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Activités étrangères au Bajusid - Page 2

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25 septembre 2019 - Agitations sociales après l'allocution du Prince Mutarrif ibn Saadin.

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La sortie de territoire du Prince Mutarrif ibn Saadin et sa mise en sécurité hors de portée du régime Toulali a exacerbé les tensions sociales après le discours à charge du président en exil.

Contre toute attente, le mouvement des indignés ne démarra pas par un important fracas mais un bruit de porte. Un bruit de portes en rien comparables à celui d'une insurrection, d'un assaut ou d'une foule dense venue faire trembler les grilles d'un bâtiment institutionnel étroitement chapeauté par le gouvernement Toulali. Ce fut étonnement un banal bruit de portes, de celles qu'on ouvre à toute heure, de volets qu'on tire de moitié seulement. Non la capitale du Bajusid, Tarrin, ne s'était pas réveillée dans le tumulte sous une tension particulière de ces grandes villes motivées à porter le changement sans qu'elles eussent été capables de précisément le nommer. Dans les jours qui suivirent la déclaration du Prince Mutarrif ibn Saadin, au travers rappelons-le d'une apparition vidéo pré-enregistrée, l'effervescence au sein de la société civile du Bajusid, sa sphère intellectuelle en tête, était haute. La disparition du Prince Mutarrif ibn Saadin sur fonds de crise électorale majeure, puis sa réapparition par enregistrement, était de nature à produire une onde de choc en différé, à mesure que les citoyens du pays prenaient le pouls d'une dualité politique existentialiste entre Joubair Toulali et Mutarrif ibn Saadin. Une voix que beaucoup avaient tôt fait de croire morte ou enterrée, à minima réduite au silence grâce à un contexte de militarisation de l'espace public et de durcissement de régime. Du côté du Prince, on s'était toutefois bien défendu d'appeler à la guerre civile, lui préférant volontiers l'idée d'une désobéissance administrative portée par des fonctionnaires scrupuleux. Et à bien des égards, cela put paraitre suffisant.

Au matin de la première journée de mobilisation, de premiers groupes étaient arrivés. Les profils disparates de ces manifestants accentuaient la discrétion de leur rassemblement, des étudiants pour sûr, des familles, des personnes âgées... un melting-pot de profils que la concentration des personnes sur place laissait penser à une fréquentation naturelle de l'espace public. Le caractère extraordinaire de la scène se voyait néanmoins par la présence d'un dispositif militaro-policier assez musclé, destiné à dissuader les populations de rejoindre ces manifestations illicites mais aussi à boucler les accès de certains secteurs clés où se concentraient des bâtiments institutionnels. La présence militaire au sein de la capitale, organisée autour du 3e bataillon d'infanterie mécanisée, comptait pour beaucoup dans l'épaisseur du dispositif. C'est pourquoi les principales manifestations s'organisaient en périphérie de la capitale voire en province, afin d'échapper aux concentrations des forces de l'ordre, contraintes de lâcher du leste dans l'arrière pays. Qu'à cela ne tienne, les manifestants ne comptaient pas prendre le palais, seulement se montrer au pays...

Des slogans plus audacieux éclataient lors de certains attroupements, derrière les appels à la passation. Des initiatives qui entrainaient une réponse policière en fonction des moyens présents sur zone, allant du tir de lacrymogènes pur dispersion, à la charge en bonne et due forme d'un peloton de policiers. Dans les grandes villes, le dispositif militaire et policier avait permis l'isolement et l'arrestation des manifestants les plus remontés, certains usant de mots très durs à l'encontre du Président Joubair Toulali qu'ils se constituaient en infraction. Mais des citoyens s'estimant lésés et volés dans leur élection n'étaient plus à ça près. Le gouvernement Toulali cherchait la mise en scène de ces manifestations, les illustrant sous la forme de démonstrations partisanes pro-Saadin. Mais la manoeuvre ne pouvait duper que la scène internationale tant l'irritation sociale autour des élections de janvier 2019 était marquée. Dans une crise où chaque action devenait une arme communicationnelle retournée par le camp adverse, le simple fait d'appeler à reconnaitre le résultat électoral des précédentes élections suffisait à cataloguer les uns et les autres au sein d'un camp, au sein d'un cercle d'activistes à l'existence répréhensible...

