
Activités étrangères à Finejouri - Page 2
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01.01.2019
Dans une annonce prononcée dans la nuit, le Royaume de Finejouri a estimé que ces avions avaient enfreint le protocole de déploiement convenu le 22 novembre 2018 entre le Finejouri et l'Azur, et a signifié son souhait que les troupes azuréennes déployées sur son territoire interrompent les manoeuvres prévues par ce protocole. Il a enfin exprimé son souhait qu'un nouveau cadre de coopération militaire soit mis en place afin de pallier à ce qu'il considère comme un dysfonctionnement du cadre préexistant.
Le Diwan constate que le protocole n'a pas été enfreint et que l'Armée califale honore ses engagements sans faille. Il demande le retour de la colonelle Kahina Samarqand en Azur et confirme son intention de se conformer aux nouvelles demandes du Finejouri, ainsi que la caducité du protocole du 22 novembre. Il se tient à la disposition du gouvernement de Sa Majesté en vue d'établir un nouveau cadre de coopération militaire adapté à la situation actuelle. Si un tel cadre n'est pas trouvé rapidement, la mission azuréenne se retirera du Finejouri.
L'Azur formule le voeu que la coopération stratégique avec le Finejouri puisse s'adapter à la nouvelle situation afin de garantir une meilleure sécurité mutuelle et apporter aux engagements réciproques leur pleine effectivité matérielle. De l'amitié azuro-finejourie il n'a aucun doute. Au contraire cet incident y contribue. Le Diwan salue la mesure du royaume de Finejouri. Il se félicite de la limpidité et de la clarté de vues dont sont capables les puissances afaréennes au moment où dans l'ombre se démasquent les traîtres.
Proverbe tamasheq
Amastan Ag AmenayMinistre des Affaires étrangères
01.01.2019
Posté le : 08 mars 2026 à 10:28:37
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- Recommandation n°59
- Recommandation n°60
- Recommandation n°61
CRAMOISIE© sera notre paradis !
Posté le : 16 mars 2026 à 21:45:43
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Le Churaynn revendique l'assassinat de Son Excellence Monseigneur Bartholoméon de Petipont.
Où en est l'enquête ?

Le Churaynn est-il responsable de l'assassinat de Bartholoméon de Petipont ? C'est en tout cas se que laisseraient entendre plusieurs déclarations proférées par des soutiens du régime et par le Sadr lui-même sur les réseaux sociaux. Bien connu pour ses déclarations tonitruantes et souvent non suivies d'effets, l'Empire du Churaynn vient-il de crânement lever le mystère sur la mort de Son Excellence Monseigneur ? C'est une rumeur qui enfle et qui interroge, au point que les autorités kabaliennes aient spécifiquement demandé aux responsables de l'enquête sur l'assassinat du Pape noir d'étudier cette hypothèse. Si le Churaynn est bien responsable de l'assassinat de Son Excellence Monseigneur Bartholoméon de Petipont, ce serait un pas de plus franchi vers l'escalade entre le PAS et la Kabalie rouge. Car deux pays au moins de l'organisation se seraient chacun à leur tour rendus coupables d'agression contre la République Actionnariale du Désert.
Avant l'Azur, le Churaynn ? Ces deux-là se sont décidément bien trouvés et auraient pu, selon toute vraisemblance, travailler ensemble à l’exécution du libérateur de la Kabalie. Celui qui dirigea le coup d’État luciférien contre les colonisateurs carnavalais et mit fin au génocide aurait été assassiné par une puissance étrangère ? Il est probable qu'en cherchant à assassiner Son Excellence Monseigneur, l'Azur et le Churaynn aient souhaité empêcher les réformes progressistes engagées par Bartholoméon de Petipont et remettre au pouvoir Camille Printempérie. Un billard à trois bandes qui aurait permis au PAS de se positionner comme seuls protecteurs des Kabaliens face aux génocidaires. De là à conspirer secrètement avec l'ex-PDG Protecteur ? C'est une hypothèse qu'on ne peut désormais plus écarter. Si les autorités de la Kabalie rouge restent prudentes et peu loquaces sur l'avancée des investigations concernant ce drame affreux, des premiers résultats ont malgré tout été communiqués à la presse ces derniers mois. L'utilisation d'un drone tueur de fabrication carnavalaise est désormais attestée, ce qui attesterait de la complicité de certains primo-colons catholans. Les soupçons étaient jusque-là tournés vers la figure de Camille Printempérie, que sa fuite dans le désert rouge semble accuser, mais la police assure ne négliger aucune piste. L'implication d'une puissance étrangère hostile est, à ce stade, toujours considérée comme possible.
Il est important, pour comprendre pourquoi cette possibilité est étudiée avec sérieux, de se remettre dans le contexte de l'assassinat de Bartholoméon de Petipont. Le Pape noir avait alors engagé en série de réformes pro-kabaliennes et travaillait en étroite collaboration avec les chefs de clans survivants du génocide afin de mettre en place des formes de réparations, réconcilier natifs et carnavalais, et consolider la jeune république actionnariale. Un projet clairement perçu comme une menace par la faction la plus belliciste du PAS qui espérait instrumentaliser le martyr des kabaliens pour pousser un agendas néo colonial et impérialiste dans la région. L'herbe coupé sous le pied par les progressistes lucifériens et leur alliance techno-solutioniste avec les chefs de clans, le Churaynn et l'Azur auront probablement cherché à jouer sur les tensions internes dans le désert rouge et se rapprocher des primo-colons dirigés par Printempérie. Grâce à ces traitres, ils ont pu assassiner non seulement Bartholoméon de Petipont, mais également toute l’intelligentsia kabale d'un seul coup ! Une façon également de déstabiliser la jeune république actionnariale, et probablement de provoquer des troubles civils qui auraient servi de prétexte à une intervention militaire. Un casus belli tout trouvé si le conseil actionnarial avait commis l'impaire de rendre son poste à Camille Printempérie, sans lui opposer de contre-pouvoir luciférien.
C'était sans compter que l'un des chefs, plus résistants que les autres, survivrait et reprendrait le flambeau là où l'avait laissé feu Son Excellence Monseigneur. Désormais, le Churaynn menace également d'assassiner Balsilek Ishak afin de finir son oeuvre. Le Sadr le revendique explicitement : "Tu finiras bientôt comme Petitpont." Voilà le projet libérateur du PAS : le massacre des kabaliens et de leurs instances politiques légitimes. Voilà ce que porte le PAS : la guerre, la mort et l'assassinat. Désormais, il nous faut collectivement nous poser la question des représailles. Deux fois la Kabalie rouge a été agressée et ses dirigeants ont été odieusement assassinés par l'Empire du Churaynn. De tels crimes ne sauraient rester impunis et en se montrant solidaire du Sadr et de sa folie, le PAS se rend coupable de complicité. Encore une fois, nos PDG-Protecteurs avaient vu juste en dénonçant cette organisation qui, depuis sa création, n'a cessé de mal tourner.
Interpellé par ces déclarations du Sadr, Balsilek Ishak a annoncé prendre des mesures défensives à effet immédiat. "La Kabalie rouge ne peut plus se permettre de rester désarmée tandis que l'on assassine ses dirigeants et qu'on viole son espace aérien. Face aux États voyous du Churaynn et de l'Azur, nous ne resterons pas les bras ballants." C'est un désaveu complet pour le PAS qui prétendait s'imposer face à la Kabalie rouge. Désormais, cette dernière négocie de façon bilatérale avec ses voisins de l'ouest afarée. Les forces progressistes et décoloniales du Grand Kah, la sagesse diplomatique de l'Althalj et les faiseurs de paix du Finejouri sont autant de remparts face à l'agressivité croissante des afaréens de l'est. Reste à savoir si Balsilek Ishak se contentera, encore une fois, de renforcer ses mesures défensives ? Car beaucoup réclament davantage et notamment la vengeance pour le sang versé de Bartholoméon de Petipont et des chefs kabaliens assassinés par le Churaynn.
Prudence politique et colère populaire
La réponse kabalienne ne se fait pas entendre qu'au sommet de l’État : elle se joue également dans la rue. Plusieurs manifestations ont tenues à rendre hommage à feu Son Excellence Monseigneur. Carnavalais et Kabaliens se sont ainsi réunis pour saluer la mémoire de celui qui a mis fin au génocide dans le désert rouge, et a su imposer des idéaux de paix, d'humanité et de diplomatie avec le monde, en rupture complète avec le précédent régime. Pour les Kabaliens, le choc est encore plus difficile à accepter : outre Bartholoméon de Petipont, ce sont les autorités kabaliennes qui ont été tuées par un pays étranger. "Si Balsilek Ishak n'avait pas survécu, nous serions abandonnés à nous-mêmes et sans force politique" grimace une manifestante. Car la société kabalienne fonctionne encore beaucoup de façon clanique, où les liens familiaux et les alliances inter-communautaires pèsent davantage que la représentativité démocratique. Une façon de gérer les affaires internes qui a été respectée d'abord par Petipont, en laissant le conseil des chefs kabaliens peser dans les décisions politiques de la RAC©, puis par Balsilek Ishak lui-même qui, après la mort de ses homologues, a unifié les clans sous son autorité.
"Les natifs kabaliens parlent désormais d'une seule voix, personne ne nous fera taire, ni les Carnavalais, ni les Azuréens, ni les Churayns !" déclare un délégué syndical au porte-voix, face à une foule en colère. La force du peuple kabalien ne doit pas être sous-estimée, et ceux qui tentent de lui reprendre son destin des mains découvriront bientôt qu'ils ont tout à perdre en s'opposant au peuple du désert. Selon plusieurs experts, les déclarations du Churaynn pourraient être un obstacle supplémentaire au possible démantèlement de l'arsenal balistique bactério-chimique de la République Actionnariale. "Le PAS réclame notre désarmement mais assassine nos chefs d'Etat ??!" s'étrangle un manifestant, rouge de colère. "Qu'ils aillent se faire voir, Petipont nous a offert un avenir hors de Carnavale, on ne va pas laisser des barbares nous l'enlever !" Dans la foule, quelques slogans, appellent à raser Walemir. "Il faut faire un deuxième Estham, ça le calmera, le Sadr..." souffle une jeune femme aux poings serrés. Bien que peu repris, ces appels à anéantir l'Empire du Churaynn ne semblent pas provoquer de malaise parmi la foule. "Chacun vient ici avec son deuil et sa colère. Il y a eu le génocide, l'exode, et maintenant des fous furieux veulent nous faire la guerre ? Si la dissuasion bactériochimique de Carnavale est le seul moyen d'avoir la paix, alors il ne faut pas l’abandonner."
Les partisans d'une désescalade avec le PAS se font quant à eux discrets ces derniers temps. Après l'agression de l'Azur sur le territoire national, les révélations sur une probable implication du Sadr dans la mort de Petipont et des chefs kabaliens met à mal le discours rassembleur. "Le PAS va de provocations en provocations, ils ne respectent pas leurs propres règles, se parjurent... j'ai de plus en plus de mal à convaincre les gens qu'il faut leur faire confiance, il y a une montée de la radicalisation..." se lamente un vieux monsieur, très seul lorsqu'il lève le poing et appelle à la paix entre les peuples. Si le peuple gronde, Balsilek Ishak appelle quant à lui à la sagesse et la patience. "Nous sommes l'eau qui dort, nous sommes les dunes qui se déplacent lentement, invisibles à l’œil nu. Laissons le tonnerre et l'orage et nos ennemis et agissons méthodiquement. La prospérité de la Kabalie rouge, la paix avec nos voisins, seront les meilleurs réponses face aux assassins." Une réponse qui ne satisfait pas tout le monde, mais qui semble avoir le mérite d'apaiser momentanément les ardeurs des kabaliens venus réclamer justice. "Il faut laisser l'enquête faire son travail" explique un manifestant après avoir écouté le discours du PDG-Protecteur "on finira par avoir le fin mot de l'histoire."
Agression azuréenne, assassinat commandité par le Sadr : quelles conséquences sur les équilibres politiques régionaux ?
"Le barycentre diplomatique s'est déplacé", analyse Paul Électrique, doctorant à l'université souterrain de Carnavale en-terre, et analyste en géopolitique internationale. "Hier, on pouvait encore croire que le PAS était une force politique en Afarée mais les récents éléments ont montré d'une part que ses membres n'agissaient pas d'une seule voix, qu'un pays comme le Churaynn pouvait menacer ses propres alliés et agir sans leur consentement, mais aussi que l'Afarée de l'ouest était autonome politiquement. Qu'elle a sa propre logique. Le Grand Kah, l'Althalj, Fortuna, le Bajusid, le Shuharri, la Kabalie de l'ouest, la Bhravie et l'Arkavie... aucun de ces pays n'est dans le PAS, et le Finejouri prend ses distances avec. Le PAS prend de plus en plus la forme d'une alliance de l'Afarée de l'est et du sud, l'Afarée de l'ouest a sa propre autonomie. Elle est historiquement davantage tournée vers la Leucytalée, avec la présence de nombreux comptoirs eurysiens et des échanges commerciaux très forts. En fait, la moitié des pays présents sur la côte ouest sont eurysiens. Il y a de nombreux pays en Afarée de l'ouest qui sont plus proches de l'Eurysie que de l'Afarée orientale. Le Bajusid et l'ONC, l'Althalj est une alliée historique du Kah et du Pharois, la Kabalie rouge avec Carnavale... il y a un schisme entre deux afarée, c'est cela qu'a sous-estimé le PAS."
Reste à savoir si l'Afarée de l'ouest pourrait concrétiser sa cohésion régionale ? "Ce sera complexe, analyse Paul Electrique, car les liens qui unissent l'Afarée de l'ouest avec le reste du monde sont autant un atout qu'une épine dans le pied. Comment réunir autour de la table et de manière cohérente à la fois des nations afaréennes comme la Kabalie, l'Althalj ou le Finejouri, et de l'autre des comptoirs coloniaux, des exclaves révolutionnaires, ou des pays comme le Bajusid et la Kabalie rouge dont l'histoire est marquée par la présence massive d'Eurysiens sur leur sol. De mon point de vue, l’appellation d'Afarée de l'ouest est trompeuse, il faudrait parler de "pourtour leucytaléen étendu" pour y inclure les pays qui n'ont pas de côte sur la Leucytalée mais sont ouverts sur le monde extérieur malgré tout. La Leucyalée, le golfe althaljir et l'océan d'Espérance forment une route depuis l'antiquité, faite d'échanges culturels et commerciaux. La corne de l'Afarée, ou Afarée de l'ouest, est davantage une péninsule entre plusieurs mers qu'un morceau du continent afaréen, d'où la surabondance d'anciennes colonies dans la région. Il sera donc difficile de réunir tout ce petit monde derrière un mot d'ordre décolonial, comme essaye d'ailleurs de le faire l'Azur à travers le PAS. En agissant ainsi, le Califat arrive à rebours de la logique régionale de l'Afarée de l'ouest. Tout le monde semble surpris du rapprochement entre la Kabalie rouge et le Grand Kah, mais c'est une évidence pourtant : en tentant d'imposer une identité afaréenne factice à la région, l'Azur a jeté ses acteurs cosmopolites dans les bras de la Kabalie rouge.
