08/11/2018
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Histoires dodécaliotes - Trame principale de la Dodécapole (RP) - Page 2

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RP IMPORTANT (combat)


Histoires dodécaliotes


La bataille de Messalie (suite du post "l’Étrange bataille de Messalie")
Gina Di Grassi (15 avril avril 2018)

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Ce n'est pas parce que sa patrie est en feu qu'il n'est pas dans notre possibilité d'en faire profiter les autres. Ceci est probablement l'état d'esprit et la sottise qui a caractérisé les actions et les méthodes des capitaines des deux navires des patries ennemis de Porto Rosso et de Nuevo Fortuna. Les gens du pays fortunéen sont brillants, ils font preuve de l'étincelle du génie qui caractérise les grandes nations et les belles cités bien bâties. Mais on décrit également volontiers notre peuple comme confus, hutin, prompt à se battre et à nous confronter lorsque nous ne faisons pas commerce. C'est à ce sang bouillant que l'on doit le coup de canon qui fut tiré à quelques encablures du Port de Messalie, et qui marqua le point de départ de la "Bataille de Messalie", et également à l'indécision des dirigeants de la cité messaliote, qui n'ont su répondre aux appels à l'aide du patrouilleur de Porto Rosso, qui pourtant leur avait demander l'asile en leur port des semaines durant. Car si porto rossiens et néo fortunéens étaient à des milliers de kilomètres de chez eux, la guerre se prolongeait ici, dans les eaux de cette patrie neutre qui n'avait su donner réponse aux requêtes de chacun. Des semaines durant, le navire néo fortuéen resta là, stationné à quelques encablures des quais où le patrouilleur de Porto Rosso, qui avait été poursuivi jusqu'ici, et qui su mettre à profit ce temps pour remettre en état, à la fois navire et équipage. Mais sans nouvelle de leur demande d'asile, il arriva bien un moment où ces derniers durent repartir, et se confronter à leurs poursuivants. Durant ce temps, les capitaines de ces deux vaisseaux eurent tout le loisir d'appeler grand renfort de leurs patries, qui tarda cependant. En effet, le 15 avril au petit matin, l'équipage du patrouilleur prit la décision difficile de lever l'ancre, et de tenter une échappée du rivage messaliote, afin de rejoindre leur nation, au profit d'un épais brouillards et du manque de moyens de détection d'un navire ennemi dont ils savaient qu'il disposait de moyens tout aussi dérisoires que les leurs. Il y avait là également, peut-être, l'expression d'une peur: celle de voir arriver les renforts de la patrie ennemie, et qui mettrait de fait fin à cette tentative de fuite, mais aussi...il y avait une ruse dont je vais vous conter lle cheminement.

C'est à l'aurore que les habitants du vieux port de Messalie purent constater la disparition du navire porto rossien, qui, dit-on, esquiva de ce fait le règlement de la dette que l'équipage devait pour la réparation d'urgence des avaries du bâtiment. Après des semaines de traque, les deux patrouilleurs s'engagèrent au combat dés que les porto rossiens s'eurent éloignés de la berge du vieux Port, ce qui n'empêcha point les messaliotes de pouvoir assister au spectacle, et au loin, de voir "danser" les deux navires, qui ne furent bientôt que deux points à l'horizon. Le bruit du canon tonna comme un orage lointain et inoffensif, et qui pourtant, sur place, ne fut que chaos et désordre. L'affrontement entre les deux navires débuta par les traditionnelles manœuvres visant à obtenir la portée et le positionnement idéal, tout en tirant des coups de semonce de part et d'autre. Les néo-fortunéens réalisent que l'affrontement aura bien lieu aux portes de Messalie, alors même que de ce beau matin, le quart des marins fut à peine relevé. Les premiers tirs sont maladroits, ne touchant guère davantage que le creux des vagues, et les deux patrouilleurs se rapprochèrent graduellement, au point qu'il fut bien dur désormais, de rater sa cible.

Il était inhabituel en les temps présents, de se battre sur mer sans appui de l'air, ou d'un quelconque dispositif d'artillerie: ce combat était là le reflet d'une façon passée de recourir aux armes, et que l'on n'avait pas vu depuis fort longtemps, où l'héroisme et l'audace avaient un rôle important. Celui-ci fut long, plusieurs dizaines de minutes à recourir au pilonnage systématique, jusque que surpris, les messaliotes témoins de la scène constatent avec surprise que les porto rossiens, qui étaient les chassés et les apatrides qui prièrent pour faire halte dans leur port et demandant protection, ceux là même prirent le dessus, et l'on vit une colonne de fumée s'échapper du patrouilleur de Néo Fortuna.

A ce stade, il aurait été aisé de penser que les gens de la patrie de Porto Rosso eurent gagner le combat, et que leurs adversaires s'eurent désengagés, mais c'était mal connaître les succès et les revers, les coups de pouce que Dame Fortune peut accorder aux Hommes. Elle avait sans doute estimé, ce jour là, que la bravoure se devait d'être retrouvée dans chaque camp, ou bien qu'elle fut bien trop dérangée par ce vacarme se jouant sur ses flots, dans le creux de son ventre. Ainsi, alors qu'il était aisé de penser que le patrouilleur néo fortunéen accuserait la retraite, les messaliotes furent témoins de l’apparition au loin de deux autres petits points, puis de quatre: par du destin, les renforts des deux patries, que les deux capitaines avaient appelés de tous leurs vœux, avaient fait irruption quasiment au même moment: d'un duel entre deux navires, on assista dés lors au combat de six navires, qui avaient déboulé sans attendre leur reste au secours des bâtiments déjà engagés. Un affrontement impromptu au bout du monde, avec pour seuls témoins les habitants d'un petit paradis fiscal. Il n'en faudrait pas davantage pour écrire une bonne histoire.


Forces en présence et contexte a écrit :

  • Le poste suivant est la suite de celui-ci. Veuillez le lire si vous voulez connaître davantage du contexte.
  • L'affrontement a eu lieu en raison de l'absence de réponse du gouvernement messaliote vis à vis de la demande d'asile de l'équipage du patrouilleur, qui l'a poussé à quitter l'embarcadère où il avait trouvé refuge.
  • Porto Rosso et Nuevo Fortuna ont déployé chacune trois patrouilleurs. Deux modestes flotilles donc, mais qui au regard des faibles capacités de ces deux micros-états, constitue un engagement important.
  • L'affrontement se déroule aux large des eaux messaliotes, à grande proximité des eaux fortunéennes et antériniennes.
  • Les joueurs ayant des flottes à uns distance raisonnable de l'affrontement peuvent espérer arbitrer la fin des combats ou y participer (flotte fortunéenne et antérienienne non loin, par exemple).
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RP Mineur (ACTE I, intrigue politique)


Guerre dodécaliote: la position velsnienne

"Que pouvons nous faire ?"



Gina Di Grassi (Avril 2018)

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Dom Francesco Mogador Altarini, sénateur et hégémon provisoire de la Dodécapole



" Mes excellences illustres et honorables, doit-on attendre que la Dodécapole explose pour que nous puissions y faire quoi que ce soit ?"


Il régnait un silence lourd dans les rangs du Sénat à l'adresse de cette question. Depuis des jours, et alors que la confrontation entre cités devenait inévitable, il était une cité, paradoxalement la plus puissante de toutes, qui daignait répondre à cette interrogation. Porto Rosso et Nuevo Fortuna étaient entrés en guerre: on pouvait croire que ce genre d’occurrence était légion, et c'était bien le cas. Mais la gravité de la situation, en revanche, paraissait toute autre: des nuages pointaient à l'horizon, et dans cette auguste assemblée, celle qui avait renversé le tyran Scaela, on ne pouvait lire sur les visages que le trouble jeté par cette affaire fort gênante. Mais gênante pourquoi ? Plusieurs choses, à dire vrai.

La Dodécapole était une épine dans le pied, un dossier auquel personne ne daignait approcher, car il était là bien souvent le cimetière des ambitions politiques. Alors, durant des décennies, on avait proposé à l'Hégémonie u sénateur velsnien relativement mineur, peu important, et volontaire pour s'acquitter d'une tâche que personne ne désirait. Le poste d'hégémon de la Dodécapole, et c'est là une légère exagération de ma part quoique bien parlante, ne suscitait pas davantage d'attrait que la magistrature de curateur des eaux usées du Canal. Velsna s'acquittait traditionnellement de cette tâche ingrate de sacrifier l'u des siens sur l'autel de ses ambitions personnelles, par respect pour sa propre position hégémonique dans cette confédération, mais c'était un labeur qui ne portait guère de récompenses, si ce n'est le commandement d'une flotte qi n'avait que peu d'usage, et qui était minée par les dissensions internes entre les cités de la Dodécapole qui la composait.

Mais plus que tout, les séateurs velsniens prenaient conscience, de leur degré de responsabilité dans cette affaire dodécaliote, et à quel point un choix pauvre d'hégémon était en partie la cause de toute cette crise. Adolfino Agricola, pourtant, paraissait être prometteur. Il avait négocié avec succès un traité avec les achosiens en 2016, chose pourtant réputée impossible qui avait attiré le regard sur sa personne. C'était un bon commandant militaire, bien qu'il manquât d'expérience, et surtout, on le pensait d'une grande fiabilité et d'une docilité à toute épreuve. On l'imaginait sans ambition personnelle, un commandant soumis. Grave erreur. Si d'ambition politique il n'avait point, ou du moins, il clamait d'en avoir jamais eu, c'était là un Homme avec des ambitions personnelles liées à son propre confort, un homme avec des rêves. Au final, celui-ci a déserté de sa fonction, en emportant avec lui une partie de la flotte confédérée dodécaliote, et il coule des jours heureux en la cité d'Adria avec sa nouvelle maîtresse, à qui il a apporté toutes ses forces. Une cité de la Dodécapole a honteusement volé une partie du matériel de guerre propre à toute la confédération, sans que les réactions soient bien grandes.

Bien sûr, il y eu toujours la mise hors la loi d'Agricola par les autorités velsniennes, et il eu le privilège de recevoir le titre peu envié "d'ennemi de la République". Mais malgré cela, plus rien ne suivit cette déclaration d'intention, et Velsna, bien occupée ailleurs, n'eut guère le loisir de s'occuper de ce problème, qui semble t-il, s'est infecté pour une plaie suintante, au point de devenir une urgence. Adolfio Agricola était un problème, il était devenu une crise à laquelle la cité velsnienne tardait à trouver une réponse appropriée. Valait-il la peine de déclarer la guerre à Adria pour retrouver du matériel volé et abriter un hors la loi ? Alors même que l'armée républicaine était dispersée au Chandekolza, au Nazum du Nord et en pays raskenois ? Adria était une priorité noyée au milieu d'autres priorités: lever une armée velsienne prend du temps. Cela demande l'ordre d'une levée militaire, puis de l'équipement des soldats qui n'ont pas les moyens de faire autrement, puis le recrutement des mercenaires et auxiliaires étrangers, l'affectation d'un commandement au sein du Sénat, une véritable volonté politique à l'heure où des élections sénatoriales approchent. Non, la cité velsnienne, si elle finit souvent par obtenir ce qu'elle désire, n'était pas encore prête à présenter sa flotte devant la canal d'Adria pour demander son dû.

La Dodécapole prenait feu, et la cité velsnienne semblait étrangement distante, à contrario de Volterra et d'Apamée, qui étaient entrées de plein pied dans cette affaire qui secouait la péninsule d'Apamée. Au fond, il n'y avait pas seulement la surprise de la trahison d'Adolfino Agricola qui était en jeu. Dame Fortune donnait à ces excellences le don de flairer la chance, d'attendre le bon moment et pour les bonnes raisons. Ce qui était certain, dans tous les cas, était que Velsna avait la volonté de céder le titre d'hégémon à des patries qui convoitaient ce "privilège" bien davantage, et dont elle, n'avait que faire. Au fond, quel fut l'interêt de Velsna d'intervenir et de prendre parti pour qui que ce soit ? Alors que chacune de ces cités provoquait la méfiance la plus grande ? Chacune à leur manière, Adria, Volterra et Apamée étaient et agissaient comme des patries suspectes. Adria pour des raisons évidentes, était devenue en l'espace d'une manoeuvre scandaleuse, un braquage honteux, la lie de la Dodécapole. Volterra était le fief d'un chef d'état césariste qui ne prenait même pas la peine de cacher ses ambitions dévorantes. Apamée était quant à elle une cité instable qui aspirait à être davantage qu'un phare isolé de la démocratie. Les autres cités, elles, ne comptaient pas pour grand chose. Malgré l'importance de leurs voix respectives, il était probable que jamais elles n’auraient l'occasion de faire ne serait-ce qu'effleurer l'hégémonie. Et si c'était le cas, avec quels moyens feraient-elles ? Ces excellences du Sénat étaient donc face à un choix désagréable qui ne comportait aucune bonne solution: le choix entre le pire et le moins pire, à la limite.