Seule Cherasi faisait exception, considérant l'éloignement de la capitale et de ses dispositifs sécuritaires hors normes, la situation revêtait une dimension plus "nerveuse". Rappelons d'ailleurs que c'est également là-bas qu'un échange de tirs meurtriers avait eu lieu entre l'armée et la sécurité privée du Prince, au sein même d'une de ses résidences où il aurait été aperçu vingt-heures plus tôt. L'action militaire, conjointe à celle de la police, les morts et l'absence d'arrestation du Prince avaient laissé une marque profonde, peut-être même indélébile dans l'agglomération. Cherasi se voulait les incarnations de la division du pays, de sa répression, un lieu de blessure politique en somme. C'est pour cela qu'en dépit du leste policier dans l'arrière pays, les manifestations sur place se voulaient plus méfiantes et pus bruyantes, empreints d'une colère inextinguible. Sur le plan économique, Cherasi étant la principale façade portuaire du pays pour le développement de ses imports et exports, il était simple à deviner que les manifestants tenteraient d'en jouer pour faire pression sur le gouvernement Toulali, au risque d'impacter lourdement la gestion des flux marchands et tout ce qui en découlait derrière, à commencer par les chaînes d'approvisionnement industrielles. Les forces de police locales avaient reçu l'ordre de faire le job sans le recours à l'armée, persona non grata sur place. Des blessés plus ou moins graves avaient été dénombrés, les forces de police inclues. Les blocages de certaines rues excédaient les manifestants et plusieurs tentatives visant à forcer les barrages policiers avaient été recensées, sans succès ni blessés graves directement en lien avec ces manoeuvres. La multiplication des contextes sociaux de l'arrière-pays et de la capitale compliquait l'approche des forces de l'ordre et même la stratégie à adopter, certaines villes étant à deux doigts de s'embraser à la vue de forces armées.
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13 novembre 2019- CONFIDENTIEL - La piste d'un groupe aéronaval en soutien à l'exfiltration du Prince Mutarrif ibn Saadin se confirme.

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L'allocution du Prince et l'hypothèse d'un groupe aéronaval étranger aux portes des eaux territoriales obligent le Président Joubair Toulali à multiplier les options face à une menace inédite.

La diffusion de l'allocution du Prince avait été dommageable à l'ordre public national et le débrayage de ses fonctionnaires, dommageable à la crédibilité du régime Toulali. Dans cette saga de mauvaises nouvelles, le renseignement extérieur du Bajusid avait réussi à fournir ce que le reste du pays avait échoué à donner, à savoir la localisation depuis laquelle le Prince aurait pu émettre. Une localisation née d'une investigation n'offrant toutefois pas d'image assez nette pour porter le sujet auprès d'une chancellerie étrangère ou organisation internationale. Pas de correspondance diplomatique vers laquelle se tourner pour confirmer ou non les faits, pas de pavillon dicible pour identifier l'ensemble des parties prenantes à ce dossier mais assurément une présence en hautes mers. Une masse neutre et sombre, plongée dans les eaux internationales comme une créature mythique que l'on sait exister sans pour autant pouvoir l'apercevoir ou la matérialiser.

Une information prise dans la salle basse du palais présidentiel de Tarrin où Joubair Toulali recevait ses briefings quotidiens. Les éléments avaient été confirmés par le directeur du renseignement Nadir El-Khadem qui avait fait l'économie du cheminement pour les avoir. L'information de la présence d'un groupe aéronaval en hautes mers et susceptible d'abriter le Prince Mutarrif ibn Saadin était la promesse de troubles pour qui auraient connaissance de ces éléments et avec eux, connaissance de l'impuissance du gouvernement Toulali à empêcher la sortie de territoire du Prince. Une information sensible qui appelait toutes les mesures de conservation possibles, notamment le dépôt de tous les téléphones au sein d'une boîte de Faraday, pour qu'aucun enregistrement ou photos puissent se faire à l'insu.


(Directeur du renseignement) Nadir El-Khadem : Nous avons recoupé trois sources avant de vous confirmer l'information. Une relocalisation du signal ayant permis la diffusion de l'allocution du Prince et une interception satellitaire indirecte, obtenue auprès des autorités alguarenas en prétextant un tout autre sujet. Le flux du signal ayant diffusé l'enregistrement du Prince avait été bien lavé mais pas assez pour se rendre indécelable. Pas pour nous en tout cas.

Une dernière remarque qui semblait chercher l'approbation de Joubair Toulali alors même que l'homme avait passé ses derniers temps à chercher les responsabilités de l'engrenage néfaste dans lequel il s'était plongé depuis les dernières élections présidentielles de janvier 2019, où il s'était maintenu au pouvoir en l'absence de résultats officiels favorables. Le président, s'il fallait encore le mentionner sous ces termes, était flanqué au milieu de la salle, debout et stoïque, les mains nichées sur le dossier de la chaise sur laquelle il avait invité son directeur du renseignement à venir s'asseoir. Avec eux, quelques ministres aux affaires afférentes et plusieurs officiers généraux étaient présents, sans toutefois se permettre de regarder un autre invité avec insistance ou jugement après que Joubair Toulali les avait tous mis face à leurs échecs suite à l'exil du Prince. La colère de Joubair Toulali n'était jamais un danger en soi car l'homme n'était pas adepte des arrestations, particulièrement dans un contexte où celles-ci seraient susceptibles de désolidariser davantage encore les soutiens raréfiés d'une présidence de plus en plus contestée.

