20/11/2020
01:23:45
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[Gallouèse-Karty] Rencontre à Ligert - Page 2

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AlinéaHannah Husseski écouta, et elle ne savait que trop en penser. La seule chose qui l'interpellait était la demande Gallèsante, qui l'invitait —elle— à collaborer avec les renseignements. Cela ne devait pas arriver.

«Hum... En réalité, messieurs, je ne fais pas partie des renseignements Kartiens... Je ne suis, ainsi, pas la mieux placée pour répondre à ces questions.»

La Gouverneure avait écouté, elle aussi, d'une attention et d'un intérêt plus grand. Sa sévérité semblait s'amoindrir. Enfin, ses interlocuteurs fournissaient de quoi échanger, correctement. Elle enchaîna sur le propos de dame Husseski.

«Les agents Kartiens, lors de cette opération en Loduarie Communiste, ont péri. S'agissant uniquement d'agents Antariens, la République Fédérale Kartienne se doit en conséquence de contacter son alliée Antarienne: Nous ne saurons divulguer des informations sensibles sur leurs agents sans leur accord. La Vorna serait disposée, une fois cela fait, à composer avec vos services.

Ce n'est néanmoins pas une collaboration que nous pouvons improviser ici, reprenant vos mots. La République Fédérale Kartienne avait sollicité cette entrevue afin de sonder les positions Gallèsantes sur notre présence en Antares. Puisque cette dernière est acceptée, les discussions en sont écourtées. Cet axe s'ajoute à la future collaboration de nos renseignements autour du transit de quelques agents Antariens sur votre sol. Finalement, ne s'agissant que d'un contact préliminaire, nous estimons sage et productif que d'engager des accords de reconnaissance mutuelle, de non agression et d'entente cordiale. Le Duché de Gallouèse serait-il prêt à formaliser l'ensemble de ces accords, ou bien a-t-il d'autres demandes ?
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Après de la prise de parole hésitante de Hannah Husseski, l'attaché sécurité se permit de réagir à chaud.

« Ça n'a pas tellement d'importance ; vous dites que vous avez collaboré avec eux et que vous disposez d'informations sur un transit d'agents antariens par notre sol. Donc vos éclairages nous seront précieux. Que ce soit vous, ou l'un de vos collaborateurs - enfin, quelqu'un qui détient les mêmes infos que vous. »

Lorsqu'ensuite Orlovski énonça sa retenue à vouloir travailler avec la DDS sans l'accord des Antariens, les Gallèsants furent un peu désappointés du refus fait à la proposition du président : finalement, malgré les secrets divulgués, à la volée, lors d'une rencontre diplomatique, Karty n'était vraisemblablement pas prêt à leur donner les informations dont ils disposaient. Moliëre répondit :

« Très bien, il est tout à fait normal que vous preniez le parti de votre allié dans cette affaire. Si toutefois la Vorna veut jouer les médiateurs entre l'Antares et la DDS, nous en serons ravis. Je doute simplement que l'Antares souhaite divulguer des informations qu'ils ont essayé de nous cacher il y a quelques mois et qu'ils nous cachent depuis... »

« Je me permets tout de même d'insister, mesdames, intervint le président Farche, une collaboration entre la Vorna et la DDS pout élucider cette histoire serait d'un grand bénéfice pour la stabilité de la région, vous comprenez pourquoi je crois. Tout de même, repensez-y. »

Puis Angèle Orlovski confia son souhait d'écourter la discussion.

« Je suis désolé, en profita pour dire Farche, mais il va falloir que je vous laisse à présent. Puisqu'il semble que nous ayons refermé ce sujet pour aujourd'hui, je vous laisse conclure avec monsieur le ministre ? Ce fut un plaisir. Au revoir, madame la Gouverneure. »

Il raccrocha.

Henri dè Chastèu-Beriant se tourna alors vers la Gouverneure.