Aussi, en vertu de tous ces désagréments, le Sénat fut partagé quant à ses options, très limitées. Alors quitte à voir la Dodécapole devenir l'apanage d'une démocratie aux humeurs changeantes, d'un traître ou d'un despote, autant fallait-il rendre utile la nomination de l'hégémon provisoire, celui qui succèderait, au moins pour un temps au traître Agricola, jusqu'à ce qu'un nouveau congrès dodécaliote finalise la transmission de la fonction à quelqu'un d'autre. Pour les sénateurs de la majorité conservatrice, qui voyaient déjà en cette tâche une affaire vaine condamnée à l’échec, la question était davantage de savoir qui parmi l'opposition sénatoriale était assez gênant pour être offert en sacrifice, tout en ne servant pas à une autre cité un billet direct pour l'hégémonie. Un eurycommuniste était à exclure totalement, en vertu du cordon sanitaire les dispensant de toute fonction ou magistrature importante. Nommer un libéral aurait également été un non-sens, puisque cela aurait probablement signifier qu'Apamée donnerait le prochain hégémon sans le moindre effort. Quant à un optimate landrin, c'était là tout bonnement hors de question. Il restait donc la droite de la majorité sénatoriale, au sein de cette petite alliance hétéroclite de réactionnaires de tous poils: des individus détestant assez les accointances landrines de Volterra, tout en e servant pas la Dodécapole à Apamée sur un plateau. Au final, le choix de nommer Dom Mogador Altarini à cette fonction allait de soi. Récemment, il était avec les eurycommunistes l'opposant le plus acharné du régime des conservateurs, et il était donc un adversaire politique à écarter le temps des élections. Dans le même temps, sa haine pour le parti landrin le rendrait incapable de nouer une alliance avec Salvatore Lograno, et il haissait tout autant Adria pour sa trahison, et Apamée pour son régime démocratique. Sans le vouloir, il représenterait à merveille le statut quo dans lequel Velsna cherchait à se draper, et ce sans même que ce soit une manoeuvre volontaire de sa part. Ce fanatique de la cause fortunéenne était au bon endroit, au bon moment, et je pense, malgré son caractère grossier, qu'il comprit tout autant que moi les raisons de sa nomination. Mais il n'en prit pas ombrage, bien au contraire: cette opportunité, il la voyait comme une faiblesse de ses adversaires à exploiter pleinement, et il embrassa son rôle à bras le corps.

La tâche que le Sénat velsnien avait confié à Altarini était digne de travaux mythiques: Adolfino Agricola avait laissé un champ de ruines derrière lui. En désertant, il avait érodé durablement la confiance des cités dodécaliotes envers l'hégémon, en sa capacité à organiser des actions coordonnées en cas de défense de la confédération. Agricola n'avait pas seulement emporté avec lui les navires d'Adria: il avait acheté la fidélité d'une partie des équipages velsniens, et ceux d'autres nations. L'usurpateur s'était emparé de la moitié de la flotte, et l'avait emporté avec lui dans son aventure insensée. Quant à l'autre moitié, était-elle seulement prête à quitter son port d'attache pour répondre à l'appel d'un Altarini ? Chaque navire n'était pas la propriété de l'hégémon, mais appartenait à sa cité d'origine. Aussi, la flotte confédérale ne devait sa capacité de mobilisation qu'à la loyauté qu'inspirait l'hégémon: son charisme, sa force personnelle, sa confiance en sa parole étaient d'autant de facteurs qui faisaient un bon ou un mauvais hégémon. Altarini était-il capable de demander à Porto Rosso et à Nuevo Fortuna, des cités en guerre, l'emprunt de leurs flottes respectives ? Alors même que la menace de Lograno veillait, Apamée était-elle prête à sacrifier un peu de sa sécurité pour assurer celle des autres membres de la Dodécapole ? Peu probable, et cela aussi, Dom Altarini en avait conscience. Concrètement, le sénateur n'avait à sa disposition le jour de sa nomination, que de cinq navires velsniens, et trois autres des cités de Cnide et de Castel Estrech. Autant dire rien du tout. Cette risible flottille était l'ultime moquerie des sénateurs velsniens, ce qu'il ne supportait pas.

On aurait pu croire à cet instant, que Dom Altarini ne serait dans cette guerre dodécaliote qu'un figurant impuissant, une victime de l'ambition de ceux ayant davantage de moyens que lui. Il fut une erreur de penser ainsi, et je dois l'admettre que ce fut aussi mon erreur, et que j'ai mésestimé l'homme. Lorsqu'il reprit les ruines d'Agricola, il n'avait plus que quelques navires. Il fut lucide dans son constat, ce qui rendit sa réaction efficace: maigre flotte certes, mais il prenait conscience que ce fut tout de même une force dont il pourrait disposer comme son seul atout politique, entre les ambitions de Volterra, Apamée et Adria. En premier lieu, il redonna du courage à ses équipages, en transformation radicalement la hiérarchie interne en leur sein, en distribuant les cadeaux en argent aux bonnes poches, et en nommant des méritants aux postes à responsabilité, qu'il appela "mes gars solides", suivant son parler vulgaire qui n'était pas digne de sa fonction. De moyens il avait peu, mais remplir sa fonction et rendre l'existence de chacun moins agréable, il savait parfaitement le faire, que ce soit l'Assemblée apaméenne, Lograno ou Agricola, peu importait, car d'ennemis il les avait tous les trois en horreur la plus absolue. La Dodécapole verrait ainsi l'affrontement entre un serpent, un traître et une brute: au milieu, le peuple de la Dodécapole, qui fut toujours l'éternelle victime.


HRP: Effets:
  • Dom Francesco Mogador Altarini tente de réformer la flotte confédérale
  • Velsna confirme sa neutralité (officielle) dans l'affaire dodécaliote..


Liens RP pour la bonne compréhension du texte:
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Acte I - RP MAJEUR (évènement)


Histoires dodécaliotes


La prise de Cortonna
Gina Di Grassi (24 avril 2018)

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"Je ne connais rien aux princes, aux gouvernements et aux intrigues de palais: je suis un soldat. Mais ce sont les types comme moi qui font avancer les pions de tous ces gens, et les types comme moi qui gagnent les guerres. Adria est déjà en guerre, même si son gouvernement ou Agricola ne le savent pas encore, ou refusent de le comprendre. Alors, nous ferons le travail à leur place, comme toujours."

Les mots du commandant Mardonios, mon "prince-condottière", venaient frapper en plein cœur. J'étais ainsi entourée: par des hommes et des femmes vivant dans la méprise des convenances, mais paradoxalement, étaient l'expression de la puissance des élites qui les méprisaient allègrement. Car oui, il était vrai que dans les patries fortunéennes, on se méfiait de ceux, comme les mercenaires, qui avaient fait du versement du sang de leur métier. Quel genre d'homme fallait-il être pour s'adonner à pareil labeur ? Au choix, un homme cruel et rustre vivant de sa propre cruauté, ou bien, un homme désargenté et misérable, réduit à la violence par les mêmes structures qui le recrutent par la suite pour remplir de sombres offices. Et il y avait des hommes et des femmes comme moi-même, en quête de soi et de structures familiales qui n'existaient plus. Ironique qu'il était de chercher famille en pareil endroit, et en pareille compagnie. Pourtant, je l'avais bien trouvé: la troupe de Mardonios était remplie de ces gamins ruinés de l'ancienne élite foncière d'Achosie du Nord, mise de côté par une nouvelle élite financière mieux pourvue, et qui l'a remplacée dans tous les aspects de la politique...sauf dans la guerre. Il y avait toujours le besoin d'hommes et de femmes maniant des armes pour remplir de sales labeurs que cette nouvelle élite refusait de voir, tout en ayant conscience de sa nécessité. Aussi, ces gens, ces soudards vivaient dans le clair-obscur permanent, entre deux mondes: celui de la misère, et celui de l'élite. Ils voyaient la pauvreté et la richesse en même temps, en l'espace de quelques clignements d'yeux.

Les élites d'Adria, c'était un fait tiré de nos semaines entières passées à errer dans cette ville, ne savaient pas comment mener une guerre. La cité n'en avait pas faite depuis des décennies, et il n'y existait pas même une véritable armée avant l'arrivée d'Agricola, à la tête de ses navires. Les gens d'Adria, hormis Adolfino Agricola et la doyenne Marina Moretti, ne paraissaient prendre pleinement conscience de la nature du conflit qui se profilait en pays dodécaliote, ni en saisir les enjeux. Les membres du directoire scientifique de la ville, qui administrait cette patrie, caressaient encore cette illusion vaine, qu'afficher une neutralité de façade dispenserait la ville des affres des troubles à venir. Ils avaient tort, certains andrians comme son excellence Moretti le savaient, mais même les lucides ne savaient concrètement pas faire pour mener un combat, elle la première. Les mercenaires comme nous, comme le commandant Mardonios ou le professeur Bishop étaient là pour ça. Quant à Agricola, il connaissait les choses de la guerre, mais il n’entendait pas la "mener avec la même fourberie que Lograno", si jamais elle devait éclater. Le fameux traître velsnien était un Homme bon jusque dans ses manœuvres: il croyait en la guerre courtoise, celle qui permet de voir son adversaire et l'affronter de face. Là encore, le sénateur déchu vivait dans une illusion autre, celle de penser que la Guerre dodécaliote serait un affrontement conventionnel. Malgré tous les avertissements qui furent faits de Lograno à sa personne, que ce soit de son amante adriane ou du commandant Mardonios, cette bonne âme et ce soldat compétent restait un politicien dont j'eus toujours pensé qu'il était médiocre dans la lecture de ses adversaires. Il n'est rien de plus navrant que de travailler pour un Homme que je pensais sincèrement bon dans ses intentions, mais qui présentait ses failles.

Il ne se rendait pas compte de toutes les formes que le conflit allait prendre, à commencer par le fait que cette lutte passerait en premier lieu par les ambassades, les chancelleries et les détours des couloirs, où l'usage des mots seraient plus efficaces que ceux des armes. Là encore, les apamées et les volterrans avaient un train d'avance, et le confort d'Adria n'était dû qu'à sa situation plus isolée. Mais cela ne durerait pas, il arriverait tôt ou tard le moment où lorsque Apamée ou olterrra chuterait, où Adria serait seule face à un adversaire qui aurait prit le temps de bâtir sa puissance, qui aurait graduellement acheter la loyauté de toutes les autres cités dodécaliotes, alors qu'Adria, elle, se serait compromise dans l'inaction et la paralysie: peut-être Marina Moretti espérait que la respectabilité et la sagesse suffiraient à ce que sa cité soit élue à l'hégémonie au prochain congrès, mais cela, moi même en doutais-je fortement. Au cœur du commandant Mardonios et des autres mercenaires payés par la cité d'Adria, il paraissait clair que cette hégémonie ne se gagnerait pas par la passivité: la démocratie apaméenne paraissait l'avoir compris, de même que le "prince de Volterra", mais les élites d'Adria tardaient à en prendre conscience.

Ainsi, il faudrait agir à leur place, et les mettre devant le fait accompli: c'est ainsi que l'idée de prendre la cité de Cortonna par la ruse, et remplacer son gouvernement afin d'obtenir un premier soutien vers la conquête de l'hégémonie, était née dans l'esprit de quelques fous, Mardonios et Bishop les premiers. Cortonna fut la cible parfaite: qui irait défendre une ville gouvernée par une élite théocratique et rétrograde ? Les autres cités dodécaliotes ? Apamée était-elle prête à dénoncer la cité d'Adria au sujet d'une ville qu'elle tenait elle même en piètre estime ? Alors même que le conflit faisant rage entre Porto Rosso et Nuevo Fortuna à sa frontière faisait rage ? Ce régime honni de tous trouverait-il du soutien auprès de Lograno, lui-même accaparé par ses propres rêves de grandeur en péninsule apaméenne ? La cité de l'évêque de la Dodécapole était pour ainsi seule, et elle avait cultivée cette position d'elle même durant les décennies précédentes, coupant le contact avec presque toutes ses consœurs, se refusant à la moindre libéralisation politique dans un monde ayant depuis longtemps poursuivi sa route sans elle. Cortonna était le grand infréquentable de la Dodécapole, l'Homme malade de la famille, la paria. Parmi les dodécaliotes, peut-être y aurait-il quelques dénonciations opportunistes qu'il faudrait contrecarrer, mais rien d’insurmontable selon le commandant Mardonios. De même, qui à l'étranger pouvait regretter la chute de ce régime ? Velsna ? Pas un instant celle-ci s'intéressait à son sort malgré toute l'inimitié de la cité sur l'eau pour Agricola, le fameux traître velsien. L'OND ? L'organisation était-elle prête à sacrifier des moyens pour sauver une théocratie mourante ? Sans doute pas. La cible était parfaite, le moment choisi l'était tout autant. Le 23 avril 2018, le plan fut lancé.

Il y avait parmi les pauvres fous que j'eus décrit plus tôt, quelques centaines d'hommes et de femmes, tout au plus. Des fous, que je me refuserais d'appeler "esprits libres", car ils restaient enchaînés à leur condition d’exécutants des bonnes volontés de leurs employeurs. Il y avait les chasseurs strombolains de Mardonios, dont je fis partie, les kotioites de Bishop, ainsi qu'un curieux et récent arrivage de mercenaires provenant de lointaines contrées nazumi. Une équipée baroque.


Si Agricola était indifférent vis à vis de la ruse, ce n'était point le cas de nous autres, les moins que rien et les soudards. Mardonios usa d'un stratagème qu'il tira de ses souvenirs de la Guerre de l'AIAN, en Achosie du Nord, afin de prendre la ville par la fourberie et la bénédiction de Dame Fortune. Sachant ma personne, en tant que fille de sénateur velsnien, particulièrement prisée en guise d'otage par les cités dodécaliotes, et en particulier par Apamée et Volterra, qui tentaient toujours d'obtenir de Velsna sa stricte neutralité, je consenti à me faire "vendre" par les condottières aux autorités de Cortonna, lesquelles nous pesions avec raison que celles-ci contacteraient incessamment Volterra ou Apamée dans le but de me vendre comme otage de marque en échange de quelque avantage que ce soit, une pratique commune dans les cités dodécaliotes. J'étais fille du Maître de l'Arsenal de la Grande République, et prise de valeur pour quiconque.

Aussitôt contactée, l'évêché de Cortonna consenti à ouvrir ses portes à la troupe de Mardonios, de Bishop et de Retaellon, pensant que nous changeâmes d’allégeance pour préférer la leur: une petite compagnie d'une centaine d'hommes atterrirent donc sur une piste, répartis en plusieurs petits avions. On me fit sortir de l'un d'entre eux par la violence: toute attachée et avec un bâillon, des chaînes autour des mains. On se permit même de me donner quelque coup de crosse, dont un à la tempe qui me fit grand mal. On reçut Mardonios, Bishop et Retaellon en grande pompe, dans un accueil digne du pape de Catholagne, et on emmena le cortège jusqu'au bâtiment de l'évêché, qui servait ainsi de résidence à son dirigeant tyrannique. Nous pûmes observer furtivement l'étendue de l'impuissance de cette ville, la plus pauvre de la Dodécapole, gardée par des poignées de soldats qui ne furent pas préparés à la suite des évènements sont ils ne furent que les victimes collatérales et nécessaires de la quête de l'hégémonie d'Adria. Ces soldats étaient pauvrement équipés, et pauvrement vêtus, loin des réformes militaires que la plupart des cités dodécaliotes avaient déjà effectuées sur le modèle velsnien.