Président Joubair Toulali : Où serait ce fichu requin et foutu diable ? Montrez moi.

Le directeur du renseignement Nadir El-Khadem approcha une tablette dont le contenu était crypté. Une carte de la façade maritime bajuside y figurait, avant d'être agrémentée de cercles au large, à mesure qu'on dézoomait le plan de la carte affichée sur tablette. La flotte était localisée dans les eaux internationales, assez proche des côtes bajusides pour y faciliter une intervention, mais suffisamment loin pour qu'une action militaire bajuside immédiate y soit impossible.

Nadir El-Khadem : Ici ce sont la limite d'entrée en eaux internationales, là le groupe aéronaval non identifié. A minima on parle d'un porte-aéronefs et de trois navires de tonnage moyen, possiblement des frégates. Le porte-aéronefs n'est pas excessivement grand, il est peu probable qu'il soit rattaché à un état.

Président Joubair Toulali : Il était peu probable que le Prince puisse être en cavale aussi longtemps et se voir exfiltrer au terme d'une opération commando sur notre sol. Retenons la leçon et traitons des faits Nadir, rien que les faits.

Les officiers et officiels présents échangèrent des murmures de surprise et de décontenance, tant les propos de Joubair Toulali ne pouvaient être niés jusqu'ici : tout avait failli.

(Ministre de la défense) Farouk Mehadji : Un groupe aéronaval pouvant opérer sur notre sol? Et notre flotte n'a rien vu.

Le silence n'avait ici rien de moins infamant que les murmures et les explications de l'Amiral sonnèrent comme excuses.

(Amiral) Samir Qorban : Notre garde-côte n'est pas équipée pour sonder au-delà de nos eaux territoriales et plus encore pour y intervenir. Et quand bien même, depuis quand aurions nous fait le choix d'intervenir contre un groupe aéronaval presqu'au complet en eaux internationales? La garde-côte n'a pas dans ses prérogatives de telles missions, ni de tels moyens. Les radars côtiers n'ont pas relevé d'intrusion dans nos eaux territoriales, la mission est remplie.

Joubair Toulali : Je vais vous dire ce qui est une mission remplie amiral. La mission remplie, c'est quand vous vous introduisez sur un territoire étranger pour y trouver une personnalité recherchée localement, l'exfiltrée sans heurts ni perte pour rendre audible cette même personne une fois exfiltrée. Ça c'est une mission remplie. Dommage pour nous, ce n'était pas la vôtre.

L'amiral se tut, faute d'éléments contradictoires à lui opposer, devant une succession de faits dommageables à sa réputation.

Joubair Toulali : SI vous aviez été en poste pendant la guerre d'indépendance, c'est un drapeau kronien qui flotterait au-dessus de cette porte amiral.

(Ministre de la défense) Farouk Mehadji : Joubair, il faut transformer ça en opportunité. Si le Prince et ces barbouzes sont dans les eaux internationales, nous devrions dénoncer la proximité du Prince Mutarrif ibn Saadin avec eux. L'opinion comprendra mieux que le Prince tient par le concours d'une puissance étrangère...

Joubair Toulali : Vous me prenez pour une diseuse d'histoires Mehadji? Comment suis-je censé corroborer la présence d'un groupe aéronaval d'une puissance étrangère en eaux internationales, via des images satellites que nous avons eux par un moyen détourné?

Le directeur du renseignement intervint à nouveau, cherchant à anticiper les craintes de la présidence. Un brin plus nerveux, il fit glisser un dossier photographique comprenant une série de captures d'écran extraites du discours princier publié en ligne. Ces captures agrandies à outrance, on en cherchait les interlignes pour prouver que la vidéo avait été faite sur un bâtiment militaire. Rien n'était évident, limpide, tout se perdait en interprétations.

Nadir El-Khadem : Sur la seule base de ces images nous pouvons affirmer que le discours du Prince a été fait et enregistré sous la contrainte d'une force armée, en l'absence de témoin. Retournons leur prudence contre eux et forçons les à se montrer davantage pour savoir précisément à qui nous avons à faire. L'important serait de ne pas laisser entendre que nous les avons localisés auquel cas ils se déplaceraient, ajusteraient un plan que nous ne saurions anticiper. Tout le monde a vu ses images. Une analyse minutieuse pour nous permettre d'évoquer la piste étrangère, auquel cas elles se fabriqueront...

Joubair Toulali : La communication a ses limites. Mutarrif libre de ses mouvements, le pays s'enfoncera dans la crise. On ne refait pas le débat de la présidentielle. Il faut le neutraliser, avons-nous des options militaires?

