Posté le : 09 déc. 2024 à 21:38:50
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La délégation tanskienne était réduite sans être limitée. Une dizaine d'officiels et hauts fonctionnaires tanskiens aux costumes parfaits, presque tous similaires. Seuls les cravates, tantôt à points, tantôt rayées mais toujours d'une autre couleur ou d'un autre motif permettait de distinguer les hommes parmi les tenues. La seconde moitié de la délégation, autant de femmes que d'hommes, ne portait pas la cravate pour des questions de traditions politiques à l'origine depuis longtemps oubliée mais qui persistait dans toutes les administrations et de la gauche à la droite sur les bancs du Congrès Fédéral, y compris chez les plus progressistes. Il est de quelques règles absurdes que personne n'ose transgresser sans raison à cet empêchement.
Karty occupait un intérêt pour le moins secondaire pour Tanska en dépit de sa relative proximité géographique. Disposant d'une importante côte sur la mer de Leucytalée il n'en restait pas moins éloigné des principales lignes commerciales tanskiennes et ne représentait pas non plus un débouché économique notoire pour les exportations tanskiennes dans les domaines agricoles, avioniques, technologique comme les semi-conducteurs et la naissante industrie des batteries et des panneaux photovoltaïques. L'instabilité diplomatique du pays, devenue risée au temple de stabilité normative, attirait néanmoins une forme de curiosité singulière chez nombre de diplomates. Les intérêts kartiens sont difficiles à déceler. Une recherche de sécurité, sans doute. Mais celle-ci ne semble pas être réfléchie de manière continue, ancrée dans des fondements solides, historiques, géographiques, politiques, économiques ou autres. Ils semblent mouvants, se déplaçant au gré des assemblées et des désirs variant d'un pouvoir ne sachant trouver des marques concrètes. Telle était la sans doute le résumé de la note de quelques pages que le ministre avait lu dans l'appareil qui le menait à Volkingrad. Rédigée par un haut-fonctionnaire trop rodé à la tâche pour son propre bien, ou par le nouveau stagiaire qui vit là l'opportunité d'une vie de plaire à un ministre. Manquée ou réussie, la note était désormais ancré dans un coin de son esprit. Comme de nombreux têtes administratives instruites à l'"Ecole de la Directive" comme on l'appelait, il avait pris pour habitude de se créer son propre temple intérieur de normes, de notes et d'éléments de langage. Un ministère intérieur, un palace propre ou quelques jardins mentaux selon les volontés et habitus de chacun. Tous y stockent des informations nécessaires et naviguent dedans selon les besoins. Un administrateur regarde rarement dans le vide quand on l'observe sans le connaitre, non, il ère souvent dans son esprit, à la recherche d'un dossier, d'une information, espérant que sa mémoire ne lui fasse pas défaut.
Sortant de ces vapes cérébrales, Mar Loftsson répondit finalement après quelques secondes d'une attente bien silencieuse. "Le voyage fut très bon monsieur le Ministre."