21/03/2016
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Drovolski Sylva Velsna - Fête de l'amour de l'occident

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C’est le grand jour. Le 13 janvier 2015 se tient la grande fête de l’amour occidental, substitut à une fête nationale inexistante, où les grandes puissances venues soutenir le Drovolski sont conviées à apprécier son hospitalité. Cette fête est l’occasion pour le gouvernement de gagner la sympathie du peuple et d’éviter toute forme de considération hostile aux préoccupations de ses alliés, d’abord par la présence de ces dits alliés et ensuite grâce à un programme chargé de manifestations glorieuses. Pour ce jour particulier, les pouvoirs exécutif et judiciaire consentent à accorder des libertés et des droits exceptionnels à toutes les parties prenantes. En effet, les Mesolvardiens pourront écouter de la musique, manger des mets savoureux et discuter librement avec leurs hôtes, à la condition expresse d’afficher un sourire et de louer de manière obséquieuse tout discours porté par nos alliés, même les remarques désobligeantes d’un Sylvois. La fête dure une journée et, pour l’organiser, un comité a été formé et des mesures exceptionnelles ont été prises. La plus symbolique reste la ventilation de la ville pour en extraire les polluants les plus nocifs. La fête est organisée en mouvements et en chapitres pour aider le peuple à savoir quand sourire et quand être admiratif.

Le matin du 13 janvier, après l’arrivée des délégations à Mesolvarde, une grande parade militaire est donnée. Les marins de Benodile, Velsniens comme Mesolvardiens, défilent sous une musique militaire sonore mais peu guerrière. Violons, cuivres et vents sont de mise pour asseoir la petite puissance du Drovolski. Puis, signalés par les percussions, contrebasses et cuivres annoncent la présentation de multiples missiles balistiques, si bien que la place IDICE 2 du secteur 1 du district central de Mesolvarde devient, l’espace d’un instant, une démonstration spectaculaire du budget alloué par les Mesolvardiens à la dissuasion. Ont-ils quelque chose de si précieux à protéger ? Peut-être pas leur pays, car qui voudrait d’une décharge minière à ciel ouvert ?

Après quelques mots d’accueil de la délégation mesolvardienne, des flûtes traversières et un chœur concluent la marche, interprétés par l’orchestre militaire de la Croix de Verbonal, la croix des soldats qui, le mois dernier, avaient bravé les automates de l’ancienne installation Kowalski. On peut déduire, aux larmes mal dissimulées, que ces militaires sont aujourd’hui moins nombreux qu’avant cette intervention. Même en interne, les conflits font des victimes. En grande difficulté pour cultiver autre chose que des pommes de terre, le Drovolski a produit des fleurs artificielles en verre plombé, que les Mesolvardiens déposent au pied d’une statue énigmatique en forme de marteau. La délégation déclare : « Cette statue, c’est notre union ; notre peuple vous salue de son plein gré et avec la liberté d’esprit si connue de mon pays. Je peux fièrement affirmer que vous êtes appréciés. » À la suite de ces mots, certains manifestants sont écartés par les services de pacification.

Un messager impérial annonce : « Ce chapitre vient de se terminer. Nous vous invitons à nous suivre pour la lecture des ouvrages sylvois. Ils seront lus à haute voix. »

C’est effectivement ce qui a lieu, mais plus en criant qu’en lisant vraiment à haute voix, comme si l’on voulait que ces ouvrages soient entendus à travers les murs. Cependant, devant une extase pour le moins sincère, on comprend que peu de gens avaient lu ces histoires. Les ouvrages captivent la population, bien que certains remarquent que le ton employé pourrait en déformer le sens. Est-ce pour autant un problème ? Une fois par an, écouter des histoires sans les critiquer est-il si dérangeant ? C’est en tout cas ce qu’ont souligné plusieurs ministres qui n’avaient, eux non plus, jamais écouté ni lu d’histoire. On réalise que la splendeur des armes velsiennes lors de la marche rivalisait avec la beauté des mots sylvois, un peuple lointain sachant écrire dans une langue qui n’a plus d’auteurs vivants.

La journée continue avec un spectacle de cirque un peu étrange, couvert de publicités pour la promotion d’Apex. Après une musique empruntée à un film de série B, commence une pièce de théâtre intitulée « Le malade pas du tout imaginaire », une pièce importée de Carnival, dont la morale est que la prévention excessive est la plus efficace et souhaitable. Il est difficile de ne pas y voir un lobby pro-médicaments, tant de nombreuses compagnies pharmaceutiques y sont citées :

- Monsieur le médecin, si vous me donnez un poison, qui de vous en sera le soigneur ?
- Chacun de nous possède un médicament pour venir à bout de tout symptôme.
- Monsieur le médecin, ces symptômes sont causés par vos solutions, en font-ils donc des problèmes ?
- Chacun de nous a, pour chaque médicament, un autre pour prévenir les maux précédents.
- Monsieur le médecin, j’avais mal à la tête, et je suis soigné. Ensuite, j’ai eu mal au cœur, puis au dos. Si bien qu’à présent, j’ai 22 maux pour une seule solution.
- Vous n’avez plus mal à la tête.
- Mais pourtant, vous me marchez sur la tête.


Ayant refusé ces soins avec trop d’humour, celui qui voulait raisonner finit par mourir, moqué par la mort :
- On vient de te soigner et tu continues à poser des questions jusqu’à refuser. Apprends que la critique de la médecine mène à la mort ; l’aveugle est mieux servi.

Difficile pour les hôtes d’adhérer à une telle morale, mais à la surprise générale, les Mesolvardiens ont applaudi et semblent avoir grandement apprécié la pièce. Les acteurs sont remerciés avec enthousiasme par la foule en liesse.

On comprend alors les publicités d’Apex, quand, après ce moment étrangement joyeux, un discours sur les intentions écologiques de pétro-aristocrates est prononcé. La plupart des Mesolvardiens, pour ne pas dire tous, ne semblent pas comprendre le sujet. « L’environnement », « La pollution est un problème », on devine que les véritables destinataires de cette propagande sont les hôtes, qui ne tardent pas à le saisir.

À midi, le grand buffet de fruits sylvois et de poissons fujiwans commence. Dans le réfectoire central, rempli à 100 % pour l’occasion, des centaines de plats particulièrement simples mais savoureux sont servis à tous et sans restriction. À leurs tables, les hôtes peuvent voir les ouvriers se régaler avec assiduité et les remercier avec une joie débordante pour ce cadeau. Le marquis prend la parole : « Chers amis, unités de production humaine et membres de cour. Saluez ce repas extraordinaire, en l’honneur de ceux qui vous l’ont offert, messieurs de Velsna et de Sylva, nos hôtes du jour. » Les invités sont encouragés à faire un petit discours. Les Mesolvardiens, peu habitués aux mets savoureux, sont conditionnés à apprécier leurs hôtes. Un cadeau si délicieux et une journée si extraordinaire illustrent le bienfait des politiques de l’Empereur.

