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Famille di Visco - Propriétaires de vignobles

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Présentation de la famille di Visco, propriétaires de vignobles dans les Coltori



Au XIe siècle, très peu de temps après la conquête des Coltori par le général Giuliano di Traversi, la famille di Visco commence la culture du vin. Paulo di Visco, un noble ayant pris part à l’expédition, s’empare de nombreuses exploitations indigènes et fonde le début de ce qui deviendra le plus grand vignoble grisolien. Pendant une dizaine d’années au moins, la famille a profité de l’absence presque totale de lois protégeant les droits des indigènes, engrangeant ainsi une immense fortune. Rapidement, les Grisoliens ont considéré les indigènes comme étant leurs égaux et ont fait d’eux des membres de la Principauté, leur accordant ainsi les mêmes droits et devoirs. Les di Visco ont alors dû s’adapter, et contre toute attente ils n’ont pas perdu leur position dominante dans la production de vin. En effet, étant de très bons stratèges, ils avaient compris que cette situation ne durerait pas et ont beaucoup investi.

Aujourd’hui, la famille réside à Blonvilia dans l’objectif de se trouver au plus proche de la Famille Princière. Le chef de famille veuf, Romero di Visco, est un homme de soixante et onze ans, très calculateur, mielleux et soucieux des apparences. Il a eu trois fils et une fille, dont l’aîné, Leone, lui est très soumis. C’est d’ailleurs lui qui veille sur les vignobles dans les Coltori. Geromino, le deuxième fils et rival de son frère, est souvent en conflit avec son père. Véra, mère de famille de quarante et un ans, et le cadet, Massimo qui n’a que trente-deux ans, essayent de se tenir éloignés des affaires familiales.

Blason de la famille di Visco, propriétaires de vignobles
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Les folies de Massimo



Le 15 avril 2015


Romero di Visco : "Giaccomo, la voiture est prête ? Je vous rappelle que nous avons rendez-vous avec sa Majesté dans moins de vingt minutes."

L'homme de soixante-douze ans, le visage contracté, avait prononcé ces mots d'un ton sec et brutal. Alors qu'il ajustait les manches de sa chemise, un majordome pénétra d'un pas vif dans le grand salon.

Giaccomo : "La voiture de Monsieur est en réparation, devons-nous prendre celle de Monsieur Massimo ?"

Un très fin sourire se maintenait sur la figure du domestique. Personne n'y voyait un signe de moquerie, il s'agissait simplement d'une habitude que Giaccomo avait prise pour paraître aimable à ses interlocuteurs, même quand ces derniers bouillonnaient de colère.

Romero di Visco : "Aah oui ! Cela m'était complètement sorti de la tête, et je ne vous remercie pas de me rappeler l'existence de ce garnement ! Depuis trente-deux ans que ma femme, paix à son âme, l'a mis au monde, et il n'est toujours pas fichu de prendre ses responsabilités en main. Déjà que Sa Majesté se fait de plus en plus froide à notre égard, et il fallait que ce voyou prenne ma voiture pour la fracasser sur le bord de la route ! Je ne demande qu'une chose, qu'on ne jette pas la honte sur notre famille."

Giaccomo : "Si Monsieur permet, la voiture de Monsieur a seulement été éraflée..."

Romero di Visco : "Seulement éraflée !? Cinquante kilomètres au-dessus des limites de vitesse, vous appelez cela un éraflement ? Cessez de défendre l'indéfendable, Giaccomo, et remplissez plutôt votre devoir en allant chercher la voiture de cet incorrigible freluquet."

Giaccomo : "Bien sûr, Monsieur."