Il faut le dire clairement : nous ne sommes pas afaréens ! Nous sommes kabaliens, et la Kabalie est un pays cosmopolite, historiquement pluriel, ouvert sur le monde, sur l'Eurysie, sur le Paltoterra. Le pan-afaréisme, c'est un projet politique idéaliste et déconnecté des véritables dynamiques régionales. Tous ceux qui s'opposent à cet agendas racialiste se rapprochent assez naturellement de la Kabalie rouge et de son projet universaliste. Balsilek Ishak, comme Bartholoméon de Petipont en son temps, travaillent à la construction d'un front humaniste face à des visions rabougries de l'identité afaréenne. Le programme politique du PAS, à ce titre, souffre de sa propre hypocrisie. En essayant de construire un front décolonial, l'Azur se prend les pieds dans le Churaynn, empire colonial, et dans celui de ses alliances. J'entendais hier encore le grand Vizir déclarer qu'il joindrait ses forces à l'OND, une alliance qui possède plusieurs colonies en Afarée... le message n'est pas cohérent et c'est ce qui explique que les gens s'en détournent. Le PAS est devenu une machine à légitimer des dictatures, l'Althalj s'en rend compte, le Banairah s'en rend compte, le Grand Kah s'en rend compte... voilà pourquoi ils se rapprochent de nous aujourd'hui. Il y a une fenêtre d'opportunité pour Balsilek Ishak de réussir ce que Petipont a échoué : résoudre la crise kabalienne en réunissant autour de la table uniquement les puissances régionales de l'Afarée de l'ouest, et en reléguant dans l'illégitimité les pays de l'Afarée de l'est et du sud. Ce n'est pas certain que cela fonctionne, mais s'il réussit et que la Kabalie s'unit, alors elle sera en excellente position pour devenir un acteur majeur diplomatique majeur de la région.
Il ne faut pas oublier que les Carnavalais n'ont pas détruit la Kabalie pour rien : c'est un emplacement stratégique, entre l'océan d'Espérance, le golfe althaljir et la Leucytalée. Trois espaces maritimes cruciaux. Imaginez maintenant si la Kabalie s'unissait, nous aurions un poids considérable sur le commerce d'Eurysie du sud et de la côte ouest afaréenne. Une Kabalie unie et des institutions politiques régionales avec l'Althalj et le Finejouri, c'est l'assurance d'être un acteur incontournable de demain. C'est aussi cela que veut empêcher le PAS : si nous nous renforçons trop, ils ne pourront plus peser sur nous diplomatiquement, et leurs "alliés" ne trouveront plus d'intérêt à chercher à nous isoler. Au contraire, nous pouvons mettre en place avec le Finejouri des accords commerciaux et militaires extrêmement lucratifs et bénéfiques pour les peuples de la région. Si nous y parvenons, on pourra dire que le Churaynn et l'Azur auront définitivement échoué. Ils sentent actuellement le vent tourner, d'où leur fébrilité et la tentative de provoquer une escalade militaire contre nous, en se servant du Finejouri comme paratonnerre. L'objectif était clairement de nous isoler du Finejouri, mais la manœuvre a échoué. Si l'Althalj, le Finejouri et la Kabalie de l'ouest tiennent bon, si nous maintenons une ligne diplomatique ferme et refusons la guerre, avec la proximité du Grand Kah nous avons une fenêtre d'opportunité pour poser la pierre angulaire d'une future alliance régionale sans précédent."
Posté le : 17 mars 2026 à 13:32:12
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Posté le : 19 mars 2026 à 16:41:33
Modifié le : 19 mars 2026 à 16:43:03
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Le 9 février 2019, la République actionnariale du désert rouge rendait à l'Azur, par le biais du Finejouri voisin, le corps de son pilote Farid al-Meqtal, abattu dans l'espace aérien de la Kabalie rouge, dont il avait violé la souveraineté en obéissant à un ordre illégal.
Malgré les graves dégâts qu'avait causé le crash au corps de Farid al-Meqtal, les médecins carnavalais lui avaient rendu un aspect présentable et il paraissait même apaisé. Balsilek Ishak assura la famille du pilote qu'il ne condamnait pas leur fils et qu'il se joignait à leur deuil.
Considérant le danger et les menaces proférées par le Grand Vizir azuréen, la Kabalie confia au Finejouri le soin de rendre le corps à l'Azur.
Posté le : 23 mars 2026 à 20:09:05
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Épisode 3 : Cramoisie c'est fini, mais Dalyoha est toujours là
Publié le 28.12.2018

« En Dalyoha nous croyons » : la devise officieuse du luciférisme n'a pas de quoi faire sourire. Derrière ce nom se cache plus qu'un homme : une vision. Vision apocalyptique, terminale et cauchemardesque des humains et de l'univers, comme nous allons le voir. Dalyoha, principe fondateur de l'extermination coloniale, inspire la religion luciférienne dans son grand « jihâd » contre l'univers. Après la chute de Carnavale et la conquête du pouvoir cramoisien par la Société Luciférienne Carnavalaise, l'enterrement de Dieu n'a pas restitué l'humanité à son égalité fraternelle mais l'a soumise à un nouveau prophète, le Blaise, que certains ne tarderont pas à affubler d'un épithète cringe emprunté au folklore. Conservant ses vingt-cinq pour cent au Conseil d'Administration, la Compagnie Dalyoha, autrice de l'Holocauste d'Estham, a regardé passer les régimes successifs à Cramoisie comme une vache dans un pré regarde les trains passés. La Compagnie Dalyoha n'a rien à craindre des réinventions intempestives de l'identité politique cramoisienne. Et pour cause : elle est la seule source du « peuple neuf » promis par le Pape Noir Petipont dans son premier discours de politique générale, en 2017. Scientifiques ou magiciens, ceux qui prétendent recréer jusqu'à la Nature elle-même n'ont à attendre de la Cramoisie que prières et supplications. Les Lucifériens sont leurs obligés. Car qui, sinon les Laboratoires Dalyoha, pourrait créer l'être idéal que les Lucifériens brûlent de voir exister ?
Révolution luciférienne et continuité actionnariale
Dans les épisodes précédents, nous avons appris comment la Cramoisie a été fondée et instituée sur le massacre et l'exploitation coloniale de la Kabalie. Dans le présent épisode, nous abordons la période laissée en suspens après l'effondrement de la glorieuse Carnavale. A l'Armaggedon't, des changements se produisent aussi bien métropole que dans le « protectorat colonial. » Après une période de massacres et de violences, la Cramoisie se retrouve isolée : son actionnaire majoritaire, la Maison Obéron, s'effondre et se voit annexée par une secte opportuniste, celle des Lucifériens, qui recrutent en masse dans son clergé survivant. Carnavale n'est plus en mesure d'alimenter la colonie, qui doit trouver une raison d'être autonome. La Société Luciférienne Carnavalaise entre alors en scène.
L'idéologie luciférienne promeut, à partir de janvier et de la mi-2017 surtout, une vision « syncrétique » et « réconciliée » de la nation cramoisienne. Pour les Lucifériens, le génocide appartient au passé et, en substance, à Pervenche Obéron, reine-mère de Carnavale. L'heure n'est plus au « nettoyage » mais à la « tolérance. » Petipont propose aux colons de se boucher le nez pour supporter l'odeur des indigènes, plutôt que de les tuer. Les massacres s'interrompent alors dans la zone n°5 ; en lieu d'un nettoyage ethnique total, les colons, qui viennent de déclarer leur indépendance formelle vis-à-vis de la métropole, décident de faire de Cramoisie un vaste terrain de jeu et de défoulement de leurs pulsions racistes. Lancer de kabaliennes paraplégiques, diplomatie désopilante retranscrite comme une téléréalité pour vendre à l'audimat les tokens kabaliens de la R.A.C., ou encore réparation du génocide avec du paracétamol amusent autant les colons que leurs actionnaires, qui se satisfont pleinement d'une transition politique conforme à leurs intérêts capitalistiques. Le luciférisme est un humanisme mais surtout un capitalisme ultralibéral qui voudrait bien s'affranchir de toutes les limites éthiques, biologiques et physiques pour stimuler l'enrichissement des propriétaires de capitaux. Le remplacement du drapeau colonial à la tête de chèvre par un montage rougeâtre (à ne pas confondre avec le drapeau de l'Ouaine) ne change fondamentalement rien à l'orientation droitière, bourgeoise et propriétaire du régime cramoisien avant, après, pendant, à l'intérieur et à l'extérieur des multiples opérations de repoudrage de façade destinées à attirer des opportunistes moins courageux dans leur ignominie.
Tout change pour que rien ne change durant plusieurs mois. Après avoir loué l'innovation dalyohyène pour tirer l'Humanité du marasme idéologique bourbeux dans lequel il l'a plongé, le PDG-Protecteur change de posture pour justifier la rentabilité des capitaux investis dans le projet colonial. Loin de remettre quoi que ce soit en cause de la structure illégale et capitalistique de la Cramoisie, Balsilek Ishaq, qui s'affiche comme le token kabalien d'un régime raciste que ceux qui n'ont pas vu font semblant de ne pas voir, remercie la Dalyoha Compagnie et défend ses intérêts au mépris de ses propres enfants victimes du terrorisme colonisateur carnavalais. Tous frères, mais certains plus que d'autres : pour avoir envisagé un rapprochement avec les pays voisins au détriment des intérêts de Blaise Dalyoha, un diacre luciférien est radié de ses fonctions, symbole éclatant de la suprématie de Blaise Dalyoha sur un territoire qui prétend s'en être émancipé. En fait, depuis le 7 octobre 2016 et jusqu'à aujourd'hui, les Laboratoires conservent une pleine mainmise sur l'appareil d'Etat, et sont au coeur du dispositif colonial cramoisien. Mais qui sont les Dalyoha ?
Seigneur à Carnavale comme Satan l'est en enfer
Le Grand Sheytan pourrait bien n'être qu'un homme comme un autre. Avec plusieurs dizaines de milliards de crédits internationaux totalisant des actifs dans de nombreux pays du monde, par le biais de holdings et de filiales offshore mais surtout des grands fleurons du CACnavale40 Laboratoires Dalyoha et Grand Hôpital, Blaise Dalyoha est présumé l'homme le plus riche du monde. Vendeur de produits pharmaceutiques, de matériel médical, de clones animaux et humains, ainsi que de fleurs d'ornements et de matières premières pour la parfumerie, l'héritier de l'une des plus anciennes familles nobles au monde (peut-être à égal avec la famille impériale du Burujoa, qui se prétend descendante d'Amaterasu, la déesse du Soleil) est incontestablement au sommet d'un empire industriel et commercial considérable. Le business model de l'entreprise est d'une redoutable efficacité : il vend aux Carnavalais les remèdes aux maux qu'elle crée ! Ainsi, que ce soit sous la forme de compléments alimentaires antidépresseurs, de solutions religieuses pour personnes paumées, de pilules sans retour pour suicidaires, de prothèses, de masques, ou de tout autre produit nécessaire à la survie dans la jungle infernale qu'est la ville de Carnavale, l'entreprise capte un pourcentage considérable d'un marché de quarante-cinq millions d'âmes. Positionnée en monopole sur les secteurs de la santé, de la beauté, de l'horticulture, de la chimie et des assurances-vies, la Compagnie Dalyoha est le reflet contemporain d'une réalité carnavalaise plus ancienne : celle du féodalisme.
Carnavale a peut-être connu une révolution mais celle-ci n'est toujours pas écrite et surtout elle n'a en rien entaché la préséance des seigneurs Dalyoha dans le rang aristocratique de la Principauté. Même la famille princière, qui n'a pas survécu au Chaos des années trente, ne peut atteindre l'aura quasiment religieuse de la Maison Dalyoha dans le pays. Vu comme un bon prince dispendieux, Blaise Dalyoha cultive une relation de supérieur patriarcal vis-à-vis du peuple carnavalais, dont il récolte la clientèle et l'intérêt obsessionnel des tabloïds. Rien de nouveau : la domination politique de la famille Dalyoha est attestée depuis au moins le VIIème siècle, comme le démontrent les analyses ADN des restes humains attribués à la bataille des Pouilleux qui fonde l'existence politique de la Principauté après la dislocation des empires du Haut Moyen Âge. La tradition carnavalaise fait même remonter la dynastie aux premiers temps du consulat viémontois, à la fin du Ier siècle d'avant notre ère. Le peintre Crillière immortalise cette scène fantasmée pour servir le narratif des seigneurs, qui occupent au moins l'île de Bourg-Léon et détiennent de nombreux vassaux, ainsi que des fiefs dans les montagnes du sud, sur le continent : l'art carnavalais sert aux Dalyoha de vecteur politique pour légitimer leur position sociale et l'ancrer dans la nature des choses. Intendants du Palais, mécènes, grands vassaux du Prince, ducs autonomes, les Dalyoha jouent un rôle central dans l'évolution politique et sociale de la Principauté à travers les siècles. De même qu'au Burujoa, ils jouent un rôle de parangon pour plusieurs prétendants au trône, et contrôlent la Cour en coulisses, menant à des affrontements répétés à travers l'histoire. Cloral, Obéron, Mullinsart, Ulexandre, et finalement Obéron à nouveau tentent tour à tour d'obstruer l'éclat de la Maison Dalyoha et de la racornir dans une lutte sans merci pour le pouvoir. Le morcellement politique et les guerres civiles récurrentes contribuent à isoler la Principauté autant qu'à stimuler un appétit interne pour les technologies d'armement. Ce n'est pas un hasard si c'est à Carnavale qu'est développée la première méthode de guerre bactériologique dès le Moyen Âge, ni que ce soit Carnavale qui se lance à l'assaut du dangereux archipel des Îles Marines au début du XVIIIème siècle, dont elle réalise la conquête presqu'entière. La rivalité interne dope la Maison Dalyoha et stimule une constante carnavalaise : la recherche de tactiques militaires, politiques ou commerciales de plus en plus dévastatrices, par tous les moyens possibles. L'Académie Princière de Médecine et de Biologie du Vale, qui professe l'abolition de toute éthique scientifique pour continuer à alimenter les clients en brevets, en poisons, en armes de destructions massives, constitue le point focal de cette politique maximaliste affûtée au fur et à mesure des siècles.
La Maison Dalyoha fait de Carnavale un enfer. Pendant que quelques rares privilégiés jouissent d'une espérance de vie décuplée par les implants et les injections chimiques, la majorité de la population vit avec moins d'un crédit international par jour. La pauvreté est abyssale, et des millions de personnes survivent au jour le jour dans une métropole vidée de ses services publics. L'air, l'eau, la nourriture, sont intensément pollués et seul la contribution néoféodale en corvées et en prix exorbitants permet au tout-venant de survivre. Les conditions sanitaires sont effroyables, du fait de la prolifération de nuisibles et des contaminations de millions de gens par des bacilles médiévaux et des souches lépreuses qu'on n'isolerait pour rien au monde : la Maison Dalyoha compte bien sur l'exposition de la population à toutes sortes de cataclysmes pour continuer à sélectionner ses maladies synthétiques. Les médicaments Dalyoha se payent du prix du malheur de millions de personnes. Le « monde idéal » de santé et de longévité promis par les Laboratoires et par Grand Hôpital n'est réservé qu'à une élite privée : sans le malheur des uns, ce bonheur exclusif ne serait pas possible. L'ouverture prétendue de nouveaux droits médicaux en Kabalie occupée ne procèderait en ce sens que d'une communication marketing, et d'une compensation cynique d'un pestiféré à un malade guéri.
La Maison Dalyoha nie tout droit et toute dignité aux malheureux qui tombent entre ses mains gantées. Fidèle à son système de valeurs « technocapitaliste », la plus vieille maison noble de la Principauté est également cohérente avec l'ordre symbolique carnavalais. Cette société pulvérisée par les guerres civiles et l'exploitation capitaliste tient pourtant, et elle tient bien : son ciment social s'appelle le racisme. Grand Hôpital et ses foires y contribuent beaucoup, en « démontrant » la supériorité supposée de la « race aryenne », ou bien en se prêtant aux jeux carnavalesques de grimages et de plaisanterie mettant en scène des sujets racisés. Mesures anti-musulmans et persécution des immigrés afaréens contribuent à inscrire Carnavale dans un ordre occidental somme toute classique, où le pacte racial entre une élite finie à la pisse et une population réduite à l'état de masse grouillante rend cohérentes les divagations idéologico-politiques qui prétendent fonder l'Etat et les valeurs de la société. La Maison Dalyoha n'est pas innocente de cette structure sociale, qui la cimente elle-même : on a pu ainsi attribuer au zoo humain de Bourg-Léon un rôle essentiel dans les relations intrafamiliales des membres du clan. Le zoo humain, qui objectifie et animalise des sujets captifs en toute connaissance de cause des chancelleries, fait partie des « tolérables exceptions » dont jouit la pire entité technoféodale à l'égard du reste de l'Humanité. Voilà qui sont les partenaires de ceux qui touchent la main des Dalyoha.
