07/11/2018
19:00:57
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Année électorale 2018 - Mort aux rois et aux tyrans ! - Page 2

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Soirée électorale: Vote des cités-libres



Nous sommes le 9 mai, et les résultats des élections sénatoriales tombent à Velsna...mais cela ne doit pas faire oublier le fait que la Grande République n'est en rien un État unitaire, ou même une fédération. Le territoire velsnien ressemble davantage à un ensemble confédéral de cités dont les droits et obligations varient grandement l'une à l'autre, où Velsna exerce une autorité restreinte à des domaines très spécifiques de la souveraineté. La plupart de ces cités conservent des normes juridiques et politiques qui leur sont propres, et dont les spécificités remontent parfois du temps de leur soumission par Velsna durant la période médievale. Dans ce cadre, les assemblées locales de ces villes possèdent un pouvoir non négligeable, d'une forte autonomie en matière de défense, de commerce et de fiscalité. Les résultats des élections sénatoriales de chacune de ces cités ont donc de grandes conséquences sur la politique locale, et leurs résultats sont souvent conditionnés aux relations de ces cités avec Velsna, ou bien à des questions locales qui n'affectent pas ou peu le niveau "national".

Quels seront donc les résultats, nous le saurons dans quelques instants. 3,2,1…voici les résultats !


Cités de Strombolaine/Achosie du nord (Strombola et Velathri):

Traditionnellement les premières à livrer leurs résultats, les cités d'Achosie du Nord nous font part de résultats peu surprenants au vu des derniers évènements, mais qui font figure d'un premier choc dans le cadre de cette soirée électorale. Selon les dernières estimations, la liste locale ultra-conservatrice Dehors les Achosiens remporteraient la majorité dans les deux cités, dont une majorité absolue à Strombola. Quant à la cité de Velathri, il ne serait pas étonnant de voir le groupe des Optimates fortunéens devenir une force d'appui d'un éventuel gouvernement d’extrême droite. Inutile de dire que le regain des tensions avec la République d'Achos n'est pas étranger à ce coup de théâtre au niveau local, mais ce qui est fait est fait: cet ancien bastion conservateur, fief de beaucoup d'excellences sénateurs et sénatrices de la majorité conservatrice, a pleinement basculé au profit de Dehors les achosiens, phénomène dont nous pouvions constater les prémices il y a quatre ans de cela. Le résurgence de l'AIAN n'est bien entendu pas étrangère à cette vive réaction de la part de la population de la région. On nota la forte résistance à l'échelle locale des eurycommunistes, qui parviennent à garder leur assise de 160 sièges, un chiffre presque identique au précédent scrutin et qui témoigne d'un électorat solide.

La question est désormais de savoir quelles seront les conséquences à court et long terme de ce bouleversement majeur. En question, la politique d'ouverture du Gouvernement communal velsnien vis à vis d'Achos devrait rencontrer désormais une plus vive résistance des élites locales a toute tentative d'apaisement.



Sénat de Strombola
Majorité absolue Dehors les Achosiens



Sénat de Velathri
Majorité relative Dehors les Achosiens



Cités du Septentrion (Tarquina et Tercera) :


Territoires parfois oubliés parce que peu peuplés, les cités de Tarquina et de Tercerade ont toutefois été au centre d'une controverse l'année passée. En cause, les tensions entre l'état ultra conservateur du Khardaz et les membres de la Confédération socialiste du Nazum, qui ont fait peser sur la petite ile un sentiement d'insécurité croissant quant à la possibilité d'un conflit dans les eaux du nord. Toujours dans cette région, la Poetoscovie a débuté il y a peu une campagne visant à affirmer un sentiement impérialiste.

En conséquence, le scrutin de cette année devrait montrer de la pertience, et servir de test quant à la politique étrangère de la majorité conservatrice en place, à la fois à Velsna et au niveau local. Les citoyens ont fait le souhait d'une présence militaire accrue de la cité velsnienne, et nous verrons donc ce soir si leur requête a été satisfaite.

Il est 22h, regardez notre toute première estimation. Les Hommes du Patrice semblent obtenir une majorité absolue dans les deux cités et conformer le statut de bastion électoral conservateur de l'ile. Là encore et comme en Achosie, le Cartel des gauches semble bien résister à l'atmosphère d'anti-communisme ambiant résultant de la présence de la Confédération et de ses initiatives pour le moins douteuses. On constate une certaine percée des Optimates de Fortuna, dans un territoire qui ne les favorisait pas dans la théorie. Peut-etre un "effet Altarini", dot l'action dans la Dodécapole proche a pu séduire un certain nombre d'électeurs, dans des cités qui dépendent de la sécurité des routes commerciales de la Manche Blanche avec la cité velsnienne. On constate un net recul des libéraux, mais qui n'est pas fondamentalement à inscrire dans une dynamique locale: son affaiblissement est davantage à mettre sur le compte de questions d'ordre national.



