
Au cœur de la Cité des Perles
Posté le : 31 déc. 2024 à 14:57:16
Modifié le : 14 jui. 2025 à 15:27:30
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Posté le : 31 déc. 2024 à 17:21:08
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L’éclatante lumière du matin baignait les jardins soigneusement entretenus du Palais Beauregard, siège du gouvernement de la Cité-État de Myaikho. Une atmosphère solennelle et quelque peu dramatique rappelant l'intrigue d'une pièce de théâtre imprégnait les lieux alors que les drapeaux nationaux, brodés d'or, flottaient paresseusement sous une légère brise. Devant le bâtiment aux colonnes en pierre taillée imposantes, une tribune avait été dressée pour accueillir la cérémonie officielle de passation de fonction entre les deux hommes politiques.
Le public était agité. Composé de dignitaires de la nation, de membres de tous les partis, de diplomates étrangers et de journalistes. Des citoyens curieux s’étaient rassemblés derrière les barrières pour assister à cet instant historique, suivant l'appel du Premier Magistrat sortant à venir assister à ce moment. Dans la foule, un homme était silencieux. Impassible, mais serein. Il se démarquait par sa carrure imposante, mais élégante et son uniforme blanc immaculé.
Au son des cors et tambours cérémoniels, Wiryo Yongzheng, Premier Magistrat sortant et figure emblématique de l’Alternative Démocratique, fidèle allié du Parti du Progrès Myaikhosien qu'il avait soutenu depuis sa création et qui avait été récompensé du poste de Premier Magistrat, monta sur la tribune. Sa démarche était empreinte de dignité, mais d'une dignité blessée. Il y avait bien une ombre sur son visage, peut-être une amertume, une rancœur ou inquiétude. Ou bien de la fatigue comme on pouvait le lire dans son regard. Vêtu d’un sobre costume noir un peu insignifiant, il tenait entre ses mains une copie reliée et unique de la Loi Fondamentale de la République, symbole du pouvoir exécutif des Premiers Magistrats.
Un peu en retrait, en attendant son tour, se tenait Handoko Suryadi Atmadja, le Premier Magistrat issu des rangs Gerakan Pertahanan Tradisionalis et qui avait été fraichement élu par la Diète Communale contrôlée par son alliance avec le Huánglóng quān, puis officiellement nommé par le président issu du Parti du Progrès Myaikhosien. Sa posture droite et sa tenue impeccablement taillée dégageaient un professionnalisme se voulant rassurant, une sorte d'atmosphère d'ordre et de discipline. À cela s'ajoutait une coiffe traditionnelle qui tranche avec le costume plutôt occidental, rappelant les positions traditionnelles et nationalistes. L’éclat métallique de la fleur nationaliste qu’il portait sur son veston reflétait cet engagement envers le conservatisme et une Histoire exaltée du roman national.
Après l’exécution de l’hymne national par l'orchestre placé sur le côté, Wiryo Yongzheng prit la parole.
« Mesdames et messieurs, citoyens de Myaikho. Aujourd’hui, devant vous, je me tiens à un moment de transition, un moment charnier pour notre République, le cœur empreint de gratitude et de gravité. Gratitude pour l’honneur que vous m’avez fait en me permettant de servir notre nation, Myaikho, joyau d'espoir et de diversité au sein d'un continent tout aussi divers et riche de cette multitude de cultures.
Gravité, car ce moment marque la fin d’un chapitre et le début d’un autre, dans une histoire commune qui, je l’espère, continuera de briller par la résilience et le courage de notre peuple. Une histoire de cinquante ans qui s'achève aujourd'hui, où l'action de la famille politique à laquelle j'apartiens à toujour défendu les mêmes valeurs mais a su s'adapter. Une action en faveur de la démocratie, des droits, du progrès et de l'ouverture culturelle.
Lorsque j’ai pris mes fonctions il y a maintenant deux ans, notre cité-État faisait face à des tempêtes qui auraient pu l’ébranle. Une crise économique qui menaçait nos moyens de subsistance, des tensions identitaires qui remettaient en question le tissu même de notre société, des conflits politique qui érodaient la confiance populaire, et des menaces sécuritaires pesant sur notre droit à vivre dans un espace protégé. Et c'est dans ces moments d’incertitude que j’ai choisi de croire en vous. En notre capacité à transcender les divisions, à voir dans l’autre non un rival ou une menace, mais un partenaire dans la construction d’un avenir commun. Avec cette conviction, nous avons œuvré pour préserver les fondements de notre démocratie et faire progresser nos mœurs, vers un pays plus inclusif et ouvert à toutes les minorités, quelles qu'elles soient.