L'heure d'agir vint lorsqu'on me présenta à l'évêque lui-même et à son conseil, qui étaient chacun trop heureux de me posséder en tant que monnaie d'échange inespérée en vue de sortir de leur isolement mortifère. On me mis sur mes genoux face à cet homme, dont l'odeur rappelait celle de la vieillesse et de de l’échec, que les condottières d'Adria lui rappelleraient bien assez tôt la réalité. Alors que ses gardes s'apprêtaient à se saisir de moi, les mercenaires Mardonios retournèrent leurs armes contre les gardes de l'évêque, et les abattirent dans un mouvement si vif, que les conseillers de ce dernier n'eurent le temps de dire mot, ne serait-ce que de crier à l'aide. Le gouvernement de Cortonna était ainsi renversé, au détour d'une brève fusillade qui se prolongea dans les rues adjacentes du palais. Leur gouvernement décapité, des mercenaires dans leurs murs, la garde cortonnaise fut rapidement dépassée, et rendit les armes face à une équipée pourtant quatre fois moins nombreuse qu'elle en effectifs. Une centaine de morts fut à déplorer pour ces derniers, contre à peine une dizaine pour nous. Cortonna était tombée en moins d'une heure, et avec une opposition des plus minimes, sans même que la population ne s'en rendit compte à l'instant, et qui ne le découvrirait que les heures qui suivirent.

Dés lors que la ville était sous contrôle, nous fîmes venir le reste de nos troupes: 2 000 d'entre nous tinrent cette ville; Le Gouvernement d'Adria, et l'ancien hégémon Agricola ne furet mis au courant que dans les heures suivantes, et mises devant le fait accompli. On dit que cet acte d’insubordination fut acceuilli avec rage par Agricola, qui vit une partie des troupes de ses alliés adrians prendre une initiative par elles seules. Mais cette désobeissance reçut un accueil beaucoup plus pensif de la part de la doyenne Moretti, qui pris conscience de l'opportunité, malgré la ruse et la fourberie qu'il fut nécessaire de mettre en œuvre pour arriver à cette situation. Il fut dés lors question de savoir que faire du futur gouvernement de Cortonna. Moretti et Agricola furet eux même partagés sur la question: si Agricola était favorable à simplement changer l'identité des personnes en charge, Moretti voulait quant à elle remodeler entièrement le gouvernement de cette vieille rivale, et imposer une gouvernance calquée sur le modèle de Directoire scientifique d'Adria, mettant ainsi fin à un gouvernement théocratique vieux de plusieurs siècles. Mais dans les faits, le choix revenait aux hommes et aux femmes en place, qui eurent le dernier mot quant à ces instructions...

Le choix appartenait aux acteurs de cette pièce, les moins que rien et les flingues à louer, dans la plus grande des ironies.


Effets:
- Cortonna est prise par des mercenaires engagés par la ville d'Adria. Elle devrait changer d'allégeance en vue du prochain congrès dodécaliote (voir le premier post du topic conflit pour voir l'état des forces en présence.
- 100 soldats et leurs équipements seront supprimés de l'atlas de la Dodécapole (pertes militaires durant la prise de la ville).
- Les joueurs doivent décider de la marche à suivre dans le changement de gouvernement de Cortonna, à savoir:
  • Suivre les ordres de la doyene Marina Moretti et remplacer le gouvernement théocratique par un Directoire de grandes figures universitaires calqué sur le modèle d'Adria (nécessite une garnison plus importante pour garantir la pérenité du prochain gouvernement de Cortonna, et risque des évènements de révolte populaire).
  • Suivre les ordres d'Adolfino Agricola et remplacer l’évêque ainsi que le conseil ecclésiastique de la ville par des figures plus amicales (nécessite une petite garnison et amoindri les risques de révolte populaire, mais fidélité plus aléatoire de Cortonna vis à vis d'Adria à l'avenir).
  • Suivre une voie alternative qui mettra les joueurs en porte à faux immédiat avec leurs employeurs, ainsi que Mardonios (affrontement prévisible)
- Une chaîne d'évènements se déclenche dans le topic conflit, qui permettra aux différents acteurs de la Dodécapole de condamner ou non cette initiative, et de déterminer le choix des joueurs quant à l'avenir du gouvernement de Cortonna.


Lieu de l'action: Cortonna (Nord de la péninsule d'Albe)

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Facteurs explicatifs de la situation:
- Les joueurs d'Apamée ont refusé l'idée d'une expédition visant à prendre Cortonna, ce qui a laissé l'action des joueurs d'Adria se faire sans la moindre opposition (la situation aurait pu être différente).


Liens pour la bonne compréhension du post:

- Pour compredre le personnage d'Agricola
- Pour comprendre la situation de Cortonna
- Pour comprendre l'origine du plan de la prise de Cortonna
RP Mineur (ACTE I, intrigue politique et développement de personnage, choix de joueurs possible)

Arc Adria


Histoires dodécaliotes: La journée des toges, rencontre entre Adolfino Agricola et Mogador Altarini

"Adria delenda est"



Gina Di Grassi (Mai 2018)

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Dom Francesco Mogador Altarini, sénateur et hégémon provisoire de la Dodécapole



Je l'affirme souvent: si le sénateur mon père n'a jamais éprouvé d'attention à l'égard de la mode, de la bonne tenue des vêtements à des individus qui en maitrisaient davantage les codes, je pense que ceux-ci en disent long sur ceux qui les portent: pas tant leur niveau de fortune, que n'importe quel observateur peu avisé pourrait déduire, mais il existe un art de la lecture bien plus subtil que cela, et qui demande de plus grandes compétences et connaissances de la symbolique. Cet art était très développé parmi l'élite sénatoriale de la cité velsnienne, et chaque détail comptait. Le plus symbolique, le plus noble et le plus majestueux de ces vêtements était la toga traditionnelle propre aux sénateurs de la République.

Bien entendu, la mondialisation avait fait son office dans la standardisation des codes vestimentaires. Dans presque toutes les nations eurysiennes, o avait délaissé la plupart des fripes traditionnelles pour des styles uniformes, la plupart du temps de couleur sombre ou sobre. La majorité des sénateurs avaient délaissé depuis longtemps l'usage de la toge dans la plupart des occasions, jusque dans l'enceinte sacrée du Sénat où le costume à cravate, la veste ou une simple chemise. Les groupes politiques identifiaient parfois ainsi: costume cravate guindé pour les conservateurs, simple chemise pour les eurycommunistes. On observait de ci et d elà, malgré l'uniformisation du monde, la persistance de codes tels que ceux-ci. Mais la suprématie de la mode dite "moderne" ne coïncida pas pour autant, pour certains, à une disparition de la traditionnelle toga pretexta, que l'on considérait encore comme la plus noble des tenues.

Ainsi, à l'occasion de certaines sessions du Sénat, ou encore lors de festivités civiques, quelques irréductibles perpétuer la tradition du port de la toga. Là encore, le port vestimentaire en disait long sur ceux qui arboraient ces "fripes": en 2018, le port de la toge n'était ainsi plus l'adage que de sénateurs se réclamant des plus grandes, anciennes et prestigieuses lignées de colons prouvant leur ascendance directe avec l'ancienne Fortuna ou Léandre. Cernés dans un coin de hémicycle par la modernité, ces optimates, et quelques conservateurs, offraient à voir un spectacle majestueux à chacune de leurs interventions. Chaque toge était unique, et possédait, par sa symbolique, plusieurs niveaux de lecture qui racontaient une histoire sur leurs porteurs, et les pères de leurs pères. La plupart des membres des grandes familles fortunéennes arboraient des toges bordées d'une bande en pourpre de Qadisha, tissée sur le bord rectiligne, ou dans un légère teinte de rouge ou d'ocre. Dans les deux cas, ces couleurs avaient une valeur protectrice: elles aidaient à, selon les anciens, garder les faveurs de San Stefano, le patron des astucieux, car c'était des couleurs associées à sa sainteté. A contrario, on reconnaissait les sénateurs d'origine landrine, car la bande de couleur qu'ils arboraient était si teinté de pourpre qu'elle virait presque au noir: une manière, au vu du prix de la pourpre de Qadisha, de faire démonstration de leur puissance et de leur richesse. A la fin de la Guerre des Triumvirs, le sénateur Jaccopo Mano offrit au sénateur mon père, une toge à bande brodée de dorures sur fond rouge, car c'était là un apanage des généraux victorieux: il ne la porta jamais, mais j'ai cru comprendre qu'il la garda tout de même dans un coin, car ce cadeau était fort généreux et prestigieux. Enfin, il y avait les "inclassables": des toges uniques portées par des excellences uniques, qui eux seuls comprenaient toute la signification de leurs symboles. Ainsi, le sénateur optimate Altarini, se distinguait souvent en inversant les couleurs de sa toga, remplaçant le blanc de la toge par de l'ocre, et la bande rouge par du blanc, l'ocre étant un signe distinctif de la force et de la virilité.

Les toges, on aurait pu croire qu'elles étaient revenues dans les faveurs de la mode en Dodécapole en ces temps troubles de guerre, car il arriva un évènement parlant de toute la symbolique gravitant autour de ces objets de curiosité et de fasciation, que j'appelais "la journée des toges". Ce fut en début du mois de mai 2018 que la cité d'Adria reçu une visite pour le moins inattendue, et qu'elle espéra probablement ne jamais avoir. Les oiseaux de mauvais augure se rassemblaient et volaient autour de la cité, attendant l'une de ses erreurs, saisissant le prétexte idéal afin de se souvenir que dans ses murs, un homme qui y avait été accueilli était l'u des individus les plus honnis et recherchés de la cité velsnienne. Cette cité de Velsna, qui pour le moment n'avait point agit le moins du monde pour arbitrer les égos de ceux qui convoitaient l'hégémonie dodécaliote, qui s'était gardée de tout favoritisme, qui avait nommé un individu sans moyens à l'hégémonie provisoire, elle même serait surprise par ce dernier, dont les intérêts et l'enjeu des évènements étaient beaucoup plus importants pour lui que pour sa patrie.

Dom Mogador Altarini avait été délibérément envoyé dans ce guêpier insoluble dans le but de s'y perdre, et de perdre son temps et une énergie qu'il ne déploierait pas dans le cadre de la campagne électorale à venir, à Velsna. Cet homme, dont la belle toge cachait son caractère rustre et inacceptable, était toutefois animé par une vive énergie qui le poussait à oser, à tenter de transformer ce semi-exil en une victoire et en un exercice de propagande. Velsna n'entendait pas se saisir à bras le corps de la crise dodécaliote ? Alors ce serait lui qui s'acquitterait de cette tache. Il mettrait toute cette énergie déployée au service du récit de sa force et de sa puissance, de sa détermination et de son intelligence: la Dodécapole était pour lui le terrain de sa propre campagne électorale, et toute campagne nécessitait des coups d'éclats flamboyants, même lorsque ceux ci e produisaient guère beaucoup de conséquences concrètes. C'est ainsi, que de beau matin, sans même avoir prévenu de son arrivée, que celui-ci accosta dans le Grand Canal d'Adria, à bord d'une corvette de la flotte fédérale de la Dodécapole, et qu'il se présenta à a porte du Directoire des universités d'Adria. Il y avait derrière quelques gardes wanmiriens et deux hommes, caméra à l'épaule, qui seraient chargés de transmettre le récit de ce coup d'éclat précis: Altarini faisant le travail de la République, hurlant devant les portes de cette splendide façade baroque:

" Agricola ! Sors de là espèce de salope !"


La voix puissante, autant que sa conviction. Le ton vulgaire, comme il en a l'usage. Sous la toga, il y avait un aristocrate fortunéen qui estimait que sa noblesse suffisait à pardonner tous les excès. Il n'y avait ni le dévouement à la République, ni la modestie, ni la grandeur d’âme sous cette toga, mais simplement un individu exprimant la manière dont cette très ancienne élite prend tous ses privilèges pour acquis. Un sénateur velsnien va où il veut, quand il le veut, car c'est là son droit en tant qu'homme libre. Altarini méprisait les homo novum, ces sénateurs partis de rien pour gravir les échelons et devenir les premiers de leur lignée à atteindre la plus haute chambre. Agricola, l'homme qu'il cherchait, n'était pas de ceux là, certes, mais par sa trahison, c'était comme si il s'était rabaissé à leur niveau pour l'optimate fortunéen. Adolfino Agricola n'était plus rien: il n'était plus son frère de Sénat, ni son égal, ni un individu obéissant aux codes de son monde. Il était un rebelle en rupture de ban, qui s'était enfui avec une partie de la flotte que la cité velsnienne lui avait confié, et qu'il avait donné sur un plateau à cette maudite cité d'Adria.

Malgré sa grossièreté et son impertinence, on le fit entrer et lui fit faire face au conseil, car il restait un sénateur velsnien, que l'on reçu certes bien froidement, à l'image de ce qu'il avait donné à voir à Adria. Il se présenta sans gêne devant les membres du Directoire, leur donnant u premier aperçu de ses revendications par une démonstration théâtrale. Des plis de sa toga ocre, il présenta une coup d'or dont il versa le contenu au sol, des chevalières dont le tintement sur le parquet raisonna dans toute la pièce, tout en fixant la Doyenne Marina Moretti dans les yeux et en ne la lâchant guère du regard:

" Mes excellences: voici les bagues de soldats chandekolzans tombés sous nos glaives. Ces barbares avaient cru bon de penser qu'il serait judicieux de s'opposer à notre cité, qu'il serait possible d'y voir là une sortie courageuse. Les gens de cette patrie ont cru bon s'opposer, et on périt ainsi. Aussi, je vous le dis: ne vous opposez jamais à la République, et ne vous opposez jamais à la cité velsnienne et à ses citoyens. Les achosiens ont tenté fut un temps, les zélandiens ont tenté fut un temps, les apaméens ont tenté fut un temps, et ils ont tous échoué. Pourquoi en serait-il autrement pour vous ? Pourquoi les gens d'Adria, pourtant une belle bande de fragiles à l'accoutumée, semblent si déterminés, ces derniers temps, à prendre ombrage de notre cité, lorsque l'on connait l'Histoire ?

