26/04/2020
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"L'Année des deux hégémons": Troubles civils dans la cité velsnienne - Page 2

Le siège de Vatluna

L'arrivée du Comitatus antérinien


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Emblème de la Tribune des Excubites anterinii ionores


Bureau du Domestique de la Garde a écrit :

A toi, Excellence Louis d’Estrain von Barheberg, baron d’Estrain et de Barheberg, je te salue avec toute l'affection du Sénat et du peuple velsnien,


Nous avons cru comprendre l'impatience parmi les membres de ta Tribune de servir la République et voir les combats de près, contre les hordes devenues hystériques de la cité de Vatluna. Nous sommes touchés par la dévotion de ta troupe et l'ardeur de ton cœur. Nous partageons ton entrain, motivé nous ne doutons pas de ta bonne foi, par la perspective du sain gain financier, nous qui sommes inspirés par San Stefano, le saint patron des escrocs et des bons payeurs.

Je t'écris donc, en ma qualité de greffier sénatorial dédié au Bureau des domestiques de la Garde, afin de te donner un aval, afin que tu puisses sans attendre verser tes troupes de comitatus au service de son excellence sénateur, l'honorable et illustre Alfonso Ruffinus Portelli dans la difficile tâche qui l'attend. Le Sénat a voté de lui toute la confiance que ces excellences illustres peuvent lui accorder dans sa difficile tâche.

Nous, membres du Bureau du Domestique de la Garde, chargés de régler les affectations des unités du Comitatus, nous actons ainsi par ce courrier le transfert de ton commandement sous celui de son excellence illustre et honorable Alfonso Ruffinus Portelli, dans le cadre de la campagne de Vatluna. Son excellence est à compter de ce jour, et jusqu'à la fin de son commandement effectif, la seule autorité compétente, en dehors du Gouvernement communal de la Grande République lui-même, dont tu dois reconnaître et suivre les instructions. Nous te faisons joindre ce courrier en deux exemplaires, afin que tu en donnes l'un d'entre eux à son excellence Rufinus.

Lorsque tu rencontreras son excellence Rufinus, transmets lui la confiance et l'amour que le Sénat des Mille lui porte. Embrasse le sur les deux joues, et honore le avec le cadeau de ton choix. Il te donnera, à toi et à tes hommes un logis, du vin et de l'eau. Il sera responsable de ton salaire et des primes que le mérite de tes hommes auront suscitées.

En tant qu'unité membre du Comitatus de la cité velsnienne, nous te rendront toute notre affection si tu nous évoques les faits et gestes de son excellence Rufinus, car malgré la confiance que nous lui portons, il est commandant néophyte dont tes conseils seront utiles en tant qu'Homme de guerre que Dame Fortune a gratifié de déjà beaucoup de chance pour survivre jusqu'à ton âge. Nous attendrons donc de tes nouvelles de notre ami Louis d’Estrain von Barheberg.


Ainsi a été fait cette missive le 12 décembre 2019 par Fabrizio Torino, greffier sénatorial responsable des remises d'affection du Comitatus de la cité velsnienne, humble serviteur du Sénat des Mille de la Grande République.



Son excellence Alfonso Rufinus Portelli a écrit :

A toi mon nouveau frère, Louis d’Estrain von Barheberg, je te salue.

J'ai accueilli ta lettre avec une immense joie, et je me fais heureux que le Bureau des Domestiques de la Garde ait approuvé le transfert de ton commandement sous ma gouvernance, nous qui partageons l'amour du peuple velsnien, qui m'a fit don des responsabilités dont j'ai la charge à présent.

Je partage tes inquiétudes sur les intentions factieuses de nombre de gens, nourris par l'avarice, la haine et la méchanceté, qui au creux de leur lit, croise encore les doigts en priant pour le retour des tyrans landrins. J'ai averti beaucoup, et peu m'ont cru avant que se déclenchent les émeutes qui ont scarifié et blesser notre cité il y a peu, et dont la rébellion de la cité de Vatluna, peuplée de brigands et d'arriérés, a pris comme un feu de paille, avec une violence que l'on a point connu depuis la Guerre des Triumvirs. Oui je le crains, qu'il faille davantage qu'une simple proposition de loi sociale de ma part pour décencher tel raffut, que je ne peux attribuer au choix, qu'aux engeances alliées à son excellence le Sénateur Altarini, ou à cette cabale landrine scaelienne, dont je ne saurais identifier par un visage que je connais, outre celui de l'infame fortunéen Déria, dont le bras est très long, et n'a de cesse de vouloir la chute de notre Gouvernement communal.

Ma stratégie pour réduire ce nid de vilains est connue depuis longue date, et je n'ai pas l'intention de m'enfoncer dans une petite guerre qui fera courir à mes hommes des risques inconsidérés. Aussi, j'ai pris la décision d'encercler la ville même de Vatluna, et de l'affamer jusqu'à ce qu'elle fasse reddition. Mais tu as raison mon frère, sur le fait que je n'ai ni les hommes, ni les moyens financiers nécessaires à la poursuite longue de ce siège. Ton concours, donc, m'est donc précieux, et je tiens compte de tes conseils. Il me tardait que le Sénat des Mille me fasse l'envoi d'une troupe aguerrie du Comitatus, en l'occurrence des excubites tels que tes hommes, car les sénateurs de la cité de Vatluna sont d'une race fourbe et mesquine qui me refuse le moindre combat loyal. Ils harcèlent mon blocus la nuit tombée, font un grand mal à mes gens et mes soldats, et même les vatlunéens de bien qui ont reconnu la légitimité de mon autorité sur leur territoire.

J'ai donc une grande hâte de te voir à mon camp principal, que j'ai fait installé à la lisière nord de la cité de Vatluna, sur les hauteurs qui séparent la cité du fleuve de la Léandra, au nord. C'est de là que tu viendras si tu me rejoins depuis Velsna. Mais avant cela, j'ai le besoin que tu me rendes grand service, car comme je te l'ai dit, j'ai grand peine à contrôler un territoire si vaste avec des moyens si petits.

En ta qualité d'excubites, cette lettre vaudra pour tes hommes comme un mandat de ma part, moi, ton nouveau patron et frère, légitimant ta loi sur le territoire auquel je veux t'affecter. En effet, sache le qu'avant de nous rencontrer, je veux que tu traverses le territoire du lac Vadimon, qui est parcouru de grandes propriétés, où l'on dit que les gens sont particulièrement rétifs au nouveau cadastre des parcelles agricoles dont le Sénat a fait le redécoupage sous ma proposition. Ces terres sont habitées par des grandes familles sénatoriales valtunéennes. Je te donne donc la tâche d'appliquer ma loi en ces lieux, de contraindre de gré ou de force ces gens au don gracieux d'une partie de leurs parcelles à leurs concitoyens agriculteurs les moins fortunés.

Si ces propriétaires refusent ta loi, qui est une extension de la volonté du Sénat, alors tu as toute latitude pour les contraindre par la force, bien que cela soit solution regrettable. Sache le, que je récompense toute prise de risque de toi et de tes hommes, et que je t'autorise à garder pour toi et tes hommes 20% du butin accumulé issu des gens récalcitrantes de cette cité. Nous sommes dans l'autorisation de réclamer, dans le cadre de la dette impayée de la cité de Vatluna à la cité velsnienne, l'équivalent de 2,7 milliards de florius velsniens, qu'il s'agit de possessions immobilières, mobilières ou en actifs boursiers. Aussi, tu est donc largement dans le droit de te servir dans les poches des rebelles. Prends garde cependant, à ne pas user de zèle inconsidéré, et à récompensé les citoyens valtunéens qui feront le choix de ton allégeance. Par ce document, je te porte toute ma confiance, et ta responsabilité est ma responsabilité.

Nous espérons te voir sous peu à Vatluna, lorsque tu auras terminé ta mission de bien public, afin que nous de parlions d'autres affaires qui rééquerreront davantage de tes talents de soldat.


Ainsi a été fait cette missive le 14 décembre 2019 par son excellence le Sénateur Alfonso Rufinus Portelli, Juge de la plèbe des Comices Proletari, Stratège de la Grand eTribune militaire déployée en pays vatlunéen, légataire de l'autorité du Sénat des Mille de la Grande République en cette cité, à notre ami et frère Louis d’Estrain von Barheberg.



L'arrivée des atériniens au camp de Podesta


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Il y avait dans la petite localité de Podesta une tâche qui était devenue une flaque, qui était devenue elle-même un lac. Pour cause, les forces de son excellence Rufinus avaient fait triplé la petite ville de superficie. Une ville mobile s'était installée à côté de la ville, en plein territoire de la cité de Vatluna. Au loin, à la lisère de l'horizon, la conurbation urbaine de Vatluna faisait face en fond de vallée, à cette armée dont les unités s'étaient dispersées dans la campagne environnante, bloquant les accès à la villes tout en évitant le combat avec la Garde civique de la cité rebelle.

