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Dans un sous bois éclaboussé de soleil, Blaise Dalyoha jardine. Améthyste Castelage se promène.
- Il fait bon ici.
- Toutes les parties des jardins ne sont pas mortelles, on en garde certaine pour le plaisir.
- J'imagine que tu dois bien t'amuser ici avec ta pouliche, à vous bécoter, vous rouler dans l'herbe à poil. Un vrai petit jardin d’Éden.
- Qu'as tu à me dire de si important que cela nécessite de venir ici en personne ?
- C'est fait.
- La paix ?
- Oui la paix.
- Bravo.
- Et nous n'avons même pas eu besoin de ton petit tour à l'hôtel d'Eurysie.
- On le garde pour une prochaine occasion.
- Je doute qu'il y en ait, cette guerre nous a servi de leçon, Carnavale ne se laissera plus prendre au dépourvu.
- C'est une autre génération qui a commis ces erreurs.
- Parle pour moi, à ce que je sache tu étais dans cette salle avec papa et Pervenche quand vous avez décidé de raser Estham.
- Moi ou un autre.
- Peu importe lequel de tes clones a donné son accord. Carnavale est à moi, Blaise, je l'ai méritée. Je me suis battue pour elle. J'ai repoussé la coalition. Carnavale est à moi.
- Mon aide a été décisive.
- Je sais. C'est pour ça que je te propose de continuer à la loyal. Je te donne l'Afarée, j'y financerais même tes barbouzeries si tu as besoin de liquidités. Garde Bourg-Léon, soigne qui te plait là-bas, quand j'aurai davantage confiance je passerai même sans doute m'y faire poser quelques implants, en signe de fraternité. Mais Carnavale est à moi. La ville, l'arrière-pays, les îles Marines. Son peuple. Je te les rachète.
- Carnavale est chère.
- J'ai les moyens. Je te l'achète contre ta vie. Ta tranquillité. Continue à batifoler nu dans tes jardins, tu vivras vieux, amoureux et paisiblement. J'ai signé un armistice aujourd'hui, je suis de bonne humeur, je suis prêt à en signer un second. En gage de bonne volonté et pour récompenser tes services rendus.
Il se lève. On est en décembre, le fond de l'air est frais malgré le soleil.
- Nos familles se font la guerre depuis deux-milles ans et tu me proposes de solder tout ça maintenant ? Echanger l'héritage de mes ancêtres contre une longue vie douce ? Quelle sorte de lâcheté est-ce que ça ?
- Au diable tes ancêtres, Blaise. Au diable les miens. Le Chaos a mis fin à la lignée de Vale, un millénaire balayé en une nuit, l'Armageddon't a rayé de la carte les Obéron, le XXIème siècle est entamé Blaise, le Kah s'effondre, notre isolement a fait long feu, c'est l'heure pour Carnavale de briller.
- Et tu voudrais que je ne fasse pas partie de tout ça ? A notre apogée ?
- Je prendrai tes conseils avec plaisir. Et les Laboratoires seront la pièce maîtresse de notre arsenal.
Il sourit.
- Améthyste... les Dalyoha ne seront jamais les valets des Castelage.
Elle se raidit.
- Dans ce même jardin, tu m'avais pourtant proposé de tout me céder...
- J'ai menti. Comme j'ai menti à Pervenche Obéron. Comme ton père lui a menti. Comme nous ne cessons de nous mentir car nous sommes ennemis. Entre toi ça dans le crâne. Il n'y aura pas de paix, et Carnavale est notre champ de bataille.
Elle soupire.
- Au moins j'aurai essayé. Peut-être que tu es comme l'OND finalement, pour t'attirer à la table des négociations il faut t'infliger suffisamment de pertes.
- Ne le prends pas personnellement.
- Ah non ?
- Ce combat dépasse nos personnes.
- Oui oui, et Pervenche Obéron croyait aux prophéties millénaires et à la fin du monde. Ça ne te dirait pas de lâcher cinq minutes la métaphysique pour parler matériel ? Travaille avec moi, profite de ta fortune et de ta femme, élevons la Principauté plus haut qu'elle ne s'est jamais élevée.
- Navré. Ce n'est pas mon genre.
- Ce n'est pas grave. J'espère juste que nous ne le regretterons pas.
Elle s'éloigne.
- Carnavale sans la guerre, ce n'est pas Carnavale.

