24/03/2016
17:41:39
Index du forum Scène Internationale Diplomatie internationale

Les princes de Margoulie - Médiation Hotsaline/Rasken/Velsna

3633
Les princes de Margoulie - Médiation Rasken/Hotsaline



" Il fait toujours aussi moche ici ? Je commence à en avoir marre. Vivement que ça se termine ". Bernaba di Albirio et son compère, Benedetto da Molin étaient côte à côte dans les hautes herbes, à quelques dizaines de mètres des clôtures de la base aérienne et les casernements que les raskenois avaient mis à disposition des velsniens. Deux gardes les scrutaient de loin, s’assurant que ces excellences courent aucun danger. Mais les deux se mettent à rire au loin, et on peut entendre la voix de Bernaba tonner : « Hé ! On ne croise pas les effluves on a dit ! ». Au retour, les deux sénateurs contemplèrent les deux soldats en faction, et ceux-ci essuyèrent une réflexion de la part d’un homme qui n’aime point être dorloté :
- Bah quoi ? Qu’est-ce que vous foutez plantés là ? On peut plus pisser tranquille ? Allez dire à son excellence stratège que ces excellences ne sont pas en sucre et qu’à part des fourmis raskenois il n’y a pas eu de pertes notables ce matin.

Les deux hommes retournèrent sur la piste d’atterrissage de la base :
- C’est pas possible ça. On survit à un coup d’état, un massacre au Sénat, une guerre civile et on nous traite comme des gamins. Va falloir que je touche un mot à Matteo sur le dispositif de sécurité, histoire qu’il arrête d’envoyer des gamins qui font la moitié de ma taille pour me protéger quand je pars exprimer mes amitiés pour la terre de Rasken. – se plaint Bernaba – Qu’est-ce qu’il s’imagine ? Que le chancelier Rossmann nous espionne avec des jumelles dans un putain de buisson ?
- C’est le protocole, Albirio. Il y a que neuf sénateurs présents dans cette armée, neuf personnes qui ont la distinction nécessaire pour diriger des troupes. C’est normal qu’on nous couve j’imagine.
– tempère Benedetto –
Les sénateurs se joignirent aux six autres qui attendaient sur le tarmac de la piste d’atterrissage. Il y avait là la fine fleur de la Grande Tribune velsnienne stationnée en Margoulie, car aujourd’hui était un jour particulier. Parmi les sénateurs, on pouvait en entendre un se plaindre du coût grandissant de cette expédition, tandis qu’un autre avait les yeux rivés sur le cours boursier d’Apex. 29 000 velsniens étaient désormais en faction dans ce pays, gardant la frontière d’un envahisseur hypothétique. C’était de loin le plus grand déploiement de troupes en dehors du pays depuis des décennies, preuve en était de l’importance de cette région. Mais aujourd’hui, tous ces hommes et femmes dont la plupart étaient des mobilisés auraient peut-être une opportunité de rentrer chez eux plus rapidement. Ces excellences sénateurs auraient la tâche d’accueillir les invités de cette journée, aux revendications des plus fermes.

Où était donc DiGrassi ? Dans l’un des bureaux de la base, qui avait été aménagé pour l’occasion. Parfois, il se levait pour scruter par la fenêtre l’arrivée de deux avions. La présence velsnienne à Rasken commençait à agacer ces excellences sénateurs, et il en avait conscience. Aussi, cette journée serait importante. La sénatrice Badoer était assise en face de lui, et les deux se fixaient dans le blanc des yeux. Elle laissa échapper une réflexion décourageante:
- Ces gens se détestent, Matteo. A ta place, je n’en attendrais pas beaucoup. Ce serait déjà un miracle qu’il n’y ait pas un mort d’ici la fin de la journée.
DiGrassi fixa le fond de son verre d’eau, et esquissa un début de réponse énigmatique à sa consœur :
- On a besoin que d’une chose, sénatrice. Un « oui » de leur part, et cette situation prendra fin. Tu es pessimiste, nous sommes bien plus proches du but que tu le penses.
- Soit…mais maintenant que tu le dis, j’ai longtemps cru que notre présence ici ne mènerait à rien. J’étais presque partante pour suivre le plan de Bernaba.
- Oui non…on va éviter cela. Du moins pour l’instant.


L’heure tournait, et un premier avion semblait se dessiner dans l’horizon gris de Rasken…Il y avait un mot à Velsna pour désigner ces personnages puissants qui pouvaient d'un revers de main, être à l'origine d'un renversement complet de l'équilibre politique: les "princes". Les velsniens attendaient donc ces "princes" d'Eurysie centrale avec appréhension.
Le carrosse de la « princesse » hotsalienne vint se poser délicatement sur le tarmac de l'aérodrome raskeno-velsnien. Il s'agissait un simple avion de transport tactique de l'armée de l'air hotsalienne, le petit pays de sept millions d'âmes ne disposant pas vraiment d'appareil mieux adapté au transport de l'un des membres de son gouvernement, malgré un niveau de vie moyen très confortable. À l'ouverture de la porte latérale de l'aéronef, ce n'est pas le dignitaire hotsalien attendu par la délégation velsnienne qui pointa le premier le bout de son nez hors de l'appareil, mais deux canons de fusils d'assaut brandis par des soldats des forces spéciales, qui balayèrent rapidement la zone pour vérifier l'absence d'un comité d'accueil militaire raskenois non prévu par le protocole. Si les services hotsaliens accordaient une confiance et un crédit relatifs à la parole velsnienne, il n'en était rien concernant Rasken, avec qui toute relation diplomatique était rompue depuis deux décennies. Or, c'est bien sur le territoire de l'Empire que Mariya Dovhan avait dû se rendre pour participer à cette rencontre. Dans la mesure où il était jugé préférable d'éviter qu'une vice-présidente du Conseil, ministre du gouvernement et cheffe d'un parti de la majorité représenté au parlement soit prise en otage au cours d'un déplacement qui se voulait secret, certaines précautions avaient été prises pour assurer la sécurité de la représentation hotsalienne. Une fois la zone sécurisée, les deux soldats donnèrent à la ministre le feu vert pour descendre les marches de l'avion.

Si son intention était de faire de cette initiative de médiation velsnienne un succès, le Conseil de Réclamation Nationale n'aurait pas pu faire pire choix que de précipiter Mariya Dovhan pour le représenter. Présidente de la Voix des Exilés, à savoir le parti hotsalien le plus revanchiste et hostile à Rasken qui soit, la Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés avait par ailleurs une histoire personnelle assez lourde vis-à-vis de la monarchie germanique voisine de la Kresetchnie, dont les missiles tirés dans les 90 sur l'Hotsaline avaient touché de plein fouet son domicile familial et massacré la quasi totalité de sa famille proche. En soi, la plupart des membres du Conseil avaient leur propre petite marotte personnelle qui venait volontiers chatouiller le seuil de l'obsession pathologique, que ce soit Elena Vasylenko avec l'ex-président Kravchuk, Mariya Dovhan avec Rasken, ou Boris Slobodyan avec les « pédales » et les Juifs. Toutefois, cette vice-présidente, figurant parmi les rares ministres issus de basse extraction sociale, avait cette petite particularité supplémentaire de laisser facilement tomber le masque de sagesse et de respectabilité qu'arboraient ses collègues du Conseil pour se laisser aller à des démonstrations d'espièglerie qui sortaient des carcans habituels de la communication politique. Elle avait notamment la réputation de se mettre volontiers en scène sur les réseaux sociaux, parfois aux côtés de son pitbull baptisé Stanislav en « hommage » à l'Empereur de Rasken, où elle tenait des propos extrêmement crus à l'encontre des « ennemis de l'Hotsaline ».