Les apparences sont trompeuses, bien souvent. On pourrait croire que le rôle de cette armée n'est que de punir la cité de Vatluna, mais une visite rapide du camp permet de réfuter cette affirmation. Le Sénateur Rufinus n'est point seulement là pour réprimer, il est chargé par le Sénat de refaire partir l'administration, condition requise à un redémarrage de la fiscalité velsnienne. Le sénateur, ainsi, dispose d'un régiment de publicains, des fonctionnaires temporaires chargés par le Sénat d'aider Rufinus à réorganiser l'administration fiscale locale, de même qu'elle est chargée de redessiner selon les désirs de ce dernier, le maillage des terres agricoles de la cité. Une autre tente abrite tout un service juridique chargé de remplacer temporairement les tribunaux locaux en rupture de ban, et de régler les salaires de la soldatesque. Le camp de Podesta n'est donc pas seulement un vulgaire camping de soldats, mais est devenu depuis la sédition de Vatluna, le centre névralgique de toute l'activité de la cité velsnienne. C'est dans ce petit univers que pénètre la troupe de mercenarii, qui est attendue depuis de longues journées.

A la vue de soldats du comitatus, bien des gardes civiques curieux d'apercevoir des membres de l'armée de métier du Sénat venir leur apporter un concours salvateur. Pour cause l'armée de Rufinus commence depuis le début du siège, après une campagne éclaire réussie, à ressentir les limites de leur puissance, et surtout de leur nombre bien dérisoire dans l'optique de contrôler un tel territoire tout en réduisant par la faim des vatlunéens bien décidés à défendre leur cité.

A l'entrée de sa tente de commandement, le sénateur Rufinus, tout caparaçonné dans son uniforme qui a faussé la compagnie de sa toge, attend son salut, sous la forme de cette troupe mercenaire qu'il a obtenu du Bureau des domestiques de la Garde du Sénat, sur insistance de son nouvel obligé. Il l'accueille par une embrassade sur les deux joues.

"Louis d’Estrain...ton nom est aussi illustre que ton apparence. Entre donc, et discutons. Nous avons beaucoup à faire, et j'ai hâte d'entendre choses sur ton voyage."

Les domestiques du sénateur s'empressent d'amener une chaise confortable au velours rouge, une carafe de vin et un verre pour le chef mercenaire. Rufinus s'installe de l'autre côté d'une grande table occupée par un fatras de cartes et de documents administratifs.

"Entonne moi donc des nouvelles de ton voyage. Qu'as tu donc fait de la mission dont je t'ai chargé aux alentours du Lac Vadimon. Apporte tu de l'argent, des butins et la justice que j'ai promis à ces gens ? Pour tout te dire, la situation s'est quelque peu dégradée, et je crains ici d'avoir atteint un plafond de verre. Je n'ai pas les moyens de mener un siège de manière conventionnelle, et c'est là une triste vérité dont seule ta venue m'apporte un début de solution. Pour le moment, je n'ai pu que couper l'approvisionnement de la ville en denrées et en eau, mais c'est là un blocus famélique de 10 000 soldats. Je ne peux couvrir autant de territoire sans risquer d'essuyer des pertes par des contre attaques bien placées. Le moral baisse ici, alors j'attends beaucoup de ton talent, et tout ce que tu aurais à me proposer pour notre salut."


Note HRP: Le siège de Vatluna est en cours

Tous les joueurs peuvent tenter de RP afin de perturber ou de favoriser l'action de Rufinus. Le Sénat velsnien est un nid de serpent, hésitez pas à incarner un membre de cette illustre institution afin de tenter de couper les moyens à disposition de Rufinus, ou au contraire, d'encourager le Gouvernement communal à poursuivre son soutien à cette action.

Conseils pour Dark:
  • Je te laisse décrire auprès de Rufinus la façon dont tu as réglé le problème des propriétaires terriens de la région du Lac Vadimon, entre une solution diplomatique ou belliqueuse avec ces derniers, de même que Rufinus est intéressé par la quantité de butin que tu as pillé auprès des récalcitrants, ainsi que le zèle que tu as mis à appliquer le nouveau découpage des terres agricoles pour les agriculteurs les plus modestes.
  • Concernant un plan pour le siège de Vatluna, n'hésite pas à faire part de tes propositions à Rufinus.

Mercenaires antériniens débarquant à Velsna. // Regulares de Ceuta.
L’arrivée de la troupe de mercenarii antériniens à Veltluna.
(Partie I)

« Alors comme ça on ne respecte pas les lois du Sénat, Excellence ? »


Louis d’Estrain profitait de l’air frais qui lui caressait le visage. Il était transporté de joie ; pour la première fois de sa vie il allait mener une campagne militaire. Il allait commander des troupes, mener des opérations de maintien de l’ordre, pouvoir montrer à quel point il était capable de ne pas transformer chaque siège en bain de sang. Une telle joie ne trouve aucune équivalence ; l’enthousiasme qu’il témoigne serait un euphémisme pour décrire la félicité qui le transporte. Son projet venait de se concrétiser ; il est devenu un véritable mercenaire travaillant pour de prestigieux sires ; qui aurait pu croire que cet avocat reconverti en officier aurait pu un jour devenir un condioterri remportant un contrat pour le Sénat des Mille. Il était comme un enfant qui venait de s’émerveiller devant un cadeau de Noël qu’il avait tant attendu ; il croyait que c’était irréel ; que ce n’était qu’un rêve, une hallucination. Devenait-il fou ? Il n’y croyait pas ses yeux ; il tenait entre ses mains une lettre cachetée par le sceau de la Grande République. Quel honneur. Il devait se pincer pour être certain qu’il ne délirait pas ; comment un petit officier de second rang a t’il réussi à servir Ses Excellences du Sénat velsnien ; il était surpris par une telle chance ; il comprenait aussi pleinement les enjeux qui en découlaient.

Décrocher un contrat n’est pas tout ; il faut aussi l’exécuter avec fidélité, avec efficacité, avec rapidité. Il savait que ses hommes n’avaient pas leurs pareils dans la contre-insurrection ; occuper le terrain, sympathiser avec les locaux, identifier et éliminer les éléments radicaux ; tous maîtrisaient le BABA ; certes il n’avait rien contre les bains de sang, en revanche il refusait de faire un usage disproportionné de la force. Il sait que sa profession, surtout dans cette branche là du mercenariat, laissait peu de place à l’humanité ; la contre-guérilla est un monde impitoyable ; l’humanité, les sentiments, la pitié, la compassion, l’empathie sont des faiblesses. Et l’ennemi est à l’affût du moindre signe de faiblesse. Et une fois la faiblesse identifiée ; le piège peut-être tendu, le sang coulera, la défaite viendra. Finalement, mieux valais être impitoyable. En revanche, il était préférable d’éviter, autant que faire ce peut, les massacres ; une contre-insurrection sauvage ne mène qu’à une solution temporaire ; ne se solde souvent que par des révoltes encore plus brutales, plus sanglantes, plus durables. L’ennemi n’est plus une poignée de fous ; mais le peuple tout entier ; et les foules sont rancunières ; elles n’oublieront aucun affront et à partir de ce moment là, lorsque la majorité silencieuse est acquis à l’ennemi, la guerre est très souvent perdue. Et c’est pour cette unique raison que les armées disciplinées remporteront la bataille de l’opinion, et ine fine la guerre ; c’est dans cet esprit qu’à été formé cette troupe ; c’est pour cette raison que l’ordre doit régner ; la troupe ne saurait se laisser aller, elle ne saurait devenir une masse incontrôlable et barbare ; elle doit fonctionner comme une montre ; de manière mécanique, ordonnée, prévisible. Ou plutot comme une fourmilière ou une ruche ; avec une ligne de commandement claire et des soldats qui n’agissent que dans l’intérêt général.

C’est pour cela que Louis d’Estrain se montre intraitable avec les problèmes de discipline ; l’occupation doit être paisible ; elle ne doit pas être vécue comme une humiliation mais comme un simple désagrément auquel il est facile de s’accoutumer. Il faut que la vie quotidienne puisse reprendre rapidement, que le soldat ne soit qu’un simple policier armé d’un fusil d’assaut, et non une menace qui se glisse le soir dans les logis pour commettre quelques rapines, ou pire… De cette manière là il est évident que les pertes civiles et militaires resteront minimales ; c’est dans un soucis d’optimisation que chaque soldat est soumis à une discipline stricte et absolue. Si l’ordre règne dans la troupe, il est probable que la ville se soumette facilement ; si elle ne craint ni les pillages ni les affres de l’occupation, elle sera prête à s’incliner et à se rendre sans tenter de fatiguer le conquérant en l’harcelant de toutes parts, en lui tendant des embuscades ou en le lassant.

- « Mais j’y pense ! Il faut à tout prix que des hommes se chargent de la mise en place d’un bureau des plaintes visant à identifier ceux qui ne savent se tenir. Il faut aussi m’assurer que chacun de mes soldats puissent maîtriser les notions élémentaires de velsnien, et puis il faut se renseigner sur la cité de Valtluna, ses mœurs, ses habitants, ses foyers de résistance… Il y tant à faire et j’ai si peu de temps. Je n’ai pas le droit à l’erreur ; et voici l’heure de vérité ; ou bien je réussis ou bien j’échoue ; ou bien ma compagnie connaîtra la gloire et la fortune, ou bien elle sera vouée à ne rester qu’un vague souvenir ; une plaisanterie, une chose à éviter. Nous avons le choix entre devenir des divas, ou des parias. Le monde est petit, un échec retentissant suffirait à me renvoyer dans mon cabinet ; adieu la vie d’aventure qui m’attendait, me revoilà devenu une sinistre éminence grise réajustant son rabat pour traiter la comptabilité de quelques fraudeurs… Je ne serai rien d’autre qu’un homme à jamais humilié par cette sinistre histoire. L’ennuyeuse obscurité se substituera à l’étincelante lumière ; je ne serai qu’un anonyme parmi les anonymes. L’échec n’est pas un droit, c’est un écueil, la réussite n’est pas une option, c’est un devoir. La chance de briller se présente à moi, et à ma troupe, je dois la saisir, je dois être prudent, je dois savoir me montrer patient, intransigeant et habile.