Les regards convergèrent machinalement sur l'amiral Qorban dont l'hésitation était palpable, une hésitation qui lui coûta peut-être plus que ses échecs passés.

Amiral Samir Qorban : Sur le plan militaire, je vois assez difficilement comment nous pourrions les engager sans nous faire l'auteur d'un acte hostile contre une force navale étrangère encore non identifiée. Et même si nous le pouvions sur un plan éthique, l'équilibre ne semble pas favorable. Nos navires de surface ne sont pas calibrés pour s'opposer à un groupe aéronaval complet. Mais on peut les surveiller, les approcher et documenter la situation, sans s'imposer.

Joubair Toulali : Qu'essayez vous de me dire Qorban? Que nous sommes aveugles et faibles ? C'est un constat qui ne souffre malheureusement plus d'aucune démonstration nécessaire.

Dans un coin de la pièce, l'assistante du président relevait déjà les éléments de langage retenus, tels que "Présence navale non identifiée", "ingérence militaire étrangère probable", "asile politique d'un fugitif", "menace à la stabilité régionale". Le script du régime s'enclenchait, amorçant une stratégie des mots.

Nadir El-Khadem : Je ne sais pas si nous avons le luxe d'une position attentiste. Le signal ayant servi à la diffusion du Prince n'a pas seulement localisé, mais relayé par une architecture de diffusion prévue pour s'affranchir des coupures nationales. La préparation est là et toute la logistique derrièrel e discours du Prince laisse à penser qu'ils ont les moyens d'une escalade. Chaque silence notre part laisse de la place à sa voix. Je ne me soucie que trop peu de considérations strictement militaires mais si notre problème est sur le porte-aéronefs, coulez ce porte-aéronefs est notre unique priorité.

Farouk Mehadji : Non, on ne peut pas se permettre de frappe, pas sur un rapport de force aussi inégal. Si cette flotte avait une victoire militaire sur nos forces, l'armée se délitera davantage encore. Pour ne pas dire qu'elle ne s'en remettrait pas.

Joubair Toulali : Pas d'options militaires... En tout cas pas tout de suite. C'est noté. Vous allez finalement me proposer de programmer un débat télévisé avec lui. Surprenez moi...

Nadir El-Khadem : Si l'option militaire est écartée, il faut réduire au silence ses relais nationaux. Des arrestations ciblées dans les réseaux de diffusion, les relais du milieu estudiantin, fonctionnaires se refusant d'appliquer les notes et directives émanantes de nos circulaires... Il faut que chaque personne qui diffuse ou relaie le discours de Mutarrif n'est ni journaliste, ni penseur, mais un complice accusé de trahison ou d'actes de rébellion... On peut débuter ces opérations mais on aura besoin d'aménager des infrastructures en conséquence, les prisons ne sont pas adaptées à ce type de mesure. Les mélanger aux prisonniers de droits communs va accroitre les tensions avec la population. Il faut des camps de rétention, aux conditions de vie plus édulcorées que la prison. On ne nous pardonnera aucune maltraitance.

Joubair Toulali : On ne nous pardonnera aucun camp Nadir. Vous connaissez mon histoire. Nous sommes au Bajusid, les camps kroniens ont donné naissance à notre Constitution, je ne serai pas celui qui me parjurait avec leur restauration... C'est non négociable. Oui aux arrestations, mais aucune infrastructures dédiées et surtout... aucun camp. Je ne veux même pas que cela puisse transparaitre dans un quelconque compte-rendu de réunion. La garde côtière sortira en mer pour y être vue sans jamais dépasser nos eaux territoriales. Aucun engagement de navire qui ne soit pas directement entré dans nos eaux territoriales, on suit les protocoles en place, aucune témérité. On renforce les patrouilles côtières et on les soutient du survol d'une escadrille. On occupe le terrain, je veux des drapeaux du Bajusid en mers et dans les airs dès demain matin...

Le ministre de la défense et l'amiral abondèrent, le second étant soulagé de ne pas avoir à exécuter un ordre offensif impossible.

Joubair Toulali : On débute les arrestations, on occupe le terrain en mers et on maintient la surveillance de ce groupe aéronaval. S'ils éternuent, je veux savoir qui tendra la main pour leur donner un mouchoir. Vous avez vos ordres messieurs.
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16 novembre 2019 - Le gouvernement Toulali s'en prend aux relais du Prince Mutarrif ibn Saadin.

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L'Etat a redoublé de forces sur les mouvements sociaux, tout en s'offrant les conditions nécessaires à l'évitement d'une désescalade.

