17/10/2019
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La Cité noire - Page 2

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Officier Hector Beaugalond

- Alors ça mes aïeux, ça, ça c'est vraiment ce que j'appelle une ville !

- C'est la capitale... c'est Carnavale bébé !

- Tu l'as dit bouffi. Et dire qu'il y a des types au Duché qui voudraient la voir démolie... faut vraiment être mesquin. C'est bien qu'ils y ont jamais foutu les pieds pour souhaiter une connerie pareille. Des fonctionnaires, des bureaucrates sans aucun sens artistique. Pas de cœur et pas de tête, de vrais Tanskiens, merde alors... Le joyau de l'Eurysie... ouais, c'est pas démérité. Dire que j'aurai pu crever sans savoir que tant de beautés et d'horreurs existaient... et cette odeur chimique ! c'est sacrément morbide, ça m'excite de fou ! j'ai l'impression de sniffer de la cocaïne à chaque respiration, waouh !

- C'est vrai qu'on en prend plein les yeux, et les narines. Ça change des cabanes en bois.

- Détruire la Cité noire, c'est criminel, je vous le dis les gars, et plus j'y réfléchis plus je me dis que je suis même pas certain que ce soit possible de toute façon. Ce truc là, c'est construit à une échelle qui nous dépasse. C'était là avant nous et ça sera encore là après.

- On fait quoi chef alors ?

- Je suis un homme simple. J'aime ce qui est beau et grand. Il y a pas de honte à reconnaitre qu'on s'est trompé de camp. Crever pour l'OND ? Qu'est-ce que ça vaut ce machin technocratique, comparé à toutes ces merveilles ? Mille ans de civilisation nous contemplent et on nous demande de tirer dessus au fusil ? Merci mais non, j'ai combattu pour le Duché, j'ai fait des saloperies pour Boisderose mais cette fois-ci ce sera sans moi. Tchao, je tire ma révérence.

- C'est de la désertion alors ?

- Ça pose problème à quelqu'un ?

- Et l'état-major ?

- Moi je dis, on emmerde l'état-major.

- Et le Duché ?

- J'emmerde ce pays de ploucs qui n'a aucun sens artistique, et j'emmerde cette guerre ! Quelqu'un a quelque chose à y redire ?

La troupe en cœur :

- Non officier Beaugalond !
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Folie

Folie

Folie

A quoi bon ?

Si on se rend malheureux ?

Je suis comme le Christ !

Pardon pour tout.

La Cité noire n'aurait pas du mener à tant de controverse.

J'ai gagné, mais à quel prix... ?
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Pandémie

- Quelle misère, ça a été un si beau quartier, un jour.

- Ah parce que c'était pas en ruine déjà ?

Beaugalond jette un coup d’œil circonspect au milicien Carnavalais.

- C'est le quartier des colchiques, celui qui a été bombardé. C'est pour ça qu'on est ici. Vous avez suivi le briefing ?

- Oh moi je vous escorte juste. Et puis à Carnavale va savoir ce qui est en ruine et ce qui est debout...

Colin Caramel arrive en s'essuyant les mains dans un mouchoir.

- RAS mes amis. Juste un cheval rouge entre train de crever. J'ai eu les autres au téléphone, pas de signes d'un débarquement aérien ou je ne sais quoi.

- C'était gratuit alors ? Quelle misère...

- Pas gratuit. A mon avis ils tentaient d'atteindre nos installations critiques, pas de dégâts de ce côté là mais ça nous aura coûté un quartier quoi.

- Quelle misère.

- Vous allez vous en remettre Beauregard, il y en a cent, des quartiers. On peut se permettre d'en sacrifier quelques uns pour l'effort de guerre.

L'ancien gradé sylvois laisse promener son regard sur les bâtiments en ruine.

- Je n'ai pas votre détachement, mon gars. Je suis un paltoterrin latin, j'aime et je déplore passionnément. Je pleure souvent. J'ai déserté pour cette ville, alors la voir démolie comme ça... c'est comme quitter sa femme pour son amante et apprendre qu'elle vient de se faire renverser par une bagnole dans la foulée.

- Vous allez bien vous entendre avec Melchiolivier Grimace alors, c'est un Listonien je crois. Ce sont des sortes de latins aussi. Bien sûr que c'est triste de voir les colchiques dans cet état, mais bon...

- Et pourtant vous n'avez pas lâché une larme lorsque votre cité a été démolie.

- Ce serait sacrément hypocrite de ma part après avoir rasé Estham. La destruction ce n'est rien de bien grave. On détruit, on reconstruit par dessus et les couches s'accumulent une par une, se sédimentent. Si on tue assez de gens, ça peut même finir par faire du pétrole.

Le milicien carnavalais qui les accompagne semble un peu perdu.

