24/06/2018
22:34:48
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[RP Interne] Wind of Change

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Ici seront postés divers RP représentant la façon dont des citoyens de Nebrownia ont vécu le coup d'état du 19/04/2015, ou ses conséquences sur leur vie, quel qu'ils soient, quelle que soit leur classe sociale.
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La Générale de Brigade Matilda Emerson se tenait face à la large fenêtre du Bureau Présidentiel, comme Clinton Kellem avait nommé cette pièce, une ironie de plus du régime qu’elle avait renversé quelques heures plus tôt. Les mains croisées dans le dos, elle regardait les fumées noires s'élever çà et là dans la ville, vestiges de véhicules carbonisés, civils et militaires, autant de preuves que le Coup d'État ne s’était pas déroulé sans combats. Derrière elle s’affairaient civils et militaires, préparant le décor pour l’allocution qu’elle allait donner dans quelques minutes afin d’établir officiellement son acte et ses conséquences. Elle soupira profondément.

- Au rapport, Lieutenant Mynooc.

La Lieutenant Fira Mynooc, qui se tenait légèrement en retrait, s’avança de trois pas. Native, elle vouait à sa supérieure une admiration féroce, et avait déjà fait jouer les poings pour la défendre lorsqu’elle était encore Cadette de l'académie. La générale savait et voyait l’attitude de sa subordonnée, ce qui avait tendance à la mettre mal à l’aise, mais la jeune femme était très compétente, et avoir un garde du corps officieux ne pouvait pas faire de mal. La jeune Native sortit un bloc-note recouvert de notes et commença son rapport.

- A vos ordres ! Un bruit de feuilles tournées résonna derrière Matilda. Nous nous sommes rendus maîtres de la totalité de la ville, les troupes fidèles au régime se sont ou rendues, ou enfuies, de même que le généralissime Cuvilier qui est toujours introuvable. Les infrastructures de distribution d’électricité et d’eau courante n’ont que très peu souffert des combats... nous avons eu de la chance d’avoir Monsieur Reyes à la tête de l’insurrection populaire, il a su diriger ses troupes vers les points stratégiques de la ville, comme la prison et les sièges des différentes radios et télévisions nationales, nous évitant de trop nous disperser et nous permettant d’utiliser notre plein potentiel sur les éléments essentiels de notre mission.
- Etat des pertes ?
- Trente morts et soixante dix blessés, dont trente critiques.
- Estimation des pertes ennemies ?
- Difficile à établir, nous n’avons pas encore terminé de recenser les prisonniers, mais nous les estimons à environ deux-cent morts et une centaine de blessés dont nous sommes tributaires.
- L’effet de surprise a joué à plein. Matilda fait une pause, les yeux rivés sur un volute de fumée qui s'évanouit petit à petit sous l’action des pompiers, sans doute. Quelles sont les pertes civiles ?
- Là aussi difficile à établir, nous n’avons pas encore pris contact avec les services de secours, qui doivent être débordés à l’heure qu’il est.

Matilda leva les yeux au ciel. Elle savait que les pertes civiles seraient conséquentes, nombre de ceux qui s’étaient engagés dans l’insurrection populaire n’avaient jamais tenu une arme, car trop jeunes pour avoir effectué le service militaire obligatoire. Une partie de la jeunesse sacrifiée de la sorte, elle avait un goût amer en bouche à cette pensée. Mais leur sacrifice avait été essentiel au succès de l’opération, ayant largement détourné les troupes fidèles à Kellem des objectifs réels du Coup d’Etat. Reyes avait pourtant ordonné, dans son appel aux armes, que seuls ceux ayant une expérience militaire se joignent à lui pour libérer Noroît, mais la fougue de la jeunesse avait été plus forte que la raison.

- Générale ?

Matilda tourna la tête. Une femme se tenait à côté de Fira Mynooc, elle aussi avec un bloc note. La jeune native, un sourcil dubitatif haussé, la surveillait du coin de l'œil alors que celle-ci se rapprochait de la générale.

- L’installation est finie, nous allons devoir vous maquiller avant le direct, dit la spécialiste des médias, un sourire très professionnel aux lèvres
- Ai-je une tête à me maquiller, madame ? rétorqua la générale, ce n’est pas un concours de beauté mais un discours d’investiture…

Fira Mynooc pouffa silencieusement derrière la spécialiste des médias, mais cette dernière, un sourire en coin, rétorqua :

- Je maquille quotidiennement votre mari avant ses directs, madame.

Le sourire de Mynooc se figea et ce fut à la générale de hausser un sourcil, ne s’attendant visiblement pas à cette répartie.

- Est-ce vraiment nécessaire ?
- Oui, cela permet de gommer les quelques imperfections de la peau que les jeux de lumière pourraient faire apparaître. C’est le genre de détails sur lesquels l’attention peut se focaliser, faisant oublier aux spectateurs le message qu’essaie de faire passer la personne à l’écran.
- J’ai du mal à imaginer Noroît se plier à ça tous les jours… dit la générale, essayant d’imaginer son époux se laisser maquiller.
- Il n’est pas particulièrement friand de la chose, mais c’est un bavard, il réussit toujours à tourner cette étape à son avantage, ou en plaisantant, ou en réfléchissant à voix haute.
- Cela lui ressemble davantage… Soit… où se déroulera cette séance de tartinage ?

Fira Mynooc pouffa de nouveau. Elle était très bon public pour ce qui concernait l'humour, et finissait souvent avec des crampes au ventre tellement elle riait lorsque Noroît se prenait à voir jusqu'où il pouvait la pousser à rire. Cette pensée fit sourire la générale, qui attendait la réponse de la maquilleuse. Celle-ci, souriante, lui indiqua de la main le fauteuil présidentiel, derrière le massif bureau orné de dorures qu’il utilisait pour travailler, ou faire mine de travailler, pour les images de propagande. Avec un profond soupir et un air résigné, la Générale se dirigea vers le fauteuil et s’y assit, sans grand plaisir.

- Faites vite, dit-elle, se crispant en voyant les accessoires de maquillage.
- Détendez vous, générale… ces poudres et ces pinceaux n’ont jamais tué personne… du moins, pas directement, ajouta la maquilleuse, tentant de détendre Matilda, en commençant à étaler du fond de teint sur le visage de la générale.