Nous avons tendu la main à ceux qui, dans notre société, se sentaient marginalisés, affirmant que chaque citoyen, quelle que soit son origine, sa foi ou son identité, a sa place dans cette cité et en faisant avancer leurs droits à choisir et façonner leur vie selon leur désir. Nous avons renforcé nos institutions, protégeant leur impartialité et leur indépendance au maximum, en considérant les moyens limités dont nous disposions du fait de la baisse des recettes. Afin que la justice et la transparence restent les piliers de notre gouvernance, pour s'assurer de ne pas tomber dans le piège des faux démocrates qui souhaitent abattre cette démocratie. Nous avons ouvert la voie à des réformes qui, je l’espère, marqueront le début d’une ère de progrès durable et inclusif, et qui, je l'espère, seront reprises par le prochain gouvernement.
Cependant, je ne me tiens pas ici pour glorifier un bilan. Il reste des blessures à guérir, des ponts à construire, et des défis à surmonter. Le chemin de l'accalmie est long, semé d’embûches, mais il est aussi irrésistible, parce qu’il est porté par l’espoir. Nous n'avons pu mettre fin à tout, mais nous avons fait de notre mieux pour juguler ces crises. Aujourd’hui, le peuple a parlé. Il a fait un choix démocratique, et ce choix doit être respecté. Bien que ce choix puisse m'inquiéter sur certain point, il est clair et je ne peux m'y soustraire. Je remets donc, avec humilité et respect, les rênes du pouvoir exécutif à mon successeur, son excellence Handoko Suryadi Atmadja.
Excellence, le poids de cette fonction est immense, mais il est également noble. Vous aurez à affronter les mêmes vents contraires, mais aussi à saisir les opportunités d’une époque en mutation rapide. Ces vents seront peut-être encore plus forts qu'avant, et le seul conseil que je puis vous donner et d'avoir une confiance inébranlable envers le peuple et les institutions de notre République. Je vous confie une cité debout malgré les dires de certains, une cité vivante, une cité qui aspire à la paix et à la justice. Prenez soin d’elle, car elle appartient à tous.
Aux citoyens de Myaikho, je dis ceci : continuez à croire en la démocratie, en vos institutions, et en votre pouvoir de changer les choses. Ce qui nous lie est plus fort que ce qui nous divise. Nous sommes tous les gardiens de cette cité, et nous devons ensemble protéger ce bien commun.
Je quitte cette tribune avec la même foi qui m’animait le jour où je suis entré en fonction : Myaikho est forte. Myaikho est résiliente. Et Myaikho peut relever tous les défis, tant que nous restons unis.
Je vous remercie pour votre attention. »
Un murmure parcourut la foule, mélange de respect et d’appréhension face à cette nouvelle ère pour certain, mais aussi de moqueries et d'exaspération pour d'autre. Wiryo Yongzheng se tourna vers Handoko et, dans un geste solennel, lui tendit la Loi Fondamentale.
Handoko s’avança avec une assurance froide qui déstabilisa son prédécesseur et saisit le document des mains de celui-ci, marquant symboliquement la prise de ses fonctions. Il s'inclina légèrement comme le veulent la tradition et les valeurs de la cité en signe de respect avant de s’adresser à l’assemblée.
« Mesdames et Messieurs, chers citoyens de Myaikho. Aujourd’hui, je prends devant vous une responsabilité sacrée, celle de guider notre nation dans une période de troubles et d’incertitudes majeurs. Permettez-moi de commencer, d'abord, par reconnaître l’effort de mon prédécesseur, Monsieur Wiryo Yongzheng, pour répondre à ces problématiques. Toutefois, puisque vous semblez vous contenter de m'attaquer à demi-mots en faisant des allégories sur les faux-démocrates, laissez-moi exprimer le fond de ma pensée en toute honnêteté et transparence, car ce sont là des valeurs qui me tiennent à cœur et qui manque de notre paysage politique. Il est donc également de mon devoir, en tant que représentant du peuple, de dire la vérité : votre modèle a échoué, monsieur Wiryo.
En effet, la crise économique s’est aggravée sous son mandat, devant incontrôlable, laissant nos familles s’appauvrir et nos entreprises lutter pour survivre lorsqu'elles ne sont pas rachetées pour une bouchée de pain par des étrangers. Les diplômés fuient désormais à l'étranger, les entreprises aussi. Le chômage de masse devient le quotidien dans notre ville. Les tensions identitaires se sont exacerbées, non apaisées, divisant notre peuple entre des communautés de plus en plus méfiantes les unes envers les autres. Les vagues d'immigration massives telles celles qui ont ruiné l'Empire Rhèmien, il y a plusieurs siècles et ont amené avec eu criminalité, délinquance et ont participé à la dissolution de nos valeurs de respect, de dignité et de discipline. L’instabilité politique qui découle de vos cinquante années de gouvernance et les menaces sécuritaires, loin d’être endiguées, ont fragilisé la confiance des citoyens envers leurs institutions. Vos politiques en matière judiciaires, sécuritaires et militaires ont conduit à un effondrement total de la sécurité qui garantissait à notre ville sa prospérité.