« Bien, madame, pour vous répondre, j'aimerais mieux comprendre de quoi vous nous parlez. Pourriez-vous préciser, s'il-vous-plaît, si vous parlez d'accords avec Karty ou avec la République d'Antares ? Et puis, je crois que la question de la Loduarie figurait également à l'ordre du jour ? »
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AlinéaHannah Husseski se recroquevilla encore un peu plus, lorsque le militaire Gallèsant passa ses nerfs sur elle. Il y avait ce duel en elle. Elle était une agente des renseignements Kartiens, elle avait déjà tué. La soudaine envie d'opérer ainsi avec cet homme lui traversa l'esprit. Il y avait évidement trop de témoins après tout. N'est-ce pas ? Une question qui n'aura pas de réponse, puisque la Gouverneure Orlovski coupa ces réflexions internes.

«La République Fédérale Kartienne vous offre deux options, quant à l'affaire des agents Antariens. Cela ne relèvera que de vôtre choix, nous n'en voyons pas personnellement de réelle différence. Aux yeux Kartiens. Soit la Vorna compose avec la DDS, et ce sans prévenir l'Antares, pour le bien de votre enquête, mais se réserve le droit de ne pas fournir une information qu'elle jugerait unilatéralement trop sensible, notamment pour le bien des relations Antaro-Kartiennes. Soit nos renseignements, en plus de notre gouvernement, effectueront une médiation entre votre partie et celle Antarienne. Nous pouvons vous garantir que la République d'Antares vous fournira les informations nécessaires, nous en avons la certitude. Il est à rappeler que notre alliée était en guerre contre la Loduarie Communiste à cette époque, une telle situation a forcément indiqué quelques choix précipités.

En ce qui concerne ces accords que nous avons évoqués, il s'agissait de bâtir les prémices des ponts de la diplomatie cordiale entre nos deux pays. Nous laissons la diplomatie Antarienne aux Antariens, cela va de soi. Finalement, quant à la Loduarie Communiste, nous ne nous évertuerons guère sur le sujet. La position Kartienne est tranchée sur ce pays, il s'agit d'une dictature totalitaire aux desseins expansionnistes, que personne ne peut raisonner. Seules les armes sont le langage adapté avec ce pays. Il s'agit d'un danger pour la communauté internationale, de part son règne de terreur par l'unique usage de sa force. Nous aimerons connaître les positions Gallèsantes quant à ce pays.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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André Moliëre, qui incarnait en son absence l'autorité du président, réfléchit au dilemme posé par la partie kartienne concernant la coopération de la Vorna avec la DDS. Puis il dit :

« Je comprends madame, mais, sans vouloir vous faire offense, votre certitude, toute sincère qu'elle soit, ne constitue pas une garantie. Nous n'aurons jamais de garantie que l'Antares souhaite coopérer avec nous, et d'ailleurs, tout porte à croire qu'ils ne veulent pas, puisque, je le maintiens, ils n'ont pas voulu coopérer par le passé. Et honnêtement, je ne vois pas ce qui aurait changé pour eux depuis. Non, nous préférons avoir affaire à vous. C'est honnête de votre part - je le pense sincèrement, madame - de nous informer que votre aide sera limitée à la défense de votre allié même si celui ci s'avérais être notre ennemi. Donc nous ferons transmettre à la DDS qui prendra contact avec la Vorna pour travailler sur cette affaire. »

Henri dè Chastèu-Beriant rebondit ensuite sur les questions d'ordre diplomatique.

« Ah d'accord, vous parlez des relations gallo-kartiennes ici. Eh bien, dans ce cas, je ne saisis pas très bien le sens d'une déclaration de reconnaissance mutuelle, je ne vous la cache pas ; de même pour un accord de non agression. Pour ce qui est d'une déclaration d'entente cordiale, je vais me permettre dans un premier temps de ne rien précipiter. Nous ne fermons pas la porte à une telle avancée vers un rapprochement gallo-kartien, mais il me semble que les points soulevés aujourd'hui nécessitent d'être décantés, afin notamment d'éviter la gênante situation où nous constaterions, dans quelques mois, une incompatibilité stratégique sur la question de l'Antares. Une fois cela fait, nous serons bien sûr ravis de pouvoir discuter d'un rapprochement diplomatique avec Karty. Et dans tous les cas, si vous souhaitez discuter avec nous des accords d'ordre économiques, ma porte sera toujours ouverte.