Alors que la spécialiste s’occupait d’elle, la générale se dit qu’elle n’avait pas eu de nouvelles de son époux.

- A-t-on des nouvelles de Noroît ? s’enquit-elle.
- Oui, intervint la lieutenant Mynooc, il a été libéré par des insurgés sous le commandement direct de Reyes et a été envoyé à l'hôpital directement…

La générale soupira de nouveau. Elle s’y attendait, car son époux avait été arrêté par la police politique juste après son direct. Elle et Reyes avaient agi vite, mais les sbires de Kellem avaient quand même visiblement eu le temps de le “questionner” comme ils disaient. Elle serra les poings. Elle mourrait d’envie d’aller rejoindre son mari, mais son devoir était de rester là, et de continuer. Clinton Kellem était derrière les barreaux, elle l’y avait mené elle-même, avec mépris et moult coups de pieds au derrière. La tentation de lui mettre une balle dans la tête avait été grande, rarement son arme de service ne l’avait autant démangé, mais il devait répondre de ses crimes, et une exécution sommaire aurait été trop clémente pour lui…

- Voilà… Vous êtes prête, Générale, dit la spécialiste en se reculant.
- Merci… dit la générale, remerciant le ciel que la maquilleuse n'ai pas agité un miroir pour qu'elle constate l'étendue des dégâts.

Un homme portant un casque audio doté d’un micro se dirigea vers elle. Lui aussi portait à la main un bloc note recouvert d'inscriptions.

- Générale, votre époux est en train de présenter le bulletin d’information, vous passerez en direct dans moins de dix minutes. Etes vous prête ? demanda-t-il
- Oui, dit Matilda après une dizaine de secondes.
- Parfait. Vous voyez cette lumière rouge ? Dès qu’elle passera au vert, vous vous adresserez à toute la nation. Nous essaierons de vous déranger le moins possible, mais quelques mouvements derrière les caméras sont à envisager. N’y prêtez pas attention…
- Bien…
- Direct dans trois minutes !! cria un homme derrière les caméras
- Concentrez vous sur le retour caméra que vous avez ici, générale, cela vous permettra de voir ce que verra la population.

Matilda acquiesça silencieusement. Les trois minutes qui suivirent lui parurent une éternité. Elle avait hâte que cela se termine, hâte de pouvoir VRAIMENT commencer le travail qui allait être le leur pour les mois à venir… et surtout hâte de revenir à la vie qui était la sienne avant, celle de générale de brigade, un poste qui lui convenait parfaitement, des responsabilités mais pas trop, un challenge intéressant lors des manœuvres, tant d’un point de vue logistique que tactique…

*Et merde, qu’est-ce que j’ai fait, à dire que je prendrais les commandes le temps qu’ils choisissent un nouveau type de gouvernement… Quelle conne bon sang !! Allez, plus le temps de regretter ma grande…* songea-t-elle, cinq secondes avant que la lumière verte ne se fasse et qu'elle apparaisse en direct devant des millions de spectateurs.

- Nebrowniennes, Nebrownien… Frères et sœurs… Vous le savez tous, ces derniers mois ont été teintés du sang de victimes innocentes, dont le seul tort était de défendre les vraies valeurs de Nebrownia. Clinton Kellem, le tyran, après avoir lentement enserré le peuple dans l'étau de son ordre a essayé de saper les fondations même de notre nation, non seulement en essayant d’imposer ses idées dégénérées, mais également en amenant progressivement notre nation dans le cercle de la guerre, comme l’avait dénoncé Noroît Emerson, mon époux. Le tyran envisageait en effet de déclarer la guerre à nos voisins, dans le seul but d’étendre le territoire où s'appliquerait sa mégalomanie. Par le biais de fausses revendications, il envenimait nos relations à l’extérieur, afin de faire grandir notre ressentiment à leur encontre, il manipulait l’information… Il prévoyait de déclencher les opérations militaires dans l’année. Vous le savez, ces dernières semaines ont vu de nombreux soulèvements éclater dans le pays, tous réprimés dans le sang, tous alimentant la flamme de notre résolution à ne pas le laisser faire, tous nourrissant l’horreur de voir le mépris qu’il avait à l’encontre de son peuple, enfin affiché ouvertement. Heureusement, l’action de soldats patriotes, ainsi qu’un soulèvement populaire décisif ont mis un coup d’arrêt à cette folie. Certes, cela ne s’est pas fait sans sang versé. Nous ignorons encore combien de braves sont tombés ce soir pour que notre patrie soit libérée du joug meurtrier de ce monstre sans âme et prenne un nouveau départ, mais nous nous devons d'honorer leur mémoire en mettant un point final à l’histoire de cette dictature. J’invite donc tous les soutiens de Kellem, où qu’ils soient, à déposer les armes et à se rendre, ou tout simplement à ne pas commettre de folie pouvant plonger notre nation dans une guerre fratricide. Ce fou sanguinaire ne mérite pas votre loyauté ; Nebrownia, si. Aidez-nous à tourner la page de ces trente-cinq années de dictature, ensemble, redressons la tête, regardons vers l’avenir !

Et puisqu’il est question d’avenir, j’annonce officiellement que notre gouvernement est renommé “Conseil de Transition de Nebrownia”, qui sera momentanément dirigé par moi même. Mon époux et des personnes soigneusement sélectionnées seront intégrés dans une nouvelle entité officielle, “l’étude du Conseil de Transition” dont la tâche sera de nous doter, d’ici deux ou trois ans, d’un nouveau gouvernement. Ils étudieront les meilleures solutions pour nous éviter le retour d’un autre Kellem. Quant à moi, je me baserai sur ce que nous avons déjà afin de continuer à faire fonctionner le pays, tout en commençant à l’aiguiller dans une direction plus sage et saine. Tout d’abord, reconstruire. A cause de sa vision biaisée, le tyran a fait prendre un retard considérable à notre pays, dans de nombreux domaines. Nous devons réformer l’agriculture, l’industrie, la production de matières premières, l’enseignement, la recherche, l’armée, l’armement, bref… nous avons énormément de travail devant nous, et j’entends bien faire ma part de celui-ci. Mais je n’y arriverai pas seule… NOUS n’y arriverons pas seuls… nous aurons besoin de toutes et tous, les travailleurs, les penseurs, les inventeurs, les meneurs, les artistes… tous ensemble, tous unis, nous nous redresserons et nous extirperons de la fange où nous avait enfoncé Clinton Kellem, nous rebâtirons Nebrownia !!