Les ordres donnés par l'actuel président furent repris avec beaucoup de scrupules, chacun craignant de se faire désavouer si un nouvel échec retentissait. Notons en plus qu'il ne se jouait ici rien de moins que le maintien du régime et qu'ils y étaient tous associés. La vitesse assez singulière donnée à la prise en compte des ordres de Joubair Toulali était par conséquent la traduction d'un sentiment de survie politique pour chacune des parties prenantes vouées à les exécuter. A Tarin, les mesures décrétées par le président se mirent rapidement en place, par réflexe de conservation pourront dire plus tard les historiens. Les ministres et officiers généraux, d'ordinaire assez goguenards les uns envers les autres, affichaient une cohésion de façade pour les circonstances. La tension politique nationale se ressentait par ailleurs dans le fonctionnement même des institutions. Il n'était plus rare de voir passer des ministres au pas long dans les couloirs, de crainte qu'on ne les aborde, des assistants portaient des chemises et parapheurs sans en tête par soucis de confidentialité, des agents du renseignement sortaient parfois d'un bureau où ils se délestaient de notes jamais signées mais toujours lues. La démonstration s'il était encore nécessaire d'une fin de règne, remettant au goût du jour des organisations archaïques pour essayer d'avoir une maîtrise de l'information et de la communication interne dans un environnement à la loyauté de plus en plus délitée, à la verticalité des décisions de plus en plus compliquée.

Un premier ordre filtra auprès des administrations du pays, requérant des mesures immédiates contre les relais du Prince à l'intérieur du pays. 3h17, c'est l'heure à laquelle une note du renseignement avait été transmise aux préfectures en mode prioritaire. Pour celles-ci, il est permis de croire que l'horaire d'envoi du message suffisait à lui donner une dimension importante. Le fond de la note en elle-même était rédigée en un champ lexical tellement administratif qu'elle pouvait sembler ordinaire au commun du mortel qui le lisait. Pour autant, elle restait dans ses mesures suffisamment floue pour permettre une interprétation libre des opérateurs sur le terrain. Un maquillage administratif sommaire qui marquait le pas d'une répression silencieuse, d'un verrou indicible qu'on tentait d'apposer sur le pays. Officiellement, on soulignait un risque réel d'atteintes à l'ordre public, en lien avec la publication de contenus falsifiés et en cours de vérification par les autorités. La rumeur selon laquelle le Prince Mutarrif ibn Saadin perpetrait des allocutions sous la menace était lancée. Une menace portée par des intérêts étrangers et désireux de s'accaparer les richesses du pays par l'assise d'une marionnette. Dès lors, l'écho donné à l'allocution du Prince était un problème d'ordre national, les réseaux de coordination visant l'appel à la désobéissance civique, la participation et la diffusion de messages considérés comme séditieux, des actes criminels durement répréhensibles.

Là encore, le renseignement avait pris le soin de ne jamais faire apparaître le nom du Prince Mutarrif ibn Saadin, pour ne pas constituer une preuve supplémentaire d‘un emploi des outils de l’Etat au service d’une classe politique. En coulisse, personne ne pouvait raisonnablement être dupe face à cette information laissée en filigrane. Une précaution d’usage, dans la crise politique et sociale qui touche le pays, mentionner le Prince aurait des allures de vendetta manifestes, participant à la scission de la société civile.

A quatre heures du matin, la majeure partie des administrations du pays avait pris connaissance des directives considérant la tenue d'astreintes pour ce genre de messages prioritaires. Pas de mouvement militaire à l'horizon, seulement des fonctionnaires réquisitionnés qui rappliquaient désormais sur leur lieu de travail pour dresser des listes et fournir au renseignement les éléments nécessaires aux premières investigations. Des groupes mixtes avaient été formés, entre policiers de la judiciaire, magistrat et renseignement intérieur. On construisait les procédures pas à pas, à mesure que l'on déroulait le fil des implications de nombreux citoyens. On caractérisait les fautes de chacun, sous plusieurs libellés d'infraction validés en commission mixte, présidée d'un magistrat. La consigne laissée à chacun de ne pas parler de camps avait été considérée comme un objectif en soi. Plus rarement, certains étaient parvenus à identifier cette contrainte pour la transformer en méthode, l'adage de la direction du renseignement en somme. La solution devant l'ampleur des ramifications eu peut-être été de rafler massivement les sympathisants du Prince mais le volume des arrestations serait de nature à générer des troubles plus grands encore. Mieux valait il opérer ce que les criminologues appellent des arrestations ciblées, à savoir les détenteurs de comptes émetteur des diffusions, les relais logistiques pour l'impression de tracts, les administrateurs de groupe et président d'association étudiantes engagés sur les manifestations, des fonctionnaires que l'on sait avoir désobéi à leur hiérarchie saboter le fonctionnement des administrations, ect… Viser tout le monde, sans que ce que soit n'importe qui.

