28/12/2019
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📚 Festival international de littĂ©rature et bande dessinĂ©e - Illiv 2019 - Page 2

Pays producteur(s) : République Fédérale du San Youté
CatĂ©gorie : À choisir entre : Narration / Essai / EsthĂ©tique littĂ©raire / LittĂ©rature graphique

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Nom de l’Ɠuvre : Échantillon et Munitions
Genre ou thÚme abordé : Sciences fiction/Lilitarisme
RĂ©sumĂ© :Nous sommes en 2087, la colonisation spatiale bat son plein et ça n'est plus sur Terre que les grandes puissances comme Velsna, Kah oĂč Karty et mĂȘme les puissances tout court comme le San YoutĂ©, l’Akaltie oĂč le Talaristan s’affrontent dans tous les domaines.
TrĂšs vite, la guerre fait son arrivĂ©e entre les diffĂ©rentes factions spatiales et pour rĂ©pondre au nouvelle spĂ©cificitĂ©s de la guerre spatial, les États créé des unitĂ©s spĂ©ciales pour combattre dans l’espace :
Jaguars spatiaux en Alguarena, Space-Communaliste pour le Kah et trĂšs vite, ces diffĂ©rents groupes s’entretuent dans des campagnes spatiales ultra-violentes.
Au cƓur de ces conflits : les Ă©chantillons, des particules trĂšs rares qui servent Ă  alimenter les fusĂ©es, fabriquer de l’oxygĂšne etc
.
Ces échantillons se trouvent sur des lunes situées en orbite de plusieurs planÚtes et c'est pour le contrÎle de ces derniÚres que les différentes factions se font la guerre.

C’est dans ce contexte que nous faisons la rencontre de Mateo Valderra et Isabela Montemayor.
Tous les deux font partie du second corps des Marines Spatiaux du San Youté, leurs missions : débarquer sur les différentes lunes pour en prendre le contrÎle, récolter un maximum d'échantillons et répartir, le tout sous prétexte de lutte pour la démocratie avec un endoctrinement dÚs le plus jeunes ùges.

Ainsi, tout le long de l’ouvrage, nous suivrons nos deux personnages aux travers de leurs diffĂ©rents combats, de leurs psychologies changeantes et de leurs doutes.
Nous les suivrons au travers de différents mondes, différents combats et à la rencontre de différents personnages.

Commentaire :
Le manga est Ă  la base sorti sous la forme de six tomes entre 2015 et 2018.
En 2019, la maison d'Ă©dition Yun dĂ©cide de publier une immense compilation de l'Ɠuvre.
Au niveau de la critique, la sĂ©rie rencontre un succĂšs commercial et critique trĂšs important pour de la littĂ©rature graphique qui n’est pas forcĂ©ment extrĂȘmement rĂ©pandue au San YoutĂ©.
Ce succĂšs notamment conduit le scĂ©nario et le genre de l’Ɠuvre l’ont rendu extrĂȘmement populaire.

Auteur(s) : Seranos Putitu
PrĂ©sentation de l’auteur : Seranos Putitu est un fils d'immigrĂ©s nazumĂ©ens qui voit le jour le 25 avril 1985 Ă  Maracaillbosse.
Il grandit dans un milieu artistique et c’est rapidement vers ce milieu qu’il se tourne.
Il intĂšgre et suit plusieurs formations artistiques.
À la sortie de ces Ă©tudes, Seranos signĂ© un contrat avec la branche de littĂ©rature graphique de la maison d'Ă©dition Yun.
Suite Ă  sa, Seranos peut alors entamer l’écriture de son premier livre : Ӄchantillon et Munitions”.
C'est actuellement sa seule sĂ©rie mais il est actuellement sur un nouveau contrat avec la maison d'Ă©dition Yun pour publier un nouveau manga pour l’étĂ© 2020.

Date de sortie : La compilation sort le 7 janvier 2019 et les six tomes sortent entre 2015 et 2018.
Il est publiĂ© par la filiale graphique de la maison d’édition “Yun”.
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bjetPays producteur(s) : Grande République de Velsna
Langue : velsnien, fortunéen
Catégorie : Essai


l'image
La Matteade

Titre de l’Ɠuvre : La Matteade
Sous-titre de l'Ɠuvre : De la guerre des achosiens Ă  la guerre des dodĂ©caliotes
Genre : Mémoires, Essai, ouvrage historique, biographie
ThÚme abordé : politique, géopolitique, géographie et Histoire

QuatriĂšme de couverture : "J'aurais aimĂ© me souvenir de tout, ĂȘtre partout avec mes yeux, parler aux grands Hommes aujourd'hui disparus avec ma douce parole. Malheureusement, la rĂ©volution continuelle du temps entraine toutes les choses dĂšs le premier moment de leur origine, et aprĂšs avoir mĂȘlĂ© confusĂ©ment celles qui Ă©chappent Ă  la vue par leur petitesse, par leur obscuritĂ©, avec celles qui se font le plus remarquer par leur grandeur, et par leur Ă©clat, elle dĂ©couvre celles qui paraissaient les plus cachĂ©es, et les plus obscures, et tantĂŽt elle cache celles qui Ă©taient les plus manifestes, et les plus visibles. Le temps efface tout, jusqu'Ă  ma mĂ©moire. Il n'y a que l'Histoire et sn Ă©criture qui puisse ĂȘtre opposĂ©e comme une digue Ă  l'impĂ©tuositĂ© de ce mouvement, et qui puisse conserver ce qu'elle enferme sur le papier, et empĂȘcher qu'il ne tombe comme le reste dans l'abĂźme de l'oubli. Dame Fortune, j'Ă©cris ce grand Ɠuvre avec la peur de toutes ces choses, que tous les grands basculements de l'univers, soient oubliĂ©s, effacĂ©s, et que la dignitĂ© de ceux que j'ai connu s'Ă©vanouisse avec leurs noms.

Les frĂ©quentes rĂ©flexions que j'ai faites sur toutes ces choses, ma crainte de voir l'oubli emporter ma mĂ©moire, m'ont encouragĂ© moi, Gina Barbara Di Grassi, fille de son excellence le SĂ©nateur Matteo Di Grassi, et de Clara Di Grassi, nĂ©e Borticelli, Ă  Ă©crire les grandes actions que mon pĂšre a faites, depuis sa naissance et sa jeunesse, lorsqu'il servait les intĂ©rĂȘts d'homme plus fortunĂ©s que lui. Ou lorsque plus tard, il fut arrivĂ© en pouvoir et instruisit les rĂ©formes qui ont sauvĂ© notre citĂ© de l'abĂźme. Moi, Gina Di Grassi, qui suis nĂ©e dans la loyautĂ© de mon clan, et qui ai Ă©tĂ© Ă©levĂ©e dans le respect et l'amour de ses parents, qui a Ă©tĂ© instruite sur les gestes hĂ©roĂŻques de notre citĂ©, par les grands rĂ©cits des anciens historiens velsniens, qui a apprise le mĂ©tier des armes et qui a officiĂ© sous son excellence mon pĂšre. Le lecteur me pardonnera s'il lui plaĂźt, la libertĂ© que je prends de parler ainsi des avantages que j'ai reçus de Dame Fortune, ou que j'ai acquis par le temps.

Que ce travail de conservation de la mémoire des Hommes de notre cité soit perçu par tous comme relevant de la bonne foi et de la vérité.
Je m'aperçois que l'excĂšs de ma douleur ou de mon bonheur m'emporte hors de mon sujet, bien souvent. Que tous sachent que l'amour de ma famille et de son excellence mon pĂšre n'en rendent mon rĂ©cit pas moins prĂ©cieux, et que mes louanges, si j'admets qu'elles sont affectĂ©es par mes opinions de l'homme, trouvent Ă©galement vives critiques Ă  leur encontre, et de ma propre bouche. Ainsi, je vous relaterai Ă  vous, reste du monde, les actions dont j’ai Ă©tĂ© la tĂ©moin et qui ont Ă©tĂ© prises sous la direction du sĂ©nateur illustre mon pĂšre, de sa naissance Ă  son existence actuelle : que ce soit ses grandes actions ou celles de son privĂ©.



Résumé :

Dans le cadre d'un rĂ©cit fleuve prenant la forme des grandes Ă©popĂ©es velsniennes de pĂ©riodes plus anciennes, Gina Di Grassi, si elle livre lĂ  un Ɠuvre consacrĂ©e au premier plan aux gestes de son pĂšre, Mattoo Di Grassi, il constitue surtout un ouvrage massif, constituĂ© en une grande Histoire dont la toile de fond est celle de la citĂ© velsnienne du XXĂšme et du dĂ©but du XXIĂšme siĂšcle. Sur fond d'ascension sociale de sa famille, la jeune femme permet aux lecteurs Ă©trangers de disposer une fenĂȘtre de comprĂ©hension sur la sociĂ©tĂ© velsnienne, un point de vue interne, tĂ©moin direct du monde politique velsnien, et des Ă©vĂšnements qui ont profondĂ©ment chamboulĂ© les fondations du rĂ©gime rĂ©publicain, et ont manquĂ© de peu de le faire chuter.

Gina Di Grassi ouvre ainsi une vue sur une grande part de la société velsnienne de cette période: de sa géographie, de ses rites, des acteurs politiques et économiques la constituant, ainsi que sur les codes de la trÚs fermée aristocratie sénatoriale velsnienne que son pÚre, Matteo Di Grassi, a intégré par la petite porte. L'ouvrage comporte donc des clés de compréhension indispensables pour comprendre l'approche de la politique des élites velsniennes, et leur rapport au monde.

L'autrice recense, au delà des esclandres de la politique, des observations nombreuses sur les grands personnages de la période, ainsi que sur une vaste étendue de thÚmes: culture, art, géographie ou ethnologie. Elle propose ainsi aux lecteurs un grand panel de descriptions sur les espaces géographiques et culturels visités par les personnages, plus particuliÚrement son pÚre. La perception que les élites politiques velsniennes ont des étrangers est ainsi rendue accessible à ces derniers.

Si le récit de la Matteade couvre avant tout la période allant de la naissance de Matteo Di Grassi jusqu'à sa démission du Gouvernement communal velsnien en 2018, Gina Di Grassi prend soin de replacer les gestes de son pÚre dans un cadre politique qui la pousse à aller au delà de ces bornes chronologiques, remontant aux sources les plus profondes de la période guerre civile ayant frappé la cité velsnienne. Dans les faits, c'est ainsi une période allant des années 1920 à 2019 qui est évoquée, soit un siÚcle entier d'Histoire velsnienne. C'est avant tout la seconde partie de la vie du sénateur qui focalise l'autrice, qui tend à délaisser les actions ayant eu lieu avant que Di Grassi ne devienne un sénateur.