Aussi, je veux adresser un message à tous les pays qui regardent ce discours : Nebrownia va se rouvrir au monde !! J'invite tous les pays avec lesquels nous nous sommes brouillés par le passé, ou dont nous avons fermé les ambassades sous le règne du tyran, toutes les nations souhaitant reprendre contact avec nous, à le faire ! Kellem n’était pas Nebrownia, il n’était pas le reflet de ce que nous sommes en réalité. Nous voulons rejoindre à nouveau le concert des nations, y faire entendre notre voix derechef, y clamer notre amour de la paix, et notre volonté de la défendre.

A tous, qui me regardez ce soir, étrangers, Nebrowniennes, Nebrowniens, que vos pensées et vos prières aillent à tous ceux qui ont donné leur vie pour la liberté, et qu’ils accueillent en leur compagnie ceux qui sont tombés ici, ce soir.
Ibic ge'catra, mhi echoyli cuun Vode
(ndlr : ce soir, nous pleurons nos frères)

L’image se coupa et Matilda s'adossa à son siège en poussant un long soupir. Son discours n’avait pas duré longtemps, mais pour elle, c’est comme si une éternité venait de s’écouler. Alors que l’équipe derrière les caméras l’applaudissait, elle regarda ses mains. Elles tremblaient. Elle se rendit compte que tout son corps tremblait, elle n'avait jamais connu ça, même lorsqu’elle était en première ligne contre la Vietie en 1983. Oh certes elle avait eu peur, mais pas au point de trembler comme une feuille. Fira Mynooc, sentant le malaise de sa supérieure, vint immédiatement la voir, un sourire aux lèvres.

- Très bon discours, madame, comme d’habitude
- Mynooc… Je veux voir mon mari maintenant…
- Il est déjà en route madame, il sera là dans quelques minutes.
- Merci…

Savoir que son mari serait bientôt à ses côtés de nouveau la calma quelque peu… les yeux tournés vers la fenêtre, alors que les gens des médias discouraient, enthousiastes, de l’avenir qui s’offrait à eux, elle ne pu s’empêcher d’avoir cette pensée :

*Mais pourquoi j’ai accepté cette merde, moi ?*
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VIETIE BLUES


[Quelque part dans les montagnes de l’Est du pays.Un homme ventripotent fulmine, les mains croisées derrière le dos, regardant un paysage montagneux.]

Elle avait osé. Plus d’un mois qu’il enrageait de s’être fait avoir par cette petite dinde d’Emerson. C’était elle qui avait permis à son mari d’avoir des informations secrètes concernant les futures guerres, il en était sûr. C’était elle, elle qui avait émis de sérieux doutes sur la faisabilité de l’opération, elle, la seule non Vietique de l’état major, elle la seule femme haut gradé de l’armée, elle qu’il voulait faire passer pour incapable d’assumer un commandement aussi grand, et qui avait finalement renversé Kellem.

Il enrageait. Tellement. Il était parfait son plan. PAR-FAIT !! Faire de Kellem un pantin n’avait pas été des plus compliqué, cet imbécile était tellement convaincu de sa propre grandeur après la victoire face à la Vietie qu’on avait de l’avancement juste en le caressant dans le sens du poil. Ah… la Vietie. Son défunt pays, terrassé par l’attaque sournoise de Nebrownia alors que Lermandie et Westalia accaparaient la majorité de leurs forces sur un autre front… Il n’était que Lieutenant à l’époque, mais il avait vu son pays se faire envahir et annexer. Prisonnier de guerre, il avait su se faire remarquer de Kellem, principalement en faisant semblant de défendre Nebrownia face à ses camarades prisonniers. Kellem l’avait pris comme aide de camp et secrétaire particulier. A partir de là, une fois bien cernée la personnalité de ce lunatique, progresser avait été un jeu d’enfant, évincer le précédent généralissime pour suspicions de sympathies communistes, une affaire triviale. Se faire nommer généralissime à sa place avait en revanche été plus compliqué, mais, grâce à des soutiens savamment placés grâce aux avantages que son rôle prodiguait, il avait réussi ce tour de force.

Il s’en souvenait parfaitement, de ce jour de Février 1991, un jour sans nuages, un de ces jours d’hiver ensoleillés à la luminosité si particulière. Il s’en souvenait de tous ces soldats alignés, aucun Vietiques parmi eux, des pantins supplémentaires qu’il allait pouvoir manipuler à sa guise. A partir de là, saccager les relations avec les états voisins, convaincre Kellem de la nécessité stratégique de contrôler le golfe, exclure les diplomates de Caratrad et de Clovanie, tout ceci, il l’avait orchestré dans l’ombre, et Kellem, trop bercé par sa propre illusion de grandeur, n’avait même pas cherché à comprendre ce qu’il se passait. Il avait même parfois été encore plus loin que lui dans certains cas. Cette dernière loi concernant la place des femmes dans la société, lui ne l'aurait pas mise si tôt. Mais ce dictateur de pacotille l’avait devancé. Et ce, juste après avoir nommé une femme à la tête d’une des deux brigades mécanisées défendant la capitale. Peut-être le premier couac dans son plan. Les révoltes qui avaient éclaté suite à cette loi avaient sérieusement ébranlé les soldats, le moral et la confiance envers le gouvernement commençaient à chuter. C’était trop tôt, beaucoup trop tôt pour pouvoir en profiter. Cela l’avait poussé à repousser le plan d’attaque.

