11/04/2019
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OPERATION CLOTURE DE JARDIN [Chandekolza] - Page 2

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Lien vers le siège de Pell Lawn

Participation ouverte au Jashuria et aux Xin du côté assiégeant, A Achos côté assiégé.
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Le sac du Palais du Cong

Jour d'infamie


Gina Di Grassi (Novembre 2018)



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Ce fut en cette fin d'année 2018 que je pu entendre des échos d'un spectacle, qui n'eut rien de glorieux, d'héroique ou de sublime. Toutes les démonstrations ne sont pas le lieu d'expression de la grandeur, malheureusement. Bine souvent, on met en scène sa gloire pour le malheur des autres bien davantage que pour ns propres faits. Le long du Grand Canal de Velsna, on fit grand triomphe de la honte d'un adversaire en cette froide fin d'année. De mes anciens amis et conaissances restées en notre cité, je pu voir par le biais des yeux des autres toute l'étendue de l'une de nos erreurs, encore une fois. La guerre du Chandekolza était terminée depuis bien longtemps: ce petit État, sujet nominal d'une puissance akaltienne distante, était renversé, et avec lui tous ses symboles qui auraient tôt fait de disparaître, et de se voir dispersés. Quand un fait politique sort de l'Histoire, il ne reste que les symboles, qui sont comme les ossements d'un cadavre: ils nous contemplent, nous interrogent sur la raison de sa fin, et par extension, nous pose une question qui suscite notre angoisse: un jour, serons nous à leur place ? Notre cité mérite t-elle d'exister ? Ou plutôt, a t-elle les moyens d'exister, qui serait une interrogation beaucoup plus juste.

C'était ainsi qu'on fit défiler sur des barques flottantes manœuvrées par des gondoliers, ces symboles d'un État mort sous les acclamations des velsniens: il y avait des statues de jade montées sur des podium, des soldats vétérans de la campagne dans de beaux uniformes, et avec des colliers de perles autour du cou. Il y avait même une vieille jonque chandekolzane, qui due être subtilisée à une collection privée. On ft défiler ces bibelots fièrement, de la plus perverse des manières, comme si on dû être fiers de cet évènement. On voyait des soldats velsniens revenir du Chandekolza, dans un défilé carnavalesque, avec des babioles dans chaque main, ils en revenaient avec des souvenirs grisants, avec peut-être, un peu de gloriole. La violence des évènements était pour eux une forme de libération à l'encontre d'objets et de symboles dont ils ignoraient probablement la valeur. Mais rien qu'à l'entendre, j'en ressentais quant à moi une grande honte, la honte d'appartenir à la même patrie que ces jeunes gens, qui ne se rendaient pas encore compte de la portée d'un tel geste.

Mais que s'était-il passé au Chandekolza ? La chute absurde, vertigineuse et révoltante d'un régime de papier dont nous devrions nous sentir fiers ? Que fêtions nous ? La chute d'un adversaire si faible, ou la conjuration de la peur de nous voir infliger un jour ce que nous avons administrer au Cong du Chandekolza ? Cette démonstration, provoquée par le reflet de notre propre peur de la faiblesse, fit naître chez ma personne une sensation de malaise et d'inconfort subite: que voulions nous au Palais du Cong ? Des pillages, il y en eu beaucoup dans l'Histoire, mais il était rare qu'il y en eu de moins justifiables que celui-ci. Cette histoire là, elle avait commencé par un prétexte anodin, ayant motivé l'avancement de pions sur l'échiquier des puissants du monde. Le Chandekolza devait payer pour, ironiquement, s'être comporté de la plus faible des manières avec tous les pays du monde ayant considéré cette nation comme un hôtel à peu de prix: achosiens, menkiens, tanskiens...tous s'étaient tailler une part du gâteau, vendu à la découpe par le Cong lui-même. Cela était-il suffisant ? Cela justifiait-il la violence du simple fait d'avoir mis à sac un lieu si symbolique. Peut-être était-ce là pour certains officiers plus cultivés que leurs soldats, de rappeler aux chandekolzans les réminiscences de leur rébellion contre leur ancienne puissance coloniale, et de laver ainsi un affront qu'ils n'avaient jamais vécu.

Ce n'était pas la première fois que le Chandekolza et la cité velsnienne se rencontraient dans la grande Histoire: un chapitre tragique s'était déroulé entre les deux nations, déjà, il y a deux siècles de cela. Un conflit lointain pour les velsniens, et qui n'avait guère laissé de traces dans notre mémoire très centrée sur nous mêmes, moins certainement que celui qui s'était joué en notre année. Notre cité avait mené beaucoup de guerres, mais celle-ci fut plus amère que les autres, pas par la difficulté de la tâche, pas par la force de l'ennemi, mais bien plus par l’ignominie de notre comportement. Que s'était-il passé au Palais du Cong pour que nous en arrivions là ?

