25/11/2018
14:15:24
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[RP Interne] Wind of Change

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Ici seront postés divers RP représentant la façon dont des citoyens de Nebrownia ont vécu le coup d'état du 19/04/2015, ou ses conséquences sur leur vie, quel qu'ils soient, quelle que soit leur classe sociale.
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La Générale de Brigade Matilda Emerson se tenait face à la large fenêtre du Bureau Présidentiel, comme Clinton Kellem avait nommé cette pièce, une ironie de plus du régime qu’elle avait renversé quelques heures plus tôt. Les mains croisées dans le dos, elle regardait les fumées noires s'élever çà et là dans la ville, vestiges de véhicules carbonisés, civils et militaires, autant de preuves que le Coup d'État ne s’était pas déroulé sans combats. Derrière elle s’affairaient civils et militaires, préparant le décor pour l’allocution qu’elle allait donner dans quelques minutes afin d’établir officiellement son acte et ses conséquences. Elle soupira profondément.

- Au rapport, Lieutenant Mynooc.

La Lieutenant Fira Mynooc, qui se tenait légèrement en retrait, s’avança de trois pas. Native, elle vouait à sa supérieure une admiration féroce, et avait déjà fait jouer les poings pour la défendre lorsqu’elle était encore Cadette de l'académie. La générale savait et voyait l’attitude de sa subordonnée, ce qui avait tendance à la mettre mal à l’aise, mais la jeune femme était très compétente, et avoir un garde du corps officieux ne pouvait pas faire de mal. La jeune Native sortit un bloc-note recouvert de notes et commença son rapport.

- A vos ordres ! Un bruit de feuilles tournées résonna derrière Matilda. Nous nous sommes rendus maîtres de la totalité de la ville, les troupes fidèles au régime se sont ou rendues, ou enfuies, de même que le généralissime Cuvilier qui est toujours introuvable. Les infrastructures de distribution d’électricité et d’eau courante n’ont que très peu souffert des combats... nous avons eu de la chance d’avoir Monsieur Reyes à la tête de l’insurrection populaire, il a su diriger ses troupes vers les points stratégiques de la ville, comme la prison et les sièges des différentes radios et télévisions nationales, nous évitant de trop nous disperser et nous permettant d’utiliser notre plein potentiel sur les éléments essentiels de notre mission.
- Etat des pertes ?
- Trente morts et soixante dix blessés, dont trente critiques.
- Estimation des pertes ennemies ?
- Difficile à établir, nous n’avons pas encore terminé de recenser les prisonniers, mais nous les estimons à environ deux-cent morts et une centaine de blessés dont nous sommes tributaires.
- L’effet de surprise a joué à plein. Matilda fait une pause, les yeux rivés sur un volute de fumée qui s'évanouit petit à petit sous l’action des pompiers, sans doute. Quelles sont les pertes civiles ?
- Là aussi difficile à établir, nous n’avons pas encore pris contact avec les services de secours, qui doivent être débordés à l’heure qu’il est.

Matilda leva les yeux au ciel. Elle savait que les pertes civiles seraient conséquentes, nombre de ceux qui s’étaient engagés dans l’insurrection populaire n’avaient jamais tenu une arme, car trop jeunes pour avoir effectué le service militaire obligatoire. Une partie de la jeunesse sacrifiée de la sorte, elle avait un goût amer en bouche à cette pensée. Mais leur sacrifice avait été essentiel au succès de l’opération, ayant largement détourné les troupes fidèles à Kellem des objectifs réels du Coup d’Etat. Reyes avait pourtant ordonné, dans son appel aux armes, que seuls ceux ayant une expérience militaire se joignent à lui pour libérer Noroît, mais la fougue de la jeunesse avait été plus forte que la raison.

- Générale ?

Matilda tourna la tête. Une femme se tenait à côté de Fira Mynooc, elle aussi avec un bloc note. La jeune native, un sourcil dubitatif haussé, la surveillait du coin de l'œil alors que celle-ci se rapprochait de la générale.

- L’installation est finie, nous allons devoir vous maquiller avant le direct, dit la spécialiste des médias, un sourire très professionnel aux lèvres
- Ai-je une tête à me maquiller, madame ? rétorqua la générale, ce n’est pas un concours de beauté mais un discours d’investiture…

Fira Mynooc pouffa silencieusement derrière la spécialiste des médias, mais cette dernière, un sourire en coin, rétorqua :

- Je maquille quotidiennement votre mari avant ses directs, madame.

Le sourire de Mynooc se figea et ce fut à la générale de hausser un sourcil, ne s’attendant visiblement pas à cette répartie.

- Est-ce vraiment nécessaire ?
- Oui, cela permet de gommer les quelques imperfections de la peau que les jeux de lumière pourraient faire apparaître. C’est le genre de détails sur lesquels l’attention peut se focaliser, faisant oublier aux spectateurs le message qu’essaie de faire passer la personne à l’écran.
- J’ai du mal à imaginer Noroît se plier à ça tous les jours… dit la générale, essayant d’imaginer son époux se laisser maquiller.
- Il n’est pas particulièrement friand de la chose, mais c’est un bavard, il réussit toujours à tourner cette étape à son avantage, ou en plaisantant, ou en réfléchissant à voix haute.
- Cela lui ressemble davantage… Soit… où se déroulera cette séance de tartinage ?

Fira Mynooc pouffa de nouveau. Elle était très bon public pour ce qui concernait l'humour, et finissait souvent avec des crampes au ventre tellement elle riait lorsque Noroît se prenait à voir jusqu'où il pouvait la pousser à rire. Cette pensée fit sourire la générale, qui attendait la réponse de la maquilleuse. Celle-ci, souriante, lui indiqua de la main le fauteuil présidentiel, derrière le massif bureau orné de dorures qu’il utilisait pour travailler, ou faire mine de travailler, pour les images de propagande. Avec un profond soupir et un air résigné, la Générale se dirigea vers le fauteuil et s’y assit, sans grand plaisir.

- Faites vite, dit-elle, se crispant en voyant les accessoires de maquillage.
- Détendez vous, générale… ces poudres et ces pinceaux n’ont jamais tué personne… du moins, pas directement, ajouta la maquilleuse, tentant de détendre Matilda, en commençant à étaler du fond de teint sur le visage de la générale.

Alors que la spécialiste s’occupait d’elle, la générale se dit qu’elle n’avait pas eu de nouvelles de son époux.

- A-t-on des nouvelles de Noroît ? s’enquit-elle.
- Oui, intervint la lieutenant Mynooc, il a été libéré par des insurgés sous le commandement direct de Reyes et a été envoyé à l'hôpital directement…

La générale soupira de nouveau. Elle s’y attendait, car son époux avait été arrêté par la police politique juste après son direct. Elle et Reyes avaient agi vite, mais les sbires de Kellem avaient quand même visiblement eu le temps de le “questionner” comme ils disaient. Elle serra les poings. Elle mourrait d’envie d’aller rejoindre son mari, mais son devoir était de rester là, et de continuer. Clinton Kellem était derrière les barreaux, elle l’y avait mené elle-même, avec mépris et moult coups de pieds au derrière. La tentation de lui mettre une balle dans la tête avait été grande, rarement son arme de service ne l’avait autant démangé, mais il devait répondre de ses crimes, et une exécution sommaire aurait été trop clémente pour lui…

- Voilà… Vous êtes prête, Générale, dit la spécialiste en se reculant.
- Merci… dit la générale, remerciant le ciel que la maquilleuse n'ai pas agité un miroir pour qu'elle constate l'étendue des dégâts.

Un homme portant un casque audio doté d’un micro se dirigea vers elle. Lui aussi portait à la main un bloc note recouvert d'inscriptions.

- Générale, votre époux est en train de présenter le bulletin d’information, vous passerez en direct dans moins de dix minutes. Etes vous prête ? demanda-t-il
- Oui, dit Matilda après une dizaine de secondes.
- Parfait. Vous voyez cette lumière rouge ? Dès qu’elle passera au vert, vous vous adresserez à toute la nation. Nous essaierons de vous déranger le moins possible, mais quelques mouvements derrière les caméras sont à envisager. N’y prêtez pas attention…
- Bien…
- Direct dans trois minutes !! cria un homme derrière les caméras
- Concentrez vous sur le retour caméra que vous avez ici, générale, cela vous permettra de voir ce que verra la population.

Matilda acquiesça silencieusement. Les trois minutes qui suivirent lui parurent une éternité. Elle avait hâte que cela se termine, hâte de pouvoir VRAIMENT commencer le travail qui allait être le leur pour les mois à venir… et surtout hâte de revenir à la vie qui était la sienne avant, celle de générale de brigade, un poste qui lui convenait parfaitement, des responsabilités mais pas trop, un challenge intéressant lors des manœuvres, tant d’un point de vue logistique que tactique…

*Et merde, qu’est-ce que j’ai fait, à dire que je prendrais les commandes le temps qu’ils choisissent un nouveau type de gouvernement… Quelle conne bon sang !! Allez, plus le temps de regretter ma grande…* songea-t-elle, cinq secondes avant que la lumière verte ne se fasse et qu'elle apparaisse en direct devant des millions de spectateurs.

