07/07/2020
06:56:36
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Un navire (rencontre Drovolski-Altrecht-Velsna-Kah-Teyla-Estalie-Talaristan) - Page 2

Eugène commence à prendre la parole, on le voit à son visage, il n'est pas très heureux :

Excellence, ces conditions ne sont…Eugène de 1er Magistrat
Eugène de 1er Magistrat

Bloom, coup de sceptre pendulaire au sol. Le prince prend la parole.

Eugène, vous n'avez plus la parole. Je crois que vous êtes responsable de suffisamment de tracas comme ça. Noblesse de sang, noblesse de rang.Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Le prince ouvre de drôles de documents, écrits dans des langues qui ne semblent être celles d'aucun invité ce jour. Il se gratte la gorge, son visage vire au blanc craie.

Merci, Excellence Esquilin. C'est avec profonde confiance que ma couronne se tient au respect de chacun. Il n'est en effet pas recevable que nos diplomates s'en tiennent à des chiffonniers, c'est bien là le problème d'enjoindre des magistrats dans des affaires internationales. Je suis bien heureux que cette question soit évoquée d'abord par vous plutôt que par l'injonction faite auparavant. Rectification faite, nous nous engageons à ce que le gouvernement mésolvardien engage sa responsabilité, non les magistrats. Comme le prévoit le statut, le bouc émissaire de notre constitution, et la demande des Altrechois.
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Toujours dans des montages de papiers, il semble lire quelques échanges avec différents émissaires.

Concernant les conditions exposées sur le statut du détroit, elles me semblent compatibles avec nos intérêts et ceux du commerce international. Le détroit est court et présente une artère principale du commerce de nombreuses nations, dont la nôtre. De même, sa perturbation par les armes, voire le blocus, constituerait une perturbation économique sans précédent pour les marchés mondiaux. Ce constat nous fait considérer qu'il est peu ou pas judicieux d'exposer ce point de sensibilité aux malversations militaires et donc d'en protéger la tenue. D'autant que le Drovolski est un pays très commerçant. Nous représentons à nous seuls près de 50 % de l'approvisionnement minier mondial en valeur ajoutée, selon notre organe de statistique économique. Nos ports et nos villes du détroit sont stratégiques pour notre économie ; rejoindre les économies occidentales assure notre pérennité et la viabilité économique de ces dernières. Cette dépendance, ajoutée à notre outrageuse incapacité agricole, et notre intérêt à protéger l'intégrité territoriale, que ce soit en Eurysie ou au Nazum…
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Il n'en finit plus de fouiller des papiers, tape sur la table avec un crayon, et vire au blanc céruse.

Sur l'exposé qui a été fait, j'aimerais remercier l'ONC pour son soutien. Les Îles fédérées de l'Alguarena ont soutenu notre initiative et la Grande République revient sur notre considération initiale sur le statut du détroit. Par cette voie, nous acceptons et recevons comme admis par l'ONC notre légitimité sur le détroit, sur les compétences de défense et de protection, et à demeurer promoteurs du commerce pour le reste. Mais si le Drovolski est attaché à l'ONC par Velsna, nous ne sommes avant tout qu'une puissance non alignée. Suivant nos échanges et les prises de position de nos amis Estaliens, la considération de défense du détroit avec Velsna et la critique de la militarisation du détroit par l'Estalie nous sont compatibles et nous sommes promoteurs d'une attente similaire, sinon identique. Enfin, nous sommes en discussion avec le PAS et l'OND sur les mêmes considérations. La reconnaissance de légitimité est prise par le PAS sous réserve de notre publication expresse des conditions d'accès et d'un engagement à certaines limites que je n'exposerai qu'au chantier naval MSO en République Faravanienne. Suivant cette résolution, nous sommes convaincus que notre diplomatie est suffisante pour acter que cet accord convient, à l'ONC comme promoteur par Velsna et l'Alguarena, au Liberalintern par la Fédération des Peuples Estaliens, et, autant que vous nous faites confiance, au PAS. Nous nous sommes convenus avec la Principauté de Carnavale, si du moins cela avait une importance pour vous.
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Le prince marque une pause.

Nous convenons que la position du Drovolski valide, de par ses échanges, les engagements suivants :

1 - Le Drovolski est légitime dans le contrôle et la défense du Détroit Mésolvardien dans la limite de sa propre défense et de celle du commerce international.

2 - Les nations souhaitant traverser le détroit sont légitimes à le faire à condition d'en avertir le gouvernement mésolvardien au préalable et de limiter le potentiel hostile du transit du transport.

2.1 - Les transits commerciaux sans escorte militaire et sans cargaison militaire sont exonérés de demande de déclaration de transit.

2.2 - Les moyens reconnus comme limitateurs du potentiel de nuisance, susceptibles de réduire le caractère hostile, sont : l'échelonnement du transport, la limitation de la cargaison et la réduction au minimum de l'escorte.

2.3 - Une déclaration de transport comprend au minimum les bâtiments amenés à traverser le détroit et, s'il y a lieu, la cargaison.

2.4 - Sont exemptés de toutes obligations les pavillons du Royaume de Teyla, de la Grande République de Velsna, de la Fédération des Peuples Estaliens et de la Principauté de Carnavale.

2.5 - Sans réponse du gouvernement mésolvardien sous trois jours, le transit est réputé accepté.

2.6 - Le gouvernement mésolvardien est tenu de proposer des modalités rendant le transport possible par le détroit suivant les modalités prises au 2.2.

3 - Le Drovolski ne peut pas revenir sur une autorisation de transit.

4 -Toute forme de blocus ou d'hostilité, y compris déclarative, peut motiver une action hostile par le Drovolski et/ou les bases navales hébergées par le Drovolski du Royaume de Teyla et de la Grande République de Velsna.

Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Le prince se veut pensif. Puis se tourne vers sa propre délégation :

Henri, contacte MSO en Confédération mährénienne. Nous devons présenter notre bonne foi envers le PAS. Que nos navires retournent en République Faravanienne.