Une carte de Tarrin au 3e étage des locaux du renseignement donnait le tempo de ces arrestations, à en croire la multiplicité des pastilles la recouvrant. Des pastilles de couleur rouge pour cibler les arrestations à conduire sans délai, en orange les personnes qu'il fallait entendre et intimider en audition, en bleu des surveillances passives en attendant des éléments plus probants. Des pastilles noires désignaient des cibles sensibles sur lesquelles mettre le paquet avant de les faire tomber, en recueillant des témoignages, en fabriquant des preuves, en piégeant la cible via un tiers, ect… Une dernière couleur particulièrement sensible en ce sens qu'elle cible des personnalités publiques voire politiques dont l'arrestation est susceptible de médiatisation. Un fichage et des filatures qui génèrent de la crispation, considérant le calcul permanent à mettre en place pour faire tomber ces intellectuels et figures publiques.

A cinq heures et demi, la capitale afficha une légère effervescence, au son des estafettes qui orchestraient les premières arrestations. Des voitures banalisées étaient présentes au pied de certains immeubles laissant en sortir plusieurs hommes en tenue civile pour pénétrer des bâtiments et résidences collectives bien avant que les concierges fassent leur office. Sur certains paliers, les agents de passage laissaient des convocations lorsqu'ils n'arrêtent pas directement plusieurs individus lorsque leur activisme se mêlait à des délits de droits communs, un zèle opportun et inattaquable. Des exemples furent recensés au sein du quartier universitaire de Kerba, où trois étudiants investis dans la vie associative de leur établissement furent arrêtés après que leur participation à la campagne électorale du Prince soit confirmée par le renseignement. Bien entendu, on prit soin de ne pas les arrêter dans les locaux où leurs affiches de campagne trônaient encore, de crainte qu'un journaliste professionnel ou indépendant, n’immortalise la scène d'un titre venant dénoncer une répression politique. Dans le procès verbal qui accompagnait leur présentation au juge, on les traita comme des agents de l'étranger, soulignant que leurs actions avaient pour desseins finaux la structuration d'un chaos permanent et des interférences durables au sein des processus démocratiques. Le propos exagéré donné à leur arrestation ne choqua personne. En tout cas personne de ceux qui eurent les moyens de l'invalider. La collusion avec des intérêts étrangers faisait office de points godwin pour faire passer les délits les plus insignifiants en actes de trahison évidents.

A Cherasi, agglomération portuaire du pays, la police y était très discrète concernant le lobby des dockers qui aurait tôt fait d'entamer des actions violentes si des arrestations groupées avaient été perpétrées contre ce secteur très syndiqué, peut-être le plus syndiqué du pays. Une ville où les scores du Prince se sont révélés bons et où le syndicalisme était bien installé ne pouvait que constituer un mauvais terrain à l'exercice du pouvoir par le gouvernement Toulali. Sauf rupture totale de l'ordre public, l'armée resterait encore un moment en dehors de Cherasi et la police retiendrait ses coups face aux mouvements sociaux portés par les syndicats, faisant volontiers un melting pot des troubles actuels et des revendications salariales propres à ce secteur. Le souvenir encore vif des échanges de tirs aux abords et au sein de la résidence du Prince avaient échaudé les populations locales et le risque de voir des forces de l'ordre blessées ou pire s'était fait de plus en plus réel. Les (rares) arrestations qui s'y déroulèrent se passèrent donc de nuit, rapidement et sur les lieux de domiciliation des personnes. Des mouvements répétés jusqu'à sept heures du matin, avant les horaires habituels de démarrage des actions syndicales aux abords des docks. Un contremaître avait pu être arrêté, prétextant que son action avait eu une incidence grave sur le bon déroulé des opérations de chargement et déchargement des quais, mettant en péril hommes et biens dépendants de celui-ci. La nouvelle parvenant au syndicat fit l'effet d'une colère froide. Il n'y aurait pas de blocage ce jour, les syndicats craignant eux mêmes une confrontation violente avec la police mais le débrayage serait total et 'objet des zéros (dé)chargements serait recherché. Les camions commencèrent à s’entasser aux abords du port de Cherasi, les autorités ne pouvant justifier d'aucun trouble à l'ordre public pour les déloger en l'absence de blocages et heurts, les dockers avaient gagné : balle au centre.