Non, plutôt que de produire une déclaration d'entente cordiale à l'issue de cette réunion si... particulière, je suggère déjà que nous parvenions à tomber d'accord sur un communiqué commun. Ce serait déjà pas mal.

Si nous évoquons maintenant la question de la Loduarie, vous devez savoir que la position du duché a évolué, sous mon gouvernement. Nous allons nous montrer bien plus fermes que nos prédécesseurs l'ont été. Je partage votre constat : la Loduarie est un danger pour le monde. Il ne connaît qu'un seul frein, et c'est la dissuasion d'une force qui lui est supérieure. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous rejoignons l'OND. Toutefois, prenons garde avec le vocabulaire guerrier des armes, car c'est un pays qui sait se tenir tranquille si l'on ne cherche pas l'escalade ; le passé l'a montré. Il ne faut rien concéder, mais dissuader, et se tenir à distance de la Loduarie. Voilà notre position. »


Post-scriptum HRP : Je considère le passage dans la tête de Husseski comme nul et non avenu, étant donné que ça ne répond pas à ce que j’ai écrit. Ce n’est pas ça le sens, en français, de l’expression « à chaud ».
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AlinéaLa Gouverneure Fédérale enchaîna, et ce assez directement, le propos. L'entrevue commençait à toucher à sa fin.

«Soit, telle est votre décision. Ce n'est pas une coopération qui, comme vous l'avez bien souligné, peut s'envisager ici, en ce lieu et à cette heure. Nos renseignements entreront en contact, la Vorna vous fournira les informations qu'elle pourra vous communiquer sans compromettre notre alliance avec la République d'Antares.»

Elle ferma les yeux, quelques petites secondes, inspirant par la même occasion. Puis, elle reprit.

«Cela étant, nous comprenons votre propos: Aucune coopération réelle tant que cette affaire ne sera pas élucidée. Soit. Nous partageons votre lecture quant à la Loduarie Communiste, et sommes ravis d'observer un positionnement plus ferme de votre pays à l'égard de ce dernier. Finalement, qu'entendez-vous par un communiqué commun ? A quel sujet ?»

Contexte (HRP)Contexte (HRP) a écrit :Compte tenu des erreurs de temporalité qui s'élargissent de jour en jour, Antares étant désormais Corvus, je te laisse décider pour la suite du RP sur la coopération entre les renseignements. Quoiqu'il en soit, je considère l'Antares de l'époque avertie confidentiellement de cette coopération, des doutes Gallésants ect.

Citoyenne Angèle Orlovski
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L'air convenu, Henri dè Chastèu-Beriant répondit simplement :

« Eh bien nous avons l'usage, à la fin de toute entrevue de travail, comme celle-ci, de rendre public le contenu de notre discussion... Pour la presse vous comprenez, et puis pour le Parlement. Ce n'est pas une obligation légale, mais c'est bien vu. Vous n'y avez d'objection ? Cela nous permettra de mesurer à quel point nos vues ont pu converger. Évidemment, nous avons beaucoup discuté de question relatives aux renseignements, il n'est pas question de publier ça. Mais nous pourrions marquer le coup envers la Loduarie. Et nous pourrions voir ce que nous avons comme points d'accords au sujet de l'Antares. C'est Matthieu, juste ici, dit-il en montrant le secrétaire à sa droite, qui s'est chargé de faire un brouillon. Vous voulez bien nous montrer, Matthieu ? Conclut-il d'un ton paternaliste.

