Posté le : 04 mars 2025 à 18:07:29
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Les mots fusaient, les voix se multiplièrent, des propositions étaient ajoutées...Le quiproquo entre ces gens de pays turcique et les mesolvardiens avait eu le mérite d'être distrayant. La quarantenaire en charge de la flotte velsnienne du détroit avait au moins pour elle de voir que Drovolski défendaient leurs intérêts communs avec la République, mais le retour permanent du sujet de la piraterie, des plus fantomatiques et fictives, commençait à provoquer l'un de ces tics qui lui font fermer sa paupière droite par intermittence. On avait là l'impression que la moitié des participants à ce sommet se battait contre des moulins avec leurs bras. Et puis...voilà que vint un autre individu, apparaissant parmi les invités avec une demi-heure de retard, une démarche et un air des plus suspects. Et on aurait dit qu'il n'y avait pas que chez Fransceca Di Saltis que cette entrée provoqua la confusion, du moins parmi les délégués qui n'étaient pas occupés à se quereller...Aussi, l'Amiragglio prit la peine de se redresser quelque peu de son siège, et attendit la fin du brouhaha pour faire part de son observation. A son voisin nouvellement arrivé, elle s'adressa en premier lieu:
- Excusez moi, monsieur: vous cherchez les toilettes ? Vous êtes de l'entretien et vous avez perdu vos clés de voiture ? Auriez vous l’amabilité de faire part à cette audience de votre identité ?
La femme se tourne à nouveau vers l'hôte de la rencontre.
Excellence. Nous attendions quelqu'un d'autre à cette rencontre ? Avez vous d'autres invités surprise à nous présenter ? Cela a tendance à rejoindre les remarques dont je vous ai déjà fait part...mais vous savez quoi ? Je suis prêt à passer outre une énième infraction aux bons usages du protocole, et je ferai abstraction que la sécurité ait laisser passer un autre...zouave ? Bref, puisque vous êtes déjà installé, prenez donc des chips et du pop corn, excellence anonyme. Et retournons aux quelques propositions concrètes qui m'ont été données d'entendre. A commencer par son excellence Levchenko, qui a fait la synthèse de plusieurs propositions. Je m'abstiendrais de revenir sur celle que j'ai formulé plus tôt au sujet de l'échange de fichiers de police et de collaboration dans le renseignement, et qui a été reprise par son excellence.
Je pense que parler de droit de passage et de libre circulation dans une même phrase relève d'une certaine contradiction. Nous parlons de la liberté de circulation comme si cette dernière n'était pas déjà assurée, et qu'elle avait besoin d'être légiférée. Or, comme je vous l'ait dit précédemment, ce n'est pas le cas dans les faits: le détroit du pays gris n'a pas fait l'objet de la moindre tension politique depuis la disparition du Pharois, et c'est là à l'honneur de ses pays riverains. De plus, nous considérons que l'instauration même d'un droit de passage implique de décider par traité qui devrait avoir accès ou non à ce bras de mer qu'est le détroit. Mais vous savez quoi ? Faisons abstraction du fait qu'en premier lieu, le droit de passage et la notion de liberté de circulation sont profondément incompatibles, et projetons nous dans une situation concrète.
Je me permets de me tourner vers vous, mes chers collègues: seriez prêts à interdire le passage à des flottes lourdement armées, quitte à provoquer des crises internationales à répétition ? Dans une région qui jusque là ne faisait pas l'objet de la moindre problématique internationale ? A titre personnel, je ne me sens pas prête à engager la crédibilité de la Grande République et du Sénat du peuple velsnien, en contrôlant la circulation de navires jashuriens, loduariens ou toute autre nation qui ne serait pas incluse dans ce traité. Le contrôle de la circulation du détroit n'a jamais été la mission de la flotte que mon gouvernement m'a confié. Mais vous, excellences de cette salle, êtes vous prêts à demander à une flotte marchande jashurienne se s'arrêter sur le bas côté de la voie d'eau pour en fouiller tous les contenants ? Seriez vous prêts à perturber profondément un trafic maritime qui jusque là, se portait pour le mieux ? Avez vous seulement les moyens d'assumer un traité qui aura des répercussions inimaginables sur plusieurs continents ? Je pense, excellences, que pour établir un traité viable, il va falloir revoir les exigences à la baisse. Nous, velsniens, concevons ce traité comme un premier pas vers une collaboration plus étroite dans un certain nombre de domaines, dans les missions inter-renseignement et inter-police comme je l'ai cité. Mais l'instauration d'un droit de passage...c'est là une décision qui requiert les moyens de l'appliquer, et qui affectera beaucoup plus de pays que vous ne le pensez. Il y aura des pays qui nous en voudront durablement, des pays qui viendront protester contre ce qu'ils considéreront comme une revendication maritime: une chose qu'à Velsna, nous considérons comme tabou depuis les initiatives de l'infortunée Kolisbourg, et de par des traités qui nous lient déjà à certains pays.
L'Amirale marqua une pause. C'était là de l'improvisation complète, et elle n'avait pas prévue de devoir reprendre la parole aussi longtemps...mais elle n'en avait pas finie...
Donc: partage d'informations entre nos agences de renseignement sur des activités suspectes dans le détroit, d'accord... Traité de libre passage, non pour le moment, à moins de garanties sérieuses de notre côté, qui ne viennent pas empiéter avec la notion que nous nous faisons de la liberté de circulation maritime. Il me reste donc la question d'un contrôle des marchandises à aborder, proposition encore une fois synthétisée par son excellence de la République translave. En théorie, nous pourrions le faire. Le problème réside dans le fait qu'il y a autant de législations que de pays signataires de ce traité. Cela implique donc de se faire violence et de tordre le bras d'une partie d'entre nous. Or, j'aimerais signaler le fait que certains d'entre nous autour de cette table ont des économies fermées, ou dirigées, qui sont relativement incompatibles avec le concept de mutualisation des contrôles de marchandises aux frontières. Je prends l'exemple de Drovolski et de la raison pour laquelle ces derniers ont fait appel à nous, et aux teylais dans une mesure moindre, dans le cadre de la mise en place d'un contrôle portuaire. Drovolski est une économie fermée, dont le gouvernement estime que les contacts avec l’extérieur doivent restés limités à des partenaires précis, qui doivent garder une connaissance restreinte de cette nation, pour des raisons culturelles et politiques sur lesquelles nous n'allons pas nous attarder. Les drovolskiens nous ont donc fait confiance, dans le cadre de cet accord pour qu'il en reste ainsi. Je vous l'annonce donc: il est hors de question que nous, velsniens, acceptions de briser ce traité en acceptant le contrôle des marchandises des navires de fret mesolvardiens. Nous faisons donc la demande d'une clause d'exception les concernant, sans quoi, nous ne prendrons pas part à un traité incluant un contrôle des marchandises. Et je pense que vous n'aurez pas non plus la voix des mesolvardiens si cette concession n'est pas accordée.