Bloc. Il serait donc factuellement faux de considérer que le Saint-Empire de Karty recherche avant tout son indépendance, comme l'affirme l'officiel kartyen, qui le reconnaît en fin d'entretien : pour lui, le seul problème actuel "se situe juste au niveau de l'U.E.E., à vrai dire".

Vers un antifascisme eurysien ?

Si le Karty, et avant lui la Kartvélie et la Rimaurie, ont fait le choix de quitter l'Union Economique Eurysienne, ce n'est donc pas à cause de réels motifs d'atteinte à leur souveraineté, mais pour des raisons profondément idéologiques, comme l'explique cet expert kartvèle non affilié au gouvernement de son pays. Pour lui, la récente mise à jour organisationnelle et politique de l'Union a pu "ouvrir des débats contre les idéaux de la Kartvélie". "L'exclusion de la Rimaurie, et celle alors imminente du Karty, risquait de laisser la Kartvélie isolée au sein de l'U.E.E., dépourvue de ses alliés traditionnels". D'où, donc, le départ de Tbilgorod, qui a rejoint, comme Volkingrad, le Bloc Nationaliste Eurysien. Plus pragmatique que son alliée, Tbilgorod n'a néanmoins pas complètement claqué la porte de l'Union Economique Eurysienne : "l'U.E.E. et la Kartvélie sont toujours très liées, et celle-ci souhaite plutôt passer au statut de partenaire" de l'organisation, au lieu de s'en couper trop profondément. Cela sera-t-il accepté par les membres restants de l'Union ?

Rien ne permet de le dire. Au contraire, le géopolitologue indépendant tcharnove affirme que les trois pays impliqués dans les récentes scissions de l'U.E.E. sont "juste des fascistes qui ont peur des représailles maintenant que la C.J.U.E.E. existe". L'Union s'avance vers un modèle plus rigoureux, plus contraignant, afin de se purger des démocraties illibérales et des autocraties qui vivotaient en son sein. Elle a d'ailleurs fait des pas en direction d'une autre organisation internationale libérale et démocratique, l'O.N.D., pour aller vers "plus de coopération" avec ce partenaire ; l'O.N.D. et l'U.E.E. "visent toutes deux à la défense de la démocratie" : "nous ne voulons plus coopérer avec les régimes fascistes, nationalistes et impérialistes". L'U.E.E., un repaire d'antifa ?

Qu'est ce que ces changements impliquent pour la lutte idéologique mondiale ? Assurément, il ne faut pas trop faire confiance aux organisations libérales pour promouvoir des systèmes véritablement démocratiques - car la seule démocratie c'est la lutte des classes. La marginalisation politique des Etats d'inspiration autoritaire ou fasciste n'est cependant pas une mauvaise nouvelle. L'expert kartvèle le reconnaît lui-même : à l'U.E.E., il y aurait, selon ses dires, "une montée de la gauche politique". Et en Azur ?

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LES VERTS DEPOSENT OFFICIELLEMENT UNE LOI POUR L'ABANDON DU PLAN GAZIER

Publié le 04.04.2015 à 13h29


Pierre Breidi

"Il est temps que le Sérail débatte de cette affaire", explique Pierre Breidi, délégué du parti écologiste Les Verts. Issu d'une modeste famille paysanne de Dariane, il nous fait visiter son oliveraie, plantée de vignes et d'avoine ; non loin du verger, derrière une clôture, paissent les brebis de la ferme familiale. Originaire du village de Makrouz, dans la vallée de l'oued Ghanra, Pierre Breidi est depuis longtemps un militant de l'écologie radicale, adepte de la décroissance et de la démocratie communale. "Ma sensibilité à la nature me provient de mon histoire familiale", raconte-t-il ; issu d'un foyer chrétien nestorien, il a su gagner, lors de sa première élection en 2008, les suffrages des minorités confessionnelles de cette localité qui abrite une synagogue, deux églises et un temple du feu zoroastrien.

"On parle, on parle... Et pendant ce temps, les grands vautours de PETRAZUR, de la compagnie nationale des hydrocarbures, ainsi que des grands argentiers nationaux et internationaux se frottent les mains et préparent le plus grand crime contre la vie de l'histoire de notre pays." Pierre Breidi ne mâche pas ses mots : il fait référence aux plans de forage gaziers qui se multiplient à travers l'Azur.

"L'exploitation du gaz par fracturation de roche-mère consiste à pulvériser les montagnes, à abîmer jusque dans ses plus secrètes profondeur l'écorce du manteau terrestre, en injectant des produits toxiques qui polluent tout : l'eau, l'air, les organismes vivants, notre alimentation, nos cellules..." D'où une opposition totale des Verts à ces projets, pourtant soutenus à demi-mot par le Diwan.