Le secrétaire tira ses notes devant lui, puis lut à claire voix :

Communiqué commun
Rencontre gallo-kartienne

Fait à Ligert,
le 5 janvier 2019

Réunis ce jour à Ligert, au ministère des affaires étrangères, sur la volonté de la République fédérale kartienne, la Gouverneure Angèle Orlovski de la République fédérale kartienne et le ministre des affaires étrangères du duché de Gallouèse Henri dè Chastèu-Beriant, ont discuté des coopérations bilatérales possibles entre Karty et la Gallouèse afin de garantir la stabilité de l'Eurysie occidentale, dans le cadre de l'affaire antaraise.

Lors de la rencontre, les représentants kartiens ont fait savoir leurs interrogations sur les relations entre la Gallouèse et la République l'Antares. Les représentant du duché ont notamment affirmé : que la Gallouèse reconnaissait comme le gouvernement légitime de l'Antares celui qui avait cours avant la guerre civile ; que la MIRA avait été à l'initiative d'un coup d'État ; que toute restructuration du gouvernement de ce pays dépendrait du processus de décision mis en place ; que seul le peuple antarais pouvait décider de son avenir.

Les représentants kartiens ont affirmé qu'ils se teindraient toujours aux côtés de l'Antares, que leur alliance était indéfectible ; que l'issue de la guerre entre le gouvernement historique et Corvus n'altérerait pas leur engagement, pourvu que le gouvernement qui en serait issu soit démocratique.

Karty et la Gallouèse affirment solennellement que le seul le peuple antarien, dans son intégralité et sans discrimination, pouvait décider de son avenir ; et que l'Antares doit être démocratique, afin de permettre la stabilité de l'Eurysie ; que l'Antares ne trouvera pas la paix sans la démocratie.

Karty et la Gallouèse s'associent pour rappeler leur dénonciation des agissements loduarien. La Loduarie, en agissant comme elle l'a fait, est seule responsable de la guerre qui l'a opposée au Concordat de Shaula ; elle doit lever immédiatement le blocus qu'elle impose à l'Antares et offrir des garanties à la paix.

Enfin, les représentant de la Gallouèse ont informé ceux de Karty, à leur demande, que la Gallouèse prendra toutes les mesures qu'elle juge nécessaire pour se prémunir de tout débordement de la guerre civile antaraise sur son sol, et de toute hostilité d'entités antaraises, quelles qu'elles soient.

La Gallouèse et Karty annoncent chercher à travailler plus efficacement ensemble sur ces questions.

HRP : reçu.
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AlinéaD'un air d'acquiescement, elle répondit.

«Aucune objection. Nos autorités jugent nécessaire de rendre accessible à toutes et tous sa politique étrangère, bien au delà d'un groupe parlementaire ou de la presse: La République Fédérale Kartienne affiche publiquement sa diplomatie pour que son peuple la comprenne et, au besoin, la conteste.»

Elle écouta, succinctement, l'exposé oral que lui fit ce secrétaire, ce Matthieu. Dans le fond, tout allait, mais il y avait bien quelques modifications à apporter. Elle le fit remarquer.

«Tout d'abord, et je ne sais pas s'il s'agit là d'une partie du dialecte Gallèsant, mais l'usage commun nomme le peuple d'Antares le peuple Antarien, et non Antarais. Il serait sage de ne pas se fourvoyer sur le gentilé du principal pays dont nous parlons.

Concernant le quatrième paragraphe, la République Fédérale Kartienne ne reconnaît pas que le peuple Antarien seul puisse décider de son avenir. Cela reviendrait à exclure le peuple Corvun, tout autant légitime lui aussi. Dans la même partie, il serait sage de modifier quelque peu 'que l'Antares ne trouvera pas la paix sans la démocratie'. Cela pourrait indiquer que vous... Que nous serions prêts à entrer en guerre si ce n'était pas le cas. Même si la République d'Antares subit les foudres d'une junte militaire, les enfants du Commissariat des Armées Kartiennes ne pourront pas se résoudre à tirer sur leurs frères.

Du reste, nous n'avons aucune réserve supplémentaire.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Le ministre regarda son secrétaire, lequel, pris de chaleur, passa son index entre son cou et le col de sa chemise.

« Antarais... un peu de sérieux, Matthieu enfin... » lâcha le comte de Vaez.