Je viens vers vous, non seulement en tant qu'hégémon provisoire, titre qui m'a été conféré par la désertion honteuse de mon prédécesseur, mais en tant que citoyen de la Grande République qui exige réparation pour une liste d'affronts de plus en plus longue dont vous vous êtes rendu coupables. Je ne suis que le modeste rétributeur de l'accumulation de fautes dont vous vous êtes rendu coupables récemment. Je serai clair, mes excellences, quant à mes exigences: donnez moi Adolfino Agricola, donnez moi la flotte qu'il a volé honteusement à cette confédération, donnez moi les déserteurs qu'il a prit avec lui dans cette catastrophique et malheureuse aventure. Si vous faites ainsi, alors je serai disposé à oublier tous vos actes ignominieux: la cité velsnienne pardonnera votre traitrise, et elle pardonnera l'attaque honteuse menée par VOS HOMMES à l'encontre de la cité de Cortonna. Nous vous laisserons à vos misérables tentatives de créer votre propre hégémonie, avec vos misérables problèmes, et vos misérables manœuvres.

Acceptez mes demandes, et Adria restera dans les grâces de la République, nous redeviendrons des frères et de sœurs, et nous vous convriront de cadeaux et d'affection. Nous vous laisserons l'initiative de la guerre et de la conquête, à l'encontre de Lograno comme à l'encontre d'Apamée. Mais refusez de me livrer le traitre, refusez de me livrer sa flotte et ses hommes, refusez et vous vous exposerez à notre inimitié. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour remettre la main sur le traitre: je détruirai votre flotte, je détruirai cette cité jusqu'à ses fondations, je ferai oublier jusqu'à l'existence de votre cité dans les livres d'Histoire et les fables, et votre nom sera maudit. Le choix vous appartient, et vous êtes maitres de votre destin."



L'assemblée était déjà en ébullition pendant toute sa prise de parole, mais sa conclusion vit une explosion de fureur dans tous les rangs: scandale et horreur, colère et terreur. Seule la doyenne Moretti se refusa à la réaction et à la passion, car de réponse elle avait déjà, et elle savait à l'avance que le jour viendrait où l'hégémon viendrait réclamer son du. Aussi, s'était-elle préparée de longue date à pareille chose, réalisant que tout ce que l'on disait de la bouillante et scandaleuse personne d'Altarini était vraie. Sa fureur, elle avait contenu l'emprise jusqu'à cet instant, qu'elle garda pour sa réponse:

" De quel droit, viens tu ici nous voir, Mogador, avec un discours aussi menaçant à l'encontre d'une cité sœur ? De quel droit, toi, le fortunéen vertueux, ose tu t'en prendre à notre droit de l'hospitalité. Tu penses venir ici en territoire conquis ? Comme si cette cité t"appartenait en vertu de ton rang d'hégémon ? Tu viens ici nous voir, arborant un mandat qui ne te permet pas de nous parler de la sorte. Tu nous insultes, et tu menaces notre cité comme si tu en avais les moyens. Tu parles au nom de Velsna, et tu usurpes sa parole en vertu d'un mandat de diplomate que tu ne possèdes pas. Tu n'es pas Velsna, et tu n'es pas son émissaire: tu es le magistrat temporaire d'une fonction réduite à l'impuissance, et tu viens ici nous faire croire que tu as le droit de te mêler de la sucession de l'hégémonie, de décider à la place des cités dodécaliotes qui élire à ta fonction ? Tu nous sers, et non l'inverse, Mogador.

Qu'Adolfino Agricola ait offensé ta cité, j'en suis navrée, mais cela n'est pas notre affaire. C'est là une affaire que tu prends avec plus d'énergie que ta propre cité, qui jusqu'ici s'en est lavée les mains. Tu es le dindon d'une farce que tu ne comprends pas. Tu es ici sur tes deniers propres, pas ceux de Velsna, et je refuse de croire que tes paroles sot le reflet des volontés de ta cité. Agricola est seul, mais tu l'es autant que lui, et plus impuissant que lui. Tu n'es rien ici, Mogador: aussi, je refuse de négocier avec la cité velsnienne à travers ta personne.

Oui, nous avons accueilli Adolfino Agricola dans nos murs, conformément à notre principe de l'hospitalité et de l'asile politique, sans n'avoir jamais intenté à notre amitié avec Velsna: il 'a jamais été à notre intention de faire comme tel. Mais nous ne pouvons nous résoudre à laisser un homme être jeté en pâture et condamné à la prison à vie dans la prison des soupirs de la cité sur l'eau. Mais si Velsna entend se plaindre, qu'elle evoie un véritable émissaire, et non ta personne. Nous t'accorderont la visite de son excellence Agricola, mais tu le feras en tant que personne privée, et sous la bonne escorte de gardes."



Ainsi, il fut permis à son excellence présomptueuse de se voir organiser une rencontre avec Agricola, en tant que simple hégémon, une façon subtile d'atteindre à sa dignité de sénateur velsnien et de faire grande moquerie de lui qui ne faisait que souligner la malice et l'intelligence de la doyenne Moretti. Humiliation suprême: il fut convenu d'un rendez vous, non dans un endroit officiel, mais dans un jardin adjacent au Palais du Directoire d'Adria, à la vue d'un important groupe de gardes civiques adrians, mettant Dom Altarini et ses quelques gardes dans une grande position d'inconfort délibérée. Adolfino Agricola se présenta alors à lui, pas en tant que déserteur, mais en tant que sénateur. Lui aussi connaissait les codes de la mode vestimentaire, et comprenait que ce que l'on porte en dit long sur ce que l'on est. Comme une provocation, il se présenta à Dom Altarini dans le même appareil que lui: dans la toge que les pères de ses pères portaient. La sienne était d'un blanc pur, ceint d'une bande pourpre, dans une manière plus sobre que celle de celui qui le défiait. Le déserteur se targua simplement d'une formule qui enragea plus encore l'optimate.


a
Adolfino Agricola



" J'ai cru comprendre que tu me cherchais, Mogador. Eh bien...me voilà."


Altarini fut frappé par la colère devant ce qu'il estimait être une longue liste d'insultes accumulées depuis le début de la journée, et que le sourire mesquin d'Agricola venait faire ressurgir.

" Tu penses que tu pourras te permettre de me fuir longtemps, Adolfino ?"

"Étant donné que la moitié de ta flotte est avec moi, je puis me permettre de postuler que oui. Je te pense capable et acharné, mon frère de Sénat, mais tu ne peux pas gagner un combat à l'épée avec une cuillère, pas plus que tu ne peux prendre Adria sans navire, ou sans le soutien explicite du Sénat des Mille de la Grade République. De ce que je sais, tu n'as ni l'un ni l'autre."

"Et pourtant, tu as eu assez peur pour te réfugier de moi derrière une femme. Fragile."

" Tu as l'air certain de toi concernant tes chances de me battre. C'est bien, mais quand remonte la dernière fois que tu t'es battu ? J'ai été sur les plages d'Umbra, j'ai été en Achosie. Toi, qu'est ce que tu as fait pour la cité ? Je suis peut-être un traitre, mais cela devrait t'interpeller de constater que la contribution d'un traitre envers notre cité eut été plus grande que la tienne ne le sera jamais. Regarde toi donc: tu t'es tant empâté que tu pourrais te cacher derrière la reine de Teyla que l'on verrait tes flancs dépasser tout de même. Non, Mogador, je ne te crains pas, pas tant que tes forces se résumeront à quatre patrouilleurs. As-tu quelque chose d'autre à me dire qui n'implique pas une déclaration sans suite ?"

"Oui. Il n'en sera pas toujours ainsi, Adolfino. Il arrivera un jour où le Sénat se décidera à mettre les moyens pour te capturer. Il arrivera un jour où j'aurais les moyens de le faire. Jamais je ne cesserai de te traquer, où que tu sois, et en n'importe quel prétexte. Je m'engage à rendre ton existence aussi misérable et pathétique que possible. Il arrivera un jour où j'exercerai la justice de la Dodécapole à ton égard, comme tu as exercé la tienne à l’encontre de Cortonna, dans un élan qui m'a fort amusé, et dont je suis certain que les autres cités dodécaliotes auront une réaction appropriée."

" As-tu terminé ?"

" Oui. J'espère pour Adria que ceux ci accepteront ma proposition, car ils partageront ton sort s'ils ne le font pas."



Sans un mot, Dom Altarini s'en retourna, tournant le dos à son excellence Agricola, comme d'un homme qui eut à dire ce qu'il avait un dire. Bien qu'Agricola eu le dessus durant tout leur échange, ce dernier senti, à son départ, une boule lui remonter dans la gorge, l'alarmant sur l'étendue des problèmes auxquels ils se confrontait.


HRP: Effets:
  • Dom Francesco Mogador Altarini concentrera ses efforts de nuisance sur Adolfino Agricola et ses alliés à l'avenir.
  • Si Velsna est officiellement neutre, Altarini devrait tenter de former sa propre force privée dans l'accomplissement de ses objectifs personnels en Dodécapole.


HRP, possibilités de RP pour les joueurs:

  • Les joueurs ont la possibilité de pousser Adria à faire un choix concernant son alliance avec Adolfino Agricola, en proposant des conditions alternatives à sa capture par les velsniens ou en encourageant à accepter les conditions d'Altarini présentées comme telles dans le post.

Liens RP pour la bonne compréhension du texte:
RP Mineur (ACTE I, développement de personnage)

Arc Volterra


Histoires dodécaliotes: La beauté de la guerre

Un gros canon



Gina Di Grassi (Septembre 2018)

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"Le chien de guerre"



La guerre est chose tragique. Le fracas des armes peut avoir mille et une significations, et mille et une conséquences. Des territoires changent de mains, des hommes s’enrichissent et se ruinent, certains grandissent, d'autres s'effacent des livres d'Histoire. Mais il y a une constante: des hommes y meurent, et des femmes y deviennent des veuves. La plupart du temps, ce sont les jeunes hommes et les jeunes femmes qui périssent pour l'ambition des plus vieux. Mais sur le pont d'un navire bordant les eaux de Volterra, un beau soleil de septembre, ce furent presque tous des jeunes gens qui furent présents, pour assister à l'un des autres effets de la guerre: l'accélération de l'innovation, et la recherche de nouveaux moyens de tuer son prochain.

Je ne puis retranscrire à mes lecteurs le déroulé précis de cette journée, et de ce qui se dit sur ce navires: je n'étais point là parmi cette bande de parvenus et de fous de guerre, mais je puis citer un nom qui est désormais célèbre dans tout le monde fortunéen, le nom d'un navire qui n'a d'ombre faite que celui d'un certain Déria: Le Chien de guerre. On dit ainsi qu'en cette fin de septembre, le plus grand projet du Protecteur Volterra eut atteint sa fin, et qu'il fut tant excité de la nouvelle, qu'il convoqua au bord du navire l'ensemble de ses lieutenants et collaborateurs les plus proches. Il y avait là tout son commandement de mercenaires, qui découvrit en cale sèche non pas un bateau, non pas un navire, mais toute l'étendue de la démesure du princeps volterrini . Le Chien de Guerre se dévoilait à eux: un monstre d'acier, de bois et de fonte, qui nécessita que l'on construise à Volterra un quai de construction dédié, car il n'eut avant cette date aucun vaisseau de ces dimensions qui pu être construit dans les installations existantes de la petite cité. Le monstre mesurait pas moins de 270 mètres de long, une taille qu'aucun navire de la Marineria velsnienne ne pu égaler au moment de sa construction, et il ne pouvait se mesurer qu'aux navires amiraux de Fortuna par sa taille. Son maniement nécessitait un millier d'hommes, le minimum indispensable pour profiter pleinement des capacités du vaisseau.

Le Chien de guerre, qui prenait les flots pour la première fois, ne fut pas un simple navire dans le sens où le commun des mortels l'entendait. Ce n'était pas un élément d'un groupe aéronaval comme le concevaient les onédiens, les libertaires ou les velsniens. Le Chien de guerre était une bête vivante, qui possédait son existence propre dans chaque esquisse de sa coque, dans l'ouverture de chacun de ses canons. Mais la spécificité du navire gargantuesque, d'une taille absurde, ne résidait pas tant dans l'usage militaire que dans tous les autres domaines. La bête n'était pas tant un navire de guerre qu'un État de plein droit, un État flottant et mouvant. Il y n'avait pas que des canons à son bord: Salvatore Lograno avait ordonné sa conception afin que la créature s'adapte à son exercice du pouvoir, et à la conception de sa puissance: celle d'un prince itinérant, d'une cité faisant partie d'une confédération sans capitale, le navire servant de base de pouvoir à une armée sans nation, où les mercenaires étaient largement plus nombreux que les volterrans.