L'autrice entretenant un rapport de proximitĂ© avec l'objet de son Ă©criture, celle-ci jongle sans cesse entre la loyautĂ© familiale qu'elle doit Ă  son pĂšre, et les commentaires critiques qu'elle Ă©nonce Ă  l'Ă©gard de ses actions, rendant flou la vĂ©racitĂ© et surtout, la justification de certains actes et Ă©vĂšnements qui auraient pu ĂȘtre compromettants. Si l'ouvrage n'est pas considĂ©rĂ© comme relevant de la propagande, celle-ci admet ouvertement son manque d'objectivitĂ© dĂ©s sa prĂ©face.

Le rĂ©cit, si il relate des Ă©vĂšnements historiques, est structurĂ© sous la forme d'un cheminement narratif propre au genre de l'Ă©popĂ©e romanesque, largement inspirĂ©e de la littĂ©rature velsnienne classique. Gina Di Grassi se revendique ouvertement comme affichant la volontĂ© de s'inscrire dans le courant historiographique velsnien classique, et le style se retrouve largement dans des ouvrages historiques cĂ©lĂšbres comme l'Histoire des Guerres celtiques de Lazziano di Canossa (XIIIĂšme siĂšcle). Toutefois, la Matteade, Ă  al diffĂ©rence des ces ouvrages classiques, ne dispose pas d'une uniformitĂ© de structure, et les passages narratifs ponctuant le parcours de Matteo DiGrassi sont constamment entrecoupĂ©s d'appendices, de digressions et d'informations complĂ©mentaires sur l'univers entourant son protagoniste. Cela souligne un certain travail de documentation de la part de Gina Di Grassi, au delĂ  de la restitution de ses propres souvenirs. L'autrice compile Ă©galement un ensemble de correspondances entretenues par diffĂ©rents personnages Ă©voquĂ©s dans le rĂ©cit consacrĂ© Ă  son pĂšre. Tous ces Ă©lements sont complĂ©tĂ©s par des monologues de Gina Di Grassi elle mĂȘme sur des sujets divers, allant de la philosophie politique au dĂ©veloppement de ses points de vue sur des sujets relavant de la mĂ©taphysique, laissant au lecteur un aperçu de la perception par une membre de l'Ă©lite politique velsnienne vis Ă  vis de la mort, du mariage ou de la vision des femmes.

L'ouvrage est divisĂ© en quatre grandes parties, elles mĂȘmes morcelĂ©es entre une multitude de fragments:
- Livre I:
  • "L'Ă©tat de ma personne": Long passage oĂč Gina Di Grassi se prĂ©sente aux lecteurs. Celle-ci donne une emphase particuliĂšre sur son enfance, sa relations avec son, sa mĂšre, son oncle et dans une plus faible mesure, son frĂšre. Elle dĂ©crit longuement, par le biais de ses propres souvenirs, l'Ă©volution de la perception qu'elle a eu de son pĂšre, depuis son enfance oĂč elle lui vouait une admiration filiale, jusqu'aux rĂ©centes annĂ©es, oĂč celle-ci aborde avec un regard plus critique ses dĂ©cisions dans le cadre de l'exercice du pouvoir, particuliĂšrement sur l'affaire de son exil sur ordre de Matteo Di Grassi Ă  la fin de la Guerre civile des Triumvirs.

  • "L'Ă©tat du monde il y a cinquante annĂ©es", Passage formant un regroupement contextuel d'observations sur l'Ă©volution de la citĂ© velsnienne du dĂ©but du XXĂšme siĂšcle Ă  la naissance de Matteo Di Grassi Ă  la fin des annĂ©es 1960. Di Grassi aborde ainsi les structures rĂ©publicaines de la citĂ© velsnienne, et leur dĂ©liquescence supposĂ©e dans un contexte de concentration du pouvoir de plus en plus prononcĂ©e. Le passage en son entier constitue une critique de "la RĂ©publique des princes". Le rĂ©gime de la Velsna prĂ© rĂ©forme di grassienne est ainsi dĂ©crit comme une "tyrannie" par procuration. L'autrice dĂ©nonce la main mis edes Ă©lites politiques et Ă©conomiques de la capitale sur la rĂ©alitĂ© du pouvoir, qu'elle dĂ©crit comme corrompues. Opposant Ă  cette derniĂšre le milieu des petits propĂ©taires terriens d'outre mer dont elle est elle-mĂȘme issue, ainsi que sa famille. Gin Di Grassi avance ainsi sa RĂ©publique idĂ©ale, celle de petits propriĂ©taires prenant les armes lorsque la citĂ© est en danger, Ă  contrario des Ă©lites financiĂšres de Velsna, qui rompent le contrat rĂ©publicain par l'enrolement de vastes armĂ©es privĂ©es. Di Grassi remonte le dĂ©clin des institutions rĂ©publicaines au dĂ©but du XVIIĂšme siĂšcle, date de la disparition des assemblĂ©es populaires intermĂ©diaires qui rĂ©glementaient en partie le pouvoir sĂ©natorial.

  • "Le sĂ©nateur mon pĂšre naquit dans une citĂ© dont le prestige et l'honneur s'Ă©taient retrouvĂ©s fort diminuĂ©s, depuis plusieurs dĂ©cennies. La citĂ© velsnienne venait de perdre son empire de par les ocĂ©ans. La perle de l'Ouwanlinda, la plus riche de ses colonies, venait Ă  glisser entre les mains de ces sĂ©nateurs, qui avaient cru meilleur de financer des guerres au loin que de participer au dĂ©veloppement de notre ville, de nos citĂ©s, et de nos patries. C'est ainsi que naquit le sĂ©nateur mon pĂšre, dans l'un de ces confins sur le point de nous filer entre les doigts. Que Dame Fortune ait Ă©tĂ© quelque chose dans son arrivĂ©e dans ce monde, cela, je l'espĂšre, pour l'honneur de mon rĂ©cit qui n'en serait que plus beau."


  • L'Ă©tat de ma famille et de mon pĂšre il y a cinquante annĂ©es: Passage relatant la famille de Matteo Di Grassi. De supposĂ©es origines de la famille sont Ă©tablies, sans davantage de prĂ©cisions fiables. Gina Di Grassi relie sa genĂšse familiale Ă  l'une des vagues de colonisation de l'Achosie du Nord Ă  partir du XIIIĂšme siĂšcle. Elle recense les Di Grassi comme Ă©tant des propriĂ©taires terriens relativement peu fortunĂ©s, originaires d'une rĂ©gion frontaliĂšre de l'Achosie moderne. Elle tente Ă©galement d'Ă©tablir des liens par mariages avec des anciennes familles claniques achosiennes prĂ©sentes sur le territoire avant la conquĂȘte du XIIIĂšme siĂšcle. Ces Ă©lĂ©ments restent purement spĂ©culatifs. Di Grassi s'attarde plus longuement sur Anna et Giuliano Di Grassi, ses grands parents. Anna Di Grassi y est dĂ©crite comme le moteur de la famille, et sa vĂ©ritable source d'autoritĂ©. Elle y est dĂ©peinte comme "une velsnienne modĂšle" dans son comportement: "Se pare de peu de bijoux, mais Ă©pargne de beaucoup. Elle y trouve une origine du dĂ©dain du luxe de son pĂšre, arguant qu'il a davantage tenu dans son comportement de sa mĂšre que de son pĂšre." Le couple sacrifie une part de ses revenus et de ses biens mobiliers afin d'assurer Ă  leurs deux enfants un cursus Ă©ducatif Ă  Velsna. L'Ă©ducation de son pĂšre est abordĂ©e longuement, et est qualifiĂ©e en ces termes par l'autrice.

  • "A bien des Ă©gards, peu de choses ont distinguĂ© le sĂ©nateur mon pĂšre des autres jeunes hommes de sa condition, dans l'Achosie du nord oĂč il a vĂ©cu des premiĂšres annĂ©es. La formation de l'esprit de mon pĂšre, ces annĂ©es, n'a pas Ă©tĂ© axĂ©e sur les savoirs intellectuels et les sciences. Ces choses lĂ , pour tout ce qui attrait des arts et des lettes, Ă©tait Ă©tranger au milieu de la petite bourgeoisie terrienne, qui malgrĂ© sa condition ascendante dans la sociĂ©tĂ© strombolaine, n'en restait pas moins une petite Ă©lite coupĂ©e de grand jeu politique de la capitale, oĂč les mots et la rhĂ©torique sont davantage mis en valeur.

    Le sĂ©nateur mon pĂšre, ainsi, n'a jamais Ă©tĂ© un grand lecteur de classiques velsniens, fortunĂ©ens ou rhĂ©miens. Il n'a jamais apprit le rhĂ©mien auprĂšs d'un prĂ©cepteur. Il parle trĂšs piteusement le fortunĂ©en classique, encore aujourd'hui. Il reste indiffĂ©rent Ă  la plupart des formes artistiques et littĂ©raires, Ă  moins que l'on en lui explique clairement le sens. A ce moment lĂ  seulement, il prend grand intĂ©rĂȘt Ă  Ă©tudier une Ɠuvre sous toutes ses coutures.

    Ainsi, il n'est que peu de savoir thĂ©oriques acquis par mon pĂšre. En revanche, il a Ă©tĂ© formĂ© jeune par son pĂšre et sa mĂšre dans l'Ă©tude des savoirs techniques, qui correspondent mieux aux besoins de l'Ă©lite locale strombolaine. On lui a trĂšs tĂŽt appris Ă  gĂ©rer une comptabilitĂ© domaniale. On lui a apprit Ă  rĂ©parer des clĂŽturĂ©s, et Ă  se passionner le l'ingĂ©nierie humaine, dont il voulu longtemps s'en faire le mĂ©tier. A quatorze ans; on l'a entraĂźnĂ© au fusil, avant mĂȘme son entrĂ©e dans la Garde civique de Strombola.