- Nebrowniennes, Nebrownien… Frères et sœurs… Vous le savez tous, ces derniers mois ont été teintés du sang de victimes innocentes, dont le seul tort était de défendre les vraies valeurs de Nebrownia. Clinton Kellem, le tyran, après avoir lentement enserré le peuple dans l'étau de son ordre a essayé de saper les fondations même de notre nation, non seulement en essayant d’imposer ses idées dégénérées, mais également en amenant progressivement notre nation dans le cercle de la guerre, comme l’avait dénoncé Noroît Emerson, mon époux. Le tyran envisageait en effet de déclarer la guerre à nos voisins, dans le seul but d’étendre le territoire où s'appliquerait sa mégalomanie. Par le biais de fausses revendications, il envenimait nos relations à l’extérieur, afin de faire grandir notre ressentiment à leur encontre, il manipulait l’information… Il prévoyait de déclencher les opérations militaires dans l’année. Vous le savez, ces dernières semaines ont vu de nombreux soulèvements éclater dans le pays, tous réprimés dans le sang, tous alimentant la flamme de notre résolution à ne pas le laisser faire, tous nourrissant l’horreur de voir le mépris qu’il avait à l’encontre de son peuple, enfin affiché ouvertement. Heureusement, l’action de soldats patriotes, ainsi qu’un soulèvement populaire décisif ont mis un coup d’arrêt à cette folie. Certes, cela ne s’est pas fait sans sang versé. Nous ignorons encore combien de braves sont tombés ce soir pour que notre patrie soit libérée du joug meurtrier de ce monstre sans âme et prenne un nouveau départ, mais nous nous devons d'honorer leur mémoire en mettant un point final à l’histoire de cette dictature. J’invite donc tous les soutiens de Kellem, où qu’ils soient, à déposer les armes et à se rendre, ou tout simplement à ne pas commettre de folie pouvant plonger notre nation dans une guerre fratricide. Ce fou sanguinaire ne mérite pas votre loyauté ; Nebrownia, si. Aidez-nous à tourner la page de ces trente-cinq années de dictature, ensemble, redressons la tête, regardons vers l’avenir !

Et puisqu’il est question d’avenir, j’annonce officiellement que notre gouvernement est renommé “Conseil de Transition de Nebrownia”, qui sera momentanément dirigé par moi même. Mon époux et des personnes soigneusement sélectionnées seront intégrés dans une nouvelle entité officielle, “l’étude du Conseil de Transition” dont la tâche sera de nous doter, d’ici deux ou trois ans, d’un nouveau gouvernement. Ils étudieront les meilleures solutions pour nous éviter le retour d’un autre Kellem. Quant à moi, je me baserai sur ce que nous avons déjà afin de continuer à faire fonctionner le pays, tout en commençant à l’aiguiller dans une direction plus sage et saine. Tout d’abord, reconstruire. A cause de sa vision biaisée, le tyran a fait prendre un retard considérable à notre pays, dans de nombreux domaines. Nous devons réformer l’agriculture, l’industrie, la production de matières premières, l’enseignement, la recherche, l’armée, l’armement, bref… nous avons énormément de travail devant nous, et j’entends bien faire ma part de celui-ci. Mais je n’y arriverai pas seule… NOUS n’y arriverons pas seuls… nous aurons besoin de toutes et tous, les travailleurs, les penseurs, les inventeurs, les meneurs, les artistes… tous ensemble, tous unis, nous nous redresserons et nous extirperons de la fange où nous avait enfoncé Clinton Kellem, nous rebâtirons Nebrownia !!

Aussi, je veux adresser un message à tous les pays qui regardent ce discours : Nebrownia va se rouvrir au monde !! J'invite tous les pays avec lesquels nous nous sommes brouillés par le passé, ou dont nous avons fermé les ambassades sous le règne du tyran, toutes les nations souhaitant reprendre contact avec nous, à le faire ! Kellem n’était pas Nebrownia, il n’était pas le reflet de ce que nous sommes en réalité. Nous voulons rejoindre à nouveau le concert des nations, y faire entendre notre voix derechef, y clamer notre amour de la paix, et notre volonté de la défendre.

A tous, qui me regardez ce soir, étrangers, Nebrowniennes, Nebrowniens, que vos pensées et vos prières aillent à tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté, et qu’ils accueillent en leur compagnie ceux qui sont tombés ici, ce soir.
Ibic ge'catra, mhi echoyli cuun Vode
(ndlr : ce soir, nous pleurons nos frères)

L’image se coupa et Matilda s'adossa à son siège en poussant un long soupir. Son discours n’avait pas duré longtemps, mais pour elle, c’est comme si une éternité venait de s’écouler. Alors que l’équipe derrière les caméras l’applaudissait, elle regarda ses mains. Elles tremblaient. Elle se rendit compte que tout son corps tremblait, elle n'avait jamais connu ça, même lorsqu’elle était en première ligne contre la Vietie en 1983. Oh certes elle avait eu peur, mais pas au point de trembler comme une feuille. Fira Mynooc, sentant le malaise de sa supérieure, vint immédiatement la voir, un sourire aux lèvres.

- Très bon discours, madame, comme d’habitude
- Mynooc… Je veux voir mon mari maintenant…
- Il est déjà en route madame, il sera là dans quelques minutes.
- Merci…

Savoir que son mari serait bientôt à ses côtés de nouveau la calma quelque peu… les yeux tournés vers la fenêtre, alors que les gens des médias discouraient, enthousiastes, de l’avenir qui s’offrait à eux, elle ne pu s’empêcher d’avoir cette pensée :

*Mais pourquoi j’ai accepté cette merde, moi ?*
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VIETIE BLUES


[Quelque part dans les montagnes de l’Est du pays.Un homme ventripotent fulmine, les mains croisées derrière le dos, regardant un paysage montagneux.]

Elle avait osé. Plus d’un mois qu’il enrageait de s’être fait avoir par cette petite dinde d’Emerson. C’était elle qui avait permis à son mari d’avoir des informations secrètes concernant les futures guerres, il en était sûr. C’était elle, elle qui avait émis de sérieux doutes sur la faisabilité de l’opération, elle, la seule non Vietique de l’état major, elle la seule femme haut gradé de l’armée, elle qu’il voulait faire passer pour incapable d’assumer un commandement aussi grand, et qui avait finalement renversé Kellem.

Il enrageait. Tellement. Il était parfait son plan. PAR-FAIT !! Faire de Kellem un pantin n’avait pas été des plus compliqué, cet imbécile était tellement convaincu de sa propre grandeur après la victoire face à la Vietie qu’on avait de l’avancement juste en le caressant dans le sens du poil. Ah… la Vietie. Son défunt pays, terrassé par l’attaque sournoise de Nebrownia alors que Lermandie et Westalia accaparaient la majorité de leurs forces sur un autre front… Il n’était que Lieutenant à l’époque, mais il avait vu son pays se faire envahir et annexer. Prisonnier de guerre, il avait su se faire remarquer de Kellem, principalement en faisant semblant de défendre Nebrownia face à ses camarades prisonniers. Kellem l’avait pris comme aide de camp et secrétaire particulier. A partir de là, une fois bien cernée la personnalité de ce lunatique, progresser avait été un jeu d’enfant, évincer le précédent généralissime pour suspicions de sympathies communistes, une affaire triviale. Se faire nommer généralissime à sa place avait en revanche été plus compliqué, mais, grâce à des soutiens savamment placés grâce aux avantages que son rôle prodiguait, il avait réussi ce tour de force.

Il s’en souvenait parfaitement, de ce jour de Février 1991, un jour sans nuages, un de ces jours d’hiver ensoleillés à la luminosité si particulière. Il s’en souvenait de tous ces soldats alignés, aucun Vietiques parmi eux, des pantins supplémentaires qu’il allait pouvoir manipuler à sa guise. A partir de là, saccager les relations avec les états voisins, convaincre Kellem de la nécessité stratégique de contrôler le golfe, exclure les diplomates de Caratrad et de Clovanie, tout ceci, il l’avait orchestré dans l’ombre, et Kellem, trop bercé par sa propre illusion de grandeur, n’avait même pas cherché à comprendre ce qu’il se passait. Il avait même parfois été encore plus loin que lui dans certains cas. Cette dernière loi concernant la place des femmes dans la société, lui ne l'aurait pas mise si tôt. Mais ce dictateur de pacotille l’avait devancé. Et ce, juste après avoir nommé une femme à la tête d’une des deux brigades mécanisées défendant la capitale. Peut-être le premier couac dans son plan. Les révoltes qui avaient éclaté suite à cette loi avaient sérieusement ébranlé les soldats, le moral et la confiance envers le gouvernement commençaient à chuter. C’était trop tôt, beaucoup trop tôt pour pouvoir en profiter. Cela l’avait poussé à repousser le plan d’attaque.

Mais cette dinde d’Emerson avait été invitée par erreur à une réunion autour de ce sujet. Oh elle avait été suffisamment futée pour juste émettre des doutes quant à la faisabilité de la chose, mais n’avait rien laissé paraître de plus. Une semaine après, son abruti de mari avait tout révélé en direct, et s’était fait arrêter en plein direct, avec les conséquences que l’on connaît. L’intervention de la PP avait été de trop, surtout sur quelqu’un d’aussi populaire que Noroît Emerson, cela n’avait fait qu’attiser les flammes. Dès l’arrestation, il avait envoyé des demandes de renforts aux unités voisines, mais aucune n’avait répondu. Dès qu’il avait été mis au courant du soulèvement populaire, et de la mise en action au côté des insurgés de la brigade Emerson, il avait fui, avec ses camarades conjurés, des autres conseils.

Bien évidemment, il s’était vu reprocher par ses camarades son incapacité à déceler et prévenir ce coup d'État. Leur plan de se venger de Nebrownia et la conquérir pour faire revivre la Vietie était tombé à l’eau. Leur vengeance sur la Lermandie était elle aussi tombée à l’eau. La conquête de Nebrownia n’aurait été que le point de départ. Et après la Lermandie, Westalia aurait elle aussi eu à subir le juste courroux Vietique !! Ce Plan était PAR-FAIT !!!