Taner Yıldız, ministre des Energies, n'a en effet toujours pas reconnu sa responsabilité dans les dernières actualités de PETRAZUR et d'autres groupes de forage, qui prétendent avoir reçu l'aval du ministère pour commencer l'exploitation du champ gazier ASAR-7, en Asarbeylik. S'il ne s'agit pas là de forage par fracturation de roche-mère, le problème reste néanmoins le même, d'après Pierre Breidi : "ces gens sont obsédés par le Dieu Argent. C'est lui qu'ils révèrent... Ils sont prêts à tout sacrifier à ce veau d'or : les plantes, les sols, les animaux, et les humains aussi... car vers quoi nous conduisent ces projets ? Quel sera le gain réel qu'ils apporteront aux Azuréens ? Ont-ils étudié leur affaire aussi bien qu'ils le prétendent ? Je rappelle que l'Institut géologique lui-même a mis en garde contre les conséquences écologiques et sanitaires de l'exploitation du gaz. Veulent-ils que la crise de 1987 se répète ?" Pierre Breidi pointe du doigt un autre angle mort des projets gaziers : "ils prétendent apporter la croissance, les emplois, le revenu économique... mais, c'est qu'ils oublient de dire que ces projets ne seront rentables que dans quinze, vingt, trente ans. Ils prévoient d'exploiter des réserves qui sont situées au coeur du continent afaréen. Prévoient-ils de les consommer ici ? Non, bien sûr : c'est pour l'exportation ! Mais pour exporter du gaz, encore faut-il en avoir les moyens ! Il faut des gazoducs, des pipeline, des terminaux gaziers, des navires de transport, toute une logistique pour l'acheminer jusqu'aux pays consommateurs... Et quels pays, je vous prie ? Où sont les clients ? Où sont les investissements dans les infrastructures ? Ils préparent une gabegie d'argent, un fiasco économique, à l'heure où le pays a tant besoin d'investissements pour la nature, pour les espèces..."

L'engagement prononcé des Verts pour que soit abandonné le Plan National de Développement de l'Industrie Gazière (PNDIG) ne fait pas l'unanimité au sein de leur alliance parlementaire. En effet, la question du gaz de schiste fait ressortir l'abîme qui existe entre les décroissants écologistes et leurs alliés libéraux, comme le montre la vive réaction de la déléguée Sofia al-Shoukri, affiliée au Parti Libéral. Cette syndicaliste des techniciens du secteur des hydrocarbures ne cache pas sa colère face à cette proposition officielle du délégué de Makrouz.

sofia al-shukri

"Ce vieux fou cherche à faire péter la coalition", dénonce-t-elle en privé, ainsi que des sources de SARGHAT l'ont rapporté. "Qu'il crève avec ses arbres à la con !"

Bien qu'elle nie avoir tenu ces propos, Sofia al-Shukri, figure détonante du Parti Libéral, est connue pour ses saillies acides contre les adversaires du développement de l'industrie gazière. Elle-même élue par la mudharaba des techniciens de PETRAZUR, cette syndicaliste se bat comme une lionne pour défendre l'expansion du secteur et ses retombées positives sur la population. "On parle d'un marché qui se chiffre en dizaines, voire en centaines de milliards de dirhams", a-t-elle déclaré l'année dernière quand on l'interrogeait à ce sujet. "Le gaz, c'est notre atout central pour sortir ce pays de la misère. Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour qu'effectivement, cet argent qui dors dans le sous-sol soulage la peine des millions d'Azuréens qui ont la vie dure à cause de l'idéologie conservatrice et archaïque que partagent certains écologistes avec ce gouvernement. L'avenir, la démocratie, la prospérité, c'est nous ! Et c'est à ça que sert l'Alliance démocratique. Si les Verts n'en veulent plus, qu'ils s'en aillent !"

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DERRIERE LE PLAN GAZIER, LE DESASTRE DU GAZ DE SCHISTE

Publié le 21.11.2015 à 14h16 par Mohammed Dawsul


Exploitation du gaz de schiste en Aleucie


Une révolution énergétique : c'est en ces termes que le Diwan a qualifié le Plan National de Développement Stratégique du Secteur Gazier, publié le 4 novembre dernier par la Porte Splendide. De fait, c'est une transformation majeure du paysage industriel et énergétique azuréen qui s'annonce, avec le doublement des capacités d'exportation en produits énergétiques à l'horizon 2025. Pour cela, le Grand Vizir, Rashid Beylan al-Beylani, dit Beylan Pasha, jette tout son poids en faveur d'une "carte maîtresse" de l'Azur sur le marché mondial de l'énergie : la fracturation hydraulique, ou fracking. Une technologie qui, loin d'être la corne d'abondance promise, annonce un désastre.