À 14h, le comité invite les différentes délégations à visiter le prototype du LTE, un réacteur développé en coopération avec Sylva. La visite est rapide, et une brochure est distribuée à chacun. Un moment est également prévu pour les questions. Le réacteur est une version réduite à 10 % de la puissance annoncée, utilisant du Mox pour limiter sa taille et présentant quelques problèmes liés au plomb. Ce moment précède le lancement du lanceur Canivac, équipé d’un satellite, le VAC-Sat 9, capable de transmettre à longue distance avec une puissance équivalente à celle de cinq satellites précédents, bien qu’il soit monofonction.
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La Duchesse Alexandra Boisderose s'était déjà présenté à plusieurs invitations de ce genre, et elle fut surprise de constater que celle des mesolvardiens faisait partie des plus réussies, en égalité avec celle de l'Arche. Les efforts étaient là et visible non pas seulement dans la démonstration des moyens déployés, mais aussi dans le choix des animations avec une véritable recherche de flatterie pour les invités. Le repas était largement convenable pour les sylvoises, qui se laissèrent tenter avant tout par le poisson du Fujiwa dont elles avaient moins l'habitude que les fruits venant de chez elles. Bernadette Vougier, présidente et membre du mouvement collectiviste était tout de même sacrément mal à l'aise. "Unité de production humaine", elle qui militait pour la collectivisation des moyens de production par les travailleurs, était-elle réellement à une rencontre où ces derniers étaient réduits à l'état d'outils ? Les réalités géostratégiques impliquaient certes quelques concessions et hypocrisie, mais à ce point ? L'industrie de Sylva avait-elle besoin de minerais au point de directement dépendre d'une dystopie déshumanisante ? Alexandra était-elle bien plus stoïque : "c'est comme ça", les mesolvardiens fonctionnent ainsi et ce n'étaient pas les seuls. Chloé s'en fichait royalement et s'intéressait uniquement à la fusée, chose qu'elle regretta presque en constatant l'engin et en se rappelant des taux d'échec ici et de la nature des combustibles employés. "Espérons que le vent ne nous envoie pas des restes d'acides nitriques".

Vint le moment des discours, où Chloé et Matilde se tournèrent vers Alexandra et Bernadette, faisant comprendre qu'elles seront les seules à assumer cette charge. Alexandra avait prévu quelque chose, mais l'avait oublié, et Bernadette n'avait tout simplement rien préparé pour sa part, étant la première rencontre de ce genre à laquelle elle assistait. Les deux étaient heureusement des politiciennes suffisamment aguerries pour improviser. C'est la Duchesse qui commença :

"Bonjour à toutes et à tous, je suis particulièrement émue de cet évènement qui témoigne de la proximité entre nos peuples, de la détermination mesolvardienne à nous accueillir du mieux qui soit, et de la complémentarité de nos nations que l'on constate maintenant même. Cette amitié est amenée à durer, de par la proximité de nos peuples et la concordance de nos intérêts géostratégiques. Dans un monde toujours troublé avec des menaces qui se multiplient, le Duché a besoin de partenaires de confiance et saura rendre la pareille. Si la moindre menace venait à émerger à l'encontre de Drovolski, nous serons là au plus vite, et ferons notre possible pour l'étouffer dans l'œuf avant même qu'elle ne se mette en application."

Il n'y avait pas à être particulièrement informée des actualités pour voir quel point en particulier abordait la Duchesse. Bernadette vint à son tour, avec un manque d'aisance qu'elle cachait derrière une apparente confiance :

"C'est un honneur de voir l'amitié que nous porte le peuple mésolvardien, honneur que j'espère pouvoir vous rendre. Vous êtes travailleurs et dévoués et je ne peux qu'espérer, qu'après une telle démonstration, vous puissiez goutter aujourd'hui comme demain aux fruits de vos efforts. Au nom de Sylva et en qualité de présidente, je peux vous promettre que nous ferons tout notre possible pour vous tirer vers le haut, de la même manière que vous nous aider à gravir les difficultés industrielles rencontrées."

C'était quelque peu niais, trouva Matilde, mais ça allait.
À leurs mots, sans pour autant que ce soit une tradition pour des étrangers, toutes les unités de production humaine firent un signe de révérence et dirent de manière synchronisée mais dans un vieux dialecte : « Plesure d’outre-mur, pesure. » Une vieille locution en ancien mesolvardien, utilisée pour honorer les nobles de l’outre-mur, la plus ancienne façon de s'adresser aux étrangers. Ils reprirent leur place de manière moins protocolaire, se précipitant pour retourner à leurs assiettes, qui ce jour-là étaient remplies d’aliments colorés et savoureux.

Le marquit s’adressa alors à la délégation de Sylva : « C’est une vieille façon de remercier l’outre-mur, une expression qui signifie, pour les Mesolvardiens, que vous êtes considérés comme de très proches alliés. Vous êtes aux portes de Mesolvardes. Je ne connais pas d’honneur plus grand. » Puis, se tournant vers les Velsniens, il ajouta : « Je pense que c’est à votre tour. N’ayez aucune crainte, votre soutien à Bénodile est connu de tous. » Il laissa alors la place aux membres de la délégation velsnienne.
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Cela faisait désormais presque un an que Velsna et Drovolski partageaient bien des choses. Est-ce que tout velsnien qui voyait le « pays gris » de ses yeux l’assimilerait à une tyrannie ? Oui. Était-ce de l’intérêt des velsniens de le faire ? Certainement pas. La cité sur l’eau n’était pas donneuse de leçon à partir du moment où la tyrannie s’exerçait ailleurs que chez elle ou ne s’en prenait pas à elle. Chaque personne en son royaume. D’autant que ces considérations morales, déjà peu priorisées par ces derniers, étaient désormais alourdies du poids du commerce et de la politique. Le commerce entre Drovolski et Velsna était non seulement profitable, mais les relations entre les deux pays étaient d’autant plus importantes que le pays se trouvait au cœur d’un nœud de communication primordiale pour les cargos de la cité, qui passaient ainsi de la Manche Blanche à la Mer de Blême sans avoir à utiliser les canaux théodosiens et onédiens en Leucytalée. Et c’était sans compter la présence militaire désormais permanente de la « Classis III », la principale flotte velsnienne basée en orient et gardant l’entrée de cet espace convoité.

Ainsi, la Grande République avait fait l’envoi des deux velsniens les plus intéressés par la géopolitique de cette lointaine Eurysie de l’est. En premier lieu, l’estimé et élégant Mattia Mascola, désormais chef de toutes les ambassades des nations non alignées d’un secteur allant de l’Hotsaline à Drovolski. Par le nombre de pays concernés par ses attributions, Mascola était l’un des sénateurs les plus puissants parmi tous ceux dirigeant des secteurs d’ambassade. A son bras, le vieil homme avait à ses côtés une quarantenaire en uniforme de la Marineria : la sénatrice-Amiragglio de la Classis III Francesca DiSaltis. Ainsi, dans le secteur, Mascola ordonnait, et DiSaltis faisait. On dit que contrairement à beaucoup de sénateurs se livrant des rivalités sans merci, ces deux là étaient très complémentaires et de bons associés, se vouant un respect mutuel et une relation de travail cordiale. A l’origine, cette petite délégation devait également compter l’ambassadeur Toni Herdonia, en raison de la présence des sylvois. Mais il se pourrait que celui-ci ait eu quelques problèmes entre temps.

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Mattia Mascola, le suave sénateur

Quelle fut la réaction des deux sénateurs au début de ces célébrations ? Difficile à dire : étrange est le bon mot, une étrangeté qui allait crescendo au fil des spectacles donnés aux invités. Au début, toute cette attention était de l’avis des deux représentants un peu à l’écart, somme toute assez bienvenue. L’orchestre de cuivres était magnifique, le buffet excellent (ce n’était ni de la pomme de terre ni de la bouillie de céréales) et la statue dévoilée sous ce beau drap de satin était magnifique (quoique que sa signification ne correspondait pas vraiment à ce que les velsniens avaient retenu de Drovolski).
Le stade de la gêne fut atteint lorsqu’une pièce de théâtre se déroula sous leurs yeux une pièce de théâtre dont les premières répliques étaient fort charmantes, mais qui…sonnait bizarrement. En plein durant la représentation, l’Amirraglio se tourna vers son confrère :
- Est-ce qu’on est en train de regarder une pub ?
L’ambassadeur Mascola lui fit un signe de la main, signifiant de temporiser.