La monstruosité était en réalité un léviathan se voulant omniscient. Doté de canons ren façade, et d'une administration en coulisses, où des centaines de gagnes petits tenaient Lograno au fait du moindre fait et geste de ce qui se déroulait en Manche Blanche. Certains dirent que c'était l'inspiration d'un certain tyran fortunéen qui fut mise à contribution de ce cette œuvre. Il y avait ainsi à bord du navire un espace d'administration, et également d'un espace personnel destiné à la tranquillité du prince: un jardin à plantes et une piscine couverte avec de l'eau chaude. Une bibliothèque regroupant les archives personnelles de Lograno et une pièce réservée au mystérieux argentier de Darmanochi, un salon luxueux et un gymnase réservés à l'usage des passagers, ainsi qu'un petit autel privé dédié à Dame Fortune. A bien des égards, cette chose ressemblait davantage à une ville qu'à un navire. Et ses premiers locataires allaient être ces mercenaires partageant ses pérégrinations, en premier lieu ses plus fidèles, en second les plus fraichement arrivées: ces excellences Darmanochi, ces messieurs du clan Ravatomanga, et l'aimable Magali, accompagnée de tout le renfort spirituel pouvant être mis à la disposition du Protecteur.

Cette clientèle exigeante était réunie sur le pont principal du monstre d'acier et de fonte, à l'ombre du clou du spectacle que Lograno donnerait à voir au reste de la Manche Blanche. Sous leurs yeux, les servants de canon bergroshi donnaient à la plateforme d'artillerie les dernières calibrations nécessaires depuis leur console, tandis que les mercenaires hotsaliens qui gardaient ce pont-ci découvraient la scène, éberlués: et quelle scène... La scène d'une plateforme donnant le change à une pièce de 490mm, forgée dans le plus résistant des aciers des monastères bergroshi. Il en existait deux pièces: l'une à bord de ce navire, et l'autre, qui à la demande du clan Ravatomanga, devait être transformée en batterie d'artillerie côtière. Lograno aurait voulu la voir posée sur le pont d'un navires encore plus grand, mais la voix de la raison du clan, et de son fidèle, Tony Scarla, l'en avait finalement empêché.

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"490mm"

Adepte des mies en scène, Lograno ne résista point à l'envie d'un discours précédent la première mise à feu de la bête:

" Mes amis. Mes frères, et mes sœurs. Qu'il me plaît de vous avoir face à moi. Qu'il me plaît de vous présenter la raison et la récompense de notre travail. Un témoignage du fait que Volterra ne suffira jamais aux ambitions des grands personnages que nous sommes. Non, nous ne sommes pas là pour nous "contenter", pour nous "satisfaire". Je ne vous ai pas recruté pour ça: nous sommes là parce que nous voulons conquérir, que nous voulons aller plus loin et plus fort, toujours. Et il n'est pas un jour où je n'envisage de rien faire, car ne rien faire, c'est se sentir mourir à chaque seconde. Je vous présente donc le CHIEN DE GUERRE ! Mon témoignage de l'amour de la vie à son paroxysme. Cette chose, que nous produite à deux exemplaires, seront des outils de plus dans la prise d'Apamée. Mais pour l'heure, admirez plutôt le chien de guerre à l’œuvre, face à des injustes, qui ne se sont pas acquittés de leurs taxes à mon égard. Scarla ! Fais signe aux servants de canons !"

Lograno pointe au loin, une petite ville côtière, pas plus de quelques maisons regroupées autour d'un quai, que l'on ne peut voir qu'au travers de jumelles. Les bergroshi s'agitent à l'intérieur de la plate-forme. Il règne entre les convives un instant de flottement où seul le bruit des vagues s'écrasant contre la coque se fait entendre...jusqu'à ce que BAM. Un coup de tonnerre assourdissant qui vient fendre le ciel en deux, une lumière filante vers le rivage, et il ne reste qu'un cratère là où Lograno avait posé les yeux l'instant d'après. Les convives se regardent, et un mercenaire originaire de l'île celtique dit à un autre: "Bordel, qu'est-ce qu'on vient de voir ?".

RP Mineur (ACTE I, développement de personnage)

Arc Volterra


Histoires dodécaliotes: L'administration et l'économie vues par Salvatore Lograno




Gina Di Grassi (Septembre 2018)

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Lograno-coin volterran (frappe: 2017)



Je vis de nombreux escrocs et charlatans qui pensaient plier les choses de l'économie et de la gouvernance à leur volonté. J'ai vu des tyrans exercer leurs méfaits comme si c'était là les paroles de San Stefano. J'ai vu des Hommes de bien faire le mal s'en s'en rendre compte au travers de leur administration. J'ai vu des individus gouverner en vertu de principes contradictoires. J'ai vu des fascistes, des réactionnaires, des libéraux, des eurycommunistes et des libertaires se disputer le titre de la plus grande des idéologies, et gouverner conformément à des codes qu'ils se sont construits pour eux même. J'ai vu des gouvernements par dizaines, mais parmi tous ceux là, de tout ce qui compte de bien et de mal sur cette Terre, je fus rarement si déconcertée par la façon dont le Princeps et protecteur Salvatore Lograno entendait diriger sa cité.

Son royaume était fort petit, mais son armée était fort grande. Ses gens étaient d'une contrée modeste et spartiate, tandis qu'il faisait reluire les plus belles armes de la Dodécapole, en qualité et en nombre. Je ne comprenais point: comment tel prince pouvait paraître si riche avec si peu. Dans tous les coins de la Dodécapole et jusqu'à Velsna, on voyait circuler des monnaies volterranes le représentant avec un casque youslève, tel un héros antique partant à l'assaut du monde. Au revers des monnaies, on pouvait voir l'allégorie de Dame Fortune bénissant Lograno, qui se considérait comme son "fils préféré". Ces monnaies, il ne fallait pas croire qu'elles étaient de toc et sans valeur, car la plupart de ses mercenaires l'acceptaient de bon coeur, de même que les comptoirs de change de Velsna, qui consentaient à les échanger contre des florius. Comment se fit-il qu'un tel individu, sorti du caniveau de la rue pour venir s'encanailler sur les champs de bataille, avant de s'improviser libertarien, fusse si bien doté en or et en fortune. Fortuna l'avait-elle vraiment bénit de la chance ? Ou était-ce plutôt San Stefano, le patron des voleurs et des escrocs, qui l'avait touché de sa main droite, pendant que Salvatore arrachait sa bourse avec la main gauche.

Quel était donc ce secret que Lograno n'avait confié à Fortuna ? Je m’interrogeais alors sur Volterra, une cité qui avait tendance à s'effacer derrière le nom de son dirigeant charismatique. De quoi était riche Volterra ? Quelles étaient ses institutions sous le règne de ce charlatan de basse naissance ? Avait-il transformé la cité selon ses impératifs ? Selon ses croyances ? Quelles étaient ces croyances, si jamais cet opportuniste en avait eu un jour.

A ma grande surprise, j'eus à constater des choses qui suscitèrent ma surprise dans la manière de l'Homme à gouverner. Salvatore Lograno était beaucoup de choses: je veux l'admettre qu'il fut Homme de guerre brillant et audacieux, flirtant avec les limites de la folie, mais ô grand jamais il fut intéressé par les choses de la gouvernance, comble de l'ironie pour un prince fortunéen. Les choses de la politique ne l'intéressaient pas. Les choses de l’État ne l'intéressaient pas, ou du moins le jeu des institutions le laissait indifférent. Il n'avait d'amour que pour les foules, et surtout l'amour que les foules pouvaient lui donner. Il était sans cesse à la recherche de leur affection, tout en éprouvant que du mépris pour tous les corps intermédiaires se dressant entre lui et eux. Aussi, je fus curieuse du devenir des anciennes institutions de la cité, qui avaient précédé son arrivée. Lograno, avec Volterra, ne partait pas d'une page blanche. Ce fut une cité dotée d'une longue Histoire, et qui a connu bien des régimes. De toutes les oligarchies, c'était l'une des plus brillantes fut un temps, et dont Lograno avait profité d'un instant de faiblesse pour en prendre les rênes par la force de la populace. Il y avait un Sénat, des assemblées populaires et des tribunaux solidement ancrés, et pourtant, cela n'a pas empêché l'apparition d'un Prince. Le peuple, dans le système logranien, était la seule source de légitimité, par ce qu'il nommait "l'acclamation".

Mais toutefois, je fus surprise: Lograno aurait pu dissoudre ces assemblées, il aurait pu faire comme il fait à la guerre, et prôner le maximalisme sourd et sans limites. Il aurait pu remodeler complètement la cité, mais l'Homme n'était pas ainsi concernant le sort de la cité. Lograno avait conscience qu'il n'évoluait pas en vase clos. La cité, dont il méprisait les institutions, n'était pas exempte de forces centrifuges pouvant influencer son règne, pas plus que l'aristocratie foncière volterrane était entièrement soumise face à un parvenu né dans la rue. Le protecteur de Volterra eu bien conscience que jamais les gens de cette patrie le penseraient faire partie de leur monde, la détestation fut réciproque. Aussi, Lograno, sur les conseils de l'avisé Tony Scarla, ne toucha ni au Sénat existant, ni aux assemblées populaires, et leur laissa droit de réunion et de décision, qui serait tempérée par son droit de véto absolu, qu'importe les circonstances. Salvatore Lograno avait agit avec habilité, et plutôt qu'en artisan du changement, il s'improvisa garant de la continuité, tout en trasformant le visage de la cité par sa seule existence. Volterra entra dans un système parallèle, où les institutions existantes étaient préservées, mais soumises pleinement et entièrement à Salvatore Lograno, dont le "mandat" de Protecteur de Volterra plaçait au dessus de toutes les considérations. Lograno, en l'espace d'une nuit, était devenur le prince tutélaire d'une ville dont il était le parasite, menant son existence parallèle aux institutions légales.

Il dépouilla le Sénat volterran de ses prérogatives les plus importantes, comme si vidé de sa substance: le droit de la guerre, la frappe monétaire et le contrôle des activités économies, le droit à la fiscalité et au budget de la cité, qui était devenu son trésor personnel. Lograno, en toutes ses années à la tête de la cité, n'a jamais daigné se montrer devant des sénateurs qui n'étaient que les propriétaires terriens qu'il avait évincé du pouvoir. Il préférait se montrer à la foule qui était selon lui sa seule alliée. Car il ne fallait pas croire qu'il eut été impopulaire: le peuple, de force ou de raison, lui vouait une grande admiration pour sa majorité lorsqu'il était au pouvoir. Non seulement Lograno en avait finit avec une élite sénatoriale jugée corrompue depuis des décennies, mais il avait accordé au peuple un droit inédit: l'abolition de l'impôt. Volterra devenait de fait une République sans imposition, mais pas sans fiscalité. Cette problématique me ramenait à la même question: comment cet Homme pouvait ainsi financer ses guerres ?

Salvatore Lograno, je l'appris plus tard, avait crée un complexe système de refuge fiscal, par le biais de sociétés écrans légales, mais également de tout un réseau d'entreprises occultes, parfois en lien avec Miringratz, parfois avec les corragiosi velsniens. En échange d'un tribut annuel, il autorisait qui de droit à s'installer à Volterra, ce qui était là une première source de financement pour son armée. La deuxième solution vint des fonds propres de Lograno, qui lorsqu'il avait pris la cité de Volterra, était déjà riche de longues années de mercenariat. Il venait ainsi avec un coffre rempli, mais qui avait en partie servi à soudoyer les habitants de la ville parmi les plus indécis, de même que ces réserves n'étaient pas sans fin. Il existait une troisième source d'argent, qui était l'adoption d'une cryptomonnaie, qui fut fort prisée des réseaux criminels en tout genre, en particulier des groupes mercenaires travaillant pour sa personne, de même que Lograno plaçait énormément en bourse, ce qui n'était pas sans risque car cette richesses pouvait aussi bien apparaître le lundi que s'évanouir le mardi.

On décrivait souvent Lograno comme un Homme riche, mais la vérité fut qu'il était davantage endetté que pourvu, et qu'il était toujours à la recherche de nouveaux fonds, car ses sources ne suffisaient pas à alimenter ses ambitions. L'Homme était éternellement remuant et agité. Il recherchait de l'argent partout et tout le temps, quelqu'en soit le prix et les limites morales à franchir pour se l'approprier. Il avait, dédiés à cette tâche, des individus et courtiers en bourse spécialement missionnés pour trouver des fonds, réaliser les montages financiers nécessaires à alimenter ce monstre à l’appétit sans limites qu'était son armée. Ces Hommes étaient fait du même bois que lui, de la même audace, du même goût du risque. Parmi ceux là, un visage bien connu des autorités judiciaires onédiennes: Tony Herdonia, libéré de sa prison sylvoise, exilé à vie de sa cité natale de Velsna, avait vu en Lograno le protecteur idéal, qui partageait en partie sa vision. En partie car en réalité, Salvatore Lograno n'était pas plus adroit en économie que je fus femme d'Eglise. Il déléguait à Herdonia et à d'autres la charge de placer ses fonds propres, et sa seule tâche était de dépenser ce qu'ils parvenait à arracher, entre quelque beuverie collective à la villa Lograno, où les "cryptobros" se réunissaient tous le soirs. Lograno était dépensier, très dépensier, et mettait tout ce petit monde sous pression: celui qui lui apportait de l'argent était porté aux nues, à ma face du monde, les autres étaient désavoués dans un simulacre de jeu de cour. Cet argent était sa malédiction: aussitôt en avait-il dans les mains qu'il disparaissait, comme un cousin dégénéré d'un Midas qui lui était condamné à la ruine éternelle. Il fallait plus, toujours plus, et les autres cités de la Dodécapole seraient les premières victimes de cette faim...


"Bordel Salvatore arrête de dépenser toute la thune !"

RP Mineur (ACTE I, développement de personnage)

Arc Altarini


Histoires dodécaliotes: La course des princes

Le construction du "Mogador"



Gina Di Grassi (Octobre 2018)


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"Le Mogador"



La guerre des dodécaliotes avait commencé par des escarmouches vaines entre cités, mais elle s'est instillée dans le cœur des habitants, elle est devenue une habitude: les passions violentes... La guerre des dodécaliotes avait débuté avec des escarmouches, mais elle se poursuivit avec une exagération de plus en plus prononcée, elle était une guerre de cités devenue une guerre de princes. Les moyens changèrent, les armes changèrent: plus gros, plus grand, plus puissant, toujours plus. Et ce gigantisme trouvait son paroxysme sur la mer.