Ces échecs sont le fruit d’une idéologie qui a préféré les idéaux abstraits et les fantasmes de groupes fantaisistes à la réalité, des choix politiques et qui ont donné la priorité aux minorités sur la majorité. Ces groupes fantasques ayant abandonné toutes les valeurs de notre pays ainsi que toutes ses traditions pour se travestir en avant-garde jeune et dynamique de concepts idéologiques dangereux effaçant tous les piliers traditionnels de notre société ont, il me semble, infecté les sphères politiques par une perversion malsaine et abominable, des attirances déviantes pour des entités irréelles ou n'étant pas dignes de respect. Sans compter une gouvernance trop hésitante face aux défis du monde réel, trop molle et très peu ambitieuse.
Mais chers citoyens de Myaikho, cette ère est révolue ! Mon gouvernement, formé sous la bannière du Gerakan Pertahanan Tradisionalis et du Huánglóng quān, sous le signe de la tradition, des valeurs, et de la grande histoire de notre pays, s’engage à ramener l’ordre, la stabilité et la prospérité à notre République en plein déclin. Nous ne chercherons pas à plaire à tous, c'est illusoire, et tous ne mérite pas nos faveurs, au vu des ravages qu'ils ont causés. Mais nous cherchons à faire ce qui est le plus juste pour Myaikho.
Nous commencerons par restaurer les fondements mêmes de notre identité nationale. Trop longtemps, les traditions qui nous définissent ont été marginalisées au nom d’un progrès qui n’a servi qu’à déstabiliser notre société, à faire perdre nos repères et à brouiller les chemins de la grandeur. Nous remettrons au centre de notre gouvernance les valeurs de discipline, de respect et d’unité qui ont fait notre gloire passée. Nous renforcerons nos frontières, non seulement physiques, mais aussi culturelles en mettant à l'honneur notre culture unique. Nous mettrons un terme aux influences étrangères néfastes et intéressées qui diluent notre héritage et notre souveraineté, et nous redonnerons aux familles de Myaikho la fierté d’appartenir à une civilisation forte et à une nation forte, unique et ancrée dans ses racines.
Sur le plan économique, nous cesserons de tergiverser. Nous redonnerons aux entreprises nationales les moyens de prospérer en coupant court aux bureaucraties inutiles et à la colonisation économique étrangère. Les citoyens qui travaillent dur et respectent nos lois seront soutenus, encouragés et récompensés. Ceux qui abusent du système et qui souhaitent notre perte, qu’ils soient à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières, seront traités avec la fermeté qui s'impose.
En matière de sécurité, il est clair que la démocratie telle qu’elle a été pratiquée ces dernières années sous l'égide d'un centre laxiste n’a pas suffi à protéger nos citoyens. Nous réformerons les institutions pour leur redonner les moyens et l’autorité nécessaire afin d’écraser les menaces factieuses et criminelles, pour garantir la stabilité et la bonne tenue de nos projets de renouveau. La liberté n’a de sens que si elle s’exerce dans un cadre ordonné et sûr, et ce cadre, nous nous engageons à le recréer.
À tous ceux qui critiqueront ces mesures comme étant trop dures, je répondrai ceci : nous ne pouvons plus nous permettre d’être faibles, attentistes, laxistes et honteux de nous-même. La survie de Myaikho en tant que nation forte et souveraine exige des choix difficiles et se joue maintenant, car après, il sera trop tard et les dégâts seront irréversibles. Ce que certains appellent concessions, nous l’appelons fermeté, réalisme et pragmatisme. Ce que d’autres qualifient de régression, nous le voyons comme un retour à l’essentiel, une marche vers nos fondements et un coup d'arrêt à la dissolution de notre identité.
Citoyens de Myaikho, mon engagement est clair. Je ne gouvernerai pas pour une minorité, ni pour des intérêts étrangers. Je gouvernerai pour vous, pour votre sécurité, votre prospérité et votre avenir. Pour notre République, notre place dans le monde, pour notre culture, nos traditions et nos espoirs. Ensemble, sous la bannière de nos valeurs et de notre fierté nationale retrouvée, nous restaurerons Myaikho à sa grandeur passée et préparerons le terrain pour que les générations à venir soient fières de nous et de ce qu'elles sont.
Mes amis, aujourd’hui marque le début d’une nouvelle ère. Une ère de force. Une ère de tradition. Une ère de renaissance.