Eugène, demande à la petite questure de renouveler nos ministres. Je veux un ministre chargé du détroit. Demande l'activation de la clause de sauvegarde avec les Aykhanides, comme entendu avec eux ; envoie Walerian.
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Satisfait, il sourit et regarde autour de lui, l'air de dire "au suivant".
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La délégation estalienne avait observé l'entrevue avec une certaine consternation, pour ne pas dire avec un certain dédain, quant aux négociations et aux arguments proposés par les parties. Autant la question du dédommagement fut vite réglée (c'est simple, c'est le contribuable velsnien qui paie l'addition, si ça plaît tant à ces excellences velsniennes d'exploiter leur peuple pour l'erreur d'un autre, tant mieux pour eux) mais la question du détroit restait sensible. L'objectif estalien, c'était la stabilité régionale, pas de récupérer un maigre privilège de circuler dans un détroit où aucun navire estalien ne naviguera...pour peu qu'il existe des navires estaliens. Non, Mistohir veut surtout que le détroit ne se transforme pas dans l'immédiat en zone de guerre et pour éviter un scénario aussi défavorable qu'un convoi commercial se prenant une attaque balistique venue de nulle part et pour des raisons diplomatiques d'une importance relativement secondaire, il fallait couper les conditions qui ont permis un tel évènement de se produire. Gratter un privilège ou deux, ça n'avait aucun intérêt ici, ça ne ferait avancer aucune des causes que l'Estalie s'est jurée de défendre et de faire progresser du mieux qu'elle peut dans la limite de ses moyens matériels. L'intervention du Talaristan, bien que maladroite aux yeux des Estaliens, soulignait un point juste que les Mesolvardiens ont tenté d'esquiver du mieux qu'ils pouvaient par leurs faux-semblants d'une hypocrisie crasse : faire un long discours pour s'opposer à toute forme d'impérialisme...avant de se reposer soi-même sur des arguments d'autorité issus de grandes puissances qui valideraient soi-disant le propos de Mesolvarde. Le Drovolski ne veut que de l'impérialisme qui l'arrange dans le fond. Devant ce spectacle, les Estaliens sont donc restés sceptiques, trouvant puériles de se lancer à leur tour dans la joute verbale entre Talars et Mesolvardiens, encore davantage face à l'intervention velsnienne qui se contente de mener la danse de son côté, face au silence accablant des Kah-tanais qui ne défendent même pas leur soi-disant protégé, et face à des Teylais spectateurs, conscients de leur rôle consultatif dans une crise qui les dépasse. Au moins, les Velsniens avaient raison sur un point : le fameux droit international s'écrit dans les rapports de force et au vu de l'intérêt matériel estalien dans la zone circonscrit à la stabilité régionale et à sa capacité à intervenir rapidement dans la région par voie aérienne ou balistique, il était grand temps de couper le mal à la source, surtout avec la proposition suspecte du Drovolski. La Commissaire aux Relations Extérieures Horny se leva à nouveau, d'un air plus sévère qu'à sa première intervention :

"Votre proposition est des plus fictionnelles, surtout au vu du cadre et des conditions que vous entendez comme une forme de démilitarisation ou de sécurité au sein du Détroit. Rien que l'alinéa 2.2 montre à quel point cet accord est une poudre aux yeux, Excellences. Vous définissez la limitation de la nuisance hostile sur des critères pour le moins abstraits, hautement interprétables et facilement contournables. Dois-je rappeler le contenu de l'escorte du convoi altrechtois que vous avez attaqué ? Un unique patrouilleur, alors que le Drovolski compte à lui seul au moins une bonne vingtaine de sous-marins, en somme une menace maritime, une escorte en tout cas, de faible ampleur. Pourtant, malgré la présence d'une escorte aussi faible et qui est bien incapable d'avoir les capacités opérationnelles pour une force offensive, vous avez délibérément attaqué ce convoi. J'entends toujours que cette attaque a été effectuée dans un objectif sécuritaire, comme le Questan l'a toujours soutenu depuis le début de cette crise. Cependant, en rien vous ne définissez dans votre proposition ce qui est considéré comme une escorte raisonnable et une escorte qui ne l'est pas. C'est au bon vouloir de votre administration. C'est précisément car aucun moyen de concertation commun existe que vos forces ont attaqués les Altrechtois sans même qu'ils ne puissent comprendre la situation et qui a fait escalader le conflit. Et cela explique pourquoi vous aurez à vous plaindre qu'il mouille près de vos côtes des navires kah-tanais dont la réaction, dans l'immédiat, est légitime dans la mesure où vous vous attaquez à l'Internationale Libertaire. L'alinéa 2.6 précise que vous devez établir ces modalités d'escorte mais qui les valide exactement ? En quel nom ces modalités sont-elles légitimes ? Encore une fois, le texte est surtout flou, ce qui le rend facilement contournable. Un texte juridiquement contournable n'est d'aucune utilité institutionnelle. Vous qui avez fait du droit le fondement de votre société, Excellences, il me semble bon que vous le rappeler de nouveau.

L'alinéa 2.4 m'intrigue tout autant : quelle est son utilité ? Faire une fleur à vos alliés, à ceux que vous estimez dignes de confiance ? Je suppose que je dois être honorée, en tant que représentante de la Fédération ici. Mais je crois aussi et surtout que l'honneur ici ne suffit guère à résoudre des crises, Excellences. Si accord visant à une sécurisation et une régularisation des passages maritimes dans le détroit il y a, il n'y a certainement pas de raison légitime à ce qu'il existe des privilégiés et des exceptions à de tels accords. Je crois qu'au vu des deuils que vous avez provoqué en Altrecht, il est plus naturel que ces derniers aient ce privilège, non ?

Enfin, l'article 4 me semble...une mesure dérisoire. C'est une base, je peux l'entendre. Cependant, comme l'a bien précisé nos homologues velsniens, le droit international est une question de rapports de force et je crois que donner la "possibilité" à des entités garantes d'agir si l'accord est brisé n'est pas suffisant. Je crois davantage que cet article doit être transformée en obligation des autres parties prenantes à prendre parti contre la partie fautive. Ne donner que la possibilité à nous, Teyla ou Velsna d'intervenir ne suffit pas car en fonction de l'agressé, qui ira à son sauvetage ? Est-ce que Velsna se portera au secours de l'Altrecht si un missile mesolvardien agresse de nouveau ses convois ? Est-ce que Teyla protègera les convois de la DCT s'ils se font agressés ? Et est-ce que vous croyez vraiment que l'Estalie se portera au secours d'un convoi commercial tanskien si vous tentez de le couler ? C'est parfaitement ridicule de penser qu'un traité qui rend "possible" une mesure de coercition internationale l'a rend automatiquement viable, peu importe le contexte. A l'inverse, l'avantage de rendre les parties prenantes tributaires d'une obligation au vu de cet article, c'est leur nature cosmopolite : un Etat membre de l'ONC, un autre de l'OND et un autre encore de l'Internationale Libertaire. Une parfaite composition de blocs qui forcera chaque partie à se mettre d'accord pour ne pas transformer la zone en champ de bataille.
"

La partie juridique étant terminée, c'est au tour de Velislav de se lever. Sa posture et sa carrure de militaire, aux épaules larges et aux pieds bien ancrés dans le sol au repos, en dit long sur sa position :