Les Velsniens ne sont que des serpents ; chacun de mes faits et gestes est épié ; chacun de mes choix sera scrupuleusement notifié et mémorisé par ces Excellences avides de gloire et succeptibles. Cette mission n’est pas bien difficile, il faut seulement que je prenne garde à ne pas me faire mordre par une vipère ; à ne pas trop m’engager. Ce Ruffinus ne m’inspire guère confiance, mais en vérité, quel Velsnien est véritablement fiable ; ce sont tous des calculateurs cyniques ; ils ne voient jamais l’amitié, seulement l’intérêt. Et pourtant, non contents d’être des rapaces, ou plutot des charognards se chamâillant pour des broutilles, ils sont vaniteux, ils sont susceptibles, ils sont arrogants… La jalousie est leur seule et unique maîtresse… Le philosophe avait raison lorsqu’il évoquait les locaux durant son exil ; « Se venger est la première loi des Velsniens, la seconde, vivre de rapines, la troisièmes, mentir, la quatrième, renier les dieux. » Leurs querelles politiques et personnelles rend l’atmosphère invivable, et je crains qu’en servant Ruffinus, une certaine frange du Sénat ne me prenne pour un attardé servant un social-démocrate ; quelle humiliation pour ma famille. Après avoir passé des siècles à s’élever socialement, me voilà tombé bien bas en devenant le serviteur de ce traître, de ce voleur. Il n’y a aucune justice dans ce monde ; que ne ferait-on pas pour la fortune ? S’abaisser plus bas que terre pour gagner quelques talents, tuer et piller pour arrondir ses fins de mois ; que dirait mon père en me voyant ? Je suis devenu un reître pour tromper l’ennui et trouver la célébrité ; je volerai et je massacrerai pour quelques oboles.

Mais après tout, il faut bien que j’atteigne le but de mon chemin ; je mentais déjà en tant qu’avocat. Seulement, l’excitation me manquait ; une fois que l’on sait comment paraître convainquant en mentant, ce genre de filouterie devient vite lassante ; une fois que l’on a compris la combine tout est plus simple… Il faut bien se prêter au jeu, mais c’est tellement fatiguant ; ou plutot ennuyeux. Il était hors de question que je passe ma vie à jouer les avocats véreux ; ça paie bien certes, mais c’est répétitif, monotone, commun. Et puis, pour citer un grand homme ; l’ « argent est un bon serviteur, mais un bien mauvais maître »… Cet homme là avait raison ; vivre pour l’or nous transmet sa fièvre ; une maladie bien plus contagieuse et répandue que l’on ne voudrait le croire et l’admettre. Ce fléau devient inguérissable une fois passée la soixantaine ; l’avidité et la cupidité, ces deux chevaux d’un même char sont la raison des vies sans saveurs, sans gloire, sans grandeur. Certains trouvent en la religion, en la politique, en l’armée des exutoires, des portes de sortie, un moyen de s’échapper. Mais moi, je ne saurai prier pour le salut des morts, je ne saurai aussi écumer les plateaux télévision comme le dernier des boucaniers, et je ne pourrai me languir dans les casernes de l’Armée confédérale. Et comme j’aime bien trop la guerre pour me permettre de la quitter si vite, j’ai rejoint cette aventure que l’on nomme mercenariat ; j’ai rejoint cette folie, ces grandes compagnies pour l’excitation, le frisson, les lauriers. Je suis arrogant, et c’est bien là le moindre de mes défauts. Espérons seulement que je ne serai pas victime de mon ego, comme tant d’autres avant moi… 
»

Mais voilà qu’un homme, particulièrement imposant, au regard impénétrable, presque vide, ouvrit la porte. Il était brun, les yeux bleus pâles, presque translucides, effrayants, les traits secs, martiaux, directs. C’était le genre d’homme qui ne s’exprimait qu’en phrases simples ; par onomatopées ou de simples hochements de tête. Pourtant, étrangement, paradoxalement même, il n’était pas niais, il était simplement taiseux. Il préférait le travail bien fait aux palabres interminables, aux grands débats philosophiques sur les raisons des choses et l’existence du monde… Il était pragmatique, peut-être un peu trop. Une fois la porte ouverte, un autre bonhomme s’infiltra, il était fluet, il avait un petit air sournois, vicelard comment on en fait plus. Il était blond aux yeux bleus particulièrement intenses, il avait l’air intelligent ; bien plus vif en tout cas que son collègue. Seulement, ce n’était qu’une impression. Sa face de musaraigne cachait à la perfection une véritable sensibilité morale ; c’était bien le premier mercenaire rechignant à faire couler le sang. C’était bien le premier à discuter les ordres ; à estimer que tout homme se doit de prendre des décisions morales et dépasser le cynisme feint qui nous caractérise. Mais bien souvent, surtout dans ce milieu, ses préoccupations ne sont rien d’autres pour ses camarades que des égaiements ; des réjouissances, un spectacle. C’est d’ailleurs pour cela qu’on l’appelait le « comique ». C’est lui qui faisait rire la soldatesque par ses « est-ce bien », « nous ne devrions pas faire ça » et ses questionnements qui n’effleuraient même pas l’esprit de ces brutes épaisses réfléchissant d’abord avec leurs armes avant d’utiliser leurs neurones.

- « Ah, que faites-vous donc ici avec l’aumônier Armand ? Quant à vous mon père, je n’ai pas besoin de me confesser aujourd’hui. Vous savez, j’ai du travail et je n’ai pas de temps à perdre en bondieuseries… »

- « Enfin mon fils, comment osez-vous ! D’ailleurs, ce n’est pas à propos de ça que je viens vous voir, c’est en lien avec le courrier. » reprit le petit homme, véritablement choqué par de tels propos.

- « Le courrier ? Dites-m’en plus, ça m’intéresse. Il vient d’Antérinie ? Ce sont mes parents ? Si oui posez-le là, je verrai cela plus tard ; leurs remontrances me lassent ; toujours à réclamer que je retourne à Saint-Jean-de-Luz pour redevenir avocat ; un métier « plus honnête » comme il dise, alors que l’on sait tous ici que ces messieurs sont des brigands en robe noire ! Ils vous volent avec plus d’assurance encore que les pirates ; et pourtant ils s’affublent de l’« honneur » de la Robe ; de la dignité des textes de loi, de la grandeur de la justice. Ils s’y vautrent comme des porcs et se prétendent pourtant plus honnêtes que n’importe qui dans ce bas monde. Même la cléricature est plus digne que ces gens ; alors que nous savons aussi que les Excellences élisant le successeur de Saint Pierre sont des voleurs corrompus vendant du rêve et s’achetant des villas avec ce qu’ils gagnent… Ce sont des escrocs en soutane, tandis que les avocats sont des filous en robe. Ils pourraient presque égaler les politiciens s’ils savaient se montrer plus hypocrites. Des révolutionnaires à la Chambre, et puis quoi encore, des fascistes à l’Internationale ? Enfin passons… Mes parents me fatiguent aussi… Et bien qu’attendez-vous mon père ? Je ne vais pas vous faire un dessin ! Vous êtes tant choqués que cela par mes impiétés ? Avec le temps, vous vous y ferez, ne vous inquiétez pas. »

- « Ce n’est pas ça mon fils, le courrier, il nous vient de Son Excellence Ruffinus. Vous savez, celui qui vient d’engager la troupe… »

- « Vous dites « la troupe », comme s’il s’agissait d’une bande joyeux lurons parant divertir les riches sénateurs logeant dans de luxueuses villas dans la plaine velsnienne ; vous parlez de nous comme si nous étions des artistes mon père ! » répondit le commandant avec un léger sourire. Il sortit une petite lame effilée et découpa l’enveloppe avec soin, prenant garde à ne pas l’abîmer ; il en sortit une longue lettre qui parut bien moins formelle que la missive du Gouvernement communal. Le condotierre la lut avec attention avant de la jeter, avec grâce, sur la table. Et tandis que le bout de papier se posait délicatement sur le bureau de bois l’officier fit ; « Lisez donc ! Nous voilà devenus agents fiscaux chargés de faire appliqués la loi velsnienne ! Je craignais que notre mission ne soit trop difficile, mais il semblerait que Ruffinus ait décidé de nous reconvertir en fonctionnaires ! C’est bien la peine de rassembler des hommes pour jouer les officiers de la terre. Les mots me manquent ; j’ai l’impression d’être devenu un agent chargé de s’assurer que les riches aient suffisamment donnés leurs terres ! Quel foutoir tout de même que la politique velsnienne ; je m’attendais à pourfendre du scaelien, et voilà que je joue aux recouvreurs ! La prochaine fois il me demandera de tondre sa pelouse ! Je n’ai que ça à faire peut-être ; visiblement oui. C’est bien la peine de rassembler une foule de combattants aguerris pour venir forcer les riches à redistribuer leurs lopins… Enfin, visiblement puisque je n’ai que ça à faire, autant s’exécuter. On me paie pour ça, alors au pas et en avant marche ! »