Il se tourna ensuite vers la gouverneure.

« Je vous suis concernant la formulation de la phrase sur la paix, il est bon de lever toute ambiguïté. Mettons donc : « L'Antares court à sa propre perte si elle renie la démocratie ». Pour ce qui est du peuple antarien, Matthieu a justement précisé que nous parlions du peuple entier, sans discrimination, et, de fait, les « Corvuns » - il mima les guillemets avec ses doigts - font depuis longtemps partie du corps des citoyens antariens... Je veux bien mettre autre chose, mais je ne connais pas d'autre appellation. Si vous ne voulez vraiment que ce soit écrit ainsi, on peut aussi rester vague et mettre « les populations locales ». Ça vous irait ? »
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AlinéaAngèle s'exaspéra du comportement du Ministre Gallèsant envers son secrétaire. Il y avait en cela tout ce qu'il y avait de détestable dans ces Républiques bourgeoises. Si la République Fédérale Kartienne était loin d'être la première à faire remonter ce type de ressentiments, à contrario de l'Union Kahtanaise ou de l'Estalie, elle n'en pensait pas moins. Oh bien sûr, qu'il était facile pour ce ministre de critiquer un travail qu'il n'avait pas fait. 'Mais je suis ministre, je ne sais rien faire !', célèbre réplique d'un de ces films humoristiques.

Concernant les modifications, aucune des deux ne satisfait la Gouverneure Orlovski. Plus exactement, elle savait qu'aucune des deux ne conviendrait au Sénat Fédéral, le Sejm. Elle agissait plus en ce sens que dans son intérêt, et c'était là son rôle.

«Dire que l'Antares court à sa perte revient à la même chose, que d'éventuelles représailles seraient à envisager. Si tel est votre ambition, ça n'est pas la nôtre. Je suggère, plus simplement, de retirer la dernière phrase du quatrième paragraphe. Quant à l'évocation de Corvus, il ne s'agit pas d'une simple population locale. Cela revient, encore une fois à lui retirer l'importance de son statut et sa légitimité. Voyez-vous, c'est ce type de comportement, même involontaire, qui a conduit à la guerre civile en Antares. Le peuple Corvun n'a jamais été réprimé, jusqu'à il y a peu par la MIRA: On ne l'a plus désigné, pendant plusieurs centaines d'années. Je suggère, ainsi, de nommer le peuple Antarien et Corvun directement.»

Citoyenne Angèle Orlovski
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Le premier désaccord soulevé par la Gouverneure agaça le ministre - il n'était pas besoin, après tout, de trouver pour lui des subterfuges aussi grossiers. Évidemment que la phrase ainsi reformulée, sans aucune ambiguïté possible, ne pouvait être entendue comme une menace de représailles, à moins de confondre le français et le serbo-croate. Mais le ministre comprit bien l'endroit où la politicienne aguerrie voulait le mener : Karty souhaitait simplement retirer cette phrase, afin de ne pas conditionner son alliance à l'établissement d'une démocratie en Antares. C'est en tout cas la seule conclusion qu'il pouvait en tirer, ce qui ne manqua pas de le rendre, en son for intérieur, encore plus méfiant vis-à-vis de Corvus, lui qui ne manifestait déjà pas pour eux les plus grands égards. Alors qu'il avait l'intention de dire « soit », André Moliëre sortit de son silence.

« Si je puis me permettre, Madame, je crois que vous vous méprenez sur la visée de cette phrase. Son but est de faire comprendre que, sans la démocratie, il y aura toujours une partie de la population qui, dans un pays aussi fragmenté, et surtout armé, que l'Antares, prendra les armes et poursuivra la guerre. La démocratie est le seul moyen de gagner la paix, voilà peut être une façon de formuler qui vous conviendra mieux ; en tout cas, il me semble bien que c'est là un point qui vous est cher, puisque vous défendiez à l'instant la méreprésentation des Corvuns dans l'ancien régime. »