Et le fameux discours arriva…ce que l’Amiragglio DiSaltis voulait absolument éviter. Lorsqu’on la réclama, celle-ci recula d’un pas, visiblement gênée, et naturellement, c’est vers Mascola que se sont davantage tourner les regards. Celui-ci s’avança et fit entendre une voix suave, celle d’un diplomate (hrp : tu vois la VF de Qui Gon Jin dans la Menace Famtôme) :
- Mesdames, messieurs, hôtes estimés qui nous avez accueilli en votre sein avec une immense générosité. Vous ne vous rendez peut-être pas compte, d’à quel point nous avons été attentifs aux détails de chacun de vos gestes généreux.

On dit souvent à Velsna que le commerce, c’est un peu le réseau sanguin de l’humanité. Un tel a besoin d’un bien mais n’en a pas, un tel autre dispose de ce bien en trop grande quantité et n’en a que faire. Et c’est souvent ainsi que débutent les grandes amitiés : par le besoin mutuel, qui se transforme progressivement en affection et en respect. C’est ainsi que velsniens et citoyens de votre nation sont entrés en contact : avec l’honnêteté de se dire la raison pour laquelle l’un appelait l’autre. La franchise et le respect mutuel, voilà les deux seuls ingrédients qui transforment un partenariat commercial en véritable contrat de confiance. Que dis-je..en amitié.

Aussi je vous le dis, à tous les membres de votre gouvernement, que les portes de Velsna vous seront toujours ouvertes en tout temps et en tout lieu. Puisse cette amitié vivre de longs jours, et Drovolski rester un phare du négoce certes, mais également indépendante, libre de ses mouvements et de ses propres choix politiques. Car c’est bien là un privilège que trop peu de nations possèdent et qui doit être chérit. Le commerce, oui, la dépendance et l’avilissement, non.

Vive le commerce, vive les ingénieurs du nucléaire de Drovolski, et vive le blé velsnien. Je vous remercie.


L’élégant velsnien retourna auprès de sa consœur, et celui-ci pensait avoir réussi son discours. Il observait alors les ambassadeurs sylvois, également présents. Peut-être cette fête serait également le moment opportun de venir les quérir de sujets importants…
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C’est sans protocole ni même formalités que les unités de production humaine s’agitèrent, cherchant à remercier ce beau discours, bien qu’un peu compliqué pour ces simples ouvriers. Pas forcément très bien formés, mais suffisamment clairs pour être compris, ils s’exclamèrent dans la langue de Velsna : « Gloire au protecteur ! » Il était difficile pour quiconque d’y voir autre chose qu’un soutien unanime.

Ce fut ensuite au tour du marquit de reprendre la parole et de formuler quelques propositions :

« Nous avons bien mangé, et je pense que ce petit moment de communication avec les unités de production a été efficace, un moyen pour mon gouvernement, mais aussi pour les vôtres, de s’assurer les ouvriers les plus corvéables. Cela étant dit, je vous propose de poursuivre notre fête dans une sphère plus politique, par la visite, comme annoncé, du complexe LHV. »

Sans opposition, les délégations se dirigèrent vers le LHV en trolaybus. Pour ce jour particulier, il était possible de voir le ciel et à plus de 20 mètres de distance sans grande difficulté. On pouvait constater un effort notable de la part de l’Empire, qui avait renoncé, le temps de la fête, à sa constante tradition d’une pollution omniprésente.

Le trajet fut de courte durée, traversant la place INDICE 2 et l’avenue N°23, passant par les secteurs 1, 32, puis 86 pour atteindre le LHV. Les sujets qui allaient y être abordés, ainsi que les éléments présentés, visaient un rayonnement et un partage. Comme l’avait si justement évoqué Mascola, le Drovolski peut louer ses ingénieurs nucléaires.  Il était difficile pour quiconque de ne pas remarquer le contraste saisissant entre la ville et le LHV. Ce bâtiment, marbré, couvert d’ornements et de luxe, entièrement vitré, affichait un modernisme tout à fait étranger au Drovolski. Oui, le LHV était riche, et il semblait vouloir le montrer.

Une fois la porte du bâtiment ouverte, un membre de la cour prit la parole :

« Chers amis, la Couronne vous honore par cette visite et souhaite vous exprimer la plus sincère prévenance en vous offrant la possibilité de choisir, librement, les sujets et éléments que vous souhaiteriez découvrir et discuter. »

Lâchant un temps aux délégations pour répondre, celles-ci s’avancèrent vers le SAS pour entamer les visites. Quand, soudain, à la surprise générale, tous les ingénieurs et membres de la cour s’inclinèrent brusquement.

Henri Ventafalle, le patriarche des lieux, sortit de l’ascenseur central et s’exprima :

« Chers Sylvois, c’est un honneur pour moi de vous rencontrer enfin. Trop de difficultés avec nos intermédiaires respectifs ont empêché cela jusqu’à aujourd’hui. Je vous honore de ma présence et espère célébrer un moment agréable avec vous. Le prototype du LTE est terminé, les étapes d’industrialisation dans votre pays vont pouvoir débuter, et je pense qu’en discuter est essentiel. Vous trouverez, en effet, rarement quelqu’un d’aussi influent que moi dans ce pays, hormis notre illustre Empereur, qui ne daigne même pas quitter son fichu palais, même pour une telle occasion. »

Puis, s’adressant au marquit, qui resta sans réponse :

« J’espère que vous avez prévu d’emmener ces personnalités de haut rang à la salle du Tribunal central, histoire qu’on puisse au moins confirmer publiquement que l’Empereur existe vraiment ! »

Enfin, avec un regard et un ton de vieux grand-père, Henri se tourna vers les Velsniens :

« Mes idoles, c’est avec bonheur que j’apprécie ma position de gérontocrate en vous sachant à nos côtés. Si un allié est aimé pour son modèle politique, c’est bien vous. Vous concernant, je souhaiterais discuter de l’avancement de la construction des réacteurs que vous nous avez commandés, en en visitant un. »

En réalité, le chef des lieux avait déjà décidé des visites : le prototype du LTE, pour discuter des projets avec les Sylvois, et un Mesol-1900, pour faire le point avec les Velsniens sur l’avancement des travaux. Ces visites étaient des moments opportuns pour chacun d’exposer ses doléances. Les Mesol étaient construits à un tiers, et le LTE en phase d’industrialisation. Il leur accorda un moment de silence, son regard bienveillant parcourant l'assemblée, pour permettre à ses invités de formuler leurs réponses.
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Les velsniens se remettaient de cette acclamation, mais pour l'amiragglio DiSaltis, qui ne connaissait finalement que peu cette nation, bien que sa flotte y stationne, cela provoquait une certaine gêne dont elle fit rapidement part au suave Mascola:
[b]- Des unités de production humaine ? C'est quoi cette histoire ?


Si Velsna n'était pas la dernière à faire de l'exploitation humaine un art de vivre, la manière décomplexée dont leurs hôtes abordaient la question était particulièrement inconfortable. Il y avait chez les velsniens l'illusion que l 'adhésion au salariat était une action de libre-arbitre. On ne parlait jamais des ouvriers en ces termes dans la cité sur l'eau, ne serait-ce que parce que le citoyen velsnien est un homme libre faisant partie d'un corps civique et non un esclave (malgré le paradoxe que cela soulève en réalité au vu du modèle économique qui y est en vigueur). Quiconque aurait fait cela serait taxé de tyrannie dans la seconde. Mais Mascola répondit laconiquement, de peur que les gens du pays gris puissent l'entendre.
- C'est une longue histoire, ma consœur. On en discutera plus tard. Joue le jeu et garde ta rancœur.

Mascola répondit de suite aux hommes de Drovolski avec un enthousiasme surjoué:
- Oui en effet, ce repas était excellent, digne des meilleurs restaurateurs de Velsna.