Raciste et capitaliste, la Maison Dalyoha pèche aussi sur le tableau préféré de ses alliés : pratiquant un esclavage plus ou moins déguisé, une bonne part de son modèle économique repose sur l’asservissement de femmes pondeuses dédiées à la production de clones humains, comme l’a indéniablement confirmé une source anonyme très haut placée à Grand Hôpital. Né en 1972, le premier clone humain de l’Histoire est breveté par la Dalyoha Compagnie. Bien que le clonage par division de blastocyste soit une technique relativement répandue dans le monde pour produire des médicaments ou à des fins de recherches fondamentales, la Maison Dalyoha est la première, et la seule, à s’être engouffrée avec succès sur le secteur des clones d’exportation. Basée sur une technique réussie de transfert génétique sur un ovule, cette production est liée au développement de la science génomique : loin de rechercher la seule production de « jumeaux », les cloneurs extraient d’abord le matériel génétique qu’ils exposent à des mutations multiples par radioexposition, et qu’ils triturent par divers outils moléculaires. Le progrès des OGMs (organismes génétiquement modifiés) nourrit l’eugénisme humain et la fabrication, avec succès, d’individus dotés de caractères génétiques inédits dans l’espèce humaine. Essentiellement destinés à des fins commerciales plutôt que militaires de ce que l’on sache, la Maison Dalyoha n’en crée pas moins de troublants clones de personnes réelles, comme le témoigne le clonage de sa fille par Arthur Castelage dans les années 1990. La production de clones est essentiellement destinée à assurer l’existence d’organes sains pour le sujet cloné : dans cette optique de grandes familles carnavalaises recourent régulièrement au clonage de leurs enfants pour leur assurer des organes ou du sang « de remplacement », génétiquement compatible à cent pour cent. On estime que des milliers d’enfants clones servent encore aujourd’hui d’ « étagères à organes » dans la Cité Noire. L’esclavage des enfants clones défraye les limites de l’éthique générale des autres pays, qui ont pour la plupart interdit la commercialisation du matériel génétique humain et son utilisation à des fins de reproduction artificielle. L’esclavage de leurs mères « naturelles » est un autre motif nécessaire et suffisant de condamnation de la Maison Dalyoha pour les organisations féministes internationales. La technique Dalyoha repose, chirurgicalement, sur l’insertion d’un matériel génétique étranger dans des ovocytes humains : processus délicat, pratiqué in vitro, et qui suppose une douloureuse étape de prélèvements de leurs ovules sur le corps de jeunes femmes. Les cadences, la recherche de coûts de production viables, et l’absence d’éthique humaine des Laboratoires Dalyoha suggèrent l’existence d’une véritable industrie de clonage impliquant des « couveries » comptant plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers de « pondeuses. » Ces installations, sur lesquelles la Maison Dalyoha garde le plus grand secret, relèvent des intérêts stratégiques vitaux de Carnavale. « Ce sont parmi les unités les mieux protégées de la forteresse souterraine », estiment les renseignements azuréens. Carnavale compterait ainsi beaucoup sur le clonage pour la production de soldats d’élite puissants et infatigables. En réalité, que ce soit pour la production de cobayes humains afin de tester les médicaments ou les armes chimiques, pour la production d’organes à greffer au Sanatorium André Jules-Ponce, pour le marché intérieur friand de clones dotés de phénotypes atypiques, ou encore pour la substitution de la force de travail médiocre d’immigrés et de malades « naturels », la production d’ouvriers « artificiels » est essentielle aux intérêts de la compagnie et de ses actionnaires. « Phénoménologie des clones » et explorations psychophilosophiques de la rupture du lien filial comme base de reproduction de l’espèce humaine participent d’ailleurs aux enseignements de l’Académie Princière de Médecine et de Biologie du Vale, dont les étudiants adhèrent de plus en plus à la conception luciférienne de l’Humanité (« no limits »), ainsi qu’à la croyance en la toute-puissance Dalyoha, être divinisé régnant sur l’enfer de Carnavale.
Dalyoha, propriétaire colonial
Avec entre 24 et 27 % des parts au Conseil d'administration de la CRAMOISIE©, la Maison Dalyoha est le deuxième actionnaire historique de l'entité. Les Obéron, dont les parts ont été réattribuées aux Lucifériens, occupent une majorité absolue de voix, mais le rôle des Dalyoha dans le projet colonial est loin d'être anecdotique. Ainsi, ce sont bien les Laboratoires qui sont à l'origine de l'agent CRAMOISI, toxique responsable de la première vague du génocide lors du bombardement du 7 octobre 2016. Ce sont encore eux qui mettent en oeuvre les frappes chimiques dans la zone n°5 et dans les autres portions du terrain contestées par les survivants kabaliens : la responsabilité de la Maison Dalyoha dans le génocide est directe. Ce génocide, la Maison le nie pourtant : son zoo humain garantit la possibilité de reproduire des Kabaliens sous atmosphère contrôlée...
Les scientifiques du clan sont également un rouage essentiel à la prise de contrôle du territoire martyr, en déployant des équipes sanitaires au profit des colons. Le contrôle biologique du territoire est dévolu à la Maison Dalyoha, qui encadre l'expression du « patrimoine génétique » par ses recensements et son suivi du peuplement colonial, mais aussi par la plantation de vergers OGM strictement contrôlés, dont la propriété lui revient : les habitants ne disposent que de l'usufruit des fruits. La production alimentaire et les moyens de santé, deux leviers essentiels pour assurer la survie des colons et leur développement, sont aux mains de la Maison Dalyoha dès le début de la colonisation. Rien ne change après le coup d'Etat luciférien, ni après l'intronisation de Balsilek Ishaq et de la « République actionnariale du Désert rouge », qu'on ne manquera pas d'appeler « Communes-Unies » après un énième ravalement de façade. Au contraire, les activités des Laboratoires se développent, conformément au projet initial de la colonie : le contrôle biologique reste assuré jusqu'à aujourd'hui, liant le projet colonial à la propriété capitaliste de Blaise Dalyoha sur l'entièreté des espèces cultivées et domestiquées sur le territoire. Le monopole sur le vaccin frontalier conditionnant l'entrée sur le territoire lui revient également, donnant un contrôle de fait sur les entrées et sorties de territoire. La Compagnie rachète tout spécimen autochtone et défend sa suprématie en interdisant l'émergence de quelque concurrent que ce soit : conformément à ses intérêts historiques, le clan se positionne seul et sans rival sur le monopole de la ressource biologique. La Maison Dalyoha se dote ainsi d'un pouvoir bien plus conséquent et bien plus réel que ne le laissent supposer les nouvelles institutions de la « Kabalie rouge ».
Le projet ÉDEN ROUGE
La CRAMOISIE© est le produit de Carnavale. On l'a vu à l'épisode précédent : elle est la planche de salut d'une économie carnavalaise atrophiée par l'hyperinflation, et d'une aristocratie atteinte du complexe infantile de toute-puissance. Synthèse des intérêts religieux de Pervenche Obéron et de l'appétit biolucratif de Blaise Dalyoha, la colonie avance à la fois comme un projet idéologique et comme un programme d'infrastructures inédit. Derrière un discours millénariste aisément remplaçable par un nouveau charabia progressiste-luciférien-humaniste-communaliste, c'est une politique très concrète et constante qui caractérise le colonialisme exterminateur de la CRAMOISIE©. Le Projet ÉDEN ROUGE est mentionné dès les premières heures de l'entité, et c'est pour son deuxième actionnaire principal un enjeu central : isolée sur Bourg-Léon du fait de la puissance Obéron puis de la guerre contre l'OND, la Maison Dalyoha en déclin relatif depuis quelques décennies espère redorer son blason par un projet technofuturiste sans égal. Loin de rechercher la seule autosuffisance alimentaire ou le monopole sur les semences agronomiques, les Dalyoha utilisent le projet colonial pour déployer une science génomique prétendument sans égale. Les plants OGM viennent pourvoir à tous les besoins, mais surtout, les projets des horticulteurs importés de la Pharmacopée s'étendent au territoire tout entier. La grande forêt OGM est depuis longtemps un projet de Blaise Dalyoha, comme le relève la presse cramoisienne : d'un « vaste verger » attendu pour 2017 par les premiers génocidaires arrivant en Afarée, en passant par « le jardin d'Eden rouge » des satanistes antagonistophiles du passage à vide armageddontien, puis par le « paradis » espéré des Lucifériens et promis ardemment par le Pape Noir Bartholoméon de Petipont, jusqu'à la « reforestation » de la « Kabalie rouge », c'est bien le « miracle » de la science Dalyoha qui est attendu par l'entité coloniale. Le passage du temps, les différents dirigeants, la valse des orientations idéologiques et les rebondissements sans fin de la politique interne cramoisienne n'ont en rien entravé, ralenti ou nui d'aucune manière que ce soit à la réalisation du grand projet de Blaise Dalyoha : celui d'un monde à sa seule main, soumis à son seul contrôle, peuplé de ses seules créatures. Contrôle du patrimoine génétique camouflé derrière les oeuvres sociales, contrôle des frontières, contrôle des semences agricoles et des fruits dans les arbres, contrôle des bestioles qui pullulent sur la terre et dans le sable, contrôle de la température, de l'humidité, de l'atmosphère par l'enfermement des cultures et des gens dans des serres et des cages en verre, contrôle des allées et venues au-dessus de l'espace aérien et en travers de l'espace souterrain, le projet paradisiaque marketté par la Compagnie Dalyoha n'est destiné qu'à un seul homme. Et ceux qui s'y soumettent, noteront ses « alliés. »
Technoféodalisme, futurisme, écofascisme : cinquante nuances de tropisme autoritaire
Antagoniste discret mais public, auteur du cauchemar carnavalais et kabalien, Blaise Dalyoha passe pour un simple collectionneur de voitures de course. Fiancé il y a quelques années à une bourgeoise de son cru, on le dit peu assidu aux conseils d'administration de ses entreprises : au Docteur Géminéon, il aurait délégué la gestion des affaires courantes. Entre le jeune propriétaire, âgé de vingt-quatre à vingt-cinq ans si l'on en croit sa date de naissance, et son fondé de pouvoir, qui commence à se faire vieux, qui influence l'autre ? De quel cerveau émane le modèle violent sur lequel est construite la puissance technologique et financière du Clan Dalyoha ? Qui a eu l'idée d'un projet brutal et agressif de colonisation et de re-terraformation d'un continent étranger ? Jusqu’où ira la génération d’une « humanité nouvelle » modelée dans la transgression et le traumatisme ? On l'a vu, la Compagnie imprègne et se laisse imprégner du climat guerrier et raciste qui sature l'atmosphère de Carnavale. L'analyse semble confirmer, derrière la surenchère de brutalité et de contrôle de tout manifestée par les Dalyoha, le souci de ne pas se faire dépasser par la véritable puissance ascendante à Carnavale depuis les années quatre-vingt : la Maison Obéron. Décapité en urgence lors de l'Armageddon't, le clan de Pervenche Obéron était en lice pour décrocher la primauté au sein de la Cité Noire, grâce à sa puissance industrielle, à ses missiles redoutables, et à l'aura inconstestée de son « impératrice. » Depuis 2016, l'effondrement de ce concurrent aurait dû ouvrir la route à la vieille maison de Bourg-Léon : avec la reprise en main du projet CRAMOISIE©, celle-ci doit lutter contre de nouveaux concurrents soumis mais indisciplinés. Mais comment gérer cette lutte ? Entre le naïf Blaise et le sénile Géminéon, qui porte la culotte ? Quelle mémoire transcendant les âges pousse Dalyoha à se battre pour sa suprématie ? Comment la pauvre nation de Carnavale a-t-elle pu accoucher de projets génocidaires et écofascistes ? Pourquoi la Maison Dalyoha semble-t-elle aujourd'hui prête à sacrifier jusqu'aux équilibres biophysiques de la planète Terre pour conserver ses profits ? Mais surtout, la question que tout le monde se pose : que s'est-il passé le 14 mars 1916 chez Madame Ulexandre ?
Posté le : 26 mars 2026 à 15:13:56
Modifié le : 26 mars 2026 à 15:20:58
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Le Miroir Rouge, définitivement radical.
Opinion : Anatomie d'une diplomatie azuréenne en faillite.
Les documents aujourd’hui déclassifiés établissent une vérité matérielle tout à fait autre, selon laquelle ces appareils ont été abattus alors qu'ils se trouvaient dans l'espace aérien de la Kabalie Rouge. L'incident qui a finalement conduit à l'arrestation de militaires azuréens par le Royaume de Finejouri. Cette dissonance entre le narratif victimaire d'Agatharchidès et la réalité factuelle est l'énième symptôme d'un État que les contradictions internes, la paranoïa et l'amateurisme opérationnel disqualifient désormais de la position d'interlocuteur crédible. L'analyse des archives diplomatiques de 2014 à aujourd'hui dresse le portrait d'un régime qui a tout fait pour cesser d'être un partenaire crédible.
Une tribune d'opinion signée Créon l'Ouverture.

L’exercice matériel de la démocratie directe ne saurait s'accommoder de l'asymétrie d'information. La souveraineté des Communes, pierre angulaire de l'architecture institutionnelle de l’Union, s'invaliderait d'elle-même si elle devait s'exercer sur la base de synthèses édulcorées ou de fictions diplomatiques. C'est en vertu de cette praxéologie qu'intervient la déclassification périodique des rapports du Commissariat aux Affaires Extérieures et des mémos d'analyse du Commissariat Suppléant à la Sûreté. L’évaluation de nos partenaires internationaux par le corps citoyen exige un accès aux données brutes. Le corpus qui suit, couvrant l'évolution structurelle et politique du Califat constitutionnel de l'Azur entre 2014 et 2019, répond à cet impératif d’hygiène démocratique. Toutefois, il convient de spécifier les limites du matériel aujourd'hui soumis à l'étude. L'accès public à ces informations a préalablement fait l'objet d'un filtrage opérationnel rigoureux, ou, pour employer le terme exact, d'une procédure de caviardage. La transparence radicale requise par notre système intérieur n'implique en aucun cas le suicide stratégique sur la scène extérieure. Pour quiconque est un familier de la politique intercommunale, cela n’a rien de neuf.
Les documents dont l’analyse va suivre ont ainsi été expurgés de tout contenu pouvant compromettre nos réseaux de Tulpas, exposer les vulnérabilités de nos alliés, fragiliser les accords commerciaux asymétriques actuellement encadrés par le Commissariat au Commerce Extérieur, mettre dans l’embarras des puissants disposant de contacts, officieux ou officiels, avec Axis Mundi. Le phénomène de caviardage ainsi appliquée n'a aucune vocation politique ou idéologique et s’envisage comme strictement utilitaire. Elle agit comme une cloison étanche destinée à préserver l'intégrité de nos partenariats fonctionnels dans un monde globalisé qui, lui, demeure fondamentalement hostile.
Ce retraitement sanitaire des données n'altère cependant en rien la valeur analytique de l'échantillon restant. Les faits dévoilés – de la débâcle macroéconomique du « Plan Gazier » à l’incident militaire de la zone kabalienne en décembre 2018, en passant par les luttes intestines entre le Diwan séculier et le Conseil des Oulémas – fournissent une matière suffisante pour établir un diagnostic de l'État azuréen.
Je tiens aussi à indiquer que mon analyse s'abstiendra de tout jugement moral sur les préceptes théocratiques d'Agatharchidès. Elle se bornera à démontrer, par la méthode matérialiste et l'étude des contradictions institutionnelles internes du Califat, un postulat géopolitique qui, il me semble, se dessinera comme de plus en plus irréfutable à la lecture de notre historique diplomatique, et des futurs évènements. De par sa volatilité structurelle, son incompétence à rationaliser ses processus de décision et sa propension à substituer le réalisme politique par un messianisme de façade, l'Azur ne répond plus aux critères objectifs d'un interlocuteur étatique sérieux.