Les jours qui suivirent, les autorités obtinrent la liste des dockers en situation de grève ou débrayage, ceux qui empêchaient le port de tourner hier furent posés devant leurs responsabilités économiques. Aucune violence policière ne fut perpétrée mais ce qui ne marqua pas la peau marqua la bourse : des contrôles fiscaux, des actions d'intimidations, la destruction de biens privés, furent autant de leviers qui, en ciblant un minimum de personne et faisant fi de la force du nombre en situation de manifestation, parvenaient à dissuader les éléments clés, agglomérants, de construire le mouvement syndicaliste des docks de Cherasi. Le seconde manche fut remportée par les pouvoirs publics et tous les regards commencèrent à s tourner vers les mers, l'ennemi premier, cette flotte non identifiée ayant concouru à l'exfiltration du Prince Mutarrif ibn Saadin.
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20 novembre 2019 - Manoeuvres de réassurance au large du Bajusid.

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Faute de moyens de projection maritimes, le gouvernement multiplie les communications autour des actions de police maritime et de réaffirmation de la souveraineté.

En sus des actions à l'intérieur du Bajusid, le gouvernement Toulali inscrivait aussi son action sur l'eau. La garde côtière du Bajusid, composée de moyens assez limités admettons-le, débuta des opérations de police maritime en formation visible. Une quinzaine de vedettes appartenant à la garde côtière, armées et prêtes au combat, patrouillaient en différents endroits les eaux territoriales du pays. Elles n'avaient clairement rien d'une armada, pas même une ossature militaire digne de dissuader le groupe aéronaval paramilitaire précédemment détecté, mais ces patrouilles restaient une réponse politique discrète à l'encontre de la flotte non identifiée, pour lui faire comprendre que sa présence était décelée et indésirable sans faire la démonstration d'une agressivité exacerbée, ce sont les forces armées du Bajusid au Bajusid, rien de moins rien de plus. Ces navires étaient présents en mer pour être filmés, commentés par les chaines d'information locales tandis que la flotte paramilitaire ne manquerait pas non plus de les détecter. Chaque militaire déployé sur la côte était un message politique adressé à ces ennemis de l'ombre : le Bajusid veille et tient ses mers. Bien entendu, la garde côtière reçut un protocole très restrictif pour ce qui est des conditions d'engagement car toute destruction d'une de ses embarcations au sein même de ses eaux territoriales serait de nature à fragiliser sa légitimité. L'objectif était la figuration avec en filigrane un message à cette flotte inconnue, si vous entrez dans nos eaux territoriales, vous commettrez un acte de guerre en violation de notre souveraineté. L'écart des rapports de force entre les deux contingents maritimes était tel que la flotte paramilitaire pouvait raisonnablement en faire fi, mais sur le plan oral, pénétrer les eaux territoriales du Bajusid et engager le combat avec ses forces souveraines serait nécessairement critiquable, répréhensible. Côté Bajusid, l'enjeu était de ne pas donner une seule occasion à cette flotte paramilitaire de se présenter comme défensive, si elle pénètre les eaux territoriales du pays, elle le fait en opposition aux forces de police maritime déjà présentes. Celles-ci n'auront pas à sortir en réaction à cette intrusion, leur déploiement et présence en mer est d'ores et déjà connue de tous. Si la manoeuvre semblait habile sur le plan politique, certains des officiers de la garde côtière pouvaient raisonnablement se sentir humiliés. Qu'à cela ne tienne, aucun d'eux n'avait le crédit, la visibilité et la légitimité nécessaires pour transformer ce sentiment en objection valable auprès des autorités du pays.

La vedette militaire Al-Mazik fut la première embarcation à figurer sur les écrans télévisés des chaînes d'information publiques. On la voyait longer la côte aux côtés de deux autres embarcations, avec une lenteur exagérée pour lui donner grâce et esthétisme. Quelques accélérations étaient aussi enregistrées à l'occasion d'une interception de yacht en eaux peu profondes. La scène revêtait davantage d'un réalisateur chargé de mise en scène qu'une diffusion de reportage militaire. Sur le pont de la vedette, on avait d'ailleurs mis tous les marins superflus de sorte à les faire apparaitre à l'écran, où l'objectif pourrait les figer. Un commentaire de voix off en dressait les louanges, eux qui étaient désormais engagés sur ce que l'on appelait localement une opération ordinaire de sécurisation de la façade maritime. L'embarcation faisait des vagues et les arrêts moteurs servaient à interviewer son commandant de bord, qui enfonçait le clou au son d'un rappel sur la non négociation des éléments de souveraineté du pays. Les citoyens pouvaient quant à eux contempler des vagues, l'écume fouettant les coques des embarcations et des personnes en uniforme à bord, se déclarant investies dans la protection de la nation. Aucun journaliste agréé ne demanda contre qui la nation devait être défendue, manifestement consigne avait été donnée. Des aéronefs militaires survolaient des axes côtiers le long du littoral, suffisamment bas pour qu'un conseiller militaire doute de l'avantage tactique qu'ils représentaient, permettant aux journalistes de les ajouter dans le cadre mais toutefois suffisamment haut pour ne pas affoler les citoyens qui profiteraient des plages et de son littoral. L'armée elle-même concourut à la capture d'images depuis les airs pour donner des plans sans pareil aux journalistes.