Vive la République, vive Myaikho et son peuple.. »
Un tonnerre d’applaudissements éclata, bien que certaines zones de la foule restaient silencieuses, symbolisant les divisions qui persistaient dans la société et la crainte des perdants des élections. Alors que les deux hommes se serraient la main devant la tribune, sans aucune amitié ou sympathie, l'ancien Premier Magistrat paraissant sonné par un discours aussi agressif et le nouveau paraissant le dominer par une poignée de main forte, les caméras immortalisèrent ce moment historique. Le premier pas d’une transition qui promettait des jours nouveaux pour Myaikho.
Posté le : 23 déc. 2025 à 12:35:10
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Le Premier Magistrat Handoko Suryadi Atmadja durant la campagne
Lorsque la campagne présidentielle s’ouvre officiellement à Myaikho, le climat politique est déjà profondément altéré par une série de secousses successives. Les élections législatives anticipées, ayant elles-mêmes déjà crispé une partie de la population par leur déclenchement encore clivant, ont agi comme un révélateur brutal : l’ordre politique hérité de l’indépendance, dominé sans discontinuité par le Parti du Progrès Myaikhosien depuis 1965, n’est plus en mesure de structurer seul la vie politique de la Cité dans une période de déclin ressenti. La percée du Gerakan Pertahanan Tradisionalis, jusque-là cantonné à un rôle d’opposition mineure protestataire, derrière la gauche historique qui avait - elle ou ses ancêtres - toujours réussi à conserver le gouvernement fantôme et l'opposition officielle, a redessiné radicalement les équilibres institutionnels et politiques, et installé durablement une droite nationaliste, populiste et ultra-conservatrice au cœur du pouvoir exécutif, autour du populaire Premier Magistrat Handoko Suryadi Atmadja.
Dans ce contexte de rupture, l’élection présidentielle apparaît immédiatement comme un moment charnière, bien que la fonction présidentielle soit très limitée du fait du caractère parlementaire de l'exercice du pouvoir dans Cité, de manière symbolique et pratique, il est peut-être le plus décisif depuis la première consultation au suffrage universel. La campagne ne s’ouvre cependant clairement pas sur une dynamique d’adhésion, mais plutôt sur un sentiment diffus et omniprésent de lassitude, de défiance et de crainte. Crainte d’un basculement autoritaire pour certains, crainte d’un enlisement économique et sécuritaire pour d’autres, et plus largement impression que la République entre dans une phase de transition dont nul ne maîtrise réellement l’issue alors que les défis paraissent de plus en plus pressants et que les pays de la région et du monde n'attendent pas la Cité pour avancer alors que celle-ci souffre d'un déclin notable de son influence diplomatique, financière et d'une dégradation continue depuis environ 30 à 40 ans de sa puissance militaire tandis que des États jadis en retrait rejoignent le cercle de puissance en développement et se découvrent de nouvelles ambitions.
La validation des candidatures par la Commission Mixte aux Candidatures confirme cette impression de fin de cycle au sein du jeu politique national. Les partis de gauche, affaiblis et divisés, n’ont d’autre choix que de reconduire in extremis les Accords d’Urdabas en lente décomposition. Le congrès commun du Front Rakyat et de la Liga Bunga Merah, tenu pour la première fois à huis clos et sans presse, symbolise cette unité contrainte et fragile, davantage défensive que porteuse d’un projet commun. La candidature de Kurniawan Yáng, figure expérimentée mais associée à un camp en recul, peine d’emblée à susciter un élan populaire, malgré une base militante toujours structurée, alors même que celle-ci devient contestée en interne pour son exercice du pouvoir de plus en plus solitaire et la dynamique.
Face à elle, le président sortant Wahyu Deddy Sudjarwadi incarne une continuité devenue ambivalente. Longtemps perçu comme un garant des équilibres démocratiques et d’un libéralisme modéré, il apparaît désormais comme le visage d’un système à bout de souffle. Sa campagne, menée sous la bannière de la Coalition Citoyenne, se heurte à un double obstacle : un bilan jugé insuffisant dans un contexte de stagnation économique prolongée, et une incapacité à incarner un renouveau crédible face à une opinion en quête de réponses fortes. Le président conserve une assise électorale réelle, notamment dans les milieux urbains modérés et parmi une partie de la jeunesse progressiste, mais cette base se révèle insuffisante pour enrayer l’érosion continue de sa dynamique.
