Posté le : 30 déc. 2024 à 11:54:46
5979
La tempête Grande
Le 15 juin 2015
Monsieur di Latini avait passé la nuit à se tourner et se retourner dans son lit. Une grosse tempête est annoncée pour le lendemain et il craint pour ses orangers. Si la tempête a bien l'ampleur prévue par les météorologues, c'est vingt pour cent de ses terres qui risquent d'être détruites.
En se réveillant après cette courte nuit, Vladimiro di Latini se précipita hors de son lit jusqu'à la fenêtre de sa chambre pour voir ce qu'annonçait le ciel. Pour l'instant, c'était plutôt calme. Il descendit bruyamment au salon, saisit la télécommande du téléviseur et alluma la chaine des informations. Par chance, elle diffusait justement la météo à cet instant.
Présentatrice météo : "Bonjour à toutes et à tous qui se lève si tôt en cette journée de mauvais temps. Les météorologues ont en effet confirmé que la tempête Grande se dirige vers Blonvillia et qu'elle devrait commencer à sévir dans la journée, et au plus tard cette nuit. L'alerte orange a été déclarée, nous vous conseillons de rester chez vous au maximum, de ne pas sortir en voiture, et d'attacher autant que possible votre mobilier de jardin. Si la chute d'un arbre pourrait endommager votre maison, nous vous conseillons de demander à des amis de vous héberger. Prenez vos précautions au maximum afin que lorsque la tempête sera là, les pompiers n'aient à gérer que les urgences."
Vladimiro di Latini éteignit le poste de télévision. Débité, il n'avala qu'une tasse de café comme petit déjeuner et s'habilla en quatrième vitesse avant de dépêcher de se rendre sur ses terres les plus exposées.
Pendant qu'il était encore en voiture, son deuxième fils, Ornando di Latini, l'appela.
Ornando di Latini : "Allo papa ? Où es tu ? Tu es parti sans nous attendre ?"
Vladimiro di Latini : "Oui désolé je n'avais pas le temps de vous laisser un message. Je n'ai pas dormi de la nuit. Ce matin il a été confirmé que la tempête Grande se dirige vers Blonvillia, vingt pour cent de nos terres risque de geler si nous ne faisons rien. Ce n'est pas une tempête classique, dans ce cas nos haies seraient suffisantes contre le vent. La tempête Grande est glacée, nos fruits ne résisteront pas si nous ne les aspergeons pas d'eau".
Ornando di Latini : "De l'eau ? Mais pourquoi faire ?"
Vladimiro di Latini : "L'aspersion est une technique de protection du froid qui consiste à asperger d'eau les fruits à protéger. Ainsi, une couche de glace protectrice se formera autour d'eux. C'est vrai que tu n'étais qu'un enfant lors de la dernière tempête de ce genre, tu ne te rappelle pas de cette journée où nous courrions partout pour sauver un maximum d'orangers ?"
Ornando di Latini : "Je n'en ai pas le moindre souvenir..."
Vladimiro di Latini : "Peu importe. Nous devons tous nous y mettre. J'ai déclaré la situation d'alerte auprès des employers, ils savent ce qu'ils ont à faire. Cependant, toi et tes frères devez venir nous aider, même tous ensemble, nous ne pourrons sauver que la moitié des orangers menacés."
Ornando di Latini : "D'accord je les réveille et on arrive"
Il raccrocha.
De nouveau seul, Vladimiro di Latini senti une boule se reformer au niveau de son ventre. La dernière fois, c'est un tiers des orangers qu'ils ont perdu. On ne se rend peut être pas compte comme ça, mais c'est des décennies qui sont nécessaires à la restauration des vergers détruits.
Vladimiro di Latini arriva enfin. Le vent était froid et puissant. Les branches de ses chers orangers étaient déjà secouées dans tous les sens, et chaque nouvelle raffale de vent menaçait de les briser. Heureusement que cette tempête ne survenait que maintenant, une fois la récolte d'avril terminée.
Quelques temps après son arrivée, Monsieur di Latini vit la voiture de ses fils s'engager sans le chemin, suivie des machines nécessaires à l'aspersion.
Vladimiro di Latini : "Merci à tous d'avoir réagi si rapidement, nous avons besoin de tous les bras que nous pourrons trouver. Si vous connaissez d'autres personnes prêtes à se mobiliser, faites leur savoir que vous serez tous payés gracieusement. Maintenant, à vos machines ! Nous devons avancer le plus rapidement possible car la tempête peut survenir à tous moments. Il faut sauver le maximum d'arbres."
Tous se mirent au travail. Chacun était motivé et efficace, le travail d'équipe était remarquable. Vladimiro di Latini était rassuré de constater que ses équipes performaient remarquablement, tout en restant réaliste. Il savait bien que rien n'était encore joué et qu'il perdrait beaucoup d'orangers de toute manière.
En fin de matinée, après cinq heures de travail, le vent devenait de plus en plus fort et froid. Les équipes commencèrent à ralentir. Vladimiro di Latini descendit de son tracteur pour écouter la radio de sa voiture.
La radio : "La tempête Grande se rapproche. Nous demandons à ceux qui sont encore dehors de rester très vigilants et de ne pas trop s'éloigner de chez eux. Nous sommes incapables de dire exactement quand la tempête entrera dans la province de Blonvillia, mais cela ne saurait trader."
Vladimiro di Latini fit signe à son fils de le rejoindre dans la voiture. Lorsque celui-ci saisit la poignée, la portière, emportée par le vent, s'ouvrit si violemment que tout le véhicule en fu secoué.
Vladimiro di Latini : "Je pense qu'il faut qu'on se protège. J'ai le sentiment que la tempête Grande va se déclarer d'une seconde à l'autre."
Ornando di Latini : "Que faire si le vent se calme à nouveau ? Si tout le monde est rentré chez lui, nous ne pourrons agir rapidement."
Vladimiro di Latini : "Pas de soucis de ce coté là, nous allons accueillir tout le monde chez nous. Je ne les aurait pas fait venir si je n'avais pas cette intention dès le départ. Ainsi, comme le vent se lève, je préfère ne prendre aucun risque. Allons tous nous couvrir le temps que le vent redescende. Et si c'est bien la tempête qui se déclare, nous resterons tous confiné jusqu'à ce qu'elle soit terminée."
Ornando di Latini : "D'accord. Je préviens tout le monde, tu n'as qu'à démarrer."
Un cortège de voitures, de véhicules d'aspersion et de tracteurs se dirigèrent ainsi en direction de chez la famille di Latini.
Un employé : "Mais dis-moi, si on va chez les Latini, on va voir Madame di Latin !"
Son collègue : "C'est vrai ça ! Ça nous fera des choses à raconter."
Les employés furent très bien accueillis chez les di Latini. On leur servi un buffet afin qu'ils puissent se désaltérer et reprendre des forces. Tout le monde avait oublié la menace de la tempête et passait du bon temps, sauf Vladimiro di Latini. Celui-ci restait assis à la fenêtre, à scruter le ciel et en écoutant la radio.
Deux heures plus tard, le vent s'était un peu calmé et la radio annonçait que la tempête n'aurait finalement lieu que cette nuit. Tous les travailleurs se remirent alors au travail. En fin de journée, vers vingt-et-une heure, Vladimiro di Latini remerciat et congédia tout le monde. Ils rentrèrent se coucher avec ses fils, toujours avec une boule au ventre. Combien d'orangers restera-t-il demain ?