- Heu... je vous laisse discuter peut-être ?

- Merci soldat Fugace, on n'a plus besoin de vous.

Il s'éloigne, laissant le déserteur sylvois et l'agent spécial discuter tranquillement. Colin Caramel sort sa vapoteuse :

- Vous saviez que les ruines sont à l'origine du mouvement romantique ?

- Ça me dit quelque chose, ouais.

- Une sorte de métaphore du déclin de la société, c'est au cœur du programme fasciste d'ailleurs. Pas de romantisme, pas de fascisme. Marrant, non ?

- Pourquoi vous me dites ça ?

- Nous les Carnavalais, n'avons jamais cédé aux sirènes du fascisme. Il n'y a pas de nation à Carnavale, avant l'Armageddon't il n'y avait pas d'Etat non plus. C'est peut-être parce que nous sommes entourés de ruines et que ça ne nous fait ni chaud ni froid ? Apprivoise ton déclin et tu seras anti-fasciste en quelque sorte. J'aime ce peuple car il regarde toujours de l'avant. On pourrait raser trois fois la Cité noire qu'elle repousserait bizarrement par dessus. Ce n'est pas donné à tout le monde. Regardez Caratrad, regardez le Faravan. A la première contrariété, ils meurent. Bientôt on n'en entendra plus parler du tout.

- Hm. L'Empire du nord n'a pas lâché le morceau non plus.

- Je le respecte pour ça. J'irai bien en vacance là-bas après la guerre, il y a l'air d'y avoir des gens intéressants à rencontrer.

- Je vous trouve un peu fasciste malgré tout, mon gars. Avec toutes vos histoires d'Übermensch et cette course en avant effrénée...

- Ne pas confondre la vitalité et le fascisme. Le fascisme c'est le culte de la mort. C'est vous qui pleurez sur les ruines. Nous autres nous en accommodons. Nous vivons parmi elles, là est le secret de Carnavale.

- Je les aime bien, ces ruines.

- Elles sont fascinantes.
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Octave JumentfleurOctave Jumentfleur
Octave JumentfleurOctave Jumentfleur

- C'était très impressionnant monsieur Jumentfleur mais je ne comprends pas comment cette petite danse est censée vous aider à gagner les élections ?

- Gagner les élections ?
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Hector Beaugalond

Hector Beaugalond flâne dans son appartement de fonction. Grâce la pandémie, le rythme de la guerre est plus tranquille ces derniers mois et l'officier sylvois jouit d'un repos bien mérité après avoir trahi sa patrie.

On frappe à la porte.

- Entrez c'est ouvert.

Entrent dans l'appartement Philippe Géminéon, Blaise Dalyoha et Esther Mystère.

Hector BeaugalondEsther Mystère
Philippe GéminéonBlaise Dalyoha

- Eh bin que d'beau monde. C'est la première fois qu'on est millionnaire en moyenne chez moi.

- Milliardaire.

- Pardon votre majesté. Les tableaux sont dans le coin. Dios mio, qui est cette beauté ?

Esther Mystère lui tend son bras pour un baise-main.

- Esther Mystère, enchantée de vous rencontrer monsieur Beaugalond, on dit que vous êtes un criminel de guerre ?

- Non, un héro de guerre.

Philippe Géminéon se dirige vers les tableaux, Blaise Dalyoha, lui, semble curieux de la maison qui ne paye pas de mine.

- Madame Mystère voulez vous bien venir me dire ce que vous en pensez ?

- Vous êtes une sorte d'experte en art ou je sais pas quoi ?

- On peut dire ça, oui.

Elle s'approche des peintures avec curiosité.

- Alors ça c'est étrange...

- C'est de l'art abstrait.

- Non pas exactement, c'est de l'hypnose picturale.

Beaugallond se tourne vers Blaise Dalyoha.

- J'aurai pensé que tu serais venu avec une escorte ?

- On se tutoie maintenant ?

- Pourquoi pas ?

- Philippe Géminéon est augmenté, il vaut un commando à lui seul.

- Alors ça... vous avez une drôle de façon de faire la guerre vous autres.

Blaise Dalyoha sourit.

- Vous n'avez encore rien vu.
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Esther MystèrePhilippe Géminéon

- Pardon madame Mystère mais je ne vous suis pas sur ce coup-là.

- Docteur Géminéon, vous ignorez ce qui se passe dans vos départements de psychologie ?

Le directeur de Grand Hôpital semble vexé.

- Je n'ai pas beaucoup de curiosité pour les sciences molles, c'est vrai mais...

- Vous avez tort. Regardez mieux les tableaux, l'agencement des formes, de la couleur.

- Non je ne vois rien.

- Vous m'étonnez. Là, regardez donc ! c'est sous votre nez idiot.