La composition de la délégation hotsalienne n'était cependant pas vraiment le signe d'un désintérêt de la présidence du Conseil vis-à-vis de cette rencontre, bien au contraire. Mariya Dovhan n'avait pas vraiment été choisie pour représenter l'Hotsaline au cours de ce sommet : c'est elle qui s'était imposée. Et il était difficile de dire non à l'une des vice-présidentes du Conseil, par ailleurs présidente d'un parti nécessaire au maintien de l'hégémonie de la coalition gouvernementale au sein du parlement, lorsque celle-ci insistait avec autant de verve pour conduire elle-même ces négociations. D'autant que le ministère dont elle avait la responsabilité était le plus à même, par sa seule appellation, de représenter les objectifs primordiaux du Conseil lors de cette rencontre.


Mariya Dovhan, Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale, Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de la République d'Hotsaline et Présidente de la Voix des Exilés
Mariya Dovhan
Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de l'État de Réclamation Nationale d'Hotsaline
Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale de la République d'Hotsaline
Présidente de la Voix des Exilés


« C'est vous, DiGrassi ? »

Elle tendit une main blanche et frêle vers le sénateur velsnien.

« Mariya Dovhan, Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés. »

A la sortie de cet avion un brin austère, les hotsaliens de la ministre Dovhan furent accueillis non pas par un, mais par les neuf sénateurs qui assumaient aux côtés du stratège les diverses fonctions de commandement au sein de la Grande Tribune velsnienne en "Margoulie". L’accueil ne fut pas froid certes, mais il était d'une cordialité que l'on adopte souvent lorsqu'on est en présence d'inconnus, une sorte de politesse faite de sourires mécaniques et de beaux mots. Les parlementaires/commandants velsniens étaient d'un naturel fier, et lorsque l'un d'entre eux voyait un autre faire davantage de courbettes et de politesses vis à vis des invités, celui-ci ne pouvait s'empêcher d'en faire un peu plus, et ainsi de suite. Il y avait chez ces gens un profond cynisme: de savoir que ces individus ordonnent le bombardement de la Rache un lundi, et deviennent des diplomates le mardi... Sur ces neuf sénateurs, huit étaient des hommes, dans une moyenne d'âge comprise entre la cinquantaine et la soixantaine d'années. Là où à Velsna, survivre à un tel système politique jusqu'à un âge avancé était synonyme d'excellence, ils contemplaient le débarquement d'une "jeune" femme. Ils étaient peu au fait de cette coutume locale de donner la parole à des "bambins", mais par ordre de DiGrassi lui-même, on leur avait donné l'ordre que leurs pensées soient aussi opaques que possible. Une seule remarque mal placée d'Albirio par exemple, faisait craindre de faire échouer cette rencontre.

Les hotsaliens passaient certes sous les yeux de soldats, des "chasseurs de Strombola" venus tout droit d'Achosie du nord en l’occurrence, mais un effort fut fait entre le sentiment de sécurité et celui de l'oppression, et si militaires il y avait, ils n'abondaient pas en tous sens. On laissa les hotsaliens rejoindre le bureau de fortune du Sénateur-Stratège en compagnie de quatre parlementaires velsniens, les autres restant surveiller l'arrivée des raskenois.


a
Un vrai charmeur


La pièce dans laquelle se tiendrait la réunion était définitivement un lieu tenu par un personnage austère, à la fois dans ses mœurs et ses manières. DiGrassi utilisait d'aussi peu de mots pour exprimer ses pensées qu'il n'y avait d'ornements sur les murs et les buffets. Il était déjà assis à sa grande table, et il était posé à ses côtés une montre, un stylo, un carnet et une pile de feuilles. A la main tendue par l'hotsalienne, il répondit par une main tendue. Son regard prit le temps de se promener dans les yeux de son interlocutrice avant de lui répondre:
- En effet. A mon grand regret, il semblerait que je sois "DiGrassi". Installez vous je voue prie, madame la ministre.

Le velsnien ne releva rien des multiples enfreintes au protocole, sous les yeux ébahis et tremblants du sénateur Albirio, lui aussi présent. A ses yeux, Dovhan aurait tout aussi bien pu l'appeler "Matteo", "vieille branche" ou "mon p'tit pote".
- Aujourd'hui en tout cas madame la ministre, vous pouvez au moins vous féliciter d'une victoire contre les raskenois: vous êtes arrivée à l'heure - DiGrassi lui parle en ces termes en fixant la chaise vide assignée au potentiel chef de la délégation des margoulins - C'est quelque chose que j'apprécie et qui se fait rare.

Un silence s'installa. Matteo DiGrassi...n'était pas un grand animateur de conversation, du moins lorsqu'il n'était pas au Sénat. Mais il se fit violence pour rebondir sur un sujet quelconque en prenant quelques notes (Dovhan, si elle se redressait quelque peu, aurait pu voir que ce dernier nota l'heure d'arrivée de la jeune femme):
- Dites moi. Tous les politiciens hotsaliens utilisent les "réseaux sociaux" pour mettre en valeur leurs propos ? Pardonnez moi, mais ce n'est pas une habitude par chez nous, même les sessions du Sénat sont à huit-clos et le concept d'interview nous est relativement curieux. Mon épouse m'a dit un jour que je devrais faire des..."réelles" pour me donner une bonne image, mais je crois qu'elle se moquait de moi.
Le sénateur Albirio reprend à demi-mots le stratège:
- Des "reels" plutôt non ?
- Mais bref, peu importe...c'était un très beau chien nonobstant.

Albirio en rajouta une couche:
- Il était mignon oui, on aurait dit le vrai. Le coup de la mèche était audacieux.
DiGrassi jeta un regard réprobateur en direction de son confrère et subordonné, et celui-ci se tut.
Ce jour est... comment dire... particulier : deux nations ennemies, qui sous la menace d’une Mährenie de plus en plus menaçante, se réunissent pour négocier. Cette négociation s'annonce tendue à bien des égards. D’un côté, les Hotsaliens, qui détestent les Raskenois et souhaitent récupérer les terres de l'empire germanique; de l’autre, les Raskenois, voulant simplement défendre leurs citoyens. Difficulté supplémentaire pour cette réunion : la représentante hotsalienne semble encore plus anti-Raskenoise que la moyenne, pour des raisons qui restent floues.

Aux alentours de 10 heures du matin, l’avion hotsalien entra dans l’espace aérien Raskenois et, quelques secondes plus tard, fut rejoint par deux avions de chasse de l’armée de l’air, chargés de l’escorter jusqu’à la base de Münchberg. Cette escorte d’une dizaine de minutes se transforma rapidement en théâtre d'insultes quasi permanentes entre les deux parties. Dix minutes plus tard, l’avion se posa sur la piste de la base militaire. Quelques minutes après, ce fut au tour de l’avion Raskenois d’atterrir. Le premier à en sortir fut Sa Majesté Stanislav Schützenberger. Après avoir salué les militaires Raskenois, menés par le général Ian Strobl et le sénateur Velsnien, il se dirigea vers le camp de base de Digrassi, où l'attendaient le sénateur et la représentante hotsalienne. Il salua d’abord Digrassi avant de se tourner vers la représentante hotsalienne, Mariya Dovhan, et de lui tendre la main, sans grande conviction qu’elle la lui serrerait en retour.