Lorsque le Commissariat aux Affaires Extérieures initia un rapprochement avec le Califat d'Azur, une part significative de la Convention Générale y voyait essentiellement une manœuvre pragmatique, permettant par la même d'identifier en Afarée un pôle de stabilité potentielle : un acteur non-aligné capable de servir de contrepoids aux impérialismes traditionnels. Cette analyse, fondée sur une lecture rationnelle des intérêts, est aujourd'hui caduque. Les archives déclassifiées de ces cinq dernières années font la chronique d'un effondrement politique et stratégique. Le dossier azuréen est désormais le cas d'école d'une puissance qui, pour masquer ses crises structurelles, a choisi la fuite en avant dans l'irrationnel.
Le premier constat s’imposant est celui d'une schizophrénie institutionnelle. Nous avons négocié avec une entité à deux têtes, dont l'une méprise ouvertement l'autre. Lors du sommet d'Axis Mundis, pendant que les diplomates azuréens construisaient un discours sur un « monde ordonné », le Calife Kubilay lui-même balayait leurs efforts d'un revers de main, qualifiant l'enjeu de simple « distraction ». La question qui aurait alors pu se poser était celle du sens de signer un traité viable avec un Diwan (gouvernement) dont les engagements peuvent manifestement être annulés par le caprice de l'autorité théocratique. C’est le point de départ de ma réflexion, laquelle vise à défendre la thèse selon laquelle le Califat n'a pas de politique étrangère donnée, donnant plutôt à voir une guerre institutionnelle qui se joue sur la scène internationale.
Le second constat est celui d'un cynisme transactionnel érigé en doctrine. L'Azur n'a endossé notre rhétorique anti-coloniale et notre idéal de souveraineté que le temps de sécuriser la technologie militaire kah-tanaise via le « contrat du siècle ». Une fois les sous-marins et les missiles actés, la fraternité affichée a laissé place à une paranoïa hostile. La missive du secrétaire Mohammed Badie de mai 2017 en est l'illustration la plus grotesque. Ce document, qui invente le concept de « Kahisme » pour nous accuser d'expansionnisme, va jusqu'à exiger, dans une « Promesse » unilatérale, que l'Union s'ampute de ses principes en s'engageant à ce que nous « n'intégrerons plus aucun territoire ». L'Azur nous a vendu une alliance de principe pour acheter une capacité militaire. La transaction terminée, la cordialité s'est éteinte. Un mode de fonctionnement que nous apprendrons à trouver commun de la part de l’entité azuréenne.
Le troisième constat, enfin, est celui d'une incompétence stratégique désormais avérée, masquée par une rhétorique messianique. De leur gestion du conflit au Gondo, où ils comparaient les factions à des « chiens » à dresser par la récompense, à leur « Plan M » sur la Cramoisie, délire technico-diplomatique visant à exiler des colons sur Mars, l'Azur a systématiquement substitué la planification rationnelle par l'incantation. Le récent incident en Kabalie, où leurs pilotes ont été abattus après avoir mené une opération militaire dont le principal fait d’arme aura été de s’emparer d’une cargaison de viande, est la conclusion logique de cette culture de l'amateurisme. Leur réaction, qui consiste à accuser publiquement Cramoisie pour couvrir leur propre échec, n'est que la dernière pirouette d'un État qui a perdu tout contact avec la réalité matérielle.
Ces trois pathologies – un pouvoir bicéphale, une diplomatie de bazar et une stratégie fondée sur le fantasme – ne sont pas des défauts conjoncturels mais une triade formant un système, système tendant à le démontrer : l'Azur n'est pas un partenaire difficile mais une entité instable, faisant évoluer sa rhétorique et son mode d’action selon ses intérêts immédiats plutôt que selon les termes permettant une coopération constructive avec le reste du monde.
L'analyse des faits qui suivent le démontre sans ambiguïté.
La fracture entre le Diwan et la Mosquée des Étoiles
Toute relation internationale viable repose sur la capacité à identifier un interlocuteur légitime et à prêter de la confiance en sa parole. C'est sur cette base que la Confédération a engagé le dialogue avec le Califat d'Azur. Nous l'avons fait en nous fiant aux déclarations de son appareil diplomatique, incarné par le Ministre des Affaires étrangères d'alors, Jamal al-Dîn al-Afaghani, et son ambassadrice. Le discours présenté était celui d'une puissance moderne, articulant sa vision autour de concepts intelligibles. La chancellerie Azuréenne parlait alors de l’édification d’un « monde ordonné », d’un « partenariat durable » et avec l’Union, et se faisait l’avocat de la promotion de « mécanismes multilatéraux ». Ce langage, celui de la coopération et de la prévisibilité, a constitué le postulat initial de notre engagement diplomatique. Les archives déclassifiées démontrent aujourd'hui que ce postulat était erroné. L'appareil diplomatique avec lequel nous traitions était essentiellement la façade d’une autorité opèrant selon une logique radicalement différente, rendant toute négociation de bonne foi structurellement vaine.
La rencontre d'Axis Mundis contenait déjà les germes sinon la démonstration totale de cette rupture. Pendant que la délégation azuréenne développait un argumentaire sophistiqué sur « l'égalité des nations » et le rejet des « rapports de force », le véritable détenteur du pouvoir, le Calife Kubilay, est resté silencieux. Son intervention, lorsqu'elle est survenue, a mis a mal en une poignée de phrase l'édifice rhétorique de ses propres ministres. Confronté à la position kah-tanaise sur le conflit du Gondo, le Calife a symboliquement retiré son oreillette de traduction, se déconnectant du canal diplomatique officiel. Sa réponse, formulée en anglais, a court-circuité son propre gouvernement : « Vous faites partie de ce combat. Soit. Nous n'en faisons pas partie. » Le reste, selon ses propres termes, n'était qu'une « distraction ». Il a eznsuite désigné le dossier du contrat des sous-marins comme étant sa seule priorité. La véritable nature du pouvoir azuréen se dessine ainsi : c’est un système dual où l'appareil gouvernemental civil (le Diwan) conduit les négociations, mais où l'autorité finale (la Mosquée des Étoiles) se réserve le droit de les invalider sur la base d'un agenda distinct et non-déclaré lors des contacts diplomatiques initiaux.
Cette asymétrie institutionnelle, d'abord observée, fut confirmée quelques mois plus tard par une communication directe du Secrétaire du Calife, Mohammed Badie. Dans une missive d’abord confidentielle, ce dernier admet sans détour l'impuissance du gouvernement avec lequel nous traitions. Il y décrit le Grand Vizir et ses diplomates comme des « sbires idéalistes » qui « ne sont que tolérés ». La phrase est écrite noire sur blanc : « in fine c'est lui qui commande », écrit Badie en référence au Calife. Le Grand Kah, comme tout partenaire de l'Azur, est par conséquent confronté à un interlocuteur bicéphale. Les traités et les engagements sont négociés avec un corps diplomatique dont le propre appareil étatique admet en privé qu'il est sans autorité réelle. Chaque accord signé avec le Diwan reste donc soumis au veto d'un pouvoir suprême qui ne participe pas au dialogue et dont les motivations, comme le démontre l'épisode d'Axis Mundi, relèvent d'un transactionnalisme pur et dénué de toute vision stratégique à long terme. Cette architecture institutionnelle rend toute relation de confiance structurellement impossible.
L’incohérence institutionnelle du Califat n'est pas son seul défaut structurel.
En effet, comment ignorer une vision des relations internationales purement transactionnelle, où le langage des principes partagés n'est qu'un outil tactique au service d'objectifs mercantiles à court terme ? L'épisode de l'acquisition des sous-marins, surnommé ironiquement le « contrat du siècle », en est une étude de cas appréciable pour envisager l’ampleur de la situation. La doctrine du capitalisme d'occasion de notre Union a pour but d'exploiter les logiques de marché ; nous devons cependant rester vigilants à ce que ces mêmes logiques ne soient pas retournées contre nous.
Durant la phase de négociation (2014-2015), la diplomatie azuréenne a mené une opération de séduction idéologique, présentant l'achat de matériel militaire non pas comme une simple transaction, mais comme le fondement d'une « architecture de sécurité et de paix collective » en Afarée. Les communiqués du ministre Afaghani, en date du 16 janvier 2015, louaient la « réussite anti-coloniale » du Grand Kah et sa vocation à être un « apport essentiel » à la stabilité continentale.
Ce discours a été entendu par la Convention Générale, qui a autorisé la vente de la technologie Saphir en y voyant l'opportunité de renforcer un partenaire stratégique dans la lutte anti-hégémonique.
Cependant, une fois le contrat politiquement sécurisé, ce discours de valeurs partagées a été instantanément abandonné, révélant sa nature purement instrumentale. La missive de Mohammed Badie constitue à ce titre un document accablant. Ceux qui se présentaient d'hier comme des alliés se redéfinissent comme une menace à contenir. Le texte va jusqu'à inventer le concept de « Kahisme », décrit comme un « nationalisme kah-tanais », pour réduire notre projet communaliste universel à une ambition impériale. Une réécriture de notre identité politique qui, en plus de servir de prélude à une tentative de renversement des rapports de force, traduit le mépris total de l’État Azuréen pour les engagements qu’il a lui-même signés.
Le document joint à cette missive, intitulé « Promesse Azur & Grand-Kah », expose cette nouvelle doctrine sans le moindre fard : véritable d'un catalogue d'exigences unilatérales, l'Azur y demande, entre autres, que :
« L'Union n'intégrera plus aucun territoire ni en Afarée continentale, ni dans les îles proches de l'Afarée. »
Et que :
« Le communalisme ne s'établira dans aucun autre pays afaréen que là où il est déjà présent. »
En d'autres termes, après avoir acquis les moyens de sa propre projection de puissance, le Califat exige du Grand Kah qu'il renonce à sa propre dynamique historique et à sa mission internationaliste, tout en renvoyant les processus d’aide économique et humanitaire alors en cours dans pas moins de trois pays du continent à un vulgaire impérialisme ayant pour objectif l’intégration de territoire. Il est intéressant de se demander comment les pays en question réagiraient à ce que l'on peut généreusement qualifier d'erreur de lecture frisant le paternalisme, du reste plutôt symptomatique d’une vision du monde essentiellement portée sur la réaction. Dans cette missive, la relation d'égal à égal est unilatéralement remplacée par une injonction à l'autolimitation. Le partenaire devient un rival dont il faut désormais geler l'influence. Le document va jusqu'à énumérer les zones où l'Azur s'interdirait de mener des actions subversives, « pas de mésaventures à l'Armée Démocratique », révélant ainsi sa volonté de considérer de telles actions comme des leviers diplomatiques.
Pour la direction azuréenne, la diplomatie est moins un espace permettant la construction de confiance qu’une séquence de transactions sans lien entrent-elles. Les principes y sont traités comme une monnaie d'échange, valable uniquement le temps d'obtenir un avantage matériel. Une fois l'actif acquis, le partenaire est redéfini comme une contrainte stratégique. Une telle approche, dénuée de toute vision à long terme, rend impossible la construction d'une alliance fondée sur autre chose qu'un opportunisme précaire.
Paternalisme au Gondo, panique face à Carnavale
L'architecture diplomatique d'une nation se mesure à sa capacité à articuler une doctrine cohérente face aux crises. L'examen des actions azuréennes sur les deux conflits majeurs de ces dernières années, au Gondo et en Eurysie, ne révèle aucune doctrine.
Au contraire, il met en lumière une série de postures réactives, dictées par la peur et l'opportunisme, qui confirment l'incapacité du Califat à assumer le rôle de puissance stabilisatrice auquel il prétend.
Au Gondo, pour commencer, l'approche azuréenne fut une démonstration de paternalisme et de lâcheté stratégique. Confronté à une guerre civile complexe, le Diwan a systématiquement refusé l'engagement direct pour se réfugier dans le confort du « soft power ». Sa proposition centrale, un fonds de reconstruction présenté comme un « grain à moudre » pour les factions, fut théorisée en des termes d'une condescendance néocoloniale. Dans les échanges d'Axis Mundis, le Secrétaire Mohammed Badie n'a pas hésité à filer une métaphore animale, expliquant que « l'appât de la récompense, plutôt que la crainte de la punition, nous semblent être un moteur véritable pour amener le toutou à calmer ses ardeurs ». Le peuple gondolais, au cœur d'une lutte pour son autodétermination, était ainsi réduit au statut d'animal domestique à dresser par l'incitation financière.
Cette posture morale s'effondre face à l'analyse de leurs propres documents. Dans une missive datant de juillet 2015, le ministre Afaghani avoue le véritable moteur de cette non-intervention : la peur d'une confrontation avec l'Empire Clovanien. Il écrit sans détour : « Exiger que la Clovanie retire ses troupes semble contre-productif. Le lui imposer ne nous est pas possible ; certes, les moyens militaires du Grand-Kah pourraient rendre cette option crédible, mais cela serait-il souhaitable ? […] Nous excluons donc le strict recours au bras de fer. » Le Califat, qui se rêve en leader de la décolonisation, admet ici son refus d'affronter un impérialisme réel dès lors que celui-ci est militairement crédible. Pire, il révèle sa crainte idéologique, avouant ne pas souhaiter « le triomphe de l'Armée Démocratique car celui-ci pourrait se traduire par l'affirmation d'un État communiste. » L'Azur, au Gondo, a donc choisi d'abandonner ses prétendus principes anti-impérialistes par peur de la Clovanie et par hostilité affichée envers la nature même de la résistance anti-impérialiste à l’œuvre dans la Région.
Cette doctrine de l'évitement s'est ensuite – et de façon tout à fait spectaculaire ! – inversée face à la crise carnavalaise, laissant place à une panique non dissimulée. Tant que la menace semblait contenue en Eurysie, l'Azur affichait une arrogance cynique. Mohammed Badie, une letttre, qualifiait Carnavale de « tas d'ordures irradiées » et de « guêpier », se moquant de l'implication de l'Union. Il allait jusqu'à laisser entendre qu'il possédait ses propres capacités de nuisance : « Nous ne sommes pas loin cependant d'en avoir la capacité [de détruire Carnavale] ».
Sept mois plus tard, la menace Dalyoha devenant concrète en Afarée, cette assurance s'est évaporée. Une missive signée par le nouveau ministre Amastan Ag Amenay, prend cette fois la forme d’un appel à l'aide désespéré, soi un énième changement de posture.
L'Azur, s’y découvrait tout à fait soudainement une affinité pour notre « engagement pour l'émancipation », nous supplie désormais d'agir à sa place : « L'Union mettre ses capacités réelles au profit des objectifs qu'elle se fixe. […] Le Grand Kah a les moyens de réaliser aujourd'hui la paix en Eurysie et la paix en Afarée. Il en a les moyens, mais en a-t-il la volonté ? »
Il apparaît donc évident que l'Azur ne possède pas de vision stratégique, se contentant d’opérer par réactions, souvent précipitée comme en témoigne la crise Kabalienne.
Le Califat se montre arrogant quand il se sent à l'abri, et suppliant dès qu'une menace réelle se profile. Une puissance qui n'agit que par peur ou par opportunisme, incapable de constance et de courage, ne peut prétendre à aucun rôle de leader. L’Azur souhaite les bénéfices de l'ordre mondial sans jamais être prête à en payer le prix.
C’est dans ce même ordre d’idée qu’Afaghani Pasha se présente comme le champion de l'unité afaréenne. Ainsi il vante l'héritage de sa "Révolution de Safran". Il dénonce l'impérialisme à chaque discours. Or comment ignorer que le Califat a signé des pactes de défense avec l'Empire du Churaynn ? Cette monarchie autoritaire et particulièrement corrompue possède, en outre d’une politique de l’outrance ayant provoqué plusieurs crises et menaçant désormais la stabilité de l’Afarée occidentale, des colonies. L'Azur accepte donc de s'allier avec un oppresseur colonial pour exister militairement. Il apparaît dès-lors que les principes d'Agatharchidès sont des outils de marketing.