Il envoya valser le plateau contenant son repas. Le bruit attira son ordonnance, un Vietique pur souche, juste né trop jeune pour avoir la chance de connaître son pays, mais élevé par des parents patriotes. De vrais Vietiques…

- Un souci, généralissime ?
- Arrête avec ce nom ridicule, appelle moi général
- Bien, général Cuvilier
- Amènes moi l’état des effectifs
- Il est sur votre bureau depuis trois jours, général, répondit l’ordonnance, en commençant à nettoyer le carnage que la colère de son supérieur avait laissé.

Le gros ex-Généralissime Cuvilier se dirigea vers son bureau pour y lire l’état des effectifs dont il disposait, un sourire en coin. Il avait lu l’interview de la Générale Emerson. Ah, elle pensait qu’ils étaient incapable de lui nuire ? Ah, elle pensait qu’ils étaient divisés ? Hah, comme elle allait se mordre les doigts en voyant l’unité Vietique, HAH, elle allait voir cette dinde de…

- Est-ce la totalité de ce dont nous disposons ? demanda Cuvilier, incrédule
- Oui général, c’est tout ce dont nous disposons actuellement à vos ordres directs

Le général marqua une pause, relu ses papiers et redressa la tête.

- Attends… que veux-tu dire par “à mes ordres directs” ?
- Les autres leaders conjurés ont refusé de me transmettre leurs effectifs, mais ils ne doivent pas être mieux lotis que nous.
- Mais… Mais comment reprendre la tête de l'État avec, au mieux tout confondu, 350 soldats à peine armés ?
- Je l’ignore, général.
- PUTAIN DE MERDE !!!!! Hurla Cuvilier en envoyant valser son bureau et tout ce qu’il contenait, EMERSOOOOOOOON !!! SALOPE J’AURAI TA PEAU !!!!

Voyant que son supérieur entrait dans un nouvel accès de rage, le jeune ordonnance sortit prudemment de la pièce, pendant que Cuvilier entreprenait de détruire le mobilier de la pièce derechef. Plus d’un mois qu’il était comme ça. La scission entre les leader était aussi de son fait, il avait une fois de trop poussé une gueulante et chacun des leader était reparti dans son fief avec ceux qui voulaient bien le suivre, divisant encore davantage un potentiel groupe de résistants qui n’avait pas besoin de ça. Le jeune homme soupira. Ses parents l’avaient élevé dans la nostalgie d’un pays qu’il n’avait jamais connu, mais si les seuls espoirs de voir ce pays renaître reposaient sur les épaules d’hommes comme ça… Peut-être que suivre le Généralissime avait été une erreur ? L’âme Vietique vivait encore, l’ancien territoire de la Vietie entretenait encore certaines traditions, et quelques unités de l’armée Nebrownienne avaient repris les traditions d’unité Vietiques. Ce pays, malgré la dictature, n’avait pas cherché à réprimer la culture Vietique, juste à l’intégrer. Il soupira derechef en entendant dans le bureau le bruit prouvant que la bibliothèque, bien que fixée au mur, venait de céder. Peut-être que les forces régulières accepteraient sa reddition contre des informations ? Peut-être pourrait-il échapper à la prison ? Ou peut-être pourrait-il rejoindre l’armée malgré qu’il ait été en prison ?

Il regarda la porte du bureau où Cuvilier laissait encore éclater sa rage après une pause. Ce n’est pas avec ce genre d’individus que la Vietie vivrait. Sa décision était prise, cette nuit, il assumerai sa décision en se rendant aux forces régulières.
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(HRP : étant donné le retrait pour raison professionnelle du projet Nebrownia de ma compagne, qui était chargée, entre autres, de l’évolution politique, je ne peux rattraper son retard dans l’intrigue qu’elle avait prévue via “l’étude du conseil de transition”. Je fais donc avancer de manière très brutale la situation ici, mais c’est la seule option pour ne pas me retrouver noyé sous le retard accumulé à cause de la vie pro. Désolé à ceux qui avaient envie de voir le cheminement de pensée du Conseil de Transition, mais je ne peux pas continuer seul ce que nous avions initialement prévu à deux, je suis déjà bien assez en retard. Ce RP sera du coup anté-daté)

Kellembury, le 19/05/2017,

Matilda regardait rêveusement le grand vivarium dans lequel paressaient Angus, Lilly, Frida et Henry, les Boas Insulaires de Yukanaslavie, chacun sur sa branche. Il était loin, le temps où Angus et Lilly étaient les seuls pensionnaires de ce vivarium. Frida et Henry étaient deux serpents envoyés par leur pays natal dès la nouvelle de naissances avec Angus et Lilly, l’espèce étant en danger d’extinction, toute opportunité de naissances avait été prise très au sérieux par les autorités Yukanaslaves. Matilda sourit en pensant qu’en ce moment même, 37 jeunes boas insulaires volaient vers le berceau de leurs parents, apportant avec eux la contribution de Nebrownia à la sauvegarde de l’espèce. Derrière elle, les équipes de télévision se démenaient pour finaliser l’installation du direct qui allait prendre place dans quelques instants. L’heure était des plus importante, car elle déciderait de l’avenir politique du pays.

- Générale, on me signale que le direct commencera dans quatre minutes.

Matilda tourna la tête. Kira Mynooc, sa fidèle seconde, tenant son éternel carnet de note, vêtue comme elle de son treillis d’infanterie mécanisée, venait de lui annoncer la nouvelle, dans son oreille droite, l’oreillette grâce à laquelle elle suivait ce qu’il se passait en régie. La générale sourit. Kira avait été présente depuis le début, une infatigable aide, un soutien fort professionnellement, elle aussi en avait bavé durant ces deux ans. Mais bientôt ce serait fini.

- Prête à débuter la dernière ligne droite, Mynooc ? demanda-t-elle
- Je suis avec vous, Générale, comme toujours ! répondit la jeune femme, le regard sérieux.

Matilda acquiesça et se dirigea vers le pupitre, juste derrière elle. Elle avait insisté pour que ce dernier soit placé devant le vivarium, à la place de son bureau. Certes Angus, Lilly, Frida et Henri seraient bien en vue, mais la générale avait pris l’habitude de travailler avec les serpents derrière elle. Mieux, ils étaient devenus presque des partenaires de travail, elle leur parlait souvent avant de prendre des décisions, leur faisait part de ses doutes, de ses ras le bol souvent aussi. Donc tant pis pour les Ophiophobes, elle se sentait mieux ainsi. D’autant que l’annonce allait être de taille.

- Direct dans une minute ! dit une voix dans le bureau. Le silence se fit.

Matilda agrippa le bord du pupitre des mains. Elle détestait ce moment, la tension juste avant le direct, les doutes qui montaient, l'appréhension globale de l’exercice. Elle ferma les yeux et inspira un grand coup.

- Trente secondes !! repris la voix.

Une autre inspiration. Dans un autre studio, non loin du bureau présidentiel, son époux terminait son émission d’information en préparant le terrain pour elle. Lui aussi avait donné de sa personne, travaillant d’arrache pied sur plusieurs fronts. L’audiovisuel, premièrement, son métier, sa passion, grâce auquel il avait réussi à faire revivre le débat politique. L’étude du conseil de transition, où lui et un certain nombre de penseurs avaient essayé de trouver un régime qui permettrait d’éviter une nouvelle dictature. Le front personnel, où il avait permis d’éviter, par sa présence et son soutien, de nombreux burn out à Matilda.

- Dix secondes… cinq, quatre, trois, deux, un…

La lumière rouge s’allume, le direct est établi. Immédiatement, Matilda regarde la caméra.

- Nebrowniennes, Nebrowniens.

Il y a deux ans jours pour jours, je m'adressais à vous pour la première fois, dans ce même bureau, suite aux évènements qui avaient déposés mon prédécesseur et toute sa clique. Il y a deux ans, jour pour jour, nous mettions fin à trente années de dictature, trente années de folies ayant plongé notre nation dans un retard et un état déplorable, trente années durant lesquelles les rennes même de notre nation ont servi les desseins d’anciens ennemis. Petit à petit, ces individus avaient cherché à réduire à néant ce qui faisait notre fierté et notre unité. Mais ils ont commis un écart de trop et nous les avons chassés. J’avais pris devant vous, ce fameux 19 mai 2015, le serment de redresser le pays et de lui donner des bases solides pour qu’un vrai gouvernement puisse prendre le relais. Je n’ai jamais étudié la politique, et n’ai jamais vraiment aimé cet exercice, donc, dans le même temps, un groupe avait été formé pour définir quel serait le meilleur régime pour Nebrownia une fois mon rôle terminé. Ce groupe a rendu son verdict : la seule option dont ils ont convenu la viabilité sur le long terme pour empêcher l’accession d’un dictateur est une forme de dictature.

Mais est-ce ce pourquoi nous nous sommes battus ? Est-ce pour établir une autre dictature que nous avons renversé la précédente ? Ne serait-ce pas renier les fondements même du “Conseil de transition” que d’établir ce contre quoi nous nous sommes soulevés ? C’est avec cette question en tête que les membres de “l’étude du conseil de transition” ce sont remis au travail. Et à ce jour, je vous présente la finalité de ce travail : La nouvelle République Nebrownienne.