    Ainsi, je nie Ă  quiconque le droit de qualifier le sĂ©nateur mon pĂšre de rustre, sous prĂ©texte qu'il ne peut rĂ©citer toute l'Ɠuvre de Lazziano Di Canossa par cƓur. Le sĂ©nateur mon pĂšre, s'il n'a pas bĂ©nĂ©ficiĂ© des conseils de tels savants, a trĂšs tĂŽt disposĂ© d'une intelligence pratique qui ne s'acquiert pas dans un livre, ou Ă  la cour d'une grosse reine teylaise."



  • L'Ă©tat de l'Achosie du Nord il y a cinquante annĂ©es: chapitre relatant une description gĂ©nĂ©rale de l'Achosie du nord et de ses acteurs dans les annĂ©es 1960-70. Gin Di Grassi Ă©voque avec nostalgie les particularismes culturels des strombolains, le nom des velsniens installĂ©s depuis plusieurs siĂšcles dans la rĂ©gion. Elle oppose la vertu de ses habitants Ă  ceux de Velsna, qu'elle mĂ©prise grandement, au point de les comparer Ă  des "rats slavis". Elle s'attarde longuement sur l'organisation sociale de l'Achosie du Nord, dirigĂ©e par une petite Ă©lite fonciĂšre aux mƓurs relativement austĂšres, mais qu'elle apprĂ©cie grandement. Elle se lance dans une longue Ă©loge de ses forces armĂ©es, et elle considĂšre les strombolains comme "les meilleurs de la RĂ©publique".

  • "LĂ  oĂč les familles sĂ©natoriales de Velsna se vautraient dans le luxe et la compromission de l'argent, les achosiens du nord avaient pour eux des Ă©lites peu fortunĂ©es, mais dĂ©vouĂ©es, dont le plus grand soucis Ă©tait la querelle achosienne sĂ©culaire. Les strombolains Ă©taient et son toujours les meilleurs soldats de la RĂ©publique, pour la simple raison qu'ils partagent leurs terres avec des celtes qui les craignent et les haĂŻssent tout Ă  la fois, et qui viennent par leur simple existence, bonifier leurs qualitĂ©s."


    Une grande attention est portée aux relations conflictuelles entre les deux populations de l'Achosie du nord, strombolaines et celtiques, et il est rappelé les nombreux conflits et relations tumultueuses ayant eu lieu par le passé entre eux. Pourtant, et c'est là curieux pour un point de vue velsnien, elle accuse volontiers le Gouvernement velsnien d'alors d'avoir été par son incompétence, le plus grand "carburant" de l'AIAN, l'organisation terroriste et unioniste achosienne.

    "Il y eu toujours des disputes entre nos peuples, mais l'hardiesse des celtes ne fut permise que par la faiblesse des velsniens. Tout au long du XXĂšme siĂšcle, au rythme de guerres coloniale perdues, le trĂ©sor public de la citĂ© Ă©tait laissĂ© dans un Ă©tat de dĂ©sespĂ©rance et de dette permanente. Tant et si bien qu'il eut, pour des celtes qui avaient toujours attendu ce moment, Ă©tĂ© opportun de se soulever Ă  cet instant prĂ©cis, oĂč la citĂ© Ă©puisĂ©e, ne pu se dĂ©fendre de leurs affronts. J'ai moins de mal Ă  reprocher Ă  des celtes de se comporter comme leur nature l'entend, que de reprocher Ă  des velsniens de se rendre coupables d'une sottise que n'est pas digne d'eux"



Livre II: La guerre des achosiens

  • Le sĂ©nateur mon pĂšre et ses premiĂšres armes durant la campagne de 1986

  • "La guerre des achosiens commença lorsque le sĂ©nateur mon pĂšre ne fut pas nĂ©, et elle s'acheva lorsqu'il eut l'Ăąge de commander. Il est difficile de concevoir, pour nous autres d'aujourd'hui, et surtout ceux cajolĂ©s parle luxe de la capitale, qu'une guerre puisse durĂ©e deux gĂ©nĂ©rations. Ce fut pourtant le cas en Achosie du Nord. Une guerre oĂč les voisins de paliers peuvent ĂȘtre ennemis, et que lorsque nous nous rendons trop tard conscience, qu'ils viennent Ă  nous pour nous tuer. C'est ainsi que fut l'existence de tous les habitants de l'Achosie meurtrie, et que le sĂ©nateur mon pĂšre la vĂ©cue de sa naissance Ă  sa dix-septiĂšme annĂ©e, car en 1986, il rejoint la Garde civique de la citĂ© de Strombola en tant que simple recrue sans ambition ou autre prĂ©tention que de remplir son devoir, avec probablement dans ses rĂȘves, de partir de cette patrie qu'il devait avoir penser maudite de la guerre."


    Le Livre II s'ouvre sur une introduction Ă  la Guerre de l'AIAN, de ses causes les plus lointaines aux plus directes. Fait rare dans un ouvrage velsnien, Gina Di Grassi aborde en dĂ©tail la sociĂ©tĂ© Ă  deux vitesses qui existe alors en Achosie du Nord, sur un territoire partagĂ© entre des villes cĂŽtiĂšres inscrites dans la continuum culturel fortunĂ©en, et un arriĂšre pays achosien dĂ©favorisĂ© Ă©conomiquement. PlutĂŽt que de chercher une explication ethnoculturelle, elle dresse le tableau d'une rĂ©gion aux inĂ©galitĂ©s marquĂ©es, dont la langue est un facteur discriminatoire de fait empĂȘchant l'ascension sociale d'une partie de la population: le fait Ă©conomique prĂ©cĂšde donc la culture comme cause profonde de la guerre. En parelle, ce mouvement de rĂ©volte interne est excitĂ© par le propre affaiblissement de la Velsna du milieu du XXĂšme siĂšcle. La citĂ© est alors en proie Ă  la dĂ©sintĂ©gration accĂ©lĂ©rĂ©e de son domaine colonial, et perd la plupart de ses possessions. Ce mouvement de fond encourage les divers mouvements prĂŽnant le rattachement Ă  la RĂ©publique d'Achos, Ă  agir. Le jeune Di Grassi grandit donc dans un contexte de guerre larvĂ©e permanente, qui selon sa fille, affectera fortement la maniĂšre dont celui-ci envisage le contrĂŽle politique, et sa propre vision de la gĂ©opolitique qu'il conçoit par la suite de sa vie, comme une grande partie d'Ă©checs dont il faut jauger les acteurs et leurs intentions, avant mĂȘme de lever une armĂ©e.".

    La jeune femme s'attarde Ă©galement sur des donnĂ©es gĂ©ographiques complĂ©mentaires qui donnent un cadre aux premiĂšres actions concrĂštes de son pĂšre. Elle prend Ă©galement un long passage pour dĂ©crire des points d'intĂ©rĂȘts, et mĂȘme des lieux-dits l'ayant marquĂ©, ou marquĂ© les sources qu'elle a interrogĂ©e. Elle dĂ©crit ensuite la maniĂšre dont

    Elle décrit ainsi les premiÚres armes de son pÚre, alors engagé conscrit dans la Garde civique locale. Elle rappelle alors au passage, la tradition martiale familiale.

    "Son paternel fut lui-mĂȘme membre de la Garde civique de la citĂ© de Strombola et ainsi, le SĂ©nateur sa progĂ©niture Ă©tait baignĂ© dans ce milieu, si bien qu’il finit par entrer Ă  ses quinze ans dans la Garde Civique. Concernant cet Ăąge, je n’ai point retrouvĂ© de certificat attestant d’un si jeune Ăąge, toujours est-il que sa prĂ©sence est confirmĂ©e Ă  son seiziĂšme anniversaire, Ă  l’occasion d’un passage en revue au cours de l’annĂ©e 1985, lors d’une annĂ©e trĂšs troublĂ©e par les achosiens de l’AIAN. Il est possible que bien qu’engagĂ© Ă  15 ans, il ne commença effectivement Ă  se battre contre les barbares l’annĂ©e suivante, sur ce passage j’ignore tout et il ne m’a jamais Ă©tĂ© donnĂ© de voir le SĂ©nateur mon pĂšre ou ma mĂšre l’évoquer."


    Gina Di Grassi procÚde à une longue description de "la campagne de McKinnock", en 1986, au cours de laquelle le conscrit de distingue selon elle par les bons conseils donnés à son commandant de tribune, et qui lui valent l'attention d'un "patron", qui deviendra par la suite son financeur pour son inscription à l'Ecole de l'Amirauté de l'Arsenal de Velsna. La campagne de McKinnock constitue un point de bascule dans le conflit achosien, en 1986, alors que cette guerre qui était auparavant une série d'actions terroriste, se transforme en un conflit territorial contre une armée de guerilla. Matteo Di Grassi a alors 17 ans, et il apprend de ses supérieurs une leçon précieuse: l'argent et la diplomatie peuvent parfois faire gagner davantage que la force brute. En effet, la campagne se termine victorieusement quand McKinnock est livré par un autre groupe achosien avec lequel il avait entretenu un différend. L'autrice note ainsi que la Guerre de l'AIAN fut bien davantage qu'un conflit entre velsniens et achoisiens, et que des renversements d'alliances locales produisait parfois des issues surprenantes pour les velsniens de la capitale, qui comprenaient avec peine les mécanismes d'alliances locaux.

    Ce fut Ă©galement pour le jeune Di Grassi la pĂ©riode oĂč il rencontra, dans sa tribune de gardes civiques, certaines de personnes qui formeront son cercle de proches les plus sincĂšres (Gina Di Grassi hĂ©site Ă  employer le terme de clientĂšle avec une certaine pudeur, prĂ©fĂ©rant le terme "d'amitiĂ©").

    "La vie d'un garde civique dans l'Achosie de la guerre civile est dure, mais cette Ă©poque fut aussi celle des rencontres les plus formatrices, conduisant aux amitiĂ©s les plus durables. L sĂ©nateur mon pĂšre y rencontra dans sa classe, mon parrain, son excellence Bernaba di Albirio, qui devint de son frĂšre de sang. De mĂȘme que d'autres qui formeront la faction que l'on nommera bien plus tard "les achosiens", au SĂ©nat: les Abiate, les CaldĂ©ron, les Agricola (pĂšre)...tous ceux qui compteront dans son entourage et son coeur, tous ces gens mĂ©ritants, qui ont plus tard ramener la paix en RĂ©publique par le canon d'un fusil. Ils Ă©taient lĂ  rĂ©unis dans cette Ă©cole de la vie, ensemble et vivants les mĂȘmes souffrances. Il ne pouvait qu'advenir la naissance de liens indĂ©fectibles qui ne peuvent ĂȘtre brisĂ©s."