La délégation suivait les hôtes au pas à travers les dorures de LHV, que l'on aurait ben confondu avec un autre pays. Les velsniens s'effaçaient quelque peu par politesse lorsqu'on parlait à leurs homologues sylvois, à qui ils n'ont pas encore adressé la parole, n'en ayant pas eu l'occasion jusqu'à présent. Mais Mascola était toujours présent, même lorsque celui-ci ne parlait point. Peut-être un charisme naturel. Ce dernier ne ressemblait pas à l'image que l'on se faisait habituellement des sénateurs velsniens, pour beaucoup motivés dans leurs fonctions par des considérations politiques et des ambitions personnelles. Mattia Mascola a été élu sénateur par un hasard du destin une vingtaine d'années auparavant, qui lui a permis de demander un poste où il a pu exprimer sa véritable ambition: la découverte des contrées étrangères et des lieux différents de ceux que ce fils d'aristocrate connaissait. De l'Eurysie de l'est dont il était l’ambassadeur, il avait visité beaucoup d'endroits. Et de tous, c'était là le plus étrange sans aucun doute. Représenter le gouvernement velsnien était donc perçu par lui-même comme...une sorte de corvée lui permettant de s'éterniser en ces lieux.

Lorsque Ventafalle vint à eux, l’élégant sénateur s'inclina bien bas là où sa consœur esquissa une salutation timide. Des deux parlementaires, indéniablement, il maîtrisait mieux les codes et les mœurs, et celui-ci répondit à la flatterie par la flatterie:
- C'est un honneur d'entendre pareille chose de votre part, excellence. L’accueil qui nous a été réservé est magistral, il va sans dire. Je ferai part au Sénat des Mille de votre demande, mais c'est bien entendu par pure procédure. Ce sera accepté sans aucun doute. Mais j'ai ouïe dire que les "unités de production humaines" avec qui les ingénieurs velsniens travaillent font un travail exceptionnel. Le gouvernement communal est satisfait de ses partenaires, et je puis vous dire que ces excellences sont fortes exigences, et ne font pas ce genre d'affirmation à la légère.[/b]
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Henri reprit la parole :

Nous nous sommes mal compris. Je voulais vous inviter à visiter un Mesol-1900 déjà construit, afin de vous montrer ce qu’il reste à faire chez vous. Commençons par celui-ci, tiens, il est le plus proche de nous et ce sera une bonne introduction.

La petite équipe se dirigea vers un sas où furent distribués des équipements de protection, un manuel et des instructions sur le déroulement de la visite d’un réacteur en fonctionnement. Rien de quoi avoir peur, mais on insista sur l’importance de rester prudents. Une fois cette étape franchie, après quelques passages obligés dans des ascenseurs et des couloirs, l’équipe atteignit enfin un Mesol-1900.

Nous voici dans un réacteur Mesol-1900. Construit en 2002, il représente l’un des derniers modèles en termes de conception. Ici, vous pouvez voir les générateurs de vapeur, et là, le cœur du réacteur. Cette couleur caractéristique provient des alliages de magnésium que nous utilisons pour leur grande capacité à conduire la chaleur. Chers Velsniens, vos cœurs, construits en parallèle, sont déjà équipés de la cuve et des tuyauteries visibles ici.

Il désigna un segment de tuyauterie imposant reliant la cuve aux générateurs de vapeur.

Il nous reste encore à construire l’ensemble du bloc d’échangeurs gaz-gaz et les bâtiments techniques que nous venons de quitter. Le chargement du cœur se fera une fois tout cela terminé. Cette étape se réalise cœur en marche : on retire une barre et on la remplace progressivement. Cela prend plus de temps que les méthodes occidentales, mais cela permet de maintenir la production d’électricité même pendant la maintenance.

Il montra un autre élément du réacteur.

Ici, ce sont les réservoirs d’hélium.

Les voix des participants commencèrent à devenir de plus en plus aiguës, signe que l’hélium se faisait légèrement ressentir. Henri sourit et expliqua :

L’hélium est un gaz très léger, difficile à contenir sans une excellente étanchéité. C’est pourquoi nous en avons toujours en réserve sur le réacteur pour compenser d’éventuelles fuites. L’avantage de ce gaz, contrairement à un liquide, est qu’il n’est ni corrosif ni chargé de métaux. En cas de fuite, tout le monde parlera avec une voix aiguë, certes, mais la contamination restera superficielle.

Il désigna une autre section du réacteur.

En cas de brèche majeure, c’est de l’air que nous injectons dans le cœur via les turbines situées ici. L’air modère moins bien le cœur et le pousse à s’arrêter immédiatement. Cela dit, le refroidissement doit tout de même être assuré. Ces turbines sont conçues pour fonctionner 48 heures grâce aux batteries situées là-bas.

Un Sylvois rit en entendant la voix déformée d’Henri, mais ce dernier ne s’en formalisa pas. La petite équipe monta ensuite au sommet du bâtiment réacteur. De là-haut, Henri commenta :

Vous pouvez voir l’ensemble des éléments. Votre cœur est déjà construit à presque deux tiers, mais la centrale elle-même prendra plus de temps. Il reste encore à installer les éléments techniques comme les turbines, l’alternateur, et bien d’autres. Avez-vous des questions, ou passons-nous directement au prototype LTE pour captiver l’intérêt des Sylvois ?

Un annonceur cria à l’équipe depuis le bas du bâtiment :

Après cette visite, vous êtes attendus au tribunal pour rencontrer l’Empereur. Ensuite, il y aura le lancement du lanceur CANIVAC !
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La rencontre avait un aspect profondément embarrassant que les sylvois dissimulait tant bien que mal, les masques qu'ils portaient masquant leurs sourires crispés. Alexandra essuya ses yeux avec un petit mouchoir de soie : tout aussi "propres" que soient les lieux par rapports aux habituels standards, la pollution irritait ses muqueuses, d'où des larmes abondantes. Et même sans la pollution... du moins avec une pollution réduite, la ville restait déprimante selon les standards sylvois avec ses cinquante nuances de gris. Cela changeait des allées de maisons à colombage, de bois, brique ou pierre, dans des forêts avec des rues végétalisées. Vivement que le trajet en trolaybus s'achève ! Le bâtiment du LHV sauva quant à lui le caractère morne de l'architecture, avec un style typiquement apprécié des vieilles monarchies telles que la Dynastie Boisderose. Vint ensuite l'une des plus grandes surprises de la journée : Henri Ventafalle. Connaissant le pays, on attachait presque davantage d'importance à cet individu qu'à l'Empereur et, au-delà de l'influence qu'il devait avoir dans le pays même, c'était aussi lui qui était à la tête de tout ce qui faisait de Drovolski un allié stratégique pour Sylva.
Alexandra salua son interlocuteur, ses yeux étaient toujours rouges mais avaient arrêté de couler :

"Monsieur Ventafalle, l'honneur est partagé. Monsieur Nicolas Lerouge, éminent représentant du Pôle Nucléaire Sylvois, vous transmet ses salutations. Il n'a pas pu se libérer à l'occasion et vous fait part de son regret de ne pas avoir pu être présent. C'est un individu passionné qui aurait adoré participer à la rencontre."

Vint la visite du Mesol-1900. Matilde imaginait très bien la pléthore de question qu'aurait posé Nicolas sur l'ensemble des éléments : l'hélium, les mesures de sécurité, le magnésium. Surtout le magnésium, et là, c'est Chloé qui, sans être experte, disposait de suffisamment de bases techniques pour être intriguée. Elle aurait été curieuse de questionner la part du magnésium dans les alliages et des additifs, surprise qu'un élément connu pour sa délicatesse puisse être employé dans des milieux à hautes contraintes thermiques. Heureusement que l'hélium n'est pas remarquablement oxydant... n'est-ce pas ? Lerouge aurait su la réponse.
Matilde répondit par ailleurs à la remarque de monsieur Ventafalle :

"Je vous assure ..." Elle s'interrompit maladroitement, surprise par le timbre de sa voix soudainement aiguë. Elle se racla la gorge et reprit : "Je vous assure que cette visite est déjà fort captivante, quand bien même elle est moins de notre domaine."