Sénat de Tarquina
Majorité absolue des Hommes du Patrice



Sénat de Tercera
Majorité absolue des Hommes du Patrice



Cités de l’outre-mer velsnien (Nowa-Velsna et Cerveteri) :


Il est 22h20, les cités de l’outre-mer velsnien viennent de nous faire parvenir les premiers résultats, en retard comme à leur habitude. L'évolution de l'outre-mer velsnien au cours de ces autre dernières années s'est faite sous le signe de la stabilité. Le développement économique des cités de Nowa Velsna et de Cerveteri a été fulgurant, et ces résultats laissent donc apparaitre une certaine stabilité. La cité de Nowa-Velsna semble nous livrer des premiers résultats qui vont à rebours de la tendance générale qui est au reflux de la majorité conservatrice en place. Les Hommes du Patrice, qui il y a quatre ans n'étaient détenteurs que d'une majorité relative, sont désormais en situation de majorité absolue. Quant à Cerveteri, la cité historiquement conservatrice n'a pas dérogé à ses habitudes. Il est toutefois à noter l'émergence de listes mineurs en forme, comme le CCC communaliste, dont la campagne sur le droit des minorités a été très dynamique, et a semblé toucher les minorités indigènes de la région de Cerveteri, assez nombreuses pour faire figure de groupe d’intérêt électoral important.



Sénat de Nowa-Velsna
Majorité absolue des Hommes du Patrice



Sénat de Cerveteri
Majorité absolue des Hommes du Patrice




Cités de la plaine velsnienne (Umbra, Aula, Hippo Reggia, Vatluna, Saliera, Velcal):



Il est 22h35, et ce sont les cités de la plaine de Velsna qui viennent nous fournir une première indication des résultats de ce soir avec, et il semblerait que quelques surprises viennent alimenter un climat général qui pousse tendanciellement à la continuité. Si une majorité absolue pour les Hommes du Patrice dans les cités d’Aula, de Vatluna et de Velcal se dégage, nous assistons en revanche dans la cité de Saliera, à un tremblement de terre: il semblerait que pour la première fois, une cité libre de la Grande République ne soit gouvernée par le Cartel des Gauches, et en particulier par le PEV. Peu surprenant qu'il s'agisse de Saliera au vu de son statut de bastion du PEV, et cœur industriel du pays. Le PEV y a donc transformé sa majorité relative en une majorité absolue, et ne devrait donc pas avoir besoin du reste de la coalition du Cartel des gauches pour gouverner. En revanche, le Cartel des Gauches devrait être en position de gouverner la cité d'Umbra, deuxième ville du pays qui tombe das leur escarcelle. Dans l'ensemble, les conservateurs résistent bien ailleurs, mais voient leurs efforts gênés par des Optimates en progression un peu partout.

Dans l'ensemble, la tendance est à la stabilité pour les formations hégémoniques du PEV et des Hommes du Patrice, qui hormis Umbra, ne connaissent pas de surprise majeure. Concernant les autres formations, il convient de noter des dynamiques intéressantes au sein de certaines listes, mais qui sont davantage de l'ordre de la dynamique nationale. Ainsi, on note un reflux majeur des libéraux de l'UPR (hormis das leur bastion d'Aula) et de la formation ONDehors/ONCasse-toi, qui fait la première les frais de la montée fulgurante de la faction des Optimates fortunéens d'Altarini, qui semble désormais canaliser une majeure partie du vite du bloc contestataire de droite populiste.



Sénat de Saliera
Majorité absolue du PEV



Sénat d'Umbra
Majorité relative du PEV



Sénat d'Aula
Majorité absolue des Hommes du Patrice



Sénat de Velcal
Majorité absolue des Hommes du Patrice



Sénat de Vatluna
Majorité absolue des Hommes du Patrice



Sénat d''Hippo Reggia
Majorité absolue des Hommes du Patrice




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Année électorale 2018, épilogue: le Cincinnatus velsnien



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"C'est drôle. Je pensais que ce serait bien plus difficile de tout laisser. La vérité, c'est que je ne me suis jamais senti aussi bien."