Fort avec les faibles, faible avec les forts, le Diwan utilise le mot "décolonisation" pour séduire les foules quand, dans les faits, il protège ses intérêts aux côtés des empires. L'Azur ne peut que perdre son éventuelle crédibilité auprès des mouvements de libération après avoir d’une part refusé de soutenir celui du Gondo, déclaré ne pas s’intéresser à l’émancipation des peuples, et travaillé de concert avec un empire colonial parmi les plus brutaux de notre siècle. Il est évident qu’on ne peut prétendre participer à la libération des peuples quand on patrouille avec leurs ennemis. Ce double jeu rend toute parole azuréenne suspecte. Les nations du Sud Global doivent voir cette alliance pour ce qu'elle est : une forme de trahison.
Pour une politique de la lucidité
La trajectoire de l'Azur, de 2014 à aujourd'hui, n'est donc pas, comme voudraient le lire certains tenant de la ligne modérée, celle d'une puissance en maturation. Son corps politique donne au contraire tous les signes d’une décompensation violente. La schizophrénie institutionnelle, le cynisme transactionnel et l'incohérence stratégique sont autant de symptômes permanents d'un État incapable de définir une ligne claire, car il est lui-même en guerre avec ses propres structures. Le Califat projette sur la scène internationale son chaos interne, agissant comme un miroir déformant de ses propres ambitions contradictoires, ou projetant peut-être une ligne anti-impérialiste pour cacher son propre fonctionnement essentiellement paternaliste et hégémonique.
Pour l'Union et l’Afarée, continuer de traiter l'Azur comme un partenaire fiable et prévisible serait donc une faute grave. Le Califat n’est rien de moins qu’un facteur d'incertitude qui consomme notre énergie diplomatique et expose nos intérêts à des retournements dont la nature même n’est prévisible que par leur constance. Il est temps d'acter l'échec de notre politique d'engagement fraternel. J’en appelle donc au Comité de Volonté Publique, lequel doit tirer les conclusions qui s'imposent et procéder à un réalignement doctrinal.
Il ne s'agit évidemment pas de rompre les relations – une telle posture isolationniste serait contre-productive, mais d'abandonner l'illusion d'une alliance de quelque nature que se soit, et d'adopter une politique de l'engagement conditionnel et strictement transactionnel. Notre relation avec l'Azur doit désormais être gouvernée par la même logique qu'ils appliquent au reste du monde : un pur calcul d'intérêts matériels et immédiats du Grand Kah.
Cela implique de cesser tout investissement dans des partenariats stratégiques à long terme, de limiter notre coopération aux domaines où le bénéfice pour l'Union est direct, mesurable et non-dépendant de leur stabilité politique, et de maintenir des canaux de communication fonctionnels mais dénués de toute complaisance.
Cela est d’autant plus essentiel que nous possédons de nombreux autres points d'appui en Afarée : Banairah, Tamurt n Althalj, sans parler de l'étoile montente du Finejouri, possédant pour sa part une ligne d'une limpidité admirable.
Laissons donc l’Azu à ses prophéties martiennes.
Posté le : 29 mars 2026 à 15:16:15
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Déclaration de S.E. Madame l'ambassadrice, Halide Buldan
Droit de réponse
07.03.2019

Et que la Paix soit sur nos lecteurs. Le 2 mars 2019 dernier, il y a tout juste quelques jours, un article est paru dans la grande institution de presse kah-tanaise Akai Kagami, signé de la main de Monsieur Créon Louverture. Cet article m'a été déposé alors que je revenais de ma course matinale, le long des quais de l'Université communale d'Axis Mundi, qui bordent le grand lac et ses reflets. Les pruniers au teint rouge venaient de perdre leurs pétales ; sous les premiers bourgeons des cerisiers je venai de parcourir mon trajet quotidien, qui me fait traverser et connaître ce pays kah-tanais que j'aime tant, et ses habitants étonnants et joyeux. Ma douche prise, j'ai pris connaissance de cet article. J'ai l'honneur de proposer au lectorat et à Monsieur Louverture une contradiction officielle, en m'efforçant de m'exercer à l'art kah-tanais du débat contradictoire et de la pensée dialectique, qui sont au fondement de vos valeurs et de votre culture si unique, chers lecteurs de l'Akai Kagami. Ce droit de réponse démocratique intervient d'abord pour honorer la contribution de Monsieur Louverture à l'information du public en la complétant et corrigeant ses approximations, ainsi qu'en répondant à de cruelles attaques. Il intervient ensuite, sur un plan plus grave, pour adresser une réponse solennelle à des faits importants caractérisés par Monsieur Louverture dans son intervention : le bafouement de la mémoire de nos hommes, ainsi que la trahison de la confidentialité diplomatique et des règles de l'hospitalité.
Ainsi au préalable, je souhaite renouveler mes condoléances à la famille de nos pilotes, Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan, tombés pour leur pays et pour la protection de la stabilité continentale le 29 décembre 2018 dernier, lors d'une embuscade tendue par des aviateurs des ex-milices Obéron. Nous venons en effet d'apprendre le décès d'Usman à l'hôpital. Engagés par l'Azur pour défendre la sécurité d'un pays ami et allié, je réaffirme le soutien et l'affection de la nation à ces jeunes hommes de vingt-six et vingt-sept ans loyaux et courageux. Je déplore l'infamie sous-jacente à une allusion du texte de Monsieur Louverture, qui qualifie le résultat de la mission de Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan comme une triviale « cargaison de viande. » Cet humour offensant, digne des pires caricatures de la revue d'art raciste et colonial CRAMOIZIZI, appelle correction ou excuses de son auteur vis-à-vis de la grand-mère endeuillée de Farid al-Meqtali et de la famille d'Usman Bhurzan. J'adjoins Monsieur Louverture à revenir au respect de ceux qui risquent leur vie et la perdent pour la sécurité de leurs proches et l'amour de leur pays, si l'intention de l'auteur était de produire un trait d'esprit offensant.
Au global de cet article, je tiens à souligner la cohérence de vues de Monsieur Louverture, et à répondre du mieux que je puisse à de nombreuses assertions qui ne sauraient se passer d'un droit de réponse. Monsieur Louverture structure son article en quatre parties : « Méthodologie et contexte », « Rupture entre le Diwan et la Majlis al-Nujum », « Paternalisme au Gondo, panique face à Carnavale » et enfin : « Pour une politique de la lucidité. » Il y réalise des analyses qui lui appartiennent, à partir de son interprétation des faits mais aussi de documents « exclusifs » qu'il prétend citer avec plus ou moins d'exactitude.
Les vues de Monsieur Louverture sont cohérentes : elles sont effet toutes articulées dans l'objectif de nuire au lecteur en lui présentant un tableau radical et sombre de l'Azur en tant qu'Etat. Il faut repartir des faits, que l'auteur tronque de façon assumée : il n'hésite pas à élaborer à partir d'éléments « caviardés » et de propos rapportés, non vérifiés, non contextualisés, donnés en pâture comme par un tabloïd.
Par ma voix, l'Azur n'a aucune difficulté à répondre aux points soulevés. Le premier d'entre eux est celui de la structure institutionnelle de notre pays. Nous remercions Créon Louverture pour sa lecture attentive de nos institutions : peu s'en donnent la peine. Néanmoins les précisions suivantes s'imposent. L'auteur souligne la différence de registres entre le Khalife et le Diwan. Celle-ci est inscrite dans notre Constitution : en tant que mujtahid mutlaq, Son Altesse Sémillante guide l'interprétation de la Loi Divine pour toute la nation. Celle-ci structure la vie des musulmans et de notre Etat islamique. Le Diwan s'occupe de lois séculières, de règlements et de budgets. La nature de leurs attributions est fondamentalement différente. Créon Louverture n'a pas besoin de mépriser cette ordonnancement pour lui sans doute exotique des choses. L'usage de qualificatifs médicaux, peignant notre Etat comme atteint de « pathologies », de « schizophrénie », produisant un comportement « irrationnel » et « décompensatoire », n'est pas approprié pour décrire une culture politique que l'auteur ne connaît pas et ne comprend pas, et qui, en s'organisant sur un modèle constitutionnel, un régime de droit et des valeurs anthropologiques simples, n'a aucune raison d'exciter le désarroi. L'Azur n'est pas construit sur l'inversion des valeurs. Notre système politique n'a rien de particulièrement outrageant. Certains autres pays qui affirment en revanche cette inversion pourraient attirer beaucoup plus facilement la critique de Monsieur Louverture et ses procès en rationalité et en perversion. Cela étant, comparer l'Azur à un personnage schizophrène est moins infamant que l'auteur le voudrait, surtout d'après ses propres critères. Le schizophrène n'est-il pas en résistance contre les structures, prisonnier de son insoumission, lucide parmi les psychopathes, donc un modèle libertaire ? Quel rapport avec un Etat islamique ?
Je laisse l'auteur à ses méditations sur le système azuréen pour clarifier des points concrets de géopolitique, qu'il associe en faisceau alors qu'ils sont distincts. Créon Louverture voit dans l'attitude azuréenne sur les points suivants — guerre civile au Gondo, ordre mondial, partenariats stratégiques — une incohérence globale : à chaque fois cette analyse est faussée par manque de rigueur, le lecteur doit voir cette analyse complétée par mon intervention.
Sur le Gondo : la guerre civile gondolaise est un conflit latent, interrompu une première fois par des accords de paix négociés sous l'égide de l'Althalj : les accords d'Icemlet. Ces accords prévoyaient un cessez-le-feu et un processus de réconciliation garantissant l'unité territoriale et la continuité du système politique gondolais, en vue de résoudre son fractionnement. Ces accords ont été brisés, et l'Azur a toujours eu pour position d'appeler à leur réinstauration. Il n'a jamais affiché de soutien à une faction contre une autre, et ne s'est jamais prononcé sur la nature du régime qu'il fallait instaurer au Gondo : loin de toute ingérence, cette décision revient aux seuls Gondolais et à leurs institutions. C'est une différence fondamentale avec le Kah, qui soutient et arme une faction, « l'Armée démocratique », en vue de promouvoir son idéologie. Cette différence fondamentale n'avait à l'époque suscité aucun article rageur de Créon Louverture : face à l'ingérence néocoloniale de la Clovanie dans les affaires internes du Gondo, le Kah et l'Azur ont eu un dialogue suivi afin d'obtenir le départ des troupes clovaniennes alors engagées sur le terrain. En 2015, moment fort de la guerre civile, l'Azur n'avait pas lancé son programme balistique ni acquis les moyens militaires qui lui auraient permis de jouer un rôle militaire dans la crise. Il n'avait aucune intention d'ailleurs d'improviser une quelconque opération de changement de régime, vu la nature complexe du conflit gondolais, opposant non pas des colons à des indigènes comme dans la théorie simpliste des méconnaisseurs, mais des Gondolais entre eux animés par des sources de légitimité contradictoires : « révolution » d'un côté, « ordre institutionnel » de l'autre, et « droits nationaux » dans le cas des factions G.A.L.K., du mouvement pitsi et du mouvement likra. Ce guerre fratricide n'est pas pure ni souhaitable, et personne n'y est innocent de ses responsabilités : le gouvernement d'avoir fait appel à des troupes néocoloniales, l'opposition d'avoir recouru à la lutte armée et parfois à des mines antipersonnels contre les populations civiles. Le conflit gondolais est complexe et mérite mieux que des jugements simplistes. La vision azuréenne du conflit gondolais est d'ailleurs partagée depuis longtemps par l'Althalj et le Finejouri, et cette commune entente de vues s'est exprimée à de nombreuses reprises pour appeler non pas à la victoire d'une faction sur les autres, mais au cessez-le-feu et à la réconciliation des factions entre elles. Le Gondo illustre l'approche pacifique et multilatérale de la diplomatie azuréenne, en ce qu'elle s'est construite avec une trentaine de signataires d'une déclaration commune proposée avec le royaume de Teyla, soutenue par l'Althalj, le Finejouri, le Banairah, le Jashuria, Sainte-Marquise, Westalia, et combien d'autres précieux partenaires du Grand Kah, qui n'ont pas soutenu la stratégie kah-tanaise de soutien à une faction en lutte armée, mais la stratégie althaljire définie à Icemlet en 2014, d'appel à la paix et à des discussions associant l'ensemble des acteurs en vue d'une solution consensuelle.
Cette vision azuréenne sur le Gondo est la traduction parfaite de son approche de l'« ordre mondial pacifique » qualifié par Créon Louverture. Elle s'est initiée au Gondo et concrétisée ensuite par la création de la plus grande organisation continentale en Afarée : le Pacte afaréen de sécurité, et son Conseil, où se discutent de façon transparente les enjeux du continent, permettant de définir par des votes au consensus des positions et des actions communes. Le Pacte a ainsi proposé de nombreuses initiatives pour la paix, la sécurité et l'inclusion continentale, y compris à des partenaires non afaréens. Le multilatéralisme azuréen s'est démontré pendant des années pour proposer des résolutions collectives des problèmes : zones maritimes souveraines, propriété intellectuelle et protection des brevets technologiques, préservation de l'environnement, promotion de la culture et de la science du désert, et combien d'autres initiatives à destination de la communauté internationale, sans distinction idéologique ni antagonisme. Ouverture et souhait de coopérer avec tous les pays du monde sans a priori caractérisent la posture diplomatique azuréenne, qui est une posture de travail en vue de réalisations concrètes, non de voeux pieux. L'Azur est bel et bien un interlocuteur sérieux : et c'est par sérieux, rigueur et éthique qu'on ne saurait ne pas voir que l'« ordre mondial pacifique » est mis devant le fait accompli d'un génocide et de la colonisation brutale et déclarée. La question cramoisienne explose à la face de tous ceux qui promeuvent une vision mondiale des problèmes. Va-t-on laisser faire le crime ? Depuis trois ans, l'Azur défend une diplomatie exigeante face aux criminels. Il n'est responsable d'aucune « agression » contre les véritables agresseurs, qui sont les Dalyoha. L'attitude de la communauté internationale vis-à-vis du génocide, de la colonisation et de l'occupation, de la privatisation de la santé et de l'environnement, et de la destruction des écosystèmes entamée et poursuivie par la Maison Dalyoha est en train de se définir. Ceux qui promouvaient hier le multilatéralisme, la justice et la paix sont au défi de la réalité contemporaine. Entériner l'impunité d'un agresseur ne fait partie du programme d'un « ordre mondial pacifique » : il faut des mécanismes adaptés et une résolution concrète des enjeux, capable de réunir la communauté internationale plutôt que de la diviser. En ce sens, et malgré des réserves publiques sur la pertinence de cette stratégie après les échecs précédents du dialogue, l'Azur soutient le projet du Finejouri et de l'Althalj d'établir une mission de surveillance en Cramoisie pour juger de l'évolution de la situation. Il soutient également le désarmement chimique de la Maison Dalyoha, conformément au traité PFC-ACM, promu par le Grand Kah. L'Azur valorise les solutions proposées par ses interlocuteurs dans un cadre multilatéral, en 2019 aussi bien qu'en 2015.