L'énergie sale

"Le gaz de schiste est l'une des énergies à l'impact environnemental le plus élevé", explique Jadida Özemir, experte en analyse d'impact dans un grand bureau d'étude basé à Pembertoen, au Lofoten. La scientifique énumère les risques nouveaux posés par le "Plan Gazier". "95 % des nouveaux forages programmés utilisent la technologie du fracking", confirme-t-elle. Une technologie "sale", selon le Professeur Yibbnaz, chercheur en écologie à l'Université Ibn Sina. "Contrairement aux gisements jusque là exploités, les réserves putatives en pétrole et en gaz que le Diwan veut mettre en exploitation sont enfouis dans les couches géologiques du sous-sol à une très grande profondeur". A ce niveau, seule l'extraction par fracturation de la roche-mère permet d'exploiter la ressource. "C'est une méthode très brutale, énergivore, qui consiste à injecter un fluide chimique à forte pression pour faire éclater les couches imperméables du sous-sol et capter l'hydrocrabure qui y est enfermé". Cette méthode, en vogue depuis les années 1980, est aujourd'hui banalisée dans la plupart des grands pays producteurs de pétrole et de gaz, notamment à Rasken, en Sainte-Marquise ou à Novyavik. "Comme vous pouvez l'imaginer, c'est une méthode de bourrin". De fait, les scientifiques pointent régulièrement que la pratique du fracking induit des effets délétères sur l'eau, l'environnement, les populations. "Les grandes puissances pétrolières et gazières ne se préoccupent pas des impacts de leur production", déplorent des opposants au projet, qui mettent en parallèle le Plan Gazier avec la situation des secteurs gaziers dans d'autres pays extracteurs. "Le gaz de schiste est une énergie vorace, qui s'épuise rapidement, et qui laisse derrière elle plus de problèmes et de pollutions éternelles qu'elle ne permet d'en résoudre ; c'est une énergie sale".

Un désastre environnemental

Le fracking permet d'exploiter une ressource profonde et diffuse, mais ses effets sont catastrophiques à l'échelle locale. Les risques de fuite sont d'abord mis en avant par les détracteurs de cette technologie. "Dans le milieu professionnel, on appelle ça des rots de production" : pendant les premiers mois de fonctionnement, les puits libèrent de milliers de mètres cubes de gaz, qui s'échappent de la roche fracturée et des conduites vers l'atmosphère. Ces fuites participent autant au réchauffement climatique qu'à des pollutions spectaculaires à l'échelle locale ; "odeurs et contaminations se multiplient aux abords des puits". Les fuites concernent aussi, et surtout, le fluide utilisé pour fracturer la roche ; de l'eau sous pression, à laquelle sont ajoutés des produits chimiques qui maximisent l'agressivité du fluide sur la couche géologique. "Les eaux usées des forages finissent fréquemment dans la nature", dénonce un collectif stérusien mobilisé contre cette forme d'extraction du gaz. "Chargés en métaux lourds et en molécules artificielles, les flux s'infiltrent dans les nappes phréatiques et contaminent les eaux dédiées à l'approvisionnement des villages alentours". Dans de nombreux cas, les scientifiques constatent "des dégâts visibles sur la végétation, la faune et la microfaune dans les écosystèmes affectés par des fuites d'eaux usées provenant des forages", comme cela a été constaté à Novyavik. "Une étude récente a montré que l'exploitation du gaz de schiste provoque des pollutions chimiques et atmosphériques bien au-delà de la localité exploitée", renchérit le Professeur Yibbnaz ; "les émissions de méthane, loin d'être négligeables, participent à l'intensité carbone de cette énergie prétendument "de transition", qui ne porte ce nom que parce qu'on la substitue au charbon". "Le Plan de Beylan Pasha pose de très graves questions et un risque énorme qu'il est difficile de chiffrer", considère le scientifique ; "la plupart des forages annoncés se recoupent avec les grands aquifères quaternaires dont dépendent des millions d'Azuréens ; le risque d'une pollution chimique des eaux de consommation à l'échelle suprarégionale se posent". Une alerte immense pour le Diwan ?

Des conséquences sanitaires et sociales catastrophiques

"Dans tous les pays productivistes, les considérations sociales passent après l'attractivité financière", analyse Jadida Özemir. "On se dit toujours que les bénéfices de l'exploitation seront plus grands que ceux de la non-intervention, et qu'ils peuvent financer des compensations écologiques et sociales, pour dépolluer les eaux ou protéger des zones naturelles par exemple". Cependant, le constat est amer pour les tenants d'un "fracking à visage humain" : dans des centaines de cas, "le seul résultat patent de l'exploitation du gaz de schiste est une pollution irrémédiable et une extension continue des forages, impliquant régulièrement des transferts de population". En d'autres termes, plutôt que de permettre des mesures compensatoires pour les habitants, le développement du fracking conduit à l'absorption d'un territoire tout entier par l'industrie gazière. C'est un effet boule de neige : quand un puits s'installe, "on ne peut être sûr que d'une chose : c'est que d'autres vont proliférer". Cet effet de prolifération des forages dans les secteurs d'extraction, au détriment des écosystèmes et du voisinage, est bien analysé par les géoéconomistes. "La rentabilité d'un puits est très courte", explique l'ingénieure du cabinet d'études lofotène. "En quelques années, le potentiel de production est dépassé, et les investisseurs s'en détournent pour creuser ailleurs, juste à côté, jusqu'à l'épuisement du territoire". Induisant, donc, un véritable mitage du territoire par les puits de pétrole et de gaz de schiste. "C'est la destruction de tout un paysage, de tout un écosystème dont font partie les humains". "La pollution des eaux de consommation entraîne fréquemment le départ des habitants, qui ne touchent que des indemnités bien dérisoires." C'est un autre aspect de la pollution ; les effets visibles. "Souvent, les habitants de régions situées à proximité des puits constatent des phénomènes effrayants, comme la présence de substances inflammables dans l'eau, ou des réactions physiologiques terrible ; mort d'animaux de compagnie, perte de cheveux, blanchiment de la peau..."