À l’opposé du spectre, la candidature de Nursalim Weizhen s’impose progressivement comme le point de convergence des colères et des attentes contradictoires d'une classe moyenne au pouvoir d'achat décroissant, d'une jeunesse radicale en quête d'identité plus forte, de seniors nostalgiques et d'ouvriers séduits par le populisme du GPT. Figure toutefois austère, peu charismatique, mais stratège patient, il bénéficie avant tout de l’élan gouvernemental, de la centralité acquise par le Gerakan Pertahanan Tradisionalis et du dynamisme du Premier Magistrat Handoko qui semble être plus en campagne que Nursalim lui-même. Plus que l’homme, c’est bien le projet institutionnel amené par des phrases et slogans simplistes, populistes et parfois (souvent) xénophobes, porté par le Bouclier des Perles qui structure sa campagne : restauration de l’ordre, réforme profonde des institutions, réaffirmation de la souveraineté et des valeurs traditionnelles, militarisme, renouveau identitaire, etc. Dans un contexte régional instable avec la guerre civile au Phenn Gamn puis son effondrement, tensions maritimes en mer d’Azur, militarisation croissante de l’Océan des Perles, l'effondrement du Fujiwa, la puissance croissante du Grand-Kah, de la CSN encore lointaine, les armes chimiques du Ninchi, les interventions militaires au Chandekolza et d'autres, ce discours trouve un écho croissant, bien au-delà de l’électorat traditionnel idéologiquement nationaliste et xénophobe.
Mais laa campagne est également marquée par l’irruption inattendue de Kiani Latuconsina. Candidate sans parti, intellectuelle reconnue, mais inconnue du grand public, elle cristallise une aspiration diffuse à une << troisième voie >> et d'alternative aux partis traditionnels et << nécrosés >> selon son camp. Son projet de nouvelle république plus directe, plus transparente et davantage tournée vers l’international séduit une frange spécifique de l’électorat : cadres progressistes désabusés, étudiants réfractaires à la radicalité, électeurs centristes en rupture avec les appareils traditionnels incarnés par le PPM et l'AD. Si ses chances d’accéder au second tour sont quasi inexistantes, sa progression constante dans les sondages agit comme un symptôme : celui d’un espace politique laissé vacant par les forces établies. Il est tout de même intéressant de noter que cette nouveau-née dans le paysage politique a réussi à se dégager un électorat confortable pour une première candidature, reste à savoir si elle saure l'entretenir jusqu'aux prochaines élections législatives.
Au fil des semaines, la campagne s'est durcie. Les débats publics sont devenus plus agressifs, les accusations plus frontales. Le président sortant est régulièrement attaqué pour son supposé manque de fermeté, tandis que le GPT est accusé de préparer une régression démocratique sous couvert d’efficacité institutionnelle et de mentir sur ses engagements envers les classes modestes en favorisant des intérêts privés et les grands groupes. Dans le même temps, les chiffres économiques publiés par la Commission de la Richesse Nationale offrent au gouvernement nationaliste des arguments tangibles, bien que modestes, pour défendre son action : une croissance retrouvée, certes inférieure aux attentes, mais suffisante pour nourrir l’espoir d’un redressement. Cela est-il dû à son action, à un contexte favorable, aux effets des dernières mesures du PPM ou bien d'investissements étrangers bienvenus ? Cela importe peu dans cette campagne de symbole et de slogans.
À l’approche du scrutin, les sondages confirment une polarisation inédite. Nursalim Weizhen domine nettement les intentions de vote, talonné à distance par Wahyu Deddy Sudjarwadi qui décline à mesure que les semaines passent. La gauche recule, le vote blanc progresse, et la candidature Latuconsina s’installe comme un signal discret, mais persistant, de recomposition future. L’hypothèse d’un second tour demeure ouverte, mais l’incertitude est totale quant aux reports de voix et à la capacité des forces modérées à se coaliser efficacement. L'extrême droite parviendra-t-elle à rallier les 5 ou 10 pourcent manquant pour obtenir la majorité ou un front uni de la gauche communiste aux démocrates libéraux se formera-t-il ? La question reste ouverte.
Ainsi, à la veille du vote, Myaikho ne s’apprête pas seulement à élire un président. La Cité se trouve confrontée à un choix de trajectoire : prolonger un modèle institutionnel éprouvé, mais essoufflé, ou s’engager dans une transformation profonde dont les contours restent flous et les risques assumés, dont le principal danger est un recul de l'État de droit, de la démocratie et de la situation des minorités. Plus qu’une alternance, cette élection marque l’entrée de la République dans une ère de recomposition politique durable, où les certitudes héritées de l’indépendance cèdent la place à une période d’expérimentation, de tensions et de redéfinition du pacte civique, prolongement d'une situation mondiale et régionale en pleine mutation.
Posté le : 23 déc. 2025 à 18:15:38
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Marche de protestation devant le Palais Beauregard, siège du gouvernement et résidence du Premier Magistrat
Les premiers résultats tombent peu après la fermeture des bureaux de vote, alors que la nuit s’installe lentement sur la Cité. Les écrans géants dressés dans les quartiers centraux, les radios encore allumées dans les commerces et les flux continus sur les réseaux d’information convergent rapidement vers une même évidence : le scrutin a livré un verdict clair à défaut d'être apaisant. À mesure que les dépouillements s’additionnent, l’avance du Bouclier des Perles se confirme, puis se consolide, jusqu’à devenir incontestable et écrasante pour ce premier tour.