Mais cette dinde d’Emerson avait été invitée par erreur à une réunion autour de ce sujet. Oh elle avait été suffisamment futée pour juste émettre des doutes quant à la faisabilité de la chose, mais n’avait rien laissé paraître de plus. Une semaine après, son abruti de mari avait tout révélé en direct, et s’était fait arrêter en plein direct, avec les conséquences que l’on connaît. L’intervention de la PP avait été de trop, surtout sur quelqu’un d’aussi populaire que Noroît Emerson, cela n’avait fait qu’attiser les flammes. Dès l’arrestation, il avait envoyé des demandes de renforts aux unités voisines, mais aucune n’avait répondu. Dès qu’il avait été mis au courant du soulèvement populaire, et de la mise en action au côté des insurgés de la brigade Emerson, il avait fui, avec ses camarades conjurés, des autres conseils.

Bien évidemment, il s’était vu reprocher par ses camarades son incapacité à déceler et prévenir ce coup d'État. Leur plan de se venger de Nebrownia et la conquérir pour faire revivre la Vietie était tombé à l’eau. Leur vengeance sur la Lermandie était elle aussi tombée à l’eau. La conquête de Nebrownia n’aurait été que le point de départ. Et après la Lermandie, Westalia aurait elle aussi eu à subir le juste courroux Vietique !! Ce Plan était PAR-FAIT !!!

Il envoya valser le plateau contenant son repas. Le bruit attira son ordonnance, un Vietique pur souche, juste né trop jeune pour avoir la chance de connaître son pays, mais élevé par des parents patriotes. De vrais Vietiques…

- Un souci, généralissime ?
- Arrête avec ce nom ridicule, appelle moi général
- Bien, général Cuvilier
- Amènes moi l’état des effectifs
- Il est sur votre bureau depuis trois jours, général, répondit l’ordonnance, en commençant à nettoyer le carnage que la colère de son supérieur avait laissé.

Le gros ex-Généralissime Cuvilier se dirigea vers son bureau pour y lire l’état des effectifs dont il disposait, un sourire en coin. Il avait lu l’interview de la Générale Emerson. Ah, elle pensait qu’ils étaient incapable de lui nuire ? Ah, elle pensait qu’ils étaient divisés ? Hah, comme elle allait se mordre les doigts en voyant l’unité Vietique, HAH, elle allait voir cette dinde de…

- Est-ce la totalité de ce dont nous disposons ? demanda Cuvilier, incrédule
- Oui général, c’est tout ce dont nous disposons actuellement à vos ordres directs

Le général marqua une pause, relu ses papiers et redressa la tête.

- Attends… que veux-tu dire par “à mes ordres directs” ?
- Les autres leaders conjurés ont refusé de me transmettre leurs effectifs, mais ils ne doivent pas être mieux lotis que nous.
- Mais… Mais comment reprendre la tête de l'État avec, au mieux tout confondu, 350 soldats à peine armés ?
- Je l’ignore, général.
- PUTAIN DE MERDE !!!!! Hurla Cuvilier en envoyant valser son bureau et tout ce qu’il contenait, EMERSOOOOOOOON !!! SALOPE J’AURAI TA PEAU !!!!

Voyant que son supérieur entrait dans un nouvel accès de rage, le jeune ordonnance sortit prudemment de la pièce, pendant que Cuvilier entreprenait de détruire le mobilier de la pièce derechef. Plus d’un mois qu’il était comme ça. La scission entre les leader était aussi de son fait, il avait une fois de trop poussé une gueulante et chacun des leader était reparti dans son fief avec ceux qui voulaient bien le suivre, divisant encore davantage un potentiel groupe de résistants qui n’avait pas besoin de ça. Le jeune homme soupira. Ses parents l’avaient élevé dans la nostalgie d’un pays qu’il n’avait jamais connu, mais si les seuls espoirs de voir ce pays renaître reposaient sur les épaules d’hommes comme ça… Peut-être que suivre le Généralissime avait été une erreur ? L’âme Vietique vivait encore, l’ancien territoire de la Vietie entretenait encore certaines traditions, et quelques unités de l’armée Nebrownienne avaient repris les traditions d’unité Vietiques. Ce pays, malgré la dictature, n’avait pas cherché à réprimer la culture Vietique, juste à l’intégrer. Il soupira derechef en entendant dans le bureau le bruit prouvant que la bibliothèque, bien que fixée au mur, venait de céder. Peut-être que les forces régulières accepteraient sa reddition contre des informations ? Peut-être pourrait-il échapper à la prison ? Ou peut-être pourrait-il rejoindre l’armée malgré qu’il ait été en prison ?

Il regarda la porte du bureau où Cuvilier laissait encore éclater sa rage après une pause. Ce n’est pas avec ce genre d’individus que la Vietie vivrait. Sa décision était prise, cette nuit, il assumerai sa décision en se rendant aux forces régulières.
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(HRP : étant donné le retrait pour raison professionnelle du projet Nebrownia de ma compagne, qui était chargée, entre autres, de l’évolution politique, je ne peux rattraper son retard dans l’intrigue qu’elle avait prévue via “l’étude du conseil de transition”. Je fais donc avancer de manière très brutale la situation ici, mais c’est la seule option pour ne pas me retrouver noyé sous le retard accumulé à cause de la vie pro. Désolé à ceux qui avaient envie de voir le cheminement de pensée du Conseil de Transition, mais je ne peux pas continuer seul ce que nous avions initialement prévu à deux, je suis déjà bien assez en retard. Ce RP sera du coup anté-daté)

Kellembury, le 19/05/2017,

Matilda regardait rêveusement le grand vivarium dans lequel paressaient Angus, Lilly, Frida et Henry, les Boas Insulaires de Yukanaslavie, chacun sur sa branche. Il était loin, le temps où Angus et Lilly étaient les seuls pensionnaires de ce vivarium. Frida et Henry étaient deux serpents envoyés par leur pays natal dès la nouvelle de naissances avec Angus et Lilly, l’espèce étant en danger d’extinction, toute opportunité de naissances avait été prise très au sérieux par les autorités Yukanaslaves. Matilda sourit en pensant qu’en ce moment même, 37 jeunes boas insulaires volaient vers le berceau de leurs parents, apportant avec eux la contribution de Nebrownia à la sauvegarde de l’espèce. Derrière elle, les équipes de télévision se démenaient pour finaliser l’installation du direct qui allait prendre place dans quelques instants. L’heure était des plus importante, car elle déciderait de l’avenir politique du pays.