Un non-sens économique

"Il faudra des compensations et des indemnités pour les personnes les plus exposées au développement des nouvelles infrastructures gazières", reconnaît Zyed Joulani, conseiller spécial énergies au Ministère du Développement Economique. Mais à combien ? Les officiels sont bien en mal de nous répondre. Et pour cause : selon le Professeur Yibbnaz, "si l'on prenait en compte le coût écologique du Plan Gazier, je crois qu'on se rendrait compte de l'erreur qu'on s'apprête à faire". Le scientifique pointe deux angles morts du projet gouvernemental. D'abord, les estimations de risque pesant sur les aquifères avoisinants les futurs puits gaziers ; "le Diwan doit démontrer avec une extrême rigueur qu'un certain nombre de puits, en particulier en Syrane et en Tigrane, ne posent pas un danger pour la qualité des eaux souterraines dont dépendent des populations entières, notamment dans les régions oasiennes". Ensuite, le devenir à long-terme des infrastructures. "L'ensemble des puits qui seront creusés d'ici à 2020 seront épuisés avant 2040, peut-être même 2030 ; qu'en fera-t-on ensuite ?" demande-t-il, répétant sa crainte qu'on n'entre "dans une spirale infernale où, pour maintenir le niveau de la rentabilité des infrastructures, on multiplie toujours davantage les projets de prospection, d'exploration et d'extraction, jusqu'à faire de l'Azur un gruyère".

De douloureux souvenirs

L'Azur est pourtant, parmi les pays du monde, l'un des plus expérimentés en matière de tragédie environnementale. "L'assèchement de nos vallées par les Grands Barrages nous le démontre chaque jour", déplore Pierre Breidi, déjà interrogé à ce sujet dans nos pages. "Les projets industriels n'apportent qu'une richesse bien éphémère, mais des destructions qui persistent pour les générations futures". Le délégué des Verts pour la circonscription de Ghanra, en Dariane, rappelle les épisodes où une mauvaise gestion des ressources naturelles s'est retournée contre l'Azur. En 1965, l'anoxie et la disparition de la vie aquatique dans le lac Shediz provoque la disparition du métier de pêcheur dans la région. En 1977, c'est la crise de la pollution atmosphérique qui provoque un arrêt brutal de l'activité économique dans la région d'Agatharchidès, décrété par le ministère de la Santé faute de politique environnementale satisfaisante. En 1985, c'est la pollution de l'eau de consommation qui, à nouveau, entraîne des manifestations... "Notre histoire est émaillée de défaites contre l'hubris de l'Homme et sa volonté pernicieuse de détruire son berceau environnemental pour un profit fugace". Triste tableau. Au point de perdre espoir ?

Les opposants au projet s'organisent pour lutter

"Nous n'accepterons jamais ce Plan catastrophique", dit Selma Osmanzade, cheffe du parti écologiste. "Nous allons nous mobiliser pour faire connaître à la société civile le risque immense que ce projet fait peser sur la biodiversité, le climat, et la santé". D'après les instances de la formation politique, plus de 300 groupes de militants environnementaux ont annoncé qu'ils mèneraient des actions contre le Plan Gazier. "Contre la violence écocidaire, nous appelons tous les opposants au saccage de nos paysages et de notre atmosphère à se mobiliser". Tractations devant les universités, les écoles et les lieux publics sont prévus. Des manifestations sont en cours d'organisation avec les services préfectoraux. "L'expression de la violence contre les représentants de l'Etat ne sera pas tolérée", avertit la police du sandjak de Mansur, où la question épineuse de la sacralité de la terre pour certaines communautés confessionnelles se pose. "Les Chrétiens tiennent le Mont Ayrarat pour sacré depuis plus de 2000 ans", a déclaré sur Wasl'App le Pope Antioque, chef de la communauté orthodoxe de la localité. Il a demandé que les secteurs 1 et 2, qui devraient faire l'objet de nouveaux forages, soient épargnés par le Plan. Sa demande est pour l'instant restée lettre morte, alors que les décrets de mise en oeuvre entrent en application cette semaine.

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PLAN GAZIER : PREMIERES MOBILISATIONS CONTRE LES FORAGES

Publié le 27.12.2015 à 18h51 par Sulte Eyin


Manifestants à Jennelin


"Je ne suis pas d'accord avec le Plan Gazier du gouvernement". Le long de la route qui dessert le secteur n°7 du site du Rud al-Khelba, à la lisière entre les provinces de Syrane et d'Asarbeylik, des dizaines de manifestants sont rassemblés. Ils proviennent des villages alentours ; certains sont venus de la capitale, à trois heures de voiture, et d'autres encore, de plus loin. Le vent balaie la plaine, soulevant la poussière. C'est ici, à la limite de l'oasis de Jennelin, que se trouve la desserte vers le secteur gazier bientôt mis en forage par le gouvernement.

