07/10/2020
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Le désert rouge - Page 2

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Embuscade

Allongés sur le sommet d'une dune, les Kabaliens observent une vallée en contrebas. Une piste s'y dessine et de la poussière s'élève au loin.

- Voilà les camions. Ils changent d’itinéraires régulièrement pour nous leurrer mais nous connaissons mieux le désert que les citadins. On les repère de loin.

Printempérie est parmi eux, on lui passe des jumelles.

- Vous avez envisagé que ça puisse être un piège ?

La mystérieuse kabalienne fronce les sourcils.

- Nous ne sommes pas des imbéciles, nous aussi nous changeons nos lieux d'embuscades.

- Je veux dire, un piège chimique. Ce serait bien le genre des Carnavalais, envoyer un leurre avec un agent viral dedans, ça nous décimerait en quelques jours.

- Je ne vois pas vraiment de moyen de se protéger contre ça. Nous demandons déjà aux conducteurs de passer les premiers pour ouvrir les cargaisons.

- Oh, un conducteur ça se sacrifie... j'imagine mal le Pape noir envoyer en boucle des convois se faire intercepter.

- Il n'a pas le choix, il existe des colonies plus au sud qu'ils doivent ravitailler sinon elles mourront.

- Je trouve ça suspect malgré tout.

- Assez parlé. Nous allons te montrer comment se battent les guerriers du désert.

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drone

En de multiples lieux du désert rouge, les drones de l'armée nationale kabalienne s'élèvent pour une mission de plusieurs jours. Robotic & Toc les ont spécialement conçu de façon à favoriser leur autonomie, même en cas de fortes chaleur. Le pilotage IA permet de quadriller efficacement les territoires concernés par l'annonce.

Diffusées en langue berbère et française, prospectus lâchés par intermittences, la nouvelle se répand dans le désert. Simple, efficace :


ÉPANDAGE D’AMMONIAC LE 15 AOÛT PROCHAIN POUR LA FERTILISATION DES SOLS

LES PERSONNES SE TROUVANT DANS LA ZONE SONT PRIÉES DE SE DIRIGER VERS LES ABRIS ET COLONIES PROCHES LE TEMPS DE L’OPÉRATION
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la police kabalienne

En berbère dans le texte.

- Ne vous inquiétez pas madame, c'est la police, la police kabalienne.

Dans la zone 22, l'agitation s'est emparée d'une caravane de nomades ayant fait halte dans un caravansérail ciblé par les politiques d'épandage d’ammoniac. La garde républicaine de Balsilek Ishak, police ethnique au service des institutions de la RAD, a été déployée préventivement avant le 15 août afin de s'assurer qu'aucun nomade n'emprunte les routes interdites au moment du largage.

Si certaines évacuations se font paisiblement, les caravanes sont invitées à reprendre leur route sans tarder et profitent même de quelques compensations, d'autres sont plus houleuses. La présence de policier kabaliens rassure les nomades les plus méfiants, mais certains persistent à contester la nouvelle autorité centrale. Longtemps désunis, les clans nomades de la Kabalie se menaient une concurrence politique intense pour le contrôle des pistes et des ressources, sous forme de guerre larvée et parfois violente. Accepter la loi de ceux qui ne font pas parti du clan n'a rien d'évident. Mais la défiance que l'on peut éprouver à l'égard de quelqu'un de son peuple ne pèse pas lourd face à la peur qu'inspire le souvenir des commandos nettoyeurs que la RAD avait eu l'intelligence de garder à la caserne. "Une armée remplie de bouchers pour protéger nos frontières, une police composée de voisins et de frères pour la paix intérieure" aurait déclaré Balsilek Ishak en privé, pour justifier la séparation des forces militaires en deux corps distincts. Si la noire Église s'était dans un premier temps méfiée de la création d'une police ethnique, capable d'opposer un contre-pouvoir communautaire au projet révolutionnaire et universaliste prométhéen, il avait été négocié que la garde républicaine demeurerait la plupart du temps partiellement désarmée, ses activités de médiation et de maintien de l'ordre ne nécessitant pas plus qu'un taser, des lacrymogènes et une matraque télescopique.