- Générale, on me signale que le direct commencera dans quatre minutes.

Matilda tourna la tête. Kira Mynooc, sa fidèle seconde, tenant son éternel carnet de note, vêtue comme elle de son treillis d’infanterie mécanisée, venait de lui annoncer la nouvelle, dans son oreille droite, l’oreillette grâce à laquelle elle suivait ce qu’il se passait en régie. La générale sourit. Kira avait été présente depuis le début, une infatigable aide, un soutien fort professionnellement, elle aussi en avait bavé durant ces deux ans. Mais bientôt ce serait fini.

- Prête à débuter la dernière ligne droite, Mynooc ? demanda-t-elle
- Je suis avec vous, Générale, comme toujours ! répondit la jeune femme, le regard sérieux.

Matilda acquiesça et se dirigea vers le pupitre, juste derrière elle. Elle avait insisté pour que ce dernier soit placé devant le vivarium, à la place de son bureau. Certes Angus, Lilly, Frida et Henri seraient bien en vue, mais la générale avait pris l’habitude de travailler avec les serpents derrière elle. Mieux, ils étaient devenus presque des partenaires de travail, elle leur parlait souvent avant de prendre des décisions, leur faisait part de ses doutes, de ses ras le bol souvent aussi. Donc tant pis pour les Ophiophobes, elle se sentait mieux ainsi. D’autant que l’annonce allait être de taille.

- Direct dans une minute ! dit une voix dans le bureau. Le silence se fit.

Matilda agrippa le bord du pupitre des mains. Elle détestait ce moment, la tension juste avant le direct, les doutes qui montaient, l'appréhension globale de l’exercice. Elle ferma les yeux et inspira un grand coup.

- Trente secondes !! repris la voix.

Une autre inspiration. Dans un autre studio, non loin du bureau présidentiel, son époux terminait son émission d’information en préparant le terrain pour elle. Lui aussi avait donné de sa personne, travaillant d’arrache pied sur plusieurs fronts. L’audiovisuel, premièrement, son métier, sa passion, grâce auquel il avait réussi à faire revivre le débat politique. L’étude du conseil de transition, où lui et un certain nombre de penseurs avaient essayé de trouver un régime qui permettrait d’éviter une nouvelle dictature. Le front personnel, où il avait permis d’éviter, par sa présence et son soutien, de nombreux burn out à Matilda.

- Dix secondes… cinq, quatre, trois, deux, un…

La lumière rouge s’allume, le direct est établi. Immédiatement, Matilda regarde la caméra.

- Nebrowniennes, Nebrowniens.

Il y a deux ans jours pour jours, je m'adressais à vous pour la première fois, dans ce même bureau, suite aux évènements qui avaient déposés mon prédécesseur et toute sa clique. Il y a deux ans, jour pour jour, nous mettions fin à trente années de dictature, trente années de folies ayant plongé notre nation dans un retard et un état déplorable, trente années durant lesquelles les rennes même de notre nation ont servi les desseins d’anciens ennemis. Petit à petit, ces individus avaient cherché à réduire à néant ce qui faisait notre fierté et notre unité. Mais ils ont commis un écart de trop et nous les avons chassés. J’avais pris devant vous, ce fameux 19 mai 2015, le serment de redresser le pays et de lui donner des bases solides pour qu’un vrai gouvernement puisse prendre le relais. Je n’ai jamais étudié la politique, et n’ai jamais vraiment aimé cet exercice, donc, dans le même temps, un groupe avait été formé pour définir quel serait le meilleur régime pour Nebrownia une fois mon rôle terminé. Ce groupe a rendu son verdict : la seule option dont ils ont convenu la viabilité sur le long terme pour empêcher l’accession d’un dictateur est une forme de dictature.

Mais est-ce ce pourquoi nous nous sommes battus ? Est-ce pour établir une autre dictature que nous avons renversé la précédente ? Ne serait-ce pas renier les fondements même du “Conseil de transition” que d’établir ce contre quoi nous nous sommes soulevés ? C’est avec cette question en tête que les membres de “l’étude du conseil de transition” ce sont remis au travail. Et à ce jour, je vous présente la finalité de ce travail : La nouvelle République Nebrownienne.

Vous l’avez bien entendu, mes chers compatriotes, nous revenons à la République. Ce n’est pas la solution parfaite que nous espérions, mais c’est la seule solution qui ne tranchait pas avec nos idéaux, la seule qui vous donnait de nouveau les moyens d’intervenir dans la politique du pays. Le risque de revoir un dictateur accéder de nouveau au pouvoir, comme Kellem en son temps, est toujours là, mais nous avons réfléchi à quelques moyens, des contre pouvoirs et des outils à même de permettre la destitution d’un tel individu.

J’entends déjà des mains qui se frottent et des dents qui grincent, songeant que c’est le retour à l’ancienne république, et ses trop nombreux scandales et corruptions. Et bien non. Tout d’abord, l’accession aux hautes sphères de la République ne se fera pas d’un claquement de doigt. Si techniquement n’importe qui pourra entrer en politique, il sera cependant exigé du candidat de nombreuses choses, car dans la nouvelle République Nebrownienne, diriger le pays sera autant un honneur qu’un sacerdoce. La vie politique sera strictement scrutée, car l’homme politique est aussi le miroir de la nation, et par conséquent, il se doit d’être irréprochable s’il veut diriger. Les magouilles, les politiciens au services des lobbies financiers ou industriels, c’est terminé. Le nouvel homme politique devra être conscient que diriger, c’est toujours servir, et non se servir. La justice sera impitoyable envers ceux qui trahiront le serment républicain que tout nouvel homme politique devra prêter en s’engageant dans cette voie, et le statut de serviteur de l’état ne les sauvera ni de la prison, ni du travail forcé, ni de la peine de mort, car ils restent, malgré tout, des citoyens comme les autres, soumis aux même règles que les autres. A ce sujet, en tant que serviteurs de l'État, étant donné qu’ils bénéficieront de nombreux avantages en nature, la compensation financière qu’ils recevront sera largement inférieure à celle perçue par leurs prédécesseurs, et ils devront s'acquitter de certaines mêmes redevances que n’importe quel citoyen.

