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La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta - Page 2

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Département de la Presse Nationale Antarienne


Date de la Dépêche: 6 Août 2018
Pays Concerné: Antares
Code d'Identification DPNA: AS-00917



Dépêche du DPNA:

Après les bombardements subis par la ville de Robaltes ainsi que le siège dans la ville de Henne, le gouvernement a décidé de mettre en place une zone humanitaire dans la ville de Roncevaux pour y acceuillir les victimes des deux camps, les civils et les rescapés du conflit. Alors que ceux-ci font toujours rage, cette nouvelle stratégie vise à regagner du contrôle sur la situation ainsi que apporter du soutier et des réponses au reste de la population antarienne.

Quand à l'aide étrangère, elle a été demandée à plusieures nations alliés d'Antares selon le gouvernement, tel que Karty ou Everia, ou encore Slaviensk seront présents pour apporter du soutien à Roncevaux.

Côté gouvernement, les insécurités montent dans le rapport entre celui-ci et la MIRA. En effet, les rapports demandés par ce dernier n'ont toujours pas reçu de réponse et les insécurités montent. Des membres des partis de droite dénoncent déjà l'organisation, tandis que d'autres abordent une approche plus prudente.


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[♠] Huÿyamÿnen
Kapöli 2: Intervëntiö


Nörä Köwnatör
Nörä Köwnatör




Les Pavés n'avaient jamais été aussi froids malgré le climat estival de la région Henne. Les soldats Corvuns portaient des écharpes parfois, bien que ce soit aussi pour se protéger d'éventuels éclats d'obus.

La MIRA avait débuté le bombardement de positions à Henne, positions majoritairement civiles, pour démoraliser les soldats corvuns. Ils avaient ramené une partie des cannons tractés qui restaient positionnés dans les hauts plateaux, la majorité d'entre eux étant stockés à Henne et à Robaltes et désormais tombés aux mains de l'exercice corvun. En effet, l'arsenal balistique et artilleur ainsi que la Pyrotechnie nationale étaient justement implantées dans ces zones là, grâce à l'expansion du géant industriel Riaa, premier et seul producteur de ce type de matériel dans le pays. Mais une grande partie du stock d'obus restait inaccessible car en dehors de la ville de Henne, en d'autres mots de l'autre côté du siège. Ainsi était la situation: Un côté n'avait pas de cannons mais grand nombre de munitions, tandis que l'autre avait tous les cannons mais un nombre limité d'obus.

Le quartier des Pavés trouvait ainsi son importance stratégique car lieu de la ville le plus proche du stock d'obus important de l'entreprise Riaa. Celle-ci ayant décidé de supporter l'arsenal corvun, elle s'était vue expulsée de ses propres lieux par la MIRA le jour même de la déclaration, nombreux sont ceux qui ont fui de l'autre côté vers l'intérieur du siège.

Et pourtant, la MIRA continuait de grignoter lentement du terrain dans cette partie de la ville. Bâtiment par bâtiment, tous les jours ils repoussaient de peu la frontière du siège.

En cette matinée du 8 Août, une figure se tient en haut d'une barricade improvisée, haute de quelques mètres et assez large pour complètement barrer l'accès à cette rue. Devant elle, d'autres barricades similaires. Et au fond, des véhicules blindés de la MIRA.

Cette figure, c'était la figure principale de l'armada corvienne. C'était nulle autre que Nörä Köwnatör.

Fille du leader du mouvement de résistance, elle s'était démarquée ces derniers mois pour ses opérations agressives et stratagèmes sophistiqués qui ont permis à elle et son armée de sécuriser une grande partie de la ville de Henne même en position désavantageuse. Elle dominait les attaques mécanisés, le combat de ville et de guérilla, savait exploiter les faiblesses ennemies et avait une vision d'ensemble d'un champ de bataille toujours très précise.

Pourtant, comme toute grande figure, elle avait son talon d'Achille. Un talon d'Achille important. Elle supposait toujours que ceux qu'elle avait en face auraient fait preuve d'humanité.

Alors qu'elle regardait depuis sa position, l'un de ses conseillers se présenta devent elle au rapport.

"Ma Commandante, le régiment est équipé. Nous sommes prêts à lancer l'assaut."

Cela faisait maintenant quelques jours qu'ils comptaient récupérer les Pavés à nouveau et les sécuriser de manière définitive. L'objectif était de priver la MIRA du stock d'obus et reprendre le contrôle sur l'ensemble de la ville, ainsi que de sévèrement limiter la puissance véhiculaire de l'ennemi. Il fallait aussi pouvoir rassembler les troupes dans cette partie sensible de la ville et dédier le reste à la sécurisation des civils et le début des évacuations vers la zone humanitaire, les autorités corviennes avaient déjà contacté les représentants de la Croix Bleue pour procéder à ces déplacements. Il ne faillait plus que donner le feu vert. Et c'est ce que Nörä fit.

Cinq minutes plus tard, elle se tenait dans un champ de bataille silencieux, un revolver à la main. Devant elle, ses soldats avançaient lentement, en silence. Ils n'avaient pour l'instant rencontré que quelques équipes de patrouilles qu'ils avaient éliminé sans pertes et sans sonner d'alarme. Ils s'infiltraient ainsi silencieusement à travers les pavés. Plus haut et sur les deux côtés de la rue, des soldats démolissaient des cloisons pour passer d'appartement en appartement, de bâtiment en bâtiment, laissant derrière eux des tireurs aux fenêtres qui veillaient à leurs compatriotes plus bas.

L'attaque était silencieuse. Elle regrignotait doucement ce qui avait déjà été grignoté par la MIRA plus tôt. Bientôt, ils allaient arriver au coeur du quartier des Pavés.

Soudain, une explosion importante brisa le silence d'un vacarme meurtrier. Tous dans la rue se mirent à terre et couvrirent leur tête et oreilles. Plus haut au dessus de leur têtes, le dernier étage de l'un des bâtiments qu'ils venaient de sécuriser avait été pulvérisé. Avant qu'on ne puisse diagnostiquer la nature de la secousse, une seconde explosion se manifesta, cette fois aux deuxième étage de l'autre côté de la rue. Puis une troisième plus loin.

On ne comprenait pas ce qu'il se passait. Les appartement explosaient les uns après les autres. Nörä regarda ses frères tomber des bâtiments, s'embraser, agoniser. C'était une surprise. Une mauvaise surprise.

Soudain, depuis le troisième étage d'un bâtiment à l'avant, un homme cria.

"Mines !! Ils ont miné les appartements !!"

Soudain, ils prirent tous peut. Peur de faire un pas de plus. Peur d'avancer. Des mines. Sans doute l'une des armes les plus horribles dans ce contexte de guerre civile. Assez pour figer une armée sur place. Nörä en particulier avait peur. Peur d'avoir marché dans une embuscade. Peur de s'être fait prendre à son propre jeu.

Derrière eux, des bâtiments où ils se tenaient il n'y a même pas quelques minutes explosèrent soudainement. Le bruit était si intense qu'il fut assez pour faire vibrer les poumons de tous ceux qui se tenaient dans la zone. Des poussières commencèrent à s'élever dans le ciel tel un nuage sinistre présageant la mort. À mesure que l'explosion se calmait, les structures des deux cotés de la route commencèrent à s'écrouler vers le centre. Lentement, les façades se rencontrèrent sur la rue. Aux yeux de tous, ce qui autrefois étaient des appartements où vivaient des familles heureuses n'étaient désormais qu'un tas de gravats, des gravats qui ne laissaient plus d'issue vers où ils venaient d'arriver. C'était bien une embuscade. Et Nörä perdit son sang froid.

Elle empoigna sa radio et commença a hurler.

"Envoyez les renforts et les équipes de démolition ! Enlevez moi ces putains de gravats ! On bat en retraite !"

Nörä n'en avait que faire de perdre des batailles. Elle n'était pas là pour l'honneur. Elle était là pour conserver la vie des volontaires qui donnaient leur vie pour combattre pour cette cause. Elle n'allait pas continuer une bataille sans intérêt.

Cependant, alors que les soldats commençaient à revenir vers le centre ville, des coups de feu commencèrent à retentir dans leur direction. Le reste de l'armée avait été alertée par les détonations de mines qu'ils avaient placés, ils lançaient à présent leur assaut. Des véhicules commencèrent à franchir les barricades, mitraillant tout sur leur passage. La situation ne pouvait pas empirer. Ils étaient encerclés, coupés de renforts et voie de fuite, au milieu d'un terrain miné. Ils ne pouvaient rester à l'extérieur car ils étaient exposés aux coups de feu. Leur seule voie de fuite était de se réfugier à l'intérieur et prier.

Mais cette alternative tomba rapidement à l'eau. Parmi les grondements de moteurs et ceux des mitrailleuses lourdes, Nörä ouï le bruit distinct d'un CEV.

Ces véhicules étaient l'ennemi numéro un du combat urbain. Ils portaient en leur sein plusieurs obus de démolition, étaient équipés de lances-grenades secondaires et pouvaient faire s'écrouler un bâtiment entier en quelques minutes. Nörä regarda le véhicule avec horreur alors qu'il s'approchait du bâtiment où ils essayaient de se réfugier. À l'intérieur, des soldats essayaient de démolir des murs en panique pour essayer de passer outre et créer une voie de retrait par une rue parallèle. Mais ils ne savaient pas que de l'autre côté, le reste de la division faisait face à un grand nombre de soldats de la MIRA qui tiraient depuis couvert.

Ainsi, la stratège se retrouva là. Sans espoir. Au milieu d'un champ de bataille. À droite, la rue. Aucune couverture des coups de feu. Une mort assurée. À gauche, le bâtiment. Avec un véhicule qui s'apprêtait à le faire s'écrouler. Une mort imminente.

Elle voulait pleurer. Non pas car elle allait y perdre sa vie. Mais car les siens allaient perdre l'espoir. Nörä était l'une des plus talentueuses de la dynastie des Köwnatör. Sans elle, les stratégies militaires de l'organisation ne pouvaient pas aboutir. Elle se retrouva là, dans l'une des embuscades les plus inhumaines. Elle se sentait stupide d'avoir pu croire que la MIRA aurait pu faire preuve d'une quelconque humanité. Qu'ils auraient décidé de ne pas détruire les bâtiments où résidaient des civils. De ne pas propulser dans les airs des nuages de poussières cancérigènes. De préserver la ville pour laquelle ils luttaient. Devant elle, Nörä ne voyait que des gens qui les voulaient morts, quelque soient les moyens pour y parvenir. Les tuer. Les écraser comme des insectes. Tandis que Corvus organisait des évacuations pour les civils et limitaient leurs dommages matériels pour restituer aux habitants de Henne leur ville une fois le conflit terminé, alors qu'ils pariaient sur le fait que leurs propres frères et compatriotes de l'armée antarienne auraient eu la même bonté même dans une guerre, Nöra pleurait. Elle avait laissé cet esprit candide la limiter dans ses actions. Désormais elle comprenait, non pas l'intelligence ou la force de l'ennemi, mais sa cruauté réelle.

Ces bâtiments étaient parmis les plus anciens de la ville. Ils étaient classés comme patrimoines historiques nationaux. Personne, même un envahisseur venu d'une autre contré n'aurait pensé à les démolir pour si peu. Corvus avait continué à mener un combat des plus respectueux pour prouver leur bonne foi aux antariens sceptiques. Et les voilà pris au piège. Ils pouvaient certes riposter avec des techniques encore plus inhumaines, devenir les monstres qu'on les forçait à devenir et être taxés de terroristes. Ou bien continuer à être les défenseurs d'une noble cause et se faire écraser.

Désormais, le CEV se tenait devant le bâtiment, lourdement armé. Derrière lui, d'autres véhicules blindés circulaient pour offrir du support aux troupes qui tiraient sur le reste de la division corvienne dans les autres rues. Il était prêt à démolir l'entièreté du rez-de-chaussée. Et Nörä se tenait là, figée, en ligne de mire, devant le cannon.

De l'autre côté des gravats sur la même rue, les équipes de démolition qui déblayaient la route à vitesse lumière il y a quelques secondes ralentissaient leur cadence. Le doute s'était désormais installé chez eux. Si ils déblayaient la route, ils allaient devoir faire face au véhicule ennemi droit devant eux. Mais si ils s'arrêtaient, ils laissaient leurs amis mourir. Ce dont ils avaient besoin, c'était un chef. Une cheffe. Une qui pouvait les guider. Mais cette embuscade l'avait traumatisé.

Peu de personnes à part sa soeur et son père savaient ce qui lui était arrivé il y a maintenant plusieurs années de cela. Nörä était sévèrement harcelée lors de ses dernières années de lycée, notamment à cause de son caractère discret et de son intelligence qui la propulsait toujours parmi les meilleurs de la classe dans chaque discipline. Après deux ans de souffrance silencieuse, elle décida de prendre son courage à deux mains et signaler le problème à la direction. Les élèves concernés avaient été immédiatement expulsés, mais la paix ne fut que de courte durée.

Elle était sortie tard de la bibliothèque un soir. Elle savait que cela était dangereux. Elle savait que quelque chose allait lui arriver. Et même en sachant cela, elle marcha dans l'embuscade. Deux rues plus tard, les élèves qui avaient été expulsés l'attendaient, bâtons à la main. Elle resta plantée là. Elle accepta son sort. Elle ne put que compter sur son impossibilité de faire face au jeu sale.

Et désormais, elle se tenait là, encore une fois. Mais cette fois, c'est sa vie et celle de centaines qu'elle mettait en jeu. C'était le moment de tomber face à l'adversaire. Le moment de tomber face à la triche. Ils avaient triché, certes. Mais ils avaient gagné.

Soudain, c'est une autre vision d'horreur qui apparut à sa droite. Là, sur un carrefour entre cette rue et une perpendiculaire apparut soudain un char d'assaut lourd. Pas n'importe quel char. C'était un modèle prototype de l'armée antarienne. Un char de siège, comme ils l'appellaient. Lent, très lent. Mais de taille et blindage si imposant que chaque centimètre en avant faisait trembler les membres de quiconque dans les environs. Un colosse de métal. Un géant. Et il était là, à sa droite, à côté du CEV qui s'apprêtait à lui tirer dessus déjà. Lentement, avec un bruit sinistre, la tourelle du char commença a tourner en direction de Nörä pour lentement se river sur elle.

Mais il ne s'arrêta pas. Le cannon continua de tourner. Il tourna jusqu'à ce qu'il ai fait une rotation de quatre-vingt-dix degrés. Pointé sur le CEV.

En un battement de paupières, le char tira son obus sur quelques mètres seulement pour venir s'abattre d'une explosion violente sur la carrosserie supérieure du CEV. Le blindage vola en éclats, le cannon de celui-ci se plia et le moteur prit feu, embrasant le véhicule entier qui explosa à nouveau quelques secondes après. Derrière Nörä, les soldats ne croyaient pas à ce qu'ils voyaient. Ils étaient à terre pour se protéger des éclats de l'explosion. Mais pas la commandante. Elle se tenait toujours là, debout, miraculeusement sans égratignure, devant le châssis enflammé de ce qui aurait du être la fin de son existence.

Elle osa tourner la tête avec une lenteur manifestant sa surprise. Doucement, elle posa ses yeux sur le char de siège encore immobile en position de feu. Elle ne savait pas à quoi s'attendre. Elle était dans le doute. Elle avait peur. Tellement peur.

Soudain, la trappe supérieure du prototype s'ouvra d'un coup avec un son métallique lourd. Moins d'une seconde après, le buste d'une figure surgit de l'intérieur.

C'était un homme. Il avait une dégaine monumentale. Il souriait. Il avait une cigarette fumante entre les dents, brûlant comme la carcasse du véhicule qu'il venait d'exploser d'un coup violent. Mais surtout, il arborait une tenue d'officier corvun. Blanche comme la neige, aux détails noirs comme le charbon. Et un As de Pique doré sur le front de son couvre-chef. D'une voix assurée, victorieuse, celle d'un aviateur, il interpela la commandante en mettant la main sur son chapeau comme pour saluer.

"Mademoiselle Köwnatör ! Quel plaisir que de combattre à votre côté !"

Nörä était abasourdie. Elle venait de voir la mort en face d'elle. Puis celle-ci s'embraser. Et désormais, un homme inconnu l'interpellait de manière familière. Elle essaya de balbutier quelques mots d'autorité, toujours figée sur place.

"Et qui êtes vous exactement ? Puis-je savoir ?!"

L'homme sourit, expira de la fumée de tabac depuis le coin de sa bouche, puis lui répondit de la même manière.

"Moi ? Je me présente, Capitaine Corvinal au rapport ! Je viens porter mon soutient à la milice corvienne après avoir conduit mon bataillon à déserter le camp adverse ! À mort les enculés de la MIRA !"

Il brandit son poing en l'air comme pour marquer sa protestation. Avant que Nörä ne puisse en rajouter, les deux virent un homme sortir désespéré de la carrosserie de CEV encore en train de brûler. Sa tenue militaire était carbonisée, il toussait fortement alors qu'il se jetta sur la route. Alors qu'il gisait là, à quattre pattes cherchant à reprendre sa respiration, le Capitaine Corvinal fit une moue agacée, sortit un revolver de son étui de ceinture et sans hésitation, avec une précision effrayante, il lui tira une balle en pleine tête. Instantanément après s'être fait toucher, l'homme s'écroula sans vie sur le sol.

Nörä voulut réagir à l'horreur qu'elle venait de voir. Cet homme aurait pu être sauvé. Il aurait pu être évacué. Mais il venait d'être exécuté.

Sans changer d'attitude, mais sur un ton plus grave, le Capitaine Corvinal interpella a nouveau la commandante.

"Si je puis vous donner un conseil, mademoiselle Köwnatör..."

Il interrompa son discours brièvement pour éjecter la cigarette de ses lèvres et sur la rue. Il en sortit une nouvelle d'un paquet tiré de sa poche frontale de son manteau, ainsi qu'un briquet qu'il utilisa pour l'allumer. A peine commençait-elle à fumer entre ses lèvres, il recommença.

"...N'ayez point d'humanité en guerre. Même si cela vous coûte une mauvaise image. La vérité, elle est triste. Ils trouveront toujours sur quoi vous accuser de crime de guerre, que vous en fassiez ou non. Mais en fin de compte, ceux qui seront couronnés moralement supérieurs seront les vainqueurs du conflit. Les perdants n'ont pas voix de se défendre en cas d'échec. Donc, faites-moi plaisir. Remportez-là cette guerre. Torturez-les si il le faut. Peut-être que d'autres comme moi déserteront du côté le plus promettant. Les cartes sont encore en jeu après tout !"

Il s'apprêta à retourner dans son véhicule, mais glissa une dernière phrase avant de fermer la trappe au dessus de lui.

"Resistez encore un peu, on va essayer de vous ouvrir un chemin pour battre en retraite. Bon vent, mademoiselle !"

Ainsi elle et les siens avaient échappé à la mort. Elle resta là encore plusieures minutes, jusqu'à ce qu'on la pousse vers l'intérieur du bâtiment où une voie de fuite avait été creusée. Mais dans sa tête, le scénario qu'elle venait de vivre continuait à se rejouer en permanance.

Ainsi se déroula la première rencontre de Corvus avec le bataillon du Capitaine Corvinal.

* * *

Nörä était toujours dans cette rue sombre. Elle était toujours figée sur place. Elle attendait son destin.

Deux ans de harcèlement durant le lycée. La tempête avait connu une période de calme. Pour revenir de plus belles. Ainsi se tennaient devait elle ceux qu'elle avait dénoncé. Prêts à se venger. Prêts à la blesser. Prêts à la tuer.

Ils s'approchèrent lentement de la jeune fille. Désormais, elle ne pouvait que fermer les yeux et accepter son sort. Mais elle n'y arrivait pas. Elle ne pouvait même pas choisir de souffrir dans l'obscurité. Elle était figée sur place, les yeux grands ouverts. Elle ne pouvait pas s'en sortir dans l'ombre. Elle devait regarder.

Elle devait souffrir.

Devait.

Cela n'arriva pas.

Alors que ses harceleurs s'apprêtaient à la rouer de coups, une figure noire les interpela depuis l'ombre d'une ruelle non loin. L'homme était grand. Il portait un grand fédora noir et un long manteau de la même couleur. Son visage était complètement obscur. Mais ses yeux scintillaient comme deux boutons blancs à travers l'obscurité la plus totale de sa face.

D'un pas lent mais assuré, il commença a marcher vers les jeunes. C'était assez pour que certains d'entre eux ne partent en courrant. Les quelques derniers tentèrent de le menacer en retour, jusqu'à ce que l'homme sorte de sa poche un cran d'arrêt argenté alors qu'il marchait encore. C'est à présent qu'il se retrouva seul avec la fille, les autres ayant détalé. Pas n'importe quelle fille. Sa fille.

Ryämö Köwnatör avait été mis au courrant par l'établissement de la situation que subissait sa fille. Il savait que ces jeunes allaient revenir, assoiffés de vengeance. Et il savait qu'il devait veiller sur elle les mardis soirs lorsqu'elle rentrait tard. Il ne fallut attendre que quelques semaines pour que son hypothèse s'avéra juste.

Ainsi, il se tenait devant elle. Tous deux sans bouger. Tous deux impassibles.

Après de longues secondes, le père prononça une phrase qui restera ancré dans le coeur de la jeune fille.

"Je t'aime Nörä. Je t'aime."

Ils rentrèrent ainsi, main dans la main, dans le silence le plus absolu de la nuit qui reignait sur la ville de Henne.

* * *

Ce soir là, il y a maintenant plusieures années, il venait de se répéter ce matin.

À l'époque, Ryämö avait sauvé sa fille du destin. Il l'avait préservée de cette triche au Jeu de la vie. En trichant lui-même contre cette destinée.

Et dès à présent, le Capitaine Corvinal avait fait de même. Il l'avait sauvée de cette même tricherie. En trichant.

Car si tout le monde triche, la triche finit par devenir règle.

Et ainsi, ce matin là, le Jeu est redevenu un combat à armes égales.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
La bataille des Pavés est un moment capital pour le camp corvun, car elle marque l'arrivée en jeu du Capitaine Corvinal. Dirigeant la plus importante légion mécanisée de l'armée de terre antarienne, contenant notamment la majorité des chars d'assaut ainsi que des prototypes remarquables tel que le char de siège qu'il pilote avec son équipage, il devient un atout considérable pour la résistance.

Même si cette bataille finit par une victoire stratégique du côté de la MIRA, celle-ci commence désormais à perdre l'avantage face aux assauts mécanisés conduits par l'illustre capitaine.

C'est le début d'une nouvelle dimension de ce conflit, autrefois se concentrant majoritairement sur le combat d'infanterie, maintenant mettant en jeu des colosses de métal les uns contre les autres.

L'épisode est aussi un moment clé pour comprendre le passé traumatique de Nörä Köwnatör et sa seule faiblesse quand à son génie stratégique.
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⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩




Quartier des Pavés
8 Août 2018

Alors que la MIRA continue de gagner du territoire dans un des quartiers les plus importants de la ville de Henne, l'armée corvienne dirigée par la stratège Nörä Köwnatör commence à manquer de munitions pour ses obusiers. Contraints de reconquérir ce district clé, elle décide de mener un assaut discret en pleine zone urbaine.




Drapeau de la Junte Militaire MIRA-ARA

LA MIRA EST VICTORIEUSE

"Seuls les morts ont vu au delà de l'ombre"

302 MORTS
257 Corvus / 45 MIRA


Pris par surprise par des appartements minés avec des explosifs dissimulés, l'avancée discrète du bataillon corvun fut rapidement stoppée, puis piégée parmis les gravats. A suivi un affrontement hybride, mêlant des mitrailleuses antariennes à couvert ainsi que un assaut mécanisé anti-édifice.

La légion corvienne put finalement s'extraire du piège et battre en retraite grâce au support offert par le Capitaine Corvinal et son bataillon de chars. Cependant, ce ne fut pas sans laisser derrière eux des centaines de victimes de cette embuscade meurtrière.


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[♠] Eylvëksën Läpsët
Kapöli 2: Intervëntiö


Général de Vitriers
Général de Vitriers




Pare-Lances avait fini sa journée de travail. Comme tous les soirs, après avoir passé son temps dans la tour de la cathédrale pour mettre à jour ses relevés, il se rendait chez lui pour se cuisiner un repas et dormir tôt. Mais ce soir là, il voulait d'abord passer par le quartier général improvisé du détachement robaltois de l'armée corvienne.

Le bâtiment n'avait rien de très spécial. Il avait été maigrement renforcé pour le protéger d'éventuels tirs d'artillerie. Des tirs d'artillerie qui n'aboutissaient jamais. Le détachement de la MIRA de Robaltes était bien plus humain que celui de Hennes, ne risquant pas des tirs si ils pouvaient toucher des cibles civiles. Mais de leur côté, Eux étaient à l'extérieur de la ville et combattaient pour une ville ouverte, désengorgée et plutôt moderne. Henne était un cimetière. Une ville dense, des bâtiments vieux et collés les uns aux autres, des rues qui ne permettaient que rarement l'avancée ou les manœuvres de plusieurs véhicules militaires, un paradis pour les tireurs de précision et les pièges. Mais Henne était aussi le cœur industriel du pays. Sa périphérie était jonchée d'usines, d'autoroutes sur plusieurs étages, de complexes et d'entrepôts. Il était très difficile de tenir des positions précises ou rassembler beaucoup de matériel à un seul endroit, tandis que les extérieurs de Robaltes étaient majoritairement des quartiers résidentiels aisés, des parcs et des forêts avec un système autoroutier simpliste. Bien sûr, cela jouait sur le moral des troupes. Et le peu de solutions pouvait les forcer à recourir à des maneuvres désespérés.