Giaccomo n'avait pas perdu son mince sourire et se hâtait de préparer la voiture de Massimo di Visco. Le chef de famille lui avait parlé, comme toujours, de son ton froid et lapidaire, mais le domestique n'y voyait plus la même acidité qu'à ses débuts dans la famille. Il avait passé tellement d'années dans la famille di Visco qu'il faisait maintenant partie des meubles. Il avait vécu les hauts et les bas de la famille di Visco et, depuis que Vera était décédée, il était la personne avec laquelle le vieux Romero passait le plus clair de son temps. Une relation muette s'était donc formée entre les deux hommes, qui n'en avaient pas perdu leurs manières pour autant. Le domestique s'amusait à prévoir les désirs de son maître avant qu'il ne puisse les formuler, sachant de toute manière que sa colère allait s'abattre sur lui. Il embrassait ce rôle de défouloir sans souffrance, l'incorporant dans la liste de ses devoirs. Ayant sorti la voiture du fils de Romero du garage et l'ayant amenée devant l'entrée de la maison, il attendit que le vieil homme sorte de sa demeure pour lui ouvrir la portière. Les relations orageuses entre le père et le fils n'empêchaient pas Giaccomo d'aimer autant l'un que l'autre. Il était persuadé que les conflits qui opposaient souvent les deux hommes n'étaient que le fruit d'une mauvaise passe, et qu'un amour puissant persistait toujours entre eux. Récemment, au cours d'une soirée arrosée et en l'absence de son père, Massimo avait pris la voiture du paternel pour faire quelques tours en ville, faisant fi du code de la route et de la réputation familiale. À trente ans passés, Massimo n'était toujours pas marié et son cas tracassait de plus en plus Romero di Visco, chef de famille qui constatait le relatif déclin de sa maison. Le récent événement n'avait pas arrangé les choses, d'autant plus que Massimo s'était rendu injoignable, comme il le faisait souvent pour éviter les foudres de son père. Il reparaissait toujours au bout de quelques jours, munis de plates excuses. Giaccomo voyait bien que ces excuses l'atteignaient dans son ego. Le père en profitait pour l'accabler encore plus, défoulant la rage accumulée les derniers jours, ce qui faisait dégénérer la discussion en une nouvelle dispute.

Romero di Visco reparut sur le seuil de la maison. Il pénétra dans la voiture et Giaccomo referma la portière doucement. Il démarra la voiture et conduisit l'homme d'affaire vers le Palazzo di Grisolia. Ce dernier devait à nouveau plaider sa cause auprès du Prince.
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Pénibles héritages



Le 15 avril 2015


La voiture roulait calmement en sortant du domaine di Visco, sous la conduite habile et coutumière du domestique Giaccomo. Inconfortablement assis à l'arrière de ce véhicule dont il n'avait pas l'habitude, le chef de la famille di Visco essayait de rassembler ses esprits. Il devait apaiser sa colère, ou du moins la dissimuler à l'approche du Palazzo di Grisolia, dans lequel le Prince Ludovico l'attendait pour une courte entrevue. Romero di Visco avait déjà eu des centaines de discussions de couloir comme celles-ci avec le souverain grisolien, au cours desquelles il tentait de plaider sa cause et d'appuyer les revendications familiales. Mais depuis que Ludovico XIV était monté sur le trône, un net changement avait été perçu dans les relations de la famille avec le pouvoir grisolien. Il semblait que le nouveau monarque n'était guère amateur des tractations quasi secrètes, non officielles, et du jeu relationnel qui avait dicté les méthodes de Romero di Visco toute sa carrière. Ludovico XIV préférait voir ses décisions inscrites dans des décrets publics, et strictement délimiter ses actions auprès des grandes familles aristocratiques dans un cadre officiel.

Ce nouveau fonctionnement coïncidait avec le déclin ressenti de la famille di Visco, dont le patriarche s'accrochait hargneusement aux vieilles méthodes courtisanes. La famille souffrait également de graves tensions internes, et Romero craignait, constatant dans son reflet les effets pervers du temps, de ne pas trouver pour lui succéder un héritier digne de lui. Il avait pourtant quatre enfants, dont certains avaient eux-mêmes des enfants, mais l'un lui était hostile et deux autres avaient toujours cherché à se tenir éloigné des affaires du vignoble. Quant à l'aîné, Leone, il avait beau suivre à la lettre la politique de Romero, celui-ci ne voyait en lui qu'un bon exécutant, tout juste capable d'obéir aux ordres qu'on lui donnait et qui serait totalement dérouté en l'absence d'un esprit plus habile au-dessus de lui. Romero di Visco se sentait donc bien seul à la tête de la famille depuis la mort de sa femme, et son angoisse grandissait à mesure que ses doutes se confirmaient sous l'épreuve des années.