"Les bulldozers devraient arriver cette semaine, ou la semaine prochaine", explique Ramy el-Krish, cinquante-sept ans, conducteur de car dans l'oasis, mobilisé ce 26 décembre contre le projet du gouvernement. "La date n'est pas connue. C'est la préfecture du sandjak qui délivre l'autorisation, mais ils feront ça en lousdé, la nuit, pour que les camions viennent sans qu'on bloque l'accès. Mais on sera là", assure-t-il. Il pointe vers l'étendue derrière lui ; une plaine grèseuse, et des collines au loin. Rien à l'horizon, à part le désert.

"Il n'y a que les éleveurs qui passaient encore par ici, il y a quelques années", raconte Olma Ghareb, soixante-douze ans, femme au foyer. Elle le montre sur la carte de son téléphone ; le secteur n°7 se déploie dans une zone située à l'intervalle entre l'oasis de Jennilin, douze mille habitants, et la vallée du Shediz. Une zone de traverse pour les caravanes et les bergers, qui conduisaient encore, jusqu'à récemment, leurs troupeaux de chameaux et de chèvres à travers la région. "A cause de l'industrialisation, les jeunes ont changé de boulot, il n'y a plus d'éleveurs à Jennilin", déclare-t-elle. Elle nous apprend que son père était tanneur ; il fabriquait du cuir dans l'oasis. "Les grands projets miniers, les entreprises d'extraction ont drainé tout l'emploi local. C'est vraiment le désert, à présent !" Sur la carte de son smartphone, elle montre les routes qui mènent jusqu'aux puits de pétrole actuellement exploités par PETRAZUR. "Ils veulent refaire la même chose, ici, à moins de quinze kilomètres de l'oasis".

Ahmed, vingt-huit ans, étudiant en sociologie, se présente à nous. Il s'est déplacé depuis Agatharchidès pour soutenir la mobilisation, qui rassemble pendant toute la journée autour de 200 personnes au bout de la route de desserte qu'emprunteront les foreuses d'ici quelques jours. "Ma famille venait d'ici, c'est mon histoire", explique-t-il. "Jennilin est une ville très particulière, très ancienne. On le voit sur les cartes postales. Il ne faut pas qu'il y ait des forages par ici. Il n'y a personne pour reprendre le travail. On sait déjà ce qu'ils feront ; ils construiront un village champignon pour les ouvriers. Ils vont déstructurer la vie locale".

Le Plan Gazier, un moyen de créer de l'emploi et de redynamiser les territoires ? Ramy secoue la tête. "Nous sommes heureux d'habiter à Jennilin. Nous ne voulons pas de désagrément dans le paysage, des camions sur la route..." Ahmed renchérit : "Les forages vont polluer l'eau de l'oasis et causer des problèmes sanitaires. J'ai vu une vidéo qui montre quelqu'un dont l'eau de la maison est polluée par un forage de gaz de schiste ; en passant un briquet près du robinet, il peut allumer l'eau comme si c'était du pétrole...". Du fait du fracking, une technologie hautement problématique, l'exploitation du gaz de schiste inquiète les riverains.

"On n'en veut pas de ce projet", déclare Zayn, qui tient le porte-voix et chante des slogans à l'intention des automobilistes. "Plan gazier, va te coucher !" Les manifestants chantent en coeur. Tous n'ont pas une sensibilité environnementale très développée ; certains affirment même soutenir le Plan, "tant qu'ils ne forent pas à côté de chez nous". Mais "c'est une réussite" pour les organisateurs du rassemblement. Zayn, militant environnementaliste, nous l'explique ; "Réunir deux cent personnes dès la première manifestation, c'est un excellent début qui annonce bien la suite". Plus tard, il confie à notre journaliste : "à mon avis, ça va péter fort", promet-il.
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PLAN GAZIER : IMPORTANTES MANIFESTATIONS CONTRE LES FORAGES DE PETRAZUR

Publié le 24.02.2016 à 19h15 par Neyma Shott

manifestations


Elles ne faiblissent pas ; depuis les trois derniers mois et le début de l'examen du Plan National de Développement Stratégique du Secteur Gazier par les délégués du Sérail, les mobilisations des opposants à ce projet de nouvelles concessions gazières se multiplient et gagnent en importance. La dernière en date : ce 21 février, à dix jours du vote décisif par les parlementaires. La manifestation, déclinée dans toutes les grandes villes du pays, aurait rassemblé près d'un million de participants. "C'est inédit", se réjouissent des militants du parti pro-écologie et anti-forages Les Verts, à la pointe de la lutte contre "un projet écocidaire aux visées funestes". "Ce sont indiscutablement les plus grandes mobilisations en opposition à un projet du gouvernement depuis 2008", et certainement la vague de contestation la plus prononcée qu'ait jamais rencontré Beylan Pasha, encore Grand Vizir de l'Azur à ce jour, et dont le mandat devrait prendre fin prochainement.