    Au terme de cette guerre, Matteo Di Grassi est repéré par un aristocrate local, qui propulse sa carriÚre en finançant son inscription à l'école de l'amirauté de l'Arsenal, à Velsna. Ce passage montre l'importance des liens de clientÚle à Velsna, et à quel point il peuvent sceller des carriÚres. Di Grassi quitte donc l'Achosie en 1986, pour s'engager dans la Marineria.

    "A l’issue de cette pĂ©ripĂ©tie, l’un des sĂ©nateurs de la citĂ© de Strombola du nom de Frederico Botti fut tant Ă©mu de l’ingĂ©niositĂ© du SĂ©nateur mon pĂšre qu’il le prit dans sa clientĂšle et lui fit la proposition de payer tous ses frais s’il voulait faire son entrĂ©e Ă  la Grande Ă©cole de l’Arsenal de Velsna."



  • Le sĂ©nateur mon pĂšre parmi les aspirants de la Marineria, et son patronage auprĂšs de son excellence Frederico Botti

  • "On me dit que pĂšre et mĂšre fondirent en larmes de la savoir loin de la patrie des strombolains. Mais que dans le chagrin de voir l'un de leurs enfants s'Ă©loigner d'eux, ils entretenaient l'espoir de voir une existence meilleure pour lui, avec la perspective d'une ascension sociale qui ne fut point permise pour les gens des petites citĂ©s. "


    Gina Di Grassi relate les quatre annĂ©es de la formation de son pĂšre Ă  l'Ecole d'AmirautĂ© de l'Arsenal de la citĂ© velsnienne. Si elle ne mentionne que peu les Ă©tudes en elles-mĂȘmes, ainsi que ses classes, elle fait Ă©tat de vives critiques quant au vieillissement prĂ©sumĂ© du commandement velsnien de cette pĂ©riode. Si le "sĂ©nateur son pĂšre" est considĂ©rĂ© comme un Ă©lĂšve "fiable", il n'est pas rapportĂ© d'exploits ou de virtuositĂ© le concernant, et tout semble alors lui destiner une carriĂšre des plus banales au sien de la Marineria.

    "Le sénateur mon pÚre était un jeune homme attentif et studieux, mais en rien il n'était le plus grand espoir de ses enseignants."


    Cependant, elle insiste sur le fait qu'il s'est illustré par son intelligence tactique et son sens de l'observation à l'occasion d'un certain nombre de "jeux de guerre".

    En parallÚle de sa formation, le jeune homme devient l'un des obligés de son patron, le sénateur Frederico Botti, qui selon l'autrice, a grandement contribué à la formation politique de ce dernier.

    "Le sĂ©nateur mon pĂšre n'avait point de temps libre, puisque lorsque ses classes furent terminĂ©es, il participait aux escortes protĂ©geant la personne de son excellence Botti dans les rues de Velsna. Mon pĂšre a pleinement acceptĂ© de devenir un pion en politique, mais lĂ  encore, il n'imaginait pas ĂȘtre autre chose, et comprenait les rĂšgles du jeu velsnien. En retour, son excellence Botti lui apporta la culture, la connaissance des choses des intrigues de la politique, et de sa vision du monde qui manquait au sĂ©nateur mon pĂšre. Le vieux sĂ©nateur adoucit quelque peu ses mƓurs austĂšres, et lui enseigna que le pragmatisme surpassait toujours le dogme, et que l'inflexibilitĂ© en politique Ă©tait fort mauvaise chose, ce que mon pĂšre retenu fort bien. Ainsi disait il: "Ce n'est pas tant ce que l'on dĂ©sire que ce que nous pouvons effectivement y faire qui importe". "


    L'autrice relate par la suite dans ce chapitre, que c'est durant son séjour à Velsna que Matteo Di Grassi épousa Clara Naninni, à l'ùge de 19 ans, encore une fois sous une certaine influence de Frederico Botti.

    "Le mariage fut conçu comme une arme politique, bien entendu. Il n'y eu guÚre d'amour au départ. La famille Naninni était de ces lignées prestigieuses, mais appauvries par le temps et les aléas de l'Histoire. Mais leur nom avait encore du poids, et ils étaient dans la clientÚle de son excellence Botti. Par ce mariage, ce dernier a donc scellé une alliance entre deux de ses clients, et comme il envisageait de grands espoirs en mon pÚre, le présenta à ma mÚre, qui avait alors deux ans de plus que lui.

    Ma mÚre, Dame Fortune l'aime, se complétait bien au caractÚre du sénateur mon pÚre., car elle connaissait déjà, malgré sa jeunesse, beaucoup des membres de l'aristocratie sénatoriale velsnienne. Elle était accessible d'humeur, mais forte par son tempérament. Elle aimait à faire valoir ses qualités sans rappeler sa naissance. Elle était belle et ronde de visage, et sa conversation permettait au Sénateur mon pÚre d'éviter l'inconvenance des longs silences dont il était habitué. Si il n'y eu pas d'amour au départ, il avait là le développement d'un respect mutuel, qui permit plus tard à celui-ci de mûrir en affection sincÚre."
    .

    Gina Di Grassi fait état de sa naissance, en mars 1991, puis de celle de son frÚre, trois ans plus tard.

    "Je ne regrette rien de ma naissance, et j'eus une enfance heureuse. Mon seul regret furent les absences de mon pÚre, qui à partir de 1994, fut de nouveau transféré en Achosie, cette fois ci dans la marine. Et le fait que je doive grandir dans une cité velsnienne que j'eu appris à détester."




  • Retour en Achosie et campagne de la Falaise rouge, comment le sĂ©nateur mon pĂšre s'Ă©leva dans les rangs et remporta la dĂ©cision.

  • Ce passage crucial relate, aprĂšs la fin de sa formation et sa promotion en tant que quartier-maĂźtre de navire, le retour de Matteo Di Grassi dans son Achosie natale en 1994. La mort de son comito (capitaine) lui permet d'accĂ©der pour la premiĂšre fois Ă  un vĂ©ritable commandement. L'autrice relate ainsi sa prise de commandement, puis la mise en oeuvre de diverses tactiques qu'il avait esquissĂ© durant sa formation de jeune officier. Dans une relative autonomie par rapport Ă  son amirautĂ©, il adopta ainsi une stratĂ©gie largement inspirĂ©e de celles exercĂ©es par les achosiens sur terre, faite d'opĂ©rations de harcĂšlement et de replis successifs, ne prenant pas en compte le contrĂŽle du territoire.

    "Le sénateur mon pÚre avait pris pour habitude d'apprendre davantage des achosiens que des velsniens. Leur maniÚre de combattre était plus adaptée à ce contexte, et il comprit trÚs bien cela."


    Ces succĂšs localisĂ©s, pourtant, ne permettent pas de renverser la situation globale. Et 1994 marque probablement l'annĂ©e du conflit oĂč l'AIAN s'es tle plus approchĂ©e de la victoire, prenant le contrĂŽle de larges portions du territoire.

    "Le SĂ©nateur mon pĂšre, enchaĂźna aux cĂŽtĂ©s de ce brillant velsnien la destruction d’un grand nombre de caches et bases cĂŽtiĂšres au cours de l'annĂ©e 1993 et 1994, mais ce furent pour les velsniens deux annĂ©es piteuses, au cours desquelles la balance contre la l’AIAN fut presque Ă  l'Ă©quilibre, et que la fortune nous bouda. Le dĂ©but d'annĂ©e marqua une pause, mais qui prit fin lorsque l’AIAN tua lĂąchement le Supracomito DiMaria loin des champs de bataille, lui qui Ă©tait si prometteur. L’Amiragglio de la classis I fit donc du sĂ©nateur mon pĂšre le Supracomito de la corvette « Vent de Velathri » en ce dĂ©but d’annĂ©e 1995. Pendant ce temps, les achosiens, sentant la chance arriver pour eux, firent une nouvelle menace sur nos citĂ©s, car le danger de leur disparition les avait convaincus d’unir toutes leurs cellules pour prendre d’assaut notre maison de Strombola. Ainsi, dans l’annĂ©e 1995, ceux-ci avaient Ă©tendu leurs conquĂȘtes aux portes de la ville, qu’ils attaquĂšrent de la plus fourbe des maniĂšres, en piĂ©geant des voitures, et en descendant sur les marches de notre SĂ©nat, prenant otage des innocents : des femmes, des enfants, des vieillards et des pauvres indigents. Les achosiens s’étaient enhardis au point de faire leur entrĂ©e dans les villes et les lieux qu’ils Ă©vitaient auparavant. Ils Ă©taient dirigĂ©s par le chef de guerre Owen Fitzpatrick, qui avait Ă©tĂ© une aide de circonstance lorsque les achosiens Ă©taient divisĂ©s, et que nous pouvions encore espĂ©rer se servir d’eux ainsi. Mais ce n’était plus le cas."


    Cette situation aboutit à un changement de tactique de l'ensemble de la Marineria. La flotte, qui jusqu'ici relativement ignorante des actions terrestres menées par les cités de Strombola et de Velathri, prit contact avec ces derniÚres dans le but de prendre le controle de l'intégralité des territoires sous domination de l'AIAN. Parmi d'autres capitaines, Di Grassi reçu le commandement conjoint d'une petite troupe de 500 gardes civique locaux, dépendants de la logistique de sa flotte. Une campagne de destruction systématique d'une rare violence d'en suivie.

    "Plus que d'autres, le sĂ©nateur mon pĂšre fut efficace Ă  cet office. Les velsniens semblaient avoir comprit de leur plus grande erreur: la temporisation et l'attente, qui permettait aux achosiens de sans cesse revenir et se renforcer, quant bien mĂȘme ils subissaient des echecs et des dĂ©faites. On avait ainsi laisser faire, non seulement leurs efforts dans la guerre, mais aussi leur poison, que l'on avait laisser se distiller dans la population, qui formait leur vivier de rectrutement.