Stanislav Schützenberger – Comment allez-vous, madame Dovhan ? Le voyage s'est bien passé ?
Progressivement, le bureau de DiGrassi se garnit des dignitaires étrangers, lesquels sont accompagnés des sénateurs, mais qui ressortent tous dés que ceux-ci se sont assurés que raskenois et hotsaliens étaient réunis. Seuls restent auprès de DiGrassi le sénateur Di Albirio et le jeune greffier du sénateur-stratège qui le suit comme son ombre partout où il va, lui qui était également à la Conférence de Velcal. Tous les participants étant autour de la table, le Sénateur-stratège prit soin de saluer raskenois conformément à son rang avant d'attaquer le vif du sujet, et c'est seulement à ce moment tardif qu'il cessa de consigner ses notes. Il était laconique et tranchant, comme à son habitude lorsqu'il e siège pas au Sénat et qu'il fait face à des interlocuteurs qu'il connait peu, et dont il ne cerne pas encore la personnalité et la susceptibilité:
- Je pense que nous pouvons commencer. Je nous imagine mal trinquer ou nous souhaiter mutuellement bonne chance. Plus tôt cette affaire sera réglée et plus vite nous rentrerons tous chez nous. Inutile de me présenter la nature des différends qui vous lient, j'en ai déjà connaissance. Mon travail n'est pas de déterminer qui de vous est le plus légitime à contrôler quoi que ce soit, mais de vous faire comprendre que cette question doit être réglée urgemment. Aussi, laissez moi vous présenter la situation dans laquelle vous vous trouvez actuellement, et la raison pour laquelle il serait dans votre intérêt de conclure un accord dés aujourd'hui.

Matteo DiGrassi reprend ses notes et tapote son carnet avec son stylo:

- Nous commencerons par vous, excellence raskenoise. Vous êtes depuis 1994 en possession du territoire du Gradenbourg, une bande de terre dont vous faites la revendication et dont l'ancien gouvernement est désormais en exil. Là encore, qui de vous était dans son droit, je me fiche bien de cela. Ce qui m'intéresse est le résultat concret, aujourd'hui, de cette guerre dont le résultat empoisonne encore votre vie politique et qui ne sert aucune de vos parties. Aussi, quel est pour vous, excellence, l'héritage de cette guerre: Rasken est isolée sur le plan diplomatique et il n'y a guère de monde pour défendre votre cause. Votre revendication sur le Gradenbourg est toujours douteuse aux yeux du reste du monde, vous avez à votre porte un État qui s'arme et qui s'entraîne avec vous, dans une escalade qui si elle éclate, mettra en danger les intérêts commerciaux qui vous lie au gouvernement que je représente, et ce pour des gains territoriaux très modestes et une région dont la mise en valeur est, vous le pardonnerez, négligeable. Vous vous êtes mis en porte à faux avec plus de gouvernements qu'il m'est permis de l'imaginer. Si il n'y avait que la Confédération dans la balance, je dirais que vous auriez encore toutes vos chances de pérenniser votre présence au Gradenbourg. Mais dans le contexte actuel, vous êtes au prises directes ou indirectes avec quatre entités: la Confédération, l'OND qui a déjà fait acte de protection de cette dernière, Fortuna qui est un autre problème dont nous allons reparler, et la Mahrénie.

Dans ce contexte, vous comprendrez que vous êtes en position difficile dans cette négociation, et qu'il vous faudra lâcher du lest. Et je suis dans le regret de vous annoncer qu'il n'y a aucun scénario, malgré l'amitié historique qui lie nos deux nations, où je conçois que vous pourriez garder la souveraineté du Gradenbourg à long terme. Le Sénat est également très inquiet que vos pertes ne se limitent pas au Gradenbourg en cas de conflit. En effet, chaque minute que vous passez avec la Confédération à vous disputer ce territoire attire les corbeaux et les charognards. La Mahrénie vous a d'ores et déjà menacé d'un ultimatum vous intimant de vous retirer, et je vous invite ainsi à considérer cette réunion pour une porte de sortie honorable qui vous permettra de sortir la tête haute et avec des compensations de cette mauvaise passe, et qui seront préférables au diktat de communalistes qui veulent la perte d'Apex Energy.

Comme vous le savez, mon gouvernement s'est engagé à défendre l'intégrité territoriale de Rasken, et pour nous, cela ne comprend pas le Gradenbourg. Aussi, vous serez seul contre la Mahrénie et la Confédération en cas de guerre. J'espère que vous avez conscience que la Mahrénie a un autre but derrière la rétrocession du Gradenbourg, et que leur but à long terme est le démantèlement de votre industrie pétrolière qui fait pour 30% de votre PIB annuel brut. Je vous laisse imaginer la catastrophe que cela constituerait. En plus de cette mise en danger des actifs d'Apex, je me permets également de vous rappeler que vous êtes le seule producteur d'armement d'importance en Eurysie qui maintient une politique de non alignement relative, en plus d'être l'un de nos fournisseurs favoris. Or, nous pensons que l'escalade entre vous et la Confédération ne fait que ralentir votre industrie, qui doit se focaliser sur une menace permanente et réduit ainsi vos marges d'exportation. Et Velsna s'inquiète là encore pour le partenaire commercial que vous êtes.

Aussi, si vous négociez avec la Mahrénie plutôt qu'avec nous, j'ai bien peur que vous ne perdiez beaucoup plus qu'une bande de terre. N'êtes vous pas d'accord ? Considérez ici que mon but n'est pas de vous voler, mais de vous sauver. Si nous nous sommes engagés à vous défendre des mahréniens, mes troupes ne vont pas rester ici éternellement. Et si votre situation auprès de vos voisins ne s'est pas régularisée à mon départ, je puis affirmer que vous ferez face à de graves problèmes.



DiGrassi se tourna alors vers la jeune ministre nationaliste, et fit de même qu'avec Stanislav: une analyse de la situation que DiGrassi estime être honnête et franche:
- Madame la ministre. Si la situation raskenoise telle que je l'ai décrite peut paraître précaire, mais cela ne signifie pas que la votre est confortable. Loin de là. La Confédération est dans une situation problématique: en premier lieu, il convient de mentionner que l'une des composantes de cette dernière, l'Altarie, ne semble pas partager votre haine de Rasken. Au contraire, nous avons aboutit à la situation ubuesque où une partie de votre pays a pactisé avec ces derniers. Mais si ce n'était que ça... Certes, j'estime, en cas de conflit ouvert avec les raskenois, que vous pourriez vous appuyer sur d'autres entités pour vous emparer du Gradenbourg. Mais malheureusement, je n'en vois aucune qui ne vous ferait pas tomber dans la dépendance de l'un de ces pays. C'est un comble pour un gouvernement qui compte des éléments "nationalistes" tels que vous, que de laisser accès libre à votre territoire à des hordes armées étrangères pour garantir votre sécurité. La lutte contre les raskenois vous pousse à faire ces choix contre-nature et paradoxalement, font de votre souveraineté une notion de plus en plus ténue.