Créon Louverture aborde enfin la question de la relation bilatérale azuro-kah-tanaise. Il y décrit un revirement supposé de l'attitude d'Agatharchidès vis-à-vis du Kah. Cette analyse est parfaitement erronée : les relations entre nos deux pays sont excellentes. J'ai eu l'occasion de le réaffirmer il y a à peine quelques mois en rendant visite à des associations culturelles. Nos deux pays partagent un accord de coopération maritime, des liens culturels et économiques, de nombreuses positions convergentes, en particulier sur la question humanitaire : l'Azur et le Grand Kah ont régulièrement évoqué un projet commun pour définir une convention internationale humanitaire, en vue de limiter les dégâts des conflits inévitables sur les populations et sur les territoires. L'Azur a approuvé l'action kah-tanaise pour mettre un terme aux armes chimiques carnavalaises, tout comme il avait approuvé la défense de la souveraineté altrechtoise, et dénoncé le bombardement des aéroports civils en Mährenie. Des prises de position qu'on ne saurait qualifier d'« opportunisme précaire », comme le fait Monsieur Louverture. Sur ces questions graves, l'Azur a fait entendre sa voix, là où bien des partenaires du Grand Kah ont préféré un silence stratégique qui ne leur pourtant vaut pas de billet d'humeur dans l'Akai Kagami. Grâce au partenariat azuro-kah-tanais et au « Contrat du siècle », l'Azur est désormais en mesure de dissuader les agressions et de faire peser sa vision multilatérale autour de lui. La résolution diplomatique du conflit ouvert entre l'Antérie et l'Ouwanlinda est une preuve qu'une diplomatie bien dotée est efficace : par un langage ferme, mais ouvert à la négociation, l'Azur et ses partenaires ont résolu une grave crise diplomatique. L'unité afaréenne en est sortie renforcée. L'escalade entre le Churaynn et l'Altrecht, puis Karty, a ensuite pu être enrayée efficacement grâce au poids stratégique de l'Azur. L'auteur de l'article y voit la défense d'un Etat paria : au contraire, nous voyons dans le rapprochement entre l'Azur et le Churaynn une voie prometteuse pour limiter les désordres et articuler une réponse claire des Etats afaréens face à leurs agresseurs. Ainsi, le Churaynn et l'Azur se sont organisés pour faire face à la menace néoraciste du B.N.E. et celle-ci a été écartée, sans qu'un seul missile ait eu besoin d'être tiré. Monsieur Louverture dénonce le maintien de relations diplomatiques avec le Churaynn : mais que propose-t-il exactement ? Même le Grand Kah pratique la diplomatie avec le Churaynn. La dissuasion est un levier de progrès. De même, la force azuréenne, en s'adjoignant à celles du Pacte afaréen de sécurité présidé par le Finejouri, a permis la décolonisation rapide et claire de la Zentralafareen garmflüssensteinienne, au profit d'un processus pacifique et coordonné. L'Afarée centrale indépendante a rejoint le Pacte afaréen de sécurité, qui garantit sa pleine inclusion au dialogue continental et la solidarité du continent contre ses éventuels reconquérants. Ces réalisations n'auraient pas été possibles si l'Azur n'avait pu y peser de son poids. Le partenariat stratégique azuro-kah-tanais s'inscrit donc bien dans la poursuite des objectifs partagés et des principes affichés de multilatéralisme et d'ordre mondial pacifique.
Créon Louverture est pourtant catégorique : selon lui, les relations azuro-kah-tanaises devraient être interrompues, au profit de relations « sans complaisance » et de l'abandon de projets communs. Je ne crois pas que le Comité de Volonté Publique, qui assure la gestion des affaires extérieures, se reconnaîtra dans la « complaisance » dénoncée par l'auteur : il n'y a aucune complaisance entre l'Azur et le Grand Kah, et le dialogue prolifique entre nos deux pays montre les points de convergences et les divergences d'approche qui existent. Cette relation est riche : j'appelle plutôt à la préserver et à la cultiver, dans le respect des différences et la sincérité du dialogue. Rien ne justifierait l'abandon de projets communs, tels que le traité international sur la mer élaboré dans les discussions bilatérales, le désarmement chimique déjà concrétisé par le PFC-ACM, ou encore la convention internationale humanitaire qui est évidemment nécessaire face aux crimes de guerre constatés à de multiples endroits. Le public kah-tanais est témoin de ma réponse à Créon Louverture : non, nous n'avons décidément pas fini de coopérer pour le bien de nos populations respectives.
La coopération entre Axis Mundi et Agatharchidès est historique, féconde et prometteuse. Elle est cependant abîmée par des faits importants que je dois souligner ici. Créon Louverture, dans son article, prétend avoir eu accès à des conversations diplomatiques cryptées et retranscrire des discours tenus à huis clos, au plus haut sommet, lors de la visite de Son Altesse Sémillante à Axis Mundi. Naturellement, je déplore l'usage fallacieux de ces documents pour manipuler le lectorat, et je demande à Monsieur Créon Louverture de faire preuve de professionnalisme et de déontologie, en s'abstenant de livrer au public des documents « caviardés » dont le troncage du contenu vaut déformation malhonnête des propos abordés. Contrairement à ses affirmations, l'Azur n'a aucun problème de schizophrénie.
Je déplore que de tels documents aient pu parvenir, tronqués donc inutilisables, dans les mains d'un « journaliste » à charge contre un pays ami du Grand Kah. Rompre la confidentialité des échanges diplomatiques de façon unilatérale et orientée à des fins malveillantes ne peut être que la conséquence d'un accident et de dysfonctionnements internes au Grand Kah. Non seulement pour la sécurité de l'Azur, qui est ainsi bradée de façon inconsciente, mais pour celle de tous les sujets sensibles gérés à huis clos par des diplomates professionnels, cette opération de caviardage malveillant est un risque majeur. Il serait ainsi inacceptable, par exemple, que des échanges privés entre le Grand Kah et Carnavale soient diffusés de façon tronquée et malhonnête alors que le Commissariat aux Affaires extérieures est en ce moment même occupé à gérer la crise sanitaire à Carnavale. Les humanitaires kah-tanais ont été exposés à des armes chimiques tirées par la Maison Dalyoha et je suis certaine que le Comité de Volonté Publique n'a pas besoin de voir son travail mis en difficulté par des fuites inopportunes, alors que la vie de centaines de personnes est en jeu, et que le risque d'une pandémie mondiale s'accroît. La confidentialité des échanges diplomatiques et l'information du grand public sont nécessaires ; leur synthèse ne saurait être le colportage de documents caviardés, qui nuit aussi bien à la sécurité nationale qu'à la conscience publique. Monsieur Louverture a commis une faute professionnelle indiscutable, permise par un dysfonctionnement interne aux services diplomatiques du Grand Kah. Les rumeurs attribuant à Son Altesse Sémillante ou à ses services des déclarations sont fondées sur une manipulation déplorable des faits et une déloyauté vis-à-vis de la délégation azuréenne, accueillie officiellement à Axis Mundi, entendue à huis clos. L'enregistrement non consenti du plus haut personnage de l'Etat azuréen, la déloyauté vis-à-vis du Khalife en tant qu'invité officiel du Grand Kah, sont des ruptures graves des règles de l'hospitalité. En Azur, c'est une très grave transgression, et un profond déshonneur pour celles et ceux qui s'en rendent coupable.
Créon Louverture ne connaît visiblement que très mal la culture azuréenne, sa pratique de la diplomatie, sa pensée, son système de valeurs et ses préoccupations. Je n'attribuerai donc ses propos qu'à des malentendus et des erreurs. Les conclusions radicales qu'il tire au sujet de l'Azur sont fausses, et il devrait le reconnaître publiquement. S'il maintient ses propos, je serai ravie qu'il participe à la prochaine conférence de presse du Grand Vizir, Afaghani Pasha, chef de la diplomatie azuréenne depuis 2004. Ce sera l'occasion de confronter les arguments de façon loyale et publique. En tant qu'ambassadrice, je m'engagerai à permettre à la presse kah-tanaise de participer à cet événement, car je crois que le grand public appréciera d'être informé avec exigence et professionnalisme. Créon Louverture s'honorerait à un tel exercice : les Azuréens détestent les lâches et les hypocrites, mais ils respectent l'intelligence et le courage, y compris, et même surtout chez leurs adversaires. La culture azuréenne est fière mais pas rancunière. Créon Louverture pourra démontrer qu'il possède ces qualités à l'occasion de cette conférence de presse, qui sera annoncée bientôt, et qui couvrira essentiellement le sujet du déploiement azuréen à Carnavale, ainsi que d'autres sujets.

Droit de réponse
07.03.2019

Ainsi au préalable, je souhaite renouveler mes condoléances à la famille de nos pilotes, Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan, tombés pour leur pays et pour la protection de la stabilité continentale le 29 décembre 2018 dernier, lors d'une embuscade tendue par des aviateurs des ex-milices Obéron. Nous venons en effet d'apprendre le décès d'Usman à l'hôpital. Engagés par l'Azur pour défendre la sécurité d'un pays ami et allié, je réaffirme le soutien et l'affection de la nation à ces jeunes hommes de vingt-six et vingt-sept ans loyaux et courageux. Je déplore l'infamie sous-jacente à une allusion du texte de Monsieur Louverture, qui qualifie le résultat de la mission de Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan comme une triviale « cargaison de viande. » Cet humour offensant, digne des pires caricatures de la revue d'art raciste et colonial CRAMOIZIZI, appelle correction ou excuses de son auteur vis-à-vis de la grand-mère endeuillée de Farid al-Meqtali et de la famille d'Usman Bhurzan. J'adjoins Monsieur Louverture à revenir au respect de ceux qui risquent leur vie et la perdent pour la sécurité de leurs proches et l'amour de leur pays, si l'intention de l'auteur était de produire un trait d'esprit offensant.
Au global de cet article, je tiens à souligner la cohérence de vues de Monsieur Louverture, et à répondre du mieux que je puisse à de nombreuses assertions qui ne sauraient se passer d'un droit de réponse. Monsieur Louverture structure son article en quatre parties : « Méthodologie et contexte », « Rupture entre le Diwan et la Majlis al-Nujum », « Paternalisme au Gondo, panique face à Carnavale » et enfin : « Pour une politique de la lucidité. » Il y réalise des analyses qui lui appartiennent, à partir de son interprétation des faits mais aussi de documents « exclusifs » qu'il prétend citer avec plus ou moins d'exactitude.
Les vues de Monsieur Louverture sont cohérentes : elles sont effet toutes articulées dans l'objectif de nuire au lecteur en lui présentant un tableau radical et sombre de l'Azur en tant qu'Etat. Il faut repartir des faits, que l'auteur tronque de façon assumée : il n'hésite pas à élaborer à partir d'éléments « caviardés » et de propos rapportés, non vérifiés, non contextualisés, donnés en pâture comme par un tabloïd.
Par ma voix, l'Azur n'a aucune difficulté à répondre aux points soulevés. Le premier d'entre eux est celui de la structure institutionnelle de notre pays. Nous remercions Créon Louverture pour sa lecture attentive de nos institutions : peu s'en donnent la peine. Néanmoins les précisions suivantes s'imposent. L'auteur souligne la différence de registres entre le Khalife et le Diwan. Celle-ci est inscrite dans notre Constitution : en tant que mujtahid mutlaq, Son Altesse Sémillante guide l'interprétation de la Loi Divine pour toute la nation. Celle-ci structure la vie des musulmans et de notre Etat islamique. Le Diwan s'occupe de lois séculières, de règlements et de budgets. La nature de leurs attributions est fondamentalement différente. Créon Louverture n'a pas besoin de mépriser cette ordonnancement pour lui sans doute exotique des choses. L'usage de qualificatifs médicaux, peignant notre Etat comme atteint de « pathologies », de « schizophrénie », produisant un comportement « irrationnel » et « décompensatoire », n'est pas approprié pour décrire une culture politique que l'auteur ne connaît pas et ne comprend pas, et qui, en s'organisant sur un modèle constitutionnel, un régime de droit et des valeurs anthropologiques simples, n'a aucune raison d'exciter le désarroi. L'Azur n'est pas construit sur l'inversion des valeurs. Notre système politique n'a rien de particulièrement outrageant. Certains autres pays qui affirment en revanche cette inversion pourraient attirer beaucoup plus facilement la critique de Monsieur Louverture et ses procès en rationalité et en perversion. Cela étant, comparer l'Azur à un personnage schizophrène est moins infamant que l'auteur le voudrait, surtout d'après ses propres critères. Le schizophrène n'est-il pas en résistance contre les structures, prisonnier de son insoumission, lucide parmi les psychopathes, donc un modèle libertaire ? Quel rapport avec un Etat islamique ?
Je laisse l'auteur à ses méditations sur le système azuréen pour clarifier des points concrets de géopolitique, qu'il associe en faisceau alors qu'ils sont distincts. Créon Louverture voit dans l'attitude azuréenne sur les points suivants — guerre civile au Gondo, ordre mondial, partenariats stratégiques — une incohérence globale : à chaque fois cette analyse est faussée par manque de rigueur, le lecteur doit voir cette analyse complétée par mon intervention.
Sur le Gondo : la guerre civile gondolaise est un conflit latent, interrompu une première fois par des accords de paix négociés sous l'égide de l'Althalj : les accords d'Icemlet. Ces accords prévoyaient un cessez-le-feu et un processus de réconciliation garantissant l'unité territoriale et la continuité du système politique gondolais, en vue de résoudre son fractionnement. Ces accords ont été brisés, et l'Azur a toujours eu pour position d'appeler à leur réinstauration. Il n'a jamais affiché de soutien à une faction contre une autre, et ne s'est jamais prononcé sur la nature du régime qu'il fallait instaurer au Gondo : loin de toute ingérence, cette décision revient aux seuls Gondolais et à leurs institutions. C'est une différence fondamentale avec le Kah, qui soutient et arme une faction, « l'Armée démocratique », en vue de promouvoir son idéologie. Cette différence fondamentale n'avait à l'époque suscité aucun article rageur de Créon Louverture : face à l'ingérence néocoloniale de la Clovanie dans les affaires internes du Gondo, le Kah et l'Azur ont eu un dialogue suivi afin d'obtenir le départ des troupes clovaniennes alors engagées sur le terrain. En 2015, moment fort de la guerre civile, l'Azur n'avait pas lancé son programme balistique ni acquis les moyens militaires qui lui auraient permis de jouer un rôle militaire dans la crise. Il n'avait aucune intention d'ailleurs d'improviser une quelconque opération de changement de régime, vu la nature complexe du conflit gondolais, opposant non pas des colons à des indigènes comme dans la théorie simpliste des méconnaisseurs, mais des Gondolais entre eux animés par des sources de légitimité contradictoires : « révolution » d'un côté, « ordre institutionnel » de l'autre, et « droits nationaux » dans le cas des factions G.A.L.K., du mouvement pitsi et du mouvement likra. Ce guerre fratricide n'est pas pure ni souhaitable, et personne n'y est innocent de ses responsabilités : le gouvernement d'avoir fait appel à des troupes néocoloniales, l'opposition d'avoir recouru à la lutte armée et parfois à des mines antipersonnels contre les populations civiles. Le conflit gondolais est complexe et mérite mieux que des jugements simplistes. La vision azuréenne du conflit gondolais est d'ailleurs partagée depuis longtemps par l'Althalj et le Finejouri, et cette commune entente de vues s'est exprimée à de nombreuses reprises pour appeler non pas à la victoire d'une faction sur les autres, mais au cessez-le-feu et à la réconciliation des factions entre elles. Le Gondo illustre l'approche pacifique et multilatérale de la diplomatie azuréenne, en ce qu'elle s'est construite avec une trentaine de signataires d'une déclaration commune proposée avec le royaume de Teyla, soutenue par l'Althalj, le Finejouri, le Banairah, le Jashuria, Sainte-Marquise, Westalia, et combien d'autres précieux partenaires du Grand Kah, qui n'ont pas soutenu la stratégie kah-tanaise de soutien à une faction en lutte armée, mais la stratégie althaljire définie à Icemlet en 2014, d'appel à la paix et à des discussions associant l'ensemble des acteurs en vue d'une solution consensuelle.