Les écologistes renforcés par la méfiance des populations rurales

"Le Diwan n'avait pas anticipé que les gens des campagnes réagiraient avec une telle sensibilité à ses projets d'extraction industrielle", analyse Pierre Breidi, délégué élu en Dariane pour la formation politique écologiste, devenu l'un des visages du mouvement ces dernières semaine. "Les autorités d'Agatharchidès n'ont pas tenu compte de nos avertissements. Pourtant, n'importe qui aurait pu prévoir que les classes paysannes et villageoises montreraient une attention particulière à un problème qui les concerne directement". Le délégué nous introduit à son équipe. Jafar Zafriyyidani, originaire d'une grande ville, est l'un de ses co-équipiers ; cet ingénieur agronome de profession nous rappelle les inquiétudes soulevées par le Plan Gazier auprès de toute une partie de la population. "On a tendance à l'oublier, mais près de 40 % des Azuréens vivent en zone rurale, dont une grande partie dans des oasis historiquement dépendantes à la ressource en eau". Il montre, sur une carte géographique, les mobilisations de ces derniers mois recensées par un collectif citoyen. "Les gens sont très mobilisés dans ces localités fortement impactées par les futures décisions de forage dans le sous-sol".

Depuis déjà plusieurs articles, SARGHAT documente les effets destructeurs de l'exploitation du gaz naturel de roche-mère, dit de schiste. Cette ressource, dont les gisements sont abondants en Azur, constitue selon les officiels du Diwan et de la compagnie pétrogazière PETRAZUR "l'atout maître de l'Azur pour peser dans la compétition économique mondiale". Alors que les réserves nationales de pétrole conventionnel et des gaz associés sont qualifiées de "moyennes", celles de gaz de schiste seraient parmi les plus considérables au monde. Un magot sur lequel le gouvernement de Beylan Pasha espère miser, au détriment des effets secondaires liés à cette exploitation. "Le premier sujet de préoccupation pour les gens, c'est la pollution des nappes phréatiques" par les produits chimiques utilisés dans l'industrie du fracking. Pierre Breidi rappelle cependant que ce n'est que l'une des conséquences néfastes qu'il voit dans le projet : "produire plus d'hydrocarbures, c'est aussi accentuer l'effet de serre et le réchauffement climatique".

"Je n'ai jamais manifesté de ma vie", confie Zineb, mère de famille installée à Sorcande, dans les Cyrisiades, "mais ce que j'ai vu m'inquiète et je veux attirer l'attention du gouvernement sur le risque que cela pose de faire des forages dans notre région". Même chanson en Asarbeylik, où, comme l'un de nos reportages le décrivait, les habitants des oasis rejettent les nouvelles concessions accordées à PETRAZUR par le Diwan. "Notre qualité de vie va être impactée", argumente Hussein, ouvrier agricole célibataire dans le Rud-al-Khelba. "Un nouveau forage, c'est un nouveau pôle économique qui se crée", justifie un partisan du projet venu discuter avec les protestataires sur les lieux d'une manifestation près de Méroème. "On ne veut pas que des entreprises, des ouvriers, des camions, et toutes les nuisances associées à l'industrie viennent s'installer par chez nous", lui est-il répondu.

La colère dépasse là tous les clivages politiques ou confessionnels habituels. "Certes, dans certaines régions spécifiques, une communauté va être significativement plus impliquée que les autres dans l'opposition au Plan Gazier", analyse Boualem Enthoven, chef du service des études dans un institut de sondages banhairais. "C'est le cas par exemple dans le secteur de Mansûr en Syrane, où des permis de forer ont été accordés sur des aires protégées relevant du domaine régional du Mont Ayrarat, réputé sacré par les Chrétiens". Le pope Antioque de Méroème, chef de la communauté orthodoxe, avait d'ailleurs été l'une des premières figures à marquer une opposition nette au Projet de Beylan Pasha et de ses ministres. "Le Diwan a fait preuve d'une diplomatie relative face à ces premières critiques, dans la mesure où il a consenti à un élargissement du délai de débats au Sérail, par rapport à la date précoce qu'il avait envisagé pour acter l'adoption définitive du texte". Un tact qui n'aura pas permis de lever les doutes, alors que les manifestations sont allé en grandissant. "La mobilisation dans les villages et surtout dans les oasis est très nette", remarque le spécialiste de l'opinion. "On observe une très forte corrélation entre ruralité et, dans ce cas, écologie".

Vers un mouvement d'ampleur ?

Cette contestation du projet du gouvernement pourrait-elle déboucher sur un mouvement plus important ? "Les mobilisations ont été globalement pacifiques et assez peu radicales", tempère Boualem Enthoven, qui apporte un nouveau chiffre. "D'après nos estimations, la plupart des manifestants sont assez intégrés au principal parti politique azuréen, le Parti de la Renaissance Islamique ; la Nahda, selon l'appellation usuelle". Qu'est-ce que cela implique pour le mouvement ? "A ce stade, il ne faut pas conclure que le parti écologiste Les Verts en sorte particulièrement renforcé dans l'opinion publique". Interrogé sur la question, le délégué Pierre Breidi répond au sondologue ; "notre objectif n'est pas de gagner en popularité mais de faire obstacle à un projet rejeté par une partie importante de la population azuréenne".