Comme vous le constatez, chers Concitoyens, nous avons réfléchi à remettre la politique Nebrownienne à la hauteur du commun des Nebrowniens. Nous constatons, partout dans le monde, que les hommes politiques vivent dans un monde déconnecté des réalités du peuple, tout en se considérant comme parfaitement réalistes. Sont-ils conscients d’être complètement hors du système ou pas, nous l’ignorons, mais à Nebrownia, ce ne sera plus le cas. Il sera mis en place un organisme qui permettra aux citoyens le désirant de comprendre et de voir ce sur quoi le gouvernement travaille, quelle en est la finalité et sur combien de temps. Ce même organisme permettra aux citoyens le désirant de constater les dépenses de chaque homme politique recensé comme tel. Transparence, intégrité et communication seront les maîtres mots de la Nouvelle République Nebrownienne.

Passons maintenant à ce que vous attendez tous, sûrement. Le dirigeant de la Nouvelle République Nebrownienne sera élu au suffrage universel, son mandat durera sept ans. Lors des élections Présidentielles, vous voterez non seulement pour un candidat, mais également pour un gouvernement, que le président élu aura l’obligation de maintenir au moins un an, sauf procédure de destitution validée et aboutie. Durant son mandat, le Président peut décider de la dissolution de son gouvernement seulement si celui-ci a exercé au moins un an, et il ne peut nommer que le Maître Conseiller, équivalent de premier ministre, qui lui décidera seul de la composition de son gouvernement sans nécessiter l’approbation du chef de l'État. En tant que chef de l'exécutif, le Président de la République pourra s’arroger le droit de gérer certains dossiers sensibles personnellement, sans nécessiter la consultation et l’approbation du conseil des sages, seulement si la fenêtre temporelle d’action est extrêmement limitée ou s’ils touchent à la sécurité nationale au plus haut niveau. Bien que chef des armées, le Président ne pourra pas décider du déploiement de celles-ci de manière unilatérale, il devra avant consulter le Conseiller aux Armées et le Grand Etat-Major.

Ceci ne sont que les grandes lignes de la Nouvelle République Nebrownienne dont je vous fait présent, mes chers concitoyens, mes frères et sœurs. Car, maintenant que nous dotons notre nation d’institutions stables, maintenant que nous avons lancé le renouveau économique et industriel, maintenant que la machine est relancée, je considère le serment pris il y a deux ans comme accompli. Je ne me présenterai pas aux prochaines élections, fidèle au serment pris lors de mon engagement dans l’armée, j’ai servi la nation dans ses heures les plus dures, j’ai fait don de ma personne pour redresser le pays, mais la politique est un champ de bataille pour lequel je ne suis pas taillée. Une fois les élections terminées, je rejoindrai ma vraie place, celle qui a toujours été la mienne au service de notre pays, je retournerai au sein de nos forces armées. Je travaillerai jusqu’au dernier jour afin que mon successeur trouve un pays en bonne voie, mais c’est sans regrets que je retournerai rejoindre mon unité. Servir comme cheffe de l'État aura été une expérience particulière, surtout après les inepties du précédent gouvernement, mais j’ai au moins la satisfaction d’avoir servi mon pays au plus haut, et de l’avoir bien fait je le pense. L’Histoire seule jugera.

Mes derniers mots ce soir seront pour énoncer la nouvelle devise de notre Nation : “Indivisibles, nous vaincrons”.

Je vous souhaite à tous, Nebrowniennes, Nebrowniens, une bonne soirée.


La lumière rouge s’éteint, le silence se fait. Cinq secondes durant lesquelles Matilda inspire et expire, les yeux fermés, essayant de calmer son cœur qui bat la chamade. Un poid a été enlevé de ses épaules, mais elle ne se sent pas plus légère pour autant. La masse de travail pour les élections à venir reste colossale. Soudain, un bruit lui fait ouvrir les yeux. Les gens en face d’elle applaudissent. Ses yeux s’agrandissent. Elle voit des larmes, des regards fiers, certains limite nostalgiques, mais partout, des sourires. Même Kira sourit, une larme glissant sur sa joue gauche, imprégnant rapidement la mousse protectrice du micro situé à cet endroit. Matilda sourit elle aussi, une vague de fierté l’envahissant malgré elle. Ces gestes, ces sourires, ces larmes sont pour elle la preuve que oui, bien sûr, elle a bien travaillé durant ces deux années. Elle hoche la tête, reconnaissante.

- Merci dit-elle, simplement avant qu’une détonation dehors ne leur fasse tourner la tête.

Un feu d’artifice improvisé vient d’être tiré, suivit d’un autre, et rapidement, c’est tout le ciel de Kellemburry qui se remplis de feu d’artifices improvisés, des petites fusées achetées en magasin pour une bouchée de pain, de simples pétards allumés et lancés en l’air ou de vrai mortier d’artificiers professionnels, c’est les habitants de Kellemburry qui manifestent leur satisfaction, leur joie que cette Nouvelle République Nebrownienne soit plus humaine d’une certains façon. Matilda reste interdite, les yeux rivés sur ce spectacle spontané. Derrière elle, les plus pragmatiques, un instant hypnotisés, reprennent vite leur esprit et motivent les autres à commencer à ranger le matériel, pendant que d’autres prennent des caméras pour immortaliser le spectacle. Cette fois, Matilda pleure, les larmes coulant le long de ses joues. Son téléphone vibre. C’est Noroît. Elle décroche.

- Tu vois ce que je vois, ma chouquette ? demanda-t-il
- Je vois, oui répond-t-elle, la voix un peu tremblante
- Il n’y a pas que l’Histoire qui est juge pour savoir si tu as bien travaillé, regarde, voilà leur réponse !! Explosif, n’est-ce pas ?
- Et étincelant aussi
- On en a bavé mais ça valait le coup, non ?
- Même sans feu d’artifice, ça valait le coup, tu le sais répond Matilda, les larmes toujours coulant le long de sa joue.
- Je te laisse, ma chouquette, j’ai encore ma part du direct à terminer… Tu as assuré comme une bête ce soir !! Je t’aime ! Noroît raccroche avant d’apparaître à l’écran de la télévision du bureau. Elle a terminé, mais pas lui. Elle sourit.
- Je t’aime aussi dit-elle à son époux dans l’écran de télévision.
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[HRP : Je poursuis le développement politique en rétroactif dans l’espoir, sans doute vain, de rattraper un peu de retard]


Vode’ann, Le 17/09/2017.