Cette vision azuréenne sur le Gondo est la traduction parfaite de son approche de l'« ordre mondial pacifique » qualifié par Créon Louverture. Elle s'est initiée au Gondo et concrétisée ensuite par la création de la plus grande organisation continentale en Afarée : le Pacte afaréen de sécurité, et son Conseil, où se discutent de façon transparente les enjeux du continent, permettant de définir par des votes au consensus des positions et des actions communes. Le Pacte a ainsi proposé de nombreuses initiatives pour la paix, la sécurité et l'inclusion continentale, y compris à des partenaires non afaréens. Le multilatéralisme azuréen s'est démontré pendant des années pour proposer des résolutions collectives des problèmes : zones maritimes souveraines, propriété intellectuelle et protection des brevets technologiques, préservation de l'environnement, promotion de la culture et de la science du désert, et combien d'autres initiatives à destination de la communauté internationale, sans distinction idéologique ni antagonisme. Ouverture et souhait de coopérer avec tous les pays du monde sans a priori caractérisent la posture diplomatique azuréenne, qui est une posture de travail en vue de réalisations concrètes, non de voeux pieux. L'Azur est bel et bien un interlocuteur sérieux : et c'est par sérieux, rigueur et éthique qu'on ne saurait ne pas voir que l'« ordre mondial pacifique » est mis devant le fait accompli d'un génocide et de la colonisation brutale et déclarée. La question cramoisienne explose à la face de tous ceux qui promeuvent une vision mondiale des problèmes. Va-t-on laisser faire le crime ? Depuis trois ans, l'Azur défend une diplomatie exigeante face aux criminels. Il n'est responsable d'aucune « agression » contre les véritables agresseurs, qui sont les Dalyoha. L'attitude de la communauté internationale vis-à-vis du génocide, de la colonisation et de l'occupation, de la privatisation de la santé et de l'environnement, et de la destruction des écosystèmes entamée et poursuivie par la Maison Dalyoha est en train de se définir. Ceux qui promouvaient hier le multilatéralisme, la justice et la paix sont au défi de la réalité contemporaine. Entériner l'impunité d'un agresseur ne fait partie du programme d'un « ordre mondial pacifique » : il faut des mécanismes adaptés et une résolution concrète des enjeux, capable de réunir la communauté internationale plutôt que de la diviser. En ce sens, et malgré des réserves publiques sur la pertinence de cette stratégie après les échecs précédents du dialogue, l'Azur soutient le projet du Finejouri et de l'Althalj d'établir une mission de surveillance en Cramoisie pour juger de l'évolution de la situation. Il soutient également le désarmement chimique de la Maison Dalyoha, conformément au traité PFC-ACM, promu par le Grand Kah. L'Azur valorise les solutions proposées par ses interlocuteurs dans un cadre multilatéral, en 2019 aussi bien qu'en 2015.
Créon Louverture aborde enfin la question de la relation bilatérale azuro-kah-tanaise. Il y décrit un revirement supposé de l'attitude d'Agatharchidès vis-à-vis du Kah. Cette analyse est parfaitement erronée : les relations entre nos deux pays sont excellentes. J'ai eu l'occasion de le réaffirmer il y a à peine quelques mois en rendant visite à des associations culturelles. Nos deux pays partagent un accord de coopération maritime, des liens culturels et économiques, de nombreuses positions convergentes, en particulier sur la question humanitaire : l'Azur et le Grand Kah ont régulièrement évoqué un projet commun pour définir une convention internationale humanitaire, en vue de limiter les dégâts des conflits inévitables sur les populations et sur les territoires. L'Azur a approuvé l'action kah-tanaise pour mettre un terme aux armes chimiques carnavalaises, tout comme il avait approuvé la défense de la souveraineté altrechtoise, et dénoncé le bombardement des aéroports civils en Mährenie. Des prises de position qu'on ne saurait qualifier d'« opportunisme précaire », comme le fait Monsieur Louverture. Sur ces questions graves, l'Azur a fait entendre sa voix, là où bien des partenaires du Grand Kah ont préféré un silence stratégique qui ne leur pourtant vaut pas de billet d'humeur dans l'Akai Kagami. Grâce au partenariat azuro-kah-tanais et au « Contrat du siècle », l'Azur est désormais en mesure de dissuader les agressions et de faire peser sa vision multilatérale autour de lui. La résolution diplomatique du conflit ouvert entre l'Antérie et l'Ouwanlinda est une preuve qu'une diplomatie bien dotée est efficace : par un langage ferme, mais ouvert à la négociation, l'Azur et ses partenaires ont résolu une grave crise diplomatique. L'unité afaréenne en est sortie renforcée. L'escalade entre le Churaynn et l'Altrecht, puis Karty, a ensuite pu être enrayée efficacement grâce au poids stratégique de l'Azur. L'auteur de l'article y voit la défense d'un Etat paria : au contraire, nous voyons dans le rapprochement entre l'Azur et le Churaynn une voie prometteuse pour limiter les désordres et articuler une réponse claire des Etats afaréens face à leurs agresseurs. Ainsi, le Churaynn et l'Azur se sont organisés pour faire face à la menace néoraciste du B.N.E. et celle-ci a été écartée, sans qu'un seul missile ait eu besoin d'être tiré. Monsieur Louverture dénonce le maintien de relations diplomatiques avec le Churaynn : mais que propose-t-il exactement ? Même le Grand Kah pratique la diplomatie avec le Churaynn. La dissuasion est un levier de progrès. De même, la force azuréenne, en s'adjoignant à celles du Pacte afaréen de sécurité présidé par le Finejouri, a permis la décolonisation rapide et claire de la Zentralafareen garmflüssensteinienne, au profit d'un processus pacifique et coordonné. L'Afarée centrale indépendante a rejoint le Pacte afaréen de sécurité, qui garantit sa pleine inclusion au dialogue continental et la solidarité du continent contre ses éventuels reconquérants. Ces réalisations n'auraient pas été possibles si l'Azur n'avait pu y peser de son poids. Le partenariat stratégique azuro-kah-tanais s'inscrit donc bien dans la poursuite des objectifs partagés et des principes affichés de multilatéralisme et d'ordre mondial pacifique.
Créon Louverture est pourtant catégorique : selon lui, les relations azuro-kah-tanaises devraient être interrompues, au profit de relations « sans complaisance » et de l'abandon de projets communs. Je ne crois pas que le Comité de Volonté Publique, qui assure la gestion des affaires extérieures, se reconnaîtra dans la « complaisance » dénoncée par l'auteur : il n'y a aucune complaisance entre l'Azur et le Grand Kah, et le dialogue prolifique entre nos deux pays montre les points de convergences et les divergences d'approche qui existent. Cette relation est riche : j'appelle plutôt à la préserver et à la cultiver, dans le respect des différences et la sincérité du dialogue. Rien ne justifierait l'abandon de projets communs, tels que le traité international sur la mer élaboré dans les discussions bilatérales, le désarmement chimique déjà concrétisé par le PFC-ACM, ou encore la convention internationale humanitaire qui est évidemment nécessaire face aux crimes de guerre constatés à de multiples endroits. Le public kah-tanais est témoin de ma réponse à Créon Louverture : non, nous n'avons décidément pas fini de coopérer pour le bien de nos populations respectives.
La coopération entre Axis Mundi et Agatharchidès est historique, féconde et prometteuse. Elle est cependant abîmée par des faits importants que je dois souligner ici. Créon Louverture, dans son article, prétend avoir eu accès à des conversations diplomatiques cryptées et retranscrire des discours tenus à huis clos, au plus haut sommet, lors de la visite de Son Altesse Sémillante à Axis Mundi. Naturellement, je déplore l'usage fallacieux de ces documents pour manipuler le lectorat, et je demande à Monsieur Créon Louverture de faire preuve de professionnalisme et de déontologie, en s'abstenant de livrer au public des documents « caviardés » dont le troncage du contenu vaut déformation malhonnête des propos abordés. Contrairement à ses affirmations, l'Azur n'a aucun problème de schizophrénie.
Je déplore que de tels documents aient pu parvenir, tronqués donc inutilisables, dans les mains d'un « journaliste » à charge contre un pays ami du Grand Kah. Rompre la confidentialité des échanges diplomatiques de façon unilatérale et orientée à des fins malveillantes ne peut être que la conséquence d'un accident et de dysfonctionnements internes au Grand Kah. Non seulement pour la sécurité de l'Azur, qui est ainsi bradée de façon inconsciente, mais pour celle de tous les sujets sensibles gérés à huis clos par des diplomates professionnels, cette opération de caviardage malveillant est un risque majeur. Il serait ainsi inacceptable, par exemple, que des échanges privés entre le Grand Kah et Carnavale soient diffusés de façon tronquée et malhonnête alors que le Commissariat aux Affaires extérieures est en ce moment même occupé à gérer la crise sanitaire à Carnavale. Les humanitaires kah-tanais ont été exposés à des armes chimiques tirées par la Maison Dalyoha et je suis certaine que le Comité de Volonté Publique n'a pas besoin de voir son travail mis en difficulté par des fuites inopportunes, alors que la vie de centaines de personnes est en jeu, et que le risque d'une pandémie mondiale s'accroît. La confidentialité des échanges diplomatiques et l'information du grand public sont nécessaires ; leur synthèse ne saurait être le colportage de documents caviardés, qui nuit aussi bien à la sécurité nationale qu'à la conscience publique. Monsieur Louverture a commis une faute professionnelle indiscutable, permise par un dysfonctionnement interne aux services diplomatiques du Grand Kah. Les rumeurs attribuant à Son Altesse Sémillante ou à ses services des déclarations sont fondées sur une manipulation déplorable des faits et une déloyauté vis-à-vis de la délégation azuréenne, accueillie officiellement à Axis Mundi, entendue à huis clos. L'enregistrement non consenti du plus haut personnage de l'Etat azuréen, la déloyauté vis-à-vis du Khalife en tant qu'invité officiel du Grand Kah, sont des ruptures graves des règles de l'hospitalité. En Azur, c'est une très grave transgression, et un profond déshonneur pour celles et ceux qui s'en rendent coupable.
Créon Louverture ne connaît visiblement que très mal la culture azuréenne, sa pratique de la diplomatie, sa pensée, son système de valeurs et ses préoccupations. Je n'attribuerai donc ses propos qu'à des malentendus et des erreurs. Les conclusions radicales qu'il tire au sujet de l'Azur sont fausses, et il devrait le reconnaître publiquement. S'il maintient ses propos, je serai ravie qu'il participe à la prochaine conférence de presse du Grand Vizir, Afaghani Pasha, chef de la diplomatie azuréenne depuis 2004. Ce sera l'occasion de confronter les arguments de façon loyale et publique. En tant qu'ambassadrice, je m'engagerai à permettre à la presse kah-tanaise de participer à cet événement, car je crois que le grand public appréciera d'être informé avec exigence et professionnalisme. Créon Louverture s'honorerait à un tel exercice : les Azuréens détestent les lâches et les hypocrites, mais ils respectent l'intelligence et le courage, y compris, et même surtout chez leurs adversaires. La culture azuréenne est fière mais pas rancunière. Créon Louverture pourra démontrer qu'il possède ces qualités à l'occasion de cette conférence de presse, qui sera annoncée bientôt, et qui couvrira essentiellement le sujet du déploiement azuréen à Carnavale, ainsi que d'autres sujets.
Posté le : 03 avr. 2026 à 19:31:01
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« L'OBJECTIF DE L'ENNEMI EST D'HUMILIER LE CONTINENT »
— AMASTAN AG AMENAY
Publié le 25.03.2019 à 15h33 par Kozo Okamoto

SARGHAT : Excellence merci pour cet entretien. Vous êtes depuis peu le Ministre des Affaires étrangères, mais votre profil n'est pas anodin. Votre père était un sheikh qabalien reconnu. Aujourd'hui vous exercez des fonctions officielles en Azur. Certains ont critiqué votre binationalité et la confusion des affaires azuro-qabaliennes. Qu'avez-vous à répondre à cette critique ? Êtes-vous vraiment à votre place ?
Amastan Ag Amenay : Merci pour cet entretien qui me permet de répondre, rectifier et réaffirmer des points essentiels que tout le monde va bien se coller dans le crâne. D'abord sur ma binationalité. Rassurez-vous les bi ne sont pas tous que des cheaters si vous me passez l'expression. Je m'honore d'être ministre du noble Diwan azuréen, c'est un honneur pour moi et pour ma famille. En tant que fils de la diaspora qabalienne, j'ai conscience de représenter une dimension particulière de la politique gouvernementale. J'agis entièrement sous la direction de Son Excellence le Grand Vizir, et je suis le ministre de l'Azur, non de la Qabalie. Je suis au service des intérêts de l'Azur. Ceux-ci sont liés à celui du peuple qabalien par déclarations répétées du Diwan, qui s'est engagé à la Déclaration mondiale sur la Cramoisie, à la Reconnaissance de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la R.U.P.K. et au droit du peuple qabalien à la justice contre le génocide et la colonisation en général. Il y a des gens pour qui toutes ces choses ne veulent rien dire. Pour l'Azur cependant, ces engagements sont essentiels.
SARGHAT : vous avez été accusé d'instrumentaliser la cause qabalienne.
Amastan Ag Amenay : un avocat n'instrumentalise pas la cause de son client, mais je n'irai même pas à comparer la relation entre l'Azur et la Qabalie à celle qui lie un avocat et son client. Cette relation se fonde sur une histoire commune, des liens culturels et spirituels, le tissage des confréries qui parsèment le monde musulman, les rites de pèlerinages, le commerce caravanier et les transits nomades aussi, plus prosaïquement. Cette relation est fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté, à un espace commun. Mais surtout, cette relation est fondée sur le constat du crime de génocide, du risque d'écocide et de la commune Humanité des Azuréens et des Qabaliens. Les Azuréens se reconnaissent dans le martyre des Qabaliens, et les Qabaliens se reconnaissent dans la lutte des Azuréens contre la Cramoisie et ses maléfices. Ce procédé d'identification mutuelle se passe de commentaire extradiégétique. Tous les musulmans, tous les Afaréens, tous les êtres humains dotés d'un cœur et d'un cerveau qui réalisent cette identification mutuelle, cette empathie irréversible et indiscutable, font partie de notre camp. Tous ceux qui, pour les raisons psychopathologiques qui les regardent, sont incapables de cette empathie-là, sont dans le camp de l'ennemi. Je suis stupéfait des accusations d'instrumentalisation qu'on pourrait me faire. Demandez à la République de Juda s'ils considèrent que ceux qui s'opposent aux pogroms des Juifs sont en train de les instrumentaliser. Demandez à la coalition qui a renversé un gouvernement fasciste je ne sais plus où il y a deux ans parce que celui-ci emprisonnait les homosexuels, si elle était en train d'instrumentaliser les homosexuels auquel elle portait secours. Demandez aux Qabaliens s'ils ont l'impression d'être instrumentalisés. Je connais mieux les Qabaliens que vous. Je peux vous dire qu'ils sont moins préoccupés par leur « instrumentalisation » par l'Azur que par la justice et leurs droits sur leur propre pays, aujourd'hui niés par une entité coloniale et génocidaire impunie.
SARGHAT : en plaçant le dossier de la Kabalie en tête de ses priorités, le Diwan n'est-il pas en train de pratiquer une ingérence flagrante en Afarée occidentale, comme le dit Balsilek Ishaq ?
Amastan Ag Amenay : La première ingérence, c'est le génocide et la colonisation. Je vous rappelle que des gens vivaient là avant qu'on n'anéantisse la moitié du pays de mon père. Ces gens, ces Qabaliens, ont aussi le droit à être défendus contre l'ingérence génocidaire et coloniale. Les Althaljirs, les Finejouriens, les Somagoumbéens et bien d'autres ont le droit à être défendus contre un cataclysme humanitaire, environnemental, sécuritaire majeur et inédit. Ils ont le droit qu'on identifie l'offense et la menace auxquelles ils sont exposés, et qu'on y réponde de façon appropriée, sans détours, sans maquillage et sans égarement. Mais je vais répondre à votre question. Je déplore qu'on prête encore attention, y compris à SARGHAT, au bullshit de Balsilek Ishaq. L'accusation d'ingérence de l'Azur est exemplaire de sa façon de raconter n'importe quoi pour perdre tout le monde dans des débats de merde.