"Au-delà de ce que ma collègue vous a fait paraître sur le plan purement juridique de cet accord, je tiens à éclaircir un peu davantage notre position ici et de rappeler pourquoi l'Estalie est ici, et c'est certainement pas pour s'avantager elle seule dans un accord qui transpire la cooptation entre grandes puissances, aussi honorés sommes-nous d'être considérés comme tel. L'Estalie est ici parce que vous avez attaqué un pays sous notre protection. Ma collègue a souligné à travers sa propre institution qu'est la Commission aux Relations Extérieures qu'elle visait à préserver la paix dans la région, à la fois pour protéger les Altrechtois et leur verser des compensations - point qui semble désormais résolu - mais également pour qu'une telle situation n'ait pas à se reproduire, tout en nous chargeant de répondre aux occupations sécuritaires du Drovolski que nous avons jugés pertinentes car laisser de telles questions en suspend est un risque supplémentaire que la situation se reproduise. Ce qui est précisément la chose que nous voulons éviter, et je pense que nous sommes tous d'accord au moins sur ce point. Nous avons tout fait pour qu'une médiation pacifique ait lieu et que la situation ne dégénère pas en guerre mais voyez cette volonté de paix comme une exception à la règle, une complaisance à votre égard car nous avons considéré à juste titre que vous étiez des gens raisonnables : dans le cas où un allié de l'Estalie sera pris pour cible, peu importe ses antécédents - et je ne porte pas spécialement les saboteurs dans mon cœur - nous le défendrons. N'oubliez pas, excellences du Drovolski, la raison de votre présence ici : si vous êtes ici pour négocier une sortie honorable à la crise, c'est parce que l'Internationale Libertaire retient ses coups. Ce n'est pas une décision ou une position définitive. En espérant que cette recontextualisation vous aide un peu mieux à comprendre la situation dans laquelle vous vous trouvez."
Drovolski

Pas très heureux, mais rapidement en alerte, la réponse se fit sur la même lancée. Non pas que les Estaliens ne soient pas des amis du peuple Mésolvardien, mais le ton et les injonctions faites, sinon les menaces, ne pouvaient être ignorés. Si les Estaliens voulaient faire de leur diplomatie un exemple, ils avaient montré avec violence qu’elle arborait la brutalité, la menace et sans doute peu de compromis. Quand la critique est violente mais la proposition absente, c’est bien souvent qu’on veut avant tout blesser. Le jeune prince ne se sentait pas compétent face à de telles accusations, d’autant que, sous le couvert d’une fausse unité partagée, les Mésolvardiens n’avaient rien à redire, sinon qu’ils se sentaient en droit d’administrer ce détroit, fussent-ils par les moyens qui leur avaient été donnés ici. Menacer et ne s’attendre à aucune réponse n’est pas le plus doux des rêves.

Excellence, si notre proposition n’est que fiction, il faudrait nous faire paraître vos propositions bien matérielles ? Je ne crois pas avoir imposé notre proposition, il vous aurait été tout à fait possible de l’amender ou de faire une autre proposition, fût-elle alternative en tout point. Mais non, vous avez fait le choix de critiquer avec engouement notre proposition sur des défauts que vous lui entendriez. Si vous ne les aviez pas dits avec droit, je pense que nous nous en serions offusqués légitimement. Avec chance, nos rapports avec vous sont plus souvent heureux qu’outrageants. Cependant, par mon rang, je me dois de répondre avec l’ardeur que vous avez mise à attaquer notre position.

Tout d’abord, nous rappelons que les moyens de concertation, pour reprendre votre formule, sont tout à fait présents et fonctionnels. Nous recevons régulièrement des demandes de transit par le détroit et, de coutume, nous les acceptons tous. Pour la dernière fois, il s’agissait des Poestoscoviens, et avant eux, je crois qu’il s’agissait des Milathiens, à qui nous avons même proposé d’assurer l’escorte, ce qu’ils ont refusé. Par le passé, nous avons accordé des accords de principe avec les Aykhanides dans le cadre d’opérations avec la CSN. Tout ça pour dire que nous sommes ouverts et n’avons, pour le moment, jamais refusé un transit. Le fait est que les Altrechoix, ennemis déclarés, n’ont pas pris peine de nous communiquer leurs transports et, pire encore, ont refusé nos missives. Le défaut de communication n’est pas de notre fait. La politique coercitive du Drovolski est un instrument de loi très antérieur et opérant à ce conflit.

Concernant vos allégations sur le caractère flou ou contournable, je dirais que le propre du droit est d’être interprétable, sinon le pouvoir d’arbitrage et, plus largement, d’action politique n’existe pas s’il est entièrement défini par le fait légal. Une bonne loi est une loi suffisamment générale pour être applicable en tous lieux et en tout moment dans le cadre qui lui a été donné, sinon, à l’occasion, elle périme ou permet des choses qu’elle voulait interdire. Si nous définissions ici ce qui représente exactement une menace, il sera alors difficile, sinon impossible, de personnaliser l’interprétation de la loi à l’intéressé d’un cas d’espèce.

Je veux dire par là qu’un porte-avions Velsnien, ou Jashurien, ne présente pas le même danger pour nous, fussent-ils identiques en tout point. Et nous ne pouvons fixer, tout aussi arbitrairement, des critères pour chaque nation que fait le monde.

Oui, nous nous revendiquons comme légitimes à administrer le détroit. C’est un rôle que nous assumons et entendons conserver. À l’idée des Velsniens, nous convenons de limiter ce pouvoir politique sensible à une série d’engagements que nous vous avons proposés. Si le simple fait d’administrer le détroit vous déplaît, je pense que critiquer les engagements que nous vous faisons n’est pas le plus direct des chemins. Pour être clair, nous refusons que des transports militaires se fassent par le détroit sans droit de regard de notre part. Nous requérons déclaration et autorisation, fussent-elles implicitement acquises par des modalités que vous souhaiteriez les plus explicites possible ; mais c’est là le rôle d’une jurisprudence.

Pour ce qui est des nations que nous avons choisi d’exempter, il s’agit simplement des pays l’étant déjà au titre d’accords passés ou d’une position prise par l’Empereur en personne. Teyla et Velsna possèdent des bases navales au Drovolski, il serait incroyablement peu pratique de les organiser sans ces libertés ; nous les réputons donc du même droit que pour nous. Oui, par confiance. Pour Carnavale, il s’agit d’un accord extérieur à ce conflit. Enfin, pour vous, vous avez reçu une lettre patentée des sceaux de l’Empereur vous rendant intouchables. Les patentes étant supérieurement hiérarchisées, ce n’est pas une faveur, mais simplement le fait de la loi : nous nous devons de respecter nos engagements face à vous. Quand bien même vous seriez agressifs sur ce point.