Avec 43,6 % des suffrages exprimés, la coalition du Gerakan Pertahanan Tradisionalis et du Huánglóng quān arrive très largement en tête, près de 20 points devant son adversaire au second tour. Dans plusieurs districts populaires et périphériques ou dans des quartiers marqués par leurs traditionalismes et nationalismes notables, les scores dépassent largement la barre symbolique des 50 %, révélant une adhésion de masse à un projet perçu comme ferme, ambitieux et protecteur. Les quartiers proches du siège de campagne du Gerakan Pertahanan Tradisionalis, déjà acquis au Premier Magistrat, à son parti et donc à son candidat à la présidence de la République, se transforment en îlots de célébration contenue : peu de démonstrations massives, mais une satisfaction palpable et évidente, mais mesurée pour les cadres, presque grave, comme si la victoire du premier tour était déjà pensée comme une étape et non comme un aboutissement. En effet, malgré le ras-de-marré du premier tour, où trouver les voix manquantes pour atteindre la majorité absolue ? Comment empêcher une digue républicaine trop efficace ?
Le contraste, au demeurant, reste plus que net avec l’atmosphère qui règne dans les locaux de la Coalition Citoyenne. À 25,3 %, Wahyu Deddy Sudjarwadi se qualifie pour le second tour, mais sans triomphalisme. Les visages sont fermés, les discours mesurés. La qualification au second tour n'a pour presque personne une saveur de victoire, mais bien un goût amer de déliquescence et une angoisse croissante. Le président sortant, qui - malgré sa force tranquille que certain désigne comme une mollesse - n'est pas un simple d'esprit et qui a déjà bien compris les tenants et aboutissants de ce scrutin, reconnaît rapidement la force du camp adverse et appelle à la responsabilité, à l’unité républicaine et à la mobilisation démocratique. Dans ses mots, plus que l’espoir d’une victoire, transparaît en filigrane la conscience d’un combat difficile, quasiment asymétrique, face à une dynamique qui dépasse désormais les clivages traditionnels, et la crainte consensuelle parmi les forces politiques traditionnelles et perdre complètement pied. Pour autant, rien n'est joué. L'espoir d'un front uni persiste et le report des voix sera déterminant pour un second tour dont personne n'est en mesure de connaître l'issue.
La gauche, elle, encaisse le choc sans surprise pour la majorité, mais non sans amertume, bien que les derniers groupes qui étaient dans le déni jusqu'alors reçoivent de plein fouet cette défaite historique. Les Accords d’Urdabas recueillent 13,2 % des voix, un résultat conforme aux projections les plus pessimistes et inférieure de 0.6 point à ce que prévoyait le dernier sondage en date. Les premières réactions oscillent entre lucidité résignée et colère sourde. Les responsables du Front Rakyat et de la Liga Bunga Merah dénoncent un scrutin << verrouillé par la peur et la propagande >>, tout en reconnaissant implicitement leur incapacité à incarner une alternative audible. Le score confirme leur marginalisation électorale et la perte définitive de leur statut d’opposition centrale. Cependant, la débâcle ne s'arrête pas là. Au sein même de l'alliance, les tensions et rivalités sont sur le point de tout faire exploser. Les Accords d'Urdabas sont le seul espoir par le report de leurs voix et celles de la candidate sans étiquette vers le président sortant pour permettre au second tour d'empêcher l'accession de l'extrême droite à la présidence. Toutefois, les communistes radicaux au sein du Front Rakyat grondent de plus en plus et disposent d'une influence croissante sur ce parti communiste en perdition. Le scénario rêvé du Bouclier des Perles et qui reste possible serait une explosion en vol de l'alliance à bout de souffle entre les socialistes et les communistes de la Cité. Si les communistes se retirent et refusent le front uni qui est appelé des vœux de la Coalition Citoyenne et des socialistes les plus modérés, en appelant ainsi à voter blanc ou à des actions plus virulentes, il est possible que le départ de ces approximatifs 3% de communistes fasse pencher la balance en faveur du Bouclier des Perles dans ce match extrêmement serré.
Dans cette soirée dominée par les grandes coalitions, la candidature de Kiani Latuconsina s’impose comme un fait politique à part entière. Avec 8,5 % des suffrages, la candidate sans étiquette dépasse les attentes initiales et devance certains bastions traditionnels de la gauche. Dans ses premières déclarations, elle refuse toute consigne immédiate, appelle à une réflexion collective et se présente comme la porte-voix d’un électorat « qui refuse le choix binaire imposé au pays ». Son score, ajouté aux 9,4 % de votes blancs, alimente très vite les débats sur la crise de représentation et la légitimité future du second tour. Son choix et sa consigne de vote sera déterminent en vue d'un potentiel front uni de la gauche jusqu'au centre droit. Ces 8.5% sont capables de faire pencher la balance, et si il est certain qu'une partie de ses électeurs se reportent sur la Coalition Citoyenne, sa voix en influencera la proportion et déterminera si ses soutiens pencheront plus vers le PPM ou vers le vote blanc.