Vous l’avez bien entendu, mes chers compatriotes, nous revenons à la République. Ce n’est pas la solution parfaite que nous espérions, mais c’est la seule solution qui ne tranchait pas avec nos idéaux, la seule qui vous donnait de nouveau les moyens d’intervenir dans la politique du pays. Le risque de revoir un dictateur accéder de nouveau au pouvoir, comme Kellem en son temps, est toujours là, mais nous avons réfléchi à quelques moyens, des contre pouvoirs et des outils à même de permettre la destitution d’un tel individu.

J’entends déjà des mains qui se frottent et des dents qui grincent, songeant que c’est le retour à l’ancienne république, et ses trop nombreux scandales et corruptions. Et bien non. Tout d’abord, l’accession aux hautes sphères de la République ne se fera pas d’un claquement de doigt. Si techniquement n’importe qui pourra entrer en politique, il sera cependant exigé du candidat de nombreuses choses, car dans la nouvelle République Nebrownienne, diriger le pays sera autant un honneur qu’un sacerdoce. La vie politique sera strictement scrutée, car l’homme politique est aussi le miroir de la nation, et par conséquent, il se doit d’être irréprochable s’il veut diriger. Les magouilles, les politiciens au services des lobbies financiers ou industriels, c’est terminé. Le nouvel homme politique devra être conscient que diriger, c’est toujours servir, et non se servir. La justice sera impitoyable envers ceux qui trahiront le serment républicain que tout nouvel homme politique devra prêter en s’engageant dans cette voie, et le statut de serviteur de l’état ne les sauvera ni de la prison, ni du travail forcé, ni de la peine de mort, car ils restent, malgré tout, des citoyens comme les autres, soumis aux même règles que les autres. A ce sujet, en tant que serviteurs de l'État, étant donné qu’ils bénéficieront de nombreux avantages en nature, la compensation financière qu’ils recevront sera largement inférieure à celle perçue par leurs prédécesseurs, et ils devront s'acquitter de certaines mêmes redevances que n’importe quel citoyen.

Comme vous le constatez, chers Concitoyens, nous avons réfléchi à remettre la politique Nebrownienne à la hauteur du commun des Nebrowniens. Nous constatons, partout dans le monde, que les hommes politiques vivent dans un monde déconnecté des réalités du peuple, tout en se considérant comme parfaitement réalistes. Sont-ils conscients d’être complètement hors du système ou pas, nous l’ignorons, mais à Nebrownia, ce ne sera plus le cas. Il sera mis en place un organisme qui permettra aux citoyens le désirant de comprendre et de voir ce sur quoi le gouvernement travaille, quelle en est la finalité et sur combien de temps. Ce même organisme permettra aux citoyens le désirant de constater les dépenses de chaque homme politique recensé comme tel. Transparence, intégrité et communication seront les maîtres mots de la Nouvelle République Nebrownienne.

Passons maintenant à ce que vous attendez tous, sûrement. Le dirigeant de la Nouvelle République Nebrownienne sera élu au suffrage universel, son mandat durera sept ans. Lors des élections Présidentielles, vous voterez non seulement pour un candidat, mais également pour un gouvernement, que le président élu aura l’obligation de maintenir au moins un an, sauf procédure de destitution validée et aboutie. Durant son mandat, le Président peut décider de la dissolution de son gouvernement seulement si celui-ci a exercé au moins un an, et il ne peut nommer que le Maître Conseiller, équivalent de premier ministre, qui lui décidera seul de la composition de son gouvernement sans nécessiter l’approbation du chef de l'État. En tant que chef de l'exécutif, le Président de la République pourra s’arroger le droit de gérer certains dossiers sensibles personnellement, sans nécessiter la consultation et l’approbation du conseil des sages, seulement si la fenêtre temporelle d’action est extrêmement limitée ou s’ils touchent à la sécurité nationale au plus haut niveau. Bien que chef des armées, le Président ne pourra pas décider du déploiement de celles-ci de manière unilatérale, il devra avant consulter le Conseiller aux Armées et le Grand Etat-Major.

Ceci ne sont que les grandes lignes de la Nouvelle République Nebrownienne dont je vous fait présent, mes chers concitoyens, mes frères et sœurs. Car, maintenant que nous dotons notre nation d’institutions stables, maintenant que nous avons lancé le renouveau économique et industriel, maintenant que la machine est relancée, je considère le serment pris il y a deux ans comme accompli. Je ne me présenterai pas aux prochaines élections, fidèle au serment pris lors de mon engagement dans l’armée, j’ai servi la nation dans ses heures les plus dures, j’ai fait don de ma personne pour redresser le pays, mais la politique est un champ de bataille pour lequel je ne suis pas taillée. Une fois les élections terminées, je rejoindrai ma vraie place, celle qui a toujours été la mienne au service de notre pays, je retournerai au sein de nos forces armées. Je travaillerai jusqu’au dernier jour afin que mon successeur trouve un pays en bonne voie, mais c’est sans regrets que je retournerai rejoindre mon unité. Servir comme cheffe de l'État aura été une expérience particulière, surtout après les inepties du précédent gouvernement, mais j’ai au moins la satisfaction d’avoir servi mon pays au plus haut, et de l’avoir bien fait je le pense. L’Histoire seule jugera.

Mes derniers mots ce soir seront pour énoncer la nouvelle devise de notre Nation : “Indivisibles, nous vaincrons”.

Je vous souhaite à tous, Nebrowniennes, Nebrowniens, une bonne soirée.


La lumière rouge s’éteint, le silence se fait. Cinq secondes durant lesquelles Matilda inspire et expire, les yeux fermés, essayant de calmer son cœur qui bat la chamade. Un poid a été enlevé de ses épaules, mais elle ne se sent pas plus légère pour autant. La masse de travail pour les élections à venir reste colossale. Soudain, un bruit lui fait ouvrir les yeux. Les gens en face d’elle applaudissent. Ses yeux s’agrandissent. Elle voit des larmes, des regards fiers, certains limite nostalgiques, mais partout, des sourires. Même Kira sourit, une larme glissant sur sa joue gauche, imprégnant rapidement la mousse protectrice du micro situé à cet endroit. Matilda sourit elle aussi, une vague de fierté l’envahissant malgré elle. Ces gestes, ces sourires, ces larmes sont pour elle la preuve que oui, bien sûr, elle a bien travaillé durant ces deux années. Elle hoche la tête, reconnaissante.

- Merci dit-elle, simplement avant qu’une détonation dehors ne leur fasse tourner la tête.

Un feu d’artifice improvisé vient d’être tiré, suivit d’un autre, et rapidement, c’est tout le ciel de Kellemburry qui se remplis de feu d’artifices improvisés, des petites fusées achetées en magasin pour une bouchée de pain, de simples pétards allumés et lancés en l’air ou de vrai mortier d’artificiers professionnels, c’est les habitants de Kellemburry qui manifestent leur satisfaction, leur joie que cette Nouvelle République Nebrownienne soit plus humaine d’une certains façon. Matilda reste interdite, les yeux rivés sur ce spectacle spontané. Derrière elle, les plus pragmatiques, un instant hypnotisés, reprennent vite leur esprit et motivent les autres à commencer à ranger le matériel, pendant que d’autres prennent des caméras pour immortaliser le spectacle. Cette fois, Matilda pleure, les larmes coulant le long de ses joues. Son téléphone vibre. C’est Noroît. Elle décroche.

- Tu vois ce que je vois, ma chouquette ? demanda-t-il
- Je vois, oui répond-t-elle, la voix un peu tremblante
- Il n’y a pas que l’Histoire qui est juge pour savoir si tu as bien travaillé, regarde, voilà leur réponse !! Explosif, n’est-ce pas ?
- Et étincelant aussi
- On en a bavé mais ça valait le coup, non ?
- Même sans feu d’artifice, ça valait le coup, tu le sais répond Matilda, les larmes toujours coulant le long de sa joue.
- Je te laisse, ma chouquette, j’ai encore ma part du direct à terminer… Tu as assuré comme une bête ce soir !! Je t’aime ! Noroît raccroche avant d’apparaître à l’écran de la télévision du bureau. Elle a terminé, mais pas lui. Elle sourit.
- Je t’aime aussi dit-elle à son époux dans l’écran de télévision.
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[HRP : Je poursuis le développement politique en rétroactif dans l’espoir, sans doute vain, de rattraper un peu de retard]


Vode’ann, Le 17/09/2017.

Assis dans la salle qu’ils louaient habituellement, lui et ses amis, dans leur bar préféré, Liam regardait, incrédule, les résultats des dernières élections pour le Conseil des sages. Il n’en revenait pas. Lui et ses amis, soutenus par une quinzaine de camarades que le délire avait amusé, avaient tous réussi à se faire élire comme sages, représentants des circonscriptions où ils s’étaient présentés. Tous, les vingt étudiants, devaient maintenant, selon la loi, faire acte de présence et de décision au conseil des sages. Liam secoua la tête. Comment était-ce possible ? Comment ? Il détourna les yeux de l’écran qu’ils avaient tous installé pour l’occasion. Tous les regards, incrédules, étaient tournés vers lui, l’instigateur de ce délire qui venait, à présent, de faire d’eux des représentants politiques, tous affichaient la même question sur leurs visages : “c’est quoi ce bordel ?!!!”. Liam ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Dans sa tête se bousculaient tout un tas de souvenirs.