Le second désaccord vint, et le peu que l'on puisse dire est qu'il interloqua l'assistance. Henri dè Chastèu-Beriant resta un moment figé dans une expression débile, puis se reprenant, il dit :

« Alors, Madame, je crois que nous avons là un vrai désaccord de fond. Le peuple « Corvun » - il persistait à mimer - n'est pas une simple population locale ? Elle vaut plus que les autres populations locales ? Et de quel droit ? En utilisant ce vocable, nous excluons les conflits ethniques, nous incorporons tous les habitants de l'Antares. Il est absolument hors de question que nous écrivions « Les "Corvuns" - il mime toujours - et les autres ». »
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AlinéaElle aurait pu continuer de s'exaspérer, oui. Continuer de se dire qu'elle avait en face d'elle un ramassis de bureaucrates, chacun plus incompétent que l'autre. Néanmoins, la Gouverneure Orlovski choisit la voie noble, calme. Elle prenait exemple de ce qu'elle savait des méthodes de la Citoyenne Shimanskaya: Être avenante. Elle se prononça, d'un calme étonnant qui dénotait profondément des différences de point de vue qui se manifestaient.

«L'utilisation des mots est d'une importance cruciale, Excellences Gallèsantes. S'il est évident que nous ne sommes pas réunis autour d'une table à des buts de discussions philosophiques, il est tout aussi évident que le langage est un outil par lequel les Hommes se comprennent. Ce langage est manipulable, source de manipulation, c'est précisément pourquoi nous autres, Kartiens, tenons à choisir précisément nos mots avec attention.

Ce qui pour vous, Gallèsants, signifie une chose, peut en signifier une autre pour nous. Il s'agit là d'une différence de culture, d'une barrière de la langue, ce que nous ne pouvons blâmer. Admettons: 'L'Antares court à sa propre perte si elle renie la démocratie'. Pour vous, cela veut simplement dire que la guerre des ombres ne s'achèvera jamais correctement sans apparition démocratique. Pour nous, cela inclut la possibilité que nous nous réserverions le droit d'attaquer la République d'Antares si elle ne se conforme pas aux idéaux démocrates. Ce qui a déjà été évoqué, nos enfants ne tireront pas sur leurs frères.

Nous vous prions, en conséquence, de ne guère faire paraître cette phrase sur ce communiqué: En l'absence d'un terrain mutuellement qualitatif en la matière.
»

Cependant, la Gouverneure eut une étincelle au fond de ses iris, lorsqu'Henri dè Chastèu-Beriant mimait, encore, la nation Corvienne. Il s'agissait là d'une profonde insulte, un sincère manque de respect. Elle maintint sa sérénité.

«Nous ne vous demandons pas d'élever le peuple Corvun au dessus des autres, Excellences Gallèsantes. Nous vous demandons de le mettre sur un pied d'égalité, tout en faisant la distinction entre Antariens et Corvuns. En d'autres termes, nous vous demandons de faire figurer cette formulation: 'Karty et la Gallouèse affirment solennellement que seuls les peuples Antarien et Corvun, dans leur intégralité et sans discrimination, peuvent décider de leur avenir'.

A la présente, je tiens à vous signifier un élément moins adéquat aux us et coutumes diplomatiques habituels. Nous pouvons discuter de ces formulations, en long, en large et en travers: Autant que vous le souhaitez. Sachez, en définitif, que je ne cherche pas à faire prévaloir mon point de vue. Ça n'est pas mon rôle, et ça ne l'a jamais été. Je vous traduis ce que penseront les Kartiens et les Kartiennes de ce communiqué, car ce seront eux qui auront le dernier mot. C'est à eux que revient le droit de regard sur la diplomatie que mène leur pays. Je comprends vos formulations, Excellences Gallèsantes, mais elles ne sont pas adaptées pour notre peuple.
»

Citoyenne Angèle Orlovski
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La réponse d'Angèle Orlovski sur la démocratie donna tort à Moliëre et raison au ministre : ses éléments de langages servaient bel et bien de prétexte à un refus sur le fond. Il ne servait à rien d'argumenter. L'un et l'autre gardèrent donc le silence tandis que le secrétaire rayait la phrase « problématique ».