Le désavantage pour Corvus, c'est que Robaltes était infiniment plus simple à assiéger. Il fut très facile pour la MIRA de mettre en place des positions défensives difficiles à pénétrer, ainsi que rassembler ses troupes dans des endroits stratégiques. Le front était calme, mais justement car un assaut d'une des deux parties pouvait très rapidement devenir imprévisible et donc catastrophique. C'est une paix malsaine qui s'installe donc, ne laissant aux corvuns que l'option de liquider doucement leur stock d'obus dans une guerre d'attrition.

Arrivé devant le bâtiment, il s'arrêta un instant pour contempler la façade. C'était juste un bâtiment. Rien de différent. Mais c'est à l'intérieur que tout se jouait. En particulier dans le sous sol.

Il entra en faisant signe aux deux gardes postés à l'entrée. Une fois à l'intérieur, il descendit les escaliers pour se retrouver dans un bar souterrain gigantesque. Il y avait de nombreux corvuns qui buvaient et discutaient à voix haute, ceux qui jouaient aux fléchettes, au billard, et bien évidemment les nombreuses tables de jeux de cartes toujours pleines à craquer. Le jeu d'argent était encore une fois une partie importante de la culture de Corvus. Se confronter au hasard et se plier au jeu, c'était le cœur d'un moment convivial, entre amis ou en famille. Mais Pare-Lances n'avait pas le temps de s'adonner à ces activités. Qui plus est, il n'était vraiment pas bon aux jeux de cartes. Ce qu'il voulait lui, c'était parler aux hauts gradés.

Après un moment à naviguer entre les tables, il arriva au bout de la grande salle, devant une porte elle aussi gardée. Les soldats, reconnaissant le visage de Pare-Lances, le laissèrent entrer avec un salut. Gêné par cet honneur, il rentra rapidement dans la salle en évitant le contact visuel.

Une fois à l'intérieur, il vit devant lui quelques officiers corvuns vêtis avec les iconiques tenues blanches et noires de la nouvelle armée. Ils levèrent tous les yeux de la table de stratégie sur laquelle ils travaillaient pour saluer leur seul et meilleur observateur.

"Capitaine Pare-Lances, heureux de vous voir parmi nous !"

Celui qui l'avait abordé était le stratège en chef du groupe de Robaltes. Il avait beaucoup de respect pour le jeune homme, et comprenait la vraie valeur du travail qu'il faisait. De son côté, Pare-Lances était gêné d'être appelé capitaine. On ne l'avait jamais vraiment promu, il ne savait pas pourquoi on l'appelait ainsi. Il balbutia quelques mots en regardant ses pieds.

"Je... Je ne suis pas capitaine..."

Les autres stratèges sourirent et rirent doucement.

"Allons, nous savons tous que vous l'êtes désormais ! Capucine et Romain nous l'ont confirmé !"

Pare-Lances n'en revenait toujours pas. Ces derniers jours, il les avait passé à se poser plus de questions. Chaque midi, les deux enfants venaient chercher ses relevés pour les transmettre et lui donner des instruction. Bien que la MIRA ne contrôlait plus la ville, c'était tout de même un moyen efficace, rapide et discret de se passer des informations capitales.

Au fond, le jeune homme trouvait cette valse mignonne. Il appréciait ses acolytes ainsi que les histoires qu'ils lui racontaient. Ils étaient pleins d'énergie et apportaient une petite touche de vie à son travail répétitif, solitaire et silencieux. Mais Pare-Lances n'était pas du genre à être confronté à des surprises. Il aimait la routine, et était vite brusqué par des changements soudains sans explications. D'où sa visite à l'état major corvun.

"J'aimerais juste... en savoir un peu plus sur eux et mon rôle dans tout ça."

Le stratège répondit d'un air fier.

"Allons, ce ne sont que des enfants. Ils étaient seuls à l'orphelinat, et on leur a donné une mission. Et je trouve que vous vous débrouillez merveilleusement bien avec eux. C'est pour cela qu'on vous les a affectés. Ils vous suivront durant toutes vos missions présentes et futures."

Pare-Lances faillit s'étrangler. Une autre surprise ! Comment ça, futures ? Qu'avaient-ils prévu pour lui ?

Voyant sa détresse, le stratège continua son discours.

"Il est évident que nous réussirons à nous étendre en dehors de cette ville et partir à la conquête des autres environnantes. Je veux que vous puissiez voyager avec vos deux équipiers et continuer à fournir des relevés à mesure que nous avançons. Ils ont déjà été notifiés pour leur part."

Pare-Lances n'avait jamais quitté Robaltes. Pour lui, c'était quitter sa zone de confort. Sa routine. Sa stabilité. Il ne réussissait pas à s'imaginer voyager et changer de lieu chaque jour. Mais encore une fois, on le savait bien. Raison pour laquelle il avait été affecté à deux vrais aventuriers en herbe.

Mais une question tracassait toujours son esprit. Comment pouvaient-ils être si sûrs de réussir à percer le siège solide mis en place par la MIRA ?

"Sauf votre respect, commandant... Comment pensez-vous aboutir à une percée du siège avec tellement d'assurance ? Je veux dire..."

"J'allais très justement demander à Capucine de vous apporter des documents à propos de cela, mais puisque vous êtes là, je vous laisse vous approcher."

Le commandant lui faisait signe de venir près de la table où un plan de la ville était posé. Dessus, quelques figurines et esquisses étaient réparties en formation. Il pointa du doigt la partie sud de la ville.

"Cette nuit, un convoi de miliers d'hommes désertant les rangs antariens vont pénétrer dans la ville par le sud. Elle est composé en grande partie de combattants d'infanterie, une brigade aéroportée et une de shockeurs urbains. Ils seront accompagnés de plusieurs véhicules légers, des munitions et beaucoup plus. Nous devons faire en sorte qu'ils puissent passer en toute sécurité pour rejoindre l'intérieur. C'est là que vous rentrez en jeu."

Il lui fit signe de s'approcher d'une zone spécifique du plan.

"J'ai besoin d'au moins vingt relevés d'artillerie dans cette zone."

Pare-Lances avait l'habitude de faire quelques relevés par jour tout au plus. Mais là, il s'agissait d'en faire une vingtaine en l'espace de quelques heures, en pleine nuit. Il sentait déjà la détresse lui braquer les muscles.

"Je sais que c'est beaucoup. Mais nous n'avons été prévenus que maintenant, il y a a peine cinq minutes. Ces gens là ne peuvent pas attendre."

La confusion habituelle s'était emparée de Pare-Lances. Il pensait déjà à tous ces hommes qui allaient mourir car il n'avait pas fourni les relevés assez rapidement. Il se sentait déjà coupable alors que rien ne s'était passé. Il s'apprêtait ainsi à quitter la salle, courir vers la cathédrale, espérer gratter du temps en plus pour fournir un relevé supplémentaire. Mais avant qu'il soit excusé, le commandant lui glissa un mot.

"Je crois en vous, Pare-Lances. Mais vous devez croire en vous-même aussi."

Pare-Lances glissa un maigre "Très bien" avant de s'éclipser.

À peine cinq minutes plus tard, il se trouvait en haut de la tour de la cathédrale, à bout de souffle. Il alternait de façon rapide entre ses jumelles et sa table de cartographie. Il gribouillait des calculs sur une feuille, traçait des lignes, consultait le bulletin météo pour la soirée. Tout devait être parfait pour que la trajectoire des obus soit imparable. Vingt cibles. Assez pour frayer un chemin pour les brigades.

Il devait rendre les relevés au plus tôt dans trois heures. Une heure venait de s'écouler, et il n'en avait fait que trois. C'était désespéré.

Pare-Lances avait toujours été un bonhomme très calme. Toujours dans sa routine. Un parfait employé, comme on le dirait. Mais lorsqu'il fallait prendre des décisions, ou faire face à des situations critiques, il s'immobilisait. Il court-circuitait.

Alors que ses yeux cherchaient un point de repère à travers ses jumelles, il sentit l'habituelle main lui tirer le bas du manteau. Malgré cela, il sursauta tout de même, encore une fois comme à son habitude.

C'était Capucine, toujours avec ses gros yeux et son bonnet à rayures. Pare-Lances essaya de l'éloigner pour qu'il puisse se concentrer sur sa tâche impossible.

"Salut Capucine, je suis un peu stressé là, tu peux peut être repasser plus tard ?"

La petite fille ne bougeait pas. Elle voyait très bien son état de panique. Comme tout enfant avec un cœur aussi gros que le sien, elle proposa de l'aider.

"Je veux vous aider, Capitaine."

En temps normal, Pare-Lances aurait fait mine de rire et d'appeler cela mignon pour essayer de l'éloigner. Mais il n'avait plus les forces pour ce jeu. Il n'avait plus rien à perdre désormais. C'était soit cela, soit la culpabilité qu'il avait engendré de lui même l'aurait écrasé. Il prit donc son courage à deux mains.

"Bon... Très bien... Je te montre."

Capucine était excitée comme une puce. Elle rêvait depuis qu'elle avait croisé Pare-Lances de pouvoir l'assister dans son métier. C'était enfin le jour qu'elle attendait depuis ce qu'il lui semblait une éternité, mais qui en réalité n'étaient que quelques jours.

Le Capitaine était gêné. Il essaya de balbutier quelques instructions.

"Déjà, il faut confirmer que tu prends le bon point de référence. Je les ai tous marqués sur la carte. Mais il faut le trouver dans la réalité, et être le plus précis possible. Puis, il faut utiliser cette jumelle électronique pour obtenir une estimation de la distance de l'objet, et la confirmer au demi-mètre près grâce à la carte. Une fois qu'on a la distance, il faut la mettre dans les trois formules que j'ai écrit sur mon carnet pour trouver les distances réelles pour des tirs venant des trois positions principales d'artillerie."

Il jeta un coup d'œil vers Capucine qui semblait tout comprendre à sa grande surprise. Il continua donc.

"Puis il faut trouver l'indice d'élévation standard. On reprend les jumelles normales qui nous donnent une valeur selon la distance. Si tu regardes, il y a des graduations sur la lentille. Quand tu as ce chiffre, tu retournes sur le carnet et tu le met sur le graphique ici. Selon où est ton point sur la courbe, il va te donner le degré d'élévation réel. Il faut faire cela neuf fois, une fois pour chaque position et puis pour chacun des trois types d'obus tirés: Ceux de 46, ceux de 77 et ceux de 96 kilogrammes. Tu peux trouver ça grâce au tableau sur la page cinq, j'ai déjà tout noté."

Comme Capucine semblait comprendre encore et toujours, Pare-Lances termina son explication.

"Et enfin, va sur la carte pour chercher l'azimut, donc la direction par rapport à nous. Grâce à ça, tu calcules l'azimut réel pour les trois positions. Et puis, tu regardes le bulletin météo et tu corrige la direction avec cet autre formule pour prendre en compte la force et la direction du vent. Tu met toutes ces informations sur une des pages imprimés là où y'a des trous, et voilà. Tu as ton rapport pour une position. Des questions ?"

Capucine réfléchit un instant, puis demanda d'un air curieux.

"Mais tous ces calculs, c'est seulement pour un point ! Mais il y a plusieurs cannons sur chaque point ! Comment est-ce qu'ils font alors à être précis ?"

Pare-Lances n'en revenait pas de la pertinence de la question. Il balbutia une réponse dans son étonnement.

"Tu as parfaitement raison. Eux vont l'ajuster sur place grâce à des formules qu'on a déjà calculé il y a quelques jours. Nous on doit leur donner les valeurs standard. "

Capucine réfléchit à nouveau avant de poser une nouvelle question.

"Mais tout ça, ce n'est pas plus simple avec des ordinateurs ?"

Encore une fois, Pare-Lances se voyait bouche bée par l'intelligence de la petite fille.

"C'est une bonne question. En réalité, il y a plusieurs raisons pour lesquelles on n'utilise pas d'ordinateurs. Déjà, c'est plus facile à intercepter, voire à pirater. On veut garder les communications papier ou par télégraphe le plus possible. Les gens qu'on a en face c'est des dieux du piratage. Après, l'armée antarienne utilise le système A:PBCE[?] pour faire ces calculs automatiquement. Mais nous on en a pas ici. Parce que le système est mieux gardé qu'un secret national par l'armée et accessible qu'avec certaines clés. Et en plus ils gardent le réseau national comme des chiens. Et tout un tas d'autres problèmes qu'on a pas le temps de résoudre. Sauf que personne à part moi veut faire ce travail ou bien ne le fait pas correctement. Je suis le seul autiste qui fait ça bien."

Une dernière question pendait aux lèvres de Capucine.

"Ça veut dire quoi, autiste ?"

Pare-Lances ne préférait pas répondre. Même après avoir expliqué du calcul balistique à celle-ci, il ne se sentait pas en position de lui expliquer ce que cela voulait dire.

"C'est compliqué. Et je n'ai pas le temps."

Il prit sur la table une deuxième paire de lunettes d'artillerie qu'il donna a la petite fille.

"Tiens. Essaye déjà de faire un relevé, ça sera un de plus."

Capucine se mit au rapport, saluant Pare-Lances.

"Oui mon capitaine !"

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous deux en train d'observer l'horizon. Capucine faisait des allers-retours rapides entre la table à cartes et la balustrade, tandis que Pare-Lances était beaucoup moins gracieux et beaucoup plus stressé. En temps normal, il se serait posé tout un tas de question sur le pourquoi ou le comment de la situation dans laquelle il s'était fourré. Mais il n'avait pas le temps. Il devait terminer son quatrième relevé.

Alors qu'il n'était qu'à mi-chemin dans la procédure, Capucine se présenta devant lui avec une fiche complète, avec des numéros d'une écriture clairement enfantine et des petites fleurs qu'elle avait dessiné dans le coin en bas à gauche de la feuille. Pare-Lances resta perplexe pendant de longues secondes. La voyant sourire, il décida de prendre la feuille de ses mains et commencer à vérifier toutes les valeurs manuellement. Pendant cinq minutes entières, il vérifia, revérifia et vérifia encore les valeurs. À chaque fois, elles étaient absolument parfaites. Il n'y croyait pas ses yeux. Enfin, il s'arrêta de vérifier effrénément lorsque la petite fille posa une question.

"J'ai bien fait l'exercice, mon capitaine ?"

Pare-Lances ne savait pas quoi répondre. Il était surpris. Il était sans voix. Mais il était heureux. Fier. Pour la première fois de sa vie, il ressentait de la fierté.

"C'est... C'est parfait ! Haha ! Ça alors ! C'est vraiment parfait !"

Capucine se mit à rigoler. Elle était tout aussi heureuse d'avoir réussi. Ils célébrèrent brièvement, avant que les teux de Pare-Lances ne se rivent sur sa montre, où l'heure tournait dangeureusement. Il pressa alors la fille de se remettre au travail avec lui.

"Allez, il faut se dépêcher ! On a d'autres relevés à faire !"

Et il ajouta, en la regardant dans les yeux, souriant.

"Bon travail Capucine. Continue comme ça !"

Pendant la prochaine demie heure, ils réussirent à terminer trois relevés à eux seuls. La progression semblait solide. Mais malgré le succès soudain, Pare-Lances demeurait sur les nerfs. Même avec ce rythme, il pouvait difficilement compléter les vingt avant le temps imparti.

C'est alors qu'une nouvelle lueur d'espoir sonna a leur porte. Endormi, vêtu avec un pyjama bleu ciel et se frottant les yeux, Romain débarqua sur leur étage par l'escalier.

"Vous travaillez encore ? Il est tard dis donc !"

Capucine ne perdait pas une seconde. Elle ne laissa même pas le pauvre Pare-Lances se retourner qu'elle l'avait déjà pris par la main et trainé en face de la table à cartes.

"Viens Romain ! On a besoin de ton aide ! Je vais t'apprendre à faire le travail pour aider le Capitaine !"

Elle s'adressa ensuite au jeune homme.

"Mon Capitaine, avez vous une troisième paire de jumelles ?"

Sans dire un mot, il pointa du doigt un boitier. Sans surprise, Capucine y trouva ce qu'elle cherchait et salua promptement Pare-Lances une fois récupéré.

Les prochaines dix minutes consistait en Capucine qui cherchait à expliquer à son "mari" ce que Pare-Lances lui avait expliqué déjà il y a moins d'une heure. Sous ses conseils, le garçon n'eut lui non plus aucun mal a accomplir la tâche demandée, et un quart d'heure plus tard, il présenta son travail. Là encore, tout était parfait, tout était précis. Avec une précision peut être supérieure à celle de Pare-Lances. Il n'en revenait vraiment pas. Désormais, tous les trois regardaient l'horizon avec chacun leur paire de jumelles, tel un père et ses deux enfants.

* * *

Dix minutes avant la fin du "chrono". Pare-Lances, sous le regard émerveillé, posa la dernière fiche dans la malette.

Ils n'avaient pas fait vingt relevés.

Ils en avaient fait vingt-trois.

C'est à ce moment que l'abbé de la cathédrale arriva à l'étage, tout essouflé par la montée.

"Jésus, Marie et Joseph ! Comment vous jeunes gens pouvez avoir la force de grimper cette tour de manière quotidienne ?!"

Les enfants étaient heureux de voir leur "père adoptif", et encore plus de leur racconter leurs succès. Ils parlaient en même temps, s'écriaient de joie alors qu'ils louaient le travail de l'observateur. Ayant retenu certaines parties capitales de ce discours sans queue ni tête, l'abbé regarda Pare-Lances dans les yeux et esquissa un sourire.

"Eh bien ! Je pense que j'excuserai pour cette fois le fait que les enfants puissent se coucher à cette heure. Il est fantassinement tard, bientôt deux heures ! Comment pouvez vous encore sauter comme des puces, voyons ?"

Pare-Lances essaya de s'excuser. Avec l'aide qu'il avait demandé aux enfants, il leur avait sacrifié du temps de sommeil nécessaire pour leur âge. Il ne voulait pas passer pour un irresponsable.

"Je m'excuse, sincèrement mon père. Je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête..."

L'abbé rit pendant une poignée de secondes, avant de faire signe aux deux enfants de descendre et rejoindre leurs chambres. Ils s'exécutèrent, et une fois parti, il répondit au jeune homme toujours en riant.

"Voyons, je devrais vous remercier pour cela ! Regardez-les, ils n'ont personne dans leur vie. Vous leur avez donné un objectif. Un travail, une raison de vivre. Je dois vous le dire, vous feriez sûrement un meilleur père que moi. Sachez-le, je suis fier de vous, Pare-Lances."

Ces mots résonnèrent comme un gong. Encore. Toujours. Dans sa tête, comme une onde.

Même cinq minutes plus tard, alors qu'il courait dans les rues de Robaltes, malette à la main, il était encore figé sur ces mots.

Responsable. Fier de lui.

Là, encore et comme à son habitude désormais, il n'en revenait pas.

Il entra dans la salle de stratégie d'un coup violent qui fit sursauter tous les officiers, commandant compris. Il essaya de le réprimander pour cette frayeur.

"Pare-Lances ! Bon sang, mais qu'es-ce que..."

"J'ai les relevés !"

Il posa la malette sur la table, l'ouvra et lui montra les fiches soigneusement complétés.

"Par Dieu ! Vingt trois relevés ! Comment avez-vous fait ?!"

Il lisait d'un air abasourdi. De son côté, Pare-Lances s'apprêtait à mentionner les deux enfants, avant que le commandant ne rajoute.

"Attendez, quelle est cette écriture ? Pourquoi y'a-t-il des fleurs dessinées sur le coin de cette page ?"

"À vrai dire commandant, j'ai usé de l'aide de mes acolytes pour ce travail. Vous ne me croirez pas si je vous le dis, mais ils ont fait un boulot remarquable. Peut-être, dois-je l'avouer, mieux que le mien."

Le commandant ne perdit pas une seconde. Il passa les relevés au chef des positions d'artillerie pour qu'ils soient transférés. La salle commença a s'agiter: dans une dizaine de minutes, la mission allait débuter.

Pare-Lances n'osa pas bouger dans le chaos. Il avait accompli son travail. Il était heureux. Désormais, c'était aux autres de porter la flamme de la victoire qu'il avait allumé.

Le commandant, voyant Pare-Lances se tenir au milieu de la salle, il le tira vers la table pour qu'il puisse assister à la mise en oeuvre de ce qu'il avait contribué. Il regarda avec confusion alors que le commandant déplaça sur la carte un nombre gigantesque de figurines. Il laissa échapper sa stupeur.

"Mon Dieu ! Quel genre de convoi est celui ci ??"

Le commandant sourit. Il regarda Pare-Lances d'un air déterminé.

"Ce que vous voyez là, ce sont les hommes du Général de Vitriers."

* * *

Dans la partie sud de la ville de Robaltes, une pluie de flammes tombant du ciel s'abattait sur les positions défensives de la MIRA. Un barrage si intense, si lourd, que les unités ne prêtaient quasiment pas attention au convoi gigantesque qui défilait à toute vitesse sous leurs yeux, direction Robaltes.

Du feu. Des enfers. C'était tout ce qui se déroulait sur la chaussée de cette autoroute. Et les véhicules défilaient triophants.

À l'intérieur de l'un des véhicules blindés, l'un de ceux spécifiquement aménagés pour le commandement, un officier arborant une sublime uniforme des forces armées antariennes se tenait là, assis, contemplant les écrans des caméras extérieures. C'était un feu d'artifice sinistre. On aurait pu croire à la fin du monde. Mais pour eux, c'était signe de libération.

Cette homme, bluffé par la vision sublime qu'il avait devant ses yeux, c'était le Général de Vitriers.

Auparavant à la tête d'une division de l'Armée Républicaine Antarienne, il ne supportait pas de collaborer avec les caprices impérialistes de Samson. Alors qu'il terrorisait tout l'état major antarien, lui s'était retiré en toute discrétion, emportant avec lui deux brigades de sa division, celles les plus fidèles.

Son but était de libérer Robaltes en pénétrant dans la ville et perçant le siège de l'intérieur grâce à l'appui des troupes corviennes. Henne était certes aussi une option, mais il avait su pour la désertion du Capitaine Corvinal qui était déjà présent. Il devait aider la partie du soulèvement qui était désormais le plus en difficulté.

Mais c'était évidemment un plan risqué. Il ne savait pas si Corvus lui faisait confiance. Il ne savait pas s'il aurait réussi à passer le front par l'arrière. Et son armée devait se réorganiser. Il ne pouvait pas se permettre de conduire une attaque et percer le mur lui même de l'extérieur sans perdre un nombre considérable d'hommes. Sa seule option était de faire confiance à l'artillerie de couverture des corvuns.

Et il avait parié juste.

L'autoroute était grande ouverte, tandis que les positions de la MIRA brûlaient et explosaient. Le Général avait rarement vu une telle précision de frappe. Réellement, il était convaincu d'avoir pris la bonne décision.

Souriant, et regardant ses sous officiers dans les yeux, il s'exclama.

"Ce soir, Robaltes est libre !"


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
La percée du siège de Robaltes par l'extérieur de la ville est un épisode capital des débuts de cette guerre civile. En effet, depuis maintenant plusieurs jours, les militaires commencèrent à choisir leur camp. Peu ont en réalité déserté comparé à l'entièreté des forces armées et des conscrits ou volontaires antariens. Cependant, la quantité de matériel emporté avec cette vague était conséquent, assez pour permettre à Corvus de faire pencher la balance de leur côté.

On assiste aussi au dévelopement de Pare-Lances, et la rentrée en jeu de ses deux acolytes, désormais indispensables pour lui.

La guerre prend désormais une tournure plus importante, avec les effectifs devenant de plus en plus importants des deux côtés.
5004
[♜] Rautanÿrkÿ
Kapöli 2: Intervëntiö

L'Escoffier
L'Escoffier




La salle de conseil de l'état major antarien n'avait jamais été aussi silencieuse. Les généraux travaillaient lentement, chuchotaient des ordres, jetèrent un œil aux rapports et aux dossiers qui étaient éparpillés sur la table centrale.

Tous savaient ce qui arrivait.

Ce matin, ils avaient reçu notice de ce qui s'était passé la veille à Robaltes. Une pluie d'obus. Un convoi réussissant à pénétrer dans la ville. Et pas n'importe lequel. Celui du Général de Vitriers, lui qui avait déserté sa position au sein de l'Armée Républicaine Antarienne. Lui qui était là, dans cette salle, il y a à peine quelques jours.

Tous connaissaient la gravité de ce qui se passait. Et avec cela, ils savaient que Samson allait débarquer dans la salle d'une minute à l'autre, enragé.

Et c'est ce qui se passa.

Même pas quelques minutes plus tard, le surhomme ouvra violemment la porte d'un coup de pied et entra dans la salle d'un pas décidé. Sans réfléchir, il prit le premier ordinateur qu'il trouva sous la main, le décrocha sans peine et le lança à travers la pièce. Les généraux qui étaient sur sa trajectoire se baissèrent juste à temps pour éviter le missile. Fou de rage, Samson hurla contre ses subordonnés.

"Quelqu'un veut m'expliquer pourquoi on se fait soulever ?!"

Personne n'osait dire un mot. Personne n'osait même regarder dans sa direction. Ils étaient tous immobiles. Mais cela ne fit qu'enrager Samson davantage.

"Vous avez intérêt à parler, ou j'en prend un au hasard et je lui brise le cou."

Après un long moment d'hésitation, le général le plus distant de lui balbutia quelques paroles confuses.