En second lieu, vous pourriez en théorie également vous appuyer sur la Mahrénie pour récupérer par la force le Gradenbourg. Mais là encore, à quel prix ? Il convient de rappeler qu'avoir une puissance communaliste à ses portes est rarement un bon signe pour un État d'une obédience politique telle que la votre. Bien souvent, un accord avec le Grand Kah ou l'un de ses vassaux est le premier signe d'une dépendance économique et d'un entrisme agaçant qui je suis sûr, ne sont pas la direction qu'entend prendre votre nation. La Grande République vous donne ainsi l'opportunité de régler ce différend sans un seul coup de fusil, et sans faire appel au concours de puissances étrangères, dont le but n'est que d'exploiter les opportunités que permettent votre faiblesse. Une fois cette affaire réglée et la Mahrénie n'ayant plus d’intérêt à s’immiscer dans une dispute territoriale qui n'existera plus, l'armée velsnienne se retirera complètement de la région et disparaîtra de votre vue. Le tout sans aucune demande: pas de compensation financière, pas de concession économique, pas de concession politique excepté une seule que j'évoquerai le moment venu et qui n'est en rien contraignante. En bref, j'estime que Velsna est votre seule et unique chance de ne pas troquer un conflit territorial pour une dépendance. Et celle-ci ne se représentera pas deux fois: je n'ouvre pas ma porte deux fois.



Lorsque le velsnien eut terminé son exposé, il ferma son carnet en prenant le soin d'y laisser un marque-page. Il releva la tête, fixa à nouveau ses interlocuteurs et conclu:
- Libres à vous de contredire ou de souligner une faiblesse dans mon analyse. Mais reste est qu'il s'agit du fruit de mon observation, et nous ne pourrons pas arriver à un accord aujourd'hui si vous ne pouvez pas reconnaître mutuellement la précarité de votre situation. Il me tarde de vous faire savoir ma proposition afin qu'aucune de vos parties ne se sente perdante aujourd'hui. Car je pense que c'est tout à fait possible, et souhaitable pour vous.

Un large sourire de contentement illumina le visage de Mariya Dovhan à l'écoute de la remarque de DiGrassi quant à sa ponctualité. Si l'évocation de cette première « victoire » de la vice-présidente hotsalienne sur Rasken n'était sans doute nul autre qu'une plaisanterie légère de la part du sénateur velsnien, la ministre la comprenait au premier degré et en tirait une réelle fierté. Pareillement, la parenthèse de DiGrassi sur la valeur qu'il accordait à la ponctualité lui fit croire avec une candeur certaine que, par ce seul fait, elle venait déjà de se mettre son arbitre velsnien dans la poche, ce dont elle ne doutait pas qu'il allait grandement faciliter les négociations à venir. Si elle n'était qu'illusion naïve, cette perspective avait le mérite de mettre l'Hotsalienne de très bonne humeur avant l'arrivée de son interlocuteur raskenois.

Quand commencèrent à fuser les commentaires sur la promptitude que la « jeune » femme avait à s'afficher sur les réseaux sociaux, notamment avec son pitbull, Mariya Dovhan ne remarqua pas l'agacement pourtant ostensible de DiGrassi face aux égarements de son subordonné, rétorquant au contraire sur un ton enjoué.


Mariya Dovhan, Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale, Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de la République d'Hotsaline et Présidente de la Voix des Exilés
Mariya Dovhan
Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de l'État de Réclamation Nationale d'Hotsaline
Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale de la République d'Hotsaline
Présidente de la Voix des Exilés


« Ce n'est pas la seule ressemblance qu'il partage avec le vrai, vous savez. J'ai été obligée de le faire castrer. Ce n'est pas le plus futé des chiens, mais il est vraiment très agressif. »

À l'arrivée du monarque raskenois, le sourire qui irradiait jusqu'alors le visage de Mariya Dovhan, expression d'une joie réelle, ne devint plus qu'une façade dissimulant sa répulsion.

« Tiens ! Quand on parle du loup... »

Elle consentit à saluer l'Empereur Stanislav, mais du bout des doigts et en arborant un rictus d'une fausseté flagrante et assumée.

« C'est amusant que vous posiez la question. Peu après que nous ayons franchi la frontière de Rasken, une odeur nauséabonde a envahi l'avion. J'ai cru que l'un des moteurs était en train de brûler, mais le chef de bord m'a assuré que ces relents devaient provenir de l'air extérieur. Étrange, non ? »

Elle se garda bien de s'intéresser davantage à son interlocuteur ou de lui retourner ses questions. Une fois la « poignée de mains » terminée, elle abaissa son bras pour s'essuyer les doigts sur le côté de son pantalon. Un geste qu'elle effectua sans ostension, mais sans non plus d'effort particulier pour le dissimuler aux regards des autres personnes présentes. Cela n'empêcha guère DiGrassi de mettre un terme à ces « amabilités » pour entrer directement dans le sujet du jour, en entamant un long exposé sur les raisons pour lesquelles, selon lui, Rasken et l'Hotsaline avaient tout intérêt à trouver un accord dès aujourd'hui sur la question gradenbourgeoise. Alors que le Stratège énumérait la situation « précaire », selon ses propres termes, dans laquelle se trouvait l'Empire Raskenois, le sourire de Mariya Dovhan allait grandissant à mesure que le sénateur énumérait les faits. Finissant complètement aux anges à la fin du petit exposé du Velsnien, au cours duquel elle n'avait pas manqué de lâcher quelques gloussements étouffés dans sa main, la ministre hotsalienne sentit ses muscles zygomatiques se relâcher rapidement lorsque DiGrassi commença à évoquer le cas hotsalien.

Dans un premier temps concentrée sur le discours de son hôte, qui lui fit lever brièvement les yeux au ciel à l'évocation du nom de l'Altarie, l'attention de Mariya Dovhan se dissipait à mesure que son interlocuteur déroulait son propos, pour venir se fixer sur quelque chose d'autrement plus intéressant. Il lui semblait bien que, avec ses talons, elle était plus grande que l'Empereur de Rasken ! Elle scruta Stanislav, tentant de jauger sa hauteur, et commença même à porter sa main vers le haut de sa tête pour mesurer leur écart. À ce moment, elle avait totalement oublié DiGrassi, qui continuait de lire ses notes sous le regard toujours attentif du monarque local. Alors qu'elle déplaçait lentement sa main horizontalement en direction de Stanislav depuis son propre front, elle remarqua le silence qui régnait désormais dans la pièce depuis une demi dizaine de secondes : le Velsnien avait fini son discours.

Mariya Dovhan rabattit vivement son bras le long de son corps et tourna à nouveau son regard vers DiGrassi, avant de lui répondre :


« Je pense que nous sommes tous au fait de la situation, ici. Pourquoi ne pas nous donner directement votre proposition, Matteo ? On gagnerait tous du temps, je pense. Je saurai rapidement vous dire si elle est acceptable pour le Conseil, et surtout pour les Hotsaliens. »

Elle l'avait appelé « Matteo » par habitude. Au sein du Conseil des ministres hotsalien comme parmi les cadres de son propre parti, tous s'appelaient par leurs prénoms. Elle n'envisageait même pas qu'il puisse en être autrement dans un autre contexte ou un autre pays.


Stanislav Schützenberger – Une odeur nauséabonde ? Curieux, les stations de contrôle de la qualité de l’air ne rapportent rien. Vous devez être tellement habitué à l’odeur des centrales à charbon et de la pollution que vous en avez oublié ce qu’est l’air frais. Mais enfin bref, la rencontre d’aujourd’hui n’a pas pour sujet la perte de votre odorat. De plus, je vois que vous vous essuyez la main après me l’avoir serrée. Vous faites bien, il paraît que l’ADN germanique se transmet facilement aux Slaves. Je ne voudrais surtout pas contaminer la pureté slave hotsalienne.