C'est Chloé qui, se forçant de participer, demanda alors : "En cas de brèche de confinement, vous dites que la contamination sera réduite. Il n'y a vraiment aucun risque de fuite d'isotopes radioactifs ? C'est à partir d'un accident de quel niveau que pourraient être propagés des éléments dangereux ?"

Elle fit une petite pause dans son intervention, regardant un moment autour d'elle, avant de reprendre :

"Je n'aurais pas d'autres questions à l'esprit, je ne vous cache pas mon impatience de voir le lanceur CANIVAC, et de rencontrer préalablement l'Empereur qui nous honorera de sa présence."
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Henri, un peu fier et se pensant naturellement aimé des femmes, voulut donner un ton joueur mais respectueux pour répondre aux interrogations des Sylvois. Rien de plus normal, il venait explicitement de leur demander s'ils avaient des questions.

"Chloé, c'est bien votre nom ? Les interrogations que vous soumettez sont légitimes. Je ne vais effectivement pas éluder une des spécificités des réacteurs Mesol-1900. Cependant, avant de répondre directement à cette question, j'ai remarqué que vous avez froncé les sourcils lorsque j'ai présenté nos tuyauteries nucléaires en magnésium. J'aimerais commencer par cet aspect important."

Il prit un instant, puis poursuivit :

"Tout d'abord, le magnésium est simple à usiner et présente des propriétés très intéressantes. Il est léger, peu coûteux et excellent dans le transfert thermique. C'est donc un matériau économique pour les machines thermiques. Cependant, comme vous le savez, le magnésium est aussi un métal inflammable et très réactif en présence d'eau. Or, dans la configuration de notre centrale, il n'y a aucun risque d'initier un feu : pas de flamme, pas d'oxygène, uniquement de l'hélium. Qui plus est, pour éviter l'usure et la casse, nous utilisons un alliage de magnésium, et non du magnésium pur. Cet alliage est composé de magnésium, d'aluminium et de zinc, et il est nickelé. Ce procédé industriel permet de recouvrir l'alliage d'une couche de nickel, un métal noble, qui rend nos pièces relativement inertes. Vous l'aurez compris, la métallurgie du magnésium est très développée au Drovolski et soutient notre industrie."

Il fit une pause, puis reprit avec un ton professoral :

"Cette expertise provient des réalités industrielles de notre pays. Le Drovolski possède une industrie primaire très dynamique, mais l'industrie secondaire peine à se développer. Cela nous contraint à nous spécialiser dans des produits simples mais robustes, comme la métallurgie du magnésium, l'une des plus accessibles. Vous remarquerez sans doute pourquoi de nombreux éléments complexes, tels que les centrales électriques ou les voitures, utilisent ce métal chez nous."

Il marqua une seconde pause, cherchant à capter l'attention.

Confinement

"Concernant la dispersion, deux caractéristiques techniques limitent le transport de radionucléides. Premièrement, les réacteurs Mesol-1900 possèdent une barrière de confinement supplémentaire par rapport à la plupart des réacteurs commerciaux. Cette barrière permet de contenir l’hélium sous pression même si l'enceinte de confinement devait céder, un événement hautement improbable. Cet avantage s’applique également en cas d’agression extérieure, comme lors de "l'incident Loduarien". Deuxièmement, l'hélium, en tant que gaz noble, est totalement inerte, quelle que soit la pression ou la température. Cela réduit les risques de contamination à des risques d’aérosols ou de poussières, que nous écartons grâce à nos gaines en zircaloy, totalement imperméables. De plus, l’hélium, étant très peu dense, ne peut transporter de grosses particules, lesquelles tombent naturellement au fond du cœur dans la zone de récupération et de déchargement."

Très fier, il adressa un clin d’œil à Chloé avant de conclure :

"J'espère avoir répondu à vos interrogations. Chers Sylvois, ne vous inquiétez pas : nous progressons vers le LTE, et nous assisterons bientôt au décollage du CANIVAC."

La petite équipe quitta l’imposant bâtiment abritant le Mesol-1900 pour rejoindre un édifice plus petit : le prototype du LTE. Cette fois, la délégation resta derrière une vitre plombée, surélevée. Henri reprit la parole :

"Chers Sylvois et Velsiens, voici le principal projet nucléaire actuel du Drovolski. Nous cherchons à associer le meilleur de chaque compagnie nucléaire. Nous combinons nos technologies de surgénération avec les équipements auxiliaires Raskenois et les systèmes de contrôle Sylvois. L’objectif ? Produire un réacteur capable de surgénération, sûr grâce à Sylva et performant grâce à Rasken. Ici, vous voyez le recycleur de plomb, utilisé comme fluide caloporteur. Ici, le cœur, dont la forme particulière permet de supporter la densité du plomb. Et là, en contrebas, l'échangeur à plaques, qui exploite la remarquable capacité du plomb à transférer la chaleur."

Protoype

Il désigna le dispositif avec fierté :

"Ce prototype est fonctionnel et sert de démonstrateur. Nous l'avons vendu à Bonsecours, qui finance le projet côté Drovolski. Grâce à cette source de financement, l’industrialisation devrait débuter d’ici la fin de l’année à Sylva. Cependant, comme vous pouvez le voir, cela ressemble à un assemblage hétéroclite. Les pièces n'ont pas encore été conçues pour s’intégrer parfaitement, étant issues de différents industriels."

Jetant un coup d'œil à sa montre, il réalisa qu'il était en retard. Il conclut rapidement :

"Avez-vous des questions au sujet de ce cœur ? Pour rassurer nos amis Sylvois, sachez que ce cœur est opérationnel et recycle le combustible de manière bien plus performante que nos anciens modèles, répondant ainsi à votre demande initiale. La coopération entre nos instituts a été précieuse, notamment grâce à vos matériaux."


Il céda enfin la parole, laissant les différentes délégations poser leurs questions.
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C'est avec une assiduité remarquable que la délégation sylvoise avait suivis l'intervention de leur hôte. Si la démonstration du LTE n'était pas des plus impressionnantes visuellement, elle avait des implications industrielles (et géostratégiques majeures). La satisfaction était clairement visible chez la Duchesse Alexandra Boisderose et ses deux filles, qui voyait bien là les intérêts d'une telle technologie. La matriarche répondit par des interrogations :

"Monsieur Ventafalle, ces résultats vont bien au-delà de nos espérances. Atteindre déjà un prototype fonctionnel capable d'atteindre l'objectif voulu, à savoir la revalorisation de l'uranium 238, est des plus encourageants. Nous ne nous attendions pour ainsi dire pas à des acquis aussi prompts. Quelles seront les prochaines étapes ?"

"Je suppose qu'il s'agira de faire un prototype au sodium plus important." Supposa Chloé. "Avec probablement quelques phases d'industrialisation intermédiaire du LTE qui pourra toujours servir de variante à plus petite échelle. Quoi qu'il en soit, nos efforts ont payé, et de manière très rentable !"

Alexandra reprit : "Tout à fait, une telle avancée va complètement faire évoluer le paradigme du parc énergétique de Sylva. Nous pourrons renouveler nos réserves de combustible exploitable à partir des stocks d'uranium appauvris en stock. Cela change entièrement nos rapports géostratégiques en réduisant drastiquement notre dépendance aux fournisseurs dans le domaine. Ce serait d'ailleurs une perte pour un gain, dans le cas du Drovolski : réduire les exportations d'uranium enrichi à destination de Sylva, mais prolonger nos partenariats sur des domaines technologiques plus lucratifs."