La lande achosienne défile à la vitre. Les brumes viennent se perdre dans les anfractuosités que forment les lacs en fond de vallée, tandis que des pics verdoyant dépassent de ce tapis blanc. C'est endroit est particulier: d'une sublime froideur. Au travers de la fenêtre, il semble paradis, mais une fois à son contact, sorti dehors, la température vient mordre sous les manteaux et les couches de vêtements. Cette terre est dure, mais peut-être douce, comme les gens qui y vivent: les strombolais, et en face d'eux, les achosiens; il y a un charme brut chez ces deux populations, qui finalement, ne sont pas si différentes une fois la barrière de la langue passée. L'Achosie du nord n'a jamais apporté de plus grande richesses à la cité velsnienne que les gens qui y vivent: l'agriculture y est pastorale, la population est farouche et hostile, l'industrie est précaire, les services y sont rares. Mais lorsque que Matteo pose les yeux sur son épouse, puis sur son fils, il vient se rappeler à lui que la contribution des gens de la région ne sont pas leur richesse, mais leur propre personne.

Le parcours de Di Grassi, au départ, ne différait pas grandement de toutes les individus de sa condition sociale, dans cet espace précis. Fils de petit propriétaire terrien, les deux options existantes pour les gens de sa stature étaient les suivantes: perpétuer l'activité familiale consistant à gérer ces domaines, ou bien l'armée. Il était un cadet, et la réponse s'est imposée à lui comme elle allait de soi. Il n'y avait jamais vraiment réfléchi jusqu'à aujourd'hui, pas plus qu'il n'avait remis en cause ce choix forcé. Qu'aurait-il arrivé si la vie pastorale aurait emporté la décision ? La vie aurait-elle été plus facile ? Plus simple peut-être, la sémantique est importante. Même par la suite, il n'a jamais remis en question le parcours qu'il a prit, il a grimpé l'échelle sans jamais se poser de questions, ou même retourner sur ses choix. La guerre de l'AIAN qui déchirait cette contrée l'avait aidé à cette époque, à ne pas trop regarder en arrière. Ne jamais s'arrêter, ne jamais penser, sous peine de regretter. En presque 50 ans d'existence, c'était ce jour la première fois que Matteo Di Grassi s'arrêtait, et regardait derrière lui: tous ces choix ont-ils été les bons ? Quand à 17 ans, il a rejoint la garde civique de Strombola durant la guerre de l'AIAN, quand il a accepté le patronage d'un riche sénateur pour lui donner un ticket d'entrée dans la marine, quand il est devenu sénateur, quand il a prit les armes contre Scaela...

Di Grassi a regardé derrière lui à son départ de Velsna: il y était venu avec ses compères et complices, des jeunes hommes de la province, comme lui: Pasqual, Albirio, Abiate:
- Clara. Tu penses que j'ai fait le bon choix ? Je les connais tu sais, dés qu'on ne les surveille plus, ils commencent à se comporter comme quand on avait 20 ans.

Le désormais ancien maître de la l'Arsenal fixe son épouse, avachie de son côté de la cabine de train, moins soucieuse et plus béate qu'il ne l'est:
- Tu te fais trop de soucis Matteo, comme à chaque fois. Ils s'en sortiront, Pasqual les surveillera. Tu peux lui faire confiance, et tu devrais profiter plutôt que de penser. Je pense que tu en as assez fait pour avoir le luxe de tes propres projets. Avec moi.
- Oui. Certainement. Et je pense avoir fait le bon choix de recommandation pour ma remplaçante.
- Qui ça ? Tu as conseillé Di Saltis ?
- Oui.
- C'est une brave femme. Je me souviens d'elle.
- Tu l'as rencontré à Cerveteri, si mes souvenirs sont bons.
- Comme si c'était hier. Elle venait de perdre ses deux fils. C'est incroyable qu'elle ait eu la force de continuer après ça, elle a les épaules solides cette fille. Elle me rappelait Gina, avec quelques années de plus. Tu as des nouvelles de Gina ?


Le sujet était épineux, et rarement abordé par les deux époux. Entre son exil, et le départ de leur fils pour ses études, ils étaient redevenu ce couple sans enfants. Matteo n'aimait guère aborder le sujet, et ne l'avait effleuré avec Clara qu'à une poignée d'occasions. Il n'en avait parlé à personne d'autre qu'à sa confidente:
- Pas depuis quelques mois. Je sais qu'elle s'est rendue à Fortuna pendant quelques mois, comme je te l'avais dit, et puis, j'ai entendu dire qu'elle s'était enrôlée dans un groupe de mercenaires en Dodécapole. Je suis un peu inquiet...
- Elle te ressemble. Donc moi aussi, je le suis. Elle est aussi débrouillarde.
- Je ne t'ai jamais posé la question: est-ce que tu m'en veux ? Pour l'exil ? Plus j'y pense...
- ...Alors arrête de penser, c'est mauvais pour toi. Gina a fait son choix: elle a commis un crime, et elle a été punie. Tu as fait ce que tu devais faire.
- Oui... Oh, j'ai reçu un message de Patrizio. Il se plait à l'école de l'amirauté à ce qu'il dit. Cela me rassure: le cursus n'est pas facile.
- Je ne m'en fais pas: lui, il me ressemble.