Après ce début "d’échange", l’empereur raskenois commença à écouter l’argumentaire de Matteo DiGrassi et, même s’il n’était pas d’accord avec tout, il reconnaissait qu’il avait raison sur certains points. Non pas que le problème soit la rétrocession ou non de l’AMG, mais plutôt la Mahrénie et le fait qu’elle se montrait, jour après jour, de plus en plus menaçante. Et même si, actuellement, Rasken et l’UEE étaient en capacité de la repousser, nul doute qu’avec le soutien du Kah, le jour viendrait où ce petit État d’Eurysie centrale serait en mesure de battre militairement bon nombre de nations. Une fois l’argumentaire de DiGrassi terminé et l’intervention de Dovhan passée, Stanislav prit la parole, dans un premier temps, non pas pour répondre à DiGrassi, mais pour répondre au manque de respect dont venait de faire preuve la ministre hotsalienne envers le sénateur velsnien. Du point de vue de Stanislav, le comportement de Dovhan était digne d’un enfant de 4 ans dans une garderie, pas d’une diplomate.


Stanislav Schützenberger – À ce que je vois, c’est facile d’écouter les critiques sur les autres, mais quand ça nous concerne, on fait la sourde oreille. Je m’attendais à mieux de la part d’une personne partant de rien et arrivant à se hisser dans les plus hautes instances d’un pays. Dernière chose : même si ça ne vous intéresse pas, vous pourriez tout de même écouter le Sénateur DiGrassi, par respect au moins. Que vous n’ayez pas de respect pour moi, bon, je m’y attendais. En revanche, ayez un minimum de respect pour la personne qui essaye de régler nos problèmes. Et si vous pouviez arrêter de jouer avec votre bras, on dirais une enfant de 4 ans.

Mais bref, retournons au sujet principal de cette rencontre. Je suis d’accord avec vous, Sénateur DiGrassi, sur le fait que les voisins de Rasken s’arment, ce qui pourrait mener à une guerre. Donc, pourquoi gardons-nous l’AMG ? Comme vous l’avez dit, l’AMG n’a que peu de valeur économique ; à vrai dire, c’est même plus un gouffre financier qu’autre chose, tant Rasken investit de l’argent depuis 20 ans pour développer la région et remettre à niveau son économie. Si c’était pour des raisons économiques, nous serions partis depuis longtemps. Comme je vous l’ai dit, c’est un gouffre. Si nous restons, c’est d’un côté parce que la région est peuplée en grande partie de Raskenois ou de descendants de Raskenois, et nous refusons de les abandonner. Et de l’autre, parce que les habitants eux-mêmes ne veulent pas que nous partions, qu’ils soient raskenois, gradenbourgeois ou même hotsaliens. Ne vous en déplaise, Madame Dovhan, vous pouvez le nier si vous le voulez, mais si, même après 20 ans "d’occupation par les méchants Raskenois", comme vous aimez dire, il n’y a pas de révolte, c’est pour de bonnes raisons.

De plus, Sénateur DiGrassi, je trouve quand même cela limite de juger de l’importance d’une région sur sa mise en valeur et sa taille. Je ne pense pas que vous abandonneriez l’Achosie du Nord aux Achosiens s’il y avait un pays limitrophe qui menaçait la Grande République. Or, de mémoire, l’Achosie du Nord ne représente également pas grand-chose dans votre économie tout en étant quasiment six fois plus petite que l’AMG.
"L'Achosie ne représente pas grand chose"... Lorsque l'empereur Stanislav eu prononcer ces mots, on pu entendre la mine de DiGrassi se casser contre le carnet sur lequel il prenait ses notes. Son crayon s'était figé, de même que ses yeux qui s'accrochèrent au regard de l'empereur pour ne plus le lâcher. Les poumons d'Albirio s'emplirent d'air et il se leva subitement de sa chaise avant d'être retenu par le Maître de l'Arsenal, d’émettre le moindre son. D'un geste du bras, il retint son élan:
- Non. Mon ami, pas cette fois. Il ne l'a pas fait exprès, j'imagine.

Matteo DiGrassi, lorsque l'empereur eu terminé son exposé, s’affaissa dans son fauteuil. Que faire de ces deux affreux ? Son ton était devenu plus sévère, à la limite du reproche. Ses mots étaient devenus tranchants:
- Mes excellences. Votre...majesté, madame la ministre... Vous avez des titres, vous êtes détenteurs de fonctions à l'impérieuse importance . Vos deux pays sont parvenus à un moment de bascule qui pourrait bien redéfinir vos avenirs respectifs. Et pourtant, lorsque je vous entends, je n'ai pas l'impression que vous saisissiez que cette occasion qui se présente à vous, sera probablement la dernière que vous aurez de régler ce différend historique d'une manière qui ne nécessite pas la sacrifice de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Je vois une ministre qui insulte d'entrée de jeu la personne en face d'elle et avec qui elle est supposée parvenir à une forme d'accord, et un empereur, qui se permet d'insulter le médiateur de cette discussion. Ce qui ne me paraît pas, en politique, une idée particulièrement brillante. Je me permets de vous rappeler que vos vulgarités respectives affecteront des milliers d'individus. Alors pesez vos mots, parce que je pense sincèrement que si vous ne trouvez pas de solution à vos problèmes, la prochaine fois, vous devrez le faire non pas devant moi, mais devant un officier mahrénien qui aura déjà décidé à votre place.

Il se tourna pleinement vers le raskenois

Votre excellence Stanislav, vous estimez que la situation du Gradenbourg, territoire vivant sous une administration militaire depuis une vingtaine d'années, est comparable à l'Achosie du Nord, qui est peuplée de citoyens velsniens de plein droit depuis 800 ans, vivant au sein de cités libres et autonomes ? Eh bien soit...si c'est là votre argumentaire, qui suis-je pour contredire votre excellente lecture de la situation... Mais retournons à des propos plus sérieux. Votre situation à tous deux est complexe, mais je pense qu'elle n'est pas condamnée à l'impasse...à condition de se montrer raisonnable. Si cela peut vous rassurer, je ne vais proposer ici aucun déplacement de population, ni déportation de masse ou autre procédé un peu trop "listonien", mais conviendrez que cette administration militaire n'est pas reconnue par qui que ce soit si ce n'est vous ou les quelques pays qui n'ont pas encore quitté l'UEE, et en qui vous semblez donné une confiance qui me paraît légèrement disproportionnée par rapport au soutien réel qu'ils ont pu vous fournir jusque là.

Le regard de DiGrassi se décrocha enfin de celui de Stanislav, qui ne l'avait pas lâché depuis son propos sur l'Achosie du nord. Ses yeux bleus impassibles se tournèrent vers la ministre Dovhan, sans que sa tête ne pivote d'un pouce:
- Madame la ministre. Vous êtes vous même marquée dans votre chair par ce conflit, aussi je propose ces termes qui pourraient faire refermer quelques cicatrices. Ainsi figure dans la proposition velsnienne cette liste de demandes...Albirio, mon ami, apporte moi la carte.