Assis dans la salle qu’ils louaient habituellement, lui et ses amis, dans leur bar préféré, Liam regardait, incrédule, les résultats des dernières élections pour le Conseil des sages. Il n’en revenait pas. Lui et ses amis, soutenus par une quinzaine de camarades que le délire avait amusé, avaient tous réussi à se faire élire comme sages, représentants des circonscriptions où ils s’étaient présentés. Tous, les vingt étudiants, devaient maintenant, selon la loi, faire acte de présence et de décision au conseil des sages. Liam secoua la tête. Comment était-ce possible ? Comment ? Il détourna les yeux de l’écran qu’ils avaient tous installé pour l’occasion. Tous les regards, incrédules, étaient tournés vers lui, l’instigateur de ce délire qui venait, à présent, de faire d’eux des représentants politiques, tous affichaient la même question sur leurs visages : “c’est quoi ce bordel ?!!!”. Liam ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Dans sa tête se bousculaient tout un tas de souvenirs.

Tout remontait au 19 mai dernier. Comme une écrasante majorité de citoyens, ils s’étaient joint à la liesse qui avait suivi le discours d’Emmerson qui proclamait la Nouvelle République Nebrownienne, et comme un fameux paquet d’entre eux, n’avaient pas dessaoulé durant la semaine qui suivit. Et c’est ainsi que, ronds comme des queues de pelles, ils avaient regardé le discours suivant, proclamant qu’une nouvelle institution nécessitait de nouveaux représentants et donc la dissolution du conseil des sages d’alors, nouvelle accueillie avec bienveillance par les sages en poste à ce moment. Bien évidemment, nombre d’entre eux s’étaient re-présentés à leurs postes, et les partis politiques, jusqu’alors encore en cours de formation, d’organisation et de recrutement, avaient commencé à placer leurs pions dans l’échiquier politique. Complètement torché, Liam avait alors proposé “un exercice de pensée” (traduction “étudiant alcoolisé niveau 2”), sorti un cahier et proposé aux quatre autres éponges à éthanol de créer un “parti à la con” (pas besoin de traduction pour celui-là) et pourquoi pas de le présenter aux prochaines élections des sages. Bien évidemment, désinhibés par les litres de boisson ingurgités, les quatre autres pochards d’assaut se joignirent avec enthousiasme à la proposition et toute la soirée fut passée à débattre du nom, de la frange politique, des objectifs du parti, etc.

Le lendemain, avec une sérieuse gueule de bois, Liam avait levé un sourcil dubitatif en voyant son carnet posé en vrac sur sa table de nuit, ouvert à la dernière page écrite. Il ne se souvenait de rien, et avait donc compulsé les notes prises la veille, le sourcil toujours levé. Plus il lisait, plus il se rendait compte que, outre l’aspect profondément “what the fuck?!” de la démarche, c’était que, juridiquement parlant, tout ce qui leur manquait pour la suite du délire, c’était le soutien politique qu'ils avaient tous exigés lors de l’ébauche du projet. Mais qui voudrait les soutenir, quel élu serait assez fou pour officiellement s’afficher comme partisan de ce pari d’étudiants imbibés ? Parce qu’au fond, l’idée de créer un parti dont la seule et unique vocation serait de garantir les garde fous de la Nouvelle République et d’agir comme une opposition quasi permanente en opposant aux propositions leur propres incohérences… c’était une idée à la con. Très con même, que l’idée de ce parti dont la seule ambition était d’être le rappel systématique des politiques à leurs obligations pour le pays. Et pourtant, même si ça semblait impossible de gagner un quelconque siège, autant pousser le délire jusqu’au bout, n’est-ce pas ? Que risquait-on ?


Que risquait-on… Liam secoua de nouveau la tête, comme pour chasser un cauchemar, mais non, les chiffres s'étallaient toujours sur l’écran, Noroît Emmerson s’amusant visiblement beaucoup du nom de leur parti. Ses camarades, eux, ne s’amusaient pas du tout de la situation. Tous s’étaient attendus à perdre lamentablement, au mieux du mieux obtenir une troisième place dans les votes d’une circonscription, mais certainement pas à obtenir la majorité des suffrages exprimés dans les circonscriptions où ils s’étaient présentés. Et maintenant, ils se retrouvaient comme représentants d’une nouvelle tranche de la politique, une forme de quatrième faction différente des clivages habituels Droite-Centre-Gauche, une faction portant comme emblème le symbole national du Brownie, et comme nom, le plus ridicule des noms de partis possible.


Ah oui, le nom avait bien fait rire. Eux déjà, car le nom ne reflétait absolument pas l’idée générale du parti, ceux qu’ils avaient démarchés comme soutien ensuite, puis les électeurs et enfin leurs adversaires. Le nom ridicule leur avait déjà permis d’écrêmer les soutiens potentiels. En effet, bien que de nombreux maires ne se soient revendiqués d’aucune couleur politique, une partie non négligeable les avaient envoyés bouler à la seule mention du nom de leur parti. Les autres, amusés sans doute, leur avaient prêté une oreille rigolarde au début, attentive ensuite. Et petit à petit, à force de rencontres, de réunions, de débats, les cinq étudiants avaient fait grossir leur parti, augmenté le nombre de candidats portant leurs couleurs, et reçu les soutiens de personnalités politiques et publiques telles que le Conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce, Ernest Reyes, rencontré une première fois lors d’une foire agricole à Ponodover, ou la Maire de Gelestal.