À mesure que la nuit avance, l’atmosphère se tend dans plusieurs quartiers de la Cité. Peu avant minuit, des rassemblements spontanés s’organisent autour des locaux syndicaux et des sièges de partis de gauche. Les slogans dénoncent une confiscation démocratique qui fait échos avec la dissolution de la Diète Communale et les élections législatives anticipées obtenues dans des circonstances troubles ainsi que la normalisation de l’extrême droite. La mobilisation a donc convergé progressivement vers le siège du gouvernement, symbole d’un pouvoir désormais solidement tenu par le Bouclier des Perles.
Les autorités, anticipant ces mouvements et suivant les directives énoncées par le Magistrat à la Sécurité, Hu Bai, ont déployé d’importants dispositifs de sécurité. La Pengawal Perdamaian et ses unités établissent des cordons successifs, interdisant tout accès aux bâtiments officiels. Les manifestants, plusieurs milliers selon les estimations, sont maintenus à distance par des lignes de boucliers et de lances à eau ainsi que des gaz lacrymogènes à proximité. La tension est forte, presque palpable. Les échanges verbaux dégénèrent par moments en bousculades et insultes, des projectiles sont lancés, et les forces de l’ordre procèdent à des dispersions ciblées pour éviter tout franchissement des périmètres de sécurité. Un certain nombre d'interpellations ont eu lieu, quelques tirs de mortiers à feux d'artifices isolés et quelques poubelles en feux sont à dénombrer.
Si aucun affrontement majeur, ni blessures graves, malgré certaines légères, ne sont à déplorer, la scène marque durablement les esprits et la présence d'une police disciplinée et obéissante intimide les manifestants influencés par une culture du calme, du respect et de l'autorité en dehors des fortes têtes communistes. Elle donne une image saisissante d’un pays fracturé, où la contestation ne s’exprime plus seulement dans les urnes, mais aussi dans la rue. Tandis que les canons à eau balaient les avenues, les caméras captent des visages épuisés, en colère ou incrédules, symboles d’une gauche déboussolée et d’une jeunesse politique en perte de repères.
Lorsque la nuit se termine, Myaikho se réveille avec une certitude nouvelle. Le premier tour n’a pas simplement désigné deux finalistes : il a révélé l’ampleur d’un basculement politique profond. Le second tour se profile déjà comme un affrontement à l'issue plus qu'incertaine, chargé d’enjeux institutionnels et symboliques, dans une République où le consensus d’hier a laissé place à une confrontation ouverte sur l’avenir même du régime.
Posté le : 23 déc. 2025 à 20:10:31
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Scène d'altercations entre les radicaux communistes et la Pengawal Perdamaian
Le second tour de l’élection présidentielle de la République de la Cité de Myaikho s’est tenu le 4 janvier 2017 dans un climat qui, dès l’aube, laissait présager une journée lourde de conséquences. Après vingt jours d’entre-deux-tours marqués par les ruptures politiques, les appels au boycott et une radicalisation du discours public, le scrutin ne devait pas seulement départager deux candidats, mais établir, ou plutôt confirmer, le diagnostic réel du pays.
Les Accords d’Urdabas n’ont pas survécu à l'entre-deux tour. En quelques jours, ce qui n’était jusque-là qu’une coalition fragilisée s’est disloqué publiquement. Le Front Rakyat, sous la pression de ses courants les plus radicaux, a claqué la porte avec fracas. Ses dirigeants dénoncent une mascarade électorale et appellent à refuser le choix imposé entre, selon leurs mots, << l’autoritarisme nationaliste >> et << le libéralisme complice >>. L’expression de << peste verte et orange >>, en référence aux couleurs du Gerakan Pertahanan Tradisionalis, s’impose rapidement dans leurs tracts et discours, accompagnée d’appels à empêcher, par tous les moyens, l’accession du Bouclier des Perles à la présidence. Si la majorité des militants se limite à la protestation verbale et au boycott, une minorité assume ouvertement la possibilité de la violence.
Dans ce climat de crispation, la position de Kiani Latuconsina tranche, surprend et déçoit certains par sa sobriété. Refusant toute consigne collective, elle invite ses électeurs à voter en conscience, selon leurs valeurs et leurs sentiments. Ce n’est que plus tard, presque à titre personnel, qu’elle indique qu’elle votera pour la Coalition Citoyenne. Le message est clair, mais sans illusion : il ne s’agit pas d’un ralliement, encore moins d’un front enthousiaste, mais d’un choix par défaut. Une partie seulement de son électorat suivra cette orientation, tandis qu’un autre tiers se tournera vers le vote blanc ou l’abstention.