Intervint ensuite Matilde : "La chose sera de toute manière progressive. Les réacteurs de quatrième génération ne pousseront pas comme des champignons et nous pouvons même nous attendre à ce que les importations restent les mêmes, mais que ce soit la production et consommation électrique qui augmente. C'est un phénomène déjà bien observé : en voulant réduire la consommation d'énergie (ou de combustible nucléaire enrichi, dans ce cas-ci), on augmente l'efficience des équipements ce qui encourage à davantage consommer face aux économies de coûts.
L'équation serait surement la même, à quantité égale de combustible nucléaire, nous pourrons produire plus d'énergie en revalorisant l'uranium appauvri. Cela encouragera à produire plus plutôt que réduire les importations."

Ce à quoi Chloé répondit : "Oui et non. L'uranium sera utilisé de manière plus efficiente, mais n'oublions pas qu'il ne représente qu'une maigre fraction des coûts d'une centrale nucléaire. La quantité requise de combustible étant réduite, il n'impacte pas tant que ça le coût en comparaison des technologies nécessaires pour générer et extraire de l'énergie, ainsi que les dispositifs de sécurité.
Par contre, cela représente bien un changement géostratégique en limitant notre dépendance aux approvisionnements étrangers, chose qui concerne aussi bien le Drovolski que l'Antegrad par exemple. Enfin, nous dépendrons moins du Drovolski pour l'uranium, mais davantage pour les réacteurs en eux-mêmes. Un tel savoir faire, de tels acquis technologiques, ce n'est pas anodin et nous devrons continuer notre collaboration pour y avoir accès."
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Henri reprit la parole avec un grand et large sourire. Il prit quelques libertés et marqua une pause avant de continuer :

« Tout d'abord, merci pour ces échanges. Les questions posées sont légitimes, et je pense pouvoir y répondre en bonne intelligence. Si cette avancée vous semble rapide, c'est parce que nous avons redirigé notre propre réacteur à métal liquide vers ce projet. Cela explique pourquoi le caloporteur est actuellement au plomb, alors que le LTE fonctionnera au sodium. Nous travaillons sur la surgénération depuis longtemps. Les Mesol-1900, dont nous venons de visiter un exemplaire, sont capables de surgénération complète sur l’U-238, et le Flo-600, bien que commercialement infructueuse, fonctionne sur le Th-232. Ainsi, oui, nous avons un savoir-faire. »

Il marqua une nouvelle pause avant de poursuivre :

« Mais ne soyez pas modestes. Tout le monde sait que sans vos technologies et vos ingénieurs venus travailler ici, nous n’aurions jamais pu avoir un cœur fonctionnel en si peu de temps. En effet, ce réacteur, fonctionnant sur un spectre de neutrons rapides, nécessite des modèles, des ordinateurs, et des capteurs extrêmement performants pour être piloté. Sans vous, nous aurions mis beaucoup plus de temps. Et bien sûr, sans Rasken, il aurait été impossible de développer en quelques mois des échangeurs thermiques pour des liquides métalliques. Ces deux technologies ne relèvent pas de nos compétences, et je tiens à féliciter autant vos contributions que notre expertise nucléaire. »

Henri reprit ensuite sur un ton plus formel pour répondre aux questions :

« Maintenant que le démonstrateur fonctionne, il est temps de passer à une nouvelle phase du projet. Chaque système expérimental doit évoluer vers sa version industrielle, avec des pièces spécialement conçues pour fonctionner ensemble. Un autre point crucial est le passage au sodium. Comme mentionné, nous prévoyons de débuter cette étape à Sylva d'ici la fin de l’année. Voici un calendrier détaillé pour vous éclairer sur la suite des opérations :

02/2015 : Autorisation des travaux à Sylva ou repli à Drovolski, suivi de la construction civile.
03/2015 : Contrôle des performances nucléaires et de l’usure du combustible (à Drovolski).
04/2015 : Tests en situation critique (à Sylva).
06/2015 : Essais de raccordement électrique (à Rasken).
07/2015 : Contrôle des performances générales.
08/2015 : Corrections et fiabilisation finale.
09/2015 : Vente du prototype à Bonsecours, générant des revenus.
10/2025 : R&D pour la conception et la fabrication des pièces.
11/2025 : Début du montage de la tête de série à Sylva.
Objectif : terminer la tête de série dans deux ans.

LTE

Concernant les avantages économiques, ce projet commun sera bénéfique pour tous. Bien qu’un surgénérateur consomme moins de combustible, le cœur lui-même est bien plus coûteux, et la vente de réacteurs et des services associés est infiniment plus lucrative que la simple vente de combustible, même à l’heure actuelle. Le recyclage du combustible, bien qu'onéreux, est une activité très rentable. Avec ce cœur, la demande en retraitement augmentera considérablement, compensant la moindre dépendance à l’uranium minier. Pour le Drovolski, Sylva, Velsna, Rasken, et Fujiwa, les activités de retraitement à RAD 1 et RAD 2 deviendront encore plus stratégiques. En outre, les pièces pour Rasken, Sylva, et Drovolski seront produites par la GKD avec des matériaux sylvois, garantissant une autonomie industrielle. »

À cet instant, un annonceur invita le petit groupe à avancer vers la fin de la visite et à prendre un trolleybus. L’équipe se dirigea vers le véhicule, poursuivant la conversation sur des aspects politiques liés à l'accélération inattendue du projet LTE.

Le bus s’arrêta devant le secteur 0, face au Tribunal Central. Le bâtiment, imposant, de style brutaliste et gris, paraissait démesuré selon les standards occidentaux pour un "tribunal". Des dizaines de juges allaient et venaient dans ce lieu d’une activité effervescente. Henri quitta l’équipe avec une pointe d’humour :
« Je vais vous laisser ici… Ils me font peur. »

Les juges, issus de la magistrature unifiée, portaient des couronnes et des tenues raffinées, bien que non ostentatoires, marquant leur statut. Une fois à l’intérieur, le groupe se retrouva face à un gigantesque complexe de salles remplies de magistrats. L’atmosphère, loin d’être silencieuse, était rythmée par les bruits de papier et les coups de marteaux, créant un bourdonnement constant.

Le Marquis de Mesolvarde, leur guide depuis le début de la visite, ajusta sa couronne, un geste rare mais obligatoire. Tout noble mesolvardien devait se présenter au Tribunal Central en tenue traditionnelle : une robe de magistrat pour les femmes ou un costume bénodien pour les hommes. Cette coutume, bien qu’en déclin, restait imposée dans ce contexte. Le Marquis prit la parole :

« Nous sommes ici au Tribunal Central, le seul lieu où il est possible de parler à l’Empereur. Aucun d’entre vous ne l’a jamais vu, et j’espère corriger cela en demandant un accès à la Chambre Impériale de Conformité Légale. C’est une sorte de salle du trône, où l’Empereur motive légalement les décisions politiques. Je crains que… que cela ne soit pas très clair, excusez ma maladresse. »

Il fut alors interrompu par une personne d’allure influente :

« Quelle erreur, quelle absurdité que d’expliquer si mal un système aussi simple que le nôtre ! Décidément, les Mesolvardiens ne sont plus rien. Gloire au Drovolski ! Contrairement à vos systèmes juridiques, Messieurs et Mesdames de Velsna et de Sylva, le droit au Drovolski repose sur la Common Law. Cela signifie que les décisions de justice, qui font jurisprudence, constituent la principale source du droit. Ces décisions, hiérarchisées, peuvent être cassées par les tribunaux supérieurs, forgeant ainsi un droit conforme aux lois du peuple, mais guidé par la Cour de Cassation. Cette cour, sous l’autorité de l’Empereur, motive chaque arrêt. Ainsi, c’est l’Empereur, par ses décisions, qui gouverne la magistrature. »

Le sénéchal poursuivit, avec une pointe de condescendance :
« Contrairement à ce que vous pourriez croire, il n’y a aucune initiative légale au Drovolski. Seule la jurisprudence peut introduire de nouvelles lois, ce qui fait de notre système une hiérarchie du droit et de l’exécution politique. Ces pouvoirs écrasent le faible pouvoir exécutif du Président Universitaire Impérial. Cependant, je doute que notre Empereur accepte de vous recevoir. »

Le Marquis répondit sèchement :
« Et pourquoi donc, monsieur le Sénéchal de Bolmir ? »

Avec un regard méprisant, le sénéchal conclut :
« Parce que l’Empereur n’est pas ici pour des bavardages, surtout avec des étrangers. »

Il fixa le groupe, attendant une réaction.
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Il fallait se l'avouer: les deux velsniens n'avaient pas la moindre expertise sur le sujet, et Mattia Mascola esquissa un simple: "Impressionnant.", lorsque leurs hôtes présentèrent le Mesol-1900, avant d'ajouter des compliments qui ne coutent rien: " Nous ne regrettons pas de vois avoir confié la construction de ces réacteurs, assurément. Et puis, davantage de nucléaire signifie moins de pétrole, et une dépendance moindre envers l'étranger. C'est là l'un des souhaits du gouvernement communal."