Matteo rit, la première fois depuis longtemps. L'Achosie du Nord lui redonne des couleurs qu'il n'avait plus depuis longtemps. Ce dernier n'avait pas posé les pieds sur la parcelle familiale depuis des années, et pourtant, il y avait là dans ce fond de vallée la source de davantage de tranquillité qu'il n'en connu jamais en trente ans à vivre dans la cité velsnienne. Ces cent hectares n'étaient pas grand chose en comparaison des autres terres agricoles des grands propriétaires, mais une terre est une terre: on est toujours plus ou moins sûr de sa valeur et de son utilité. Le couple, qui a délégué cette exploitation à des locaux strombolains et achosiens, retrouva un domaine inchangé, comme si le temps n'avait pas son œuvre ici, et qu'il n'avait prise autrement que sur les corps des deux amants. La terre en elle même n'a jamais eu grade valeur: la plupart des sols d'Achosie du Nord son peu fertiles, et peu propices à l'agriculture intensive. La propriété des Di Grassi voit ainsi la pratique du pastoralisme se faire, et les bergers viennent souvent faire brouter leurs chèvres sur le terrain. Il y a des cultures, mais dont l'étendue exclut toute exploitation commerciale. Il aurait été difficile de savoir qu'il y avait là un sénateur velsnien, au vu de la simplicité d'un tel domaine.

Il y avait là une tradition tout à fait en accord avec une partie de l'ancienne élite politique velsnienne, qui concevait le pastoralisme et l'agrarisme comme des activités nobles entrant en ligne de compte dans une antique conception du citoyen idéal: celui qui retourne modestement cultiver sa terre une fois que son service est terminé. Cette figure littéraire, quasi mythologique que dans les faits, personne ou presque ne suivait plus, Di Grassi la reproduisit sans même s'en rendre compte.

Les agendas, les réunions et les déplacements internationaux ont laissé place à un quotidien tout aussi chronométré, mais en accord avec ce que Di Grassi voulait faire de son temps, et à aucun moment il ne regrettait sa décision, comme il le dit à son épouse presque chaque matin, depuis le banc face à l'un des corps de ferme de la prorpiété, d'où il contemplait les :
- C'est drôle. Je pensais que ce serait bien plus difficile de tout laisser. La vérité, c'est que je ne me suis jamais senti aussi bien.
- Le lundi mon époux est à une réunion avec les teylais. Le mardi, il devient fait pousser des choix. Je cesserai jamais d'être surprise.
- Oui, certes, mais ce sont de très bons choux. L'exploitant d'à côté me m'a dit lui-même.
- Je te reconnais bien quand même pour des choix, tu te prends la tête.
- Peut-être que tu me préférais quand je planifiais des réunions avec les teylais...
- Pas le moins du monde. Reste comme ça et tais toi. Parce que je sais que dés qu'on t'appelleras, tu ne pourras pas t'empêcher de retourner là-bas. Et ensuite, tu reviendras pleurer sur mon épaule, encore, et ainsi de suite.


Son temps en Achosie du Nord, Di Grassi ne le passa guère plus de quelques instants à penser aux affaires de la capitale et du gouvernement. Mais parfois, certaines soirées, il ne pouvait s'empêcher de penser à ses actions, et les conséquences qu'elles avaient pu avoir sur l'ensemble de la cité. Quel bilan pour Matteo Di Grassi ?