"On est en sous-effectif. On n'a que de l'infanterie et quelques véhicules. On a besoin de plus."

Samson le regarda longuement à travers son masque. Après quelques secondes, il commença a marcher lentement vers lui. Le général était figé sur place. Il attendait sa punition. Samson se planta devant lui. Il faisait une tête de plus. Le général regardait ses pieds, tremblant. Soudain, Samson leva sa main, lentement, puis lui tapota la joue tel un enfant.

"En voilà un qui a les couilles de dire la vérité. Le reste, vous me faites honte."

Les généraux étaient confus. En temps normal, il lui aurait arraché ses yeux à main nues. Mais là, il semblait particulièrement clément. C'est qu'il avait un plan en tête. De sa voix grave, il s'adressa à tous.

"Fini de rigoler. Ces gens là sont armés, lourdement. Et nous aussi on devrait l'être. Vous attendez quoi pour envoyer des chars ? Et des chasseurs ?"

Avec plus d'assurance cette fois, le général qui avait répondu à Samson prit la parole.

"C'est que nous ne pouvons envoyer plus que cela sans autorisation écrite du gouvernement. Ou bien sous loi martiale..."

C'était tout ce qu'il fallait pour que les neurones dans le cerveau de Samson ne s'activent. Loi martiale. Il ne manquait plus que cela. Et ils pourraient enfin piétiner la résistance corvienne.

Sans hésiter, il sortit de sa poche un téléphone microscopique. Après quelques touches, il le posa sur son oreille et attendit. Après quelques secondes, une voix lui répondit.

"Bonjour Samson."

Presque immédiatement après, Samson enchaîna avec son iconique voix grave.

"L'Escoffier. On doit déclarer la loi martiale. Aujourd'hui."

Son interlocuteur resta silencieux pendant une minute entière. Il évaluait, il réfléchissait à la faisabilité de cette demande. Enfin, L'Escoffier répondit.

"Très bien. Je te rappelle dans la soirée depuis Margaux. Tu as besoin d'autre chose ?"

Samson pensait un instant, avant de répondre à nouveau.

"Oui. Tue le Président de la République. Je ne l'aime pas."

L'Escoffier réfléchit à nouveau, tel un ordinateur effectuant un calcul.

"Cela risque d'être compliqué. On doit conserver une image salvatrice auprès des antariens."

Une seconde de silence s'écoula avant qu'il ne reprenne.

"Je peux peut-être organiser un suicide. On verra. Le Ministre des Armées va bien ?"

"Je sais pas. J'ai dit aux autres mongols de lui donner à manger."

"Bon... On en reparle ce soir."

Ils se saluèrent brièvement avant de raccrocher. Samson jeta un coup d'œil à ses généraux, toujours immobiles. Puis il quitta la salle.

* * *

De l'autre côté du fil, l'Escoffier prenait des notes sur un minuscule carnet. Il était assis dans une pièce sombre, avec des écrans derrière lui. C'était la salle de conseil principale de la MIRA. Il gribouillait des schémas, des instructions, un raisonnement. Il ne lui fallu pas plus que cinq minutes pour avoir un plan viable.

C'était justement à ce moment là que Jack pénétra dans la salle. Il ne fit pas un bruit, simplement regardait l'Escoffier dans les yeux. Après une poignée de secondes d'attente, le stratège détacha une petite page de son carnet et la fit glisser sur la table devant lui en direction du chef des opérations. Jack la ramassa et y jeta un coup d'œil approbatif. L'Escoffier ajouta.

"Voilà le plan. Sous demande de Samson. Je crois qu'il est temps."

D'une voix énervée comme à son habitude, Jack répondit.

"Très bien. Je t'attends à Margaux en fin d'après midi. Je pars maintenant, j'emmène Mauser, Electre et Wiff avec moi. Tu nous rejoins avec le reste."

Il ne fallait vraiment pas en dire plus pour que ce soit acquis. À nouveau, l'Escoffier se retrouva seul dans la salle.

Il pensait.

C'était lui, après tout, l'ingénieur derrière tout ce chaos. C'était lui le fondateur de cette organisation. Et lui aussi qui allait la mener au sommet.

De sa poche, il sortit un objet. Une pièce d'échecs. Un roi blanc.

Il le posa sur la table. Sans bouger, il murmura.

"Échec."

Et d'un coup d'index, il fit tomber la pièce à plat.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cette épisode, on rencontre la figure de l'Escoffier, sans doute la plus mystérieuse de toute l'organisation. C'est lui le chef d'orchestre de cette guerre civile, et c'est lui qui cherche à mener son conseil à gouverner le pays.

C'est le début d'un tournant important dans la guerre civile. La MIRA prend le pourvoir.
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[❀] Sÿksÿ
Kapöli 2: Intervëntiö


⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩


Le Président de la République travaillait tranquillement. Il pleuvait dehors, mais à l'intérieur, tout était paisible. Les projets de lois difficiles étaient derrière lui, et il avait délégué certaines de ses tâches aux ministères. Depuis quelques jours, il se sentait ainsi plus léger. Qui plus est, il avait pris l'habitude de prendre des somnifères le soir, ce qui augmentait la qualité de son sommeil. Vraiment, il était calme à l'intérieur.

Soudain, la porte de son bureau s'ouvrit violemment alors que le Président du Conseil pénétra à l'intérieur. Sans une hésitation, sans s'expliquer et avec une expression grave, il lâcha.

"On doit s'en aller."

Le Président du Conseil essaya de prendre une seconde pour comprendre ce qui se passait, mais son homologue au conseil commença a s'impatienter.

"Dépêche toi. Tes affaires sont déjà dans la voiture."

Toujours aussi incrédule, il se leva tout de même en essayant de poser des questions.

"Hein ? Comment ça ? Qu'est-ce qui se pass..."

"La MIRA arrive pour te tuer."

* * *

Deux minutes après, ils étaient tous deux dans une voiture qu'ils conduisaient eux même. C'était le Président du Conseil qui conduisait à vrai dire. À côté de lui, son homologue au gouvernement, immobile, tétanisé. À l'arrière, plusieurs bagages. Et c'était tout.

De longues minutes de silence s'écoulèrent peu à peu. Arthur Dabi n'en revenait pas. Il n'y croyait toujours pas. Il avait besoin de savoir toute l'histoire.

"Comment ça ?"

Le président du conseil manifesta sa confusion.

"Comment ça quoi ?"

"Comment ça ils veulent me tuer ?"

Le conducteur attendit une seconde avant de répondre.

"La MIRA va débarquer à Margaux pour déclarer la loi martiale. Et ils comptent nous foutre au bagne. Et de ce que j'ai compris, toi ils veulent te buter."

"Mais c'est n'importe quoi ! C'est même pas légal !"

"Si. Ça l'est. C'est ça le pire."

"Et comment au juste ?!"

"Thomas Alénan a disparu. À ton avis pourquoi ?"

Arthur prit une seconde pour y réfléchir avant de répondre, horrifié.

"Ils l'ont tué ?!"

"Non. Simplement enlevé. Mais ça, on est pas censés le savoir. Donc d'un point de vue juridique, il est absent."

"Et ??"

"Et ça veut dire que la prochaine personne qui peut déclarer la loi martiale, c'est la MIRA. Nous on a besoin du vote du ministre des armées pour se faire."

"...Rassure moi, c'est une blague j'espère ?"

"Non. Mais il y a une solution. Parce que du coup, on sait que Thomas Alénan a été enlevé. Si on peut le prouver, ça rend la déclaration de la loi martiale illégitime."

Silence. Il fallait du temps à Arthur pour digérer l'information.

"Et pourquoi ils veulent me tuer moi alors ?!"

"Aucune idée. C'est pour ça qu'on se tire."

Reprenant ses esprits, le Président de la République chercha a balayer la situation dramatique avec un peu d'humour nerveux.

"Donc tout le gouvernement vient de quitter Margaux ?"

"Non. Nous deux et quelques ministres. Le reste collaborent avec la MIRA. C'est surtout la droite qui s'en va."

"Eh bah dis donc... Si il y a une personne que je croyais capable de rester à Margaux pour faire face à la MIRA, c'est bien toi..."

"Je pars pour trois raisons. La première, c'est parce que j'ai les infos. Et je veux pouvoir faire des allocutions et parler à nos alliés de la situation. Je sais que la MIRA compte justement sur le fait que je reste pour restreindre l'opposition. La deuxième, c'est que je ne veux pas que Margaux devienne une zone de guerre comme à Henne. Je préfère qu'on me considère comme un lâche si c'est pour garder l'intégrité du reste du pays. Et la dernière... Pamela ne me le pardonnerait jamais si je mourrais parce que je n'ai pas voulu quitter mon poste."

"Elle est où elle en ce moment ? Ta femme est en sécurité ?"

"Ouais. Pam est avec Clara, Lexa et Évelyne à Roncevaux. On va là bas nous aussi."

"Roncevaux ? La zone humanitaire ?"

"Oui. Il y a un nombre gigantesque de réfugiés là bas. Et des hommes de Karty, Slaviensk et Everia pour maintenir la zone. Ils n'oseront jamais venir nous chercher. Qui plus est, ça détruirait leur image publique."

Arthur Dabi commençait à comprendre la situation. C'était une vraie prise de pouvoir organisée.

Alors que les deux politiques roulaient en direction de Roncevaux sous couverture, Samson était à Margaux, assis là où quelques heures plus tôt à peine, le Président de la République travaillait tranquillement.

Antares était encore plus divisée.

Antares commençait désormais à sombrer dans la guerre civile totale.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Le 9 Août 2018, la MIRA entra dans le palais présidentiel à Margaux, et prit le pouvoir immédiatement après.

Ce passage est d'une importance capitale, car il manifeste la contestation active de la classe politique contre ce coup d'état.

Désormais, la MIRA n'était plus qu'à un seul pas de prendre le pouvoir: écraser Corvus qui lui avait donné raison suffisante pour prendre Margaux, puis transitionner de la loi martiale à une dictature.
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Date de la Dépêche: 10 Août 2018
Pays Concerné: Antares
Code d'Identification DPNA: MM-42177



Dépêche du DPNA:

Exerçant sont droit à la protection des intérêts nationaux, la MIRA accompagnée de l'Armée Républicaine Antarienne (ARA) a déclaré l'état de loi martiale dans le pays, accusant la classe politique de "négligence".

L'événement prend sa source après que la MIRA a sorti un communiqué hier à propos de la situation corvienne: Une grande partie de l'armée avait "trahi" les rangs antariens pour rejoindre le camp adverse, à quoi a répondu le conseil en demandant qu'un état de loi martiale soit déclaré pour qu'ils puissent mettre en œuvre la totalité des moyens militaires du pays.

La demande n'a pas aboutit en particulier à cause de l'absence du ministre des armées Thomas Alénan qui doit obligatoirement donner son aval pour une telle procédure. Cependant, son absence prolongée taxée de "enlèvement terroriste corvun" par la MIRA met en jeu une loi organique spéciale qui prévoit une mise en place temporaire de la loi martiale.

Les hauts représentants de la Milice ont donc marché sur Margaux hier et sécurisé les lieux "en cas d'attaque". En attendant, une partie de la classe politique, notamment le Président du Conseil et de la République, la première ministre Pamela Roos, La ministres des affaires étrangères Clara Malmaison ainsi que leurs sœurs respectives ont tous fui vers la zone humanitaire de Roncevaux.

Même si une allocution du Président du Conseil est à prévoir bientôt, la première ministre Pamela Roos a fortement dénoncé cette prise de pouvoir qu'elle dit "forcée, illégitime et fondée sur des mensonges" et appelle la MIRA a "concentrer ses efforts sur la recherche de M. Alénan plutôt qu'à enflammer les conflits".

De son côté, la MIRA affirme vouloir "le seul bien du pays" en assurant sa sécurité dans un contexte qu'ils qualifient de "compromis", en promettant un "retour à la normale" une fois les corvuns "terroristes" éliminés.

C'est donc une situation confuse pour la plupart de la population. Nombreux sont les antariens qui décident de se réfugier à Roncevaux pour fuir l'instabilité et choisir un endroit dès à présent contrôlé par les autorités humanitaires. Ils annoncent notamment une possible expansion de la zone dans toute la région de Roncevaux pour le nombre d'antariens qui ont décidé d'y fuir. C'est notamment dans ce contexte que l'autoroute reliant Margaux à Roncevaux a connu son plus grand embouteillage jamais observé, long de quinzaines de kilomètres.


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[⚯] Haulä
Kapöli 2: Intervëntiö

Edwige
Edwige



C'était une soirée mondaine. Une soirée entre représentants et chefs d'entreprise. Une soirée où l'objectif était de se faire de l'argent sur la mort d'autrui. Personne cependant ne pouvait les accuser de cruauté, il fallait bien que quelqu'un continue à faire tourner le pays. Et un pays, c'est dur à faire tourner.

Entre smokings et airs de jazz, les verres et les flûtes, des coupes et des bouchées, les gens fortunés discutaient. Certains avaient une moue triste, parfois même morose. D'autres forçaient un sourire pour avoir l'air heureux et indifférents. Il fallait rester indifférent. L'économie devait tourner. Il n'y avait pas le temps pour la tristesse.

Certains d'entre eux étaient Corvuns, d'autres n'avaient jamais entendu parler de cette ethnie dormante, un sang qui coulait dans la plupart des veines du pays. Bien sûr, la MIRA n'allait pas s'en prendre aux riches Corvuns sur qui ils dépendaient pour offrir une économie stable aux Antariens et ainsi recevoir le support populaire. Cela n'empêchait pas à ces individus de tenir à coeur leurs propres opinions et intérêts, ou même sans être corvun, de voir des frères et soeurs périr sous les flammes et les coups de feux, périr alors qu'ils n'avaient rien fait. Ils étaient innocents.

Le regret dévorait la plupart d'entre eux justement à cause de ce propos. Si l'on ne s'attendait pas à les voir activement participer à la guerre, on attendait certes pas d'eux qu'ils mettent en place un gala à Roncevaux, deux jours après la prise du pouvoir de la MIRA sous les conditions de la loi martiale. En quelques sortes si, c'était prévisible. C'était même presque nécessaire. Mais ça sonnait faux. Tout cela sonnait comme une masquerade. Où tout le monde faisait semblant que tout va bien. Mais dans l'état, tout va mal.

Ce n'est pas tous les jours qu'on retrouvait une si grande concentration d'entrepreneurs rivaux dans un hôtel particulier comme celui ci. Le quartier avait déjà connu des festivités semblables, mais celles de haut niveaux étaient généralement tenues à Margaux, ou bien à Henne. Comme tous le savaient cependant, l'une des villes étaient rasée, minée et embrasée comme elle ne l'a jamais été. L'autre était déserte et réprimée. Roncevaux étant zone humanitaire, et ville ou tout et tout le monde avait rappatrié ce qu'il y avait de plus précieux pour eux, c'était le lieux idéal pour ce genre d'accueil. Peut-être même le seul.

Ainsi, des liens étaient tissés par dessus des verres et des discussions mondaines, des liens qui allaient certainement se concrétiser le jour suivant au moyen de courriels et réunions plus formelles. Les entrepreneurs étaient malgré tout présents avec des assistants et autres représentants de leur entreprises pour faciliter les discussions sur le moment et pouvoir accélerer le plus possible les procédures. En effet, certains d'entre eux avaient perdu une grande partie de leurs activités, notamment les industriels qui sont pour la plupart localisés dans les périphéries de Henne. De leur côté, les compagnies d'armement allaient mieux que jamais, leurs usines dans les parages de Tassel et Rigault étaient intactes et lointaines de tous les conflits. Mais les ressources nécessaires pour produire allaient bientôt manquer, d'où la nécessité de rééquilibrer le marché. Tous savaient que si ils ne travaillaient pas ensemble, non seulement ils allaient sombrer, mais ils allaient tomber et le pays entier avec.

Et pourtant, même dans une situation comme celle-ci, une situation où il faut s'entraider, où il faut avoir de l'espoir, même dans cette situation là, Edwige était présente pour soutirer des informations.

Au milieu de la foule, une jeune femme vêtue de bleu marine marchait à travers les discussions. Elle écoutait, accumulait des informations, puis se tournait dans un coin pour noter ce qu'elle avait ouï. Ce processus lui était tellement familier, parfois elle se forçait à laisser son bloc-notes chez soi et travailler sa mémoire, une mémoire étonnamment étendue. De l'extérieur, du moins pour ceux qui la connaissaient, on aurait dit une maniaque dans son attitude et ses habitudes, mais en réalité Edwige se révélait très calme, drôle, comme tout autre personne assez acoutumée des soirées élégantes. Et c'était justement ce qui la démarquait du reste: toute sa vie elle l'avait passé à assister à ces événements, elle était donc mieux camouflée qu'un lièvre parmi tous ces individus. Après tout, qui allait suspecter la jeune femme qui passait pour une attachée d'un département de conseil et de services financiers, ou même d'une experte comptable.

Une fois qu'elle avait ses hameçons, elle pouvait passer à l'assaut. Elle s'arrangeait pour se retrouver dans un coin avec un directeur du dévelopement d'une des entreprises majeures de transports en commun en Antares. Elle savait qu'il était célibataire, et bien évidemment, n'eut aucun mal à lui soutirer ce qu'elle avait besoin avant de disparaitre.

Ce cirque continua pour toute la soirée. Il était désormais une heure du matin, la salle était bondée et les discussions avaient atteint un tel volume qu'il fallait approcher son oreille pour bien entendre. Bien évidemment, cela compliquait le travail qu'Edwige devait réaliser. Mais elle n'avait pas perdu son temps: elle savait que cela allait arriver, elle s'était donc débrouillée pour compléter toutes ses missions avant que le buit ne soit tel qu'elle ne puisse plus se procurer des hameçons à conversation.

Elle passa ainsi les quelques heures qui restaient à profiter de la soirée, un repos bien mérité, tout en évitant bien évidemment les personnes qu'elle avait interrogé pour éviter de mettre au risque sa couverture et qu'on lui pose trop de questions.

Mission accomplie pour Edwige.

* * *

Fidèle à son expertise de ce genre de soirée, elle avait envisagée que une grande partie des individus allaient rentrer chez eux dans dix minutes environ. C'était à présent qu'elle voulait s'exfiltrer: il ne fallait pas rester trop longtemps ou les trous dans la foule pourraient la mettre en évidence, ni partir trop tôt où bien les vigiles à l'entrée pourraient jetter un coup d'oeuil trop proche à son invitation forgée qu'elle avait utilisé pour entrer, ainsi que son faux passeport et pièce d'identité. Elle avait donc ces dix minutes pour profiter et s'en aller, mais aussi faire en sorte de vérifier que tout était en ordre dans son bloc-notes et qu'elle avait bien complété tout ce qui était demandé. Pour cela, elle s'éclipsa dans une petite chambre derrière les vestiaires, un lieu qu'elle connaissait puisqu'elle avait naturellement étudié le plan de l'hôtel particulier avant son opération. Elle était donc désormais seule, dans une chambre vide avec quelques boites posés ici et là, à gribouiller quelques retouches sur son carnet.

Soudain, elle entendit le verrou de la porte cliquer, puis tourner. Son corps se figea. Elle réflichit l'espace d'une microseconde, alors que la poignée tournait déjà. Qui pouvait bien vouloir rentrer ici ? Elle avait étudié le mouvement de chaque employé et vigile. Personne n'était censé se rendre ici, même sur un malentendu. C'était une porte vérouillée avec un digicode, où des oeuvres étaient habituellement entreposés lorsque ce lieu était utilisé pour des ventes aux enchères. Aucun employé n'avait été mis au courant du code, car cette salle n'avait pas lieu d'être utilisée. La seule explication plausible pour que quelqu'un veuille pénétrer dans cette salle était qu'un l'avait suivie, et qu'on la cherchait. Alors que la porte faillit s'ouvrir pas plus d'une seconde après les premiers cliquetis, Edwige dégaina un pistolet muni d'un long silencieux de son sac à main, juste à temps pour qu'un homme rentre d'un coup, lui aussi tennant une arme semblable à la main.

Les deux se tenaient donc debout dans cette salle. Leurs armes étaient rivées l'une contre l'autre, prêtes à faire partir un coup dès que l'autre bougeait.

Pas un bruit.

Lentement, sans alarmer la jeune femme, l'homme ferma la porte derrière lui en gardant son arme cernée devant lui. Après quelques secondes, il se mit à sourire et s'exclama.

"Mademoiselle Edwige, quel plaisir !"

D'un ton sérieux et légèrement agité, la jeune femme répondit fermement.

"Vous êtes qui ? Vous voulez quoi ?"

"Il serait bien de commencer par poser ces armes, ne diriez vous pas ?"

Edwige continuait à regarder l'homme d'un air sérieux. Elle n'avait jamais eu à dégainer son arme auparavant. C'était la première fois qu'elle s'y voyait confrontée, et intérieurement, elle paniquait. Mais elle était bonne actrice, et semblait s'en servir parfaitement, telle une assassine. Elle n'était même pas sûre du fait que l'arme soit chargée, elle n'avait jamais tiré avec. Tant que cela intimidait quiconque elle avait en face. Ce qui n'avait pas l'air de marcher, puisque l'homme avait un grand sourire. Il enchaîna au vu de la non réponse de la jeune femme.

"Allons, je n'ai aucune intention de vous tuer. Baissez cette arme."

"Et pourtant vous êtes rentré ici avec une arme."

"Vous me sous-estimez mademoiselle, j'ai fait mes recherches. Je savais que vous aviez une arme. Je savais aussi que vous alliez la dégainer à mon entrée. Après tout, peu de personnes à part nous ne connaissent le code..."

Edwige ne fut pas aussi amusée par ces informations. Elle reprit d'un ton plus menaçant.

"Vous êtes qui ? Vous voulez quoi bon sang ?"

L'homme pointa son arme vers le plafond, puis se baissa doucement pour la poser par terre. Alors qu'il jettai son arme, Edwige le suivi avec le canon de la sienne, toujours aussi impassible.

"Je veux simplement vous parler."

"Drôle de moyen d'aborder une femme, et moi qui croyait qu'on pouvait pas faire pire que des racailles en terme de comportement chevaleresque."

L'homme laissa échapper un sourire, mais fut vite rappelé à l'ordre.

"Poussez l'arme vers moi avec votre pied."

"Ma foi, je crois qu'avec cette moquette il n'ira pas très loin..."

Edwige agita son pistolet pour le presser, il s'exécuta donc en poussant le pistolet. Celui-ci s'arrêta à mi-chemin, l'homme regarda Edwige comme pour lui montrer qu'il avait raison. Toujours impassible, Edwige s'avança vers l'arme en tenant la sienne toujours braquée contre l'homme. Avec une main, elle en détacha le chargeur, puis détacha celui du sien et les échangea devant le regard étonné de l'homme. Edwige murmura.

"Vous avez de la chance, c'est le même modèle..."

"Le votre n'était pas chargé ??"

"Vous plaisantez ? Vous savez ce que ça coute de se procurer des balles ?! Un bon jeu d'acteur suffit amplement."

Elle rangea l'arme chargé dans son sac a main, puis croisa les bras et dévisagea l'homme toujours étonné.

"Bon, vous voulez quoi ? Je dois y aller dans cinq minutes."

L'homme croisa les bras aussi comme pour imiter Edwige.

"Eh bien, vous l'aurez compris, si je suis là c'est qu'un certain quelqu'un a remarqué votre talent et a une offre pour vous."

Edwige rétorqua.

"Je ne prends pas d'offres. Je travaille seule."

"Je sais bien, mais je crois pouvoir vous convaincre si je vous dis pour qui je travaille."

"Mais encore ?"

Le jeune homme mit sa main sur sa poitrine comme pour se présenter, avec une légère révérence comique.

"Je me présente mademoiselle, vous pouvez m'appeler Märtÿ. Ravi de vous connaître."

Edwige changea d'attitude, cette fois confuse et curieuse à la fois, avec un air de jugement.

"C'est un prénom corvun ça ?"

"C'est exact."

"C'est Corvus qui vous envoie ?"

"Tout juste."

La jeune femme prit une seconde pour réfléchir avant de secouer la tête.

"Je m'en fous. Je travaille seule de toute façon."

"Ah bon ? Pourtant vous avez bien un petit-ami..."

Edwige s'énerva

"Ce n'est pas mon petit ami ! Mêlez vous de vos affaires ! C'est juste un partenaire de travail."

"C'est pas vrai, j'ai vu que vous avez rougi quand j'ai parlé de lui."

Edwige sortit le pistolet de son sac a main et le pointa à nouveau vers l'homme. Il leva instinctivement les mains, puis se mit à rire.

"On m'avait prévenu de votre caractère impulsif, mais de là à pointer une arme sur moi pour une évidence..."

"Arrêtez votre cirque, j'ai pas que ça à foutre. Je dois y aller dans deux minutes. Si c'est pour venir me dire un tas de conneries vous auriez pu m'écrire ou m'appeler."

"Bon, alors laissez moi terminer au moins."

Edwige fit une moue agacée mais lui faisant comprendre qu'il pouvait terminer son argumentaire.

"Vous le savez peut-être, mais on se bat contre la MIRA. Et de bons espions comme vous, on en a peu. Nos chances de victoire ne sont pas maigres, mais on a besoin de support. On joue contre des professionnels."

La jeune femme prit un instant pour réfléchir avant de rétorquer.

"Et j'y gagne quoi moi dans tout ça ?"

"C'est simple Edwige, vous avez toujours voulu arrêter le crime. Sauf que vous ne pouvez pas parceque personne ne veut engager une personne sans diplôme avec des antécédents criminels. Nous, on croit en votre bonne foi. On vous garantit un pardon et une immunité totale si on réussit à établir une nation de Corvus."