Concernant l’article 4, s’agissant d’engagements Mésolvardiens et non d’un traité, du moins au sens de notre proposition, il me semble précipité de prendre pour parti que d’autres nations, autrement que celles assurant déjà notre sécurité, se joignent à cette dernière. Tout cela pour dire qu’autoriser des nations à intervenir sans notre concours pourrait transformer le détroit en guerre sans que nous soyons intéressés par cette dernière. Enfin, l’article 4 ne vous inclut pas, Excellence. Je fais peut-être erreur, mais j’ai l’impression que vous pensiez l’inverse.

Cela étant, que proposez-vous ? Notre position, et celle des Velsniens, si je puis me permettre cette paraphrase, est que la sécurité du détroit reste dans les mains du Drovolski et, par extension, des bases militaires qu’il héberge.

Eugène de 1er Magistrat
Eugène de 1er Magistrat

Le prince reprit la parole.

Vous retenez vos coups, vous dites ? Dois-je voir dans cette formule une menace ? Vous êtes récipiendaires d’une patente, engagement pris par la Couronne de vous rendre intouchables sur votre bonne diplomatie avec nous sur le cas d’espèce. Pourquoi ce ton, Excellence ? Nous ne fûmes pas surpris de connaître la désunion du Liberalintern, mais à vous entendre, vous êtes maintenant prêts à recevoir l’onction pour d’autres ? Non, je ne le crois pas, et le peuple Estalien comme Mésolvardien refuserait immédiatement cela. Nous ne vous bombarderons pas, autant que vous ne le ferez pas vous-mêmes. D’autant moins pour un bateau coulé, même rempli de Germains antinucléaires, fussent-ils vos alliés.

Je ne répondrai pas de cette offense et vous demande, ici séance tenante, de rester à nos côtés en bonne intelligence. Exposez vos idées plutôt que de faire dans la menace. Nous avons tout à collaborer, chers amis. L’Eurysie de l’Est n’a pas besoin d’une confrontation entre puissances qui s’estiment pour le misérable casus belli qu’il y a là.

Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski
Serge de Drovolski, prince en titre du Drovolski

Les magistrats Mésolvardiens font des grimaces aux Velsniens et leur glissent un papier :

Non de non, nos accords sur le transport de bétail ne doivent pas être exposés à des voyeurs, les Estaliens n’ont pas à le connaître. Le secret doit demeurer entre nous !


Onction :
Onction

Politique coercitive :
Politique coercitive contractuelle
4284
(RP ne prenant pas en compte la réponse mesolvardienne)


Il se dégageait de l'Amiragglio une certaine gêne, tant de la part des délégués mésolvardiens que de la réponse de la représentation estalienne. Durant l'exposé de ces excellences, il se pencha rapidement vers le Primipile aux cheveux de feu, à qui il glissa mot, avant de se raviser dans son siège. Il tapota sur son genou, ce à quoi son l'un de ses chiens répondit en déposant sa tête entre ses deux jambes sous la table. Les discussions redevenaient confuses... Il reprit la parole, une fois l'assurance qu'il ne serait pas coupé.

"Mes excellences. Nous nous devons de corriger plusieurs choses dans vos propos. Déjà, il me paraît prématuré de commencer à proposer la signature d'articles avant même que tout le monde ici n'ait pas donné son avis. Cela pourrait passer pour de la précipitation mal placée. De plus, j'apprécierais d'avoir le privilège d'évoquer par moi-même les engagements de l'ONC, si c'est trop demander...

Tout d'abord, nous reconnaissons à ces excellences de Mésolvarde le droit à se défendre dans le Détroit, mais EN RIEN cela ne signifie sa pleine possession comme le suppose l'article 1 que vous proposez, Dauphin Serge. Si nous pensons que les aspirations de ceux qui commercent par le Détroit doivent s'imbriquer avec celles de ceux qui y vivent, et que la proposition d'en faire une eau internationale nous paraît trop complexe à appliquer au vu du fait que quatre pays riverains y évoluent, ce n'est pas un blanc seing permettant à quiconque d'y planter son drapeau comme une vulgaire conquête, que ce soit Mesolvarde ou une autre puissance. Aussi, nous seront pour notre part disposés à reconnaître à Drovolski la défense de SES eaux, mais pas du Détroit dans son appellation la plus large. Et cette clarification doit être faite, car dans les dispositions actuellement proposées, cela reviendrai à ce que nous allions faire la loi sur les côtes de Barvynie, ou de la Bozyurtie à notre bon vouloir. Nous devons chacun à notre tour prendre conscience que nous n'évoluons pas en vase clos dans cet espace géographique, et que revendiquer la souveraineté totale sur ce bras de mer pourrait froisser les autres acteurs politiques qui y évoluent. Je ne vous cacherai pas, excellences, que ma cité n'a ici qu'un objectif: le retour à une forme de statut quo entre les parties froissées, et que tout le monde rentre chez soi pour que les affaires puisent reprendre, et que l'argent coule de nouveau à flot, si possible sans produire de nouveaux cadavres, sans quoi nous tomberions bien vite à court d'argent par tête pour compenser tout le monde...*rire léger*"


Le velsnien se tourne ensuite plus spécifiquement vers Velislav qu'il toise du regard. Les deux sont en uniforme bien guindé, ce qui donne un effet miroir des plus fascinants.

"Mon excellence...Nous sommes forts touchés par la...vigueur...et l'énergie que vous mettez à faire valoir votre droit à défendre vos alliances, mais en ce qui concerne Mesolvarde et l'Altrecht, je pense que ce volet de la discussion est déjà réglé, à savoir le fait que votre allié, quoi qu'il en soit aujourd'hui, sera financièrement rétribué et compensé pour les peines qu'il a subit. Si vous ne tenez à ne pas retenir vos coups, faites donc. Nous vous regardons... Aussi, pouvons nous rediriger toute cette débauche de bravoure vers ce qui est encore à régler, à savoir les points très pertinents que votre concitoyenne a soulevé jusqu'ici.

Ma chère excellence...la somme de nos propositions n'est qu'une esquisse de base de travail qu'il convient de corriger encore et encore jusqu'à ce que nous obtenions un résultat qui nous évite des désagréments futurs. Nous sommes d'accord, les termes proposés par son excellence le Dauphin Serge sont largement perfectibles, de plus qu'ils n'incluent pas la moitié des points sur lesquels ces excellences de l'Altrecht et de Mesolvarde se sont mis d'accord. En plus d'inclure les articles relatifs au règlement de la compensation financière, je propose donc de limiter l'article 2 à la déclaration des cargaisons et de supprimer le "au préalable et de limiter le potentiel hostile du transit du transport"... Cette question pourrait faire l'objet d'un article à part et bien mieux conditionné par des termes plus clairs.