    Ainsi, le sĂ©nateur mon pĂšre, dans la zone de commandement qui lui fut confiĂ©e, s'appliqua Ă  deux principes: la volontĂ© de dĂ©tricoter l'imbrication entre les rebelles et les civils, en prenant grand soin de les corrompre et de les appĂąter tant avec l'argent qu'avec la perspective d'avancement personnel. De l'autre main en revanche, il s'appliqua Ă  ratisser la campagne, et Ă  ne plus lĂącher les achosiens ayant pris les armes, qu'il traitĂ© avec grande duretĂ©. La guerre dans laquelle il s'engagea fut totale, et sa troupe, rĂ©compensa les fidĂšles autant qu'il punit les rebelles. Les troupes d'Owen Fitzpatrick eurent ainsi de plus en plus de mal Ă  se ravitailler, Ă  ne serait-ce que trouver nourriture et vĂȘtements, car le sĂ©nateur mon pĂšre avait saisit les rĂ©coltes, les armes, tout ce qui pu constituer pour eux un appui matĂ©riel et financier. Son excellence sĂ©nateur saisissait les rĂ©coltes, et redistribuait celle ci en son nom propre aux citoyens, qui lui Ă©taient ensuite redevables en lieu et place de l'AIAN. AcculĂ©s, les achosiens en furent rĂ©duits Ă  Ă  des actions dĂ©sespĂ©rĂ©es, ce qui les mena au dĂ©nouement de la Bataille de la Falaise rouge."


    Par la suite, Gina Di Grassi décrit les évÚnements menant à cet affrontement avant lequel Fitzpatrick ayant pris des otages civils, et qui est à l'origine de l'ascension de son pÚre dans l'armée velsnienne.

    "Finalement, le SĂ©nateur mon pĂšre fut informĂ© de l’endroit oĂč Owen avait fait sa base par des enfants ayant aperçu l’homme qui rĂŽdait comme un animal acculĂ© Ă  proximitĂ© de tout ce qui pouvait lui apporter vivres et logis, tel un loup Ă  la recherche de proies. Comme mon pĂšre qu’il se battrait jusqu’au bout et que les otages de notre patrie devaient rester saufs, il conçu son plan, voulant Ă©craser le plus rapidement qu’il pouvait la poche qu’était le terroriste achosien. Et il l’accula le long des cĂŽtes Ă  portĂ©e des canons de son seul navire, avec des moyens qui n’étaient pas beaucoup plus impressionnants que ceux dont disposaient les loups acculĂ©s. PressĂ©s qu’ils Ă©taient sur une plage en contrebas d’une grande falaise, les barbares Ă©taient pris au piĂšge entre ces derniĂšres et le rivage oĂč sillonnait l’ombre de la Marineria, avec leurs otages apeurĂ©s. Dans sa clĂ©mence, le SĂ©nateur mon pĂšre se porta au-devant de la troupe de Fitzpatrick, presque sans armes et sans escorte. Devant un tel aplomb, les achosiens, ne respectant que la force et la brutalitĂ©, le laissĂšrent s’entretenir avec lui. IL n’exigeait de lui que de se rendre seul aux autoritĂ©s de Strombola et relĂąchant les otages, en Ă©change de quoi tous ses compagnons seraient Ă©pargnĂ©s et pourraient rentrer chez eux achever leur vie dans la paix. Mais la nature vint rappeler subtilement Ă  l’oreill d’Owen qu’il Ă©tait un animal en fugue, et il fut poussĂ© par le destin Ă  refuser l’offre du velsnien. Ainsi, les deux hommes illustres rentrĂšrent parmi les leurs, et mon pĂšre le sĂ©nateur entama le bombardement de leurs positions sur des jours entiers, tant et si bien qu’il fallait aux terroristes pour survivre se cacher dans les anfractuositĂ©s de la falaise. Les canons du navire tonnĂšrent comme de l’orage tandis que les gardes strombolains perchĂ©s sur les hauteurs faisaient pleuvoir les balles. Au troisiĂšme jour, et alors que les vivres manquĂšrent aux assiĂ©gĂ©s, ils tentĂšrent une sortie en essayant vainement de gravir la falaise sous notre feu, et eurent Ă  pleurer beaucoup d’entre eux."


    L'autrice mentionne les massacres ayant suivi la reddition de Fitzpatrick. Si elle ne nie pas qu'ils aient eu lieu, elle a tendance Ă  minimiser la responsabilitĂ© de son pĂšre, arguant que "Les velsniens, voyant les corps des civils strombolains exĂ©cutĂ©s par les achosiens, furent pris par la frĂ©nĂ©sie et la passion. Ils tuĂšrent les achosiens en grand nombre, et attachĂšrent les mains et les pieds de Fitzpatrick dans le dos sur la plage de galets aux pieds de la falaise, le laissant ĂȘtre pris par la marĂ©e."

    La bataille de la Falaise rouge, Ă  mettre au crĂ©dit du pĂšre de l'autrice, est interprĂ©tĂ©e par cette derniĂšre comme un tournant de la guerre. Non seulement la troupe de Fitzpatrick Ă©tait dĂ©truite, mais les tactiques adoptĂ©es par Matteo Di Grassi commencent Ă  ĂȘtre systĂ©matiquement copiĂ©es par les autres commandants velsniens. En moins de deux ans, l'AIAN est en lambeaux. Les deux derniĂšres annĂ©es du conflit consistent en un nettiyage systĂ©matique et une reprise du controle du territoire d'Achosie du Nord. Le commandement velsnien, assurĂ© par le SĂ©nateur Andrea Tomassino, peut ainsi, par le biais du traitĂ© du Strombola, acter la fin de la lutte armĂ©e de l'AIAN, en Ă©change de quelques concessions symboliques: la reconnaissance d'un statut lĂ©gal pour la langue achosienne, l'autorisation pour les communautĂ©s Ă  majoritĂ© achosiennes dĂ©clarĂ©es de bĂ©nĂ©ficier d'une plus large autonomie juridique par rapport aux citĂ©s de Strombola et de Velathri, ainsi qu'une loi d'amnistie gĂ©nĂ©rale pour tout membre de l'AIAN dĂ©posant les armes. En Ă©change, les velsniens obtiennent par le traitĂ© de 1997 le dĂ©tachement officiel de l'Ă©glise d'achosie du nord, marqueur social fort des populations locales, de l'autoritĂ© du sud. De mĂȘme, l'AIAN est dĂ©sarmĂ©e et officiellement dissoute.

    Quant Ă  Di Grassi, il est promis Amirraglio de la Classis II "Sus Scrofa", stationnĂ©e en Achosie du Nord. MalgrĂ© cette promotion, il continuera d'entretenir des rapports conflictuels avec Andrea Tomassino, lequel par un traitĂ© humiliant Ă  l'Ă©gard tant des strombolains que des achosiens, a selon lui Ă©tĂ© "une mauvaise paix" ne prenant pas compte des rĂ©alitĂ©s locales. Le renaissance ultĂ©rieure de l'AIAN peut ĂȘtre interprĂ©tĂ©e comme une preuve de cela selon l'autrice, qui prend le parti de son pĂšre, qui aurait voulu accordĂ© Ă  l'AIAN le statut de parti politique reconnu, sans pour autant contraindre les citĂ©s de Strombola et de Velathri Ă  renoncer Ă  une part de leur souverainetĂ© sur leurs territoires respectifs. Gina Di Grassi conclue la Guerre des Achosiens ainsi:

    "Par bien des Ă©gards, la Guerre des ahcosiens, ou guerre de l'AIAN, fut rĂ©vĂ©latrice d'autant de drames que de personnalitĂ©s Ă©clatantes. Il n'est pas un commandant velsnien de la gĂ©nĂ©ration du sĂ©nateur mon pĂšre Ă  ne s'y ĂȘtre rendu. Il n'est pas habitant de l'Achosie du Nord qui ne se souvient pas de ce que fut la guerre des achosiens, avec son lot de terreur et de peur. Le conflit a forgĂ© des gens sur leurs gardes au milieu de ce drame humain, conscients des enjeux de la petite guerre, des tactiques de harcĂšlement, de la maniĂšre de traiter les cellules clandestines. L'armĂ©e velsnienne ne fut plus la mĂȘme au dĂ©but et Ă  la fin de cette guerre, et prĂ©para grandement le comportement des armĂ©es lors de la Guerre civile des trumvirs, seize ans plus tard. Par l'ironie du destin, le sĂ©nateur mon pĂšre et le SĂ©nateur-StratĂšge qui le commandait, son excellence Andrea Tomassino, se retrouveraient dans des camps opposĂ©s."


    Le chapitre se conclue par quelques mots sur les conséquences de la guerre pour Di Grassi, à savoir la constitution d'un réseau de clientÚle au sein de ses subalternes, ainsi qu'auprÚs des magistrats locaux de Strombola et de Velathri. La Guerre de l'AIAN lui a ainsi permis d'établir une base de pouvoir, et un notoriété qui lui permis plus tard, sur encouragement de son patron, Frederico Botti, à s'engager en politique.


  • HĂ©ros achosiens.

  • Premier appendice du chapitre, oĂč l'autrice donne beaucoup de dĂ©tails biographiques sur plusieurs figures de l'AIAN ayant marquĂ© le conflit. Elle s'arrĂȘte longuement sur MacKinnoick, ou encore Fitzpatrick, que son pĂšre a affrontĂ©, et lui prĂȘte de nombreuses qualitĂ©s, se montrant mĂȘme moins avare de compliments qu'elle peut l'ĂȘtre avec des figures velsnienne. Les portraits sont volontiers maximalistes;

    "Owen Fitzpatrick mĂȘme parmi le siens, Ă©tait considĂ©rĂ© comme un gĂ©ant, dont les mains purent tenir la tĂȘte d'un homme ordinaire. Il Ă©tait grand non seulement par la stature, mais par ses gestes, sa parole aidĂ©e et son caractĂšre fĂ©dĂ©rateur. Il pouvait soulever des foules avec quelques mots, il pouvait motiver des troupes avec quelques hurlements. Il Ă©tait de deux tĂȘtes plus grand que mon pĂšre, mais les deux possĂ©daient une intelligence et une prouesse d'esprit similaire. Le sĂ©nateur mon pĂšre reconnu ainsi que si Fizpatrick eu davantage de moyens, il ne saurait dire s'il pu le battre. Mais peut-ĂȘtre le sĂ©nateur mon pĂšre a embellit le personnage pour grandir un peu plus son triomphe..."