Les gens de Velsna avaient toujours conçu la guerre avec une grande flexibilité: ce fut presque une grâce d'observer une flotte de notre cité à la manoeuvre, faite d'une constellation de petits appareils escortant de grands portes-avions, le centre de tout un dispositif, une véritable cité flottante dont chacun des navires était un monde à soi. C'était là une manière commune de créer un couple complémentaire entre le navire et l'avion le protégeant, et dans cette conception de la guerre, il n'y avait qu'une place très peu adaptée aux grands bâtiments, qui dans les faits, ne remplissaient pas un office plus efficace que les corvettes et frégates, tout en étant plus chers à l'entretien, et plus laborieux à la manoeuvre. C'était ainsi que la guerre se faisait dans le monde fortunéen depuis des décennies, jusqu'à ce que les princes, ces individus dont la personne fait figure de nation, entendent d'une toute autre oreille.

Pour ces gens de grande fortune et de grand pouvoir, la flotte ne devait pas simplement être le reflet de l'efficacité de la guerre moderne, mais se devait d'être une démonstration de la puissance de l’ingénierie de leur cité d'origine, et surtout et en tous points, de la mise en avant de leur propre puissance par la taille des navires mis à l'eau, et par la puissance de leurs canons. Francesco Mogador Altarini, bien qu'il fut dans son droit sénateur velsnien, réfléchissait comme l'un d'entre eux, et était jaloux comme tous ceux là de la puissance des autres. Si le tyran de Voterra, Salvatore Lograno devait sortir de cale sèche le plus grand croiseur de la Manche Blanche, alors Dom Mogador Altarini se devait de répondre prestement par une surenchère qui pour nous, simples mortels, paraît bien enfantine.

Aussi, lorsque le Portecteur de Volterra mis à l'eau le "Chien de guerre", un navire dépassant tous les autres par ses dimensions, par la puissance de son artillerie, par le nombre de personnes devant officier à sa manoeuvre, Altarini se rendit face au Sénat velsnien, afin d'en demander la même chose, lui qui jusque là n'avait point reçu la moindre assistance de la part de ces excellences. Le Sénat voyait en lui un chien fou qu'il fallait tenir à l'écart de Velsna par son hégémonie dodécaliote, et navait dans le même temps, aucunement l'envie de le voir réussir quoi que ce soit e Dodécapole. Ces deux tendances se confrontaient, mais de temps à autre, Altarini voyait une fenêtre s'ouvrir, davantage une lucarne, qui lui permettait d'entrevoir un léger soutien, quand bien même dérisoire. Ce fut donc une surprise de voir les sénateurs exaucer l'un de ses souhaits enfin, d'un léger réconfort.

Si le Sénat se refusait toujours à l'aider, on lui accorda des fonds afin qu'il en fasse ce qu'il entende de bien avec, pensant peut-être qu'il les consacrerait en dépenses raisonnables. Ce fut mal connaître l'Homme, qui mobilisa cette fortune nouvelle, en plus des propres deniers de sa vaste fortune, adressant aux Arsenaux de la Grande République une commande pour le moins étonnante: le plus grand navire jamais construit par les arsenalauti de la Grande République. Ce navire se devait de respecter une seule consigne: qu'il soit plus grand que le navire construit par le tyran volterran. Ainsi naquit le "Mogador", qui servirait de centre de commandement mobile à l'hégémon dodécaliote, d'où il planifirait la pacification de cet ensemble hétéroclite de cités états belliqueuses...

RP Mineur (ACTE I, développement de personnage, Side-quest messaliote)

Arc Volterra


Histoires dodécaliotes: Le rêve universel et le mouvement des "sans-voix" de Messalie

"Les rêveurs nous épuisent"



Gina Di Grassi (Novembre 2018)


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Le polémarque de Fortuna



Nous autres, de par l'univers, qui sommes de ceux qui sont attachés à l'absence de changement et à la normalité, nous avons une sainte horreur de l'Homme providentiel. Pas seulement pour l'aptitude naturelle de ces Hommes à détruire les institutions, à subvertir les foules à les pousser à les suivre à a harangue, en excitant les passions avec des sophismes vulgaires. Nous les haïssons car ils nous sortent des cadres politiques que nous avons fixé pour nous mêmes: ils outrepassent la place qui leur a été accordée dans l'univers par Fortuna, ils outrepassent le cadre de leurs cités d'origine, ils outrepassent les règles et ce que l'on pensait ordinaire avec leurs songes, ils entendent repousser les frontières de ce qui acceptable et de ce qui ne l'est pas. La plupart de ces tyrans en devenir sont des rêveurs par nature, ou des tortionnaires avides de pouvoir, parfois les deux, mais lorsque séparé, je puis dire sans sourciller que c'est bien la première de ces catégories qui nous épuise le plus. Les Hommes providentiels épuisent nos convictions, siphonnent notre énergie et notre force vitale, plient des questions et des mécontentements légitimes qui les avaient précédé, et qu'ils tordent et pervertissent pour les mettre à leur service. Ils nous empêchent de dormir avec leurs rêves, car ils sont si beaux, si grands, que les plus méfiants d'entre nous s'enfièvrent pour eux. Nous parlons avec raison, eux rugissent l’irrationnel avec tant de convictions qu'ils effacent aussitôt nos paroles, et les noient dans les hurlements.

Parmi ceux-ci, je puis désormais le dire qu'entre tous, parmi tout ce mouvement de populistes passionnés, les Atarini, Scaela et consorts, que Salvatore Lograno fut le plus talentueux de ces vendeurs de rêves, non pas parce qu'il parlait mieux que les autres. Bon orateur, il l'était, mais moins d'être le champion des foules. Mais parce qu'il était en capacité de communiquer au plus grand nombre l'irrationnel, et à le faire passer pour le rationnel. Il possédait le magnétisme nécessaire à faire de l'irréalisable, réalisable. Il eut été un tort de se figurer qu'il n'avait pur lui que sa force de mercenaires. Payés par lui, ils l'étaient, certes, mais l'argent et il le savait, était un moteur versatile. Dés lors que la fortune se renverserait, ces gens l'abandonneraient. Aussi, il s'était appliqué à transmettre ses rêves à ces pauvres gens, à leur communiquer chacune de ses visions sans le moindre complexe. Il passait parmi eux, gonflait leur égo en leur répétant sans cesse qu'ils étaient les rois de l'univers, et qu'ils méritaient de l'être. Il furetait parmi le camp de ses mercenaires le soir, et parfois, passait la nuit avec eux. Ses songes leur faisait prendre de la hauteur, et penser à un destin exceptionnel, quand sa personne leur rappelait leur vraisemblance, et l'hardeur qu'il mettait à leur faire comprendre qu'il était l'un des leurs renforçait cette perception. Lograno était un tyran chez les volterrans, qui avait dépassé tout cadre légal par sa personne, mais dés lors de son passage dans les casernements, il devenait leur frère: jurant, chantant et buvant avec eux. Leur présentant ce qu'il prépare pour eux, et le grand destin qu'ils s'apprêtent à connaître, comme si il avait eu la vision de la part de Dame Fortune dans l'un de ses nombreux rêves. Durant ces beuveries, il se moquait volontiers de lui-même, et abusait du vin landrin, qu'il buvait à même un cratère qu'il faisait passer parmi ses Hommes et ses femmes, Tony Scarla et la chaman en tête. Et il leur racontait des histoires, une tête de lion fichée sur sa propre tête.

a
Grosse soirée

Dans l'une d'entre elles, il leur disait qu'il était un fils caché de Dame Fortune, dans une autre, il prétendait qu'il allait unifier l'entierté de l'univers sous son règne éclairé, faisant miroiter la venue d'un âge d'or, d'une ère de félicité et de bonheur sans fin pour toutes et pour tous. Ce fut quelques veillées avant son voyage à Fortuna, pour régler "l'affaire messaliote", qu'il s'adressa ainsi à Tony Scarla et à sa chamane, aviné comme rarement il l'eut été:

" Prouver quelque chose ? Moi ? Je n'ai rien à prouver si ce n'est à moi-même, Tony, et j'ai tout à gagner. Sauf peut-être à ma mère, Fortuna, à qui je dois ma naissance. A elle, je dois lui prouver chaque jour que je suis capable de la plus grande des audaces, et de la plus grande des folies. Je ne puis me fixer, m'endormir, me calmer, me tempérer ! Car ne rien faire, c'est comme mourir chaque seconde. Je puis te promettre une chose, Tony: c'est que je m'ennuie ici, et je refuse de m'ennuyer ne seconde de plus. Bientôt, très bientôt, nous irons à Fortuna, et je réclamerai mon ascendance divine. Bientôt, nous irons à Messalie, et je réclamerai l'argent qui ne revient qu'aux braves."

De cette magnifique beuverie naquit l'idée de la tournée du prince volterran en Leucytalée, et de son intention d'arracher de Fortuna et d'un certain Déria, la légitimité nécessaire pour vaincre à la fois Agricola et Altarini, tout en acquérant les fonds pour accomplir son fait. Aussi médiocre qu'il fut en Histoire, il se rappelait que chacune des cités de la Dodécapole tenait la patrie mère des fortunéens en respect, et que bien avant que celles ci ne nomment l'hégémon parmi elles, celui-ci fut il y a bien longtemps, qu'un simple magistrat représentant de l'autorité fortunéenne, envoyé depuis la reine des cités pour régenter les colonies de la Manche Blanche. Se fondant sur une loi ancestrale et l'autorité nominale d'une Fortuna lointaine, il entendait là contrecarrer l'autorité de fait de la cité velsnienne sur ses sœurs dodécaliotes, et dont il savait que jamais il n’obtiendrait de celle-ci l'hégémonie de bon cœur, et qu'il fallait lui présenter le fait accompli que Fortuna le reconnaissait. A terme, que ce soit Fortuna ou Velsna, Lograno s'était mis en tête d'accomplir chose qui n'avait été faite de toute l'Histoire: unifier l'intégralité du monde fortunéen sous son autorité bienveillante, dans ce qui serait le clou de sa légende. Il n'avait d'attachement pour sa propre patrie, et n'avait que d’intérêt sa place dans l'Histoire. Aussi, faire ce que des Hommes tels Scaela, Déria ou Di Grassi n'avaient jamais eu la volonté eu la capacité de faire, c'était là l'une de ses grandes obsessions. D'obsession pour le pouvoir il ne l'affichait pas en soi, il voulait simplement que l'univers scande son nom, et se souvienne de lui comme le plus grand de tous les princes.

Pour accomplir ces rêves, il lui fallait ainsi la légitimité fortunéenne, et l'argent messaliote. Si la Banque océane n'entendait lui céder, alors il viendrait se servir. Messalie, parmi toutes les villes de Leucytalée était l'une de ses perles les plus riches et brillantes, mais c'était également une patrie soumise à l'hésitation, la frustration et la violence. Chaque cité avait son régime politique, présentant forces et faiblesses, mais Lograno su que la République messaliote avait bien davantage de défauts que de qualités qu'il s'agissait d'exploiter, et rendre le fruit assez mûr pour qu'il tombe sans efforts. Conquérir Messalie par les armes était plan bien trop simple pour être le fait de l'intelligence et de l'observation. Si Messalie devait ouvrir ses portes, ce serait avant tout de l'intérieur. Comme bien d'autres cités, Messalie était une oligarchie en apparence solide, mais dans les faits bien précaire, tant et si bien que le pouvoir s'y était resserré autour d'une élite politique et économique, peut-être plus restreinte qu'à Velsna, et qui contrairement à celle-ci e pouvait faire reposer sa légitimité sur quoi que ce soit d'autre qu'un état d'urgence prononcé quelques années auparavant, et qui avait scellé le destin de sa démocratie. Rarement lors de son dernier passage, Salvatore Lograno eu constater un si grand décalage entre un peuple et son gouvernement, ce qui lui rappelait sa propre patrie, à la veille de sa prise de pouvoir.

Tout comme Volterra, Messalie était aux mains d'une élite politique terrorisée par sa propre population, tant et si bien que presque deux messaliotes sur dix fut privé de droits électoraux. Une telle masse, ne trouvant aucun moyen d'expression politique, ne pouvait qu'être un carburant utile aux ambitions du volterran de faire chuter cette République chancelante. Ivrogne qu'il était, il fut autrefois un Homme du peuple, qui comprenait les caprices et les frustrations de la foule: le lot de toutes les oligarchies était de laisser de côté une partie du peuple, qui si elle fut assez instruite, ne cessait de chercher d'autres moyens d'expression politique. Et lorsque le système en place ne laisse pas même une lucarne de lumière pour donner au peuple l'illusion qu'il est en contrôle de la situation, il se produit des moments qui permettent aux Hommes providentiels de devenir les protecteurs autoproclamés des peuples. On se cherche des héros, des hommes et des femmes ayant solution à tout, des élus d'une destinée manifeste qui viennent gonfler nos égos, qui viennent flatter notre être, et dire en lieu et place des gouvernements légaux que nous sommes meilleurs que ce que les autres pensent, que nous méritons mieux que ce que nous avons, que nous sommes des êtres exceptionnels. C'est ainsi que Salvatore Lograno commença à financer et soutenir le "mouvement des sans-voix".

Au vu de la situation interne de la cité, ce fruit qui n'était pas encore tout à fait mûr, il paraissait évident que son système fut bien trop verrouillé pour qu'une opportunité puisse émerger de ses élections. Il fallait donc qu'un mouvement émerge hors de son contrôle, qu'il s'improvise contre-société, qu'il vienne flatter l'égo et grandir des messaliotes qui dans tous les cas, n'auraient pas voix au chapitre. Et quoi de mieux que de s'appuyer sur un mouvement dont la principale revendication paraissait légitime dans la grande majorité des patries de l'Eurysie ? Qui eut été assez fou en une quelconque patrie hormis celle des loduariens, pour dire que ce que réclamait cette foule eut été légitime ? Le mouvement des sans voix, à la pensée de Lograno, serait le premier clou d'un cercueil qu'il fabriquerait patiemment de lui-même.