Ceux qui opèrent dans le désert aujourd'hui possèdent pourtant bien des armes de guerre. Certaines zones visées par l'opération d'épandage ne sont pas sous le contrôle total de Salem-Aleykoum et on ne sait pas toujours quand une embuscade peut frapper. Les négociations sont âpres entre les chefs de clans (du moins ce qu'il en reste) et les officiers de gendarmerie qui tentent de les faire partir en lieu sûr. Certains Kabaliens ne comprennent même pas le concept d'épandage dans le désert, d'autres jouent les idiots pour marchander leur départ au prix fort. Certains, plus butés que la moyenne, refusent catégoriquement de suivre les ordres d'un inconnu.

- Qui es-tu, toi l'étranger qui prétends commander à ma famille et à mon clan ?

- Mon frère, je m'appelle Saladin Mazifa et je suis officier de police. Nous sommes tous sur le territoire de la République désormais, il vous faut partir sans tarder vers une autre région.

- Ces pistes étaient déjà miennes avant que tu ne naisses, "mon frère", je les quitterai à mon bon vouloir et certainement pas à la demande de tes maîtres.

- Je ne dis pas cela pour te contrarier, Ameen Amellal, mais pour la sécurité des tiens. Des produits vont être jetés du ciel, des produits dangereux qui vous feront du mal si vous vous trouvez en dessous.

- Tu diras à tes maîtres que ses produits attendront que j'ai quitté la région car je ne hâterai point davantage mes chameaux pour leur plaire. Les vents rouges toxiques entament chaque jour un peu plus leur vigueur et je ne les pousserai pas plus qu'ils ne le peuvent supporter. D'ailleurs, les miens aussi sont fatigués et j'entends qu'ils se reposent avant de prendre la route.

- Ô Ameen Amellal, accepte l'hospitalité que t'offre la République, nous transporteront ta caravane vers le caravansérail sûr le plus proche. Nous soignerons tes chameaux ou t'en offriront d'autres et tu pourras reprendre ta route après avoir goûté au miel de la République.

Le chef crache sur le sol avec dédain.

- Ta République n'a que du poison à offrir.

- Ameen Amellal tu mets en danger les tiens en refusant d'hâter le pas !

- Je mettrais en danger les miens en acceptant de suivre des scorpions comme vous autres, les chiens d'Ishak qui prétend me commander depuis sa capitale de malheur.

Ailleurs, dans les collines rocheuses, une autre scène, d'autres protagonistes. A la jumelle, un groupe de Kabaliens bien connu de nos lecteurs observe les mouvements de troupe de la gendarmerie. La mystérieuse kabalienne grince des dents.

- L'étau se resserre. Sous prétexte de sécurité la RAD entend achever sa prise de contrôle sur notre territoire. Même sans nous faire du mal, elle nous compte, évalue nos force, identifie nos positions et nos cachettes. Ce pouvoir est tordu, s'il décide demain de nous frapper à nouveau nous n'auront plus guère d'endroits où nous cacher.

Printempérie hoche la tête, soucieux.

- Épandre l’ammoniac, c'est un peu n'importe quoi... tout le monde sait que ça s'injecte dans le sol ce truc.
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Milice républicaineLa mystérieuse kabalienne (c'est Zendaya en fait)

- Ne vous inquiétez pas madame, c'est la police, la police kaba...

- Oui oui on connait.

La mystérieuse kabalienne fait face aux gendarmes de Balsilek Ishak. Des hommes faiblement armés, mais armés quand même. Le désert est hostile aux êtres humains, même sans compter les attaques de caravanes.

- Cette zone a été désignée pour recevoir un épandage d’ammoniac, nous vous demandons de vous mettre à l'abri le temps que passent les canadaires puis vous pourrez revenir.

- Quand vous aurez largué vos produits chimiques ?

- C'est à dire que le désert est déjà chimique donc un peu plus un peu moins... c'est pour faire pousser des plantes.

Zenday la mystérieuse kabalienne crache aux pieds du gendarme.

- Voilà pour les faire pousser.

- Ma sœur, c'est dangereux de rester ici. Si vous vous faites recouvrir d'ammoniac vous risquez de mourir et nous on aura des problèmes.

- Garde en toi tes paroles, mon frère, nous ne partirons pas de nos montagnes pour nous entasser dans un de vos camps.

- Ce sont des abris pour la population civile.

- Des abris pour nous compter comme un cheptel, sans garantie d'en ressortir.