L'imposant sénateur qui secondait DiGrassi déplia sur le bureau, entre tous les intéressés, une carte de la région gribouillée de feutre rouge (et accessoirement de traces de tasses de café):
- Mes excellences. L'administration militaire du Grandenbourg, en l'état du moins, ne peut plus exister tant elle suscite le désaccord. Nous actons donc sa disparition au profit d'un territoire à l'autonomie élargie sous la suzeraineté nominale de la Confédération. Mais il ne faut pas penser que cela signifie un retour à la situation d'avant 1994. Comme l'a souligné son excellence Stanislav, nous ne pouvons pas faire comme si la population raskenoise sur place n'existait pas. Ainsi, si la confédération entend récupérer ce territoire, elle devra se soumettre, sous peine de perdre le contrôle du Gradenbourg, à plusieurs conditions.

En premier lieu au sujet de la population raskenoise, celle-ci aura un droit de libre-circulation complet, du Gradenbourg vers Rasken et inversement, le tout garanti par vos deux gouvernements. Deuxièmement, la confédération sera dans l'obligation de fournir aux citoyens raskenois du Grandebourg une représentation politique dans le cadre des futures institutions d'un Gradenbourg qui sera régit comme une entité semi-autonome. Troisièmement, la Confédération sera dans l'obligation de fournir tous les services de type administratif à ces citoyens dans la langue raskenoise. Toute politique de déplacement forcé ou d'assimilation par quelque moyen que ce soit rendra ce traité éventuel caduque. Enfin, le Gradenbourg sera un territoire entièrement démilitarisé et tout déplacement de troupes de n'importe quelle entité de la confédération. Il ne sera toléré que la garnison d'une troupe de 10 000 hommes au maximum, et sans le moindre équipement lourd. Une police militaire en somme, dont le commandement sera qui plus est autonome. Il va également de soi que le gouvernement du Grandebourg actuellement en exil, et qui reviendra sur place, sera tenu de maintenir une politique de stricte neutralité en cas de différend entre Rasken et le reste de la Confédération.

En d'autres termes, la Confédération récupère le pays du Gradenbourg, mais le territoire sera considéré comme une zone franche pour les citoyens raskenois du dit territoire, et ceux-ci auront des droits spécifiques à leur condition.


Le velsnien posa son carnet sur son bureau, enfin, il ne devait plus avoir besoin de ses notes pour jauger ces deux "émissaires". Mais ce dernier eu encore quelques mots avant de recevoir un premier avis de ses interlocuteurs, lourds de sens:
- Vous me parliez de l'Achosie du Nord tout à l'heure, excellence Stanislav. J'en suis natif. Je me souviens, quand j'étais enfant, quand les attentats terroristes ont commencé à se multiplier. Il ne fallait pas jouer dehors, c'était dangereux, qu'on nous disait. Le gouvernement velsnien de l'époque a fait une succession de mauvais choix avec ces gens, je me suis retrouvé à m'engager pour ma cité à mes 17 ans, et à patrouiller dans la campagne achosienne, en me demandant si tel ou tel civil était digne de confiance. En ayant peur de m'endormir dans mon lit. Mon gouvernement a choisi l'inflexibilité à l'époque.

Vous pourriez en faire de même, et refuser cette proposition. Mais êtes vous prêts à en payer le prix, mes excellences ? Quand j'étais un jeune officier avec moins de jugeote, j'ai décidé que ça en valait la peine. Et je passe pas une journée sans regretter ce qui a été commis là-bas. Mais quand on s'engage sur un chemin, il faut aller jusqu'au bout et n'avoir ni retenue, ni réserve, ni concession dans la violence qu'on exerce à l'endroit des autres. Si vous refusez ma proposition aujourd'hui, tous deux, il vous faudra vous engager sur ce même chemin. Et quand vous vous regarderez dans le miroir, vous ne verrez que des cadavres. Du moins, si vous avez le temps d'avoir des regrets au vu de ce que la Mahrénie prépare pour vous deux. Le choix est vôtre, moi, j'ai déjà fait les miens, mais il serait intelligent de votre part de ne pas répéter mes erreurs, à moins que la transposition dans votre contexte de centaines de celtes entassés dans des fosses communes est l'idée que vous vous faites de votre avenir. Bien entendu, l'accord que je vous propose est perfectible, soyez donc libres d'ajouter ou de retirer des conditions. D'autant que ces propositions ne sont pas les seules que je garde dans ma manche.

Les vaines tentatives du farfadet à mèche blanche pour garder la face amusaient Mariya davantage qu'elles ne l'agaçaient. Après des années passées à se mettre en scène sur les réseaux sociaux, la ministre hotsalienne était devenue une habituée des « clashs » et autres joutes verbales par vidéos interposées. Elle était passée maîtresse dans l'art de l'agressivité passive, là où son interlocuteur, à en juger par sa prestation, était encore novice. Le lilliputien prenait beaucoup de temps à chercher ses mots, créant des temps morts qui témoignaient d'une bien faible assurance, pour finalement délivrer des réponses qui n'étaient soit pas assez incisives, soit l'étaient beaucoup trop. N'importe qui aurait certainement mis un terme à la discussion au moment où le nabot germanique avait totalement perdu le contrôle en s'en prenant directement à la personne même de Mariya Dovhan, la qualifiant « d'enfant de quatre ans ». Mais il en était tout autre de la vice-présidente hotsalienne, qui à cet instant se fendit d'un grand éclat de rire, manifestation extérieure de la joie qu'elle ressentait en savourant cette nouvelle petite victoire.

Elle se reconcentra lorsque le sénateur DiGrassi sonna la fin de la récréation. Inutile de continuer une partie déjà gagnée. Elle écouta donc la proposition du Stratège - ce pour quoi elle était venue - avant de réagir.


Mariya Dovhan, Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale, Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de la République d'Hotsaline et Présidente de la Voix des Exilés
Mariya Dovhan
Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de l'État de Réclamation Nationale d'Hotsaline
Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale de la République d'Hotsaline
Présidente de la Voix des Exilés


« La proposition que vous présentez concernant le Gradenbourg est très intéressante. Les détails des termes que vous avez exposés mériteraient certes quelques discussions plus fines mais, pour ce qui est du principe de base, il s'agirait a priori d'une disposition acceptable pour les autorités kresetchniennes.

Mais il ne s'agit que du Gradenbourg. Or, n'oublions pas que celui-ci ne représente qu'une portion du territoire occupé par l'Administration Militaire. La raison pour laquelle je me trouve aujourd'hui face à vous, en tant que Vice-Présidente du Conseil qui régit la République d'Hotsaline, c'est bien parce qu'une large proportion du territoire de mon propre pays se trouve lui aussi sous occupation raskenoise. Et il en va de même d'une partie des terres de la République de l'Avène Libre, un allié proche de l'Hotsaline, dont nous ne transigerons pas non plus sur la souveraineté. Le gouvernement de réclamation nationale que je représente a été créé, il y a de cela un peu plus d'un an, avec un objectif clair : rétablir la souveraineté de la République d'Hotsaline sur l'ensemble de son territoire, qu'il soit aujourd'hui occupé par les Raches ou par Rasken. Le Conseil n'acceptera jamais une proposition qui exclut le retour des territoires hotsaliens sous la souveraineté pleine et entière de notre République, tout comme nous ne saurions tolérer une partition définitive du territoire de la République de l'Avène Libre, pour la simple raison qu'une telle disposition irait à l'encontre des engagements pris vis-à-vis de nos concitoyens comme de nos alliés.