Ceux-ci, à compter de ce temps, rencontreraient tous leurs financements occultes exaucés par Lograno, qui se gardait bien pour le moment, d'agir en déclarations aussi grandiloquentes qu'il eut pu le faire avec la fameuse déclaration de la liberté de la cité messaliote. Ce n'était pas à la cité messaliote qu'il s'adresserait cette fois, mais aux messaliotes eux mêmes, dans son habitude bien commune d'outrepasser le pouvoir des institutions légales, et de prendre contact directement avec cette masse mal identifiée que l'on appelle le "peuple". Instiller des paroles de sédition, dire des mots tels que "Nous contre eux", "Nous le peuple, contre eux, les élites". Les élites, cette force occulte et encore une fois, identifiée de la manière la plus floue possible. Une petite classe de personnes qui serait au dessus des lois et des règles qu'elle édicterait elles même. Voilà l'ennemi, ce petit groupe contrôlant le système politique messaliote, aménageant un duel illusoire entre des formations politiques qui ne sont vouées qu'à la gestion d'un système que personne ne remet véritablement en cause. Des gestionnaires et des administrateurs davantage que les rêveurs que sont des individus comme Salvatore Lograno. Si son nom resterait tu pour le moment, le spectre de Lograno serait déjà là, derrière chaque chèque, chaque virement bancaire à destination des groupes plus ou moins structurés évoluant hors du système politique messaliote. Qu'il s'agisse d'associations informelles ou de formations politiques. L'élection n'était pas l'objectif, c'était l'ennemi.


Dans les eaux de Nuevo Fortuna (Développement de personnage)

La pluie tombait en gouttes noires et épaisses. Elle formait un rideau de théâtre, ouvert par un vent de furie, révélant sans cesse d’autres grands draps gris. L’horizon était bouché ; devant s’étendait une scène vide qui laissait tout à l’imagination. L’océan, la côte, la cité. Le froid mordait la peau. L'eau giflait la tôle. Sur le pont, les flaques s'étendaient, des miroirs froids et hostiles. C’était une saison de titan, faite pour écraser les hommes. Et eux se serraient, sous le pont, aux côtés des machines, défiant l’orage et cette mer démontée. Ses vagues immenses et monstrueuses, poussées par des courants plus vieux que le genre humain, animées d’énergies primordiales. Et l’odeur de la mer, l’iode, le fer, et quelque chose de plus gras et vivant, comme la chair d’un poisson mort, jetée aux gros morceaux sur le pont. L’odeur du sang, en pire. Et bientôt l’odeur de la sueur. Vivante. Forte et rance. Les hommes et femmes de l’équipage qui luttaient pour garder la machine sur le droit chemin. Leurs muscles poussés à bout, leurs doigts serrés sur des outils longs comme des bras, resserrant les écrous, gémissant sous l’effort. Une souffrance abjecte et, au fond, inutile.

Les hommes l’ignoraient, évidemment. L’équipage était bon. L’esprit de chaque pirate vidé de toute substance. Une machine habituée à la torture, faite à ses choix de vie. Refusant pour toujours les cas de conscience, ou la réalisation soudaine : pourquoi suis-je ici ? Quel est le sens de mon action ? Des tueurs prêts à tuer, acquis à leur cause. Ils ont trop donné pour reculer. Et Khatan, leur reine, croyait que la nature se rangeait de son côté, cherchant à cacher son approche par les seuls moyens qu’elle connaissait. Le capitaine le savait pourtant bien. Pauvre nature. Ses subterfuges antiques étaient inutiles, du temps du radar, du laser, de la guerre électronique. Elle appréciait l’effort, cependant. L’horizon bouché avait quelque chose de rassurant. Elle rapetissait le monde, lui redonnait un aspect appréhendable. Et l’eau noire était comme un jus froid et clair, une lymphe du monde, un liquide vital qui livrait tout le romantique qui manquait à la guerre.

En principe, Khatan n’était pas favorable au romantisme. Trop souvent, il se substituait à la recherche de moralité. Qu’est-ce qui était plus attirant, entre le meurtre et le pillage, et une « aventure potentiellement exotique » ? Sémantique. Les deux fusionnaient, en fait. Pendant mâle et femelle d’un même fait d’arme. Elle refusait la morale. Elle vomissait la morale. Et ainsi, le romantisme la mettait mal à l’aise, en principe au moins. Mais elle acceptait le charme de l’eau, de la tempête.

Une vague plus haute que les autres explosa contre la coque, projetant une gerbe d'embruns qui s'écrasa sur la verrière. Le navire fit une embardée pour s’enfoncer comme un pieu dans la chair de l’océan, avant d’en ressortir. Un homme d’équipage, harnaché et encordé, avançait sur le pont sans que Khatan ne sache bien dire pour quelle raison. Autour d’elle, les officiers s’étaient accrochés à leurs consoles, l’un d’eux eut un rire qui puait le stress. La capitaine, enfoncée dans son fauteuil, se pencha en avant, les yeux rivés sur la verrière, et la petite tache en combinaison orange, qui avançait vers le guindeau. Avait-il fait ses prières ? Quel dieu avait eu droit à ses faveurs ?

Les marins étaient superstitieux, ce qu’elle comprenait bien, mais étant entrée dans la marine tardivement, par nécessité ou opportunisme, toute leur culture lui semblait étrangère. Leur rapport à l’immatériel, parmi tous. Une survivance inexplicable de pensées médiévales. Quelque chose d’assez pur, qui avait résisté aux assauts de la modernité et à l’éradication progressive de l’âme humaine. La violence des éléments taillait le marin comme l’océan taillait les côtes. Les récifs escarpés et les grandes falaises. C’étaient des êtres chthoniens, oui. Des brutes par nature, encore rattachées à des religions plus vieilles encore que les religions. Et certains, elle le savait, se vouaient entièrement au mal, conscient qu’on ne trouverait aucune morale en haute mer.

Khatan s’était toujours dit que l’existence de cultes obscurs, dans l’histoire de l’humanité, s’expliquait facilement par la nature même de l’être humain. Il s’était toujours trouvé des fléaux. Des individus brutaux, en marge, qui justifiaient la violence et l’érigeaient en système d’existence. Et puisqu’il fallait comprendre ces systèmes, que le mal n’était qu’une négation ou un dépassement du bien, alors il fallait se définir en rapport à ce qu’était la morale. Dans un monde tout entièrement soumis à la croyance en Dieu, ceux poussés au mal, à la violence, à la domination sans partage, pouvaient s’imaginer pris par le Diable. Dans un monde de panthéon, on s’orientait vers les dieux sombres.

Parfois, dans de rares moments d’introspection, Khatan enviait ces hommes et femmes. La disponibilité infinie des savoirs qui, il lui semblait, caractérisait le monde moderne s’accompagnait d’une dévaluation générale des croyances. Elle ne pouvait trouver le moindre intérêt aux pensées si celles-là ne régnaient pas sans partage. Refusait de se définir vis-à-vis d’une philosophie qui n’était pas absolue. Dépossédée de son statut de « vérité », la philosophie n’était rien qu’une pensée parmi d’autres : il n’existait plus d’universel. Les normes à dépasser étaient un amas, une bouillie, une moyenne cosmopolite. Sa transgression, sa norme naturelle, son dépassement instinctif de toute limite, s’en retrouvait ramené à une simple psychose. Oui. Elle n’était au fond rien. Pas l’ennemie d’un ordre précis ou d’une pensée particulière.

Puis elle se reprenait, et réalisait qu’elle pouvait être la transgression de tout à la fois, et le dépassement de tout à la fois; Que son action pouvait fixer les frontières et jeter les lumières sombres sur les rares creux et vallées de ce paysage moral. Révéler les fractures du néant, et projeter des ombres longues jusqu’aux limites de la civilisation. Alors, retournée à elle-même et à ses ambitions, elle se comprenait enfin, et comprenait son rôle. Elle était, ultimement, le grand révélateur.

Inutile de croire qu’il existait un Dieu. Dieu était l’absolu. Plus encore, Dieu était la croyance commune, impossible à comprendre, perçue sans être décryptée. Elle pouvait s’élever jusqu’à ce point. Elle y travaillait. Et s’il se trouvait déjà quelqu’un au sommet, installé dans un trône d’or serti de jade et de rubis, elle poserait ses belles mains fraîches sur sa nuque maigre. Sentirait les tendons, le cartilage et l’œsophage sous la pulpe blanche de ses doigts. Une peau sèche et crevassée, qu’elle serrerait jusqu’à la déchirer. Et elle étranglerait le seigneur. Serrerait jusqu’à rompre sa nuque. Jusqu’à réduire sa chair. Jusqu’à ce que son sang glisse entre ses doigts, jusqu’au poignet. Imbibe la dentelle subtile de sa chemise. Et sur la langue asphyxiée du vieux, comme une grosse larve sortant d’une fleur, elle déposerait un bouton de manchette d’or, puis un baiser, et jetterait le corps en bas du trône, et le regarderait dévaler la pente vers l’infini, et aurait un rire comme la foudre et des larmes en déluge, car l’univers entier serait défini par l’ombre de son action.

La pirate eut du mal à déglutir, la salive resta un instant coincé dans sa gorge, comme une bulle de morve ou de sang coagulé. Elle avait un goût de fer en bouche. Sa mâchoire était crispée, ses dents serrées les unes contre les autres, prêtes à éclater. Tous ses muscles étaient tendus, figés dans l’attente d’un coup qui ne viendrait pas. Elle se redressa lentement sur son siège, puis fit rouler ses épaules en arrière, fit l’inventaire de ses muscles. Soudainement, elle était frustrée. Et en colère. Et curieusement excitée. Une chaleur pure, pleine de vitalité, remontait de son ventre jusqu’à son crâne. Elle se passa une main sur le front et dans les cheveux. Une pellicule de sueur tiède couvrait sa peau.

Il faisait pourtant froid, sur la passerelle. Un froid glacial. Comme l’air dans ces putains de régions. Mais tant mieux. Elle préférait ça. La pluie tropicale de son pays natal était une pluie grasse et sale, qui ne permettait pas de distinguer ses gouttes de la sueur humaine. Et on se retrouvait, brûlant, soumis aux caprices d’éléments aveugles et sanguins. Ici, au moins ; il n’y avait pas de chaleur humaine. Pour vivre il fallait agir. On ne pouvait pas se contenter de lever la face vers le ciel, d’ouvrir la bouche et fermer les yeux, de crier, crier connement, « regardez, je vis ». Personne ne vivait vraiment, là-bas.

En fait, elle en avait la conviction, personne ne vivait vraiment nulle part.

Elle bondit de son siège et se retourna pour attraper sa veste, dont elle se vêtit d’un geste sec. Les pin’s accrochés aux épaules s’entrechoquèrent en une série de tintements joyeux. Collection de gadgets en plastique et en aluminium commémorant des évènements personnels. Des victoires, des pillages de haut rang, le viol d’un tortionnaire, l’assassinat d’un autre, son intégration à l’équipage, la fois où elle avait vaincu De Clerq en duel, celle où son équipage lui avait organisé une fête surprise. Bientôt, peut-être, peut-être, bientôt autre chose. Il y avait une ville qui l’attendait.

Autour d’elle, les officiers s’étaient figés. Pas tout à fait au garde-à-vous – aucun kotioïte n’aurait accepté la discipline exigée des militaires – l’idée n’en restait pas moins la même. Ils étaient à ses ordres, ils attendaient. Elle se passa le pouce sur le bout du nez, et renifla. Ils étaient à ses ordres, mais elle ne se faisait aucune illusion. La Compagnie Franche de la Tempête était encore la chose d’Evert De Clercq. Ils lui obéissaient parce que le citoyen Éon leur en avait donné la consigne. Elle n’était rien de plus que sa voix. Sa commissaire politique. Ce pouvoir n’avait rien de l’absolue transcendance qu’elle atteindrait un jour. Elle pivota vers l’officier de quart.

– Jenny ?
– Oui citoyenne ?
– Je vais discuter avec l’espion.

L’espion présomptif aurait été plus juste, mais elle avait décrété qu’il était « l’espion », et il resterait à jamais l’espion. Elle se foutait de savoir si ce type était un marin néo-fortunéen, velsien, d’ailleurs. Lui et tout son équipage avaient croisé le sien, et s’étaient retrouvés condamnés. Il y avait une guerre, qui opposait deux villes, deux villes qui revenaient de droit à ses maîtres. Apamée. La vie de chacun de leurs citoyens, et de quiconque passait sur leur territoire, était l’objet, le sujet d’Apamée. Et elle en était, dans ces eaux, la représentante.

La lieutenante soutint le regard de Khatan.

– Je te ferai signe si on a des bonnes nouvelles de Couroupédion.
– C’est quoi une bonne nouvelle, Jenny ?
– S’il y a besoin de toi ici, sur le pont. Tu sais...
– Pour quelle raison par exemple ?

La seconde jeta un regard en coin aux autres officiers, lesquels étaient très concentrés sur leurs consoles, outils de navigations, sur la tempête derrière la verrière. Une nouvelle vague se fracassa contre le pont : l’eau s’abattit sur la verrière comme une volée de flèches.

– Si les négociations permettent de prendre la ville, dit-elle enfin.

C’était une réponse raisonnable. La citoyenne Khatan acquiesça pensivement.

– Il n’y a plus personne à Néo-Fortuna. On pourrait entrer, et tous les tuer.
– Sans doute, oui, capitaine.
– Mais je suis sûr que le citoyen Éon trouvera un moyen d’éviter ça.
– C’est aussi mon avis.

Khatan lui fit un clin d’œil, puis approcha d’un grand pas pour lui attraper les deux épaules, les serrant de toutes ses forces. Elle affichait un grand sourire, un peu stupide, qui se heurtait à l’air imperturbable de la première officière de quart.

– C’est bien Jenny. Tu me tiens au courant, donc.