Märtÿ marqua une pause avant d'ajouter.

"Il en va de même pour votre partenaire naturellement."

À ce stade, Edwige commençait sérieusement à douter. L'offre avait l'air parfaite, comme tombée dans ses bras nus. Trop parfaite, peut-être.

"Je pige pas, qu'es-ce qui m'empêche d'aller chez vos ennemis à la place ?"

"Edwige, vous êtes recherchée par la MIRA. Vous devez vous attendre à au moins une vingtaine d'annés de prison ferme. Et votre camarade pourrait très bien écoper de lourdes amendes et la perpétuité. Mais vous savez cela mieux que moi. Vous serez bientôt face au mur. Et nous aussi figurez vous. Nous aussi on a besoin d'une équipe de gens compétents."

Edwige hésitait véritablement. Elle rangea le pistolet et regarda le sol, en pensant le pour et le contre dans sa tête. Cette occasion s'avérait dorée. Mais elle devait y réfléchir. Tout cela était bien trop soudain.

Voyant sa détresse, l'homme ajouta.

"On ne vous demande pas de décider tout de suite. Vous devriez certainement en parler avec Luca. En attendant, voici mon numéro."

Il lui tendit un bout de papier qu'elle arracha avant de le déplier. Elle n'eut même pas le temps de lire les numéros que l'homme était déjà à moitié à l'extérieur.

"Sur ce, au revoir Mademoiselle Edwige."

Et il referma la porte derrière lui.

Ainsi Edwige se tenait seule dans la chambre, chamboulée, destabilisée par ce qui venait de se produire.

* * *

Il était tard, si tard que les lumières de certains lampadaires étaient éteintes. La ville économisait de l'énergie pour pouvoir héberger une grande vague de réfugiés. En effet, la ville de Roncevaux était remplie à ras-bord, il y avait des habitations de fortune partout et des tentes humanitaires qui jonchaient des rues entières, si bien que la circulation de voitures était pratiquement haltée à travers tout le centreville. Heureusement, Edwige n'habitait pas loin. Elle marchait rapidement sur le trottoir, sous un air lourd de mi-août. Il ne faisait pas encore assez frais pour devoir porter un manteau, et la ville était assez sûre pour s'y ballader en robe. Quoi qu'il en soit, elle voulait se dépêcher. Rentrer à l'hôtel où elle logeait. Se jetter sur son lit. Penser. Hurler. Pleurer aussi, peut-être. C'était le type de réaction qu'il fallait attendre de sa part dans des situations confuses comme celle-ci. Elle ne savait pas quoi penser. Elle avait attendu toute sa vie pour une occasion comme celle-ci, et pourtant elle avait l'impression de ne pas être prête pour ça. Pas encore.

A mesure qu'elle marchait, elle s'approchait de la réception de son hôtel. Elle essuya une larme chaude sortant de ses yeux rougis par l'émotion, en essayant de cacher avec embarras son état émotionel. Deux minutes plus tard, elle se retrouvait devant la porte de sa chambre. Elle sortit la carte d'accès de son sac a main et entra rapidement à l'intérieur en fermant la porte derrière elle. Edwige resta là pendant une seconde, immobile. Quand soudain, une voix masculine l'appelait depuis une chambre à sa droite.

"Alors Edwige ? Comment ça c'est passé ?"

Edwige prit une minute pour essuyer ses larmes puis répondit.

"T'es toujours debout à cette heure ?"

L'homme laissa échapper un ricannement avant de répondre.

"Je peux rester éveillé toute la nuit si c'est pour t'attendre. Je veux le débrief, j'arrive pas à dormir sans. Qu'es-ce que je ferais si il t'es arrivé quelque chose ?"

"Ça va, je suis pas ta femme non plus !"

"Ça te plairait n'empêche ?"

Edwige souriait, elle répondit après une courte pause.

"Arrête, tu sais très bien qu'on bosse juste ensemble. On peut pas se permettre ça."

"C'est vrai, c'est vrai..."

Après une seconde de silence, on entendit l'homme se lever, puis marcher quelques pas pour se présenter devant la jeune femme. Même dans l'obscurité de la chambre, on pouvait distinguer une dégaine monumentale: un costard impeccable, une cravatte bleu foncé, des chaussures noires reluisantes et bien évidemment, des lunettes de soleil d'aviateur réfléchissantes au dessus d'un large sourire. L'homme resta là quelques secondes avant d'allumer la lumière d'un coup de main grâce à l'interrupteur sur le mur à portée de main. De puissantes lumières claires s'allumèrent d'un coup sur le visage d'Edwige, si bien qu'elle du plisser les yeux à cause du changement lumineux soudain. Cependant, l'homme ne cacha pas son sourire pour autant. Au contraire, désormais il souriait d'avantage: il avait remarqué que la jeune femme avait les joues rosés. Il s'exclama en ricannant.

"Eh bah ! C'est qu'il t'es arrivé quelque chose. On en parle ?"

Machinalement, Edwige s'avança et se jetta assise sur un canapé du petit salon de la chambre d'hotel. L'homme lui s'assit sur un fauteil en face d'elle, tel un mafieux cliché, toujours avec son large sourire et ses dents blanches. Il posa la première question pour motiver la jeune femme.

"Alors ?"

Edwige soupira. Elle était obligé d'en parler. Mais pas avant d'avoir éclairci son succès à propos de sa mission. Elle sortit son bloc-notes et commença a le feuilleter à mesure qu'elle parlait.

"J'ai fait ce qui a été demandé. J'ai eu les informations nécessaires à propos de la compta de Mitrion. J'ai aussi recueilli deux-trois trucs sur Riaa et Libremar. C'est généralement la pagaille mais j'ai quand même réussi à débusquer des trucs en plus si jamais on a un client qui veut des infos pronto... Bref, un super butin. J'ai jamais fait aussi bien."

L'homme répondit du tac au tac.

"Génial, ça me donnera l'occasion d'embarquer quelques clients. Je dois défendre un gars d'ailleurs, un truc indéfendable. C'est des cons, ils ont complètement falsifié leur comptes, même un autiste peux te dire qu'ils ont traffiqué leur chiffres avec la la loi de Benford. Mais j'ai une putain de piste, tu peux pas comprendre. Je vais te sortir la meilleure perf que j'ai jamais sorti au tribunal, tu vas voir. La fraude, ça me connait, bref. Viens en au problème, je suis curieux."

Edwige fit un nouveau soupir, plus long cette fois.

"En fin de soirée y'a un mec qui m'a abordé avec un pistolet."

"Et tu l'as buté ?"

"Non !"

"Comment ça ?!"

"Luca putain, laisse moi expliquer ! C'est pas ça !"

"Bon... vas-y."

"C'était un mec de Corvus. Un agent, je sais pas. Il savait un tas de trucs sur nous deux."

"Ça m'étonne pas, ces gens là sont des légendes. Faut vraiment être schizo comme eux pour être si bon dans tout ce qui est espionnage."

"Mais le truc c'est qu'ils ont personne. Ils sont trop peu, ils essaye de faire un réseau je crois. Bref, ils veulent nous engager."

"Et t'as refusé j'espère ?"

"Justement, c'est ça le truc..."

"T'as accepté ?!"

"Non ! J'ai... Je ne sais pas..."

Edwige se mit à pleurer devant Luca. Elle essayait de contenir son émotion, mais elle ne pouvais plus. A mesure qu'elle essayait de cacher son visage avec ses mains, des gouttes tombaient sur ses jambes et coulaient le long de ses bras.

En voyant cela, Luca resta silencieux. Et pour la première fois depuis qu'il avait commencé le travail qu'il faisait jusqu'à ce jour, il retira ses lunettes de soleil les posa sur un coin de table, ses yeux rivés sur Edwige, sans expression.

A mesure que la jeune femme pleurait, l'homme se leva doucement et vint s'assoir à coté d'elle. Doucement et de façon un peu maladroite, il s'approcha d'elle, passa un bras au dessus de son épaule et la rapprocha de lui pour la réconforter.

Ils restèrent ainsi, dans les bras de l'un l'autre, comme ils l'avaient déjà fait une fois, un temps.

Edwige se souvenait encore de la première fois où elle a entrepris le travail qu'elle effectue aujourd'hui. Elle avait quinze ans. Son père, travaillant alors comme directeur financier de l'entreprise Taxara Précision était habitué à ce genre d'événements de haute voltige. Pour rire, il lui avait instruit d'aller recueillir des chiffres et des informations comptables de l'un de ses amis qui travaillait dans une position similaire dans une autre entreprise. Et c'est ce que la jeune fille fit. Très rapidement, et très discrètement, soutirant des informations qui étaient censés rester confidentielles. En même temps, avec une tête comme celle-ci, comment pouvait-on lui cacher quoi que ce soit ? Elle était naturellement douée pour parler aux gens. Et son père, il l'avait très rapidement remarqué.

Au fil du temps, elle commença a accompagner son père de plus en plus à ces soirées, et ce qui au début n'était qu'une blague ressemblait de plus en plus à du véritable espionnage industriel. Une partique qui malheureusement s'arrêta court à ses dix-sept ans, lorsque ses deux parents furent tous deux touchés par une mauvaise épidémie de grippe antarienne.

Orpheline et sans raison de vivre, elle passa des années au chômage, sans envie d'entreprendre des études. C'était un épisode des plus traumatiques pour elle. Un épisode qu'elle cache en elle comme son plus grand secret.

Si elle était là aujourd'hui, c'est qu'elle avait repris l'activité d'espionnage comme à l'époque, mais cette fois de manière professionnelle... et criminelle. Bien évidemment, elle n'avait pas fait ce parcours toute seule. Elle avait trouvé un partenaire alors qu'elle était au plus bas de sa vie. Un partenaire qu'elle cotoie encore aujourd'hui.

Ce partenaire, c'était Luca Corbino.

Lui aussi avait eu un passé difficile. Expulsé de l'ENEGM (Ecole Nationale d'Economie et Gestion de Margaux) pour avoir mis en place un traffic de cigares et encre d'imprimante peu chère, il était désormais seul avec un objectif en tête: vivre une vie de financier freelance. C'était un véritable personnage ce Luca: il était toujours habillé en costard avec une cravatte bleu foncé, des lunettes de soleil d'aviateurs réfléchissantes même en pleine nuit et ce sourire narquois sur le coin de ses lèvres. Il était le cliché parfait de l'homme d'affaires à la recherche de profits. Tout ce dont il avait besoin, c'était d'une âme soeur pour éponger sa solitude latente.

La rencontre entre Edwige et Luca s'était fait par pur hasard. Edwige cherchait naïvement un client qui pouvait lui donner une mission d'espionnage industriel, tandis que Luca cherchait un client chez qui il pouvait servir de couteau suisse financier, gérant de la comptabilité frauduleuse, infractions, investissements et tribunaux desespérés. Ils se complétaient parfaitement: l'une était discrète et manipulatrice, l'autre était talentueux et bruyant avec un charisme hors norme. Les deux comprirent rapidement qu'ils allaient former un duo de choc. Mais leur alliance avait aussi des racines plus profondes que l'aspect professionnel: Au fond, ils étaient tous deux des rejetés, des abandonnés, seuls et sans avenir. Leur avenir, ils voulaient le bâtir ensemble. Mais dans une vie criminelle comme celle-ci, difficile de penser à autre chose qu'au travail et à éviter de passer par la case prison. Il n'y avait pas de temps pour l'émotion.

Mais ce soir, c'était différent. Ils avaient une porte de sortie.

Et comme ils s'étaient rencontrés, en pleurs, seuls, déchus, dans les bras de l'un l'autre, aujourd'hui ils l'étaient à nouveau.

Edwige essuya ses larmes et essaya de balbutier quelques mots.

"Ils nous proposent l'immunité et le pardon si Corvus prend le pouvoir... Ils nous offrent une porte de sortie dans la légalité..."

"Ça alors... Tu crois qu'ils sont sérieux ? Même moi je me sortirais pas de tôle."

"On est recherchés par la MIRA... On doit leur faire confiance..."

Cette denière phrase résonnait comme un tambour. Ils allaient bientôt se retrouver face au mur. Ils frôlaient la chute. Et une porte de sortie leur était offerte. Luca lâcha prise sur Edwige et se reposa sur le dossier du canapé.

"J'ai travaillé avec des corvuns. C'est des gens respectables. À mon avis, je crois qu'on devrais tenter le coup."

"Et si ça se retourne contre nous ?"

Luca sourit.

"Ça ne changera rien. On a toujours réussi à se sortir des situations merdiques comme celle-ci. On le fera encore."

"...Et sinon ?"

"Et sinon on pourrira en prison, mais on pourra négocier pour qu'ils nous mettent ensemble."

Ils observèrent tous deux une minute de silence. Edwige essuya ses dernières larmes et se reposa sur le dossier du canapé comme Luca. Côte à côte, assis de la même manière, ils regardèrent le plafond. Après quelques secondes, Edwige s'exclama.

"Je sais pas Luca, ça fait bizarre... On s'est tous les deux jettés dans le crime comme ça, on savait même pas si on pouvait revenir à une vie normale... Mais on a toujours rêvé de pouvoir le faire et maintenant... Maintenant on a une occasion... Mais je sais pas... Je suis pas prête... Pas encore..."

Luca sourit à nouveau, laissant échapper un léger ricannement.

"Bah, raison de plus. C'est quand même génial comme dernier contrat, celui de gagner une guerre civile. Ça fait un beau magnum opus pour la fin de carrière criminelle. Perso, ça m'excite."

"Ouais, mais après ? On fait quoi ? On devient fonctionnaires ? J'aime bien ce que je fais, j'aimerais juste que ce soit légal..."

"Je sais pas Edwige, j'ai toujours trouvé ça plus amusant de contourner les lois plutôt que de les enfreindre."

"Ah non, je veux pas faire comme les autres guignols du bureau du contournement des lois du Drovolski. Autant être fonctionnaire."

"Pas forcément, tu sais... On peut être freelance. Tous les deux."

Après une courte pause, Luca ajouta.

"Ensemble..."

Ils se regardèrent l'un l'autre, souriant. Luca murmura.

"Tu te souviens de quand on s'est rencontrés ?"

"Comme si c'était hier."

"Tu m'avais promis un truc. Tu m'as dit que si on trouvait un moyen d'échapper définitivement à la prison, on allait se marrier et vivre ensemble dans un loft à Margaux..."

"...Et tu crois qu'on l'a trouvé ce moyen...?"

"Je sais pas, à toi de me dire..."

Sans dire un mot, Edwige s'avança vers lui et ils échangèrent un long baiser pendant près d'une minute. Ce baiser, c'était des années de temps perdu sur le travail et la survie qui se relâchait à présent. Mais ce n'était pas assez. Ils voulaient aller plus loin.

Doucement et sans interrompre le baiser, ils marchèrent vers leur lit double en se déshabillant et fermèrent la porte derrière eux.

* * *

Le soleil était déjà haut dans le ciel de Roncevaux lorsque les lueurs atterirent sur les visages d'Edwige et Luca, somnolant doucement. Ebloui par la lumière, Luca se releva péniblement, se redressant et s'asseyant avec son dos contre le dossier du lit, toujours à moitié sous son duvet. Alors que la lumière s'abattait sur son torse nu et son visage, il plissait les yeux. Il chercha sur sa table de chevet, se souvenant qu'il avait laissé ses lunettes de soleil dans le salon. Heureusement, il avait toujours une paire en plus, exactement la même. Il la sortit d'un tiroir et la posa sur ses yeux. Et le sourir qu'il avait toujours se développa lentement sur son visage à mesure qu'il regardait à l'extérieur.

A côté de lui Edwige était toujours sous la couverture, mais se réveillait lentement. Après une bonne minute, elle se redressa en frottant ses yeux, avec une expression fatiguée, les cheveux en battaille et des joues rouges et gonflés comme celle d'une poupée. A mesure qu'elle se redressait, elle tirait la couverture pour couvrir sa poitrine, tout en souriant lentement alors qu'elle regardait Luca avec ses lunettes de soleil. Elle se mit à rire doucement, puis s'exclama.

"T'as pas perdu ton temps..."

"Quoi ? Pour une fois que y'a du soleil !"

"T'es mignon..."

Ils restèrent là pendant une bonne minutes, souriants, heureux et satisfaits de la soirée qu'ils venaient de passer ensemble. Après un moment, Luca regarda par la fenêtre et interrogea Edwige.

"Dis, entre deux parties de jambes en l'air t'as réussi à penser à quoi lui dire au mec corvun ?"

Edwige se mit à rire.

"T'es vraiment un salopard, tu crois que je vais me mettre à penser au taf pendant qu'on fait l'amour ?!"

Luca se mit à rire aussi, avant d'enchaîner.

"Va falloir leur dire quand même, vu qu'ils savent autant de trucs sur nous ils doivent aussi savoir qu'on est des gens pressés. On veut pas leur donner de faux espoirs."

Edwige se ramena lentement vers sa table de chevet, sortit un papier et son portable de son sac à main et le déplia. Elle tappa le numéro de téléphone et l'appela en haut parleur. Les deux jeunes se regardèrent alors que la ligne sonnait de façon répétée.

Après une trentaine de secondes, quelqu'un répondit. C'était la voix de l'homme de la soirée passée. Tout essouflé, il répondit.

"Allô ?"

"Bonjour monsieur, c'est Edwige."

"Ah Edwige ! Vous y en avez mis du temps !"

Luca murmura à Edwige.

"Tu vois ! Je te l'avais dit !"

Edwige murmura entre ses dents.

"Ta gueule !"

L'homme au téléphone avait entendu Luca et s'exclama.

"Ah ! Monsieur Corbino, j'allais justement demander à Edwige d'aller vous chercher pour qu'on se mette d'accord. Es-ce que ça vous dirait qu'on se rencontre dans un café en face de votre hôtel pour un déjeuner ?"

Les deux se regardèrent, avant qu'Edwige ne réponde.

"Pourquoi pas."

"Très bien, on se voit là bas à quatorze heures. À tout de suite !"

L'homme raccrocha. Les deux restèrent en silence pendant une bonne minute avant qu'Edwige ne pose son téléphone sur sa table de chevet et murmura a Luca.

"Bon... Quatorze heures... C'est quand ?"

Sans regarder sa montre, Luca répondit immédiatement.

"C'est dans quatre heures."

"Quatre heures... On va faire quoi pendant quatre heures ?"

Ils se regardèrent en souriant. Puis Edwige continua.

"Tu crois que ça le fait en quatre heures ?"

Luca répondit avec un grand sourire.

"Je te l'ai dit, on est des gens pressés. Ça le fait très largement."

"On fait ça alors."

Et ils se rapprochèrent ainsi l'un de l'autre pour échanger un nouveau baiser et continuer ce qu'ils avaient commencé la soirée passée.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cet épisode, on est introduit à deux nouveaux personnages capitaux dans l'histoire de la guerre civile antarienne. Le duo rejoint les forces de Corvus pour donner une nouvelle dimension à cette guerre, celui de l'espionnage, pour ainsi faire face à la MIRA dans son domaine de prédilection. Ainsi, la guerre civile commence à s'étendre plus loin que sur les premières lignes du conflit.

Il est important de noter que ce passage advient deux jours après la prise de pouvoir de la MIRA comme mentionné plus tôt, c'est à dire aux environs du 12 Août 2018.
20392
[♜] Sÿlmä, yöka ëtkë vertä
Kapöli 2: Intervëntiö

Kira (Croquis de Police, Commissariat Central de Margaux
Kira (Croquis de Police, Commissariat Central de Margaux)




"Mauser... J'ai... J'ai besoin de mes médocs..."

Ces mots résonnaient à travers le micro, au milieu de pleurs et de cris.

Et de l'autre côté du répondeur, personne.

Personne.

* * *

Le conseil de la MIRA était en ébullition depuis maintenant quelques jours, une semaine après leur prise de pouvoir. Il fallait gérer la presse, l'armée, tout le cadre légal et rassurer les populations ainsi que le parlement. Une prise de pouvoir aussi subite n'était pas simple à mettre en oeuvre, mais elle était nécessaire pour contenir les actes terroristes corvuns.

Dans tout ce boucan, Mauser s'était vu attribuer la tâche de monter une équipe spécifiquement mise en place pour l'espionnage contre corvus. En effet, d'après les informations de la mira, un réseau ennemi était en préparation pour débuter des opération, et la plupart des opérateurs de la MIRA étaient aux premières lignes pour combattre. Qui plus est, il fallait une cellule de personnes qui avaient un fervent rejet pour Corvus pour que les opérations soient les plus efficaces possibles.

C'était dur à trouver, mais comme tout bon agent de la MIRA, Mauser s'était débrouillé pour le faire. Il avait une piste. Une seule. C'était largement assez, surtout qu'il pouvait trouver deux trois agents en plus pour appuyer des missions de plus grande envergure. Il fallait juste qu'il réussisse à convaincre cette personne. Et selon son pronostic, cela n'allait pas être très compliqué à faire.

Il se présenta devant l'ICPM, Institut Carcéral Psychiatrique de Mneuyon (une commune dans la banlieue du Grand Margaux). C'était certainement l'un des lieux les plus surveillés du pays, mais aussi le premier institut de recherche psychiatrique du pays. Après les lois de 1944 visant à arrêter toutes les formes de violence et tests illégaux sur les patients incarcérés, l'établissement avait grandement diminué son nombre de cellules pour permettre d'accueillir moins de patients mais avec un suivi et une qualité de vie plus élevée. Mauser était justement là pour l'un des patients.

À l'accueil, il fut immédiatement dévisagé par tout le personnel présent. C'était sûrement son masque noir typique de la MIRA qui l'avait trahi. Mais c'était aussi son ticket d'entrée pour n'importe quel établissement du pays. Tous savaient qu'on ne rigolait pas avec des agents du haut conseil. Il fit quelques pas pui s'adressa à une infirmière à la réception.

"Je suis Mauser. Je viens voir Kira."

Sans un mot, l'infirmière acquiesça, se leva et fit signe à Mauser de la suivre.

Les deux marchèrent pendant de longues minutes à travers des couloirs, puis des escaliers, puis des sous-sols. C'était un véritable dédale, mais c'était fait exprès: Si l'un de ces individus s'échappait, tout devait être fait pour qu'il ne puisse pas quitter les lieux. Mauser regarda avec un air curieux sous son masque les différentes cellules qu'il passait. Certaines étaient des chambres avec un simple loquet electronique. D'autres avaient une porte plus solide. Mais celle devant laquelle ils allaient s'arrêter avait une porte métallique blindée sans hublot.

Postés en face et sans bouger, Mauser attendait que l'infirmière n'ouvre la portière. Mais elle ne bougeait pas. Elle était figée. Elle attendait. Perturbé par la situation, il se tourna vers l'infirmière pour l'interroger.

"Vous n'ouvrez pas ?"

L'infirmière répondit en tremblant.

"Je ne peux pas."

Avant que Mauser ne puisse réagir, il remarqua deux vigiles lourdement armés s'approcher d'eux. Ils acquiescèrent lorsqu'il virent l'agent, puis se positionnèrent devant la porte et l'ouvrirent péniblement. Le bloc d'acier renforcé glissa doucement vers l'avant pour faire apparaitre une ouverture, tel le décapsulement d'une zone hautement contaminée.

L'un des vigiles s'approcha de l'agent et lui tendit un bouton.

"C'est en cas d'urgence. On peut pas légalement vous donner une arme ou quoi que ce soit. Mais on sera sur les caméras pour observer ce qui se passe. Lorsque c'est bon, vous nous faites signe."

Il avait l'impression qu'on le jettai au tigres. C'était complètement absurde. Mais comme beaucoup de choses, c'était le protocole. Et il devait s'y tenir, surtout avec ce qu'il allait faire après. Il ne voulait pas faire tâche, du moins pas encore.

Alors qu'il s'apprêtait à rentrer, il glissa un mot aux vigiles.

"Laissez la porte ouverte. J'ai chaud."

Les deux ne voulaient pas aller à l'encontre de ses ordres. Il laissairent ainsi la porte entre-ouverte en restant postés à l'extérieur.

Lorsque Mauser pénétra dans la salle, il eut une sorte de malaise. C'était une chambre tapissée de coussins blancs, comme ceux qu'on voyait dans les films. Et assise au milieu contre un mur, une jeune fille dans une tenue restrictive pour empêcher la libre utilisation de ses bras. Elle avait les cheveux lisses et noirs comme la nuit, une moue énervée et tremblante, mais surtout de terribles yeux rouge foncé. Elle leva doucement la tête pour regarder Mauser droit dans les yeux.

De longues secondes s'écoulèrent avant que la fille ne s'exclame dans un accès de rage.

"Vous me voulez quoi ?!"

Mauser ne répondit pas. Il réflechissait. Il observait. Cela agaçait la fille.

"Vous voulez me tuer, c'est ça ?! Allez-y, je n'attends que ça !!"

Mauser répondit d'un ton grave et sec.

"Nous devons parler, mademoiselle Kira."

La fille s'enflamma.

"Si vous n'êtes pas là pour me tuer, dégagez !!"

Mauser souriait sous son masque.

"J'ai mieux. Je vous donne l'occasion de tuer ceux qui vous ont fait du tort."

Kira se calma soudain. Elle était désormais tout ouïe.

"...Comment... Comment ça...?"

"J'ai cru comprendre qu'une bande de corviens vous a arraché votre grande soeur. Vous savez ce qui se passe en ce moment ?"

"Cette bande de sales chiens... Je les tuerais tous jusqu'au dernier... Sales putes !!"