- « Mais enfin mon fils ! Vous n’y pensez tout de même pas ! Oseriez-vous voler ? Que feriez-vous si l’État antérinien venait saisir vos armes et vos troupes pour les incorporer de force, voire pire, les donner à des paysans sans défense et sans le sous ? Comment réagiriez-vous ? Comment pouvez-vous vous rendre coupable d’un tel crime. Vous volez, vous vous rendez complice d’une vaste expropriation mon fils ! Comment votre conscience peut-elle accepter une telle chose ; comment pouvez-vous dérober des terres, acquises il y a parfois des siècles de cela, sans éprouver le moindre remord. Seriez-vous devenu une vermine collectiviste ? Un voleur drapant de la morale son forfait ? Un criminel se cachant derrière de nobles valeurs pour assouvir ses pulsions les plus malsaines ? C’est immoral. C’est ignoble. C’est indigne d’un Antérinien. C’est inadmissible. Comment pouvez-vous accepter une telle chose ? Comment pouvez-vous croire que l’aristocratie sénatoriale ne se retournera pas contre vous ? Vous savez tout aussi bien que moi que toucher aux terres, c’est toucher aux grandes familles sénatoriales ; c’est s’attaquer aux patriciens les plus illustres de la Cité. Je sais que les discours moraux n’ont aucune influence sur vous ; seulement je vous aime bien et je me refuse de vous laisser commettre une grave erreur. Si vous vous attaquez aux clients de sénateurs, voire pire à ces Excellences en personne, la réussite du siège de Valtluna ne sera que le cadet de vos soucis ; cette république dorée est encore dirigée par une élite sénatoriale conservatrice et attachée à ses terres ; si l’on vole cette dernière ; elle nous considérera comme acquis aux idées de Ruffinus ; et in fine, nous serions réduits qu’à de vulgaires sociaux-démocrates. »

- « Dites-moi mon père, derrière vos discours de prêtre conservateur vous en avez dans les méninges ; vous semblez vous y connaître en politique velsnienne. Ecoutez, vous commencer à me plaire et je pense que nous pourrions faire de grandes choses ensemble. En tout cas, vous savez y faire avec la politique et je vous crois subtil ; alors que proposez-vous pour éviter que les propriétaires ne se plaignent de nous ? »

- « Dans la douceur mon fils, dans la douceur… »

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Quelques heures plus tard, la troupe arriva ; une immense colonne d’hommes et de véhicules s’établit temporairement devant le lac Vadimon ; plus qu’un lac c’était un ensemble de villas. Un vaste réseau de propriétés agricoles ; les parcelles jaune d’or côtoient les carrés d’émeraudes ; c’était plus que de simples terres, c’était la richesse de la région. Rien de moins que le grenier à blé de la Plaine. Devant ces guerriers se dressaient des hectares et des hectares de champs, à perte de vue. Et pourtant, devant ce paysage idyllique, la tension était palpable ; les agriculteurs se rassemblaient, ne sachant pour qui travaille cette troupe de mercenarii, de l’autre les propriétaires terriens commençaient à armer leurs gens ; ils se doutaient bien que seul le sénateur Ruffinus aurait fait appel à des mercenaires pour appliquer la nouvelle loi qu’il venait de faire voter. De leur côté, les soldats savaient ce qu’il fallait faire ; déjà une cinquantaine de véhicules vrombissaient ; ils partaient à l’assaut de ces villas rusticas ; les ordres étaient clairs ; et tout manquement mènerait irrémédiablement à des sanctions disciplinaires. De son côté, le chef de ce détachement prit la route pour l’une des plus belles et des plus grandes demeures de la région ; il allait frapper le mal à sa racine, s’attaquer à l’un des hommes les plus riche et les plus influent du Vadimon ; Gian Adelardi.

Le tout-terrain s’approchait à toute vitesse de la villa ; à son bord une dizaine d’hommes armés jusqu’aux dents. L’objectif était clair ; montrer qu’il n’avait aucune chance de remporter la lutte armée contre cette bande de mercenaires. Il savait que l’homme ne se laisserait pas céder aussi facilement ; il fallait donc mettre les arguments les plus percutants de son côté. Seulement, l’Antérinien savait que les Velsniens étaient susceptibles ; ils tiennent aux apparences ; et comment leur en vouloir, le commandant aussi tient au paraître plus que tout au monde. Tandis que les colonnes et les jardins fleuris devenaient de plus en plus nets, l’officier vit que plusieurs dizaines de paysans armés firent une sorte de haie d’accueil ; mi-agressive, mi-honorifique. La pression se sentait, elle était même évidente. Les pauvres bougres qui tenaient ces armes suaient à grosse goutte, ils voulaient sembler dignes, ils étaient en vérité ridicules, tremblotants, pâles. Que pouvaient-ils face à ces mercenaires armés jusqu’aux dents ; voulaient-ils vraiment mourir pour un patron qui n’avait que faire de leurs vies ? Accepteraient-ils un affrontement meurtrier pour un salaire de misère ? Non bien sûr que non. Et ça l’Antérinien le sentait. Il savait que ces braves hommes étaient dépassés par la situation, certains avaient même intérêts à voir cette troupe gagner ; la foule de travailleurs agricoles recrutés par Adelardi ne saurait tenir face à ces hommes habitués à porter des armes de guerre et prêts à tout pour remplir leur contrat. Néanmoins, de bonne grâce l’Antérinien descendit et appela le contremaître, ou du moins l’un des proches du maître de cette demeure.

- « Vous, dites à Monsieur Adelardi que je souhaite m’entretenir avec lui, dites-lui que je ne peux attendre, la situation est pressante. » Quelques minutes plus tard, l’Antérinien entra, il constata les dizaines de statues de marbre et les tableaux qui trônaient dans l’immense vestibule. Quelle étalage de richesse ; voilà un homme de qualité, comme on dit. Une figure qui ne doit pas manquer de donner le la dans la région. « Quel bon goût ! » ne manqua pas de s’exclamer l’Antérinien lorsqu’il se tint devant le propriétaire des lieux. Ce dernier froid, de marbre face à la situation, tentant de simuler un désintérêt, voire le mépris, pour ce parfait inconnu qui osait troubler sa journée, se contenta d’un coup d’oeil en biais, comme pour le jauger. Après quelques secondes d’un silence pesant, semblable à une chape de plomb, Adelardi daigna briser la glace ;

- « Puis-je savoir à qui ai-je l’honneur ? Êtes-vous des pillards ? Si oui, sachez que l’Armée communale ne saurait tarder à réagir, et que votre tête roulera aux pieds de mes amis du Sénat des Milles dans quelques heures

- « Et bien justement, Excellence, je suis une sorte d’agent du gouvernement. Je me nomme Louis d’Estrain, baron d’Estrain et de Barheberg… »

- « Tes titres ne m’impressionnent pas ; les derniers tyrans ont été chassés de la Ville, et eux aussi se paraient d’honneurs et simulaient la noblesse. »

- « Puisque vous le prenez sur ce ton là… Sachez que j’agis au nom de Son Excellence Ruffinus, sénateur de son état ainsi qu’au nom du Sénat des Mille ; je représente ici l’autorité de la Grande République. Dans ce blanc seing, Son Excellence Ruffinus m’ordonne de faire appliquer les lois promulgués par le Sénat, c’est à dire un redécoupage des cadastres. Je ne doute pas que vous êtes au courant de ces réformes agraires. N’est-ce pas ? Donc je viens appliquer la Lex Rufistina Agricultura. Autrement dit, je vous demande, poliment avec tout les égards qui vous sont dus Excellence, de céder les terrains saisis à ceux qui servirent dans la Garde civique entre 2010 et 2018. »

- « Et si je refuse ? » répondit du tact au tact le propriétaire, exaspéré par le franc-parler de ce mercenaire.

- « Et bien vous serez mis en état d’arrestation, vos biens seront saisis par les agents de recouvrement ici présents, je prendrait une commission de 20 % de la valeur totale de votre demeure et de vos propriétés tandis qu’il se peut que les Excubites anterinii ionores ici présents brûlent cette magnifique demeure, par accident… Ce serait dommage, n’est-ce pas ? Et j’oubliais, je tiens à rappeler qu’en cas d’arrestation, vous serez ramenés pieds et poings liés à Son Excellence Ruffinus. En revanche, si vous acceptez de restituer une partie de votre domaine aux bénéficiaires de la Lex Rufistina, vous recevrez mes plus plates excuses et vous serez libre de réclamer des réparations au Sénat des Mille. »

À mesure que l’Antérinien déroulait son flot de menaces, le Velsnien pâlissait, il savait bien qu’il aurait du mal à lutter contre une compagnie de mercenaires, il savait bien que toute résistance était futile, il savait bien que mieux valait capituler. Il était arrogant, mais il tenait plus que tout à sa vie. -« Bien, où faut-il signer, Monsieur ? » ajouta t’il.

- « Je vous sers un verre, nous avons à parler, Excellence… » rajouta son interlocuteur.
La stratégie antérinienne reposant sur la ruse. // Le Cheval de Troie selon Tiepolo, huile sur toile de 1760.

Arrivée de la troupe de mercenarii antériniens à Veltluna.
(Partie II)

« Excellence Ruffinus, voici les mauvais payeurs !»