    Elle reconstitue ensuite un portrait type du soldat achosien durant le conflit, listant sa panoplie, et s'attardant sur la maniÚre d'engager le combat qui a beaucoup marqué les contemporains velsniens. Elle souligne l'héritage militaire de cette armée, dont les tactiques de guérilla ont été reprises et adoptées par les velsniens ultérieurement. C'est dans l'ensemble un portrait élogieux;

    "Le soldat achosien, sans conteste, est l'un des meilleurs du monde dĂ©s lors qu'une colline, une forĂȘt ou des marais le protĂšge. Il n'est pas Ă©tonnant qu'aprĂšs la guerre, un certain nombre d'ente eux soient devenus des mercenaires intĂ©grĂ©s dans l'armĂ©e de notre citĂ©, et que nous en avons mĂȘme copiĂ© toute la panoplie et le comportement."




Livre III: Le livre de la velsnienne et de la déliquescence des institutions républicaines.

L'ensemble du chapitre aborde le début de la vie politique de Matteo Di Grassi, son entrée dans deux gouvernements successifs dans les années 2000 et début des années 2010, et sert de toile de fond à la Guerre des Triumvirs, qui éclate en 2014.

  • La mort de Frederico Botti et son hĂ©ritage.

  • Le chapitre s'ouvre sur le dĂ©cĂšs du patron de Matteo Di Grassi, le sĂ©nateur Frederico Botti. Celle-ci mentionne le leg de plusieurs de ses biens et propriĂ©tĂ©s qui permettent par la suite Ă  Di Grassi de financer ses premiĂšres campagnes Ă©lectorales. A propos de la politique, l'autrice mentionne le fait que son pĂšre ne se serait jamais engagĂ© dans cela sans son insistance.

    "Au lendemain de sa promotion d'amirraglio, le sĂ©nateur mon pĂšre n'avait Ă  l'origine aucune intention de prĂȘter attention aux grandes questions de la citĂ©. A juste titre, il n'en Ă©tait point le plus admiratif, ni le plus intĂ©ressĂ©, ni le plus charismatique pour remplir de telles fonctions. Il n'avait aucune adresse rhĂ©torique, aucune connaissance des piĂšges du Palais des Patrices. Cependant, il avait bien un idĂ©al politique, enrichi et complĂ©tĂ© par son contact avec son excellence Frederico Botti. Lequel lui avait transmis le projet d'une grande refonte des institutions, l'esperance de voir le retour des assemblĂ©es civiques regulant et contrĂŽlant l'action des sĂ©nateurs devenus tout puissants, ainsi qu'un idĂ©al de probitĂ© et d'austĂ©ritĂ©. Sa dĂ©cision fut selon Gina Di Grassi, Ă©galement motivĂ©e par l'insistance de sa propre Ă©pouse, Clara Di Grassi- Nannini, qui, plus proche des cercles de l'aristocratie sĂ©natoriale, lui permettait d'envisager de nouer plus aisĂ©ment contacts et alliances.

    Ainsi, en parallĂšle de ses fonctions militaires, Matteo Di Grassi s'engage aux Ă©lections sĂ©natoriales de 2000, puis de 2004, dans un premier temps sans succĂšs, avant de finalement y faire son entrĂ©e en 2008. Ces annĂ©es d'efforts ont Ă©tĂ© marquĂ©es par la constitution progressive autour de sa personne, d'un groupe d'intĂ©rĂȘt constituĂ© de la petite propriĂ©tĂ© terrienne de l'outre mer velsnien, son milieu d'origine, ainsi que divers milieux de l'amrĂ©e et de la marine, dont il tirait sa lĂ©gitimitĂ© de par ses actions en Achosie. Il rĂ©ussit finalement sa cooptation en se rapprochant des conservateurs de la faction des "constituants", un "parti" mettant en avant la conservation Ă  tout prix des institutions rĂ©publicaines. Car en parralĂšle de son ascension progressive au SĂ©nat, la citĂ© fut de plus en plus attirĂ©e, pour partie, par des solutions apportĂ©es par des individus ayant dĂ©veloppĂ© un tel revenu que ceux ci Ă©taient dĂ©sormais difficilement contrĂŽlables par le systĂšme rĂ©publicain.

    C'est à ce passage que l'autrice introduit auprÚs du lecteur la figure de Dino Scaela. Ce dernier est présenté, fait intéressant, non comme une cause mais comme une conséquence logique de l'évolution des rapports de force internes au sein de la République. Si elle ne lui dresse pas un portrait flatteur, elle reproche surtout à la cité velsnienne d'avoir permis son émergence, et souligne le fait qu'il n'est que l'un parmi d'autres d'une forme de "super élite" en formation, assez puissante pour ne plus prendre en compte le reste de l'aristocratie sénatoriale.

    "Avant mĂȘme le coup d'Ă©tat de Scaela, la RĂ©publique sombrait dĂ©jĂ  depuis de longues annĂ©es dans la tyrannie, sans que personne n'en fit grand cas. La citĂ©, qui autrefois contrĂŽlait ses propres soldats, disposait de sa propre volontĂ©, Ă©tait l'otage de quelques princes, lesquels disposaient de leurs armĂ©es personnelles qui n'Ă©taient fidĂšles qu'Ă  eux. Dans les cinquante derniĂšres annĂ©es prĂ©cĂ©dent la guerre des trumvirs, la citĂ© velsnienne avait ainsi fait face Ă  une dizaine de rĂ©voltes de sĂ©nateurs francs tireurs, et autres ambitieux. Le SĂ©nat n'en avait plus que le nom, et les Ă©lections Ă©taient dĂ©cidĂ©es Ă  l'avance. Les velsniens, depuis des dĂ©cennies, se gouvernaient eux mĂȘme davantage comme des teylais que comme des velsniens.

    Velsna n’était plus de fait aux mains du SĂ©nat, composĂ© d’égaux qui pourvoyaient ensemble Ă  notre destin, mais entre de celles princes. Par prince, j’entends parler de ces Hommes illustres qui s’affranchissent de nos rĂšgles sĂ©culaires par leur seule fortune, et qui dĂ©tourne nos institutions Ă  leurs profits. Ces gens lĂ  Ă©taient si riches qu’ils pouvaient parfois lever des armĂ©es pour leur compte, faire la guerre pour eux mĂȘme, comme si ils Ă©taient indĂ©pendants. Cela nous attire Ă  la tyrannie. Le plus grand d’entre eux fut le SĂ©nateur Dino Scaela, dont nous reparlerons. Pour l’heure, mon pĂšre Ă©tait Ă  la recherche de mĂ©cĂšnes, car il y avait Ă©galement des gens de valeur dont il fit la rencontre. Gabriele Zonta et Carlos Pasqual Ă©taient de ceux-lĂ . Ces deux hommes, illustres en vertu, prestige et argent, furent, on ne va pas se le cacher, responsables de la bonne fortune que rencontra mon pĂšre par la suite. Son excellence Zonta Ă©tait dĂ©jĂ  doyen du SĂ©nat en ce temps, incorruptible en toute sorte et soucieux de nos lois. Il dressa le mĂȘme constat que mon pĂšre quant au phĂ©nomĂšne des princes, Ă©tait attachĂ© Ă  la vertu publique et partageait ses vues en tous points. Son excellence Pasqual Ă©tait de la trempe des hĂ©ros de jadis qui parcouraient les terres d’Achosie en recherche de torts Ă  redresser. S’il fut davantage ignorant que Zonta de nos lois, il connaissait lui aussi les raisons des malheurs de notre citĂ©. Ce que mon pĂšre ignorait en politique, ces deux Hommes le lui apprirent."


    Restant dans un premier temps Ă©loignĂ© des fonctions gouvernementales lors du premier Patriciat du SĂ©nateur Dandolo, Matteo Di Grassi esquisse alors des propositions, qui forment la future colonne vertĂ©brale des rĂ©formes de 2015, la dĂ©cennie suivante: rééquilibrage des pouvoirs rĂ©publicains, introduction d'une politique fiscale rigoureuse Ă  l'Ă©gard des sĂ©nateurs les plus fortunĂ©s, et la dĂ©fense des interĂȘts des petits propriĂ©taires de province, Ă  contrario de la grande bourgeoisie urbaine et financiĂšre que l'on pense acquise Ă  Scaela. Dans un premier temps, jusqu'Ă  2012, on se mĂ©fie peu du sĂ©nateur, qui reste une figure secondaire de la politique velsnienne dont le nom n'est connu que par ses faits d'armes durant la guerre de l'AIAN.

    Ce n'est qu'en 2012, Ă  l'issue des Ă©lections sĂ©natoriales, qu'Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale, Matteo Di Grassi se retrouve propulsĂ© au Bureau de l'Arsenal de la Grande RĂ©publique (son frĂšre devenant lui aussi MaĂźtre de bureau), en mĂȘme temps que Dino Scaela s'arroge Ă©galement une place au Bureau des Balances. DĂ©s lors, les intĂ©rĂȘts des deux hommes se retrouvent en confrontation directe.

    " Dino Saela était un homme dont l'apparence physique laissait à tous un aperçu de sa laideur d'ùme. Sénateur en surpoids, au regard mesquin et envieux, désirant tout ce qu'il ne possÚde point, tel un enfant trop gùté. Ses yeux étaient profondément plantés dans leurs orbites. Il respirait l'argent autant qu'il se goinfrait de gras. Mais au delà de ses qualités humaines inexistantes, il se dégageait de lui une grande compétence dans ce qu'il entreprenait. Jamais il ne fut considéré comme idiot. Il fut parfaitement au fait de ses capacités et de ses possibilités politiques. Il connaissait ses qualités et ses faiblesses. Sa personne fut terrifiante précisément car il fut talentueux à faire ce qu'il faisait: subvertir les institutions, les vider de leur substance, avancer ses pions et tuer ses adversaires sans remords."

    Dans un autre passage, elle fait la mention de ses origines illustres.