Une question digne d'un journaleux de bas-étage, mais que l'on avait parfois tendance à se poser à nous-mêmes: ce que j'ai fait a t-il été d'une quelconque utilité ? L'intéressé se souvenait encore de la guerre de l'AIAN: un conflit gagné, mais non sans que la brutalité qu'il ait administré aux rebelles ne resta gravée dans son âme. Le regrattait-il ? Peut-être. Probablement. Sans aucun doute. Di Grassi se souvient également de son entrée dans un gouvernement pour la première fois, en 2008. Il se souvient de la présence de Scaela à son premier conseil communal, et il se demande si il eut été bon de le tuer à cet instant, et devant toute une audience. Peut-être Francesco, son frère, serait encore vivant s'il eut fait cela. Peut-être le choses eussent-elles été différentes si ce dernier l'avait suivi en Afarée. Di Grassi se souvient de sa première rencontre avec Vittorio Vinola, qui allait devenir son protégé et son ami. Il se souvient également avec amertume de sa trahison, au profit d'étrangers. Là aussi, les choses auraient-elles pu être différentes si les deux hommes avaient pris le temps de parler davantage, de se confier, de se faire confiance. Le choix fatidique de laisser se jeter dans la gueule de Scaela, aurait-il pu être évité ? Exiler sa propre fille était-elle une décision trop dure au vu de sa faute ? Di Grassi n'aurait jamais de réponses à toutes ces questions, et il allait devoir poursuivre le reste de sa vie sans pouvoir y répondre.

Le chemin fut long, et le bilan vaut qu'on se penche dessus. Il est de ceux qui estiment que la République n'existerait plus sous la forme qu'on lui connait sans le concours de ce "cultivateur de choux". Les réformes di grassiennes ont été révoltantes pour les réactionnaires, trop timides pour les libéraux, et une continuation d'un gouvernement bourgeois pour les eurycommunistes, mais dans les faits, les changements opérés entre 2014 et 2018 ont été peut-être aussi salvateurs que la défaite de Dino Scaela. Di Grassi a vaincu sur le champ de bataille pendant la guerre, et a gagné la paix. Son but ne fut pas de trouver le système politique idéal, mais l'équilibre parfait dans l'optique de transformer le système le moins possible, par des concessions opportunes et des rappels à la tradition. De ce point de vue, il est difficile de concevoir comment les choses auraient pu être effectuées avec plus de brio. Sur le plan interne, Velsna semble, comme les élections de 2018 viennent de le confirmer, avoir atteint un point d'équilibre interne, ce point d'équilibre tant recherché par Di Grassi qui assure la paix civile. Velsna était une cité-état archaïque et en proie aux troubles, elle est désormais une cité-état archaïque en paix, avec une assise internationale renforcée, ponctuée par des succès variables sur le plan international. Mais toutes ces considérations semblent ennuyer profondément l'intéressé, qui préfère largement la compagnie des choix à celle des autres sénateurs, peut-être à raison: les choux n'ont pas de poignards.

Quel héritage devrait laisser Matteo Di Grassi, à titre plus personnel ? Le respect des institutions, la probité presque révoltante d'un politicien que l'on voit comme incorruptible. L'absence de plainte ou de remontrances de sa part, la simplicité et la modestie au service de la cité. L'absence notable d'enrichissement personnel outre mesure dans le cadre de sa fonction. Des qualités qui mises bout à bout forment un Homme rare dans un système où la corruption se veut généralisée, et systémique. Di Grassi devrait rester pour plusieurs générations le modèle d'une génération d'hommes politiques détachés de leurs interêts personnels, aspirant à devenir de meilleures personnes, ou du moins, persuadées de l'être. Car l'Homme a également des lacunes qu'il n'a jamais réussi à identifier lui-même, son incapacité à reconnaître la source de ses malheurs, enchaîné à un système qu'il tente d'adoucir à défaut de combattre: sa rigidité face aux changements du monde, son incompréhension du "phénomène Scaela", et qu'il fut permis par l'acceptation du principe même de violence politique à Velsna, une violence à laquelle les élites sénatoriales se livrent en ayant la conviction intime qu'elles sont en droit de l'administrer. Jusqu'à sa mort certainement, la rigidité de Di Grassi le poussera à penser que Scaela est le seul responsable de l'assassinat de son frère, quand dans les faits, c'est la pratique du pouvoir à Velsna et ses passes-droits qui ont permis à une telle situation de se produire, tout comme sa propre fille, bien malgré lui, a administré la mort aux enfants du tyran en ayant la conviction qu'elle était dans son bon droit. Scaela restera la silhouette d'un monstre dont Di Grassi sera à tout jamais incapable de saisir la nature, ce même monstre qui l'espace d'un instant, a conditionné Gina à assassiner deux enfants. Di Grassi, d'un certain point de vue, a sauvé un système de pensée qui a tué son frère.

Di Grassi se tient là, au dessus de ses choux: ils poussent bien, dans le calme des collines achosiennes. Mais au fond de lui, il y aura toujours cette incapacité à céder, cette envie de se battre en permanence contre des fantômes: et sitôt qu'on l'appellera, il reviendra. Clara a raison, elle a toujours eu raison.
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