Mauser sourait, cette fois en grand. Et pourtant, son masque couvrait complètement ses expressions. Mais on savait. On savait qu'il souriait.

"On va faire un marché alors. Vous aimez les marchés ?"

"J'écoute."

"La Clozapine, vous connaissez ?"

Les yeux de la jeune fille s'illuminaient ce mot pour elle, il valait de l'or. De l'or pur.

"Vous... vous en avez ?"

"En quantité. Le marché est très simple. Vous effectuez des missions. On vous offre la liberté et des boites de Clozapine. Cela changera sûrement de l'Aripiprazole que vous prenez déjà."

"Vous ne comprenez pas... Personne ne comprends... L'Aripiprazole, ce n'est pas assez. Il me faut plus... je suis folle sans... Je n'ai pu goûter à la Clozapine qu'une seule fois... C'était magique... Je donnerais tout pour retrouver ça."

Mauser sortit de sa poche une petite boite en carton verte. Il l'agita devant la jeune fille en disant d'un air narquois.

"En 200 miligrammes, ça vous va ? On a du 400 aussi, mais disons que c'est un avant goût de ce qu'on peut vous donner."

Kira regardait Mauser comme un chien affamé, elle n'attendait que qu'on lui lance un cachet le plus vite possible. Et c'est ce que fit mauser. La petite pastille blanche attérit au pieds de la fille qui se redressa effrayamant vite et la ramassa avec sa bouche pour ensuite l'avaler à sec. Elle riait nerveusement, elle était hystérique. Elle sentait les effets du médicament se dissiper dans son corps. Enfin, après des années d'incarcération seule face à sa schizophrénie sévère elle allait pouvoir goûter à la normalité.

Mauser ne perdit pas son temps. Il s'approcha de la fille et la pris comme un vulgaire sac à patates sur son épaule droite. Il lâcha sèchement.

"Allez, on se tire."

Alors qu'il sortait de la pièce avec la jeune fille sur son épaule, les vigiles furent pris de paniques et brandirent leurs armes

"Monsieur ! Mais que faites vous ?!"

Mauser se tourna lentement vers l'un d'entre eux et le fixa. Il tremblait devant lui, comme devant un dieu.

"Il n'y a que quelques personnes dans ce pays qui ont une autorité plus élevée que la mienne. Et vous n'avez pas envie de les déranger."

Ceci dit, il fit le chemin qu'il avait parcouru avec l'infirmière à l'envers cette fois-ci. Un chemin qu'il avait bien évidemment mémorisé. Et pendant ce temps, Kira toujours sur son épaule riait, riait comme jamais, comme une hystérique qu'elle était, un rire qui résonnait dans les couloirs, un rire qui ne présageait rien de bon.

* * *

La porte d'une petite chambre s'ouvrit. Devant celle-ci, Kira se tenait debout, vêtue d'un espèce de poncho médical blanc. Et derrière elle, Mauser se tenait, sa figure imposante faisant ombre sur la petite fille. De sa voix grave, il lança.

"Allume la lumière."

Kira s'exécuta. Elle tappota l'interrupteur avant de le déclencher. Ce qui apparut devant ses yeux était tout droit sorti d'un rêve.

Une chambre à coucher. Une simple chambre.

Un lit double. Une armoire. Une salle de bain. Et même un petit bureau.

Elle croyait rêver. Elle pensait que ce jour n'allait jamais arrivé.

Derrière elle, Mauser s'exclama.

"Voici ta chambre. Tu seras servie à manger lorsque tu le souhaites. Il y a des vêtements dans l'armoire. Profites."

Dès que Kira entra dans la salle, Mauser referma la porte derrière elle. Elle était désormais seule à nouveau. Seule dans une nouvelle vie. Seule dans sa nouvelle chambre.

Elle s'avança lentement vers l'armoire et l'ouvra. Sur la barre métallique, cinq cintres étaient posés et légèrement tournés à la diagonale pour faire face à Kira. Tous portaient exactement les mêmes tenues. Et Kira s'en réjouit, car c'était sa tenue préférée. Celle qu'elle portait tout le temps avant que sa grande soeur ne soit enlevée. Elle avait hâte de les enfiler. Et c'est ce qu'elle fit.

Quelques minutes plus tard, elle se retrouvait devant un mirroir en train d'ajuster ses vêtements. C'était un style unique mais simple: une chemise blanche, une cravatte rouge et un pull noir pour le haut, ainsi qu'une jupe, des collants et des talons tout aussi noirs. Cet acoutrement, c'était son contact avec la réalité. Son signe qu'elle avait retrouvé une vie qu'elle croyait normale.

Alors qu'elle recentrait sa cravatte, Mauser entra d'un coup. Il dévisagea Kira avant de lâcher.

"T'es déjà prête ? Parfait. On y va."

La jeune fille était confuse par l'attitude pressée de Mauser. Elle répondit.

"Comment ça ? Déjà une mission ?"

"C'est ta mission d'essai. Pour tester les eaux. Pour voir si t'es pas une incapable et si tu peux faire le boulot qu'un te demande."

"Allons-y alors."

Telle une assassine, elle se dandina aux côtés de Mauser le long des couloirs jusqu'à l'extérieur où ils montèrent tous deux à l'arrière d'un véhicule. C'était une camionette avec une échelle montée sur le toit, rien d'anormal. Mais dès que l'agent en ouvrit l'arrière, il révéla un vrai centre de contrôle mobile.

"Monte."

Kira s'exécuta, il ne fallu pas plus de quelques secondes pour qu'ils soient déjà en route.

À l'intérieur du véhicule, Mauser s'approcha de Kira pour le débrief et affin de lui remettre une fine pochette en papier noir.

"Bon. C'est très simple. Voici toutes les infos. On va t'introduire dans une soirée d'inauguration pour une entreprise qui vient de se coter en bourse. Les corvuns ils adorent ce genre de soirées, ils les utilisent pour se retrouver et échanger les informations. J'ai besoin que tu élimines des deux contacts qui sont censés se retrouver. L'un d'eux est aussi accompagné d'une femme, mais elle est juste là pour les impressions. Tu peux la tuer aussi si tu veux, ça peut nous arranger. Une fois que c'est bon, tu descends et on repart. Compris ?"

Kira acquiesça. Ce n'était pas sa première fois, qui plus est sous l'effet du puissant médicament elle pouvait facilement passer sous couverture. Mauser ajouta.

"Tu n'as même pas besoin de faire un truc réaliste. Nos propres équipes vont venir pour enquêter, on couvrira tout ça. Juste garde ça silencieux."

Encore une fois, rien de compliqué pour la jeune fille.

Une fois arrivés à destination, elle descendit seule avant de voir la camionette repartir et se garer plus loin dans une allée. Elle trottina lentement vers l'entrée de la réceptio, où elle fut arrêté par des vigiles.

"Désolé mademoiselle. On n'entre pas sans autorisation."

Kira présenta sa pièce d'identité et deux papiers, naturellements falsifiés, qui lui donnait accès aux coulisses. En effet, elle allait se faire passer pour l'une des nombreux barmans et serveurs durant l'événement. Surpris mais sans rien à redire, les vigiles la laissèrent entrer.

Il ne fallu pas longtemps pour que Kira se fonde dans la masse, plateau de bouchés à la main, faisant des tours ici et là observant ses trois cibles. Son plan d'attaque était simple: mettre le contact célibataire en état d'ébriété, l'attirer dans la salle où ils étaient censés se retrouver avec le faux couple et le tuer. Puis discuter avec le couple jusqu'à ce qu'ils se rendent compte que celui qu'ils devaient retrouver a disparu, afin que le mari aille enquêter dans la salle. Kira allait s'éclipser pour le tuer aussi, faisant mine d'aller le chercher pour sa femme. Et une fois cela fait, il allait revenir chercher la femme pour terminer la mission. Simple. Facile.

Après une heure d'observation, elle avait déjà repéré l'homme célibataire ainsi que certaines habitudes. Il avait déjà pris un verre de champagne et l'avait fini rapidement, Kira pouvait parier sur le fait qu'il allait en vouloir un deuxième. Elle alla chercher un plateau avec des verres en réserve et glissa une substance dans l'un des verres, au milieu pour être sûre que personne d'autre ne le prenne en allant vers l'homme. Et comme prévu, alors qu'elle marchait dans la foule, des mains attrappaient des verres ici et là, si bien qu'il n'en restaient que quelques uns à l'approche de l'homme. Une fois dans sa proximité, elle lui glissa.

"Du champagne, monsieur ?"

Comme prévu, l'homme accepta avec bon goût. Il fallait désormais attendre quelques minutes pour qu'il commence à montrer des signes d'ébriété.

Kira se débrouilla pour se retrouver près de lui alors qu'il commençait à se frotter le front. Elle fit mine de l'aider.

"Vous allez bien, monsieur ?"

"Oui je... Je crois que j'ai trop bu... Cela ne m'arrive pas normalement..."

"Voulez-vous un instant pour reprendre vos esprits ? Nous avons une salle exprès que nous mettons à dispositon."

"Ah bon ? Où ça ?"

"Par ici, suivez moi."

La jeune fille ammena l'homme à travers quelques couloirs, jusqu'à une salle où des tables en plastique et autres accessoires comme des chaises étaient entreposés. L'homme, sous l'effet de la substance, laissa échaper une partie de sa couverture.

"Ah ! Cette salle, oui ! J'étais censé retrouver un ami et sa femme ici dans une trentaine de minutes !"

En attendant, Kira ouvra une grande boite et commença a fouiller à l'intérieur.

"C'est cela monsieur. Mais en attendant, essayez de vous relaxer. Il y a une chaise et un coussin."

"Oh ! C'est sympathique !"

L'homme clairement ivre se jetta sur la chaise, puis essaya de ramasser le coussin qui se trouvait à proximité. Mais Kira fut plus rapide. Elle prit le coussin, le plaqua contre le visage de l'homme, puis sortit un pistolet avec un long silencieux et tira à travers, en plein front, puis un second tir dans le ventre de l'individu. Première cible éliminé.

Elle cacha le coussin ensanglanté ainsi que le corps derrière une pile de chaises, puis quitta la salle rapidement. C'était au tour du couple.

Il ne lui fallu pas longtemps pour repérer les deux. Ils étaient en train de discuter devant l'un des comptoirs avec du champagne. Elle se faufila derrière et se présenta devant eux.

"Monsieur ? Madame ? Vous buvez ce soir ?"

Ils terminèrent leur discussion pour s'adresser à Kira. L'homme lui lança.

"Oh, peut être un peu. Il ne faut pas abuser."

"Vous devriez en profiter, le champagne est particulièrement apprécié ce soir."

"Pour moi ce sera bon."

"Et votre femme alors ?"

Il regarda la femme avant de répondre.

"Je crois qu'on va rester tous les deux sobres, c'est peut être mieux comme cela."

"C'est que vous avez l'habitude des soirées comme celle-ci ?"

L'objectif de Kira était de lui faire recracher le personnage qu'on lui avait assigné et qu'il avait appris par coeur. Il fallait le faire parler pour pouvoir ensuite semer le doute en lui à propos de son camarade. À mesure qu'il parlait, Kira écoutait, posait des questions et acquiesçait. Ce fut aussi le tour de la femme, à qui elle posa davantage de questions.

"Donc vous avez du mal à vous endormir ?"

"Oh vous savez, passée une certaine heure, je préfère faire nuit blanche. Au moins ça m'obligera à me coucher à un horaire raisonnable la nuit suivante !"

La conversation était fluide, sans interruption. Le plan marchait comme sur des roulettes. Kira s'est même permis une petite cascade pour pimenter sa mission: Alors qu'ils discutait, elle ramassa un verre de champagne parmi les nombreux verres sur la table et commença à sirotter. Après quelques gorgées, elle ne comprennait pas comment on pouvait aimer un tel liquide. Il n'avait pas de goût. Aucun, comme si elle n'avait rien dans la bouche.

Soudain, alors que l'homme raccontait une autre des ses anecdotes préparés, il s'arrêta net et regarda la fille d'un air confus.

"Vous allez bien, mademoiselle ?"

Kira ne comprennait pas pourquoi il était si soudain confus. Peut-être étais-ce à propos du verre qu'elle avait aux lèvres ? Elle cligna les yeux plusieures fois pour montrer sa confusion.

Puis, soudain, après quelques clignements, le verre qu'elle était en train de sirotter avait disparu de ses mains. Elle était ainsi, en position comme si elle buvait, mais avec rien dans les mains.

Elle comprennait.

Elle regarda rapidement à droite et à gauche, voyant qu'il n'y avait aucun verre sur la table. Puis il regarda l'homme, toujours confus, et balbutia une réponse.

"Excusez moi, ce sont les journées longues..."

Elle se tourna vers la femme pour tenter une petite blague et détendre l'atmosphère après son erreur.

"Vous m'excuserez, je ne suis pas aussi résistante que vous l'êtes à la fatigue."

L'homme regarda autour de lui, derrière lui, puis se tourna à nouveau vers Kira avec une expression encore plus confuse. Il s'exclama.

"Mais à qui vous parlez au juste ? Ma femme est partie au toilettes il y a cinq minutes !"

Tout à coup, entre deux clignements, la femme disparut du regard de Kira. Son expression changea drastiquement. Elle commença a paniquer, comprennant ce qui se déroulait devant ses yeux. L'homme ajouta.

"Vous êtes sûre que ça va, mademoiselle ?"

Kira regardait autout d'elle. A chaque clignement, les gens dans la foule changeaient complètement de position. Les verres sur la table apparaissaient et disparaissaient. Le verre dans sa main aussi. Elle commençait à entendre des insultes, des moqueries, des cris. Elle regarda l'homme avec des yeux de détresse, puis bégaya.

"Je... J'ai... Je suis à vous dans quelques instants..."

Sans plus, elle se retourna et se dépêcha de rejoindre les toilettes des employés. Elle entra à l'intérieur d'un coup, verrouilla la porte derrière elle puis se mit en face du lavabo et se mit à sanglotter et à pleurer, ses mains sur son visage.

Alors qu'elle pleurait, elle enleva ses mains de son visage et les regarda. Elles étaient ensanglanté. Lentement, elle leva la tête pour faire face au mirroir. Dans sa réflection, elle pleurait du sang. Du sang rouge sortait du dessous de ses yeux telles des larmes. Et à chaque clignement, cette vision apparaissait et disparaissait. Tantôt ce furent des larmes, puis du sang à nouveau.

Elle était retombée dans sa pathologie. Le médicament avait cessé de faire effet. Elle recommençait à avoir ses hallucinations visuelles et auditives. Elle délirait, se prenait la tête avec les mains en tirant ses cheveux et agitant sa tête. Elle ne voulait pas retomber là dedans. Mais elle n'y pouvait rien.

Entre deux accès de folie, elle sortit une radio d'en dessous sa jupe et la pressa contre sa bouche en sanglot.

"Mauser... J'ai... J'ai besoin de mes médocs..."

Ces mots résonnaient à travers le micro, au milieu de pleurs et de cris.

Et de l'autre côté du répondeur, personne.

Personne.

Soudain, après plusieures secondes de pleurs, Mauser répondit avec sa voix impassible.

"On avait un marché, Kira. Tu termines la mission, on te donne les comprimés. Si tu ne termines pas avant que l'effet ne se dissipe, c'est ton problème. En ce qui nous concerne, tu peux attendre que quelqu'un te retrouve, te dénonce et te renvoie au centre carcéral. Terminé."

Elle était donc seule. Seule face à elle même. Elle était désormais couchée au sol, spasmatique, sa tête reposant dans une flaque de larmes ou de sang selon les intervalles. On l'avait abandonnée, comme on l'a toujours fait.

Alors qu'elle sanglottait, elle s'arrêta soudainement. Pendant une seconde, elle repensa à l'épisode traumatique qu'elle avait vécu il y a plusieures années. Alors qu'elle n'était encore qu'une gamine, elle avait été réveillée par des individus portant de longs manteaux noirs et des fédoras. Et avec eux, ils avaient emporté sa grande soeur qui dormait dans la pièce à coté. Kira avait pleuré, pleuré toute la nuit. Sur le moment, elle avait essayé de se battre, en vain. On lui avait arraché sa lumière. Son médicament ultime. Et elle était désormais retombée dans l'ombre de sa schizophrénie.

Mais cette fois-ci aussi, elle voulait se battre. Elle devait se battre, pour sa simple survie.

Lentement, elle se redressa et se mit debout face au mirroir. Elle essuya ses larmes rapidement, puis fit une grimace effrayante, le visage d'une femme hystérique sur le point de tuer. Elle se mit à rire, à rire plus fort, toujours et encore. Et d'un pas décidé, elle quitta les toilettes: Elle allait terminer ce qu'elle avait commencé.

* * *

Mauser travaillait tranquillement dans son bureau. Il n'avait pas que ça a faire que de jouer la garderie. Il devait maintenant trouver un remplaçant pour Kira. La tâche n'était pas simple, loin de là. Si seulement la mission ne s'était pas mal déroulée...

Soudain, la porte de son bureau s'ouvrit en grand, d'un coup. Et sur la portière, Kira se tenait, essouflée, visage assassin, ravagé par un caractère délirant, cheveux décoiffés et de la mousse sur les bords de sa bouche tel un chien enragé.

Après quelques secondes de regards entre les deux, Kira s'approcha du bureau et y déposa la pochette noire qu'elle avait reçu. Mauser la prit et l'ouvrit lentement, en y découvrant les clichés de quatre cadavres. Sans changer d'expression, il demanda.

"Quatre ?"

"Un serveur a entendu des bruits. Je l'ai poursuivi avec un couteau. J'avais que six balles et j'en ai utilisé deux pour chaque cible."

"Très bien. Je suis agréablement surpris."

Sans dire un mot, il ouvra un tiroir de son bureau, y sortit un petit sac plastique avec 3 comprimés blancs et la jetta devant lui. Comme un chien affamé, Kira se précipita dessus, arracha le bas du sachet avec ses canines et avala l'un des trois.

"Profites en. Ils doivent te durer jusqu'à la prochaine mission. Si tu continues comme ça, j'augmente la dose de 200 à 400."

Kira était désormais à genoux, remerciant Mauser tel un saint, tout en sanglottant.

"M... Merci... Merci, Merci, Merci... Merci..."

Toujours impassible, mais heureux d'avoir du travail en moins à faire, il ajouta.

"Va dans ta chambre, il est tard. Je veux plus d'incidents."

"D... D'accord... Oui... D'accord..."

Kira sanglottait et tremblait, mais elle était heureuse. Heureuse d'avoir réussi à compléter la mission et faire le chemin du retour à pied alors qu'elle était en plein accès de schizophrénie tout du long. C'était un exploit dont elle pouvait être fière. Et elle tenait sa récompense, son trophé logé profondément dans la paume de son poing durement refermé, comme si elle tenait à ce sachet comme à sa vie. Et en soi, c'était le cas.

Cette nuit là, Kira s'était battue. Et cette fois, pas en vain.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cet épisode, on découvre le personnage de Kira, une jeune fille souffrant de schizophrénie sévère mais ayant des talents remarquables pour l'assassinat et l'infiltration, la mettant en ligne de mire pour les services de la MIRA, en pleine recherche de talents pour sabotter les opérations de Corvus. Ce passage ajoute une nouvelle couche à la nouvelle dimension de cette guerre civile, qui est celle de l'espionnage et contre-espionnage.

Il est important de noter que ce passage advient environ une semaine après la prise de pouvoir de la MIRA comme mentionné plus tôt, c'est à dire aux environs du 17 Août 2018.
24867
[ ♄ ] Vastayökayä
Kapöli 2: Intervëntiö

Saturne
Saturne




Il était tard dans le sous-sol des opérations cyberportées de Corvus dans les profondeurs de Robaltes. Depuis que la guerre civile avait débuté, les communications avaient été interromputes pour la plupart. Avec les craintes d'une cyberattaque menée par la MIRA, tous les informaticiens de Corvus étaient sur les nerfs, mais tout de même gardant leur sang froid: leurs systèmes étaient très bien protégés, et certains opérateurs de la MIRA qui avaient déserté leurs rangs pour rejoindre l'autre côté avaient fourni des informations très précieuses lorsqu'il s'agissait de se protéger contre ce fléau. Mais en général, les corvuns n'avaient que très peu à craindre pour l'instant: l'avancée était lente, ils pouvaient encore compter sur des méthodes rudimentaires sans passer par l'alternative digitale.

L'objectif du département était justement celui-ci: il fallait mettre en place un réseau en béton pour pouvoir suivre la conquête éventuelle des troupes et les soutenir avec des informations radar et communications cryptés. Pour l'instant, le travail fonctionnait bien. La MIRA avait bien évidemment tenté des incursions, sans succès cependant. Les informaticiens corvuns n'avaient pas l'intention de riposter au vu du nombre limité de ressources mises à disposition, en plus de l'objectif qu'ils devaient atteindre qui concentrait une grande partie de leurs efforts.

Ce soir là, c'est quelques individus qui avaient décidé de rester quelques heures en plus pour pouvoir prendre de l'avance ou bien rattraper des retards de la veille. Le travail était agréable, mais surtout motivé par un désir de liberté. Ils tenaient en leur mains la possibilité de tout changer après tout. La salle était silencieuse mis à part les cliquetis des claviers et des souris qui berçaient l'atmosphère d'une touche productive. Les deux ou trois personnes présentes n'avaient aucun mal à se concentrer et tout était généralement fluide.

Soudain, l'un d'entre eux s'arrêta net. Plus de cliquetis venant de sa station. Cela diminuait considérablement le bruit d'ambiance qui régnait jusqu'à présent dans la salle, assez pour avertir ses deux autres camarades. L'un d'entre eux l'interrogea sans ôter ses yeux de son écran.

"Un problème ?"

"Euh... Je crois..."

"Il se passe quoi ?"

"Je sais pas, ça me dit Erreur Critique UEFI."

"Hein ??"

Alors qu'ils discuttaient , le troisième individu arrêta de tapper aussi et s'exclama.

"Moi aussi, ça vient de pop-up."

Le deuxième individu, celui qui avait interrogé le premier, se tourna vers les autres avec une mine confuse, avant de reposer les yeux sur son écran et voir que celui-ci aussi avait reçu un message d'erreur. Le premier l'interrogea.

"Tu crois que c'est le serveur ?"

"Non, c'est l'UEFI... C'est bizarre..."

"Tu crois qu'on a bidouillé un truc qu'il fallait pas ?"

"Je sais pas..."

Silence dans la salle, un silence qui fut terminé par une simple question du troisième individu.

"Et si c'était une attaque ?"

Soudain, tous les ordinateurs de la salle, même ceux en veille affichèrent un écran bleu sans texte. Une myriade de pings d'erreur résonnèrent en choeur avant de s'arrêter, de reprendre, puis de s'arrêter à nouveau. Les trois étaient pris de panique, ils tappaient sur leurs claviers, essayaient de faire quoi que ce soit.

"Putain mais qu'es-ce qui se passe ?!"

"La MIRA ?"

"C'est pas possible, ça vient de l'UEFI. Et on à des protection à ce niveau contre leur systèmes."

"C'est un autre système du coup ?!"

Le premier individu essayait de redémarrer l'ordinateur, sans succès. Rien ne marchait.

"C'est un autre pays alors ?"

"La Loduarie ?"

"Y'a pas moyen, on a des protection à ce niveau là aussi. C'est nous, ça vient de l'intérieur."

"Comment on arrête ça putain ?!"

"On peut pas. Il faut appeler les autres. Lön, reste ici. Nous deux on va chercher les autres. Toi appelle le chef de division."

"Et je fais quoi avec tout ça ?!"

"On peut rien faire, c'est quelqu'un qui connait le système."

"Je saborde du coup ??"

"Je... Je sais pas. Appelle et vois. On revient tout de suite."

Les deux premiers détalèrent par les escaliers à la recherche des autres informaticiens. Pendant ce temps, le troisième essayait d'appeler le chef. Il était tard, mais il finit par répondre. Une voix grave sortit du portable.

"Il se passe quoi ?"

"On nous attaque, je sais pas ce qui se passe !"

"Hein ?! La MIRA nous attaque ?!"

"C'est pas la MIRA ! Römnë a dit que c'est quelqu'un qui connait le système !"

"Une taupe ?!"

"Je sais pas ! Y'a rien qui marche ! On peut même pas éteindre, y'a tout le firmware qui est en train d'être réécrit !!"

"J'arrive tout de suite. Appelez les autres."

"Et je fais quoi en attendant ?!"

"Préparez vous à couper le courrant si il le faut. Je préfère saborder l'opération plutôt que l'abandonner à des mains malveillantes."

"Reçu..."

Le coup de fil s'interrompit, et Lön était désormais seul face à un écrant bleu, avec des lignes de texte blanc défilant de toutes parts à vitesse supersonique. Et au centre de l'écran, un symbole. Un simple symbole formé par des lettres et des caractères.

" ♄ "

Lön était horrifié. Il ne pouvait que contempler alors que toutes les machines de la salle capitulaient. C'était une attaque d'une puissance effrayante, quelquechose dont même la MIRA n'était pas capable. C'était une malédiction.

* * *

La pièce était sombre, si sombre qu'on ne pouvait distinguer que très peu d'éléments. Une fenêtre couverte par d'épais rideaux, mais d'où provenait un léger bruit d'une brise estivale. Des armoires en bois orné, vides, sans âme. Un lit désossé, sans draps ni coussins, un simple matelas maintenu par des barreaux en fer rouillé. Et un plancher rustique, du bois mal entretenu prêt à épiner d'échardes les pieds d'un malheureux individu qui voudrait le traverser. Et au milieux, un large tapis. Une grande table basse et un coussin. Et autour de celui-ci, une constellation de matériel électronique divers, allant d'écrans, des serveurs et même des machines qu'on ne pourrait nommer. Sur le coussin et en face d'un ordinateur principal, une jeune fille aux longs cheveux noirs, un masque de ski et un passe montagne de mâchoire squelétique.