Vos propositions semblent formulées dans le sens de la reconnaissance de l'importance de la population raskenoise au Gradenbourg, et du respect de leur présence sur place en tant que citoyens de plein droit. C'est tout légitime, et nous ne le contestons en rien. Cependant, il en va tout à fait différemment des territoires hotsaliens et avourgeois occupés par Rasken, qui n'ont pas connu l'immigration raskenoise qui a déferlé sur le Gradenbourg pendant la guerre civile qui a fait rage chez nos voisins au cours du siècle dernier. La séparation de ces territoires vis-à-vis de leurs mères patries n'est le fruit que de l'impérialisme militaire raskenois, et aucun argument culturel, historique ou même économique ne saurait justifier la pérennité de cette partition, même après la fin de l'occupation de ces terres par l'Empire. »

Au moment où Dovhan mentionna la souveraineté de l'Avène Libre, il ne put s’empêcher de penser à cela : « Mais de quelle souveraineté tu nous parles ? Ton gouvernement étais prêt à vendre l’Altarie pour obtenir du soutien contre les Raches. » Une fois sa prise de parole terminé, Stanislav prit la parole.


Stanislav Schützenberger – Si je vous ai insulté, Excellence DiGrassi, je m’en excuse sincèrement, ce n’était nullement mon intention, mais à mon sens, les deux situations ont tout de même des points communs. Enfin bref, comme vous l’avez dit, retournons au sujet principal. Vous avez mentionné, à raison, le fait que l’Administration Militaire du Gradenbourg (AMG) n’est pas reconnue à l’international. Mais là où je pense que vous et la majorité des pays faites erreur, c’est de penser que l’AMG est une administration militaire pure et dure et que l’armée contrôle tout, or ce n’est pas le cas. Ce type d’administration a bel et bien existé, mais seulement de 1994 à 1999, le temps de reconstruire les infrastructures et de remettre sur pied un système fonctionnel. Depuis 2000, l’administration militaire, en tant que telle, a énormément perdu en pouvoir. En effet, l’AMG dispose d’un gouvernement propre avec une assemblée nationale et des députés élus qui gèrent les affaires internes, la dernière élection ne datant de pas de plus tard que janvier dernier. L’administration militaire, en tant que telle, ne garde le contrôle que sur l’armée et les forces de l’ordre, ainsi qu’un léger pouvoir législatif à l’assemblée nationale, pouvoirs qui ne n’est quasiment jamais utilisés.

Mais bref, admettons, admettons que Rasken se désengage, qu’adviendrait-il des institutions actuellement en place au sein de l’AMG dans votre plan de transition ? Pour ce qui est de la libre circulation, c’est un impératif si nous nous désengageons. Ensuite, pour la garnison sur place, je comprend votre raisonnement, mais est-ce vraiment une bonne idée de laisser seulement 10 000 soldats, uniquement équipés d’armes légères, alors que la Mahrénie ne va pas nous oublier du jour au lendemain parce qu’on aura réglé nos problème ? La Mahrénie ne porte pas Rasken dans son cœur et déteste encore plus le nouveau gouvernement hotsalien. Alors est-ce vraiment judicieux de ne laisser que 10 000 soldats sous-armés ?
DiGrassi regarda sa montre avant de répondre, impassible, avant de répondre aux doléances respectives des deux invités, dont le ton était quelque peu revenu dans des décibels plus acceptables à l'oreille:
- Je puis vous rassurer tous deux. En premier lieu, excellence Stanislav, vous n'êtes pas sans savoir que la Mahrénie a utilisé le motif de la situation du Gradenbourg afin d'adresser un ultimatum à vos services. La stratégie mahrénienne est on ne peut plus simple, et je peux faire deux hypothèses quant à leur but: à savoir vous pousser à restituer le Gradenbourg. Soit pour y établir un État tampon communaliste entre vos deux entités, soit en le restituant à la Confédération moyennant des concessions politiques importantes qui vont dans le sens d'une infiltration du système hotsalien. Ces deux hypothèses sont dommageables pour vous deux, et c'est là l'une des raisons pour lesquelles, je suppose, vous avez accepté cette médiation.

Or, si le problème du Gradenbourg est réglé, la Mahrénie n'aura plus de justification solide, et ses ardeurs se calmeront. Non pas qu'ils vous apprécieront davantage, mais vous ne leur donnerez plus de grain à moudre à votre encontre à tous deux. Ce faisant, je suis confiant, et m'est d'avis que l'établissement du Gradenbourg raskenophone en tant que zone démilitarisée est une bonne chose, ne serait-ce que parce que cela contribuera à rétablir un climat de confiance entre vous et la confédération. Tout en tenant les mahréniens tranquilles, ces derniers se nourissant volontiers des troubles dont vos camps respectifs ont été sujet depuis vingt ans. Concernant le libre-passage, je l'ai déjà évoqué: il sera garanti. De même, j'entends dissiper vos inquiétudes quant à la représentation politique des raskenois au Gradenbourg: celle-ci sera assurée tel que je l'ai formulé dans le cadre d'un gouvernement, certes sous suzeraineté nominale de la Confédération , mais qui agira en toute autonomie. Le droit des peuples à disposer d'eux mêmes ne sera pas oublié, c'est même la base de travail indispensable pour que cet accord se perpétue.

En revanche, comme madame Dovhan l'a mentionné, le gouvernement de l'Avène est en droit de récupérer la partie de l'AMG francophone qui était sous son administration avant 1994. Il en va de même pour les anciens territoires de l'Hotsaline à majorité slave que vous évoquez, madame la ministre. Globalement, nous devrions donc retrouver les frontières de 1994, mais cette fois ci, nous nous assurons que tout le monde y trouve son compte en garantissant des droits élémentaires à toutes les minorités présentes sur le territoire.


DiGrassi se tourne à nouveau vers l'empereur blond:
- Naturellement votre excellence, je conçois que Rasken a consacré beaucoup d'argent à l'entretien de cette administration durant toutes ces années. Et le Sénat velsnien tient énormément à ne pas provoquer de retombées financières sur vous. Ce faisant, je tiens à vous dire que Velsna s'engage, en échange de ces concessions, à un versement de 50 milliards de florius sur trois ans. En crédits internationaux, cela fait 50 000, je crois, je ne suis pas habitué à cette devise. Albirio ?

Le sénateur Albirio, qui avait davantage les airs d'un garde du corps que d'un parlementaire, mis ses lunettes sur son nez avant de confirmer:
- Cela fait...49 988 unités internationales standard, excellence DiGrassi. Vous vous étiez trompé dans les chiffres tout à l'heure.
- Comment ça ? Je me sui trompé ?

DiGrassi se penche vers le brouillon de son confrère:
- Nan. Regarde, il y a une retenue là. - pointe t-il du doigt sur la feuille -
- Ah oui...mea culpa, ça fait 50 000. - corrige finalement Albirio -

Stanislav Schützenberger – 50 000 crédits internationaux ? Le Sénat de la Grande République de Velsna est prêt à donner autant que ça à Rasken ? Je ne m’attendais pas à cela, cependant, Excellence DiGrassi, vous pouvez dire au Sénat qu’il peut ranger son chéquier, nos armes sont à vendre, pas les citoyens que l’on s’est promis de défendre. Ce n’est pas une question d’argent, le Sénat aurait très bien pu proposer 50 000 crédits internationaux par semaine ou par jour que ma réponse aurait été la même.

Que Rasken rétrocède les territoires hotsaliens, pourquoi pas, que Rasken rétrocède les territoires avourgeois, de même. En revanche, que le Gradenbourg et ses citoyens soient laissés seuls et sans défenses, c’est non, comme je l’ai dit, les citoyens ne sont pas à vendre.