Puis elle exécuta un salut d’aviateur adressé à l’ensemble du pont, et pris la direction de la sortie. La dernière chose que Khatan entendit avant d'en passer le seuil fut la lieutenante annonçant à la prison de bord l’arrivée prochaine du capitaine. Puis elle fut seule avec les boyaux du navire, et le son de ses semelles contre la tôle des passerelles. L’écho résonnait à travers la cage d’escalier, précédait son arrivée. Elle aimait s'imaginer que les ombres et les hommes se cachaient à son approche. Qu'elle était, au fond, une autre forme de tempête, hantant les coursives comme un vent mauvais.

Le trajet jusqu'à la prison de bord ne fut pas très long. L’Elfshot était un beau navire, bien conçu, marin. Sans doute le plus bel appareil de la flotte kotioïte. Patrouilleur lourd pharois à l'origine, il avait fini entre les mains d’un riche armateur de la Cité Noire qui l’avait équipé et rééquipé, encore et encore, avant de le vendre à un obscur syndicat kah-tanais. C’était là qu’une série d’accords occultes avaient transformé le navire : nouveaux canons, guerre électronique moderne, baie de drones, tubes lance-torpilles. On avait dû rogner sur les quartiers d’équipage et le stockage mais, à vrai dire, le confort restait au-dessus des standards militaires.

C’était un appareil pensé pour les pirates. Après quelques années à faire la transocéanique avec les convois commerciaux, il avait finalement été racheté par le Tribunal Révolutionnaire, qui l’avait mis à disposition de l’Armada Noire. Une brève aventure afaréenne avait convaincu l’amirale Varpu de sa valeur, et elle l’avait ramené d’urgence en Eurysie, soucieuse de trouver un rôle à ce qui était, à plus d’un titre, le plus atypique des bâtiments de sa flotte.

Son prêt à la brigade d’Éon en disait long sur l’influence du citoyen, ou de ses protecteurs. Ou encore sur la terreur d’un parlement trop veule pour accepter la radicalité qu’exigeait la Révolution. On avait donné les plus beaux jouets de la Fédération à des hommes prêts à les employer, c’était déjà ça, puis on les avait catapultés sur un front dont on estimait sans doute qu’ils ne sortiraient pas vivant.

Oui, bien tenté. Et à vrai dire, elle pensait même que le plan des parlementaires n’était pas totalement abruti. C’est vrai : Lograno avait des armes lourdes, les moyens de ses ambitions. Quant à ces petites putes d’Adria, protégés par les universitaires et leurs pleureuses de chevaliers, ils avaient une partie de la flotte de l’hégémon. En d’autres termes, Apamée était la troisième roue, le canard boiteux, l’agneau sacrificiel, le point de convergence de la guerre, qu’on imaginait déjà mort, brisé par un conflit que la démocratie directe à l’ancienne, désorganisée, rhétorique, sans colonne vertébrale ou grande idée faisant office de précédent et guide d’usage, une guerre que cette démocratie de faibles, aurait été inapte à affronter.

– Bien tenté, misérables fils de pute, bien tenté.

Elle porta une main à son front, une douleur aiguë lui montait aux tempes. Confondant le mouvement pour un salut, deux marins qui passaient dans les coursives le lui rendirent, agrémentés d’un « Citoyenne » respectueux. Elle acquiesça, continua son chemin, se concentra sur le claquement régulier de ses bottes contre la tôle. Quand elle fut sûre qu’ils étaient éloignés, elle s’adossa à la paroi. Une poutre apparente lui rentrait entre les omoplates. Les yeux un peu écarquillés, elle fouilla l’intérieur de sa veste à la recherche de son inhalateur. Depuis combien de temps elle n’avait pas consommé de dope ? Maladivement attachée à sa santé, elle surveillait sa consommation, souhaitait plus que tout éviter les overdoses. Elle en avait trop vu, des grands guerriers qui finissaient en flaques, morts sur le sol, lâchés par un corps trop faible pour les plaisirs terrestres.

Le destin lui réservait autre chose, ça, elle le savait. Enfin sa main heurta le petit réceptacle de plastique vert. Son pouce caressa le bouton poussoir en alliage, appuyant doucement dessus. Pas assez pour actionner son mécanisme, mais assez pour le sentir. Sentir la limite, le point où elle l’aurait dépassé. Pour se rassurer sur son existence. Elle retira la main de sa veste.

La consommation de drogue était formellement interdite à l’équipage. Elle-même gardait ses excès secrets. Moins par honte ou souci des règles que par instinct de survie. Paranoïa. Un peu des deux. Les camés étaient des cibles faciles. Preuve en est, elle avait récupéré l'inhalateur chez une de ses victimes : avant de partir pour la Dodécapole, elle avait souhaité régler son compte à une vieille connaissance de la pègre Nazumi. Le type se faisait appeler le Jashurien. Elle doutait qu’il le soit vraiment, mais il avait adopté l’accent, quelques tropes de la culture du nord du pays, et il avait la bonne ethnie, alors personne ne remettait vraiment le nom en cause. De toute façon c’était pas le pseudo le plus con sur lequel on pouvait tomber, et au-delà de ça, le Jashurien était un bon fixer. Le souci bien sûr, c’est que les fixer sont tous un peu consanguins, et surtout, n’ont aucun honneur. Khatan avait interdit au type de fouiller dans son passé, et lui avait proposé un accord à l’amiable pour éviter qu’il ne vende des informations à son sujet à d’autres clients. Il avait accepté, et pour un temps, ils avaient eu un partenariat honnête. Il évitait de répandre des « sales rumeurs », lui permettait de prendre un nouveau départ dans la seule ville qui voulait bien d’elle. En échange, elle lui rendait quelques services. Recouvrement de dettes, menaces et torture à domiciles. Une fois, elle avait scié les freins d’un député.

Le Jashurien avait prétendu qu’en intégrant la piraterie il avait mis fin à leur accord. Bien sûr, elle n’était pas de cet avis, alors elle s’était rendue dans ses bureaux, à deux pas de la Coupole, l’ancien quartier général du mouvement fasciste qui avait tenté de prendre la ville. Elle avait cassé une fenêtre et était rentrée au premier étage. Puis elle était arrivée dans son bureau et l’avait trouvé là, comme une espèce d’énorme grenouille posée sur son fauteuil, tout gras et suant. Il lui avait fait cette espèce de grand sourire qui veut dire « on est ami, on s’entend bien », et lui avait demandé ce qu’elle venait faire ici. Elle lui avait répondu qu’elle l’avait prévenu, qu’il n’avait pas le droit de dire aux autres qui elle était, d’où elle venait. Il avait trouvé ça très amusant.

– Ne t’en fais pas, les gens sont curieux mais ce que tu as fait au Nazum, c’est du beau boulot en fait. C’est bon pour ton CV. Quand ils l’apprennent, les autres lâches l’affaire, ou me demandent s’ils peuvent te contacter. Pour te faire bosser, tu vois ?

Il avait arrêté de la regarder, et faisait mine de consulter son ordinateur sans plus trop faire attention à elle. Pour lui, à ce moment, le sujet était traité. Elle avait crié.

Mais putain j’en ai rien à branler de ça.
C’est juste le boulot, avait-il répondu en relevant les yeux de l'écran. Il lui sourit avec compassion, comme pour lui dire "sois raisonnable. Ces informations sont... Inoffensives, tu vois ? Et tu sais, elles sont disponibles publiquement. Et plus ça ira, plus les gens finiront par savoir qui tu es. C'est bon pour toi, à mon avis.

Ce qui, bien entendu, était inacceptable. Sur le moment elle avait eu un petit vertige. En fait elle se foutait bien que les gens sachent qui elle était, d’où elle venait. Il était très agréable de les laisser digresser, se poser des questions sur son identité, émettre les théories les plus grotesques. Celle en vigueur dans les milieux les plus intellectuels faisaient d’elle une princesse du Tahoku en rupture avec sa famille. Hilarant. Mais si on savait qu’elle n’était rien, une petite gamine du béton et de la sueur, populaire et malade, rien qu’un chien fou de la pègre, ça ne tuerait pas sa légende, ça ne tuerait pas son action, mais ça jetterait un lumière différente, dessus. Hors de son contrôle.

Putain mais connard, j'en ai rien à foutre, j'en ai rien à foutre le Jashurien. Tu comprends au moins ? T'es con ou quoi espèce de merde ?!

Elle avait senti un vertige, oui. Comme si on l’avait arraché à son corps pour la renvoyer dans une cellule capitonnée, un tube dans la bouche, pesant contre son œsophage, une sensation lourde et acide dans le vendre, une envie de vomir jamais assouvie. Elle s’était revue, les ongles arrachés contre le rebord d’une porte fermée, les doigts en sang, criant encore et encore.

Elle avait donné un coup dans la gorge du Jashurien, qui était tombé de son fauteuil, sur la jolie moquette bleu sombre du bureau. Puis elle était montée sur le meuble pour récupérer l’ampoule du plafond. Elle l'avait dévissée et la salle s'était retrouvée plongée dans une obscurité relative. Elle avait sautée au sol, et avait retourné sur le dos, le corps adipeux du Jashurien, puis plongé l’ampoule dans sa bouche, qu’elle avait maintenue ouverte d’une main. Puis elle avait envoyé un coup de botte contre son menton, clac, et roué le corps de coups jusqu’à être trop fatiguée pour continuer. Ensuite, elle avait ouvert le tiroir du bureau, et avait trouvé des petits dossiers en plastique jaune, un pistolet de modèle kartyen qu’elle avait empochée, une plaquette de timbres anciens sous un film plastique, et plusieurs inhalateurs verts, dont un qu’elle avait encore dans sa poche à ce jour.

Elle ne se souvenait plus très bien du reste. Elle avait un peu consommé avant de venir, et avait sans doute testé les inhalateurs. Elle devait être hors d’elle dans tous les sens du terme, car le Jashurien avait fini en morceaux, et l’intérieur crapuleux de l’énorme crapaud avait servi pour écrire quelque chose au mur. « Restez à votre place » ? Elle ne s’en souvenait plus trop bien. Elle ne savait pas non-plus ce qu'elle avait fait du corps. Il lui semblait qu'elle était arrivée avec un plan précis, mais elle savait d'expérience qu'elle s'y tenait rarement.

En fouillant le bureau, elle avait aussi trouvé de l’argent en liquide, avec lequel elle avait payé un groupe de pirates pour trouver l’identité des clients du Jashurien ayant acheté des informations sur elle. Et parce qu’elle devait partir en Dodécapole pour cette mission, avait payée un groupe de nettoyeurs pour trouver et tuer chacun de ces clients. Et quelques autres, pour faire semblant de brouiller les pistes. Pas sérieusement, évidemment. Il fallait que les gens sachent – au moins vaguement – qui avait fait le coup. Se chient dessus, un peu, pour voir. Qu’on arrête de la faire chier. Mais assez pour maintenir l’illusion. Pour que tout le monde prétende ne pas vraiment savoir qui était à l'origine de tout ça. Quant à la justice, elle ne la craignait pas. Les règlements de compte entre pirates étaient totalement tolérés tant qu'ils ne menaçaient personne d'autre. Elle n'avait jamais tué d'innocents. Ces ectoplasmes sans ambitions n'existaient pas à ses yeux.

Le souvenir du sang sur la moquette bleue se mélangea un instant aux taches de rouille sur la cloison du couloir. Elle cligna des yeux. La douleur s’était un peu dissipée. Khatan se décolla du mur et se força à sourire. Maintenant elle était là, au milieu de l'océan, dans un pays qui ne la connaissait pas, qui ne savait ni qui elle était, ni ce qu'elle voulait. Une région du monde qui attendait encore d'être graciée par ses marques, enrichie de sa bénédiction. Un pays de rhétorique creuse, de guerre d'usurpation, où l'on pouvait, par amour, prendre la moitié d'une flotte à son pays. Où l'on pouvait, par ambition, voler une ville à ses habitants. Et elle qui était la femme la plus aimante du monde, qui était la femme la plus ambitieuse du monde. Elle qui entre toutes, incarnait le mieux les qualités que l'on cherchait et attendait, elle qui était peut-être le concentré le plus pur de libre-arbitre, ne s'y taillerait-elle pas une place de choix ? Ils voulaient faire d'Apamée une nouvelle Kotios, et de cette nouvelle Kotios, elle ferait son antre, depuis laquelle elle s'élèverait à la rencontre du monde. Combien de temps, encore, avant que les journaux ne filment son visage en gros plan, que les familles ne dissertent sur son ambition sur leurs canapés ? Combien de temps avant qu'on ne vienne lui lécher les bottes, tirer son portrait dans des revues spécialisées.

Ce qu'elle voulait était au fond très simple : sa tête sur un billet de banque, dans chaque pays du monde. Et sur la couverture des magazines. Et dans les églises, à la place des icônes. Et entre deux publicités pour de la lessive, et dans ces publicités. Et pendant les films récompensés chaque années par des statuettes dorées et kitsch. Et au cœur des minutes de la haine de chaque société, et au cœur des fantasme de chaque homme, de chaque femme. L'exemple pour chaque fils et filles, le contre-exemple pour chaque fils et fille. Elle voulait tout. La célébrité, et le pouvoir, et l'ambition, et se rassasier enfin d'être au centre des libidos.

Et pour ça il fallait qu'elle travaille, et qu'une étape après l'autre, une étape après l'autre, pas à pas, elle parvienne à avancer, à éliminer tout ce qui se dressait entre elle et le rêve, et le rêve et le réel, et que tout soit un jour fusionné, et qu'il n'existe plus qu'elle. Qu'enfin, dans son esprit, dans son environnement, tout ne reflète que sa propre personne. Un monde à son image, à la limite de sa perception, rien que sa propre personne. Et qu'elle ne soit plus jamais dérangée par les autres. Elle posa la main sur la poignée de la porte, ravala un rire de collégienne, et la poussa d'un geste lent. La porte coulissa sur ses gonds sans un grincement. Elle passa le seuil de la prison. Conformément à ses instructions, on l'avait laissée dans l'obscurité la plus totale.
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