Je me tourne vers vous, excellence Horty: quel serait pour vous la garantie de la sécurité du Détroit ? Nous sommes ouverts aux suggestions. Je trouve que votre idée d'une instance collégiale OND/ONC/Lib portant sur les questions du Détroit est très pertinente. Peut-être pourrions nous creuser ces questions avant d'évoquer un privilège quelconque donné à quelqu'un en particulier autour de cette table...j'attends donc ce que tout le monde peut dire de cette idée qui nous semble, elle, applicable dans la théorie, d'autant plus que c'est déjà ce qui se passe plus ou moins dans les faits."


Lorsque Barisi reçoit un papier de la part des mésolvardiens, il le donne sans le lire au Primipile roux, qui se charge de ce bas labeur. Il esquisse ensuite un acquiescement silencieux aux mésolvardiens, signifiant que "tout ira pour le mieux pour la marchandise".
4296
Drapeau national
Déclaration des représentants talars
Sommet de la crise du détroit de Drovolski


La République du Talaristan tient à présenter ses excuses pour l'emportement de notre délégation dans le cadre de nos échanges musclés avec Monsieur le Magistrat. Il est clair, comme vous l'avez souligné, Excellence Sénateur, que l'ordre du jour avait déjà été dressé et nous n'avions voulu que le rappeler, et non insinuer qu'un sujet avait été omis. Nous avons cependant eu l'impression que les débats en cours, qui n'avaient pas nécessité notre intervention jusque-là, ne tournaient guère autour du statut à accorder au détroit de Mésolvarde, mais plus autour d'une résolution de la crise entre ces messieurs altrechois et drovolskiens, qui, comme l'a souligné à juste titre Monsieur Eugène, était déjà en bonne voie avant notre convocation à cette rencontre.

Je ne reviendrai pas une énième fois sur le sujet du « droit international », que certains voient comme le terreau de leur chute. Je tiens exclusivement à rappeler que cette notion, que la République du Talaristan a toujours défendue — et continuera de défendre —, ne se base nullement sur l'imposition de règles par une quelconque institution internationale détachée des conditions réelles du terrain auquel elles tendent à s'appliquer, mais bien sur un consensus volontaire des gouvernements allant à la fois dans leur intérêt commun, mais également dans l'intérêt général. Qu'on le nomme « droit international » ou tout simplement « droit » ne change strictement rien pour nous : un engagement, qu'il soit bilatéral ou multilatéral, est une source de droit qui dépend des acteurs de la communauté internationale qui s'y sont engagés, voilà tout. Il n'y a guère de raison d'y voir un monstre de barbarie ou l'instrument d'un quelconque impérialisme.

Les différents échanges se tinrent dans leur ordre convenu. Après que le Sénateur eut rétabli le calme, le Dauphin Serge présenta sa proposition, à laquelle s'opposa avec un ménagement relatif la délégation estalienne. En dépit d'une réponse intéressante de Monsieur Eugène de Premier Magistrat, celle-ci fut quelque peu mise de côté par la prise de parole de Son Excellence l'Amiragglio qui, en quelque sorte, répondit aux aspirations des diplomates de la délégation talar.


Excellence Basiri, je pense pouvoir dire qu'en quelques mots vous avez bien résumé — en quelque sorte — la position de la République du Talaristan vis-à-vis de la question du détroit. Nous n'avons jamais remis en question le principe pour la flotte militaire de l'Empire constitutionnel de Drovolski d'assurer le plein exercice de sa souveraineté et de sa défense dans ses eaux nationales, mais récusons le fait d'accorder le plein détroit de Mésolvarde... à Mésolvarde. Nous convenons également que certains privilèges puissent être accordés à l'Empire du fait de son histoire et de sa nature, mais sommes convaincus qu'en l'état actuel des choses, l'article premier ne peut être accepté sans modification.

Des garanties doivent être assurées pour l'Empire constitutionnel de Drovolski, afin qu'il puisse jouir pleinement de ses droits, cela ne fait aucun doute. Dans la limite de ce qui sera défini comme acceptable, nous considérons que si Mésolvarde souhaite convenir de lever certaines restrictions qui seront définies par la conclusion de cette rencontre pour ses partenaires — tel que présenté actuellement dans l'article 2.4 —, il ne relève que de son autorité d'approuver ce genre de mesure.

Enfin, après consultation de Monsieur le représentant de la Communauté des États Nazumis auprès de la République du Talaristan, nous souhaiterions également suggérer un point sur la proposition de Son Excellence Horty, reprise par l'Estimé Sénateur : la République du Talaristan est bien consciente que, bien souvent, les grandes alliances, regroupées sous l'appellation d'organisations, ont favorisé la tenue d'accords communs acceptables pour toutes les parties impliquées. Cependant, nous pensons qu'il est primordial que, si un sommet annexe à cette rencontre est tenu par l'ONC, l'OND et l'Internationale Libertaire, la Communauté des États Nazumis puisse disposer d'un siège à cette rencontre, du fait qu'elle représente à la fois la communauté nazumie, mais surtout les aspirations à la paix, à la stabilité et à la sécurité au Nazum de près de vingt-huit États nazumis, dont certains sont présents dans le détroit.

Bien entendu, cette représentation n'implique pas l'interdiction desdites nations de se représenter elles-mêmes dans le cadre de cette hypothétique rencontre, ou même une quelquonque prédominance de la CEN dans les discussions. La Communauté des États Nazumis, qui a pour rôle de parvenir à un ordre de paix, de justice, de fraternité, de coopération, de stabilité et de sécurité pour tous les États de la communauté et pour le continent nazuméen dans son ensemble, ne pourrait, de par son rôle d'organisation internationale par essence en faveur de la discussion et de la conciliation avec les acteurs, être omise d'une discussion aussi capitale que sensible.
Horny releva ses lunettes, relit l'accord de nouveau et sourit légèrement, un peu gênée :

"Ah oui, excusez-moi, l'article 4 ne nous mentionne pas...la précipitation, je suppose. Cela dit, ça ne change rien à ce que nous avons proposés de fait."
La Commissaire leva la main et l'a posa sur le bras de Velislav pour que ce dernier s'assoit de nouveau. La frange radicale, dans une négociation de paix, n'avait visiblement pas été le choix le plus judicieux pour cette rencontre, peut-être aurait-elle dû insister pour qu'un membre du BAC soit présent. A côté des husakistes radicaux, ces jeunes anarcho-communistes sont mignons, on a presque envie de les câliner. En tout cas, elle décida de reprendre, le ton froid restait le même, bien que teinté d'une douceur plus subtile à l'égard des Velsniens :