Officiellement interdit en Azur, un sondage d'opinion récent a affirmé qu'une majorité de personnes était opposée au Plan Gazier ; du fait de l'interdiction légale portant sur les sondages d'opinion, cette information n'est pas vérifiable. "Typiquement, c'est là que notre travail permettrait d'y voir plus clair", raille Boualem Enthoven, dont le cabinet d'études est installé à Abunaj, à l'étranger donc. "Est-ce que les Azuréens soutiennent massivement le Plan ? Rien n'est moins sûr. Les protestations sont-elles cependant majoritaires ? En l'absence de chiffre, on ne peut pas l'affirmer non plus".

De toute évidence, ces questionnements sont également partagés par la classe politique. Recep Morsi, délégué du petit parti ultraconservateur Association Islamique pour le Progrès et la Paix (A.I.P.P.), avait déjà il y a quelques semaines fait part de ses interrogations et de son scepticisme lors des débats au Sérail. Interrogé par SARGHAT, il justifie cette position : "Il y a des questions qui doivent être vite répondues. Prenez l'exemple des forages autour du Mont Ayrarat ; il n'y a pas que les chrétiens que ça concerne", averti-t-il, pointant le fait que selon lui, "le Mont Ayrarat est le lieu où s'est déposée l'Arche de Saydina Nûh [Noé, n.d.l.r.] après le retrait des eaux du Déluge". "Personne ne devrait accepter que ce lieu soit souillé par des nouvelles exploitations, c'est pour cela que je me suis associé à la demande de poursuivre encore les débats parlementaires, afin que toute la lumière soit faite sur ces détails préoccupants d'un projet globalement positif". D'une manière sybilline, les ultraconservateurs laissent néanmoins planer un sérieux doute sur leur intention de voter le texte. Dans une allocution à la mosquée vendredi dernier, le chef de l'organisation, l'imam Rahmatullah, a dénoncé "ceux qui veulent introduire dans la société des innovations technologiques, financières, capitalistiques, qui la détruiront de l'intérieur".

"L'avenir du mouvement est suspendu à celui du vote au Sérail", résume le délégué écologiste Breidi. "C'est dans moins d'une semaine..." Avec, à ce stade, toujours pas de conclusion claire donnée par la majorité parlementaire sur ses instructions de vote. La situation pourrait connaître de prochains rebondissements...
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LES OULÉMAS À L'ATTAQUE DU PLAN GAZIER ?

Publié le 11.03.2016 à 16h26 par Muhammad Dawsul


Conseil des Oulémas

C'est un secours que les opposants au Plan Gazier, mobilisés depuis plusieurs semaines contre le projet du Diwan, n'avaient pas envisagé : que la classe des oulémas puisse à son tour rejoindre le camp du scepticisme à l'égard de ce vaste plan extractiviste et industriel. Le Conseil des Oulémas, instance politique et religieuse de première importance dans la théocratie azuréenne, s'est prononcé sur le sujet, et a adopté ce 28 février une "recommandation de prudence" à l'égard du gouvernement ; en langage califal, cela signifie davantage que du scepticisme.

Le vote du texte, initialement prévu ce lundi 1er mars au Sérail, a été décalé et renvoyé à dans dix mois, "un véritable désaveu pour le Grand Vizir", s'étonne en se réjouissant le porte-parole du parti d'opposition environnementaliste Les Verts. "Les oulémas n'ont pas confiance dans le texte que le Diwan a préparé", analyse un délégué au Sérail appartenant au parti majoritaire, la Nahda, qui n'a pas défini de ligne de conduite à l'égard du texte. Si le Plan Gazier suscitait déjà des "interrogations" au sein des parlementaires lorsqu'il a été présenté, c'est aujourd'hui avec "des désaccords sur de multiples points du texte" que des ténors de la majorité califale se présentent.

La classe des religieux préoccupée par l'extension des forages en zone rurale

Pourquoi un tel scepticisme de la part du pilier religieux de la théocratie, alors que le Plan National de Développement Stratégique du Secteur Gazier est promu par le Grand Vizir, Beylan Pasha lui-même ? Muhammad Hama al-Kaysari, vice-président de l'assemblée des clercs, a rapporté que "les docteurs de la foi ont souvent un avis qui diverge par rapport aux dirigeants civils". Expliquant ainsi le rôle de son institution, il a mis en avant que "dans tous les pays du monde, le rôle d'une chambre haute est de faire preuve de sagesse, et d'apporter un éclairage au débat des représentants civils". Selon lui, il n'y a "pas de problème particulier, puisque les Oulémas recommandent simplement que l'examen du texte puisse durer quelques mois de plus" ; il s'est dit "pour [sa] part favorable à l'adoption du texte après ce temps de débats supplémentaires". Même son de cloche du côté du Sérail, dont le président, Muhammad Jishad al-Awûstari, a estimé qu'il "vaut mieux un texte mûri qu'un texte prématuré". Mais quel est le point qui suscite autant la prudence des représentants institutionnels ?