Tout remontait au 19 mai dernier. Comme une écrasante majorité de citoyens, ils s’étaient joint à la liesse qui avait suivi le discours d’Emmerson qui proclamait la Nouvelle République Nebrownienne, et comme un fameux paquet d’entre eux, n’avaient pas dessaoulé durant la semaine qui suivit. Et c’est ainsi que, ronds comme des queues de pelles, ils avaient regardé le discours suivant, proclamant qu’une nouvelle institution nécessitait de nouveaux représentants et donc la dissolution du conseil des sages d’alors, nouvelle accueillie avec bienveillance par les sages en poste à ce moment. Bien évidemment, nombre d’entre eux s’étaient re-présentés à leurs postes, et les partis politiques, jusqu’alors encore en cours de formation, d’organisation et de recrutement, avaient commencé à placer leurs pions dans l’échiquier politique. Complètement torché, Liam avait alors proposé “un exercice de pensée” (traduction “étudiant alcoolisé niveau 2”), sorti un cahier et proposé aux quatre autres éponges à éthanol de créer un “parti à la con” (pas besoin de traduction pour celui-là) et pourquoi pas de le présenter aux prochaines élections des sages. Bien évidemment, désinhibés par les litres de boisson ingurgités, les quatre autres pochards d’assaut se joignirent avec enthousiasme à la proposition et toute la soirée fut passée à débattre du nom, de la frange politique, des objectifs du parti, etc.

Le lendemain, avec une sérieuse gueule de bois, Liam avait levé un sourcil dubitatif en voyant son carnet posé en vrac sur sa table de nuit, ouvert à la dernière page écrite. Il ne se souvenait de rien, et avait donc compulsé les notes prises la veille, le sourcil toujours levé. Plus il lisait, plus il se rendait compte que, outre l’aspect profondément “what the fuck?!” de la démarche, c’était que, juridiquement parlant, tout ce qui leur manquait pour la suite du délire, c’était le soutien politique qu'ils avaient tous exigés lors de l’ébauche du projet. Mais qui voudrait les soutenir, quel élu serait assez fou pour officiellement s’afficher comme partisan de ce pari d’étudiants imbibés ? Parce qu’au fond, l’idée de créer un parti dont la seule et unique vocation serait de garantir les garde fous de la Nouvelle République et d’agir comme une opposition quasi permanente en opposant aux propositions leur propres incohérences… c’était une idée à la con. Très con même, que l’idée de ce parti dont la seule ambition était d’être le rappel systématique des politiques à leurs obligations pour le pays. Et pourtant, même si ça semblait impossible de gagner un quelconque siège, autant pousser le délire jusqu’au bout, n’est-ce pas ? Que risquait-on ?


Que risquait-on… Liam secoua de nouveau la tête, comme pour chasser un cauchemar, mais non, les chiffres s'étallaient toujours sur l’écran, Noroît Emmerson s’amusant visiblement beaucoup du nom de leur parti. Ses camarades, eux, ne s’amusaient pas du tout de la situation. Tous s’étaient attendus à perdre lamentablement, au mieux du mieux obtenir une troisième place dans les votes d’une circonscription, mais certainement pas à obtenir la majorité des suffrages exprimés dans les circonscriptions où ils s’étaient présentés. Et maintenant, ils se retrouvaient comme représentants d’une nouvelle tranche de la politique, une forme de quatrième faction différente des clivages habituels Droite-Centre-Gauche, une faction portant comme emblème le symbole national du Brownie, et comme nom, le plus ridicule des noms de partis possible.


Ah oui, le nom avait bien fait rire. Eux déjà, car le nom ne reflétait absolument pas l’idée générale du parti, ceux qu’ils avaient démarchés comme soutien ensuite, puis les électeurs et enfin leurs adversaires. Le nom ridicule leur avait déjà permis d’écrêmer les soutiens potentiels. En effet, bien que de nombreux maires ne se soient revendiqués d’aucune couleur politique, une partie non négligeable les avaient envoyés bouler à la seule mention du nom de leur parti. Les autres, amusés sans doute, leur avaient prêté une oreille rigolarde au début, attentive ensuite. Et petit à petit, à force de rencontres, de réunions, de débats, les cinq étudiants avaient fait grossir leur parti, augmenté le nombre de candidats portant leurs couleurs, et reçu les soutiens de personnalités politiques et publiques telles que le Conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce, Ernest Reyes, rencontré une première fois lors d’une foire agricole à Ponodover, ou la Maire de Gelestal.


Hé oui, la maire de la ville accueillant une des plus grandes universités du pays leur avait accordé son soutien très rapidement. Elle avait d'ailleurs été la première à le faire. Liam s’en souvenait. Elle avait d’ailleurs été la sixième membre officielle du parti, avant de convaincre sa fille et son fils de prendre les dixième et quatorzième cartes. Son soutien avait été d’une importance capitale, et nombre des soutiens politiques les avaient soutenus parce qu’elle aussi les soutenait. Et maintenant, la maire de Gelestal avait ses deux enfants élus comme sages, regardant la télévision, blèmes. Toujours en train de commenter la soirée électorale à la télévision, Noroît Emmerson soulignait que tous les candidats du PGLRI avaient été élus, le seul parti ayant fait un score parfait était un jeune parti ne reprenant aucune des traditions des anciens gros partis. La co-animatrice de la soirée électoral souligna alors que le Conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce, ami de Noroît, avait soutenu le jeune parti, entraînant un petit rire de la part de Noroît qui enchaîna, disant que depuis “l’étude du conseil de transition de Nebrownia” lui et son ami ne parlait plus politique ensemble, et qu’il ignorait donc tout des motivations qui avaient poussé Ernest à les soutenir.

Liam avait le vertige à présent. Lui s’en souvenait très bien. Un de ses camarades avait tout d’abord croisé, par hasard, la route du conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce lors d’une foire agricole de Ponodover, lui tendant, machinalement, un prospectus sans réalise tout de suite à qui il le tendait. Liam avait ensuite, quelques jours plus tard, reçu une convocation officielle au Conseil de l’Industrie, de la production et du commerce. Sa première réaction avait été la panique, il ne se souvenait pas avoir commis une quelconque infraction dans le domaine économique. Il s’était donc rendu à la convocation, quelque peu appréhensif. C’est là qu’il avait appris que c’était le Conseiller Reyes en personne qui le recevrait. Il avait blêmit. C’était sa deuxième confrontation avec un haut représentant de la politique du pays, après la Maire de Gelestal. Mais Ernest avait très rapidement dissipé les craintes du jeune homme, agréablement surpris qu’il était de voir la jeunesse Nebrownienne commencer à s’intéresser si tôt à la politique du pays. Ils avaient donc discuté pendant plus de deux heures autour du parti, Liam expliquant la démarche autour de la fondation du parti, l’idée de créer un organe citoyen au sein même du conseil dont la vocation était de jouer, d’une façon, la conscience de la Nouvelle République et aussi la vocation réaliste et long termiste des applications et implications des textes débatus au sen du Conseil des sages.. Bien évidemment, tout en omettant d’évoquer le fait qu’il s’agissait plus d’un délire d’étudiants torchés que d’un projet réellement à vocation de réussir. Et pourtant, Reyes avait décidé de soutenir le jeune parti, au grand étonnement de Liam, qui était ressorti du Conseil de l’Industrie, de la production et du commerce les jambes tremblantes, faisant le point. A ce moment de l’histoire, le parti n’avait qu’une centaine de membres, dont la Maire de Gelestal, vingt candidats officiels dans vingt circonscriptions, toutes réparties dans les vingt rusur (divisions administratives de Nebrownia équivalentes aux régions) composant le pays, à raison d’un par rusur. Leur parti avait le soutien officiel de deux pointures du monde politique, la Maire de Gelestal et le Conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce. Ce fut la première fois que Liam pensa “et si on réussi ?” avant d'effacer immédiatement cette possibilité. Le fait que des pointures de la politique les soutiennent ne garantissait absolument pas la réussite de ce projet à la con…

De fait, ils avaient tout envisagé sauf le fait qu’ils réussiraient tous à être élus sages. Le jeune leader se souvenait des débats qui avaient opposé les membres du jeune parti à tous les autres. Il se souvenait de la verve et du venin dans les mots de certains, il se souvenait que tous prédisaient leur défaite écrasante face aux poids lourds qu’étaient rapidement redevenus les vieux partis ressuscités. Et les candidats du jeune parti, à chaque fois, les prenaient à contre-pied en disant que la vocation première du PGLRI n’était pas de gagner, mais de faire réfléchir et de jouer les garde-fous de la Nouvelle République face aux intérêts ne servant pas Nebrownia, que le PGLRI avait vocation à jouer la conscience de la Nouvelle République, celle que de trop nombreux hommes politiques avaient perdu par le passé, carriéristes ou corrompus par un système qu’ils avaient détourné de ses objectifs premiers de servir le pays. Bien entendu, l’argument ne plaisait pas, et le jeune parti avait reçu nombre de menaces anonymes. Mais ils avaient tenu bon, et dans chacune des circonscriptions où ils s’étaient présentés, avaient gagné face à ces gens-là.

Alors qu’à l’écran, des images montraient la liesse au sein des bureaux de partis vainqueurs et l’abattement chez les vaincus, Liam coupa le son de la télévision et s’assit, sa place étant en bout de table, directement face à la télévision. Les autres le regardèrent. Il poussa un profond soupir, les yeux fermés et les mains croisées.

- Ok. Désolé tout le monde, mais… On a du pain sur la planche, là. Je sais, on avait tout envisagé sauf ça, mais les urnes ont parlé, et je ne suis pas homme à revenir sur ma parole. On va y aller, au charbon. Je compte sur vous tous pour faire du PGLRI une force sur laquelle compter au conseil des sages. Mais il va falloir également, poser des bases solides à notre parti, et revoir complètement notre manifeste pour lui donner un caractère très officiel. Nous ne sommes plus un délire d’étudiant à compter de ce soir, nos concitoyens nous ont accordé leur confiance, nous ne devons pas les décevoir. Au travail tout le monde !!!