"Excellences mesolvardiennes, la critique est l'avant-garde de toute négociation. Nous avons le temps de négocier. Je pense surtout que vous vous méprenez sur notre rôle ici : nous sommes ici pour que des incidents comme celui qui nous a rassemblés en ces lieux ne se reproduise guère. En somme, et je reviens sur ce que mon camarade a pu dire en des termes moins...diplomatiques, il est inconcevable de notre part que cet accord, devant servir de base à une circulation pacifique dans le détroit, ne soit l'objet d'une instrumentalisation au profit de l'intérêt de quelques uns, que ce soit de votre Etat ou d'une poignée d'autres Etats présents ici même, pour la simple et bonne raison que vous n'êtes ni seuls à être riverains du détroit, ni les seuls utilisateurs, ce qui exclut de fait à notre sens toute forme de monopolisation dans ce dit accord. J'entends que le cas de l'Altrecht se distingue des autres mais ce n'est pas une justification pour autant : encore une fois, vous avez agressé une nation, il est naturel que vous en receviez les griefs et les conséquences diplomatiques qui vont avec et Dieu merci, les conséquences pour le Drovolski se mesurent à une rencontre multilatérale pour régler la question entre esprits raisonnables. De même, vous conviendrez qu'une agression aussi explicite laisse en suspend la confiance que l'on peut accorder au Drovolski seul, et je tiens à souligner l'aspect unilatéral de cet état de fait que vous décrivez avec les autres nations, en tant qu'arbitre de ce qui passe et qui ne passe pas dans le détroit. En attaquant délibérément, vous avez créé, que vous le vouliez ou non, un précédent. Un précédent qui nous pousse évidemment à nous méfier désormais car vous avez révélé la possibilité qu'un convoi commercial, sans capacités offensives concrètes, issu d'un pays certes dans des relations conflictuelles avec votre Etat j'entends mais certainement pas en état de guerre, puisse être pris pour cible. Une fois de plus, je ne fais qu'exposer la situation, je n'y porte pas un jugement de si vous avez eu raison au regard de votre droit ou de vos intérêts, c'est la triste réalité des choses.

Votre regard quant au droit m'est par contre d'autant plus problématique. Je n'ai pas dit que le droit ne devait pas être interprétable mais qu'une interprétation erronée qui permettrait de contourner cet accord était pour le moins hautement probable au vu de ce que vous avez proposé. Ce que je reproche à vos propositions, c'est qu'elles créent une possibilité d'une interprétation arbitraire. En droit, lorsque l'on interprète, l'interprète en question acquiert nécessairement un certain pouvoir et c'est de cela qu'il faut se prémunir car cet accord vous donne également ce dit pouvoir d'interpréter comme bon vous semble une bonne et une mauvaise escorte. C'est ce pouvoir unilatéral auquel l'accord vous confie les clés que je tiens à souligner. Je l'ai dit tout à l'heure : vous avez attaqué une escorte qui était composé d'un unique patrouilleur. Est-ce que, au regard de tous les autres acteurs de la région, y compris Velsna qui possède des bases militaires chez vous, était-ce une menace caractérisée ? Au vu de l'engagement militaire unilatéral que vous avez effectué, il est clair que les Velsniens n'ont pas eu le temps de cligner des yeux avant que vous ne tiriez.

Or, c'est précisément le problème ici : vous revendiquez votre droit à administrer le détroit et vous nous reprochez de dénoncer que cette administration semble tout de même fortement unilatérale dans un sens car entre ce que vous prétendez entre vous et moi et ce qui est écrit formellement, il y a une très forte différence de discours tout de même. Ce n'est pas très sérieux et je ne vois vraiment pas le motif qui vous anime à rester ici si c'est pour imposer vos vues. Je ne vous reproche pas d'assurer la sécurité de vos côtes par vos propres moyens, je crois que moi et ma Commission, nous avions étés suffisamment clairs par missive que ce n'est pas l'objet contre lequel nous nous sommes opposés. Cependant, ce que j'ai demandé, et ce dès le début de cette entrevue ici même, c'est d'établir un cadre à cette protection, précisément pour ne pas donner la possibilité à vos forces de reproduire un tel évènement sans motif valable de sécurité, et comprenez moi que je parle de motif sécuritaire. C'est ce qui a animé votre décision d'attaquer l'Altrecht et qui, je le suppose tout du moins, anime votre présence ici et je l'entends parfaitement.

Enfin, pour ce que je propose de mon côté, je crois que j'ai été suffisamment claire dès le début de cette entrevue, mais visiblement c'est pas tombé à la bonne adresse donc je réitère : une clause d'arbitrage en cas de litige dont les arbitres, à la discrétion des négociations qui se tiendront ici je suis ouverte aux propositions annexes, Velsna, l'Estalie et le Grand Kah. Mais au vu de votre proposition d'accord, je peux convenir de revoir la copie en y incluant Teyla et de choisir au choix l'Estalie ou le Grand Kah en tant qu'arbitre pour représenter l'Internationale Libertaire, le choix en lui-même nous indiffère. La composition de cet arbitrage créera par coercition un rapport de force qui permettra le maintien de cette clause et créait l'obligation pour les arbitres de soutenir militairement la partie agressée dans le cas où celle-ci est attaquée par l'une des parties signataires au sein du détroit, exclusivement du détroit. La coercition militaire me semblant après coup une mesure effectivement un peu extrême, nous pouvons évidemment négocier sur les modalités coercitives qui pourraient être appliquées pour la partie agresseur, que ce soit des sanctions économiques, un blocus, une interdiction de circulation dans le détroit...à votre convenance de proposer ce qui vous conviendra le mieux.
"

La Commissaire se tourna ensuite vers les Velsniens :

"Pardonnez le peu de diplomatie dont les propos de mon camarade sont imprégnés. Ce que nous entendons par "retenir nos coups" est une expression assez maladroite, mon camarade a surtout voulu exprimer qu'une négociation où une des parties se sentirait lésée, davantage s'il s'agissait de notre partie, pourrait de nouveau entraîner une escalade militaire. L'attaque du Drovolski et le déploiement des navires kah-tanais qui s'en sont suivis sont une preuve que la situation peut encore dégénérer et je vous assure que nous sommes présents sur ce navire pour éviter une telle situation. D'où la nécessité à ce que cet accord puisse satisfaire tout le monde, dans la limite de nos moyens à nous accorder.