Le sénateur velsnien se tourna un court instant vers sa consœur sénatrice, qui ne pipa mot de plus. Sans plus s'attarder sur le volet théorique de la présentation de ses hôtes, sur lequel il ne pouvait de toute manière ajouter beaucoup plus que ce qu'il avait déjà entendu, le suave Mascola tenta de réorienter la discussion en fonction de sa propre curiosité:
- Votre exposé est définitivement fascinant, mais si je puis me permettre, j'ai quelques questions subsidiaires. Le Drovolski est une nation à la volonté d'indépendance forte, ce que nous admirons grandement. Si bien que cela se répercute sur la façon dont vos citoyens se comportent à l'étranger. Et c'est là que j'en viens aux échanges commerciaux que nous avons, en particulier dans la production de ces réacteurs à l'étranger. Les ingénieurs velsniens et drovolskiens travaillent de concert à Velsna en vue de l'achèvement de ces réacteurs. Outre la remarquable entente avec ces derniers qui est tout à votre honneur, je suis curieux concernant les conditions et les instructions avec lesquels les ouvriers de Drovolski composent à l'étranger. Lorsqu'ils sont à l'étranger, ces derniers doivent respecter un code de conduite particulier vis à vis des locaux ? Des limitations de contact tels que ceux dont sont tenus les velsniens transitant sous vos latitudes par exemple ?

Sur un autre sujet, je suis également curieux concernant le développement de la technologie de Drovolski dans le domaine des réacteurs de petite taille, dont on m'a dit que vous étiez un producteur notable. Je ne dirais pas non à une courte présentation des réacteurs Beno-10, si nous en avons le temps bien évidemment.



La visite changea radicalement d’atmosphère lorsque le convoi rallia le "Tribunal central". Les deux velsniens étaient tout à coup davantage dans leur élément, dans le sens où au moins, ils comprenaient ce qu'ils voyaient. Au commentaire de son hôte sur les comparaisons de leurs systèmes juridiques respectifs, Mascola eu bon ton de ponctuer son affirmation par un commentaire "informatif", toujours avec une voix calme et suave, presque mélodieuse tant elle était détendue:
- Vous savez excellence, Velsna a quelques points communs avec Drovolski sur ce sujet. Nous nous reposons essentiellement sur un droit coutumier, à l'instar de vos décisions de jurisprudence. La grande différence en ce qui nous concerne, étant qu'il n'y a pas de lien direct entre nos plus hautes instances politiques et l'instance judiciaire suprême de Velsna. Je suis peut-être sénateur qui estime ses confrères, excellence Sénéchal, mais je pense qu'il serait malvenu de confier un pouvoir judiciaire à certains de mes collègues. Madame Boiderose ici présente en est témoin... - répondit-il d'un geste de main vers son homologue sylvoise - Néanmoins je ne doute pas de la sagacité de votre estimé Empereur, et du fait qu'il est porteur de l'excellence nécessaire à sa fonction. Et si vous pensez que cela constitue une gêne de le rencontrer, ne vous en faites pas, nous nous contenterons de votre présence qui est déjà fort agréable.

Si sur ce plan là Mascola se montra peu curieux de l'absence de l'empereur, la sénatrice et Amirraglio DiSaltis était quant elle plus circonspecte sur l’attitude de ces hommes qui étaient souvent bien gênés à l'évocation des disponibilités de l'empereur. Elle se mit à penser: "Est-ce que ce type existe seulement ?"
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Durant la visite des réacteurs, avant qu'Henri ne puisse répondre, le marquis lui coupa la parole pour éviter de ternir l’image du Drovolski. En effet, Henri, en tant qu’homme de pouvoir, refusait de se soumettre à une vérité d’État, une posture problématique que le marquis voulait rectifier. Il prit un instant pour répondre :

Chers Velsniens, pas d’inquiétude. Les unités de production humaine, lorsqu’elles opèrent à l’étranger, respectent vos lois et coutumes. Notre gouvernement ne s’immisce pas dans des territoires qu’il ne contrôle pas, cela serait une ingérence. Cependant, comme vous le demandez, nous avons mis en place des moyens pour inciter notre personnel à observer nos normes, même en dehors de nos frontières. Ainsi, nos ouvriers renoncent volontairement à certains de leurs droits sans aucune pression de notre part. En conséquence, nos ouvriers, sociologiquement discrets et relativement soumis à l’autorité, n’ont jamais manifesté de mécontentement. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux participent à un concours pour travailler à l’étranger. Ceux qui montrent les meilleures dispositions, y compris une grande résilience, sont sélectionnés pour un voyage vers des territoires sans masques et sous un ciel bleu, une perspective qui les motive pleinement. Soyez donc rassurés. Faites-nous confiance. La seule restriction stricte, indépendante de leur conditionnement, est qu’ils ont l’interdiction absolue de demander quelque asile que ce soit, qu’il s’agisse d’un syndicat ou d’un pays.

Henri reprit ensuite la parole pour évoquer les Beno-10 :

Beno-10

Ah, les Beno-10, mon premier réacteur. C’est un petit réacteur de 10 MW, conçu à l’origine pour des sites industriels isolés du Drovolski. Vous savez sans doute que sur notre territoire, seule Mesolvarde, la capitale, est véritablement habitable. Il était donc impératif d’alimenter ces sites isolés, d’où la création du Beno-10. Dans ce contexte, il s’agit d’un cœur très économique, réduit à son plus simple appareil, presque un réacteur « jetable ». En effet, une fois la mine ou l’industrie désaffectée, le cœur est soit arrêté, soit déplacé sur un autre site. Il fonctionne avec un combustible fortement enrichi pour garantir une autonomie de plus de 7 ans sans rechargement, et utilise de l’eau comme modérateur. La vapeur produite au niveau du cœur monte jusqu’au sommet de la cuve, où elle est convertie en poussée, puis en électricité. Pour réduire encore les coûts, le Beno-10 est enterré. Vous me demanderez pourquoi ? Eh bien, cela évite de construire un bâtiment autour du cœur : la terre est solide et protège efficacement. Nous sommes capables d’en produire en grande quantité, et nous en exportons dans le monde entier, principalement pour des sites industriels en périphérie urbaine.

Concernant les discussions avec le sénéchal, celui-ci répondit sans tarder :

Ne pas pouvoir juger les hautes instances politiques nous semble contraire à l’État de droit. Sinon, un gouvernement dangereux pourrait s’affranchir des lois et conduire notre démocratie, cette grande démocratie, vers des dérives, voire le fascisme. Il est donc essentiel de pouvoir juger jusqu’au président, en particulier face à des lois inéquitables menaçant des droits fondamentaux comme celui de propriété. Ce droit est un pilier de l’empire, garant de l’autorité de l’Empereur sur l’économie. Cependant, votre remarque est pertinente, et je découvre en vous des interlocuteurs intéressants. Je vais contacter un comte pour tenter de vous introduire auprès de l’Empereur. Le mieux serait de solliciter un magistrat doté de fonctions politiques : un grand sénéchal, en somme.