SARGHAT : Oulàlà ! Votre langage est-il bien diplomatique ?
Amastan Ag Amenay : Le langage est une fonction humaine de base pour véhiculer du sens. Les registres de langage, de la politesse à la grossièreté en passant par le formalisme et la familiarité, véhiculent un bagage de sens. Prenez mes mots tels que je les énonce avant d'en blâmer le registre. Prenez le monde tel qu'il vous arrive, voilà un bon conseil pour rester de bonne humeur. Je dis bullshit pour vous véhiculer mon mépris pour les stratégies locutoires de Balsilek Ishaq, qui n'est que le porte-parole d'un système sur lequel il n'a aucun contrôle. En tant que PDG-Protecteur, Balsilek Ishaq est l'avoué d'entités fantômatiques qui contrôlent pourtant de fait la R.A.D. : les actionnaires, au premier rang desquels se trouve la Maison Dalyoha. Cette articulation des rôles entre les actionnaires et leur émissaire est un fait facilement vérifiable et parfaitement assumé par Balsilek Ishaq lui-même. Pourtant, celui-ci n'a à la bouche que ses préoccupations sur la souveraineté et contre l'ingérence de l'Azur. Cette préoccupation est fallacieuse et hypocrite. En tant que bouche de Dalyoha, Balsilek Ishaq formule des paroles empoisonnées et viciées, qui instituent une réalité parallèle à celle que nous vivons tous. Dans sa réalité, les colons sont souverains, l'Azur est agressif et le génocide est un acte d'amour. Les faits sont pourtant les suivants : la Cramoisie s'est imposée par la force et l'assassinat à l'Afarée, et elle ne s'y maintient pas autrement ; l'Azur n'a commis aucune agression depuis son existence, y compris contre la Cramoisie ; quant au génocide, il ne s'est arrêté que parce que ses auteurs l'ont assez parachevé pour dérouler à présent leur programme de colonisation. Regardez : la Maison Dalyoha déroule le projet Éden rouge exactement comme elle l'avait prévu pendant le « nettoyage » de la zone par des milices génocidaires. La colonisation continue tranquillement. Et c'est de l'ingérence azuréenne qu'il faudrait que je m'excuse ?
SARGHAT : l'expulsion de la force azuréenne par le Finejouri ne démontre-t-elle pas l'ingérence dont fait preuve le Diwan ?
Amastan Ag Amenay : décidément il n'y a que dans les médias azuréens qu'on pose des questions pertinentes. Permettez-moi de corriger cette question erronée : le Finejouri n'a pas expulsé les troupes azuréennes, c'est l'Azur qui a mis fin à une mission de protection pour satisfaire à la demande du Finejouri de renégocier les accords de sécurité. L'Azur s'était engagé à protéger le Finejouri, cette demande a été retirée par le Finejouri, et nous en avons pris acte. L'Azur n'a pas vocation à assurer la sécurité des pays qui n'en ont pas besoin. Voilà exactement pourquoi l'Azur n'est responsable d'aucune ingérence. Une ingérence consisterait à imposer nos intentions aux pays concernés alors que ceux-ci sont capables de s'en débrouiller. Nous n'avons aucune intention vis-à-vis des pays d'Afarée occidentale ; ceux-ci sont largement capables de formuler eux-mêmes leurs besoins et de les combler par les moyens nécessaires. Nous n'avons pas demandé au Finejouri de déployer nos troupes chez lui : nous avons répondu à son appel. Nous n'avons pas défini les contours de la Kabalie : elle les a définis elle-même. Nous n'avons pas dicté aux pays de la région leur attitude vis-à-vis de la Cramoisie : ils l'ont définie par eux-mêmes. Et ça nous convient très bien. Afaghani Pasha l'a dit à plusieurs reprises : l'Azur n'est pas du côté du problème, il est du côté de la solution. Nous avons ainsi inféodé notre stratégie aux revendications claires et pacifiques de la République Unie des Peuples de Kabalie, dont nous reconnaissons la souveraineté et l'intégrité territoriale, ni plus ni moins. Nous n'avons positionné aucune troupe contre l'avis des pays en question dans la région, et nous n'avons pas l'intention de mener des opérations sécuritaires sans leur consentement. Nous agissons dans le sillage que trace la R.U.P.K. dont le Diwan reconnaît la légitimité à représenter le peuple qabalien. Nous ne nous substituons à personne. Nous ne faisons pas d'ingérence. Nous en accuser est une infamie infondée. C'est le bullshit de Balsilek Ishaq : lancer des accusations graves et sans fondement pour semer la confusion. Mais nous savons bien à quoi servent ces accusations. La Cramoisie n'est capable de convaincre personne de ses bonnes intentions, car elle ne manifeste aucune bonne intention. La stigmatisation de l'Azur, qui n'est que l'un des pays parmi tous ceux qui ont signé la Déclaration mondiale sur la Cramoisie, n'a rien à voir avec notre implication dans quelque ingérence que ce soit. L'accusation d'ingérence est un prétexte fallacieux et futile. Balsilek Ishaq et ses actionnaires détestent l'Azur pour une autre raison bien plus réelle et structurante. Ils détestent ce que nous représentons : une Afarée radicalement libre.
SARGHAT : La R.A.D. utilise pourtant le même argument : elle prétend que l'Azur veut lui retirer sa liberté. Comment faire la différence entre deux arguments similaires ?
Amastan Ag Amenay : en constatant la réalité sur le terrain. Certains se battent pour leur droit à exister, d'autres pour leur droit à détruire. L'Azur défend l'existence des Qabaliens dans sa pleine puissance, c'est-à-dire par la préservation de la vie, l'affirmation de la culture, l'autodétermination. Nous défendons la restitution du territoire et l'abolition des structures coloniales, au premier chef celle de la Maison Dalyoha qui est indéfendable devant Dieu. Nous défendons l'autodétermination réelle des Qabaliens auxquels on voudrait retirer la langue, les coutumes, la spiritualité, les traditions, et bien sûr le territoire et l'environnement. C'est un combat légitime. Nous n'attendons rien des colons carnavalais : qu'ils rendent le pouvoir et qu'ils s'engagent dans un processus de décolonisation. Ils ont tout à y gagner. Face à nous, la R.A.D. et ses actionnaires défendent leur droit à occuper, opprimer, insulter et pervertir l'Humanité, par le martyre d'innocents, le détournement de tous les principes de l'existence, le sectarisme antimusulman, antichrétien, antijuif, antiilahmiste des Lucifériens et de leur idéologie autoritaire. Ils défendent leur droit à torturer des cobayes, à exploiter le corps des femmes pondeuses de clones, à brutaliser les animaux et les plantes, à polluer l'atmosphère et l'environnement, à réaménager un territoire qui ne leur appartient pas, à éradiquer la Qabalie en lui adjoignant de curieux épithètes. Ils revendiquent le droit à insulter notre intelligence en nous faisant croire que les actionnaires d'aujourd'hui n'ont pas la même intention coloniale et prédatrice que ceux d'hier, alors que ce sont les mêmes, qu'ils sortent de la même matrice carnavalaise, et qu'ils ont en commun le principe viscéral suivant : la poursuite acharnée et obstinée de l'humiliation de tout un continent. Ils savent très bien ce qu'ils font et ils le font précisément pour cela. Leur désir de brutalité et de domination est sans borne. Il est même probable que notre résistance les excite. Ils y feront naufrage. Nous ne pouvons rien à leur destinée. Nous avons à suivre la nôtre, avec l'aide de Dieu. Voilà la différence entre nous : il n'y a que deux voies. Que chacun choisisse la sienne.
SARGHAT : sur le terrain, la R.A.D. prétend au contraire avoir apporté de multiples avantages à l'Afarée, en permettant aux Kabaliens d'avoir accès à un système de soin topissime notamment.
Amastan Ag Amenay : on peut se réjouir que les Qabaliens qui vivent en territoire occupé puissent trouver des médecins pour soigner leurs cancers ; par honnêteté il faudra bien admettre que ces médecins-là sont la cause de leurs cancers. Les poisons toxiques diffusés par les armes chimiques, la malnutrition, la faim, la destruction des ressources naturelles sont le fait de la Cramoisie et offrir une mutuelle est une bien piètre compensation face à ces destructions. En réalité, c'est surtout une récompense pour les génocidaires. Ils sont confortés dans leur présence ici, et assurés d'être impunis. Ils sont honorés d'être perçus comme des sauveurs. Ils se donnent le statut du colon idéal. Vous savez pourtant comme moi ce que vaut la colonisation civilisationnelle pour les populations indigènes. Je ne nie pas que désormais les Qabaliens puissent effectivement résoudre leurs problèmes de calvitie plus facilement qu'avant : d'un point de vue technique, la Maison Dalyoha est certainement très compétente, quoi que le Diwan se soit mis à examiner cette prétention d'un peu plus près récemment. Mais que valent de tels soins face à l'énormité des dégâts infligés ? Au nom de quoi devrait-on transformer la sanction attendue en récompense ? Au nom de quelle odieuse insulte à notre intelligence et à notre honneur ?
SARGHAT : la R.A.D. se prévaut aujourd'hui d'être inclusive et réconciliée, comme en témoignent ses changements de nom et de drapeau. La « Kabalie rouge » n'a donc pas assez montré patte brune à vos yeux ?
Amastan Ag Amenay : Haha, très amusant : patte brune. Oui, en effet, la R.A.D. s'est payée une opération de chirurgie esthétique à Grand Hôpital. Nouveau drapeau, nouveau nom, nouveau chef et c'est un qabalien... On s'y croirait presque. Non. Tout ceci est un enfumage dont l'évidence est une insulte, encore une fois, et une perversion raffinée pour humilier encore un peu l'Afarée. En langage des jeunes, on appelle les collabos comme Balsilek Ishaq des tokens ; c'est une pratique qui consiste à vous adjoindre un Noir dans votre équipe de racistes pour prétendre ne pas être racistes. Cela ne trompe personne, sauf les racistes. Figurez-vous que le programme d'entraînement à la pensée luciférienne qu'a suivi Balsilek Ishaq s'appelle justement : « T.O.K.E.N. » Après cela, vous faites comme vous voulez ; prétendez n'avoir rien vu, rien entendu ; ne vous étonnez pas que les Azuréens vous détestent. L'honneur azuréen supporte mal ce genre d'humour et les inspirations culturelles de la R.A.D., qui puise dans l'absolu colonial : celui de l'orientalisme et de l'effacement de la culture indigène, au profit d'un syncrétisme exclusivement esthétique. Les colons veulent bien le thé à la menthe et les motifs d'arabesques : cependant de leur parlez ni de takbir, ni de jihad — surtout pas de jihad, ils seraient capable d'en écrire n'importe quoi. L'honneur azuréen supporte mal la répétition d'un schème colonial qu'il a combattu les armes à la main, et qu'il dont il s'est victorieusement défait. L'honneur azuréen supporte mal qu'on insulte l'intelligence et qu'on fasse passer les vessies pour des lanternes et les colonies pour des Etats souverains. Nous avons en commun avec tous les peuples nomades et avec tous les hommes de la Terre qui ont résolu leurs crises infantiles ce sens de l'honneur qui, comme une force de la nature, nous interdit toute veulerie et toute négligence.
SARGHAT : faut-il se préparer à une guerre dans les prochains mois, dans les prochaines années ? Comment justifier un conflit au moment où la paix se dessine ?
Amastan Ag Amenay : hélas, la paix ne se dessine pas, car pour qu'elle soit la paix il faut qu'elle soit aussi la justice. J'espère me tromper, mais je ne vois aucun scénario dans lequel les structures coloniales de la R.A.D. se démantèleront pacifiquement. Je ne vois pas les actionnaires renoncer à leurs actions et à leurs dividendes, les milices se désarmer, les programmes écocidaires s'arrêter, par un miraculeux retour à la raison et à la dignité d'autorités qui sont nées dans le bourbier insalubre et grotesque du fantasme de brutalité. Je ne vois pas de solution tangible, concrète et praticable se dessiner pour donner aux victimes du génocide ce à quoi elles ont droit : la reconnaissance de leurs souffrances, la réparation matérielle et symbolique de l'offense subie, la solidarité indiscutable de l'Humanité pour empêcher la répétition d'une telle rupture dans l'ordre naturel humain. Ces solutions, l'Azur les porte et il pèse pour qu'elles se concrétisent, comme il pèse aujourd'hui pour que le Finejouri et l'Althalj obtienne des concessions profondes, concrètes et sérieuses de la R.A.D. en vue d'un processus de paix, de justice et de décolonisation, plutôt que d'un blanchiment de génocide par un truquage indigne d'être supporté plus longtemps. Le Diwan porte des solutions mais il n'ignore pas le contexte. Mes prédécesseurs ont porté diverses propositions qui n'ont pas abouti à cause du fanatisme sadique de la R.A.D. Ces échecs sont de son seul fait, de son hypocrisie et de son intention systématique d'humilier ses interlocuteurs. On ne construira aucune paix dans ces conditions. La paix ne se dessine donc pas. Quant à se préparer à la guerre, rappelons-nous que pour les Qabaliens, la guerre est là depuis trois ans. Pour les familles de nos deux pilotes, Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan, la guerre est là depuis trois mois. Il faut se préparer à la guerre comme si c'était une certitude. Et en même temps, préparer la paix et la diplomatie, comme si c'étaient des certitudes. C'est pour cette raison que le Grand Vizir fera bientôt une conférence de presse.
SARGHAT : un dernier mot pour cet entretien, le média kah-tanais Akai Kagami a dit s'être procuré des documents inédits qui traduisent une profonde divergence de vues entre la Porte et le Khalife, une « schizophrénie » selon l'auteur de l'article. Il estime que le Grand Kah serait prêt à reconsidérer l'ensemble de ses partenariats en Azur, ce serait absolument inédit. Qu'avez-vous à nous dire ?
Amastan Ag Amenay : pas de commentaire. L'ambassadrice a apporté tous les éléments nécessaires. Je déplore que l'auteur ait fait usage de termes psychiatriques et de mensonges pour nuire aux relations bilatérales. Qu'il nous en épargne, et qu'il vienne nous montrer ce qu'il a dans le ventre à l'occasion de la conférence de presse d'Afaghani Pasha.
Posté le : 06 avr. 2026 à 12:52:16
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Déclaration de la République de Sovélie
relative à la présidence du Pacte Afaréen de Sécurité
La République de Sovélie tient à saluer la qualité de l’engagement du Royaume de Finejouri dans la structuration et la consolidation du Pacte Afaréen de Sécurité depuis sa création.
Le discours présenté par son représentant reflète une compréhension lucide des enjeux actuels du continent afaréen, ainsi qu’une volonté claire de préserver les équilibres, de renforcer les mécanismes de coopération et d’inscrire l’action collective dans une logique de stabilité durable.
La Sovélie considère que, dans une organisation encore en phase de consolidation, la continuité du leadership constitue un facteur de crédibilité, de lisibilité et d’efficacité. Le rôle de la présidence, en tant qu’organe d’impulsion, de coordination et de représentation, exige en effet une capacité démontrée à maintenir le dialogue, à structurer les réponses collectives et à éviter les dynamiques de fragmentation.
À cet égard, le Royaume de Finejouri a su, au cours de son mandat, assumer cette responsabilité avec constance, en privilégiant une approche équilibrée, fondée sur la concertation et la gestion maîtrisée des tensions.
En conséquence, la République de Sovélie exprime son soutien à la reconduction du Royaume de Finejouri à la présidence du Pacte Afaréen de Sécurité.
Ce soutien s’inscrit dans une vision claire : celle d’un Pacte renforcé, structuré, capable de répondre aux défis contemporains tout en respectant les souverainetés nationales et en consolidant l’unité afaréenne.
La Sovélie demeure pleinement disposée à contribuer, aux côtés des États membres, à cette dynamique collective, dans un esprit de responsabilité, de stabilité et de projection régionale
Ambassadeur de la Sovélie près du Royaume de Finejouri