Quant à votre proposition de modifier l'article 2, nous n'y voyons pas d'inconvénients. Pour ce qui est de l'esquisse de proposition donnée quant à un arbitrage collégial, je l'ai déjà expliqué à ses Excellences de Mesolvarde mais selon nous, il semble légitime qu'afin d'encadrer le droit du Drovolski à se défendre au sein du détroit de possibles pratiques hostiles à son égard et pour éviter que cette administration soit le seul fruit de son processus de décision, une instance collégiale qui dépasserait la logique de blocs dont nous sommes les principaux participants soit mise en place afin d'assurer la sécurité du commerce international, qu'en somme un œil extérieur à l'administration judiciaire du Drovolski puisse à la fois juger des conditions d'escorte et de contenu de matériel que le Drovolski tolère, si celles-ci sont effectivement raisonnables ou non, et permettre de donner un véto, ou au moins de créer un moyen de pression si ce jugement porte atteinte au commerce au sein du détroit. Qu'en somme, cette instance collégiale ne décide pas elle-même des conditions du commerce au sein du détroit mais limite les possibles abus entravant le commerce ou pouvant mener à une escalade géopolitique comme nous l'avons connus jusqu'alors.
"

Enfin, la Commissaire se tourna vers les Talars, le ton est cette fois beaucoup plus complaisant. Il faut supposer que les Estaliens ont une plus haute estime pour ces derniers, du moins Horny a visiblement ce biais qui est de faire confiance à ces derniers :

"Evidemment, je ne suis pas opposée à ce que la CEN dispose d'un siège, dans les mesure où les Etats que la CEN représente puisse proposer un représentant institutionnel pour accomplir cette tâche. Cela étant, non pas que j'y sois fermement opposée, je dois tout de même vous souligner la nature d'une telle instance d'arbitrage. Je paraphrase de nouveau nos homologues velsniens : tout est une question de rapports de force. Soyez conscients que ce n'est pas forcément ce que nous souhaitons, le monde se porterait bien mieux si nous nous limitions aux textes de loi et à la bonne intelligence. Cependant, la géopolitique est un monde cruel. Une telle instance d'arbitrage n'existe et continuera d'exister sur le long terme que si elle dispose des moyens pour garder son rôle crédible. Personne n'impose un droit, aussi international soit-il, sans une force coercitive, qu'elle soit militaire, diplomatique ou économique. De ce fait, je n'ai pas spontanément proposé la CEN car je pense qu'il n'est pas de mauvais ton de dire que si demain, la situation dans le détroit dégénère en guerre ouverte, la CEN n'aura pas d'autres outils que la diplomatie pour se faire entendre. L'Estalie ne s'opposerait donc pas à votre présence dans une possible instance d'arbitrage, seulement est-ce que vous pouvez me certifier que la CEN ait les épaules pour un tel rôle ? Et je vous pose cette question en toute humilité, loin de moi de déclarer la CEN incompétente sur le sujet."
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La Citoyenne Actée Iccauthli et le Citoyen-Contre-Amiral Stephan Connaway Rachinsky


La citoyenne Actée Iccauthli haussa doucement les sourcils et se saisit du style de la tablette qu’elle avait posée devant elle en arrivant. Le visage de la commissaire aux affaires extérieures arborait une expression fermée, parfaitement imperméable aux joutes oratoires et aux éclats de voix qui avaient agité la capitainerie.

Lorsqu'elle prit enfin la parole, sa voix avait un ton proche du monocorde, dépourvue du moindre tremblement, ou sentiment. Elle poussa un léger soupir, activa l’écran de sa machine, lui jeta un regard rapide puis releva les yeux vers les autres représentants.

« Amirraglio Barisi, représentants de Mésolvarde, camarades et délégués. Si vous me permettez un rapide retour sur l’origine de cette rencontre, nous souhaiterions écarter définitivement le postulat de la provocation imprévisible et de la réaction sécuritaire d’urgence. Tant pour le procès verbal que pour des raisons qui apparaîtront, je l’estime, rapidement évidente. Nous ne pouvons ainsi pas oublier que le droit doit se nourrir de la matérialité des faits. En ce qui concerne ceux qui nous intéressent, les registres maritimes sont documentés et disponibles à chaque chancellerie représentée ici, je le crois.

Ainsi, l'administration drovolskienne persiste à justifier la destruction du convoi d'Altrecht en affirmant qu'un transit de missiles balistiques à cinquante kilomètres de ses côtes constituait une menace existentielle immédiate pour une ville de 300 000 habitants, rendant une frappe préventive impérative.

La chronologie et les faits réfutent intégralement cette version.

Avant l'agression du 17 décembre 2019, l'Altrecht a ainsi fait transiter ses cargaisons militaires par ce même détroit, à huit reprises. Trois livraisons étaient destinées au Tsarat parlementaire du Khardaz, cinq au Grand Beylicat Aykhanide. La route prise par ces livraisons était rigoureusement identique à celle du 17 décembre. Le pavillon était le même, les procédures étaient les mêmes.
 »

Elle penche légèrement la tête sur le côté et s’humecte les lèvres avant de continuer.

« Les registres de transfert attestent qu'au 13 mars 2019, l'Altrecht a fait transiter par ces mêmes eaux un convoi transportant vingt-cinq missiles balistiques. La configuration matérielle était rigoureusement identique à celle du convoi détruit neuf mois plus tard : un cargo civil naviguant sous la protection d'un unique patrouilleur. Ce matériel a longé vos côtes sans qu'aucun tir ne soit ordonné, sans qu'aucune procédure d'urgence ne soit enclenchée par vos tribunaux, et sans que la sécurité de Drovolski ne s'en trouve affectée – oui ? Bien. Le convoi que vous avez coulé le 17 décembre 2019 ne transportait pour sa part que quatorze missiles balistiques. Bien entendu vous n’en saviez rien, vous ne pouviez pour votre part que constater du caractère rigoureusement identique du dispositif de transport et d’escorte.

Toujours est-il, la validité de votre argument sécuritaire est empiriquement nulle. Si un convoi ne déclenche aucun réflexe d'autodéfense en mars, un convoi strictement similaire ne constitue pas une menace existentielle en décembre sauf éléments contextuels particuliers – lesquels sont inexistants. De fait, ce convoi ne présentait aucun péril inédit. Sa destruction ne répond à aucune doctrine de défense rationnelle : elle relève du pur arbitraire d'État. Le débat sur votre prétendue légitime défense est, par conséquent, clos.
»

Elle se redressa un peu et leva les yeux vers le Sénateur-Amirraglio Barisi et le Prince Serge. On pouvait désormais discerner une pointe subtile d’agacement, dans son regard.

« Forte de cette conclusion, l’Union souhaite en revenir aux considérations sur le statut du Détroit Gris. L'Union prend acte avec satisfaction du rappel à l'ordre formulé par l’Amirraglio Barisi : l'article premier déposé par le prince Serge, prétendant conférer à Drovolski la pleine souveraineté sur le détroit, nous parait tout à fait inacceptable. Reconnaître à un État la défense de ses eaux territoriales est légitime, lui abandonner le verrouillage discrétionnaire d'une artère reliant deux hémisphères est exclu d’autant plus quand, nous l’avons vu, le verrouillage discrétionnaire susmentionné fonctionne selon des règles manifestement arbitraires. »

Une pause. Elle sourit. Une image sans joie, ou chaleur. Tout juste une légère inflexion du bout de ses lèvres. L’expression ne lui donne pas l’air beaucoup plus humaine.