Il claqua des mains, le bruit sembla faire sortir de leur transe trois de ses camarades qui regardèrent autour d’eux avant de se joindre aux seize autres et de sortir des affaires pour écrire. Liam regarda. Il savait que son rôle resterait celui de président du parti, du moins jusqu’à ce qu’il en ai assez et/ou qu’un autre se présente pour prendre sa place. En tant que leader, il avait des responsabilités, et notamment celles de diriger les réunions. Il regarda l’horloge numérique derrière Noroît Emmerson, toujours à l’écran de la télévision désormais muette, et se dit que cette nuit serait une très longue nuit… mais qu'elle serait le premier pas de la grande aventure du PGLRI, le Parti de la Grande Licorne Rose Invisible.
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Banlieue de Vode’ann, Le 10/09/2018, 19h44

Matilda, debout dans son bureau, les mains croisées dans le dos, regardait par la fenêtre. Le soleil déclinait lentement à l’ouest, agrandissant les ombres des gigantesques érables plantés dans leur Jardin. La légère brise soufflant d’est en ouest apportait avec elle les bruits de réacteurs de la base aérienne à quelques kilomètres de là. Cela faisait un an qu’ils avaient acheté cette maison, suffisamment éloignée de la capitale pour se croire presque en campagne, et suffisamment proche pour lui permettre d’être à son bureau en moins d’une heure si nécessaire. La propriété s'étalait sur plusieurs hectares, et la maison en elle-même était suffisamment grande pour contenir toute la famille lors des rassemblements familiaux, tout en leur donnant la possibilité de choisir leurs chambres. Et ils l’avaient eue pour une bouchée de pain. Avec le recul, Elle et Noroît avaient compris que c’était à cause des bruits de la base assez proche, mais ayant toujours vécu dans le bruit des activités militaires, cet aspect ne les avait pas dérangés du tout.

Elle soupira en regardant son mari, Noroît, qui s’escrimait à tailler un imposant massif de rose. Lui d’ordinaire passionné de cuisine et de façon générale, des différentes façon de cuisiner le brownie, s’était découvert un nouveau hobby en emménageant dans leur nouvelle maison : les roses. Il s’était pris d’un véritable amour paternel pour ces fleurs qui, disait-il, lui rappelaient le tempérament de Matilda. MAtilda, elle, se retrouvait de nouveau à la tête de Nebrownia, tout en restant générale dans l’armée. Oh, elle n’avait pas sombré dans la dictature, non, pire, elle avait même été élue contre son gré. Ah ça, elle s’en souviendrait longtemps de cette soirée électorale où, alors qu’elle participait à l’émission en direct comme invitée et commentatrice, elle avait découvert que 67% des votes exprimés l’avaient désignée comme présidente dès le premier tour, et ce alors qu’elle ne s’était même pas présentée, trop heureuse de laisser sa place à la tête de l’état. Elle s’en souviendrait des yeux interrogatifs posés sur elle, tout comme du malaise qu’elle avait ressenti en voyant son visage s’afficher, avec les chiffres. Elle n’avait jamais reculé au service de son pays, mais ce soir-là, elle avait été furieusement tentée. Même la speakerine, d’ordinaire incisive et limite prête à tout pour le scoop, était restée muette pendant une bonne vingtaine de secondes. En direct, Matilda avait accusé le coup, voyant ses projets de retour à la vie militaire quelque peu bousculés par cette nouvelle. Mais elle n’avait finalement pas reculé. Ses concitoyens lui avaient signifié leur confiance, une fois de plus, elle ne pouvait pas les décevoir, même si un un tiers d’entre eux n’avaient pas voté pour elle. Et elle était donc retournée à la tête de Nebrownia, cette fois comme présidente élue démocratiquement.

Elle entendait à présent les réacteurs des chasseurs qui revenaient de leur entraînement ét se trouvait en phase d’approche ou en circuit d’attente. La modernisation de l’armée avait été son cheval de bataille pendant toute cette année. Elle avait dû affronter un conseil des sages plutôt favorable au développement économique, mais elle voyait de nouveau l’instabilité grossir de par le monde, des nations amies devenues soudainement muettes, des partenaire commerciaux aux prises avec d’intenses tensions internes avec lesquels il devenait de plus en plus difficile d’échanger… La défense de la nation lui apparaissait plus importante que la multiplication des échanges, et nombre de problèmes matériels s’étaient fait jour au cours de sa période à la tête de Nebrownia, notamment en termes de qualité des matières premières utilisées pour produire l’équipement. L'Ère Kellem avait tellement gangrené chacun des aspects de la vie de Nebrownia qu’ils en payaient encore les conséquences à présent, sans savoir où se trouverait le prochain problème à régler.

Tout en réfléchissant, elle se dirigea vers la porte fenêtre de son bureau, lui donnant accès à une terrasse communiquant avec le jardin par un escalier, qu’elle emprunta vingt secondes plus tard, rejoignant son mari, toujours occupé à tailler son massif de roses. Elle posa la main sur le dos de son époux, le caressant presque machinalement, n’entendant même pas sa remarque amusée. Lui, n’entendant pas de réponses, ne releva pas. Il savait que sa femme affrontait bien des obstacles pour mener la nation dans une direction qui lui semblait être la bonne. Il savait aussi que depuis quelques temps, elle réfléchissait mieux en ayant ce genre de petites et douces interactions, et il était satisfait de pouvoir aider sa femme par sa seule présence à ses côtés. Matilda, les yeux dans le vide, caressant machinalement le dos de son mari, réfléchissait à ce qu’elle avait appris l’avant veille : certains alliages utilisés dans l’aviation commençaient à montrer des signes de malfaçon. Sa première pensée avait été à sa fille, pilote de chasse, elle avait donc lancé une enquête, tout en interrogeant les spécialistes sur la dangerosité de la chose à court terme. Ceux-ci avaient été rassurants : Les appareils datant d’avant l’ère Kellem n’étaient pas concernés, donc l’entraînement des élèves pilotes ne seraient pas impactés. Le vrai problème résidait dans tout ce qui avait été produit entre 1981 et 2015, car il n’y avait aucune traçabilité des lots d’alliages produits et livrés, les responsables liés à Kellem avaient détruit toutes les informations à ce sujet. Il avait donc été décidé d’arrêter immédiatement toute opération aérienne sur les appareils produits entre 1981 et 2015 le temps d’une inspection minutieuse des structures et voilures, immobilisant du jour au lendemain l’aviation. Bien évidemment, les pilotes avaient râlé, eux dont la passion était de voler se voyaient immobilisés au sol, et donc privés de leur dose d’adrénaline.

Les bruits de réacteur s’intensifièrent, signe qu’une patrouille devait être en finale d’approche pour se poser sur la piste de la base toute proche. Matilda se pencha et étreignit son mari. Elle ne savait pas pourquoi, mais depuis ce matin, elle sentait comme une gêne, un mauvais pressentiment. Les bruits de réacteurs devinrent stridents et en même temps chaotiques. Noroît se redressa, cherchant du regard l’avion qui produisait ses bruits. Ses yeux s'écarquillèrent alors : l’appareil dont le moteur avait des ratés leur fonçait droit dessus, tous volets ouverts, empennage, profondeur et roulis bougeant dans tous les sens au rythme des tentatives désespérées du pilote pour faire se crasher son appareil ailleur que sur le lotissement en dessous de lui. Matilda, toujours perdue dans ses pensées ne se rendit compte de rien. Quant à son mari, son dernier geste conscient fut de la prendre dans ses bras, dans un geste instinctif mais vain de protection. Une fraction de seconde plus tard, l’avion de chasse JO-35 percuttait le sol, la boule de feu résultant de ce contact engloba le couple enlacé, les tuant instantanément ainsi que l’élève pilote qui se trouvait dans le cockpit.
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Vode’ann, Le 11/09/2018, 17h25


Ernest Reyes se frotta les yeux, comme il le faisait toutes les vingt minutes depuis qu’un détachement de la garde Républicaine était venue le chercher pour lui faire prêter serment. Sa première réaction avait été de demander pourquoi, mais il s’était abstenu : la seule et unique raison qui pouvait motiver cette action était le décès ou l’incapacité de Matilda d’exercer ses fonctions. Une boule s’était formée dans sa gorge : dans quel état devait se trouver Noroît, son ami ? Lorsqu’il s’en était inquiété, une fois sa prestation de serment effectuée, la réponse reçue l’avait glacé : Noroît était présumé décédé avec son épouse dans le crash d’un avion sur leur propriété. Et quelques minutes plus tard, les deux corps calcinés et enlacés du couple présidentiel avaient été retrouvés, une fois l’incendie maîtrisé. Il avait senti les larmes couler le long de ses joues, s’accrochant à sa barbe. Il avait perdu deux de ses rares vrais amis. Il avait pris sa tête dans ses mains, essayant de se réveiller d’une façon ou d’une autre de ce cauchemar. Mais non, c’était vrai, il était maintenant le nouveau Président, il devait remplacer Matilda.