Cette jeune fille, dont le visage était simplement éclairé par la lumière bleue de son écran et les LEDs des serveurs qui la contournait, c'était Saturne.

Elle tappait sur son clavier avec un rythme constant mais rapide. Si l'on fermait les yeux, on pouvait croire à une véritable mitrailleuse. Mais Saturne était habituée, elle était expérimentée. Ce rythme là, c'était son rythme de croisière. C'était le rythme qui lui avait permis de conquérir un empire.

Sur son écran, les fenêtres fusaient. Elle enchaînait plusieures dizaines de tâches à la fois, parfois avec quelques secondes d'intervalle seulement, sur un bureau désorganisé avec plusieurs systèmes fonctionnant en simultané. Pendant un moment, elle écrivait du code. Puis, quelques secondes après, elle élevait son accès à un ordinateur civil. Et quelques secondes plus tard encore, elle consultait des graphiques qui se mettaient à jour en temps réel.

Soudain, son spectacle de dextérité s'arrêta net. Elle jetta un coup d'oeuil à sa montre, puis dégaina son portable de sa poche, le posa sur un receptacle sur la table et en quelques clics elle engagea un appel. Alors que celui-ci sonnait, elle enfila un casque auditif et connecta son fil au téléphone.

Il ne fallu pas attendre plus de quelques secondes pour qu'un certain "Numéro 17" répondit et s'exclama d'une voix raque.

"Bonjour Saturne. Vous cherchez ?"

Saturne répondit du tac au tac.

"Les actualités de la semaine."

"Très bien. Donnez moi une seconde."

Quelques secondes plus tard, l'homme s'exclama à nouveau.

"Alors, beaucoup de nouveau cette semaine. Déjà, la guerre civile. Corvus gagne lentement du terrain, spécialement dans les districts de Marroze. La MIRA a pris le pouvoir et déclare la loi martiale. La classe politique s'est enfuie à Roncevaux avec une grande partie de la population de Margaux. Pas d'évolution du côté du blocus loduarien. Et sinon, les deux côtés on débuté des opérations d'espionnage et contre espionnage. Du côté de la MIRA, un agent inconnu a été recruté et a fait déjà trois victimes. Le coté corvun a engagé deux individu inconnus aussi."

"Je vous avait dit de trouver qui ils étaient et de les éliminer."

"Mes excuses."

"Je déduirais cela de votre salaire."

"Très bien. Cependant, nous avons une piste. Un agent corvun qui travaille avec un certain Märtÿ."

"Eliminez le."

"Je vous ai devancé. J'étais en route pour le faire. Je suis à la porte de son appartement."

"Avez-vous besoin d'aide ?"

"Un coup de fil."

Saturne se remit à tapper rapidement sur son clavier, oscillant à travers les fenêtres et accédant à des interfaces sombres. C'était un niveau élevé de cyberattaque, un niveau que seul un expert ultime pouvait rivaliser. Après quelques clics, elle frappa la touche entrée de son clavier.

De l'autre côté du téléphone, un homme masqué tenait un pistolet et son oreille plaquée contre la porte d'un appartement. Il sussura à travers le téléphone.

"Je frappe."

Il frappa a la porte trois fois. De l'autre côté, il ne fallu pas attendre longtemps pour entendre des pas qui se rapprochaient. À mesure que l'individu faisait route vers sa porte d'entrée, il ralentissait. C'était le signal. L'homme masqué sussura à nouveau.

"Maintenant."

Saturne frappa la touche entrée de son clavier à nouveau. De son côté l'homme masqué entendit soudain des vibrations et un sonnerie venant de l'autre côté de la porte. Il se mit en position et vida un chargeur à travers, en direction du son, puis crocheta le verrou rapidement et pénétra à l'intérieur pour voir un individu à terre avec plusieures blessures de balles sanglantes dans le thorax et un portable qui sonnait à côté de lui. Il sussura à nouveau à travers son téléphone.

"Merci Saturne."

La jeune fille répondit immédiatement.

"Continuez avec le résumé."

"C'est tout pour cette semaine."

"Vous n'avez aucune piste pour l'agent de la MIRA récemment engagé ?"

"Nous savons qu'ils ont extrait une jeune fille de quinze ans d'un institut carcéral psychiatrique dans la périphérie de Margaux. Nos équipes travaillent pour obtenir le dossier médical."

"Bien. Tenez moi au courrant. Quand à l'opérateur corvun que vous venez d'exécuter, nétoyez la scène et occupez son appartement. Si d'autres corvuns viennent lui rendre visite, descendez-les."

"Très bien."

"Je vais vous transférer votre prime pour l'assassinat. Je vous en transfèrerai d'autres pour chaque victime."

"Merci. Je vous tiendrai au courrant."

Saturne termina l'appel, puis enleva son casque. Elle se remit à tapper sur son clavier, cette fois en ouvrant plusieures fenêtres d'interface bancaires. Même sans voir son visage, on pouvait comprendre qu'en dessous de son passe montagne elle grimaçait. La plupart de ses comptes étaient presque vides, elle devait les remplir pour pouvoir transférer la prime à son agent.

Et c'est ce qu'elle fit. Une demie heure plus tard, ses comptes étaient à nouveau remplis et elle transféra quelques centaines de florins vers le compte de l'agent. Où avait-elle trouvé ces sommes ? Il valait mieux ne pas poser de questions. Car lorsqu'elle donnait, elle pouvait aussi retirer. Et personne ne voulait s'attirer les foudres de Saturne.

À présent, il était bientôt l'heure de déjeuner. Elle se leva de sa position tailleure, étira ses membres puis enleva les accessoires qui couvraient son visage et se dirigea vers la porte de sa chambre. Elle eut une seconde d'hésitation, puis ouvrit la porte se faisant éblouir par la lumière du jour à l'extérieur.

Une fois habituée à l'intensité lumineuse, elle dévala les escaliers pour se retrouver dans une cuisine rustique typique de celle d'une maison de campagne. On l'appela soudain depuis une autre salle.

"Saturne ! Tu viens manger ?"

Elle se retourna pour voir ses parents assis à table dans la salle à manger. Elle les rejoigna rapidement et se servit à manger sans un mot. Sa mère, souriant, commença a l'interroger.

"Alors ? Comment va le travail ?"

Saturne répondit avec joie.

"Très très bien, ils ont dit que je fais du bon travail."

Son père s'exclama.

"Ça alors ! Une vraie prodige ! Ton grand père aurait été fier."

"Ça je sais pas trop... Il voulait que je devienne agricultrice..."

"Bah ! Agricultrice ou experte en cybersécurité, qu'es-ce que ça change ? Il a toujours voulu que ses petits enfants commencent à travailler tôt."

Sa mère l'interropit pour poser plus de questions à Saturne.

"Et alors, cette prime ?"

"C'est bon, ils l'ont envoyée. Si vous avez besoin d'argent j'ai vraiment pas besoin de toutes ces sommes..."

"Oh tu sais ma puce, c'est toi qui l'a gagné. On va pas demander à notre fille de l'argent, on n'est pas encore si vieux quand même !"

Son père reprit la main sur la discussion.

"Et du coup ? Tu nous raccontes quoi ? Tu fais quoi de beau ?"

"Rien de trop spécial... Avec la guerre civile, y'a ces corvuns qui sont en train de tout détruire donc ça me fait plus de boulot..."

"Quand même, c'est hallucinant cette histoire !"

Sa mère ajouta.

"Mais la MIRA fait n'importe quoi, elle aussi ! À mon avis, c'est à cause d'eux que Corvus s'est rebellé. Ils n'en pouvaient plus, les pauvres !"

Saturne s'énerva soudain.

"Mais ça va pas ?! Pauvres ?! Ces gens là c'est des terroristes, des sous-merdes !"

Son père essaya de calmer l'atmosphère.

"Allons, allons. Ma puce, je sais que tu n'aime pas trop ces gens là mais laisse ta mère s'exprimer !"

"C'est ridicule. Ces gens là doivent brûler en enfer. Vous ne comprennez pas !"

"Saturne... S'il te plait... Evitons de parler de ça..."

"Bon... d'accord..."

Elle termina rapidement de manger, avant de prendre son assiette et de l'ammener à la cuisine pour la déposer dans l'évier. Sa mère l'appela depuis la salle à manger.

"Tu ne restes pas pour la tarte au pommes ?"

"Je prendrai une part après pour le goûter. "

Et comme elle était descendue, Saturne remonta dans son cachot pour s'y enfermer.

De retour dans sa chambre, elle enfila son masque à nouveau et pris place. Elle était sur le point de se remettre à tapper quand elle remarqua que de nouvelles fenêtres étaient en train d'apparaître. Elle essaya de comprendre d'où venaient ces pop-ups, quand soudain elle vit passer une qui lui mit des frissons: Elle était en train de se faire pirater.

A cet instant, Saturne commença a tapper comme elle ne l'avait jamais fait. Elle engageait l'un après l'autre les protocoles de sécurité qu'elle avait mis en place, stoppant et détruisant les opérations qui visaient à détruire ses donnés. En attendant, elle essayait de trouver la souche de l'attaque et de comprendre qui était derrière.

Serais-ce une riposte corvienne pour ce qui était arrivé hier soir ? Impossible, le système de sécurité de Saturne était absolument imparable, il était difficile de trouver plus futé qu'elle.

Et pourtant, même si les chances étaient minces, elles n'étaient pas nulles. A mesure qu'elle cherchait, elle se rendait compte que l'attaque ne provenait pas d'un groupe mais d'une seule source. Cela l'intrigua d'avantage: Qui pouvait bien lui en vouloir au point de mettre en échec tout son réseau ?

La battaille dura près de 20 minutes. Entre protocoles et contre-protocoles, c'était une vraie bataille digitale. Mais Saturne était plus rapide. Elle avait une vitesse de frappe extrêmement élevée, ce qui lui permettait de contenir les dégâts de son adversaire, pour ensuite le dégager complètement de son système.

Une fois ce conflit terminé, elle arrêta de tapper. Ses doigts faisaient mal. Mais elle avait réussi. Ce qu'elle venait de voir était probablement du même niveau qu'elle pouvait faire. Et elle ne connaissait personne qui pouvait l'égaler. Jusqu'à présent.

Alors que tout était terminé, une dernière fenêtre s'ouvrit soudain. Un système de messagerie. Et comme premier message, une phrase toute simple.

Tu t'es amusée ?

Saturne prit un instant pour contempler ce message avant de répondre.

Je veux des infos

Ah, quel type ?

Ton nom

Tu peux m'appeler Malice :)

Malice. On aurait dit vieux nom de code d'un super-héros de bande dessinée. Ce Malice semblait prendre cette histoire à la légère tandis que Saturne tremblait de se voir confrontée à un challenge de taille. Et ce même Malice prennait des airs sournois à son égard.

Dis moi ce que tu veux

Rien de spécial, la question c'est plus ce que je ne veux pas

???

J'aime pas que tu t'attaques à Corvus

Saturne prit soudain une attitude énervée.

T corvun ??

Peut-être. Dans tous les cas, je les défends.

Tu défends des terroristes lâches.

C'est toi la lâche, tu t'attaques à des gens sans défense. Frotte toi à quelqu'un qui peut te rivaliser :)

T'as 40 piges ou quoi ??

Peut-être :)

Saturne hésita un court instant, avant de reprendre.

Je ne retirerai pas mon attaque sur Corvus, même si je dois te détruire pour se faire.

J'ai une meilleure idée. Tu aimes les jeux ?

Saturne ne savait pas quoi répondre. Un jeu ? Quel jeu ? Malice la devança, prenant sa non-réponse pour un oui.

On va faire une partie d'un jeu que tu aimes bien. Si je gagne, tu leurs laisse deux semaines de répit. Si je perds, je te laisserai tranquille. Marché conclu ?

Quel jeu

Le Maropol

Ce dernier message résonna dans la tête de Saturne. Le Maropol. C'était l'un de ses jeux classiques préférés à l'époque, lorsqu'elle avait 13 ans. Le concept était simple mais le jeu était terriblement complexe, il fallait être très fort en stratégie pour avoir une chance de remporter une partie. Saturne était un peu rouillée, mais à l'époque elle était probablement l'une des meilleures joueuses dans le pays. Elle accepta immédiatement.

Marché conclu

Soudain, une fenêtre s'ouvra sur son ordinateur: c'était une grille de Maropol, comme celle qu'elle avait connu. Le jeu débutait dans 5 minutes, elle était désormais en phase de préparation.

Le concept du Maropol est simple. C'est un jeu proche du démineur classique, mais se jouant en un contre un sur une grille de vingt-quatre fois vingt-quatre cases. L'objectif est de totaliser plus de points que son adversaire, en trouvant et désamorçant des mines, pariant sur des cases, forçant l'adversaire à tomber dans des pièges et en contrôlant une majorité des cases. En superficie, cela semble relativement simple, mais le jeu devient rapidement une épreuve de bluff et d'analyse statistique. Le terrain continue d'évoluer, les mines désamorcées sont replacés et des cases peuvent être retournés. Les parties peuvent durer des heures lorsque les deux adversaires savent ce qu'ils font. Et à priori, c'était le cas de Saturne et Malice.

Une fois la phase de préparation terminée, le jeu débutait. Dans les premiers tours, Saturne semblait dominer en prenant dès le début une large partie de la grille. De son côté, Malice prenait son temps et plaçait des zones de pari ici et là.

Après quelques minutes de jeu où la jeune fille avait le vent en poupe, elle se heurta à devoir traverser les zones de pari et les pièges éventuels que Malice avait placé. Là, la catastrophe débutait. Elle avait plus de terrain, certes, mais se prennait dans le visage malus sur malus, tandis que Malice lui récupérait lentement l'avantage.

Vers la fin de partie, l'avantage de l'inconnu était devenu indiscutable. Et quelques tous plus tard, la partie était terminée, écrasant Saturne par une défaite cuisante.

Elle n'en revenait pas. Elle s'était faite battre à son propre jeu, et pas de peu. Elle n'avait qu'une envie: une revanche immédiate.

La fenêtre de discussions s'ouvra à nouveau cette fois-ci avec une réponse de Malice.

J'espère que tu honorera ta part du marché

Saturne répondit presque immédiatement.

Je veux une revanche

Pas si vite. On avait un marché. On rejouera dans deux semaines si tu le souhaites :)

Saturne était furieuse. Elle ferma son ordinateur immédiatement tappa son clavier avec un violent coup de poing. Son opération venait de perdre deux semaines. Deux semaines où elle pouvait simplement arrêter tous leurs systèmes. Et le pire, c'est qu'elle devait attendre pour prendre sa revanche.

Après quelques minutes de furie, elle ouvra son ordinateur à nouveau et commença à tapper comme elle le faisait d'habitude, mais cette fois en arrêtant ses programmes comme elle avait promis.

Du côté corvun, l'attaque avait soudainement cessé. Plus rien. Même pas une seul trace ou un seul diagnostic de l'effraction. Le mystère régnait dans la salle. Tout ce qu'on pouvait faire, c'était continuer et espérer que cela n'allait pas se reproduire.

* * *

Il était tard, mais rien ne changeait vraiment dans la chambre de Saturne. Il faisait toujours aussi sombre, mais il y avait comme une atmosphère nocturne dans l'air qui suggérait cette heure tardive. Dans son lit, la jeune fille semblait avoir le sommeil perturbé. Elle dormait sans couverture, avec une expression dérangée, presque effrayée. Elle semblait se débattre avec quelque chose.

Soudain, elle ouvra les yeux. Elle resta là, immobile pendant de longues secondes, regardant le plafond. Elle semblait sortie d'un cauchemard épouvantable. Malheureusement, c'était la triste norme pour elle.

Elle essaya de se lever, mais était complètement paralysée. Du coin de l'oeuil, elle jetta un regard au coin le plus sombre de sa chambre.

Là, elle le vit.

L'homme.

L'ombre.

Il était debout, dans le coin de la chambre.

Juste une ombre. Une figure complètement noire.

Et deux yeux blancs, la regardant.

Elle ne pouvait pas bouger. Elle voulut courir. S'échapper de cette vision.

L'ombre s'approcha lentement. Pas à pas, elle devenait de plus en plus haute. Son visage resta le même, complètement noir. Son corps était humanoïde, certes, mais une simple ombre. Pas de détails remarquables. Juste deux yeux blancs. Un regard qui inspirait la culpabilité.

D'une voix grave, presque alienne, la figure s'adressa a Saturne.

"Tu ne t'es toujours pas repentie, Saturne ?"

Saturne murmura quelques mots.

"Va t'en."

"Tu sais ce que tu as fait, Saturne."

"S'il-te plaît... Va t'en..."

"C'est de la miséricorde que j'entends ? La même miséricorde que tu as eu lorsque tu as détruit le Récéptacle des Köwnatör ?!"

La figure perdait patience. L'ombre qui était auparavant lisse et floue devenait maintenant instable et mobile. Ses contours commençaient à trembler telle des vagues à haute fréquence. On sentait sa rage s'abattre sur Saturne. La jeune fille chercha de nouveau à l'éloigner, en vain.

"Sors de ma tête ! Je veux dormir !"

"Tu ne dormiras point tant que le pardon ne t'aura pas frappé en plein front pour les méfaits que tu as commis. Tu n'auras point droit au repos tant que tu n'auras pas servi ton châtiment."

Saturne était désespérée. Elle pleurait, elle cherchait une solution, mait était toujours pétrifiée dans son lit.

"Je ferais n'importe quoi, je t'en supplie !"

"Tu n'as rien à faire autre que de mourir. Tu ne trouveras la paix que dans la mort. Tu as tué une descendance, la seule issue contre cette impardonnable atteinte est la mort. Et tu ne trouveras point repos autrement."

Saturne hurla soudain, hurla à l'aide, hurla affin de rester en vie. Et alors qu'elle semblait qu'elle allait sombrer, elle lâcha.

"Je vous exterminerai tous jusqu'à ce que vous disparaîssiez..."

Et soudain, elle se réveilla.

Elle s'était endormie sur son clavier, à mi-chemin d'un programme qu'elle était en train de développer. Sa tête s'était logée sur la touche "A", son code était donc rempli de paragraphes de cette seule lettre. Cela l'aidait aussi à comprendre combien de temps de sommeil elle avait réussi à obtenir. Et au vu du petit nombre de paragraphes, il semblait s'agir de quelques minutes seulement.

Elle ne pouvait pas dormir plus. Elle ne pouvait pas dormir tout court. L'ombre la hantait dans son sommeil. C'était sa malédiction.

Alors qu'elle regardait son écran avec des yeux vides et fatigués, elle repensa soudain à Malice. La partie de Maropol l'avait laissée sous le choc. Elle se souvenait avoir essayé d'oublier l'événement en travaillant sur son système pendant la soirée avant qu'elle ne s'endorme à nouveau. Cela faisait maintenant trois mois qu'elle n'avait pas ou peu dormi.

Curieuse, elle ouvra donc la page de discussion qu'elle avait laissé en arrière plan sur son bureau. Les messages était toujours là. Aucun moyen de savoir si Malice était en ligne. Mais elle voulait en savoir plus sur lui. Car à sa connaissance, c'était le seul avec des talents vraisemblablement nécessaires à faire planter son opération contre Corvus.

Elle tenta alors un message. Un simple message.

T'es là ?

Pendant plusieures secondes, il n'y eut pas de réponse de sa part. En même temps, il fallait s'y attendre: Il était probablement trois heures du matin, aucune personne sensible n'était réveillée à cette heure.

Mais contre toute attente, un message apparut soudain.

Déjà debout ?

Elle sentait le sarcasme dans sa réponse, mais ne savait pas quoi en faire. Elle essaya de balayer la question.

Je n'arrive pas à dormir.

C'est la revanche qui te tient debout ?

Non. Je m'en fous.

Si tu le dis. En attendant, tu voulais me parler ?

Saturne hésita avant de répondre.

Je veux en savoir plus

Sur ma stratégie ?

Sur toi.

Ah

Il y eut une longue pause de quelques secondes avant que Malice ne réponde.

Il n'y a rien de spécial à propos de moi, à vrai dire...

C'est faux. Tu as réussi à pirater mon système.

Désolé de casser ton égo, mais ton système de sécurité est vraiment nul pour le coup x)

C'est pas vrai. Tu est juste plus fort que les personnes contre qui je me frotte d'habitude.

Bon, j'avoue, il est pas mal. Mais c'est sans vanter que je te dis que je suis l'un des meilleurs hackers en Eurysie.

Et comment ça se fait que je te connaisse pas ?

Disons que je suis resté dans l'ombre la plupart du temps. Mais avec la guerre, je me suis dit qu'honorer mes ancêtres serait une bonne chose à faire.

Les Corvuns sont des lâches. Ce sont des terroristes. Rejoins moi plutôt.

Je le prends assez mal, sais-tu ?

Je n'en reviens pas que je parle avec quelqu'un de ta race.

C'est curieux pourtant, qu'es-ce qui te fait détester Corvus autant ?

Saturne resta sans réponse. Elle réfléchit pendant de longues minutes avant de répondre.

Ils me tourmentent.

C'est à dire ?

A cause d'eux, je ne peux plus dormir.

Quoi ? Ils font la fête en bas de chez toi ?

Ce n'est pas ça.

En tout cas, ça parraît pas une raison de vouloir les exterminer.

Tu ne comprends pas. C'est une malédiction.

Une malédiction ??

Oublies...

Attends, je veux savoir quand même pourquoi je vais mourir !

Tu es plutôt sympathique pour un corvun. Tu seras celui que je tuerai en dernier.

Aze, ça marche x)

Du coup ? Tu m'en dis plus ?

Bah je sais pas quoi te dire d'autre.

Tu vis où ?

Là en ce moment ? Tassel.

Pas très loin de chez moi alors.

Tu habites aussi en ville ?

Non, je suis dans un bled au milieu de la campagne entre Tassel et Rigault.

Et y'a la fibre là bas ? x)

Très drôle...

Je suppose que c'est quand même dur de déployer un système depuis une maison de campagne, non ?

J'ai mes moyens. Et des personnes qui travaillent pour moi.

Alors là, tu piques ma curiosité.

Saturne hésita longuement avant de se lancer. Elle n'avait rien à perdre dans tous les cas.

J'ai mis au point un système pour contrôler tous mes agents et programmes à distance.

Carrément ?

Je l'ai baptisé Rhéa

Très joli nom

J'ai aussi un drone.

Un drone ?

Oui, il est utile pour surveiller ou déployer des éléments dans le pays.

Eh bah, ça alors ! Et il a un nom lui aussi ?

Oui. EE-1D

Moins sympa que Rhéa...

Il me fallait un nom de code court et qui peut être modulable. C'est aussi une référence...

Ah, je vois. Il est arrivé quoi au 1A, B et C ?

Les A et B n'ont jamais décollé. Le C, je préfère ne pas en parler.

On dirait que t'as un bel arsenal à ta disposition alors...

C'est ce qu'il faut pour exterminer Corvus.

Je vois...

La discussion semblait prendre fin. Bien que Saturne ne savait pas comment s'y prendre pour clore une conversation, Malice semblait prendre les devants.

En tout cas, je suppose que ça t'a fait du bien d'en parler. Nous nous rencontrerons sûrement à nouveau.

Je veux ma revanche

Et tu l'auras, tant que tu respecte les règles du jeu.

C'est l'une des seules philosophies que j'admire chez Corvus, celle du juste jeu.

Nous avons donc trouvé un point de concorde, à ce que je vois :)

Je n'en ai pas fini avec toi

Moi non plus :))

À une prochaine fois ?

À une prochaine fois.

Et comme il était venu, Malice disparut.

Dès à présent, Saturne était à nouveau seule, seule avec sa malédiction. Elle devait désormais passer le temps, et quitte à ne pas lancer d'attaque, elle pouvait en préparer une encore plus sophistiquée.

Mais derrière elle, l'ombre était toujours là, debout, la regardant avec ses yeux. Et sa main posée sur son épaule, prête à frapper dès qu'elle fermera les yeux.

Saturne était le produit d'une revanche. Une revanche qui ne pouvait se terminer que par la mort d'une des deux parties.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Dans cet épisode, on découvre le personnage de Saturne, une jeune fille ayant de surprennants talents en piratage informatique de tout genre. Sa soif de vengeance aux raisons obscures sur la population corvienne la rend un personnage redoutable à leurs yeux, bien qu'ils n'en voient encore que très peu le danger grâce aux interventions de Malice, tout aussi mystérieux. C'est un personnage clé dans l'univers de la guerre civile puisqu'elle n'opère pas pour le compte de la MIRA, mais indépendamment de celle-ci. Cela rajoute donc un dernier front annexe au conflit, celui de la cyberattaque et du cyberespionnage qui prend à présent son élan.

Il est important de noter que ce passage advient un peu moins de deux semaines après la prise de pouvoir de la MIRA et quelques temps après les interventions d'Edwige et Kira comme mentionné plus tôt, c'est à dire aux environs du 20 Août 2018.
5428
[♠] Kyolëyt puÿynuvät
Kapöli 2: Intervëntiö

Deux fermiers Mavésois en attente de Libération (Sally Väytkä,  Cliché à l'argentique corvun, 2018)
Deux fermiers Mavésois en attente de Libération
(Sally Väytkä, Cliché à l'argentique corvun, 2018)



La nuit tombait comme elle le faisait d'habitude sur les champs de la région de Mavetz. Bien qu'il s'agissait d'une période estivale de mi-août, l'air était plus frais que d'habitude. Cela était un plus pour les fermiers de la zone, puisque ce climat légèrement sec favorisait leurs récoltes.

