" Il fait toujours aussi moche ici ? Je commence à en avoir marre. Vivement que ça se termine ". Bernaba di Albirio et son compère, Benedetto da Molin étaient côte à côte dans les hautes herbes, à quelques dizaines de mètres des clôtures de la base aérienne et les casernements que les raskenois avaient mis à disposition des velsniens. Deux gardes les scrutaient de loin, s’assurant que ces excellences courent aucun danger. Mais les deux se mettent à rire au loin, et on peut entendre la voix de Bernaba tonner : « Hé ! On ne croise pas les effluves on a dit ! ». Au retour, les deux sénateurs contemplèrent les deux soldats en faction, et ceux-ci essuyèrent une réflexion de la part d’un homme qui n’aime point être dorloté :
- Bah quoi ? Qu’est-ce que vous foutez plantés là ? On peut plus pisser tranquille ? Allez dire à son excellence stratège que ces excellences ne sont pas en sucre et qu’à part des fourmis raskenois il n’y a pas eu de pertes notables ce matin.
Les deux hommes retournèrent sur la piste d’atterrissage de la base :
- C’est pas possible ça. On survit à un coup d’état, un massacre au Sénat, une guerre civile et on nous traite comme des gamins. Va falloir que je touche un mot à Matteo sur le dispositif de sécurité, histoire qu’il arrête d’envoyer des gamins qui font la moitié de ma taille pour me protéger quand je pars exprimer mes amitiés pour la terre de Rasken. – se plaint Bernaba – Qu’est-ce qu’il s’imagine ? Que le chancelier Rossmann nous espionne avec des jumelles dans un putain de buisson ?
- C’est le protocole, Albirio. Il y a que neuf sénateurs présents dans cette armée, neuf personnes qui ont la distinction nécessaire pour diriger des troupes. C’est normal qu’on nous couve j’imagine. – tempère Benedetto –
Les sénateurs se joignirent aux six autres qui attendaient sur le tarmac de la piste d’atterrissage. Il y avait là la fine fleur de la Grande Tribune velsnienne stationnée en Margoulie, car aujourd’hui était un jour particulier. Parmi les sénateurs, on pouvait en entendre un se plaindre du coût grandissant de cette expédition, tandis qu’un autre avait les yeux rivés sur le cours boursier d’Apex. 29 000 velsniens étaient désormais en faction dans ce pays, gardant la frontière d’un envahisseur hypothétique. C’était de loin le plus grand déploiement de troupes en dehors du pays depuis des décennies, preuve en était de l’importance de cette région. Mais aujourd’hui, tous ces hommes et femmes dont la plupart étaient des mobilisés auraient peut-être une opportunité de rentrer chez eux plus rapidement. Ces excellences sénateurs auraient la tâche d’accueillir les invités de cette journée, aux revendications des plus fermes.
Où était donc DiGrassi ? Dans l’un des bureaux de la base, qui avait été aménagé pour l’occasion. Parfois, il se levait pour scruter par la fenêtre l’arrivée de deux avions. La présence velsnienne à Rasken commençait à agacer ces excellences sénateurs, et il en avait conscience. Aussi, cette journée serait importante. La sénatrice Badoer était assise en face de lui, et les deux se fixaient dans le blanc des yeux. Elle laissa échapper une réflexion décourageante:
- Ces gens se détestent, Matteo. A ta place, je n’en attendrais pas beaucoup. Ce serait déjà un miracle qu’il n’y ait pas un mort d’ici la fin de la journée.
DiGrassi fixa le fond de son verre d’eau, et esquissa un début de réponse énigmatique à sa consœur :
- On a besoin que d’une chose, sénatrice. Un « oui » de leur part, et cette situation prendra fin. Tu es pessimiste, nous sommes bien plus proches du but que tu le penses.
- Soit…mais maintenant que tu le dis, j’ai longtemps cru que notre présence ici ne mènerait à rien. J’étais presque partante pour suivre le plan de Bernaba.
- Oui non…on va éviter cela. Du moins pour l’instant.
L’heure tournait, et un premier avion semblait se dessiner dans l’horizon gris de Rasken…Il y avait un mot à Velsna pour désigner ces personnages puissants qui pouvaient d'un revers de main, être à l'origine d'un renversement complet de l'équilibre politique: les "princes". Les velsniens attendaient donc ces "princes" d'Eurysie centrale avec appréhension.