    "Dino Scaela Ă©tait un sĂ©nateur d’une race illustre de LĂ©andre. Les Scaela Ă©taient autrement plus prestigieux que les nĂŽtres. Nous Ă©tions de simples descendants de colons de Strombola qui combattirent les achosiens pied Ă  pied, de la trempe des guerriers, mais qui Ă©tions incapables de remonter un arbre plus de trois gĂ©nĂ©rations. Mais les Scaela Ă©taient plus grand. Pour peu que les archives sĂ©natoriales ne mentent pas, on faisait remonter les Scaela aux derniers soupirs de l’antique LĂ©andre. Et s’il ne m’a pas Ă©tĂ© possible de remonter au-delĂ , car la chute de la citĂ© Ă  mis un terme Ă  l’existence de ses propres archives, il est possible qu’ils aient dĂ©jĂ  Ă©tĂ© de lignage illustre dans leur patrie d’origine. Ainsi, les Scaela s’installĂšrent Ă  Velsna dans l’ombre de la ruine de leur patrie, et la date exacte nous est connue par l’album sĂ©natorial : 1460, l’annĂ©e de la chute de LĂ©andre. Les Scaela ne sont pas les seuls Ă  connaĂźtre ce sort, car des dizaines de lignĂ©es illustres rejoignirent notre citĂ©, et une grande partie des sĂ©nateurs de notre patrie sont encore landrins, et pratiquent encore cette langue dans l’intimitĂ© de leur Ă©lite. Par la suite, les Scaela essaimĂšrent partout, que ce soit Ă  Fortuna, en Manche Silice ou Ă  Velsna. Ils Ă©taient apatrides, n’ayant de fidĂ©litĂ© que leurs richesses accumulĂ©es au profit des citĂ©s qui avaient servi d’hĂŽte aux parasites. Par le mariage, Dino Scaela descendait de lignages velsniens plus anciens encore, tant et si bien que certains remontaient aux guerres celtiques, dont les preuves Ă©taient toutefois troublĂ©es par le temps. "



  • Du Gouvernement Dandolo au Triumvirat: les mĂ©canismes de la guerre civile.

  • Ce qui Ă©tait probablement une tentative du Patrice Dandolo se rĂ©gler les tensions entre les diffĂ©rentes parties des Ă©lites sĂ©natoriales velsniennes paraĂźt rapidement ĂȘtre un gouvernement dotĂ© d'une assemblĂ©e impuissante. L'autrice relate ainsi les deux annĂ©es prĂ©cĂ©dant la guerre civile, et la somme progressive de toutes les frustrations accumulĂ©es durant cette mandature, qui a cristallisĂ© des tensions plus anciennes et non rĂ©solues.

    Durant des mois, l'autrice fait ainsi état de l'opposition quasi systématique des deux hommes. Les deux personnalités sont situées à des antipodes irréconciliables mais sont avant tout le reflet des positions de leurs propres factions. En parallÚle, des factions se forment, et des idéologies étrangÚres s'intÚgrent au paysage politique républicain, du moins au sein de l'opposition. Le Patrice Dandolo est profondément isolé et incapable d'action, le gouvernement communal se paralyse graduellement, ce qui retarde ou annule des tentatives de réformes nécessaires et qui ne seront appliquées qu'aprÚs la guerre civile, comme l'abaissement du cens électoral, qu'elle présente comme une réforme nécessaire mise en avant par son pÚre, sans que pourtant, celui-ci ne soit animé d'une culture démocratique soutenue. Elle avoue sans ambiguïté que celui-ci a davantage agit avec la certitude que l'abaissement du cens était une nécessité absolue à la préservation du systÚme censitaire, et non pas d'une quelconque mise en avant d'idéaux libéraux tels que ceux qui existent dans les pays libéraux voisins.

    Gina Di Grassi décrit lors de cette période l'émergence d'autres pÎles alternatifs, certains cherchant à parasiter et prendre le contrÎle des institutions existantes, les autres cherchant à le détruire. Le portrait d'une sotuation économique difficile est fait, prompte à faire advenir de nouvelles formes de mécontentements, à la fois institutionnels et illégaux.

    L'autrice Ă©voque ainsi briĂšvement la constitution d'une faction libĂ©rale, menĂ©e par l'un des anciens clients de son pĂšre, Vttorio Vinola. Un jeune avocat de formation, issu d'une belle famille, et qui attire Ă  lui ses commentaires trĂšs nĂ©gatifs, voire plus critiques que ceux attribuĂ©s Ă  Dino Scaela. Elle interprĂšte la naissance de ces mouvements au sein mĂȘme de l'aristocratie sĂ©natoriale comme Ă©tant plus dangereuse mĂȘme que celle de mouvements extra parlementaires communistes et communalistes.

    Ce passage est également l'occasion de rappeler les raisons et les mécanismes ayant conduit à l'émergence du Parti Eurycommuniste velsnien en tant que force politique majeure dans la cité velsnienne durant cette période.

    Un long passage est dédié à la présentation du régime pré-2015, que Gina Di Grassi montre comme un régime qui a justement permis ces contestations par son immobilisme, et l'illusion de son caractÚre immuable, qu'il a cultivé les quatre siÚcles précédents la Guerre des Triumvirs.

    " Notre RĂ©publique Ă©tait un rĂ©gime vieux et sĂ©nile, non seulement par les personnes qui participaient Ă  son existence mais aussi par sa constitution elle mĂȘme. Un rĂ©gime qui ne prenait pas en compte les grandes mutations et les changements sociaux survenus au sein de la population velsnienne toutes ces annĂ©es durant, et qui de fait, laissait des appels d'airs fenĂȘtres battantes Ă  des individus dont le but Ă©tait le renversement pur et simple de l'ordre sĂ©natorial. Toutes les dĂ©marches du sĂ©nateur durant cette pĂ©riode eurent Ă©tĂ© de tenter de sauver ce dernier, en reconnaissant au peuple velsnien son droit d'y regarder de plus prĂšs, et mĂȘme d'y participer afin qu'ils ne trouvent des idĂ©es plus nĂ©fastes ailleurs.

    La RĂ©publique des princes Ă©tait toujours la mĂȘme que celles des rĂ©formes que la tyrannie de Squillaci avait fait il y a 400 ans. Les velsniens d'alors, plutĂŽt que d'abolir pleinement les lois de cette pĂ©riode sombre qu'Ă©tait celle du dernier tyran Ă  avoir rĂ©gner sur la ville, avant que la RĂ©publique ne reprenne ses droits, en conservĂšrent certains aspects, car malgrĂ© tout ses ronds de jambe, l'aristocratie sĂ©natoriale n'Ă©tait pas si repoussĂ©e par la perspective de la dictature que ses pudeurs de gazelle aimaient Ă  faire croire. Ainsi, si ceux ci avaient renversĂ© le tyran, ils Ă©taient tombĂ©s sous le charme de certains de ses discours, et avaient conservĂ© une partie de ses remandations.

    La constitution des frĂšres Squilacci, faite sur mesure pour lui en 1602, avait consacrĂ© le dĂ©mantĂšlement des assemblĂ©es populaires, qui autrefois servaient de contre-pouvoir Ă  l'aviditĂ© des sĂ©nateurs peuplant les rangs de l'hĂ©micycle le plus sacrĂ©. Ces mĂȘmes sĂ©nateurs qui avaient volontairement figĂ© durant quatre siĂšcles le poids des votes et du cens Ă©lectoral. Ceux lĂ , Ă©taient les responsables, sans le vouloir ni le savoir, de la dĂ©liquescence progressive des institutions, et de leur dĂ©sĂ©quilibre croissant.

    Cette constitution, qui avait été une réponse à une crise momentanée, à moitié dictée par un tyran, était devenue notre norme. Bien loin de la République de petits propriétaires terriens que fut celle des premiers temps de la cité velsnienne, le cens électoral faramineux permis à quelques individus de surpasser les fortunes de la plupart des grandes familles aristocratiques, créant un gouffre nouveau entre les élites traditionnelles, détentrices de la République depuis l'aube de Velsna, et une nouvelle génération de richesses hypertrophiées et hors de contrÎle de toute autorité ou institution. Parmi ces fortunes, le plus grand et le plus flamboyant était Dino Scaela, son excellence sénateur."



  • Appendice: album des grandes figures parmi les princes de la RĂ©publique.

  • Partie complĂ©mentaire du Livre III, oĂč Gina Di Grassi inventorie de maniĂšre non exhaustive, mais relativement complĂšte, un catalogue de personnalitĂ©s et lignĂ©es liĂ©es aux figures politiques velsniennes que l'on nomme les "princes", de la seconde moitiĂ© du XXĂšme siĂšcle, jusqu'Ă  la Guerre des Triumvirs. Elle dresse un inventaire de leurs faits, de l'origine de leurs fortunes et de leurs origines familiales.

    Le plus long portrait est dédié à Dino Scaela, qui fait l'objet d'une longue liste de ses qualificatifs, qualités et défauts, réflexion critique.




Livre IV: La Guerre des Triumvirs


Livre V: La Grande réforme

(suite plus tard)


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Auteur : Gina Di Grassi
Éditeur : Presses universitaires d'Adria
Date de publication : 2019
Tome 1

Pays producteur(s) : Empire Raskenois
Catégorie : Littérature graphique (manga)

Nom de l’Ɠuvre : Les Échos du Brouillards
Genre ou thÚme abordé : SF, fantaisie
RĂ©sumĂ© : Les lĂ©gendes racontent qu’il y a de cela plus de 500 ans, le monde Ă©tait bien plus vaste, que cette mer de brouillard n’existait pas, que l’Homme n’était pas prisonnier de son promontoire qui paradoxalement l’avait Ă©galement sauvĂ© de l’extinction. Il paraĂźt qu’à l’époque, des centaines de millions d’humains vivaient sur cette terre, qu’il y avait d’immenses mers et ocĂ©ans, non ceux d’aujourd’hui faits de brouillard qui n’en utilisent que le nom, de vraies mers et ocĂ©ans constituĂ©s d’eau. Aujourd’hui tout ceci n’existe plus et l’humanitĂ© est constamment au bord de l’extinction, retranchĂ©e sur les rares terres se trouvant Ă  4000 mĂštres au-dessus du niveau d’une mer que nous n’avons jamais connue. Sept montagnes, ou plutĂŽt sept Ăźles, c’est tout ce qui reste, tout ce qui n’a pas Ă©tĂ© englouti par cette brume mortelle, tuant quiconque la respire. Les lĂ©gendes racontent qu’il y avait plusieurs centaines de millions voire milliards d’humains avant la catastrophe, mais cela est difficile Ă  croire quand on sait qu’aujourd’hui la population connue ne dĂ©passe pas les cinquante millions d’ñmes vivant parfois dans des conditions trĂšs prĂ©caires.

Mais cette catastrophe n’a pas fait que pousser l’humanitĂ© au bord de l’effondrement, elle l’a Ă©galement poussĂ©e dans ses derniers retranchements faisant Ă©galement rĂ©gresser la technologie, effaçant de la connaissance nombre d’avancĂ©es scientifiques. L’exemple le plus frappant de cette rĂ©gression est le moyen de transport de la population, celle-ci ne se dĂ©plaçant maintenant qu’à pied ou Ă  cheval, seules les capitales et certaines grandes villes Ă©tant reliĂ©es par des chemins de fer rudimentaires. Les voitures motorisĂ©es, qui jadis avaient fait la fiertĂ© de l’humanitĂ© post-rĂ©volution industrielle sont maintenant extrĂȘmement rares, n’étant utilisĂ©es que par l’armĂ©e ou les gens de pouvoir.