Ainsi se forme un front républicain incomplet, privé de voix décisives, fragile dans sa cohérence et hésitant dans son discours. Face à lui, le Bouclier des Perles mène une campagne disciplinée, presque silencieuse par contraste. Nursalim Weizhen s’expose peu, laissant le Premier Magistrat Handoko et les cadres du GPT occuper le terrain, martelant le thème de la stabilité, de l’ordre et de la continuité gouvernementale. Le message est simple : la présidence doit cesser d’être un frein.
Sur les 2 960 875 électeurs inscrits, la participation demeure élevée, bien qu’en léger retrait par rapport au premier tour. L’abstention s’établit à 231 412 personnes, signe d’une fatigue démocratique, mais aussi du succès partiel des appels au refus du vote lancés par les communistes du Front Rakyat et certains collectifs militants.
Au total, 2 729 463 électeurs se rendent aux urnes.
Le vote blanc et nul progresse nettement entre les deux tours, traduisant à la fois le rejet du duel final et le malaise d’une partie de l’électorat modéré. Il atteint 198 744 bulletins, un niveau inédit dans l’histoire électorale récente de la Cité.
Les suffrages valablement exprimés s’élèvent ainsi à 2 530 719 voix.
La Commission électorale annonce en fin de soirée un résultat d’une extrême étroitesse :
L’écart final est de 7 163 voix, soit moins de 0,3 % des suffrages exprimés, mais donne Nursalim Weizhen vainqueur.
Cette victoire minimale, obtenue dans un mouchoir de poche, suffit malgré tout juridiquement à consacrer le candidat du Bouclier des Perles, mais elle ouvre immédiatement une séquence de contestation politique et sociale forte. Dès l’annonce des premiers résultats, validés par le Corps Constitutionnel de la Cité, des accusations émergent, évoquant des bulletins refusés de manière abusive dans certains bureaux urbains favorables au président sortant. Aucune preuve décisive ne pourra malheureusement être formellement établie dans l’immédiat, mais le doute s’installe durablement dans une partie de l’opinion et la défiance de la gauche se renforce.
Dans la soirée, plusieurs centaines, puis quelques milliers de manifestants se rassemblent spontanément dans différents secteurs de la Cité. Si la majorité des rassemblements demeure non-violent, comme dit plus tôt, une minorité issue des franges radicalisées du Front Rakyat, galvanisée par les mots d’ordre lancés durant l’entre-deux-tours, passe à l’action. Des affrontements éclatent avec le service d’ordre zélé du Gerakan Pertahanan Tradisionalis, particulièrement présent autour des bâtiments institutionnels et du siège du gouvernement.
La Pengawal Perdamaian, déployée en nombre, interviennent rapidement selon des règles d’engagement fournies par la Magistrature à la Sûreté, nettement plus strictes que lors du premier tour. Les charges sont plus fréquentes, les lances à eau utilisées de manière prolongée, et les arrestations suivies de mises en garde à vue sont plus nombreuses. La nuit est marquée par plusieurs incendies volontaires, notamment de véhicules et de locaux militants, ainsi que par des dégradations importantes de mobilier urbain. Le bilan humain, sans être massif, est plus lourd qu’au premier tour : plusieurs dizaines de blessés sont recensés, dont une dizaine dans un état jugé sérieux, principalement à la suite de coups, de chutes lors des charges ou d’inhalations de fumées. Des policiers sont également blessés. La violence, bien que circonscrite géographiquement, frappe par son intensité et sa brutalité dans un pays pourtant habitué au calme et à la retenue.
À l’aube du 5 janvier, le calme revient progressivement à coup de garde à vue prolongée. La Cité se réveille avec un nouveau président et un exécutif uni, mais aussi avec une fracture politique et sociale profonde désormais impossible à ignorer. La victoire du Bouclier des Perles est acquise, mais elle repose sur une base étroite, dans un pays où une part significative de la population se sent exclue, trahie ou réduite au silence.
Plus qu’une alternance, ce second tour marque une rupture : celle d’un équilibre fragile entre institutions démocratiques solides et consentement populaire d'une part, dérive illibérale et fatigue politique d'une autre. La présidence de Nursalim Weizhen s’ouvre ainsi dans un climat de défiance, où l’autorité de l’État est renforcée, mais où la cohésion civique apparaît plus incertaine que jamais.

Nursalim Weizhen au QG de campagne du Bouclier des Perles pendant que des
altercations violentes avaient lieu au même moment à l'autre bout de la ville