Derrière le nouveau condotierre du gouvernement velsnien, une masse de camions chargés à ras-bord de biens saisis et de véhicules légers transportant des prisonniers de valeurs ainsi que des soldats armés jusqu’aux dents. Cette troupe avait une certaine ressemblance avec les soldats de l’Antique Rhême ; ce défilée de véhicules et de prisonniers mené par l’Imperator victorieux partageait des similitudes frappantes avec les Triomphes de l’Ancien temps. La troupe venait de vaincre les grands propriétaires sans coup férir, elle venait rejoindre le Sénateur Ruffinus et lui offrir en tribut leurs biens saisis ainsi que les prisonniers faits, traités cette fois-ci non comme des esclaves, mais comme des obligés des personnalités les plus influentes de Velsna. Loin d’humilier ces illustres personnalités qu’on ne saurait désobliger en les réduisant en prisonniers de guerre, l’Antérinien avait préféré leur dérouler le tapis rouge. Ces messieurs avaient tenté de résister, ils devront en assumer les conséquences devant le Sénat, ce n’était pas aux Excubites d’Antrania de dispenser la justice ; ils n’étaient que de simples sous-traitants dans cette affaire. Il était donc hors de question de devenir gendarme, juge et bourreau. Non seulement le « comique » s’y opposerait catégoriquement et accablerait le pauvre commandant de jugements et de reproches pendant plusieurs jours, voire semaines ! Mais en plus, cela risquait de tendre les relations entre le Sénat de la Grande République et sa troupe ; il serait regrettable pour lui et ses hommes d’être considérés comme des écorcheurs de grands chemins à peine arrivés. Il avait eu la présence d’esprit de laisser Ruffinus s’aliéner l’aristocratie républicaine et de se cantonner à son rôle, c’est à dire en tant qu’exécuteur des décrets du Sénat des Mille.

Face à Adelardi, l’Antérinien avait tenté de se montré le plus respectueux possible ; et lorsqu’il partagea un verre d’un excellent vin fortunéen avec ce noble sans titres. Il éprouvait un mélange de pitié et de condescendance à l’égard de ce pauvre homme. Il représentait les plus anciennes familles velsniennes qui se faisaient ainsi déposséder, sans pouvoir résister, abandonnées par leurs alliés du Sénat et leurs obligés. Il se souvenait de ce qu’il lui avait dit ; « votre camp a manqué de finesse. » Velsna change, Velsna se pare petit à petit des attributs d’un État centralisé moderne. La puînée de Dame Fortune se dotait des nouveautés apparues au cours de ces derniers siècles ; l’État social, ou du moins un embryon d’État social, une centralisation progressive, et souvent brutale des compétences régaliennes, la formation d’une nouvelle classe moyenne… Velsna changeait, les élites conservatrices étaient dépassées par les mouvements sociaux et politiques qui étaient en cours ; Alderani semblait devenir la représentation même de ces élites qui n’avaient su se maintenir avec le temps. Lui et ses semblables avaient ratés le train, et il était fort probables que leurs descendants seront écrasés par le progrès.En discutant avec cet honorable patricien, le mercenaire fut surpris par le mépris affiché de cet homme que l’on venait d’exproprier ; il avait perdu, et pourtant il continuait à se draper dans les honneurs. Il n’était plus aussi riche, il venait de perdre, et il avait le toupet de se cacher derrière le prestige familial, comme un gamin se dissimulant derrière les jupes de sa mère.

Néanmoins, derrière ces tirades visant à réssuciter une gloire passée, le propriétaire n’avait pas manqué de réalisme ; le Patriciat gagne toujours. Ses membres seront toujours à la tête de l’État ; la plèbe peut bien essayer de balayer l’ancien système, de l’écraser sous la rééducation, la violence et la répression mais pourtant elle ne pourra jamais se débarrasser complètement de cette aristocratie. Bien au contraire, elle sera toujours parasitée. Les plus teigneux, les plus vicieux, les plus traîtres, les plus cyniques, réussiront toujours à contrôler la masse, à utiliser à bon escient sa rage contre leurs ennemis. Le mépris qu’a cet illustre inconnu pour la foule, les travailleurs restera, malheureusement, légitime. Elle restera à jamais la populace ; elle sera toujours un outil. Elle est semblable aux torrents d’eau que l’on a réussi à domestiquer pour qu’ils produisent notre énergie, qu’ils alimentent nos citernes, qu’ils deviennent au besoin des éléments d’un système défensif. La fureur de l’eau est toujours temporaire, les digues qu’elle brise seront toujours reconstruites et solidifier, parfois elles deviendront plus lâches, mais elles continueront toujours à retenir cette folie destructrice. Car le petit homme avait certes perdu des terres, mais il n’en restait pas moins influent. Cette loi disait-il n’est qu’une supercherie, un moyen d’agglutiner l’électorat ruffiniste sans jamais mettre un terme à la domination des grands propriétaires terriens. La nouvelle lex agricultura n’était rien d’autre qu’une perte de temps pour les grands. « Je rachèterai ces terrains dans quelques années ; le Sénat a gelé les prix, j’y survivrai, en revanche ce ne sera pas le cas pour les milliers de petits exploitants qui ne pourront jamais compenser les coûts de production sans faire appel aux Banques, sans se placer sous la protection d’un riche… Ruffinus vient de tuer l’esprit de sa loi. » Voilà donc pourquoi cet homme avait eu l’outrecuidance de prendre de haut les vainqueurs temporaires de cette bataille ; le Patriciat gagnera. C’est pour cette raison que l’Antérinien a veillé à traité toutes ces personnalités avec les égards dus à leurs rangs ; ils n’étaient pas Sénateurs, en revanche ils avaient l’oreille des puissants. C’est pour cette raison que d’Estraing avait pris gare à se comporter comme un hôte généreux ; il avait fait distribuer le vin, offert les meilleurs mets à ces hommes… Et bien entendu, il n’avait pas manqué de rappeler qu’il n’était qu’un simple exécutant dans cette affaire et qu’il faut se plaindre à Son Excellence Ruffinus si l’on avait des doléances à formuler.

C’est donc pour cette raison que les quelques propriétaires terriens constitués prisonniers se comportèrent presque en vainqueur lorsque l’Antérinien se présenta devant le sénateur Ruffinus. Le mercenaire s’inclina rapidement tandis qu’il lui dit ces quelques mots ;

- « Je vous salue Excellence ; je ne sais comment les habitants de la Grande République se saluent, alors j’ai préféré conservé les manières de la cour antérinienne. Je tiens aussi à vous présenter les salutations et les respects de ma troupe toute entière. » Au même moment, la compagnie s’exclamait gaillardement « vivat Ruffinus ». L’Antérinien, espérant avoir mis son interlocuteur dans les meilleurs dispositions, continua ; « Je vous ai aussi apporté des cadeaux, Excellence. Je vous apporte les meilleurs vins d’Antérinie ainsi que quelques couvres chefs typiquement antériniens ; j’espère que ces derniers vous conviendront. Sinon, je vous amène des prisonniers ; les citoyens velsniens qui refusèrent d’appliquer les lois du gouvernement Velsnien et qui tentèrent de résister par les armes aux directives du Gouvernement communal. Ne sachant où incarcérer ces messieurs, j’ai donc décidé de vous laisser statuer sur leur sort. »

Ruffinus, probablement amusé et surpris par cet accueil des moins conventionnels ; il ne devait certainement pas s’attendre à recevoir des prisonniers et les accalmations d’une troupe de soldats. Pourtant, il devrait aussi s’inquiéter de la présence de ces hommes là ; ils ne manqueraient certainement pas une occasion pour salir sa réputation au Sénat ; et puis quelle image renvoie-t’il ? Un sénateur qui séquestre des citoyens velsniens, et pas des moindres, l’élite respectable de la Cité ! Il avait intérêt à rattraper la bévue de son condotierre s’il ne voulait pas voir l’intégralité des sénateurs se liguer contre lui. Il aurait mieux valu prier pour que ces mercenaires exécutent ces messieurs-là plutot qu’ils ne les ramènent en vie devant lui comme des trophées. « Quam feroces sunt isti Anteriniani! » s’exclama t’il lorsque l’officier antérinien eut tourné les talons… Il se retrouvait avec un nouveau problème d’ordre politique alors qu’il doit obtenir dans le même temps la reddition de Vatluna. L’Antérinien avait tout intérêt à proposé une stratégie efficace… Mais pour l’heure, il fallait fêter l’arrivée de ces renforts, et surtout s’assurer de leur soutien indefectible. Les mercenaires sont volatiles, on peut facilement les acheter… ou les retourner, pour peu que l’on y mette le prix.

Ainsi lorsqu’il déjeuna avec l’Antérinien il ne put s’empêcher de lui demander comment s’était déroulée la mise au pas des propriétaires terriens du Lac ; il espérait que le sang n’avait pas eu à couler et que tout put se passer dans les meilleures conditions possibles. Il savait mieux que quiconque à quel point les Velsniens étaient à la fois avides et pingres. Certains préféraient mourir plutot que de céder quelques acres de terrains. Et si un massacre avait eu lieu, ce dont il ne doutait pas au vue des déclarations de ce bien étrange baron qui manifestait haut et fort qu’il n’avait absolument aucune considération pour les pertes civiles, il préférait en être averti pour qu’il puisse tenter de maquiller l’incident en simple bavure plutot que d’avoir à affronter une presse conservatrice agressive qui n’hésiterait pas à sauter sur l’occasion pour salir autant que possible le nom des Portelli et réduire à néant les efforts faits par le Sénateur Ruffinus dans le cadre de sa Lex Agricultura qu’il réussit à faire acter par le Sénat au prix d’une bataille politique harassante et une position précaire au Sénat ; si l’opinion venait à se retourner, ce serait tout ses efforts qui seraient ruinés par une bavure regrettable.