La gouverneure poursuivit, faisant savoir à nouveau son refus d'être conciliante ; elle exprima aussi son désintérêt pour le communiqué commun.

« Certes, Madame, répondit le ministre, vous pouvez aussi quitter Ligert sans que nous tombions d'accord, mais ce serait l'aveux d'un échec pour nous comme pour vous. Tâchons donc de ne pas achopper sur un sujet aussi bas. La formulation que j'ai proposée , celle des « populations locales », je l'ai proposée parce qu'elle est suffisamment vague pour contenter tout le monde ; elle ne contrevient ni à la position gallèsante d'un seul corps électoral, ni à la position kartienne de deux peuples distincts. Aussi, si vous souhaitez que le communiqué mentionne les deux peuples, c'est que vous souhaitez que le communiqué commun adopte vos vues. Vos vues, nous les respectons, mais nous ne les partageons pas sur ce point précis. De la même manière que nous avons renoncé à écrire « le peuple antarien », je vous propose de renoncer à écrire « les peuples antarien et "corvun" » (il n'avait décidément pas fini de faire des guillemets avec ses doigts). Trouvons ainsi un terrain d'entente sur ce juste milieu, ça vous va ? »

Communiqué commun
Rencontre gallo-kartienne

Fait à Ligert,
le 5 janvier 2019

Réunis ce jour à Ligert, au ministère des affaires étrangères, sur la volonté de la République fédérale kartienne, la Gouverneure Angèle Orlovski de la République fédérale kartienne et le ministre des affaires étrangères du duché de Gallouèse Henri dè Chastèu-Beriant, ont discuté des coopérations bilatérales possibles entre Karty et la Gallouèse afin de garantir la stabilité de l'Eurysie occidentale, dans le cadre de l'affaire antarienne.

Lors de la rencontre, les représentants kartiens ont fait savoir leurs interrogations sur les relations entre la Gallouèse et la République l'Antares. Les représentant du duché ont notamment affirmé : que la Gallouèse reconnaissait comme le gouvernement légitime de l'Antares celui qui avait cours avant la guerre civile ; que la MIRA avait été à l'initiative d'un coup d'État ; que toute restructuration du gouvernement de ce pays dépendrait du processus de décision mis en place ; que seul le peuple antarien pouvait décider de son avenir.

Les représentants kartiens ont affirmé qu'ils se teindraient toujours aux côtés de l'Antares, que leur alliance était indéfectible ; que l'issue de la guerre entre le gouvernement historique et Corvus n'altérerait pas leur engagement, pourvu que le gouvernement qui en serait issu soit démocratique.

Karty et la Gallouèse affirment solennellement que le seules les populations locales, dans leur intégralité et sans discrimination, pouvaient décider de l'avenir de l'Antares ; et que l'Antares doit être démocratique, afin de permettre la stabilité de l'Eurysie.

Karty et la Gallouèse s'associent pour rappeler leur dénonciation des agissements loduarien. La Loduarie, en agissant comme elle l'a fait, est seule responsable de la guerre qui l'a opposée au Concordat de Shaula ; elle doit lever immédiatement le blocus qu'elle impose à l'Antares et offrir des garanties à la paix.

Enfin, les représentant de la Gallouèse ont informé ceux de Karty, à leur demande, que la Gallouèse prendra toutes les mesures qu'elle juge nécessaire pour se prémunir de tout débordement de la guerre civile antaraise sur son sol, et de toute hostilité d'entités antaraises, quelles qu'elles soient.

La Gallouèse et Karty annoncent chercher à travailler plus efficacement ensemble sur ces questions.
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AlinéaDécidée à clôturer cette entrevue dont les objectifs avaient suffisamment été discutés, la Gouverneure Orlovski acquiesça simplement pour le nouveau jet du communiqué.

«Да.»

Citoyenne Angèle Orlovski
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