Évidemment, il avait exigé des réponses, exigé des responsables sur qui déverser la rage née de son immense peine, sur le coup, il avait même été prêt à payer de sa poche pour avoir les réponses immédiatement, mais il lui fallait attendre. Des réponses étaient arrivées rapidement, cependant : Il s’agissait bien d’un accident, et le pilote, mort lui aussi dans le crash, s’était sacrifié dans une vaine tentative de faire s’écraser son avion dans une zone où il ne ferait pas de victime civile. Le jeune homme avait 23 ans, un pilote prometteur, que ces camarades appréciaient, un fervent patriote dont le feu sacré était de protéger ses concitoyens, ce qui expliquait sa décision de se sacrifier en tentant tout ce qui lui était possible pour sauver des vies civiles. Ernest, les yeux rouges d’avoir pleuré ses amis, avait versé une larme supplémentaire en entendant ce premier compte rendu, ainsi que les échanges du jeune pilote avec la tour de contrôle.

Il regarda le petit tas de feuilles sur le pupitre devant lui : son discours d’investiture. Bordel, jamais il n’aurait cru devoir en écrire un, surtout pas dans ces circonstances. Il y avait passé des heures, sentant régulièrement les larmes couler le long de ses joues lors du processus d’écriture, se posant régulièrement la question “mais je dois dire quoi, nom de dieux ?” alors qu’il posait ses mots sur le papier à mesure qu’ils lui venaient. Pendant cette rédaction, il s’était aussi posé la question sur la direction qu’il allait suivre, politiquement parlant. Il savait quelles étaient les convictions de Matilda, mais il ne les partageaient pas vraiment. Oui, certes, au vu de la situation internationale, un renforcement de l’armée apparaissait comme une bonne solution, mais Ernest lui estimait qu’il ne fallait pas que cela se fasse au détriment de la diplomatie et du commerce international. Son agenda politique serait donc différent de celui de sa prédécesseure. Il ne voulait pas, cependant, que sa décision ne soit prise comme un affront à la mémoire de celle qui était dores et déjà considérée comme l’équivalent de Bui’ir Noya par une part importante de la population.

Il leva les yeux de son pupitre, les posant sur le personnel du palais présidentiel affecté à la communication audiovisuelle. Il voyait des yeux rouges à profusion, il voyait les regards perdus de ceux qui avaient peut-être trop assimilés Matilda à la figure du guide, la tristesse de ceux qui avaient appris à apprécier le défunt couple présidentiel. Il devait les rassurer aussi, ces gens-là, bien qu’il ne se sente pas encore à la hauteur de la tâche qui était maintenant la sienne. Un ingénieur-son leva la main, imposant le silence. Le direct était pour bientôt. Cinq doigts. Cinq secondes avant le direct. Ernest inspira fort, comme l’avait fait sa prédécesseure avant lui dans pareils cas. Il comprenait à présent, le stress qui avait été le sien lors de ces retransmissions en direct. Il ouvrit les yeux, le direct débutait.

- Nebrowniennes, Nebrowniens…

Hier soir, nous avons perdu l’âme et l’esprit de l’après Kellem, hier soir, nous avons perdu le cœur du renouveau Nebrownien, Hier soir, nous avons perdu nos guides. Hier soir, nous sommes devenus orphelins.


*Eh merde* pensa-t-il alors que les larmes lui montaient une nouvelle fois aux yeux. il se demandait souvent comment faisait son corps pour encore avoir des larmes à verser tellement il avait pleuré une fois que la réalité des évènements l’avait frappée. Mais il était désormais le chef du pays, il devait continuer son discours, rassurer la nation. En face de lui, personne ne se demanda si ces larmes étaient calculées ou non, tous avaient entendu les pleurs de celui qui était devenu président, tous l’avaient entendu maudire le destin qui l’avait privé de deux amis tout en le propulsant à un poste qu’il ne voulait pas occuper. Il se racla la gorge et reprit, la voix rauque.

- Mais hier soir, nous avons aussi perdu un formidable jeune pilote, élève prometteur, qui n’a pas hésité à sacrifier sa vie pour tenter d’éviter que son appareil en perdition ne se crashe en pleine zone résidentielle. En effet, la perte de Matilda et de Noroît Emmerson ne résulte pas d’un acte délibéré, mais bien d’un accident. Le sort veut que, si le jeune élève avait obéi aux injonctions qui lui étaient faites de s’éjecter, son appareil aurait fait beaucoup plus de victimes anonymes que les deux illustres qu’il a fini par faire, à son corps défendant, en choisissant de sacrifier sa vie pour que d’autres vivent. Malgré la fin tragique, son courage exemplaire et sa dévotion au service de ses concitoyens lui vaudront la Croix du Courage à titre posthume.

Mais si je suis devant vous ce soir, Nebrowniennes, Nebrowniens, ce n’est pas pour évoquer ces individus exceptionnels qu’ont été Matilda et Noroît, non. C’est bien pour évoquer, comme ils l’auraient sans doute souhaité, l’avenir de la nation. Car depuis hier soir, c’est moi qui assurerai les fonctions présidentielles jusqu’aux prochaines élections, conformément à la constitution de la Nouvelle République Nebrownienne. Ma prédécesseure a relancé Nebrownia dans la course, et elle avait l’intention de continuer. Moi aussi.

Mais je ne suis pas Matilda Emmerson, je ne partage pas toutes ses visions concernant l’avenir du pays. Ainsi, notre future politique, si elle conservera la volonté de redressement du système industriel et militaire national, sera davantage tournée vers l’international. Nous allons conserver nos amis du moment, créer et renforcer des alliances, trouver d’autres partenaires commerciaux, nouer des partenariats de recherche... Bref, nous allons mettre le pied dans le futur et devenir, non pas la nation dominante de la région, mais bien une puissance de poids parmi les acteurs régionaux.

J'entend faire de notre pays un partenaire commercial de choix, un allié puissant et fiable, un acteur de premier plan sur la scène internationale. Mais nous partons de loin, de très loin. Grâce aux décisions de ma prédécesseure, nous avons déjà parmis nos amis de puissantes nations, certaines d’entre elles nous viendront sûrement en aide le cas échéant, mais je ne veux pas faire de nous des assistés. Alors nous devons nous retrousser les manches, et continuer l'ascension, nous devons poursuivre le travail commencé par ma prédécesseure, nous devons faire honneur à ceux qui sont décédés hier soir.

Nebrowniennes, Nebrowniens, je veux qu’ensemble, nous montrions à ces défunts que leur rêve nous a motivé, que leur disparition, même si elle nous attriste, ne nous bloquera pas.


Il s’arrête quelques instants, les larmes coulent franchement sur ses joues. Il se redresse et regarde les caméras.

- Je veux pouvoir leur dire, quand je les reverrai : “Regarde, Bui’ir Matilda, ton rêve, je l’ai poursuivi”. Merci.

Il quitte l’estrade, le visage ravagé par l’émotion, rapidement soutenu par deux Gardes Républicains qui l’aident à sortir du champ des caméras. Le direct s’éteint et le silence se fait dans la salle. Les larmes coulent, les nez reniflent, tous se sentent désolé pour le nouveau président, à qui il n’a même pas encore été donné le temps de faire son deuil de ses amis avant d’être jeté directement dans le grand bain. Partout dans le pays, un long silence suit l’allocution présidentielle. Les Nebrowniens ont entendu et écouté leur nouveau président, mais ils ont surtout vu un homme écroulé, un humain comme eux, pleurant la perte d’amis proches, ils ont vu leur propre reflet à l’écran.
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Veshok, Banlieue Vode’ann, Le 21/09/2018

Il faisait un temps superbe, ce 21 septembre, le soleil dardant les rayons d’un précoce automne sur les toits humides de la petite cité de Veshok, dans la banlieue de Vode’ann. Devant l’église moderne de la cité qui n’existait pas encore 15 ans auparavant, une petite foule se trouvait rassemblée, tous de noir vétus, tous unis dans la même douleur : aujourd’hui, ils enterraient deux monuments de la “Révolution du 19 mai”. Le couple présidentiel, une fois revenu dans le palais présidentiel, avait dû écrire un testament, afin que, si le malheur devait frapper pendant le mandat, l'État puisse prendre en charge l’ensemble des formalités. Ils avaient choisi d’être enterrés dans cette cité, et qu’à côté de leur caveau soit planté un Chêne, Veshok signifiant chêne dans la langue Joha Tsad.

Ils avaient exigé une cérémonie en petit comité, ainsi n’étaient présents que la famille, les proches, les amis. Au total, le nombre de personnes présentes ne dépassait pas la quarantaine, un contraste radical avec les centaines de milliers de Nebrowniens qui avaient fait la queue pendant des heures, toute la semaine passée, pour rendre au défunt couple présidentiel un dernier hommage. Le Deuil national avait été à la hauteur de la dévotion que certains civils vouaient à Matilda Emmerson, ceux-là même qui l’avaient fait élire alors qu’elle ne s’était pas présentée. Mais aujourd’hui, ce n’était pas le symbole qu’on pleurait, aujourd’hui, c’était les personnes, les esprits, les cœurs, les âmes de Matilda et Noroît. Un frémissement parcourut la petite assemblée, les regards se portèrent vers les portes de l’église, d’où sortaient les cercueils. Le cercueil de Noroît était porté par des amis de travail et Ernest, en tête, le visage ravagé par le chagrin. Celui de Matilda était porté par Fira Mynooc (l’ordonnance de Matilda), le Général des Parachutistes Jacob Llyne (son frère de coeur), la Générale de l’air Ki Dong, L’Amiral Paul Demartin, La Générale Nadège Bousquet et le Capitaine Charles Montferrand. Devant les deux cercueils marchaient les enfants du défunt couple présidentiel. Noria, l'aînée, officier pilote de chasse, portait le plan de chêne qui serait planté à côté du caveau familial. Elle était suivie de Jean, sa sœur, de Phillip, son frère, et de leurs familles respectives, les larmes coulaient le long de leurs visages graves, témoins silencieux d’une douleur terrible. Derrière les cercueils, le reste de la famille, eux aussi pleurant silencieusement.