Le sénéchal ouvrit plusieurs portes, fit un peu de bruit, puis présenta l’assemblée à un nouveau membre de la cour : Monseigneur le comte de Beauregard, grand sénéchal talmique, électeur bénodien, et juge du siège. Celui-ci accueillit avec arrogance la proposition du sénéchal de solliciter une audience auprès de l’Empereur. Il s’adressa aux Velsniens :

Vos excellences, le soutien d’un sénéchal ne justifie pas à lui seul votre demande. Une démarche conforme à la loi est requise pour solliciter une audience. Faute de cette motivation, je rejette votre requête pour vice de procédure.

Il remit sa coiffe en place et frappa son marteau. Le marquis prit alors la parole en tant qu’avocat, dans ce qui semblait presque absurde aux non-Mesolvardiens :

Je demande à interjeter appel pour irrégularité du jugement. Mes clients ne sont pas tenus de motiver leur requête, en vertu de l’exception de représentation.

Le grand sénéchal, avec un sourire narquois, rétorqua :

Il faudrait revoir votre droit : les Velsniens ne bénéficient pas de l’exception de représentation. Ils doivent motiver leur demande.

S’ensuivit une interminable série d’allers-retours entre bureaux, guichets et chambres de jugement, visant à fournir une motivation officielle. Le marquis commençait à perdre patience devant ce véritable labyrinthe administratif. Il s’adressa aux Velsniens :

Je ne suis pas magistrat, et cette démarche commence à sérieusement m’agacer. Combien de fois avons-nous fait l’aller-retour entre le juge des référés et la chambre d’enregistrement ? Trois fois ? Quatre fois ?! Cette fête était censée être plaisante. Je pense que nous devrions rejoindre la fusée ou trouver un moyen de justifier notre demande. Mais comment ? On ne va tout de même pas volontairement enfreindre la loi ?

Il prit une voix enfantine et plaisanta :

Dénoncer le nucléaire devant la chambre de programmation industrielle, peut-être ?

Finalement, il invita les délégations à monter à bord des transports pour se rendre au site de lancement des fusées, visiblement déçu de ne pas avoir pu les présenter à l’Empereur. En chemin, un Velsnien eut une idée lumineuse. Juste avant d’atteindre le seuil de la porte, il se manifesta…

HRP : Ne pas suivre le conseil du Marquis bien entendu
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Contexte et vue d'ensemble

Le tribunal central est un immense bâtiment de dix étages, un véritable dédale d’escaliers, de longs couloirs, et de guichets labyrinthiques. Il abrite des chambres administratives et, surtout, de nombreux tribunaux. La majorité des salles ont une vocation politique et sont regroupées par fonction : ainsi, la chambre de la programmation industrielle se trouve à proximité de celle dédiée à l'énergie. Chaque porte arbore un tableau indiquant les maisons nobles dirigeantes associées, tandis qu’un incessant ballet de personnel donne vie à cette véritable fourmilière aristocratique. Chaque minute, un noble couronné surgit d’une chambre avec fracas, les bras chargés de papiers, avant de s’élancer rapidement vers une autre salle. Les discussions techniques et juridiques, omniprésentes, sont mêlées aux bruits de plumes grattant le papier, de claviers et de marteaux résonnant à tous les niveaux. Le bâtiment, d’un style classique inspiré de la Renaissance, affiche une sobriété monochrome. Les rares touches de couleur proviennent des costumes d’apparat portés par certains hauts magistrats. À l’intérieur de chaque chambre se trouvent au minimum trois estrades surélevées où siègent les magistrats. À leur droite, un terminal informatique, un réseau pneumatique ainsi qu’une bibliothèque contenant les archives papier. À leur gauche, des équipes de magistrats subalternes les assistent, documentent les débats et préparent les décisions techniques. Des lustres de cristal pendent du plafond, tandis que des tapis de velours rouge ornent le sol, ajoutant une touche de faste à ces lieux solennels.

Parmi les nombreuses chambres, trois se distinguent par leur importance et leur apparence plus raffinée :

La Cour de cassation, également appelée chambre impériale, demeure mystérieusement close. Cependant, une activité intense y est perceptible : un vrombissement de souffleries, le cliquetis rapide de claviers, et surtout un réseau de plus de trente conduites pneumatiques, un nombre remarquable par rapport aux autres chambres. Ces conduites sont en effervescence constante, avec une dizaine de messages entrant ou sortant chaque minute.

La chambre de l’Électorat bénodien affiche une activité plus mesurée. Des experts y entrent et en sortent régulièrement pour être auditionnés. Cette salle évoque une sorte de forum où tout semble discuté, mais où peu de décisions concrètes semblent prises.

La chambre du Conseil de l’Impératrice, quant à elle, reste discrète, voire énigmatique. On aperçoit quelques femmes vêtues de noir et voilées pénétrer en silence dans cette salle. Aucun bruit n’en émane, mais les insignes impériaux gravés sur la porte renforcent le mystère qui l’entoure.
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La délégation sylvoise acquiesça avec satisfaction aux informations supplémentaires apportées concernant les plannings. Il y avait de fortes chances que celui-ci connaisse des retards, comme tous projets d'une telle envergure, mais il était extrêmement encourageant et garantissait à Sylva de solidement se positionner à l'internationale sur le secteur nucléaire, probablement devant la Loduarie Communiste qui s'embourbait dans une fusion qu'ils ne sauraient appliquer avec des siècles.

Se poursuivit la rencontre au Tribunal Central, un autre lieu d'influence du Drovolski qui rayonnait par son importance. Alexandra et Bernadette n'en perdirent pas une miette, captant le moindre détail des jeux de pouvoir et rivalités qui pouvaient bien se faire au sein de ce si proche partenaire. Ladite proximité fut d'ailleurs remise en question par le sénéchal qui s'imposa de par la simple qualification "d'étranger". Alexandra fut sur le coup outré mais cacha en sourire en coin : l'opposition qui se dessinait sous ses yeux sortait des retours habituels sur un pays résumé comme le fournisseur minier et nucléaire par excellence de Sylva. Bernadette fut quant à elle simplement outrée, quand bien même, elle évita le spectacle, et Chloé... s'en fichait, elle souhaitait juste voir la fusée. C'est Matilde, en bonne diplomate du groupe, qui se chargea de répondre :

"Votre excellence, monsieur le Sénéchal de Bolmir, il n'est question ni d'étrangers, ni de bavardage. Drovolski est suffisamment proche de Sylva et Velsna pour être bien plus que des étrangers, mais... des amis, oui, partenaires et alliés même. Et ce ne sont pas de simples palabres que nous ambitionnions, mais des sujets d'une autre envergure qui aurait été bénéfique à un degré bien plus élevé. Si le Droit estime toutefois que nous ne pouvons y prétendre maintenant, nous réitèrerons en bonne et due forme notre demande."

Sans plus insister, chose qui n'aurait pas en soi été utile, la délégation poursuivit la discussion, n'évoquant que brièvement le fonctionnement du droit sylvois et la distinction très nette entre le pouvoir et les tribunaux, quand bien même il y avait le Tribunal Ducal spécialement habilité à juger le Duché en lui-même et la noblesse. Vint alors la scène entre les Sénéchaux, les sylvois se perdant d'ailleurs quelque peu à comprendre l'ensemble des procédures dans les détails, même si la base était assez claire. Il n'y eut pas plus d'insistance que ça chez les sylvois pour rencontrer l'Empereur, et on se contenta de suivre le marquis... jusqu'à ce que les paltoterranes soient soudainement surprises par la surprise que leur fit le velsnien !
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