« Vous souteniez néanmoins, Amirraglio, que priver Mésolvarde de ce droit de regard fragiliserait sa sécurité. Cette analyse inverse à nos yeux la causalité des événements. Le statut d'une voie navigable ne génère aucune menace militaire par lui-même. L'insécurité actuelle de Mésolvarde est le produit exclusif de ses propres protocoles d'engagement. Mésolvarde n'est en danger que lorsqu'elle décide unilatéralement d'ouvrir le feu sur des convois réguliers. Plus spécifiquement, Mésolvarde est actuellement en danger, car ils ont tiré les premiers sur nos camarades.

La présence de notre Flotte de Projection au large de ces côtes en est la démonstration. Ce déploiement n'obéit à aucune visée annexionniste et est la conséquence procédurale et automatique d'une agression contre un membre de l'Internationale Libertaire. Dès lors que l'administration drovolskienne sera privée de la capacité technique et juridique d'entraver le transit maritime, elle sera garantie contre ses propres erreurs de jugement et – de fait – contre une éventuelle réponse mécanique à une agression contre nos alliés.
»

Elle déplace son regard vers la Commissaire Horny et la délégation estalienne. Après un temps, elle inclina la tête en signe d’assentiment.

« La camarade Horny a souligné très justement les dérives inhérentes au projet du Prince Serge. Nous ne reviendrons pas sur la nature cavalière et inappropriée de cette proposition dans son intégralité. Dans l’hypothèse où il faudrait la prendre au sérieux, l'alinéa 2.2, exigeant d'alléger les escortes militaires pour prouver l'absence d'intention hostile tient à nos yeux de l’absurde. L'incident du 17 décembre ne prouve-t-il pas que la présence d’un unique patrouilleur léger n'a pas empêché Mésolvarde de faire feu ? Exiger d'un convoi qu'il réduise sa protection là même où une attaque non provoquée vient d'avoir lieu contre un convoi léger revient à exiger qu'il se livre en cible passive. De même, l'alinéa 2.4 et ses privilèges d'exemption bilatéraux ne sont que des passe-droits dictés par une logique féodale. Ce pot-de-vin sous la forme d’un traité avantageux n’est pas recevable pour la simple et bonne raison qu’un standard de navigation n'est viable que s'il est universel. »

Elle se pencha vers un de ses aides, qui lui chuchota quelque chose en syncrelangue. Elle acquiesça une première fois, puis posa le plat de ses deux mains sur la table, et se racla doucement la gorge.

« Concernant la proposition d'une instance collégiale de supervision, le Grand Kah y souscrit pleinement. Permettez-moi d'apporter une clarification essentielle aux remarques de la Commissaire Horny : pour ce qui est de l'Internationale Libertaire, il n'y a pas à trancher entre l'Estalie et le Grand Kah. Si la Fédération estalienne a toute sa place au sein du mécanisme de surveillance pour des raisons géographiques et géostratégiques sur lesquelles il nous semble superflu de revenir, la présence des Communes Unies du Grand Kah n'est pas une option. Nous avons été désignés co-négociateurs officiels de ce sommet par la puissance invitante, nous représentons l'alliance solidaire d'Altrecht, et nous sommes la puissance qui déploie actuellement le dispositif naval de coercition au sein du Détroit Gris.

Il apparait dès-lors que notre présence au sein de tout organe régulateur est un prérequis fonctionnel et matériel.

Par ailleurs, quant aux doutes légitimes de la camarade Horny sur la capacité coercitive de la Communauté des États Nazumis, nous considérons pour notre part que la solution proposée est de nature structurelle : une architecture de sécurité pérenne conjugue la légitimité du droit et la réalité des rapports de force. Que la CEN et le Talaristan apportent leur caution institutionnelle et juridique pour représenter les vingt-huit nations du continent nazumi, les moyens de contrainte et d'application militaire, eux, pourront être garantis par les puissances signataires qui en ont la capacité opérationnelle, à commencer par le Grand Kah et Velsna.
 »

Elle attrapa les côtés de sa tablette, et en aligna le bas sur la boiserie de la table. Son regard se portait désormais vers la délégation mésolvardienne. Une émotion s’y lisait. Froide. Peut-être du mépris, ou la conscience aiguë qu’elle faisait face à tout ce que sa Révolution avait promis d’éliminer. Peut-être qu’elle y pensait en cet instant même.

« Je conclurai, énonça-t-elle distinctement, sur les paramètres concrets et immédiats de cette rencontre.

La camarade Horny s'interrogeait sur les leviers coercitifs nécessaires pour contraindre un agresseur au respect du droit, une interrogation légitime. Nous nous interrogeons sur notre part sur la capacité de l’Empire Constitutionnel à comprendre où se trouve son intérêt. En effet, il se trouve que cet outil coercitif existe déjà, et qu'il est actuellement situé à quelques milles marins de notre position, et est manœuvré par le Contre-Amiral Stephan Connaway Rachinsky, ici présent, et le Vice-Amiral Toshirō Tohei.
 »

L’officier kah-tanais, qui avait gardé un silence respectueux jusque-là, acquiesça poliement. Actée continua.

« La Flotte de Projection du Grand Kah maintient un blocus naval hermétique sur l'ensemble des rades et infrastructures portuaires de l'Empire de Drovolski. Par considération pour la Grande République de Velsna et conformément à nos principes, le corridor céréalier demeure ouvert pour nourrir les populations civiles mais, en revanche, les exportations minières, l'uranium et l'ensemble des flux stratégiques du Drovolski sont totalement paralysés.

Nous considérons pour notre part qu’en l’état, le choix soumis à l'Empire constitutionnel de Drovolski est le suivant.

Première option, vous acceptez la sanctuarisation internationale du détroit. La gestion unilatérale est abrogée au profit de cette autorité collégiale quadripartite rassemblant l’ONC, l’OND, le LiberalIntern et la CEN. Le régime d'autorisation est remplacé par une simple notification technique préalable de navigation pour les cargaisons sensibles, sans droit de veto drovolskien ni restriction d'escorte arbitraire. Dès la signature apposée, l'ordre de levée du blocus sera transmis et nos bâtiments auront regagné leurs bases sous quarante-huit heures.

Seconde option, vous persistez à vouloir soumettre une route maritime mondiale à l'arbitraire de vos tribunaux et décrets locaux. Dans ce cas, le Grand Kah n'apposera pas sa signature. En tant que co-négociateur, l'absence de notre paraphe rendra tout accord caduc. Vos navires resteront à quai, vos minerais resteront dans vos silos, et notre blocus sera maintenu jusqu'à ce que soient rassemblées les concessions nécessaires à sa levée.

Je vous remercie de votre attention.
»
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