Tobias, un jeune homme d’une vingtaine d’annĂ©es, vit dans la petite ville d’Arlen. AccablĂ© par les dettes que ses parents ont laissĂ©es, il travaille pour le seigneur local dans l’espoir de s’en libĂ©rer, tout en veillant sur sa petite sƓur. Mais lorsque son crĂ©ancier enlĂšve cette derniĂšre, exigeant le remboursement total de la dette sous peine de la vendre comme esclave, Tobias se retrouve acculĂ©. Rentrant chez lui, il explose de colĂšre et frappe de toutes ses forces le mur qui Ă  sa grande surprise se brise, derriĂšre celui-ci Tobias trouva de l’équipement, mais pas n’importe lequel, de l’équipement de pilleur de reliques. N’ayant pas d’autre choix, il se tourne vers cette voie dangereuse qu’il s’était toujours refusĂ© Ă  emprunter, partant explorer les zones enfouies sous le brouillard toxique Ă  la recherche d’artefacts perdus.

ArmĂ© d’un Ă©quipement rudimentaire et dĂ©sespĂ©rĂ© de sauver sa sƓur, Tobias s’engage avec une Ă©quipe de pilleurs. Mais la trahison l’attend : ses compagnons le volent et le laissent pour mort dans l’enfer du brouillard. Alors qu’il suffoque, luttant pour sa survie, il aperçoit une Ă©trange porte au loin. Hallucination ou dernier espoir ? Rassemblant ses derniĂšres forces, il court vers elle, la franchit et la referme derriĂšre lui.

Auteur(s) : Alina Lyashko
Date de sortie : 14 mars 2019
Pays producteur(s) : Les Quatre Vallées.

Catégorie : Narration (roman).

Nom de l’Ɠuvre : Gulisa (გულისა).

Genre ou thÚme abordé : Drame psychologique.

RĂ©sumĂ© : Gulisa et Mika. Deux amis, liĂ©s Ă  un point tel que certains, dont eux-mĂȘmes, y voient un phĂ©nomĂšne divin. Deux amis qui portent des passĂ©s tragiques, mis sous le tapis et cherchant chacun Ă  leur maniĂšre Ă  embellir leur nouveau quotidien plus apaisĂ©. Quatre VallĂ©es. Un pays fragmentĂ©, des cultures diffĂ©rentes, quelques structures communes, un destin commun. Celui de la perte et de la vie qui continue tout de mĂȘme Ă  ĂȘtre cĂ©lĂ©brĂ©. Qui doit continuer Ă  ĂȘtre vĂ©cu par Gulisa malgrĂ© la mort soudaine de son ami, victime de la violence rĂ©gnant encore sur ces terres. Une mort qui la pousse dans une quĂȘte de vengeance Ă©tonnante


(je balance la suite du résumer si je gagne :)

Auteur(s) : Erekle Tavkhelidze.

Date de sortie : 22 mars 2017.
https://i.ibb.co/39CnmKDS/image.png
Couverture moderne du livre.

Pays producteur(s) : Zagroyat de Morakhan.
Catégorie : Narration.

Nom de l’Ɠuvre : Lettres AzurĂ©ennes
Genre ou thĂšme abordĂ© : Roman Ă©pistolaire, satire sociale, critique politique, philosophie, dĂ©couverte culturelle, relativisme des mƓurs.
RĂ©sumĂ© : Les Lettres AzurĂ©ennes racontent le voyage de deux nobles AzurĂ©ens, Amir et Selim, venus en Morakhan pour dĂ©couvrir les coutumes et les institutions d'Eurysie. À travers leurs Ă©changes de lettres avec leurs proches restĂ©s au pays, ils dĂ©crivent avec Ă©tonnement les habitudes, les croyances, les lois et les comportements qu'ils observent. Leur regard extĂ©rieur met en lumiĂšre les contradictions, les excĂšs et les absurditĂ©s de la sociĂ©tĂ© eurysienne.

Au fil de leur séjour, leur perception évolue : ce qui leur paraissait étrange devient peu à peu familier, tandis que certains aspects de leur propre culture leur semblent désormais discutables. ParallÚlement, dans le sérail d'Azur, laissé sous l'autorité d'intendants pendant l'absence d'Amir, les tensions s'accumulent. Les rivalités, la jalousie et les frustrations conduisent progressivement à une crise qui aboutit à une fin tragique.

L'ouvrage mĂȘle ainsi rĂ©cit de voyage, rĂ©flexion philosophique et critique des institutions politiques, religieuses et sociales. À travers le regard naĂŻf mais perspicace des voyageurs, il invite le lecteur Ă  remettre en question les prĂ©jugĂ©s et les certitudes de son Ă©poque.

Commentaire : Rien n'a plu davantage dans les lettres azurĂ©ennes, que d'y trouver, sans y penser, une espĂšce de roman. On en voit le commencement, le progrĂšs, la fin : les divers personnages sont placĂ©s dans une chaĂźne qui les lie. À mesure qu'ils font un plus long sĂ©jour en Eurysie, les mƓurs de cette partie du monde prennent, dans leur tĂȘte, un air moins merveilleux et moins bizarre : et ils sont plus ou moins frappĂ©s de ce bizarre et de ce merveilleux, suivant la diffĂ©rence de leurs caractĂšres. D'un autre cĂŽtĂ©, le dĂ©sordre croĂźt dans le sĂ©rail d'AfarĂ©e, Ă  proportion de la longueur de l'absence d'Amir ; c'est-Ă -dire, Ă  mesure que la fureur augmente, et que l'amour diminue.

D'ailleurs, ces sortes de romans rĂ©ussissent ordinairement, parce que l'on rend compte soi-mĂȘme de sa situation actuelle ; ce qui fait plus sentir les passions, que tous les rĂ©cits qu'on en pourrait faire. Et c'est une des causes du succĂšs de quelques ouvrages charmants qui ont paru depuis les lettres azurĂ©ennes.

Enfin, dans les romans ordinaires, les disgressions ne peuvent ĂȘtre permises que lorsqu'elles forment elles-mĂȘmes un nouveau roman. On n'y saurait mĂȘler de raisonnements, parce qu'aucun des personnages n'y ayant Ă©tĂ© assemblĂ© pour raisonner, cela choquerait le dessein et la nature de l'ouvrage. Mais, dans la forme de lettres, oĂč les acteurs ne sont pas choisis, et oĂč les sujets qu'on traite ne sont dĂ©pendants d'aucun dessein ou d'aucun plan dĂ©jĂ  formĂ©, l'auteur s'est donnĂ© l'avantage de pouvoir joindre la philosophie, de la politique et de la morale, Ă  un roman ; et de lier le tout par une chaĂźne secrĂšte et, en quelque façon, inconnue.

Les lettres azuréennes eurent d'abord un débit si prodigieux, que les libraires mirent tout en usage pour en avoir des suites. Ils allaient tirer par la manche tous ceux qu'ils rencontraient : Monsieur, disaient-ils, faites-moi des lettres azuréennes.

Mais ce que je viens de dire suffit pour faire voir qu'elles ne sont susceptibles d'aucune suite, encore moins d'aucune mĂ©lange avec des lettres Ă©crites d'une autre main, quelque ingĂ©nieuses qu'elles puissent ĂȘtre.

Il y a quelques traits que bien des gens ont trouvĂ©s trop hardis. Mais ils sont priĂ©s de faire attention Ă  la nature de cet ouvrage. Les AzurĂ©ens, qui devaient y jouer un si grand rĂŽle, se trouvaient tout Ă  coup transplantĂ©s en Eurysie, c'est-Ă -dire, dans un autre univers. Il y avait un temps oĂč il fallait nĂ©cessairement les reprĂ©senter pleins d'ignorance et de prĂ©jugĂ©s. On n'Ă©tait attentif qu'Ă  faire voir la gĂ©nĂ©ration et le progrĂšs de leurs idĂ©es. leurs premiĂšres pensĂ©es devaient ĂȘtre singuliĂšres : il semblait qu'on avait rien Ă  faire qu'Ă  leur donner l'espĂšce de singularitĂ© qui peut compatir avec l'esprit. On n'avait Ă  peindre que le sentiment qu'ils avaient eu Ă  chaque chose qui leur avait paru extraordinaire. Bien loin qu'on pensĂąt Ă  intĂ©resser quelque principe de notre religion, on ne soupçonnait pas mĂȘme d'imprudence. Ces traits se trouvent toujours liĂ©s avec le sentiment de surprise et d'Ă©tonnement, et point avec l'idĂ©e d'examen, et encore moins avec elle de critique. En parlant de notre religion, ces AzurĂ©ens ne devaient pas paraĂźtre plus instruits que lorsqu'ils parlaient de nos coutumes et de nos usages. Et, s'ils trouvent quelquefois nos dogmes singuliers, cette singularitĂ© est toujours marquĂ© au coin de la parfaite ignorance des liaisons qu'il y a entre ces dogmes et nos autres vĂ©ritĂ©s.

On fait cette justification par amour pour ces grandes vĂ©ritĂ©s, indĂ©pendamment du respect pour le genre humain, que l'on n'a certainement pas voulu frapper par l'endroit le plus tendre. On prie donc le lecteur de ne pas cesser un moment de regarder les traits dont je parle comme des effets de la surprise de gens qui devaient en avoir, ou comme des paradoxes faits par des hommes qui n'Ă©taient pas mĂȘme en Ă©tat d'en faire. Il est priĂ© de faire attention que tout l'agrĂ©ment consistait dans le contraste Ă©ternel entre les choses rĂ©elles, et la maniĂšre singuliĂšre, naĂŻve, ou bizarre, dont elles Ă©taient aperçues. Certainement la nature et le dessein des lettres azurĂ©ennes sont si Ă  dĂ©couvert, qu'elles ne tromperont jamais que ceux qui voudront se tromper eux-mĂȘmes.

Auteur(s) : Aleksandar Petrović.
Date de sortie : 12 octobre 2015 (réédition moderne avec préface et commentaires du texte classique de 1803 [notamment dans le cadre scolaire]).
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