D'abord, qu'est-ce que le Palais des Cong: à première vue, un palais gouvernemental comme les autres, dans notre esprit perdu dans un pays pauvre au nom imprononçable. Le Palais du Cong, bien avant la guerre, avait cette image de trésor antique, de perle que l'Histoire aurait malmené. Un bâtiment, à la vérité, fort vétuste et dont l'entretien avait rendu son apparence déplorable. Les velsniens n'avaient pillé en réalité qu'un trésor relativement maigre: quelques milliers d'artefacts à peine, ce qui pour un complexe historique d'une telle taille était dérisoire. Mais ce n'était pas tant des bijoux et des pierres précieuses qui avaient été dérobées que l'Histoire elle-même. Ce qui avait été pillé, dans ce qui était une ancienne résidence impériale ushong, c'était le rêve de l'universalisme nazumi, centré autour du domaine du fils du ciel, un monde au delà duquel l'Eurysie occidentale n'était qu'une région périphérique. L'Histoire, on l'a emporté sur des navires et des avions, on a taillé dans la pierre, on a volé des éléments architecturaux usés par le temps, mais à la portée fabuleuse: colonnades, morceaux d'escaliers, mosaïques dont les bouts ont été retirés un à un des murs et enfermés dans de jolies boîtes . Peintures et sculptures, et toutes les autres traces de ce qui avait pu être dans ces couloirs du Palais du Cong, l'esquisse d'un souvenir glorieux. On volé jusqu'aux archives personnelles du Cong, jusqu'à subtiliser la mémoire d'un État. Ce palais était un souvenir que les velsniens entendaient emporter en son entierté, et tout ce qui devait rester sur place ne devrait en aucun cas être visible par les locaux dans toute son ancienne gloire. Mais le pire restait à venir.

Qui avait été responsable de ce sac ? Au début, ce fut une question qui n'intéressa personne, et les velsniens étaient enivrés par les cadeaux et les colliers lancés à la foule depuis les gondoles. Pas même un journaliste ne s'était déplacé au Chandekolza pour évaluer la situation par lui-même. Puis, les jours passant et la gueule de bois se faisant ressentir, on commença à s’interroger dans les rangs mêmes de l'armée. Ce sac avait-il été l'objet d'une planification rigoureuse, et d'une action prise par le commandement lui-même ? Ou était-ce le Primipile Misiano, en charge de la prise de Palais qui en avait été à l'origine ? L'un ou l'autre n'enlevait rien à la honte, mais il était important de savoir sur quelles épaules la faire peser.

La prise du Palais du Cong et sa destruction était peut-être finalement la combinaison du résultat de plusieurs mauvaises décisions, avec des défauts structurants de l'armée de la cité velsnienne elle-même. Après tout, même si c'était là une méthode tombée en désuétude, certains soldats avaient encore le souvenir que par le passé, on les autorisait à "prélever" une partie de leur salaire sur le terrain, et cette image de la guerre avait perduré. A ce titre, même si le commandement velsnien n'eut peut-être jamais donné l'autorisation aux assiégeants du palais d'agir de la sorte, celui-ci restait coupable des largesses données par le passé aux soldats, qui les avaient habitués à l'exercice de la brutalité comme d'un moyen convenu d'arrondir les angles de leurs bourses. Du reste, l'explication immédiate du Primipile était bien différente, quant bien même il serait difficile d'obtenir un jour toute la vérité.

Selon l'intéressé, la catastrophe aurait pour origine la réticence des derniers occupants du Palais à la reddition, et comble de l'ironie, que ce ne furent pas les chandekolzans qui furent les plus déterminés à défendre ce palais tombant en décrépitude. La capture du Cong était un objectif secondaire, cela l'avait toujours été, mais le palais relevait lui, à la fois d'un objectif symbolique et pratique pour la suite des opérations. Les archives de l’exécutif qui y étaient stockées devaient permettre aux ushong de prendre plus facilement en mains l'administration du territoire chandekolzan. Les assiégés de n'entendirent pas ainsi, et ces quelques kah tanais qui eurent prit le Cong en otage avant que les velsniens ne le fassent posèrent un problème de taille par leur résistance et leur courage, quant bien même ce n'était là qu'un simple personnel diplomatique.

Impatient et ne voulant guère risquer la vie de ses soldats à la prise du bâtiment principal du palais, Misiano prit donc la décision de déclencher des incendies afin d'en déloger les occupants. Le problème fut qu'il sous-estima gravement un facteur crucial qui était la vétuesté de la demeure principale du Cong, qui flamba beaucoup trop rapidement. Si les kah tanais et les quelques gardes du Cong restants furet contraints à l'évacuation, l'incendie s'étendit à d'autres parties du palais, et demanda à être maîtrisé par un nombre important de soldats. Si les kah tanais et le Cong furent finalement appréhendés sans qu'il y eu de morts à déplorer, la véritable victime de l'affaire fut symbolique: le palais, à bien des égards était une personne à part entière. L'incendie déclencha une série d'évènements en chaîne, un désir instillant dans le coeur des soldats qui virent toute discipline s'évanouir au profit de la perspective du gain et du pillage que ce squelette de palais ne rassasia qu'avec peine. On avait commencé par vider les tiroirs et prendre la vaisselle en porcelaine de la période ushong du Chandekolza, on acheva le journée en déboulonnant les statues, en déplaçant les colonnes et en les évacuant par la mer, en volant tout ce qui n'était solidement accroché à un mur, qui qui n'était pas trop lours pour cinq hommes en bonne santé. C'était là le jour de l'infamie et du déshonneur, un défi porté contre l'Histoire elle-même, qui verrait ces collections d'artefacts être dispersées dans les collections privées, dans quelque musées et autour du cou des fiancées de ces soldats au pays.

De cette ivresse du gain succéda en quelques semaines le questionnement et la consternation dans les rues de la cité velsnienne, et beaucoup se redirent compte bien trop tard de l'ampleur du crime: quelque chose de terrible s'était produit au bout du monde, mais son écho raisonna jusqu'à nous comme d'un rappel de notre indignité.

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