Mais l’Antérinien le rassura ; - « Aucune perte humaine est à déplorer, vous savez, avoir deux milles soldats qui débarquent dans des véhicules légers armés de fusils d’assaut et d’armes légères ont le mérite d’avoir un effet dissuasif, surtout quand ces derniers se répandent comme une traînée de poudre dans toute la région ; de cette manière se sachant encerclés et menacés par de l’artillerie légère, les gardes et les conscrits recrutés en toute hâte ont tendance à déposer les armes. Ils n’étaient pas suffisamment payés pour aller se sacrifier pour tenter de protéger les intérêts particuliers de quelques propriétaires… La dissuasion a un effet dévastateur sur ce type de personne ; savoir que la résistance est vaine permet d’abattre notre pire ennemi ; l’espoir. Si ces soldats d’infortune pensaient qu’ils avaient une chance, s’ils nous croyaient incapables de mettre le feu à la région entière s’ils refusaient de se rendre, nous aurions pu perdre des hommes. Et c’est pour cette raison qu’il faut savoir se montrer implacable, ou du moins paraître. C’est comme ça, en faisant croire à Monsieur Alderani qu’il pourrait connaître un destin tragique s’il refusait de céder que nous avons réussi à le pousser à la capitulation, et dans son sillage c’est les principales propriétés qui se rendirent. Sans cela, nous aurions pu nous perdre dans une bataille stérile et sanglante pour quelques fermiers qui refusent de céder leurs terres.

Je vous rassure quant aux illustres Excellences qui nous accompagnent ; elles ont été traités avec respect et délicatesse. Vous savez, nous ne sommes pas des sauvages, même si dans notre branche, la brutalité devient la norme. Nous tenons à ne pas nous aliéner les élites velsniennes et nous trouvons tout à fait incorrect de notre part de vous indisposer en commettant des erreurs de débutants ; la répression n’est bonne que si elle est savamment dosée ; suffisamment brutale pour faire passer un message tout en étant assez limitée pour ne pas devenir des ogres. Vous savez, notre métier repose aussi sur la communication ; si nos clients nous appelle, c’est qu’ils connaissent notre réputation. Et nos ennemis de circonstance aussi. C’est pour cela qu’il ne faut pas hésiter à laisser des portes de sortie ; non seulement elles divisent l’adversaire, mais en plus elles l’isolent, le minent, et une fois que le temps fait son œuvre, nous pouvons rafler les lauriers avec le moins de pertes possibles. Si vous vous demandez pourquoi nous avons des prisonniers, c’est parce qu’ils avaient tentés de tuer l’un de nos hommes en pointant des armes sur eux. Heureusement que leurs sous-fifres soient restés attentifs, sinon nous aurions eu à brûler quelques villas ; une chose regrettable… Mais heureusement, nous avons pu les maîtriser et les arrêter ; dans tout les cas ordre était donné de ne blesser personne. Je vous l’ai dit mais je sais que ces messieurs vous sont plus utiles morts que vivants. Quant au partage des cadastres, nous sommes restés quelques jours pour résoudre des litiges et s’assurer que ce que nous faisions était conforme à la Loi velsnienne. Nous tenons aux usages du Sénat et à faire respecter la coutume. 
»

Une fois cela dit, l’Antérinien finit son assiette avant de regarder ses hommes manger, il avait le même regard qu’un père porte sur son enfant. « Difficile de ne pas s’y attacher… Ce sont des soldats exceptionnels qui méritent de servir à mes côtés Excellence. J’attache une grande importance à leur vie, et pour moi elle n’a pas de prix. J’espère que vous aussi vous considérez que vos hommes sont précieux, presque sacrés. Même l’aumônier qui sait pourtant se montrer insupportable m’est précieux… Enfin, la guerre risque de clairsemé ces rangs, et je vous le dis, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter des pertes inutiles parmi mes hommes, alors je vous le demande ; ai-je le commandement absolu de ma brigade ? Ou bien vais-je devoir me subordonner à un de vos officiers qui n’a que faire de la vie de mercenaires ? »

Le sénateur velsnien, ne sachant encore s’il doit se fier à l’Antérinien s’empressa de changer de sujet ; - « Ces précisions me seront bien utiles… J’aimerai, une fois le repas terminé, que l’on puisse s’entretenir sur la stratégie à adopter. La guerre de siège n’est pas ma spécialité et mes références se limitent aux cités Youslèves que la Sérénissime brûla…Vous savez, j’aimerai éviter que le siège ne tourne au carnage, dix milles hommes ce n’est largement pas suffisant ; et je crains plus que tout une défaite. »

- « Dans ce cas-ci, nous avons le même objectif, Excellence. »

Une fois le repas terminé, le sénateur et l’Antérinien ainsi que plusieurs officiers velsniens, à commencer par les commandants des différentes levées mobilisées par le gouvernement communal pour mettre fin à l’insurrection de Vatluna. Ces généraux, soulagés de constater qu’ils allaient obtenir le soutien de renforts, ne manquèrent néanmoins pas une seule occasion pour faire sentir à l’Antérinien qu’il n’était qu’un routier que l’on avait engagé pour combler des effectifs défaillants et pour s’assurer d’une supériorité technique. Pourtant, loin de se décontenancer, l’Antérinien rendait le mépris et prenait d’encore plus haut les commandants. Son unité avait tout à prouver, pourtant il se permettait de rappeler que lui aussi avait de l’expérience en matière de contre-insurrection… Une fois les présentations faites, les échanges de commodités accomplies et les accrocchages mineurs avec le haut commandement résolus, le baron prit la parole.

- « Comme vous le savez tous, rien n’est plus facile que d’entrer dans une ville ; nous ne sommes plus aux XVe siècle ; les fortifications ne sont rien d’autres que de vagues souvenirs, des tableaux et des obsolescences dépassées par l’Histoire. Aujourd’hui un siège est sanglant ; chaque mètre carré est durement conquis, chaque centimètre carré peut-être piégé. La guerre urbaine est plus vicieuse encore que la guérilla ; on peut raser une forêt, mais peut-on se débarrasser d’une ville ? C’est pour cette raison qu’il est nécessaire d’agir avec discipline. Le temps sera notre allié et la ruse notre amie. Dans cette guerre, le pivot, la clé, l’avantage tactique nécessaire à la victoire n’est rien d’autre que l’information. Que sait-on de notre ennemi ? Que sait-on de sa gouvernance ? Que sait-on de ses forces ? Que sait-on de son assise territoriale et politique ? Doit-on affronter la cité toute entière ? Ou au contraire une élite acculée ayant commis l’erreur de braver la cité velsnienne ? Le remède est radicalement différent en fonction de la situation ; dans le premier cas raser la ville serait nécessaire tandis que dans le second, il faut laisser le temps, la famine et la division faire le travail à notre place. C’est pour cette raison que nous devons à tout prix en apprendre le plus possible sur nos ennemis.

Inutile d’imaginer des plans complexes ; des infiltrations digne des films d’espionnage kartiens ; il suffit simplement de faire des prisonniers, d’en relâcher certains, de faire entrer des traîtres et des espions dans les convois humanitaires que nous laisserons occasionnellement passé qui nous renseigneront sur la température de la ville… Vous le savez, mais nous manquons d’information pour mener une guerre de siège et lancer un assaut sur la cité. Dans cette affaire, l’avantage décisif est la discipline ; chaque soldat sachant se retenir, obéir aux ordres et surtout ronger son frein est un homme qui nous sera utile. Nous devons prioriser plus que tout autre chose l’ordre et la discipline ; cela rassurera les civils qui seront plus prompts à se rendre en comprenant que la ville ne sera pas livrée au pillage tout comme cela nous évitera des pertes inutiles en ayant pousser des têtes brûlées à se faire tuer dans une embuscade. Non au contraire, nous devons pouvoir être certains que nos hommes agiront avec professionalisme ; pas d’initiatives personnelles, pas de coup de sang, pas de pillages tant que l’ennemi ne sera pas totalement désarmé. C’est les conseils que je me permets de donner à Son Excellence ; une bataille ne se gagne pas uniquement pas la tactique, elle se gagne grâce à des hommes.