Le vieil homme sortit de sa poche intérieure une feuille de papier pliée en quatre sur laquelle il avait inscrit, pour s'en souvenir, les revendications qu'il souhaitait plaider auprès du souverain Ludovico. Ce dernier accordait de moins en moins de temps aux rencontre que Romero lui demandait, il fallait donc progressivement bannir les formules de politesses et les courbettes que l'âge ne lui permettait plus et déclamer son discours en allant droit à l'essentiel. Ce jour-là, il fallait obtenir du Prince l'autorisation d'outrepasser les règles usuelles de succession dans le petit domaine de Cermilo, au sud-ouest des Coltori. Ce vignoble qui jouxtait une partie de celui des di Visco et auquel ces dernier achetaient l'essentiel de la production n'avait pas trouvé d'héritier à la mort de son propriétaire. La loi voulait donc qu'il passât dans le domaine public et revienne à la couronne, mais il n'en était pas question pour Romero di Visco qui y voyait l'opportunité de relancer les finances familiales.

Giaccomo : Nous arrivons au Palazzo, Monsieur.

La voiture freina doucement sur le gravier. Il fallait maintenant qu'une des voitures officielles stationnées à l'entrée du Palazzo embarque le chef de famille pour gravir la montée qu'il ne pouvait plus affronter. Ceci accompli, Romero se présenta dans l'antichambre du Prince. Il patienta bien quinze minutes avant que ce dernier, l'air pressé, surgisse dans la pièce par une porte située derrière le vieil homme.

Ludovico XIV : Ah ! Monsieur di Visco. Je vous attendais ! Pourquoi venez-vous me voir, déjà... ah, oui, c'est au sujet du vignoble de Cermilo. Je n'ai que très peu de temps, nous parlerons en marchant, voulez-vous ?

Romero di Visco avait à peine eu le temps de saluer le monarque que celui-ci lui tournait déjà le dos, s'engouffrant dans un nouveau couloir. Le jeune Prince avançait de son pas rapide et énergique, et Romero di Visco, du haut de ses soixante et onze printemps, peinait à le suivre. Boitillant un mètre derrière lui, il lança la phrase qu'il avait préparée.

Romero di Visco : C'est effectivement à propos de ceci, Votre Majesté... comprenez-vous, Monsieur di Cermilo était un homme, pour sûr, semblable à un frère à mon égard... et nos relations ne se sont pas taries depuis des décennies, tant sur le plan intime que commercial, aussi me semble-t-il légitime, à l'heure où nous déplorons sa disparition...

Distançant son interlocuteur, Ludovico XIV le coupa dans son élan.

Ludovico XIV : Monsieur di Visco, vous savez que je fais un point d'honneur de toujours respecter le cadre de la loi que m'ont transmise mes prédécesseurs. Nous pleurons aussi la mort de Monsieur di Cermilo, et nous savons combien les relations qui vous liaient à lui étaient fortes. Mais il plaçait plus haut que tout le respect de la couronne princière, et, en laissant son testament vierge, il a légué sa richesse à la Principauté, héritage auquel je ne peux me permettre de contrevenir. J'espère que vous comprenez mon sentiment.

Romero di Visco : Mais il me semble, Votre Majesté le Prince, que cette affaire dépasse le simple cadre de...

Ludovico XIV : Je regrette sincèrement de ne pouvoir vous satisfaire. Monsieur di Visco, d'urgentes affaires m'appellent, je demeure à votre disposition si mon modeste pouvoir peut vous être utile. Sur ce, au revoir.