Le Sénat s’inquiète que la perte de l’AMG pourrait avoir des retombées financières sur Rasken ? Eh bien c’est vrai, mais cela n’entraînerait pas de pertes, mais des gains, comme je l’ai dit, l’AMG nous coûte beaucoup plus qu’elle ne nous rapporte.
La vice-présidente hotsalienne leva les yeux au ciel lorsqu'Albirio commença à faire ses calculs. Ces barbares latins croyaient-ils donc pouvoir tout acheter avec de l'argent ? Cinquante milliards de florius qui plus est, pour le Gradenbourg... Pourquoi ne pas proposer à l'empereur Stanislav un pin's ONDehors en prime, avec un porte-clés pendant qu'on y était ? Évidemment, la réaction du gnome raskenois ne s'était pas faite attendre, et elle était sans surprise. Mariya Dovhan imaginait mal de voir les Raskenois céder le Gradenbourg après plus de vingt ans d'occupation, au cours desquels ils avaient investi des sommes considérables pour essayer de se faire bien voir de la population. C'était comme donner un billet de cent en compensation à quelqu'un qui venait de se faire faucher sa voiture. Ridicule...

Plus la discussion avançait, plus il devenait évident que pas grand chose d'intéressant ne sortirait de cette rencontre, si ce n'est la certitude quant au nanisme de la version humanoïde de Stanislav. Pour ce qui est du Gradenbourg, de l'AMG, tout ça... Bah ! De toute façon, DiGrassi aurait fini par demander à Mariya que « disparaisse » la base teylaise qui assurait la défense de l'Hotsaline. La Gradenbourgeoise qui avait rencontré le Stratège velsnien à Velcal lui avait conté toute la scène, jusque dans les détails de la gestuelle mafieuse aux accents grotesques du vieux sénateur. Décidément, la diplomatie velsnienne s'était montrée bien trop confiante sur ce dossier. Car si le Conseil de Réclamation Nationale avait fait l'effort de détacher, par curiosité, l'un de ses représentants pour voir de quoi il retournait concernant la proposition de la Grande République, l'Hotsaline n'était absolument pas prête à abandonner la protection du Royaume de Teyla, son seul véritable allié, face aux invectives belliqueuses grandissantes de la Mährenie voisine.

L'expérience avait assez duré, et l'air raskenois devenait de plus en plus irrespirable pour Mariya Dovhan, dont le mal de crâne s'amplifiait à mesure que son regard était exposé aux réflexions lumineuses agressives de la mèche blanche de Stanislav.


Mariya Dovhan, Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale, Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de la République d'Hotsaline et Présidente de la Voix des Exilés
Mariya Dovhan
Ministre de la Réintégration des Territoires Occupés de l'État de Réclamation Nationale d'Hotsaline
Vice-Présidente du Conseil de Réclamation Nationale de la République d'Hotsaline
Présidente de la Voix des Exilés


« Ouah, quelle surprise... Hashtag la dinguerie ! fit-elle sur un ton ostensiblement lassé.

Si c'est ce ce que vous aviez à proposer, Matteo, je pense qu'on peut s'arrêter là. Je sais que vous pensez que "l'argent fait pencher la balance du côté qu'il souhaite" mais, visiblement, pas toujours !

Sur ce, Messieurs... Stanichou... ce fut un plaisir !


Après avoir remonté la bandoulière de son sac à main jusqu'en haut de son épaule, et sans forcément attendre la réponse des autres participants au sommet, la ministre de la réintégration des territoires occupés s'éclipsa hors de la pièce en agitant la main pour un dernier coucou. Le bruit de ses talons battant le goudron qui recouvrait le tarmac contrastait avec le pas des rangers auxquels les murs de la base s'étaient habitués, ajoutant une dernière touche de féminité à un environnement qui, très vite, allait redevenir uniformément masculin. Dans un dernier élan d'élégance, juste avant de remonter à bord de son avion, Mariya Dovhan sortit son smartphone et le hissa au-dessus de son visage en mode selfie, immortalisant sa présence sur la base, la bouche en cul-de-poule et le V de la victoire dessiné par les doigts de sa main gauche. Il ne fallait pas y voir là un symbole de triomphe. Rien d'autre qu'un geste un peu fun pour montrer à ses abonnés qu'elle suivait la dernière trend.
Matteo DiGrassi observa la scène, impassible. Les choses avaient rapidement prit une tournure, qui au fond et au vu l'identité des deux intéressés, était une issue relativement probable. Les deux velsniens, ayant observé le départ de la ministre tiktokeuse, sans intervenir en aucune façon, restèrent là, face à l'empereur raskenois. Cette mèche...cette mèche était devenue omniprésente, tout d'un coup sur son visage, on ne voyait plus que cela. Cette mèche...a t-elle toujours été là ? Elle paraissait moins imposante en ce début de rencontre. Ou peut-être était-ce le poids de l'atmosphère de cette rencontre, accumulé depuis de longues minutes, qui s'était soudainement relâché, et qui avait fait ressortir ce que l'on ne souhaitait le moins voir des gens en face de nous. Des deux sénateurs, ce fut bien évidemment DiGrassi qui eu les premiers mots:
- Vous avez fait un choix, excellence Stanislav. Je pense que d'aucun parmi nous, ceux qui ont eu affaire à ce genre d'instant, avons conscience que c'est là chose difficile. Surtout dans votre position. Parfois, sur l'instant, nous avons tendance à ne pas nous rendre compte des erreurs que nous faisons, tout va si vite... Je ne vous ferai jamais le reproche de la décision que vous venez de prendre, sachez le. J'ai été à votre place par le passé. On m'avait également donné, à une certaine époque à choisir entre une proposition simple avec une issue simple, et une solution laborieuse et éprouvante. Et on dirait bien qu'aujourd'hui, vous et moi avons désormais un point commun: vous avez choisi le chemin le plus difficile et laborieux qui soit. Qui l'eut cru en vous voyant...

En soi, cette rencontre a été très instructive. Ses chances de réussite étaient faibles, et nous avons un certain nombre de constats à en tirer. Que la paix ou la guerre soit, notre intérêt primordial était de faire en sorte que les liens du commerce et de la bonne entente entre Velsna et Rasken restent intactes. Une réussite à l'occasion de cette rencontre aurait été un bonus louable, car cela aurait sécurisé tous ces investissements. Cela n'a pas été le cas, nous ferons avec. Mais j'ai une question à vous poser, excellence Stanislav, avant que nous ne nous quittions: dans votre situation actuelle, que comptez vous faire, désormais ? Vous qui avez prit la décision de refuser cette offre, vous devez forcément avoir une solution de sortie ? Ou alors avez vous pris la décision de faire du saut à l’élastique, mais sans l'élastique ?



Il y avait dans l'air cette odeur, cette odeur si tenace, qui s'accroche aux narines pour ne plus les lâcher. Quelque chose n'allait pas dans toute cette histoire..c'était comme si (HRP: attention éclatement du 4ème mur en approche)...la rencontre à laquelle on venait d'assister avait fait l'objet de tentatives d'influence à outrance, par des activités de rétro-RP, HRP et autres pratiques douteuses de RP, dont les personnages de cette scène ne pouvaient avoir conscience à ce moment précis. Qu'importe l'influence que cela ait pu avoir sur le dénouement de ce topic, ces procédés ne devraient pas avoir leur place dans un environnement de jeu sain, le résultat ayant été un moment particulièrement inconfortable.
Haut de page