Hé oui, la maire de la ville accueillant une des plus grandes universités du pays leur avait accordé son soutien très rapidement. Elle avait d'ailleurs été la première à le faire. Liam s’en souvenait. Elle avait d’ailleurs été la sixième membre officielle du parti, avant de convaincre sa fille et son fils de prendre les dixième et quatorzième cartes. Son soutien avait été d’une importance capitale, et nombre des soutiens politiques les avaient soutenus parce qu’elle aussi les soutenait. Et maintenant, la maire de Gelestal avait ses deux enfants élus comme sages, regardant la télévision, blèmes. Toujours en train de commenter la soirée électorale à la télévision, Noroît Emmerson soulignait que tous les candidats du PGLRI avaient été élus, le seul parti ayant fait un score parfait était un jeune parti ne reprenant aucune des traditions des anciens gros partis. La co-animatrice de la soirée électoral souligna alors que le Conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce, ami de Noroît, avait soutenu le jeune parti, entraînant un petit rire de la part de Noroît qui enchaîna, disant que depuis “l’étude du conseil de transition de Nebrownia” lui et son ami ne parlait plus politique ensemble, et qu’il ignorait donc tout des motivations qui avaient poussé Ernest à les soutenir.

Liam avait le vertige à présent. Lui s’en souvenait très bien. Un de ses camarades avait tout d’abord croisé, par hasard, la route du conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce lors d’une foire agricole de Ponodover, lui tendant, machinalement, un prospectus sans réalise tout de suite à qui il le tendait. Liam avait ensuite, quelques jours plus tard, reçu une convocation officielle au Conseil de l’Industrie, de la production et du commerce. Sa première réaction avait été la panique, il ne se souvenait pas avoir commis une quelconque infraction dans le domaine économique. Il s’était donc rendu à la convocation, quelque peu appréhensif. C’est là qu’il avait appris que c’était le Conseiller Reyes en personne qui le recevrait. Il avait blêmit. C’était sa deuxième confrontation avec un haut représentant de la politique du pays, après la Maire de Gelestal. Mais Ernest avait très rapidement dissipé les craintes du jeune homme, agréablement surpris qu’il était de voir la jeunesse Nebrownienne commencer à s’intéresser si tôt à la politique du pays. Ils avaient donc discuté pendant plus de deux heures autour du parti, Liam expliquant la démarche autour de la fondation du parti, l’idée de créer un organe citoyen au sein même du conseil dont la vocation était de jouer, d’une façon, la conscience de la Nouvelle République et aussi la vocation réaliste et long termiste des applications et implications des textes débatus au sen du Conseil des sages.. Bien évidemment, tout en omettant d’évoquer le fait qu’il s’agissait plus d’un délire d’étudiants torchés que d’un projet réellement à vocation de réussir. Et pourtant, Reyes avait décidé de soutenir le jeune parti, au grand étonnement de Liam, qui était ressorti du Conseil de l’Industrie, de la production et du commerce les jambes tremblantes, faisant le point. A ce moment de l’histoire, le parti n’avait qu’une centaine de membres, dont la Maire de Gelestal, vingt candidats officiels dans vingt circonscriptions, toutes réparties dans les vingt rusur (divisions administratives de Nebrownia équivalentes aux régions) composant le pays, à raison d’un par rusur. Leur parti avait le soutien officiel de deux pointures du monde politique, la Maire de Gelestal et le Conseiller de l’Industrie, de la production et du commerce. Ce fut la première fois que Liam pensa “et si on réussi ?” avant d'effacer immédiatement cette possibilité. Le fait que des pointures de la politique les soutiennent ne garantissait absolument pas la réussite de ce projet à la con…

De fait, ils avaient tout envisagé sauf le fait qu’ils réussiraient tous à être élus sages. Le jeune leader se souvenait des débats qui avaient opposé les membres du jeune parti à tous les autres. Il se souvenait de la verve et du venin dans les mots de certains, il se souvenait que tous prédisaient leur défaite écrasante face aux poids lourds qu’étaient rapidement redevenus les vieux partis ressuscités. Et les candidats du jeune parti, à chaque fois, les prenaient à contre-pied en disant que la vocation première du PGLRI n’était pas de gagner, mais de faire réfléchir et de jouer les garde-fous de la Nouvelle République face aux intérêts ne servant pas Nebrownia, que le PGLRI avait vocation à jouer la conscience de la Nouvelle République, celle que de trop nombreux hommes politiques avaient perdu par le passé, carriéristes ou corrompus par un système qu’ils avaient détourné de ses objectifs premiers de servir le pays. Bien entendu, l’argument ne plaisait pas, et le jeune parti avait reçu nombre de menaces anonymes. Mais ils avaient tenu bon, et dans chacune des circonscriptions où ils s’étaient présentés, avaient gagné face à ces gens-là.

Alors qu’à l’écran, des images montraient la liesse au sein des bureaux de partis vainqueurs et l’abattement chez les vaincus, Liam coupa le son de la télévision et s’assit, sa place étant en bout de table, directement face à la télévision. Les autres le regardèrent. Il poussa un profond soupir, les yeux fermés et les mains croisées.

- Ok. Désolé tout le monde, mais… On a du pain sur la planche, là. Je sais, on avait tout envisagé sauf ça, mais les urnes ont parlé, et je ne suis pas homme à revenir sur ma parole. On va y aller, au charbon. Je compte sur vous tous pour faire du PGLRI une force sur laquelle compter au conseil des sages. Mais il va falloir également, poser des bases solides à notre parti, et revoir complètement notre manifeste pour lui donner un caractère très officiel. Nous ne sommes plus un délire d’étudiant à compter de ce soir, nos concitoyens nous ont accordé leur confiance, nous ne devons pas les décevoir. Au travail tout le monde !!!

Il claqua des mains, le bruit sembla faire sortir de leur transe trois de ses camarades qui regardèrent autour d’eux avant de se joindre aux seize autres et de sortir des affaires pour écrire. Liam regarda. Il savait que son rôle resterait celui de président du parti, du moins jusqu’à ce qu’il en ai assez et/ou qu’un autre se présente pour prendre sa place. En tant que leader, il avait des responsabilités, et notamment celles de diriger les réunions. Il regarda l’horloge numérique derrière Noroît Emmerson, toujours à l’écran de la télévision désormais muette, et se dit que cette nuit serait une très longue nuit… mais qu'elle serait le premier pas de la grande aventure du PGLRI, le Parti de la Grande Licorne Rose Invisible.
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