Le Prince entra dans une pièce et claqua la porte. Romero di Visco était seul dans le couloir, sous le regard placide de deux gardes aux uniformes impeccables. Reprenant difficilement son souffle, il s'appuya quelques minutes sur une colonne de marbre, le visage peiné. Puis, d'une allure lente et morne, il retraça longuement le chemin qu'il avait parcouru à toute vitesse à la poursuite du Prince pendant leur conversation, et regagna sa voiture, bredouille.
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Massimo, éternel célibataire ?



Le 30 octobre 2015

Enfoncé dans le canapé du grand salon de la résidence di Visco blonviliane, Romero tenait devant ses yeux un journal qu'il ne lisait pas. Une fois de plus, ses pensées s'étaient évadées des lignes qu'il lisait, se faufilant à travers les lettres imprimées pour se perdre dans les méandres d'un passé révolu et d'un avenir inquiétant. La famille s'en sortirait-elle un jour ? Les di Visco retrouveraient-ils un jour leur gloire et leur prospérité d'antan ? À l'heure où le corps de Romero di Visco fléchissait à mesure que les années passaient, sa raison et son esprit prévoyant interdisaient à son cœur tout espoir sur l'héritage qu'il laisserait à son éparse progéniture. Le destin de la famille di Visco était noir d'incertitude. Chacun en avait conscience et préférait détourner la tête plutôt que d'assister à la honte finale qui laisserait définitivement la renommée des plus illustres vignerons de Grisolia choir dans les abîmes de l'oubli. Sans doute préférait-on laisser la famille se disloquer silencieusement et se perdre à l'abri des regards plutôt que d'investir un dernier effort pour retarder sa chute, en risquant de se couvrir de honte.

Des quatre enfants de Romero, le dernier était sans doute celui qui lui causait le plus de souci. À l'âge de trente-deux ans, Massimo semblait ne toujours pas avoir assimilé les règles les plus élémentaires de la bienséance et de la piété filiale. Romero ressassait souvent son enfance, regrettant les erreurs qu'il avait commises dans son éducation. Dernier de la fratrie, Massimo avait perdu sa mère à l'âge de quinze ans et avait toujours manifesté une extrême turbulence dans ses rapports aux autres et à l'autorité. Ainsi avait-il valdingué de collège en collège, de pensionnats en pensionnats, sans cesse expulsé des établissements où son père l'envoyait. Sa relation avec ce dernier n'était donc pas ce qu'on pouvait décrire comme de l'amour, puisque Massimo avait grandi dans l'éloignement de sa figure paternelle. Depuis sa majorité, Massimo ne travaillait pas et passait le plus clair de son temps dans les loisirs faciles et les beuveries. Sa dernière bravade avait été l'emprunt de la voiture de son père, laquelle avait trouvé son destin dans un fossé sur le bord de la route.

Ce qui inquiétait le plus Romero à cet instant, alors qu'il faisait encore mine de lire son journal, c'était que Massimo, du haut de ses trente-deux ans, n'était toujours pas marié. Il avait présenté à Romero, quand il avait vingt-cinq ans, une femme de renommée tout à fait convenable, mais leur idylle n'avait duré qu'un temps, avant que Massimo ne s'égare à nouveau dans les bras d'une autre. Cet incident avait suffisamment terni l'image de la famille pour que Romero garde à l'égard de son fils une sourde rancœur. Depuis, les réponses de Massimo restait le plus évasives possible lorsque son père l'interrogeait sur sa situation sentimentale.

D'un coup strident, la sonnette de la porte d'entrée sonna. Romero détacha brusquement les yeux de son journal. Il n'attendait personne. Il se leva avec peine et se dirigea vers la fenêtre de la salle à manger, d'où l'on pouvait jouir d'une vue discrète sur les nouveaux venus. Massimo se tenait devant le portail de fer. Surpris de la coïncidence des événements avec ses pensées, Romero envoya Giaccomo, son fidèle domestique, ouvrir le passage à son fils. Pourquoi venait-il aujourd'hui, sans prévenir ? Massimo rendait rarement visite à son vieux père, encore moins avant les douze coups de midi.
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