Le nord d'Antares était connu pour ses épisodes de brume assez soudains, descendant des altitudes des frontières antaro-loduariennes au nord-ouest ainsi que ceux de la frontière gallèsante juste à côté. Ces nuages tristement solitaires et silencieux descendaient sur les plaines et les plateaux pour couvrir tout ce qu'il y avait tel un voile naturel. Cette brume était d'ailleurs assez particulière et surtout redoutée: elle n'avait rien d'un nuage, ni d'une fumée. C'était un simple et doux amas opaque sans relief. Le type d'amas qui donne envie de s'endormir dans des limbes profondes.

Ce soir là, le coucher du soleil coïncidait avec la tombée d'un nouvel épisode de brume, qui allait vraisemblablement durer quelques heures pour être dissipée au petit matin.

Parmi les derniers agriculteurs qui étaient toujours sur les champs, Vÿkö était là, debout, se tenant contre un arbre. Il était fascinant de voir le silence avec lequel le soleil passait l'horizon, laissant place au nuage et à la nuit. Il le savait, les accidents étaient fréquents surtout du côté des conducteurs de nuit. Qui plus est, c'était un soir de nouvelle lune, donc aucune lumière sinon celle des astres. Fallait-il encore pouvoir les apercevoir à travers la brume.

Silence.

Dans le ciel devenu maintenant sombre, une constellation apparaissait, rasant l'horizon sud. En réalité, une moitié de constellation.

Skorpii. La constellation du Scorpion.

Dans le nord du pays, il n'était possible d'observer que la tête de cette constellation, contenant notamment l'étoile mère, celle d'Antares. Au contraire, le sud ne voyait que la queue, avec l'étoile soeur de Shaula au bout.

C'était un phénomène souvent célébré par les photographes, puisque la constellation n'était visible que dans les environs de juillet et août. Mais elle représentait une fierté. Et au sein de celle-ci, un héritage.

L'Héritage des Köwnatör.

Les plus anciennes familles d'Antares, celles qui ont perduré avant même la proclamation de la république et qui ont vécu sous la fédération des principautés unies de Corvus se passaient ces histoires de générations en générations.

En effet, cette constellation retenait une grande partie de l'histoire et l'évolution du pays. L'Accord de Skorpii qui unissait à l'époque les provinces grâce aux efforts portés par les Köwnatör, puis la première révolution industrielle au milieu des années 1800 qui a finalement uni ces mêmes provinces sous le drapeau de l'étoile mère d'Antares.

Le pays a toujours été en quelques sortes divisé. Mais c'est aussi ce qui a fait son union. C'est comme dans une fraterie: les disputes et les chamailleries ne font que renforcer les liens déjà existants.

Alors que Vÿkö regardait la lueur rouge de l'astre d'Antares doucement percer le voile de brume noire, il entendit des pas derrière lui. Il se retourna doucement, il les reconnaissait.

Souriant, il murmura.

"Es-tu fière, Alice ?"

Alice, sa femme, était venue le chercher comme elle le faisait d'habitude. Il n'aimait pas faire le chemin du retour seul, surtout dans ce brouillard. Et ils se disaient que si ils finissaient par se perdre, il se perdraient ensemble.

Avec un sourire doux, elle s'approcha de lui et se mit à contempler Skorpii. Elle murmura à son tour.

"Antares brille plus fort ce soir..."

"C'est peut-être un signe... Peut-être que cette guerre finira par nous unir à nouveau..."

Ils restèrent là en silence.

Alice glissa une pensée.

"Je ne sais pas... Je pense que c'est autre chose..."

"Autre chose ?"

"Antares brille... Elle nous rappelle qui nous sommes. Des descendants de Skorpii, qu'on soit antarien ou corvun..."

"C'est donc ton interprétation ?"

"Non. Nous savons déjà qui nous sommes... Nous avons même pris les armes pour l'affirmer. Non, c'est aux autres."

"Aux autres ?"

"C'est les autres qui doivent comprendre qui nous sommes vraiment."

Silence.

Après quelques minutes, Vÿkö enchaîna.

"Bon... Il va falloir rentrer..."

"On doit parler de la MIRA, tu le sais..."

"Je ne vais pas leur donner mes champs pour qu'ils y foutent leur matériel. Ces champs servent à nourrir les hommes et les femmes."

"Ce ne serait pas ton appartenance qui parle ?"

"Corvus ne m'aurait jamais demandé mon champ. Tu le sais."

"C'est vrai..."

Silence à nouveau.

Alice l'interrogea.

"Alors ? On fait quoi ?"

"On leur dit non."

"Ils vont finir par nous forcer."

"On attendra."

"Attendre quoi ?"

"La Libération."

Vÿkö marqua une courte pause avant de reprendre.

"Corvus libèrera le nord d'Antares. Ils reprendront leurs droits sur la tête de Skorpii."

Alice ajouta.

"Après tout, le nord était le berceau de la dynastie des Köwnatör..."

Sans ajouter un mot, les deux se retournèrent et firent route vers leur maison au fond du champ.

Les astres indiquaient vraisemblablement une reconquête, une consolidation dans le nord de la résistance corvienne.

Au final, les antariens se battaient contre eux mêmes. Mais tout comme ce couple, ils savaient s'unir lorsqu'ils font face à un ennemi commun.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode marque le début de la consolidation de la résistance corvienne dans la partie nord du pays, notamment dans les régions de Marroze, Mavetz (là où se déroule ce RP) ainsi que celles de Daxe et de Séralpine. L'expansion du front Corvun est à prévoir, ainsi qu'une riposte plus solide de la MIRA.

Mais ce passage illustre aussi une partie importante du folklore, de l'histoire et de la mentalité des antariens vis à vis de leur propre population. Elle donne aussi du contexte au laissez-faire général sur la guerre civile de par la philosophie du conflit réunificateur qui a porté Antares à la position qu'elle tient aujourd'hui.

Le passage redonne aussi espoir dans l'entraide et les valeurs antariennes qui n'ont pas disparu malgré le conflit, et le respect de l'opposant malgré les coups de feu.

Il est important de noter que ce passage advient aux environs de mi-août comme mentionné plus tôt.
25448
[✝] Puölyäykä
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"Le Tricheur" Kärlä Släkk, 2017 (Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)

"Le Tricheur"
Kärlä Släkk, 2017 (Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)



Long soupir.

Le Président du Conseil Luca Ravenne était avachi sur son fauteuil. Entre ses mains, une feuille avec des marques de pliures.

Cette lettre, elle venait tout droit de Gallouèse. Et elle était d'importance plus que majeure.

Pendant qu'il regardait son pays se déchirer dans un conflit ethnique pour déterminer qui prendra le relais sur la gouverne d'Antares, derrière son dos s'est engendrée sa plus grande peur. Une peur qu'il n'avait pas quittée des yeux jusqu'à présent. Et c'est ironique que ce soit à ce moment-là qu'elle décide de se présenter.

On ne parlait pas vraiment de peur. C'était plutôt un inconvénient. Personne en Antares remettait en question la guerre civile. Personne ne demandait de cessez le feu à part pour préserver une image politique, et encore. La Guerre Civile était voulue. Ce qui était moins voulu, c'était l'intervention d'autrui. Une intervention qui plus est sans invitation préalable. Que dire de plus ? Une invasion.

C'était ce qui gênait le Président du Conseil. C'était que ce danger qui appuyait la Gallouèse n'était de toute évidence pas infondé. Mais Luca n'avait pas besoin de fondements pour comprendre l'évidence face à laquelle il était. Il n'avait pas besoin d'y réfléchir pour savoir que c'était vrai. C'était en effet une occasion servie sur un plateau d'argent. Après plusieurs années de menaces suivies d'une accalmie, le pays ocre avait enfin décidé de se réveiller, dans la plus grande des surprises, pour terminer le travail que Lorenzo avait vraisemblablement commencé.

Une aide humanitaire armée. Autant mettre des fleurs dans le canon d'un char.

Même si la situation semblait pour le moins catastrophique pour un état en guerre civile, ça ne l'était pas vraiment pour Luca Ravenne. Lui et le reste de la classe politique savaient dans quoi ils s'engageaient lorsqu'ils ont quitté Margaux pour superviser la guerre civile de loin. Ils savaient qu'ils allaient devoir porter cette responsabilité. Celle d'arbitrer le conflit.

D'un point de vue extérieur, cela semblait lunaire. Laissezfaire, et la Fantassine vous mordra les chevilles. Une guerre civile n'était pas un quelconque sport, un match avec comme prix le contrôle du pays.

Mais pour les antariens, ça l'était. Cela a toujours été le cas.

Dans les années 1850, les principautés corviennes reconnaissent une majorité antarienne. Une majorité qui s'adapte rapidement et prend déjà les devants de la révolution industrielle, pendant que certains corvuns se baladaient encore en armure. Tous savaient les règles du Jeu, un jeu qui avait guidé l'ex-corvus pendant des siècles auparavant. Les pourparlers, la passivité, elle n'a pas sa place et ne marche pas. Si deux entités s'affrontent pour obtenir le pouvoir, il est seulement logique que le plus fort l'obtienne. Et Corvus était resté incontesté là dessus.

Mais c'était différent. Les antariens étaient pour la plupart immigrés. Des expulsés, réfugiés qui plus est. Eux n'étaient que peu familiers avec les valeurs des principautés. Et pourtant, tous les corvuns savaient qu'un face à face devait arriver.

Les Köwnatör s'y sont opposés. Ou plutôt, ils en ont contourné les règles. Ils supportaient l'abandon des armes à l'instant où un conflit aurait débuté.

La vérité, tout le monde la connaissait. Le pays avait un potentiel d'essor économique fantastique. Une guerre civile à la corvienne aurait déchiré cet espoir. Et les antariens apportaient avec eux des valeurs qu'on ne pouvait qu'admirer, comme celle de l'accueil chaleureux. Pour la première fois, les Köwnatör ont mis les intérêts du pays en face de ceux de leurs règles d'or. Car la première des règles d'or, en réalité, elle s'appliquait après ces conflits. La promesse d'une réunification pacifique et le salut de l'adversaire. Corvus n'allait donc que se passer d'une seule étape, celle du conflit lui-même, en capitulant.

Et aujourd'hui, presque deux siècles après cet abandon voulu, le conflit qu'ils avaient décidé d'éviter auparavant refaisait surface. Certains parlaient de destin. D'autres, de certitude.

Et les antariens le savaient. Ils le reconnaissaient. Il était temps de jouer le match qui avait été suspendu il y a bien des années, quelques secondes après le coup de sifflet initial.

Que la guerre ait été débutée par une entité étatique presque rebelle, ce n'était certainement pas prévu. Mais dans un sens, c'était à la fois une bénédiction et une malédiction. Une bénédiction car le gouvernement légitime pouvait s'occuper de protéger le conflit d'un point de vue géopolitique (une géopolitique moins existante à l'époque). Et la malédiction ? Arbitrer un no-man's-land mécanisé était impossible sans essuyer des balles dans le processus.

Mais le Président du Conseil n'était pas dupe. Il allait devoir se prendre des coups pour séparer une bagarre. C'était obligatoire. Et le premier coup qu'il voyait déjà venir, c'était subir les insultes d'un vieil ami.

Un conseiller entra dans le bureau alors que Luca réfléchissait encore, avachi sur son fauteuil. Il l'interpella.

"Monsieur le Président du Conseil... Je suppose qu'on vous a remis la missive ?"

Il agita le bout de papier sans dire un mot. Encore pensif, il essaya de jeter des coups d'œil autour de lui. Lors de ces situations, il avait l'habitude de se lever et de regarder par la fenêtre. Cela le calmait. Mais ici, six pieds sous les pavés de Roncevaux dans un bunker gris, il n'y avait évidemment rien de tel. À part si ça l'intéressait de voir des verres de terre.

Le conseiller reprit.

"Sans vous presser... Avez vous appelé la MIRA ?"

"Je souhaitais le faire à l'instant."

"Je dois quand même vous le dire, c'est risqué."

"Ce n'est pas vrai. Vous le savez. On ne peut pas avoir la paix, vous le savez bien. Même avec tout l'attrape-mouches au monde, ces mongols finissent toujours par revenir nous les casser. J'ai été con, j'aurais dû m'en douter. J'ai eu tort de parier sur l'intelligence de la nouvelle secrétaire générale."

"Et si il décide de négocier ses termes ?"

"Il va peut-être m'insulter, peut-être. Mais ce n'est pas un tricheur. Vous devriez le savoir."

"...Et si il refuse ?"

"Il ne peut pas refuser. Il sait que je suis son seul pare-choc entre le monde entier et ce qu'il essaye de faire. La seule raison pour laquelle il n'y a pas eu une escadrille de l'OND en Antares pour l'éliminer, c'est parce que j'ai été clair sur le fait que ce conflit était voulu. Sinon j'aurais demandé de l'aide. Je n'en ai pas demandé par respect du jeu. Et visiblement ça n'a pas empêché cette raclure d'Aurore de s'en battre l'oignon. C'est moi le chef ici. C'est moi qui décide si oui ou non il y a une guerre civile. C'est moi."

Il fit un instant de pause. Il avait l'air sérieux. Il était en charge de la situation. Il reprit.

"Vous savez, la MIRA et Corvus sont des ennemis farouches. Mais ce qu'ils ne sont pas, c'est des tricheurs. Oui, ils vont se plaindre. Oui, ils vont essayer de contester, parcequ'ils ont les doigts déjà trop occupés par la guerre pour vouloir lâcher ça sur un coup de fil. Mais c'est moi l'arbitre. Le Jeu à changé depuis l'époque. Désormais, il faut une troisième partie pour éloigner le feu international. Et cette partie, c'est moi. Je peux donner un ordre et achever le pays. J'ai en mains le prix qu'ils cherchent tous deux à avoir. Donc, c'est moi le chef. Et donc, ils m'écouteront."

Convaincu par ce monologue, le conseiller enchai

"Bien. Je vous laisse."

Il sortit, refermant la porte derrière lui.

À présent, le Président du Conseil était à nouveau seul. Il lâcha prise sur la lettre, se pencha sur son bureau et attrapa son téléphone fixe. Il inséra une longue série de numéros qu'il connaissait désormais par cœur. Et sans attendre, il apporta l'appareil à son oreille, attendant face aux longs bips téléphoniques.

Après une trentaine de secondes, l'interlocuteur décrocha. Il n'eut pas le temps de placer un mot que Luca l'aborda directement.

"T'as hésité à décrocher ?"

Après une dizaine de secondes, une voix familière sortit de l'appareil.

Cette voix, c'était L'Escoffier. Le Chef de la MIRA. Et sans doute le plus grand stratège du pays.

"J'étais occupé. Tu sais, une guerre civile c'est lourd sur l'emploi du temps."

"T'en a d'autres des conneries ?"

"Parle pour toi. Tu n'as aucune raison de m'appeler si ce n'est pour me demander un cessez-le-feu. J'ai réfléchi, et je me suis dit que tu serais trop con pour me le proposer. J'ai donc été rattrapé par ma curiosité."

"Tout ça en trente secondes ?"

"Bon, tu veux quoi salope ?"

"C'est toi qui l'a dit."

"T'as intérêt à plaisanter."

"Sur ta soeur."

"Alors celle-là, je la connaissais pas. Luca, un tricheur... Dis, tu regardes les infos de temps en temps ? Tu sais que y'a une guerre civile que tu es censé arbitrer ?"

"Et à ton avis, pourquoi je t'appelle trou de balle ? T'y a pensé pendant ces fameuses trente secondes ?!"

Un court silence s'installa avant que L'Escoffier ne reprenne.

"Que se passe-t-il ? J'ai fait un truc qu'il fallait pas ?"

"Entre autres j'ai envie de dire, mais ce n'est pas la question. On a un tricheur."

"Corvus triche ?"

"Si Corvus triche ? Et quoi d'autre ?"

"Qui triche ?"

"Je te donne un indice, ils ont la paranoïa d'un chevreuil et l'altruisme d'un ours sous héroïne."

"...Les lèche-cargos ?"

Luca souriait. Cette phrase faisait remonter en lui de bons souvenirs. L'expression était née alors qu'ils surveillaient l'abordage d'un de leurs cargos transportant du matériel militaire teylais que la Loduarie avait décidé d'intercepter. Cela et la surveillance accrue qui s'était reposée sur les convois passés, ils plaisantaient sur le fait que les loduariens en étaient si obsédés qu'ils pourraient lécher les coques de ces cargos. C'était l'époque où Luca et l'Escoffier s'entendaient encore bien.

"Bravo, t'as deviné."

"Ils nous attaquent ?!"

"Je sais pas. Je viens de recevoir une missive de la Gallouèse. Ils ont des bonnes raisons de croire que les loduariens veulent nous envahir."

"Juste comme ça ?"

"Non, ça ne passe jamais à l'international. Mais ils vont se mettre à dire qu'ils veulent soit-disant libérer le pays et arrêter la guerre civile."

"Je suppose que t'as pas essayé de leur dire que t'étais pas d'accord ?"

"Déjà ils ne savent pas qu'on se doute d'un truc. On ne sait pas s'ils vont faire quelque chose, et si oui quand. Mais écoute moi bien. Si demain ils posent pied au delà de cette frontière, on est morts t'as compris ?"

"Et je suppose que leur blocus va jouer ?"

"M'en parle pas."

"Donc t'es en train de dire qu'on doit arrêter de se tapper dessus parceque les services gallèsants ont des raisons de croire qu'il va se passer quelque chose à un moment donné ?"

"Non, t'as pas compris. Je veux pas juste que vous arrêtiez. Je veux qu'on bosse ensemble."

"Moi et toi ?"

"Non. Toi et Sieur Köwnatör."

"Je refuse."

"Tu n'es pas en position de refuser."

"Je veux bien arrêter le conflit l'espace d'une semaine pour voir si la Gallouèse dit vrai. Je travaille pas avec la personne que j'essaye d'assassiner."

Luca avait fini de rire. Il prit soudain une mine plus sérieuse.

"Ecoute moi bien. Ici, dans cette discussion et que tu le veuilles ou non, c'est moi le chef. L'avenir du pays est en jeu. Tu veux le pouvoir ? Pas de problème. Je ne t'ai jamais empêché de le prendre par moyen légitime, c'est-à-dire en gagnant le duel contre Corvus comme le veut le jeu. Tu es au pouvoir en ce moment même, d’ailleurs, et en toute légalité. Tu n'as enfreint aucune règle en déclarant la loi martiale. Et je t'ai laissé, parceque c'est moi le chef. Pire, je t'ai protégé du feu international. Parce qu'il y en avait plus d'un qui était prêt à venir en Antares et te buter. Donc, tu veux le pouvoir ? Encore une fois, pas de problème. Mais pour ça, faut qu'Antares indépendante existe toujours. J'ai aucune raison de faire ce que je fais à part l'amour que j'ai pour mon pays. En ce qui me concerne, je peux vous laisser vous deux vous entretuer tandis que la Loduarie vous grignote comme un vautour. Mais je crois en ton intelligence pour comprendre que ce pour quoi tu luttes en ce moment est compromis. Donc, à toi de voir. Tu te livres à un combat sans merci avec rien en ligne d'arrivée. Ou bien, tu t'occupes des tricheurs qui envahissent le terrain. Puis, vous êtes libres de continuer votre partie."

Silence sur la ligne. Aucun mot ne sortit de la bouche des deux hommes pendant au moins une dizaine de secondes, avant que Luca n'ajoute.

"Et d'ailleurs, il me semble que tu oublies la règle d'or du Contrat de Jeu. Tu peux employer tout moyen nécessaire pour gagner ton duel et prendre le pouvoir. Mais en dehors de la partie, vous n'êtes plus adversaire. Nous sommes tous Antariens, ou Corvuns. Et que même si tu gagnes, dans tous les cas, nous serons réunis à nouveau. La question n'est pas de savoir si oui ou non nous sommes solidaires. C'est décider sous quel drapeau. Mais au-delà du drapeau, c'est toujours tes frères que tu tues à Henne. C'est ta famille que tu tues à Robaltes. Ryämö fait de même. Et lui aussi sait que c'est juste le jeu, qu'au fond vous ne voulez que le meilleur pour le pays. C'est une sélection naturelle politique. L'espèce se transforme, mais elle reste la même espèce."

Encore une fois, un long silence s'installa, avant que L'Escoffier ne réponde.

"... T'as raison vieux... Pour le coup, tu n'as pas tort..."

"Je peux donc dire que je suis meilleur que le meilleur des stratèges ?"

"Si tu veux..."

Même à travers le téléphone, Luca savait que son compagnon souriait. Il enchaîna.

"Bon. Je vais te laisser une heure pour y penser, le temps que j'appelle le Sieur Köwnatör. Après quoi je ferai en sorte qu'on organise une rencontre dans un lieu isolé."

"Dans une heure ?!"

"Tu veux attendre demain ? En ce qui nous concerne, la Loduarie pourrait attaquer ce soir. Bouge toi le cul."

"Très bien."

"On va en parler une fois que toi et Ryämö avez fait la paix et parlé avec vos équipes. À priori, ça devrait aller comme sur des roulettes. Tuez les tricheurs et c'est bon. On s'est compris ?"

"J'ai quand même une dernière question, si je puis me permettre."

"Dis moi."

"Si tout ça est vrai, et que la Loduarie finit vraiment par nous attaquer... Es-ce que ça te dirait qu'on retourne l'espace d'une guerre à travailler ensemble ?"

"Si j'ai envie ? J'attends que ça."

"Bien... C'est que ça s'est arrêté si vite. Je n'ai pas eu le temps d'en profiter. Je veux retrouver ça, même si ça ne durera pas. Parce qu'après, si la guerre civile reprend, on se verra plus."

"... Tu sais... Je n'ai jamais été contre ce que tu as fait. Tu as bâti un empire. Que tu veuilles l'élargir, je le comprends très bien. Et comme tu vois, je t'en ai donné l'opportunité. Je respecterai toujours ta décision. Par contre, tu dois me promettre de respecter la mienne."

"Cela me semble convenable."

"Parfait alors. On va montrer à ces Loduariens qui sont les vraies têtes brûlées. Sur ce, ton heure commence maintenant."

"Très bien. Passe le bonjour à ta femme de ma part."

"Pam t'enverra chier, mais si tu veux. Au revoir."

"À plus tard."

Et ainsi, Luca reposa le téléphone. Il s'accorda le temps d'étirer ses jambes et d'expirer l'espace d'un instant. Finalement, cela n'avait pas été si mal. Son ami était décidément plus intelligent qu'il croyait.

À présent, il avait une heure pour faire de même avec Ryämö Köwnatör. Ils n'avaient quasiment jamais conversé auparavant, donc le registre allait sûrement être plus courtois. Qui plus est, Luca avait la sensation que l'homme allait être plus compréhensif au regard de la situation...

Qui sait, si il était assez rapide, il pourrait commencer à travailler sur son allocution future concernant la guerre si les soupçons gallèsants s'avéraient réels.

* * *

L'Escoffier n'aimait pas aller dehors. Surtout en été, alors qu'il faisait chaud. Son costume et son masque étaient tous deux noirs, ainsi que sa cagoule qui cachait le reste de sa tête captait tous les rayons du soleil. Et pourtant, il y avait une douce brise aujourd'hui qui faisait en sorte qu'il ne transpirait pas à grosses gouttes sous son accoutrement habituel.

Il était arrivé au point de rendez-vous. Seul, comme prévu. Il avait fait une partie du chemin en hélicoptère bien évidemment, à cause du court délai imposé par son ami. Mais le reste, il l'avait fait seul, en voiture, au milieu de la campagne de la région Lyra.

En plein cœur du pays, il marchait sur une prairie à l'herbe jaunie, presque beige. Et pourtant, surprenamment douce.

Le coordonnés qu'il avait suivi le menaient très exactement là. Sur le flanc d'une petite colline. En face du coucher du soleil. Et un court tronc d'arbre couché sur le sol, sur lequel s'asseoir. L'Escoffier prit donc place et regarda droit devant lui. Il s'était rarement posé pour admirer le coucher du soleil. Il voulut s'émouvoir, mais il n'avait pas le temps pour ça. Ni l'envie, d'ailleurs.

Alors qu'il cherchait à trouver la solution de ce dilemme, il entendit des bruits de pas frottant l'herbe. Ils venaient de la direction opposée de l'endroit par où il était venu. Comme si Luca avait prévu qu'ils se retrouvent face à face. Pas de chance, L'Escoffier était arrivé quinze minutes en avance. Son futur collègue aussi apparemment, mais tout de même moins en avance que lui.

En effet, même pas une seconde après s'être aperçu des bruits, un homme se présenta à côté du tronc. Il était grand, portait l'accoutrement traditionnel corvun, mais son visage était toujours si sombre qu'on ne distinguait rien à part ses deux yeux blancs reluisants.

Ils restèrent là quelques secondes. L'Escoffier, en position assise regardant le soleil. Ryämö Köwnatör, debout, lui faisant face, à sa gauche. De sa voix narquoise, le chef de la MIRA aborda son homologue corvun sans bouger.

"T'as vu à quel point il est chiant ?"

Ryämö ne répondit pas au début. Il décida d'abord de s'asseoir à côté de lui, face au soleil, pour ensuite enchainer.

"Qui ça ?"

"Luca. Il t'a appelé ?"

"Si nous sommes là..."