- Ma sœur, je vais te parler franchement les yeux dans les yeux : tu n'as rien à craindre dans ces abris, Ishak est un homme bon, mais nous ne sommes pas autorisés à vous laisser mourir ici sans rien faire, si vous refusez de vous mettre à l'abri, on vous embarque.

- Essaye donc, mon frère.

Des montagnes rocheuses surgissent des guerriers kabaliens, fusils à l'épaule. Le gendarme pose la main sur son pistolet.

- Ne nous obligez pas à faire preuve de violence...

- C'est toi qui t'y oblige, mon frère, tu peux aussi jeter ton arme et peut-être que nous te laisserons repartir dans une voiture avec le reste de tes hommes. Mais votre matériel reste ici.

Ils se toisent silencieusement. C'est une impasse akaltienne.

Un vrombissement lointain, soudain. Quelque chose fend le ciel, c'est un avion ? c'est un oiseau ? non c'est...

- Roboléon de Petipont !

quel champion !
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15-17 aoît 2020
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quel champion !

Le robot atterrit dans une tempête de sable, au milieu des gendarmes. Il scanne en un instant la résistance kabalienne et leurs fusils à verrous. Un ange passe. L'officier de gendarmerie élève la voix.

- Ceci est un robot de sommation, déposez vos fusils ! Maintenant !

Mais la guérillas kabalienne est courageuse, et elle ignore le principe des robots blindés. Roboléon de Petipont subit une volée de tirs alors que les gendarmes se mettent à couvert derrière leurs véhicules. Ébranlé, le robot ne flanche pas. L'officier de gendarmerie crie pour couvrir le bruit de la pétarade.

- Roboléon ! Code 66 ! Autorisation de neutraliser !

Le bras du robot s'ouvre en deux, dévoilant le canon d'un taser. Il prend pour cible un résistant pas bien caché, qui s'effondre touché par un arc électrique.

- Repliez vous !

C'est la débandade organisée, la résistance s'enfuit dans les collines... mais Roboléon de Petipont est plus rapide. D'une propulsion de fusée, il atterrit devant un fuyard qu'il tase et laisse s'effondrer. Il se propulse à nouveau et un nouveau Kabalien tombe. La résistance va-t-elle s'effondrer ici ? Dans ces montagnes ? Pour la troisième fois, Roboléon s'envole et atterrit à côté d'une silhouette encapuchonnée. Il la tase. Mais la silhouette ne réagit pas. L'officier de gendarmerie fronce les sourcils. C'est impossible, Roboléon de Petipont a été spécialement conçu pour la gestion de foule et les opérations antiémeutes...

La silhouette attrape brusquement le bras du robot... et le tord ?

- Batho' mon poto... comme on se retrouve...

quel génie !
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- Merde alors... c'est...

- Camille Printempérie !

- Je le croyais mort !

Camille PrintempérieRoboléon de Petipont

Les deux ex-PDG-Protecteurs s'observent dans le blanc des yeux. Comme une réminiscence de conscience, ou un réflexe musculaire, le visage de Roboléon de Petipont se crispe à la vue de son rival. Ce n'est pourtant qu'une machine dans une peau d'homme.

- Je vais pas dire que ça me fait plaisir de te voir mon vieux Bartho, même si une tête de Carnavalais dans ce désert c'est pas de refus.

- ...

- Qu'est-ce que tu deviens depuis ton enterrement ? Un robot ? Original... on sent que la Principauté se renouvelle, il y a encore quelques années ont aurait fait de toi un zombi.

- ...

- Alors tu bosses directement avec la police maintenant ? C'est pas un peu dégradant pour un noble carnavalais ? Se salir les mains comme ça... avec tes implants et ta génétique tu pourrais prétendre à plus. Garde du corps spécialisé ? ou sextoy de luxe ?

- ...

- Pas bavard le Roboléon...

A l'arrière, l'officier de gendarmerie sort la tête de derrière sa voiture et brandit un mégaphone.

- Camille Printempérie ! Vous êtes en état d'arrestation ! Veuillez vous laisser taser sans protester !

- Impossible officier ! Je suis bardé de circuits électroniques, l'électricité est ma faiblesse ! Ça risquerait de dérégler mon pacemaker !

- Alors levez les mains en l'air on va vous passer les menottes.

La mystérieuse kabalienne apparait dans le plan et s'adresse à Printempérie.

- Comment t'ont-ils appelé ?
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