Si Son Excellence Ruffinus s’attend à des conseils tactiques, je ne saurai lui conseiller que trois choses ; d’abord il faut sécuriser les principaux axes routiers ; empêcher le ravitaillement par la terre en bloquant les routes. Cela affamera la population tout en poussant les forces armées locales à tenter une sortie en force. 500 soldats par routes devraient suffire, tandis qu’un corps de réserve mobile de 2000 hommes devra être mis sur pied rapidement pour venir en aide à la troupe en cas d’escarmouches sévères avec les forces séparatistes… Vous savez tout aussi bien que moi que même si ce piège est grossier, on devrait tout de même le tendre, au cas où… Ensuite, il ne faut pas hésiter à miner les routes secondaires et à faire patrouiller assez régulièrement des escouades légères, mes hommes par exemple pourraient y suffire… Néanmoins je pense que laisser quelques chemins libres, en empêchant seulement l’adversaire d’entrer mais en le laissant sortir pour empêcher que l’énergie du désespoir ne s’empare des combattants ; c’est un excellent moyen de proposer une porte de sortie honorable et une reddition rapide, tandis que les troupes disséminées dans la campagne pourront rapidement être nettoyées une fois la ville prise, ou mieux capturée pour infiltrer la cité…

Je vous le rappelle mais dans ces cas-là, la meilleure stratégie se révèle être la ruse ou la diplomatie. La cité peut se rendre en échange de quelques concessions mineures ; mais là je laisse Son Excellence décider de la pertinence d’une telle proposition… N’oublions pas non plus les effets de la guerre psychologique ; l’ennemi se rendra facilement si l’on promet une amnistie ou des récompenses aux déserteurs… L’objectif premier est de briser la cohésion intérieure pour ensuite provoquer la trahison et tenter d’isoler les cibles ; peut-être même de situer des « quartiers prioritaires » qui devront être nettoyés impitoyablement. Mais avant tout, il faut isoler la cité ; le port doit être inutilisable, si Son Excellence pouvait demander le soutien de la Marineria pour qu’elle s’assure qu’aucun navire ne puisse approvisionner la ville… Quant à nous nous devons réduire à néant les infrastructures énergétiques et pousser l’ennemi à rationner. Nous le savons tous les élites seront menées à prendre plus qu’elles ne le devraient et nous devons tenter d’attiser la division entre le bas peuple et les responsables de la révolte.

En un mot, ma stratégie que je vous propose tient principalement en deux mots ; isoler et diviser. Nous n’allons pas lancer un assaut frontal, nous allons nous montrer plus subtils ; les encourager à sortir, à se perdre en assaut infructueux et coûteux pour s’assurer que la résistance urbaine soit moins solide… Dans un même nous devons fragmenter la société locale ; monter les conspirateurs les uns contre les autres, faire croire à la trahison des élites, pousser les petites gens à se détourner de la rébellion. Velsna, je le recommande, ne doit pas apparaître comme une autorité suprême châtiant aveuglément. Le gouvernement communal, et vous-même Excellence devez vous présenter comme un père patient et aimant qui pardonne la trahison de son fils ; ne clamez pas que vous raserez la ville, au contraire jurez que les habitants n’auront rien à craindre de nous. La reddition, même négociée doit-être envisagée comme une option par les assiégés ; c’est là notre meilleure chance de conclure le siège sans effusions de sang inutiles. Mieux, poussez les habitants à s’entre-déchirer ; rejetez la faute sur une minorité agissant pour je ne sais quel tyran ; Scaela par exemple et monter les citoyens les uns contre les autres ; une guerre civile intérieur nous permettra de nous avancer et de prétendre maintenir l’ordre tout en offrant une chance aux locaux de racheter leur faute en plaidant la folie passagère devant le Sénat…

Pour l’heure, je ne saurai vous donner plus de conseils ; je ne connais pas la ville et si l’on pouvait me donner une carte des sous-terrains ainsi qu’une carte terrestre, je crois pouvoir vous présenter une nouvelle tactique plus précise, moins généraliste en tout cas.
 »

Résumé a écrit : - Louis d'Estrain rapporte à Ruffinus les prisonniers faits lors de l'application de la Lex Agricultura Ruffinista, ces derniers ont été traité avec égards et respect par le mercenaire antérinien.
- Louis d'Estrain propose une stratégie sur deux axes aux généraux du Sénateurs ; d'abord en isolant la ville en la coupant des grands axes routiers mis sous la surveillance d'une troupe, ainsi qu'en piégeant et en minant les axes secondaires. Certaines routes sont seulement surveillées ; permettant aux fuyards de s'enfuir tout en empêchant le ravitaillement de transiter par ces dernières.
- L'Antérinien propose de diviser la cité en opposant une élite prétendument "scaelienne" à un bas-peuple fidèle à Velsna. Le gouvernement communal promettrait par ailleurs la clémence pour agiter encore plus le parti de la reddition.

Troupes antériniennes a écrit :
- 2.000 soldats.
- 2.000 armes légères de onzième génération.
- 200 mitrailleuses lourdes de dixième génération.
- 200 mortiers légers de huitième génération.
- 200 lances-roquettes de neuvième génération.
- 200 lances-missiles anti-chars de sixième génération.

- 120 transports de troupes blindés de dixième génération.
- 30 véhicules blindés légers de septième génération.
- 10 véhicules de combat d'infanterie de dixième génération.
- 10 véhicules légers tout terrains.
- 50 camions de transport de dixième génération.
- 40 mitrailleuses lourdes dixième génération posées sur le toit des véhicules légers, comme arme défensive.

- 1.000 mines anti-personnelles de première génération. piégeant les axes secondaires, mis sous surveillance.

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Ceci n'est qu'une ébauche du plan ; j'attends plus d'informations de la part de Brennus ainsi que l'accord de Ruffinus pour mettre en place mon dispositif. Je prie donc la modération de ne pas prendre en compte les dispositions actuelles.
Bureau du Domestique de la Garde a écrit :

A toi, Excellence Louis d’Estrain von Barheberg, baron d’Estrain et de Barheberg, je te salue avec toute l'affection du Sénat et du peuple velsnien,


Mon ami et obligé, j'ai ouïe dire des nouvelles de ta progression sur le territoire de la cité libre de Vatluna. Nous sommes heureux, sache le, de voir un un individu de ton expérience prêter main forte à notre frère de Sénat, allant jusqu'à improviser une justice suivant une moralité que nous jugeons salutaire, tant pour les vainqueurs que les vaincus. Ta générosité et sa magnanimité à l'égard des gens du pays de Vatluna ont été notés. Nous gageons cependant, que si tu as fait beaucoup pour la paix civile, j'estime que le grand perdant de cette affaire est un certain sénateur envers qui nous t'avions envoyé à son aide.

En effet, il ne fait pas de secret que son excellence Rufinus a grand besoin d'argent pour sa campagne, et qu'il ne peut le chercher dans toutes les poches de la République. Le Sénat lui a donné une force, mais c'est à lui de mobiliser une partie des finances nécessaires à son entretien. Car oui, à l'heure où la Marineria sillonne les bancs de sable du Nord-Nazum pour y traquer des amateurs d'alexandrins, le financement est une question cruciale. Ainsi, nous estimons par ton action, que si tu as peut-être dissuadé beaucoup de civils des campagnes de Vatluna de prendre les armes, les ventres de l'armée de Rufinus ne vont pas se nourrir tous seuls, et ses coffres risquent de se vider plus rapidement de prévu pour celui qui avait prévu de vivre en partie de la terre. Mais tel est ton choix: tu es l'homme de guerre, je ne suis que l'intercesseur du Gouvernement communal et du Sénat. Nous te regardons faire, du haut de ton expertise dans la guerre.

Nous attendons vivement de tes nouvelles, et nous avons une grande hâte d'entendre de tes exploits des récits dignes du héros Ménéon lui-même.

Ainsi a été fait cette missive le 8 mars 2020 par Fabrizio Torino, greffier sénatorial responsable des remises d'affection du Comitatus de la cité velsnienne, humble serviteur du Sénat des Mille de la Grande République.


Camp rufinitsti de Podesta



Le Sénateur Rufinus avait fait partir de son baraquement tous ses officiers, qu'il s'agisse de son Primipile, de ses commandants de tribunes ou de ses subalternes, à l'exception des petites mains qui ramassaient et passaient derrière les Grands. Il étreignit le mercenaire antérinien, lui montrant d'un geste gracieux de la main une chaise avec un dossier et un coussin de velours rouge.

"Assieds toi mon ami. Nous avons beaucoup à discuter. Veux tu du vin ? C'est un vin de paille de la vallée de l'Arna, une excellente année qui plus est. Les riches notables l'adorent. Il a un goût "rustique", prononcé. Il reste dans la bouche, mais de la meilleure des manières, avec ce petit côté acide qui reste sur la langue. Mais par dessus tout, il a quelque chose qui le rend meilleur encore..."

Le sénateur Rufinus s'assied dans son siège curule, avant de reprendre.

"...Ce vin a été trouvé par des hommes de m'une de mes tribunes dans les caves d'une villa, à trois kilomètres d'ici. Elle appartenait à une famille locale qui siège au Sénat de Vatluna depuis près de six siècle sans interruption. Le vin est plus bleu que rouge à ce train... Ces gens se croyaient intouchables: la Guerre des Triumvirs leur avait "glissé" dessus comme une drap de soie recouvre le corps de ma jolie femme dans les nuits de mois d'été. Di Grassi avait été "gentil" avec les vatlunéens, il n'avait punit leur alliance avec Scaela que de quelques arpents de terre confisqués et de pillages sporadiques. Mais mon ami...je ne suis pas comme lui. Je refuse de faire dans la demi-mesure, de laisser des ennemis de Velsna vivre leur vie à quelques dizaines de kilomètres de la lagune de San Stefano. Ce ne sont pas des élites velsniennes contre lesquelles nous nous battons, mon ami, ce sont des élites vatlunéennes, nuance. Le droit de la guerre ne me permettrait pas de traiter des velsniens ainsi, hommes libres qu'ils sont, aussi...appelle les vatluénens. Les gens de cette région, ses élites...il s'agit de la pire espèce de parasites vivant au crochet de la République tout en soutenant ses pires politiques depuis des décennies. Aussi, je m'applique très sérieusement à leur nier toute appartenance au corps civique que j'entends purifier."