- C'est de la couleur ? ça me fait penser à du pointillisme ?

- Plissez les yeux maintenant.

- Je... alors ça !

- Ah !

Il détourne le regard.

- Ça me fait mal à la tête.

- La première fois c'est normal. C'est un trompe-l'esprit, une peinture qui derrière un thème abscons dissimule en vérité un motif hypnotique. Elles ont été très populaires au sein de la noblesse à une époque, et à ses dépends. L'exposition quotidienne à des messages inconscients produit sur le long terme des dispositions d'esprit voulues par le peintre. C'est comme une inoculation douce à certaines idées, ça vous refaçonne une architecture mentale sans même que vous vous en rendiez compte.

- Vous êtes en train de me dire qu'on a hypnotisé à grande échelle la noblesse avec une fausse mode artistique ? Et que ce n'est pas nous qui l'avons fait ?

- C'est ça. Enfin, pour être honnête, nous l'avons fait également pour d'autres buts et avec d'autres moyens, ce qui explique qu'en voyant ces tableaux monsieur Beaugalond ait pu pénétrer les Jardins Botaniques sans ressentir les angoisses et hallucinations habituelles. Le tableau produisait une sorte d'interférence hypnotique. Deux informations contradictoires en quelque sorte : "n'allez pas dans les Jardins" et... enfin il nous reste à découvrir ce que celui-ci envoie comme message.

- C'est complètement tiré par les cheveux.

Elle pose sa main sur l'épaule du docteur.

- C'est Carnavale.

- Si ces tableaux étaient si populaires que ça, il devrait y avoir beaucoup plus de gens immunisés aux pouvoirs des Jardins à Carnavale. Pourquoi on ne s'en rend compte que maintenant ?

- Difficile à dire pour le moment, il faudrait faire une étude comparative pour découvrir ce que ceux-ci ont de spécial.

- Ça ne nous dit pas qui les a conçu. Je croyais Grand Hôpital à la pointe de la recherche sur ces sujets ?

- Je n'ai pas de réponse à vous apporter pour le moment docteur Géminéon mais si Bourg-Léon a assurément une excellente maîtrise de ce genre de techniques de contrôle mental, il serait arrogant de penser que vous en avez le monopole.

- Je suis surtout estomaqué qu'il suffise de tableaux pour parvenir à des résultats. J'ai validé les essais avec des drogues de synthèses et du lavage de cerveau agressif mais ça...

- La chimie c'est une chose, mais vous seriez surpris d'à quel point la suggestion donne également des résultats. Voyez Beaugalond, un grand officier sylvois qui déserte devant des œuvres d'art, ce n'est pas anodin.

- Beaugalond n'y a été exposé que quelques jours, pourquoi c'est si efficace sur lui ?

- Je suspecte les esprits étrangers à Carnavale d'y être plus réceptifs. Moins de stimulations, moins de drogues et de vapeurs hallucinogènes au quotidiens, j'imagine que ça fonctionne mieux sur eux parce qu'ils n'y sont pas habitués, dans un sens comme dans l'autre. Ça pourrait expliquer le grand nombre de voyageurs devenus fous dans la Cité noire au cours de l'histoire. Le syndrome Ragecarnage et tout ce qui va avec.

- Ce genre de traquenards mentaux existent depuis combien de temps ?

- Difficile à dire, mais je sais que mon ordre en emploie depuis la fin du XIXème siècle au moins, sans trop en dire.

Philippe Géminéon lui adresse un regard torve.

- Je n'aime pas l'idée que mon esprit soit trituré par des techniques de bric et de broc. Les hallucinogènes, au moins c'est du concret.

- Mon pauvre docteur, vous êtes dans la mauvaise ville alors. Vous savez ce qu'on dit "si vous croyez que vous n'êtes pas manipulé, c'est que vous êtes entre de bonnes mains." Réconciliez vous avec ça, on ne peut pas toujours tout contrôler, mais on peut être à l'initiative.

- Ces tableaux, je veux savoir qui les a peint et pourquoi. Si ce n'est ni vous ni nous, alors...

- Alors il y a une force de plus agissant à Carnavale. Ou qui agissait autrefois. Castelage, Obéron, Dalyoha, c'était peut-être un peu trop facile non ?

Cela semble amuser Esther Mystère.

- Ouais, j'ai surtout l'impression que ça va encore complexifier les choses.

Hector Beaugalond et Blaise Dalyoha interrompent la discussion. Blaise désigne les tableaux.

- Alors ? Vous avez trouvé ?

- On peut dire ça.

- C'est la merde ?

- Rien dont il ne faille s'inquiéter pour le moment. Je vais investiguer un peu et je reviendrai avec de nouvelles informations.

Elle l'embrasse sur le front. Philippe Géminéon fait une drôle de tête.
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