"Le risque est trop grand de porter atteinte à l'intérêt général", résume en substance l'un des témoins oculaires de la session de débat à huis clos au Conseil des Oulémas. "Le Sheikh Ibn Zîr a notamment fait valoir que les risques de pollutions rendaient cette mesure contraire aux principes de la loi islamique, qui stipule la préservation des sources d'eau des communautés". "Ce sont les arguments des militants environnementalistes dans les oasis", s'étonne un manifestant, interrogé par SARGHAT. Les oasis sont en effet parmi les terroirs de la Nahda, où le vote des petits paysans, des classes moyennes et des familles conservatrices est l'assise populaire et électorale principale du parti au pouvoir. "C'est leur base sociale", commente un analyste, qui affiche que le revirement des théocrates face au projet gouvernemental n'est "pas si surprenant". "Il est indiscutable que les forages à proximité des aquifères oasiennes, qui sont l'essentiel des nouvelles concessions prévues dans le Plan Gazier, porteraient préjudice aux eaux de consommation de ces populations-là". L'inquiétude est grande dans ces régions, comme à Sijilmassa, à Bascra ou à Sorcande ; "l'inquiétude monte et les religieux le sentent bien". Ce qui expliquerait, donc, ce rapport détonant entre les oulémas et le Diwan.


Vers un détricotage du Plan Gazier ?

Que va-t-il donc se passer dans les dix prochains mois ? Le monde économique, qui attendait le vote du texte dans ces jours-ci, pousse un soupir mêlé de soulagement pour les uns, d'agacement pour les autres. Il y a quelques jours encore, le Directeur-Général de PETRAZUR, la compagnie d'hydrocarbures nationale à la pointe de ce projet, insistait sur l'urgence : "l'Azur est au pied du mur", avançait-il, voyant le texte comme l'outil principal d'une relance économique globale dans une période où la croissance ralentit et la stagflation menace.

"C'est simplement la date du vote qui est décalée", fait observer Pierre Breidi, délégué écologiste mobilisé depuis plus d'un an contre le Plan Gazier. "La Nahda n'a sans doute pas l'intention de torpiller son propre texte". De fait, les incohérences entre les oulémas, le Diwan et le Sérail jettent un flou qui risque de prendre des proportions plus grandes. "Il est probable que le gouvernement voie sa copie à la baisse dans les prochains jours", conjecture un élu social-démocrate. Son parti, le PSDA, est pourtant aussi divisé que la Nahda sur le sujet, et pour cause ; les Sociaux-Démocrates appartiennent à la coalition de l'Alliance démocratique, divisée entre écologistes et libéraux au sujet de ce texte, les premiers défendant son rejet entier, les seconds s'étant au contraire associés au gouvernement dans le souhait de relancer l'économie. Ainsi, il est toujours impossible de prévoir ce que donnerait un texte de compromis entre les différentes tendances au Sérail, qui sont, sur ce sujet, extrêmement polarisées. "Cette débâcle est inacceptable", s'insurge en privé un délégué du Parti de l'Aube, nationaliste et productiviste, pour qui "la défiance manifestée par les oulémas est totalement contre-productive et va à l'encontre de nos intérêts économiques vitaux". Beylan Pasha trouve ici un soutien bien étonnant ; les nationalistes siègent habituellement dans l'opposition...

L'objectif des Oulémas : attendre le Congrès de la Nahda

Pas de direction politique : c'est comme ça qu'il faut décrire le Parti de la Renaissance Islamique, qui, divisé et troublé par un texte qui menace sa base sociale fondamentale mobilisée contre le Plan Gazier, s'apprête à changer de leader. En effet, et bien qu'on en ignore encore la date, Beylan Pasha devrait quitter son poste cette année à l'issue du Congrès qui réaffirmera les orientations politiques ; et surtout, qui décidera de son successeur. "Beylan Pasha voulait une adoption rapide", regrette en off un soutien du Grand Vizir, "pour éviter au Parti d'avoir à se prononcer sur le sujet". "Il savait que le sujet diviserait", avance un anonyme, "c'est pourquoi il voulait régler les choses avant de céder sa place". Un fin connaisseur des arcanes du Sérail est cependant catégorique : "le débat sur le Plan Gazier va être tranché au Congrès de la Nahda". L'issue devrait être favorable au Plan, mais dans quelles conditions ?

"Un facteur à prendre en compte, c'est l'agacement réciproque entre les oulémas et la classe économique", observe un délégué écologiste. "La prise de parole de Beshir Sabarian, le PDG de PETRAZUR, a pu être mal vécue par les savants", qui n'auraient donc pas apprécié son injonction à la vitesse, à la productivité et à la décision. "Culturellement, ces deux groupes de décideurs ne sont pas sur le même rythme". Un constat qui ne fait que renforcer les incertitudes sur l'avenir du plus grand plan d'extraction jamais proposé en Azur.
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