Rufinus Portelli se redresse pour piocher une pomme bien verte dans un panier d'osier qu'un domestique lui tend, avant de la croquer à pleines dents, de nouveau affalé dans son siège.

"J'apprécie tes états d'âme mon ami, je t'ai moi-même conseillé d'utiliser les méthodes douces. Espérons simplement que les contributions financières de nos nouveaux amis enchaînés seront à la hauteur des coûts faramineux que nous coûte chaque jour de campagne. Comme tu le sais, je donne pour moitié ce que ces soldats ont besoin pour se vêtir, et le Sénat en donne péniblement l'autre partie. Ce sont des vieux pingres dont la moitié n'ont pas été intégrés dans une armée depuis des décennies. Ils se fichent totalement du sort de mes soldats. Et Fortuna elle même sait comme je les aime tous. Ils méritent le meilleur, même lorsqu'ils échouent. Toi par exemple...si tu aurais échoué dans ta mission, sache que mon affection envers ta personne n'en aurait été guère diminuée."

Rufinus, nonchalant, crache les pépins de sa pomme dans un réceptacle qu'un de ses domestiques lui tend.

"Merci Fabio. Où en étais je...ah oui. Tu as pris la bonne décision de prendre des prisonniers. Je ne compte pas les rançonner, bien que mes coffres comment à crier famine. Il serait plus sage de le regarder près de moi afin que leurs familles n'aient pas la mauvaise idée de nous trahir. Nos hommes les traiteront avec tous les égards dû à leur "respectabilité", évidemment.

Concernant tes pertes éventuelles, ne t'en fais nul soucis, vraiment. Je te compenserai pour chaque vie perdue, et j'enverrai cadeaux aux familles en mon nom propre, une fois nos autres dépenses soulagées, évidemment. Ce faisant, non, pour te rassurer, je ne te considère pas comme de la chair à canon, loin de là. Ta vie m'importe autant que celle de mes soldats qui ne sont ni mercenarii, ni auxiliarii . Pas de mission suicide pour toi, loin de là."


Son excellence le sénateur esquisse un sourire courtois, et sort d'une petite étagère un jeu de tarot, dont il mélange frénétiquement les cartes.

"Tarot fortunéen...je l'ai eu dans l'une de ces villas sur le lac Vadimon. Les superstitieux disent que ça permet de lire l'avenir. Veux tu jouer ?"

Son ton est presque moqueur vis à vis de ses anciens propriétaires. Il n'attend guère de réponses pour étaler le jeu sur la table, dévoilant en premier la carte du Polémarque.

"Polémarque...intéressant. L'Esperance, c'est une bonne carte pour commencer. Mais non mon ami, je ne te considère pas comme un pion vulgaire à utiliser et à jeter. Tu es...plutôt une carte, une carte que je veux puissante."

Il aligne les cartes devant l'antérinien: le Polémarque, San Stefano, et deux figures historiques: Pietro Balbo et Giuliano Squilacci.

"Disons que je suis le Polémarque, bien que je trouve cela un peu arrogant. En face, nous avons son excellence Francesco Mogador Altarini, que nous allons revêtir sous les traits de San Stefano, tout traditionnaliste qu'il est. Et disons que le gouvernement communal, toute la clique des digrassiens est Pietro Balbo, le fameux vainqueur des achosiens aux Grandes Plaines, une figure inflexible et sérieuse comme l'est son excellence Di Grassi. Ce qui nous laisse avec une dernière carte: le tueur de tyrans, Giuliano Squilacci...dont nous pourrions dire qu'il est Adolfino Agricola."

Il tapote les deux dernières cartes du doigt.

"Ces deux là sont actuellement en guerre. C'est un combat à mort mon ami antérinien, l'un deux ne survivra pas. Cela fait partie du plan d'Altarini pour supprimer toute alternative politique qui pourrait permettre au Gouvernement communal actuel de gouverner sans son concours. Et il se trouve que l'une de ces alternatives, c'est moi, d'où la tentative d'assassinat récente contre ma personne. L'autre étant Agricola, un ancien chef militaire dévoué à Di Grassi qui trahit la cité pour une beauté orientale. Mais...mettons qu'Agricola gagne sa guerre et que son honneur soit lavé par le Sénat. Et mettons qu'en alliant mes forces aux siennes, nous pourrions éliminer Altarini et sa faction, alors nous pourrions proposer aux digrassiens au pouvoir une sorte de coalition, tu pourrais appeler cela un Triumvirat, qui me permettrait de concrétiser ces réformes que nous sommes en train d'appliquer ici, et les graverais dans le marbre. C'est cela mon objectif ici, pas seulement de redistribuer des terres, mais de m'attaquer systématiquement à tous les partisans d'Altarini dans la région, affaiblir sa base de pouvoir, mettre ses ressources à sec pour qu'Agricola puisse lui porter le coup de grâce en pays dodécaliote. Je ne t'ai pas envoyé dans ces propriétés uniquement en vertu de la réforme, je l'ai fait parce que toutes ces familles étaient dans la clientèle de cet homme. Tu peux m'appeler cynique, mais c'était une malheureuse nécessité. Le Sénat ne permettra jamais le passage de toutes les réformes que j'entends mettre en place, c'est pourquoi j'ai bien l'intention de donner aux Comices Proletari davantage de place qu'il n'en ont jamais eu..."

Après son exposé, le sénateur Rufinus se lève de sa chaise, et fais les cent pas devant une carte de la région de Vatluna.

"J'ose espérer, mon ami, que cette conservation reste entre nous. Vois cela comme un gage de ma confiance envers toi. Ces histoires de cabale landrine et du retour des scaeliens, c'est rien de plus que des légendes si tu veux mon avis. Altarini et ses alliés sont notre seul objectif. Qu'importe l'argent que j'engloutirai ici. Qu'importe les morts, notre cause est plus grande.

Pour répondre à ta question concernant ton rôle spécifique. Tu vas te battre comme les tribunes velsniennes ont l'habitude de se battre: je vais te donner des directives, avec des objectifs généraux, et tu auras toute liberté pour les accomplir selon ton entendement. Sommes nous d'accord sur ce principe ?

En l'occurence, tu as raison: nous ne sommes pas assez nombreux pour opérer un siège efficace et totalement hermétique. C'est pour cela que pour le moment, j'ai pris la décision de n'occuper que des points clés, permettant l'approvisionnement de la ville: nous avons pris le contrôle de la paline littorale de Vatluna et de ses installations portuaires. De même que nous avons bloqué les grands axes routiers dans presque toutes le directions. Aussi, ta suggestion est déjà un voeu accompli. Ce qui nous manque en revanche, c'est une couverture aérienne. Le Sénat a été pingre, et nous n'avons que très peu d'appareils à disposition. La ville n'est pas encore en état de famine, mais je pense que leurs ventres se mettront bientôt à gargouiller. Et pour ce qui est du combat urbain et de néociation..."


Le sénateur prend de nouveau place, non sans émettre un soupir

"Crois moi que ce n'est pas dans mon intention de lancer un assaut général tout de suite. J'ai entendu parler des combats d'Hippo Reggia durant la guerre civile, crois moi que je n'ai aucune envie de réitérer cela. Sans compter qu'alors, Di Grassi avait davantage de moyens que j'en ai actuellement. A moins que nous pourrions trouver un moyen de faire entrer quelques unités dans la ville par d'autres moyens: nous ne pouvons pas par les airs, alors peut-être sous la terre... Je vais te donner des cartes du réseau d'adduction de Vatluna, fais en ce que tu veux, propose moi ce que tu veux. Je te laisse réfléchir cela, mais j'ai toute confiance en ta ruse, et ta duplicité.

Quant à mon jugement contre les habitants, cette heure n'est pas encore venue. Mais sache que je ne compte punir que les amis d'Altarini. Dispose donc mon ami, je te tiendrai au courant des suites de nos plans, et j'écouterai toutes tes suggestions avec la plus grande attention."



Note hrp pour les joueurs a écrit :

  • Rufinus a exposé sa vision de la campagne aux mercenaires antériniens: il s'agit avant tout de détruire la base de pouvoir d'Altarini, bien davantage qu'une chasse aux scaeliens en laquelle il ne croit pas.
  • Les antériniens ont proposé la prise de contrôle des axes routiers menant à la ville, or un RP précédent mentionne déjà cela.
  • Rufinus a accepté de donner aux antériniens la carte complète des sous terrains et du réseau d'adduction d'eau de la ville. Il semble avoir une idée peu orthodoxe derrière la tête.
  • Les antériniens ont choisi la solution de la conciliation dans le cadre de la rediustribution des terres agricoles de la région. La population sera moins aliénée vis à vis de Rufinus, mais celui ci a amassé moins de fonds en raison de l'absence de pillage. Cela pourrait se ressentir sur le moral de son armée...
  • Si il le désire, dark peut trahir Rufinus en dénonçant ses éventuels propos problématiques au Sénat ou au Gouvernement communal.
  • HRP pour Dark: j'attends la participation promise de Vast à l'event pour continuer


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