Le funèbre cortège se mit en marche, suivant les cercueils, salué par les passants silencieux, respectant les dernières volontés des défunts d’une cérémonie intime. Le trajet se fit en silence, le temps superbe contrastant avec les visages larmoyants, les chants des oiseaux avec l’ambiance grave et douloureuse de la procession. Le cimetière fut atteint en une dizaine de minutes, une large parcelle ceinte d’un mur de pierres, encore majoritairement couverte de pelouse, malgré quelques stèles disséminées telles le grain à la volée dans un champ. l’Hôtel de ville avait décidé que le tombeau de la famille Emmerson et le chêne planté à côté selon la volonté de Matilda et Noroît serait le centre du nouveau cimetière, le monument de la ville en somme. Ledit tombeau était encore en cours de fabrication, mais le caveau en lui-même avait été terminé en une semaine à peine, à même d’accueillir les défunts dans leur dernière demeure. Une équipe des services funèbres attendaient devant le caveau, prêts à prendre en charge les cercueils lors de la “mise en terre” une fois ceux-ci posés sur les tréteaux placés à l’entrée. Les porteurs déposèrent les imposants lits funèbres sur les tréteaux et s’en retournèrent rejoindre la petite assemblée, non sans essuyer larmes et nez. Tous sauf Ernest et Fira, qui devaient encore dire un petit mot pour les défunts. Ernest interrogea Fira du regard, au cas où elle souhaitait commencer. Un regard perdu noyé de larmes lui répondit. Il s'éclaircit la voix et commença.

- Aujourd’hui, ce n’est pas le président qui va parler et agir, mais bien l’ami, le partenaire dans le crime, parfois même l’antagoniste de pensée. Je me souviens encore de ma première rencontre avec Noroît. C’était à l’université, le 14 avril 1979 - je me souviens même de la date. A l’époque, les affaires paternelles allaient bien, et je l’admet, mon train de vie ne faisait pas très étudiant fauché. Mais j’étais assidu, j’avais un rêve, qui promettait à plus ou moins long terme de m’opposer à mon paternel. J’avais aussi des idéaux, et la justice en faisait partie. Aussi, quand un jour j’ai vu un maigrichon se faire tabasser par cinq imbéciles, je n’ai pu m’empêcher d’intervenir. Décision stupide car, voyant une porte de sortie, le maigrichon s’est fait la malle, et je me suis retrouvé au centre de l’ire des quatre opposants survivants. Mais je n’étais déjà pas homme à me défiler, j’ai tenu mon terrain, prêt à en découdre. Et d’un coup, un hurluberlu s’interpose, un brownie en main, nous invitant à nous calmer et à discuter autour du gâteau de l’amitié. C’était ma première rencontre avec Noroît, mais déjà transparaissait en lui ce qui nous a tous séduit : il avait ce sens du partage, cette recherche de la solution pacifique, quitte à prendre des coups pendant la démarche, ce sourire désarmant et ses grands yeux qu’il pouvait, au choix, rendre triste ou rieurs.

Noroît, c’était aussi une voix, un esprit qui, pendant l’ère Kellem, n’a cessé de dénoncer tout en maquillant ces opinions dans un ton mielleux, et apparemment lèche botte. C’était cette obsession presque maladive pour le Brownie, ce gâteau de l’amitié auquel il croyait tant. Noroît, c’était aussi un rêve, le rêve d’une unité de tous les hommes, d’une gigantesque table de la paix où tous les représentants se rejouiraient en dégustant un brownie. Noroît c’était aussi un mari, totalement fou de sa bidasse de femme, qui tremblait de peur pendant la grande guerre de 82-84 alors qu’elle était en première ligne, qui ne manquait pas de souligner les diférences dans leur couple entre lui, pacifiste pâtissier convaincu, et elle, profondément patriote, ayant le feu sacré du soldat engagé pour sa patrie. Noroît, c’était aussi un papa gâteau gâteux. Je ne compte plus les appels téléphoniques qu’il m’a donnés dès qu’un de ses enfants faisait quelque chose qu’il jugeait “extraordinaire”... J’ai dû être le deuxième informé de chacun de vos premiers pas, Noria, Jean et Phillip.

Noroît, c’était surtout, pour moi, le meilleur ami que j’ai eu. Le genre à se sacrifier alors que la PP envisageait de m’arrêter et qu’il se savait surveillé. C’était le genre d’ami prêt à prendre des coups à notre place, même si on était prêt à les prendre de toute façon. Personne n’a oublié les images de son arrestation le 19 mai 2015, nous contraignant à précipiter une action que nous voulions de toute façon mener. Noroît a été le catalyseur de tout cela. Et vous savez quelle a été sa seule inquiétude pendant le déroulé des évènements ? Sa femme, une fois encore en première ligne, et ses enfants, que nous avions tenté d’épargner.

Aujourd’hui, avec toi, Noroît, c’est une partie de moi qu’on enterre, et j’aimerai que là haut, tu me garde une place au chaud, avec un bon verre de whisky et ton satané brownie, parceque je te le dis : putain, tu vas manquer à ce connard de capitaliste !!


Ernest, les larmes coulant de nouveau sur ses joues barbues, posa une main sur le cercueil de Noroît.

- Ret'urcye mhi, ori'vod.

Il retourna rejoindre les autres, étreint au passage par Phillip, dont il était le parrain. Fira s’éclairci la voix à son tour.

- La générale Emmerson était, pour beaucoup d’entre nous déjà, avant même le 19 mai 2015, l’incarnation de Bui’ir Noya. Elle détestait être mise au même niveau que cette grande figure de notre histoire, jugeant n’être rien de plus qu’une patriote au service de ses concitoyens, mais les faits sont là. Je ne cache pas que j’en faisais partie avant qu’elle me choisisse comme ordonnance, et ensuite comme garde du corps et secrétaire. Mais je ne m’attendais pas à ce que cela signifirait sur le long terme. Pendant toutes ces années au service de la générale, je n’ai jamais eu l'impression d’être juste son ordonnance, secrétaire, garde du corps. Elle m’a toujours posé des questions, demandé mon avis, elle m’a entraîné dans toutes ses réunions, même lorsqu’elle n’y était pas obligée, en disant “venez, cette expérience vous formera aussi”. Elle n’a jamais cessé de faire en sorte de m’impliquer d’une façon ou d’une autre, se fiant à mon jugement, et débattant régulièrement avec moi. Elle m’a fait prendre conscience d’une chose : elle n’était pas Bui’ir Noya. Non, elle était mieux, elle était la Bui’ir dont nous avions besoin, celle qui pourrait donner l’impulsion poussant la nation en avant.

Elle était courageuse. je ne compte plus le nombre de fois où elle soupirait, où elle semblait perdre espoir. Mais un coup d'œil à la photo de famille qu’elle emportait partout avec elle, et elle se remettait au travail avec une ardeur retrouvée, comme un soldat qui trouve son second souffle dans l’assaut. Forger la nation de demain, un pays dans lequel nous serions débarrassé des politiques nauséabondes de Kellem et ses sbires, dans lequel ses enfants et petits enfants pourraient vivre sans peur de la PP, c’était la raison pour laquelle elle se levait tous les matins,
Fira tendis la main et désigna l’assemblée, vous étiez sa raison de se battre. Je l’admirais, vraiment. Pas seulement en tant que soldat, mais aussi en tant que Nebrownienne, j’admirais sa volonté de créer une meilleure société pour Nebrownia, de poser les bases pour un nouvel essor.

Mais j’admirais aussi la relation qu’elle avait avec Mr Emmerson. Leurs taquineries empreintes d’affection, leurs petites attentions, cette façon qu’ils avaient de toujours penser l’un à l’autre, et de sentir quand l’autre n’allait pas. Mr Emmerson utilisait tout le temps qu’il passait au palais présidentiel à faire des blagues, à dérider les gens, à les taquiner gentiment… Je n’ai pas honte de dire que grâce à lui, j’ai entretenu ma ceinture abdominale. Le palais présidentiel était un cadre de travail agréable grâce à eux, je pense que nombre de membres du personnel pensent comme moi… Cette façon qu’ils avaient d’éclairer nos vies quand nous étions morose, c’était un véritable don.


Fira fit une pause, le temps de chasser les larmes, puis elle reprit.

- Mr Reyes l’a très bien décrit, il y a une semaine : Nous sommes tous devenus orphelins, ce 10 septembre 2018, elle se tourna, faisant face au cercueils, et effectua un salut militaire, imitée par tous les porteurs d’uniforme n’ayant pas les mains occupées, Ret'urcye mhi, Bui’ir Matilda

Elle rejoignit les généraux présents dans l’assemblée, regardant les yeux pleins de larmes le dernier voyage du couple Emmerson, dont les cercueils furent délicatement descendus et placés dans le caveau. Puis, le caveau fut scellé, afin de le protéger lors de la suite des travaux de construction du tombeau. Finalement, les enfants du défunt couple replantèrent le plant de chêne à côté du tombeau. Ils reçurent les condoléances finales des invités à la cérémonie et restèrent encore un moment, en larme et silencieux, encadré d’Ernest et de Fira, à regarder la dernière maison de leurs parents. Le tombeau, symbolisant la mort, la fin du voyage, et le jeune chêne, la vie qui grandit, la force, la longévité. Peut-être le chêne était-il le symbole de leur amour ? Amour si fort que même la mort n’avait pu les séparer, et qu’ils emportaient maintenant avec eux, pour l’éternité…
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