Silence. L'Escoffier reprit.

"Donc tu es au courrant ?"

"Des tricheurs trouvent ça drôle de s'entremettre dans notre partie de guerre civile."

"J'aurais jamais cru que mon adversaire aurait le sens de l'humour."

"Et je te croyais franchement plus introverti."

"Je ne le suis qu'avec ceux qui ne comptent pas. Pour toi, je fais une exception parce que Luca me l'a demandé. Et parce qu'on doit travailler ensemble."

"Personnellement, je n'y vois aucun problème. Je serai le premier à défendre les règles du jeu. Mes antécédents ont pris une décision qui a mené à la proclamation de la République. Je ne reviendrai pas sur leurs pas."

"Aucune merci pour les tricheurs ?"

"Aucune."

"C'est bien, on a déjà un point commun."

"Et on est tous les deux d'accord qu'il convient de faire une trève si c'est pour repousser un envahisseur commun ?"

"On est d'accord."

"Bien."

Pendant une minute entière, ils regardaient devant eux alors que le soleil se couchait. C'était un spectacle magnifique. Silencieux. Ryämö finit par percer ce silence.

"Tu as raison. Il est chiant."

"Luca ?"

"Quelle idée d'organiser une rencontre improvisée entre deux personnes qui sont déjà d'accord, et en plus qui ne sont pas très sociables..."

"On est d'accord sur ça aussi..."

Autre moment de silence, avant que l'Escoffier ne reprenne.

"À y repenser, je ne crois pas que c'était ce que voulait Luca..."

"Tu crois ?"

"Je crois qu'il veut qu'on soit copains..."

"Copains tu dis ?"

"Camarades si tu préfères, j'en sais rien."

"Tu as l'air nerveux à l'idée."

"Je te signale que je ne dors pas la nuit pour essayer de te tuer. Combien ça va faire cette nuit ? 30 heures je crois. Je dois gérer une équipe de schizos en plus de devoir te tuer."

"Tu devrais leur faire plus confiance. Personnellement, je dors très bien la nuit. Mes enfants font du bon travail."

"J'en ai pas des enfants, j'ai horreur de ça."

"Tu n'es pas marié ?"

Silence de la part de l'Escoffier. Ryämö essaya de se rattraper.

"Je m'excuse. C'était indiscret ?"

"Non... Je te raconterai une fois que tout ça sera fini..."

"La Loduarie ou la guerre civile ?"

"Guerre Civile, si on est encore là après la Loduarie..."

"Tu sais que ça se terminera avec la mort de l'un d'entre nous deux ?"

"De mes subordonnés peut-être. Moi, je n'ai pas le temps pour ça."

"Quoi ? Mourir ?"

"Exactement."

"Donc tu comptes trouver un travail après la MIRA ?"

"Pas vraiment... Tu sais, j'aime beaucoup lire Nicola Maleville."

"Et qui n'aime pas ?"

"Tu vois lorsqu'il parle des figures ?"

"Bien sûr. Dans Marthe."

"Cela ressemble beaucoup à vos ombres folkloriques."

"Les Cierges ?"

"Ouais. Tu vois, j'aimerais bien en rencontrer une."

"Je ne pense pas que tu aies envie de faire ça..."

"Bah ! On a tous nos fantaisies, non ? Tu voudrais faire quoi toi si tu perds ?"

"Hm... J'ai toujours voulu devenir photographe."

"Ha bon ?"

"Ma femme aimait beaucoup la photographie."

"Elle a arrêté ?"

"Elle est morte il y a trois ans."

"Ah... Mes condoléances."

"Non, elle a de la chance. Et moi aussi d'ailleurs. Elle ne m'aurait jamais laissé faire ce que je fais maintenant."

"Quoi ? Tuer des gens ?"

"Et demander à mes enfants de m'aider. Elle était très protectrice."

"Bah, qui ne serait pas protecteur lorsqu'on parle de ses enfants ?"

"Et pourtant, si j'ai bien compris ça n'a pas été ton cas ?"

"Non, t'as raison. Mes parents étaient des sous-merdes. Ma mère n'arrêtait pas de divorcer. Elle a fait de ma sœur une hystérique. Elle a disparu le jour de ses dix-huit ans."

"Aucun contact depuis ?"

"Pas vraiment. J'aime bien dire que je veille sur elle, mais j'ai toujours été trop froid pour l'amour. Merci maman..."

"Veiller sur elle ?"

"L'avantage d'être à la tête d'une organisation paragouvernementale de têtes brûlées c'est que ces choses là, je les sais. Aux dernières nouvelles, elle a un emploi dans un commerce à Riaux. Tiens, si la Loduarie attaque je vais devoir demander qu'on la bouge."

"Et elle en sait rien ?"

"Rien."

Court silence. Ryämö reprit.

"Tu as peur."

"De ma soeur ?"

"De faire face à l'amour. Je suis sûr qu'elle t'aime bien."

"Non, elle me déteste aussi probablement. J'ai pas peur."

"Tu sais, c'est normal."

"J'ai pas peur bordel !"

"Comme tu veux. Moi, en tout cas, j'ai peur."

"Sérieusement ?"

"Evidemment. Regarde, on peut plus avoir une guerre civile en paix. Et maintenant on doit se taper la Loduarie. Tu sais, moi le pays, je m'en fous. Comme beaucoup de personnes d'ailleurs. Je m'en fous du pays. Ce que j'aime, ce sont les valeurs. L'accueil, le respect, le jeu. Et d'autres. On a de sacrées bonnes valeurs, tu trouves pas ? Margaux peut brûler, mais j'accepterai pas de voir notre héritage se dégrader face à un ennemi sans aucune race."

"...C'est un autre moyen détourné de m'accuser pour le réceptacle ?"

"Ne me parle pas de ça."

"Comme tu veux. Je continue de te dire que c'était pas nous, mais peu importe. La guerre civile a débuté de toute façon."

"...C'est tout de même injuste."

"Qu'est-ce qui est ?"

"On faisait que jouer. Et ces gueules cassées se disent que c'est une bonne idée de nous envahir."

"Je concorde, en plus ça n'a aucun sens. La dernière chose que tu veux c'est attaquer un pays déjà mobilisé."

"C'est vraiment des raclures. C'est injuste..."

"Tu sais... J'ai envie de te dire... Heureusement que le monde est injuste. Sinon on serait tous cloués à une croix."

Ryämö laissa échapper un petit rire avant d'enchaîner.

"Que Dieu nous sauve..."

Long silence. L'Escoffier cherchait ses mots. Il décida enfin de lâcher.

"Je crois que tu as raison. Moi aussi j'ai peur. J'ai foutu ma vie en l'air pour arriver là où j'en suis. Et à présent on me demande de faire un compromis."

Après une seconde, il reprit.

"...J'ai peur de faire des compromis."

Silence.

Ryämö reprit.

"Je sais que les règles du jeu disent qu'on doit faire semblant que rien ne s'est passé et bosser ensemble. Mais comme mes aïeuls, j'aimerais contourner cette règle. Je veux bien t'aider à faire des compromis."

"Non, y'a pas besoin. On bute les loduariens et on retourne s'entretuer."

"Et si ça prend des mois ?"

"Pas grave."

"Et si moi je te demandais de m'aider ?"

"En quoi je pourrais t'aider, même ?"

"J'admire particulièrement le fait que tu puisses avoir une double personnalité si ouverte malgré ton habituelle attitude fermée."

"Faut être schizo pour ça. Mais ce n'est pas difficile. Je peux te montrer deux trois trucs."

Il fit une pause avant de reprendre.

"Bon... Si tu veux tu peux me donner des conseils pour les compromis. Tu sais, à y repenser je crois que ma sœur serait fière de voir que le jeune garçon fébrile qu'elle connaissait est à la tête du plus grand coup d'état légal que ce pays ait connu. C'est pas chic ?"

"Il n'y a qu'un moyen de savoir..."

Ils restèrent là, tous deux. Le soleil s'était enfin couché, et la nuit allait bientôt tomber. L'Escoffier ajouta.

"Il faudrait lui trouver un nom."

"Qui ça ?"

"À notre concordat. Il faut lui trouver un nom."

"Tu veux dire, l'alliance MIRA-Corvus pour botter le cul des lorenzistes ?"

"MIRA, Corvus et le Nykÿnenstät, comme vous l'appelez vous."

"Cela me semble très juste. Il faut inclure le gouvernement légitime."

"Arrêtez de l'appeler comme ça, nous on est tout aussi légitimes. C'est l'état arbitrant."

"Je pense plutôt qu'on est tous aussi légitimes tant que cette guerre civile n'aura pas pris fin."

"Bien dit."

Les premiers astres commençaient à apparaître dans le ciel. Il se faisait tard. Ils allaient bientôt devoir se quitter. L'Escoffier lança.

"Bon. On leur botte le cul aux lorenzistes, du coup ?"

"On va dire que c'est le spectacle de mi-temps. Histoire de reprendre notre souffle pour repartir dans la guerre civile."

"Je concorde."

"...Finalement, Luca avait raison. T'es marrant comme type. J'aurais jamais cru dire ça, mais je nous vois bien ensemble défendre le pays."

"Pareillement. Même si j'ai encore des doutes sur le mode opératoire de Luca."

"Arrête, la vue était géniale. On fait pas mieux."

"Boh... Pas faux..."

Ils se levèrent tous deux en même temps et firent face à l'un l'autre. Après un instant d'hésitation, ils échangèrent une longue poignée de mains avant de regarder tous deux une dernière fois l'horizon. Ryämö termina avec quelques mots.

"Quand même... Quelle idée d'envahir un pays de schizophrènes..."

Ils rirent tous deux, avant de se saluer et de repartir chacun de leur côté.

* * *

Sur la route du retour, l'Escoffier resta pensif. Il pensait comme d'habitude au travail, et plus précisément annoncer à son équipe le plan. Dans la foulée, ils avaient oublié de décider d'un nom pour le concordat... Pas grave, cela lui donnera une excuse pour l'appeler.

Finalement, ce n'était pas si mal. C'était même bénéfique. Même en détestant Corvus, L'Escoffier les comprenait dès à présent. Il comprenait la beauté du Contrat de Jeu. Celui qui dit qu'un adversaire ne l'est que sur le champ de bataille, et qu'il est ami en dehors.

Et justement, des amis L'Escoffier en avait peu, voire pas. Dire qu'il s'était fait un ami à tête du camp adverse, c'était décidément légendaire. Il était presque triste du fait qu'ils allaient devoir s'entretuer à nouveau après que la menace loduarienne soit éloignée.

Mais passons. Oublions cela pour l'instant. L'important à présent était de défendre leur terrain de jeu. Car pas de terrain, pas de jeu. Et pas de jeu, pas d'Antares.

* * *

L'Escoffier se tenait seul face à ses camarades. Au même moment, Ryämö Köwnatör se tenait seul devant ses enfants et ses officiers.

Du côté de la MIRA, tous les membres du haut conseil étaient présent.

Jack. VNC. Cassandra. Wiff. Mauser. Romatz. Electre. Bloater. Exply. Et même Samson.

Du côté de Corvus, tous les membres de l'état major étaient là, sauf ceux du détachement de Robaltes.

Nörä. Lÿsä. Capitaine Corvinal. Heÿkÿ.

Dans les deux camps, le silence régnait.

Pas un mot.

Et soudain, les deux plus chevronnés de chaque côté s'avancèrent. Samson d'un côté. Capitaine Corvinal de l'autre.

Tous deux se tenaient au milieu. Tous deux regardaient leur supérieur dans les yeux. Et ensemble, même à deux côtés opposés du pays, ils s'écrièrent.

"Je supporte la mi-temps sans conditions. Qui est avec moi ?"

Tous, qu'ils soient corvuns ou de la MIRA, se levèrent pour montrer leur soutient.

Tous étaient prêts à mettre de côté la guerre civile pour travailler ensemble. Tous étaient prêts à se battre comme ils l'avaient fait jusqu'à présent. Tous étaient pour le massacre des Tricheurs. Même si ces tricheurs venaient de Loduarie.

On n'intervient pas dans le jeu d'un autre pays. Et ça, Antares allait le prouver.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode est l'un des plus importants dans la césure de la guerre civile causée par l'invasion de la Loduarie communiste en Antares. En effet, on assiste à présent à une énième démonstration de la valeur du Jeu, originellement corvienne mais très présente aussi en Antares moderne.

C'est donc selon les règles de ce jeu, imposés par le Président du Conseil que les trois parties décident de s'unir temporairement face à des soupçons levés par les services secrets gallèsants.

C'est aussi dans cet épisode qu'on en découvre plus sur les personnages de Ryämö Köwnatör et de l'Escoffier, ainsi que du Président du Conseil Luca Ravenne, tous trois acteurs majeurs de ce qui semble être l'avènement d'un nouveau concordat qui met les intérêts du pays au dessus de ceux des factions individuelles.

Aussi, petit disclaimer pour ceux et celles qui pourraient considérer cet événement "méta". Le Contrat de Jeu n'est pas une chose nouvelle. Il est exposé comme valeur principale dans des RP bien plus antécédents à l'invasion loduarienne. Deuxièmement, un événement comme celui-ci n'a rien de lunaire, et effet cela est déjà arrivé IRL pendant la guerre civile chinoise où les nationalistes se sont alliés aux communistes pour faire face à l'invasion japonaise.

Bine sûr, d'autres RP sont à venir ainsi que l'allocution du Président du Conseil en réaction à l'invasion. Ces écrits permettront d'ajouter plus de contexte pour ceux qui en désirent.
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[✝] Konkördätÿ
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"La Miséricorde de Shaula" Sally Väytkä, 2020 (Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"La Miséricorde de Shaula"
Sally Väytkä, 2020 (Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Ryämö commençait à comprendre pourquoi l'Escoffier dormait si peu. Ces dernières heures avaient été intenses en travail, plus intenses qu'elles ne l'ont jamais été depuis le début de la guerre civile.

Après une nuit blanche d'appels et d'accords, la MIRA ainsi que l'ARA avaient discrètement levé le siège sur les villes de Robaltes et Henne. De leur côté, Corvus réarrangeait ses défenses dans les deux villes. Des mines étaient déterrées et relocalisés, des camions radars étaient disséminés un peu partout, et les hommes se réarmaient à mesure que les deux arsenaux se rencontraient.

Il se souvenait cependant dans son dernier coup de fil avec l'Escoffier qu'il lui avait rappelé qu'ils n'avaient toujours pas décidé un nom pour ce concordat. Ni un drapeau. Ni un uniforme, d'ailleurs. Ils se disaient que si ils allaient livrer une guerre sans merci à un envahisseur, ils devaient faire ce correctement.

Il essayait de ranger cette idée dans un coin de sa tête, mais elle prennait de plus en plus de place. Et de toute façon, il avait besoin d'une pause. Après une seconde d'hésitation, il rangea son bureau rapidement et se mit à réfléchir.

Que leur fallaient-il ?

La réponse était franche. Le châtiment.

En Antares et surtout dans des situations de guerre civile comme celle-ci, tricher était vu comme le plus ignoble des déshonneurs. Et ce que faisait la Loduarie, c'était de la triche.

On disait souvent dans les milieux corvuns, surtout aux petits enfants pour les éduquer à ce sujet que quiconque triche recevrait une visite la nuit même de l'ange Shaula. Même si purement folklorique, elle était souvent considérée comme la gardienne du jeu. Et quel meilleur candidat pour punir ceux qui faisaient injuste irruption dans leurs affaires que la miséricorde de Shaula elle-même.

Après quelques minutes de réflexion, il décrocha le téléphone posé sur son bureau et appela le numéro de l'Escoffier. C'était désormais la cinquième fois cette nuit là.

Même pas quelques secondes après avoir tappé son numéro, il reçut une réponse.

"Du nouveau ?"

"Tout se passe comme prévu. On est en train de vous envoyer des mines."

"Très bien. Tu as autre chose à me dire ?"

"Oui. Si tu peux relayer au Président du Conseil une idée de nom pour le concordat."

"Vas-y, je t'écoute."

"Le Concordat de Shaula."

L'Escoffier prit une seconde pour analyser cette phrase, avant de répondre.

"Shaula, la gardienne du jeu ?"

"Exactement."

"J'adore l'idée. Je vais la relayer. Sinon, j'imagine que tu prends ta pause si tu as eu le temps de penser à ça ?"

"Je dois m'excuser, je t'ai jugé trop vite sur ton habituel manque de sommeil..."

"Voilà, t'as compris. Et ça ne risque pas de s'améliorer."

"Ce n'est pas grave. Le travail ne m'a jamais dérangé."

"Et sinon, on a un uniforme ? J'aimerais que mes hommes ne tirent pas sur les tiens."

"Des passes-montagnes mavésois. C'est tout ce que j'ai à proposer."

"Très bien. Je vais voir avec Exply pour le reste. Tiens moi au courrant."

"Compris."

Ils raccrochèrent simultanément. Ils n'avaient pas de temps à perdre, la guerre n'attendait pas. Mais les quelques questions de style pouvaient être réservés à ces petits instants de pause.

Et avec rien d'autre sur l'esprit, Ryämö Köwnatör se remit au travail.


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode, bien que moins important, sous-ligne une nouvelle fois la détermination d'Antares a faire face à un ennemi commun. Poussés par des valeurs et d'importantes traditions folkloriques, le Concordat de Shaula nait ainsi.
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[✝] Së ön Lÿykä
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"Rage." Sally Väytkä, 2018 (Photographie paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Rage"
Sally Väytkä, 2018 (Photographie paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Luca Ravenne, Président du Conseil antarien a écrit :
Antariens, Antariennes; Corvuns et Corviennes,

Ces derniers mois ont été une épreuve. Plus qu’une épreuve, un combat. Pour certains d’entre vous, ce combat a été celui d’un déplacement. Pour d’autres, celui de la perte d’un ou plusieurs individus. Et pour d'autres encore, celui d’une survie. Une survie en territoire urbain. Une survie en territoire hostile, entre les coups de feu de vos compatriotes contre l’un l’autre. C’est dans cette situation que nous nous trouvons actuellement. Une situation qui empire aujourd’hui.

Notre voisin, le pays ocre, dans un geste des plus fantassins, a pris la décision de profiter de ces temps incertains dans notre pays pour envoyer ce qu’il nomme aide humanitaire à l’intention de notre pays. Une “aide” soudaine. Une “aide” sans ultimatum. Et surtout, une “aide” armée jusqu’au dents.

Il n'est pas sans vous cacher la vraie intention d’un tel jeu, un auquel nous jouons désormais depuis plusieurs années face à cet état. Des contrôles surprises sur nos cargos. Des regards malsains par delà la frontière. Des missives menaçantes lorsque nous agissons de notre plein droit. Pas une seule interaction avec cet état ne s’est avérée fructueuse. Et pourtant, nous ne pouvons point dire que nous nous y sommes pas essayés. Pendant des années, nous avons cherché à établir un contact pacifique, même après gardes et recommandations étrangères sur les véritables intentions de cet état. Il est vrai, nous avons parié sur leur bonté. Même plus que cela. Sur leur intelligence. Et contre toute attente, nous avons perdu ce pari.

Des militaires loduariens traversent en ce moment la frontière. En ce moment même, ils tirent en cloche sur les deux frontières que nous partageons avec eux. Et dans les feux, les paysages des Hauts-Plateaux, ainsi que les villes de Riaux et de Laxande.

Combien d’entre vous sauraient me dire quelle importance ces zones ont par rapport au conflit que nous vivons actuellement ? Combien d’agents de la MIRA sont stationnés à Riaux ? Combien à Laxande ? Et combien de révolutionnaires corvuns trouvons-nous dans ces zones ? Aucun. Les zones qui sont en ce moment même bombardées par les feux de la Loduarie Communiste ne sont pas seulement des abris et habitations civiles, mais qui plus est des zones neutres habitées par des antariens. Pas des Corvuns. Pas des militaires. Des antariens.

Oui. La Loduarie tue en ce moment même des civils. Vos frères. Des personnes lointaines aux conflits que nous avons connu jusqu’à présent. C’est votre famille qui en ce moment même tousse la poussière du ciment bombardé. Leurs tirs font déjà plus de victimes civiles que toute notre guerre intérieure n’en a fait en l’espace de plusieurs mois, et ces mêmes personnes osent crier leur bonté et leur volonté de nous apporter un soutien indésirable.

Vous le savez mieux que moi, cette terre où nous vivons actuellement a été la nôtre pendant des siècles. Même avant les antariens, nos antécédents corvuns et principaux ont peuplé ces lieux et les ont rendus habitables. Ils y ont installé des traditions que nous respectons à ce jour. Ils y ont loué Dieu qui continue à nous garder par ces temps. Ils ont enfin uni les trente-et-unes provinces lors de la proclamation de la République Antarienne il y a bientôt deux cent ans. Sans celle-ci, nous n’aurions connu que peu de développement industriel, ni culturel ou littéraire, flambeaux contemporains d’une réussite dont nous pouvons tous être fiers. Une réussite dès à présent menacée.

Sachez-le, nous ne sommes pas difficiles sur les compromis. Des compromis, nous essayons d’en faire lorsque cela est possible. Mais ce qui reste indiscutable, c’est nos valeurs. Et plus précisément, l’atteinte à ces valeurs. Ce soir, la Loduarie attaque directement nos valeurs. Celle du jeu. De l’accueil. Les valeurs catholiques d’une part et issues du folklore corvun de l’autre. C’est à ça que touche le pays ocre aujourd’hui. Nos racines. Notre souche.

Ils ont triché. Nous étions en pleine partie pour décider de la succession du pays. En pleine coronation d’un nouveau roi. Mais il est clair que cela n’importe pas à un état autoritaire sans satisfaisance. La triche est le seul moyen qu’ils arrivent à trouver pour gagner la partie. Ils ne peuvent pas gagner par voie légitime, ils l’ont d’ailleurs démontré par le passé.

Dorénavant, nous cesserons les compromis. Même notre patience a des limites. Lorsqu’il s’agit du Jeu, celui que nous entretenons avec de grandes traditions, nous ne faisons aucune sorte de compromis. Pire, je vous le dis. Nous n'accordons aucune miséricorde aux tricheurs. Aucune grâce, aucun répit.

Dieu pardonne. Mais quant à eux, nous ne pardonnons rien. Même la miséricorde de Shaula ne serait pas assez puissante pour nous détourner de cette décision que nous prenons aujourd’hui. Donc, que Dieu puisse nous pardonner nous d’avoir pris l’initiative d’agir en son nom, et qu’il maudisse cet ennemi scabre.

Nos forces ont fort heureusement déjà été prévenues à l’avance, ce qui a pu nous donner quelques jours pour se préparer à une éventualité. Cette éventualité se produit donc aujourd’hui, comme soupçonnée. Mais la différence que cette avance nous offre est majeure. Nous avons pu replacer du matériel vital sur nos frontières avec la Loduarie, réarmer notre artillerie et parsemer ces zones d’embûches et de positions prêtes à faire goûter à ces tricheurs l'amertume d’un pays qui en a marre.

Notre pays est armé.
Notre pays est mobilisé.
Nos soldats sont entraînés.

Mais que sommes-nous par-dessus tout ?

Unis.

Comme vous le savez, la guerre civile est un jeu auquel nous avons pleinement décidé de nous adonner. Un jeu avec deux équipes, et moi-même comme arbitre. Et lorsqu’un individu perturbateur décide de faire irruption dans ce match, l’arbitre a tous les pouvoirs pour suspendre le jeu.

Je prends donc la décision officielle de déclarer une mi-temps, une trêve dans la guerre civile pour l'intérêt national supérieur. Corvuns, agents de la MIRA, citoyens antariens… Nous tous, ensemble, travaillons pour repousser quiconque veuille se mêler de nos affaires.

Vous vous demandez donc sous quel drapeau nous combattrons ces pleutres. Le drapeau originel antarien, celui de Corvus ou bien de la junte militaire. En réalité, un seul drapeau ne suffirait pas à nous réunir. Pas dans ce contexte. Non, aujourd’hui nous nous réunissons et combattons sous une étoile. L’étoile soeur.

Nous avons donc pris la décision d’unir les trois parties majeures antariennes, fracturés par la guerre civile, en un concordat. Le Concordat de Shaula.

Comme elle, nous n’aurons aucune merci. Nous sommes déterminés et prêts à employer tous les moyens nécessaires pour repousser des ordures qui ne méritent même pas les fureurs de la Fantassine.

Mais sans humanité ? Nullement. La plus grande différence entre notre pays et ce voisin est justement l’humanité. L’humanité commence à Riaux, se termine à Gardevant en passant par Henne et Robaltes. Il n’y a aucune humanité par delà la frontière loduarienne. Pas un seul gramme.

Mais nous ne sommes pas des tricheurs. Nous gagnerons de manière régulière même contre un adversaire qui triche. Et ce sera encore plus humiliant de les voir s’en mordre les doigts.

Dès à présent, nous sommes plus prêts que nous ne l’avons jamais été pour prendre les armes pour le pays. Nous avons mis de côté une guerre civile pour s’unir sous un concordat. Nous avons les bénédictions de Dieu et de Shaula. Et surtout, une population qui préfère mourir et voir le pays s’enflammer que de perdre leur héritage.

Montrons donc à nos invités, ces indésirables, ce qu'est le pari.
Le pari à la corvienne.

Le gagnant prend tout.
Le perdant tombe.

Et nous gagnerons, à défaut de tomber jusqu’au dernier.

Courage, frères et sœurs. Et ensemble, prospérons !


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cette allocution survient juste après que les premiers militaires loduariens passent la frontière. C'est la réponse officielle du gouvernement légitime à l'invasion.
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