Aux images se joindrait un discours, clair et impérieux, visant à annoncer que le gouvernement Toulali débutait des activités de surveillance et de réaffirmation maritime sur la façade littorale du territoire, soulignant que plus que jamais le pays devait faire front commun pour balayer les tentatives éhontées d'ingérences étrangères, insidieuses et pernicieuses. Le gouvernement enfonce même le clou en exhortant les citoyens à ne pas relayer de contenus dont l'origine, la sincérité et possiblement les commanditaires, sont incertains... Les messages politiques perpétrés en dehors du territoire national et dans des conditions méconnues, entament largement la transparence voulue pour nos démocraties. Une communication du gouvernement que l'on peut qualifier d'efficace en ce sens qu'elle porte un discrédit non pas sur le message, ni le messager, mais l'origine du papier sur lequel ledit message est écrit. Souveraineté, manipulation étrangère et pacte de cohésion nationale se voulaient les ingrédients d'un cocktail euphorisant derrière lequel le gouvernement Toulali espérait fédérer de nouveau.

Du côté du Furioso, les évènements survenus au Bajusid offraient déjà une lecture claire des suites données par le régime Toulali. Le groupe aéronaval ALFA au grand complet rehaussa son degré d'alerte depuis les aux internationales où ils se trouvaient. Des sorties de vedettes le long des côtes, les émissions radar qui pullulaient sur la côte, la densification des communications militaires et télévisées, tout venait mettre en relief une réponse bajuside. Le Jaguar Paltoterran avait marqué le premier point avec l'extraction du Prince, le gouvernement Toulali demandait un second tour à la partie. L'amiral Ilias Nogaro avait pris connaissance de la crise, présentée par un de ses officiers de quart et sur une fréquence de quinze minutes. Mais une patrouille côtière dans es eaux territoriales souveraines n'étaient en rien une attaque et les survols opérés par l'armée de l'air bajuside ne constituait pas non plus une manoeuvre d'interception. La communication perpétrée par le gouvernement Toulali n'était pas une déclaration de guerre. Toutefois, force est de constater que l'association des trois traduisait une humeur impliquant une fin de passivité bajuside. La gare côtière bajuside ne sortirait pas de ses eaux et en l'absence d'armements de longue portée, cet évènement était un non évènement. Le gouvernement Toulali avait fait la preuve qu'il n'était ni téméraire, ni stupide. L'amiral agrandit la carte présentée en cellule de crise, se réappropriant les limites des eaux internationales de celles du Bajusid. Ils se maintiendraient en eaux internationales pour ne pas donner à Joubair Toulali ses prochains éléments de langage.
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Ecusson de la Brigade Paramilitaire du Jaguar Paltoterran.

5 décembre 2019 - Deuxième déclaration du Prince et plan offensif du gouvernement Toulali.

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La répression gouvernementale s’intensifie et les dernières déclarations du Prince Mutarrif ibn Saadin invitent l’exécutif à frapper la flotte inconnue...

Sur le Furioso le Prince Mutarrif ibn Saadin et l’amiral travaillaient leur réponse. Celle-ci ne saurait être militaire à moins de vouloir donner tout le crédit nécessaire aux propos de Joubair Toulali quant à la menace persistante sur le Bajusid. L’action de Joubair Toulali avait jusqu’ici forcé une forme de respect de la part de l’amiral et du Prince, considérant les choix cornéliens qu’elle entendait imposer au Jaguar Paltoterran.

Prince Mutarrif ibn Saadin : Il est bon.

Amiral Ilias Nogaro : Autant qu’il est dangereux.

Prince Mutarrif ibn Saadin : Je ne prétends pas le contraire. C’est un homme acculé, lancé sur une fuite en avant. Il parle aux personnes qui veulent dormir et chérissent la paix. Il faut parler aux autres. A ceux qui chérissent la démocratie et le respect du choix des urnes, à ceux qui exécrent l’héritage kronien et la dictature calabriste. Sans leur demander d’être héroïques…

L’officier mercenaire acquiesça.

Amiral Ilias Nogaro : Il faut user de notre droit de réponse…

Un nouvel enregistrement fut par conséquent envisagé, puis repoussé considérant le timing trop rapproché des déclarations du gouvernement Toulali. Il fallait laisser monter la pression engendrée par les répressions du gouvernement avant de regagner en visibilité sinon le Prince aurait tôt fait de se poser en opposant du régime Toulali et les arrestations en cours ne seraient qu’une conséquence indirecte, un dommage collatéral, des pertes acceptables. Le Prince Mutarrif ibn Saadin ne pouvait qu’être le sauveur de la République, pas son fossoyeur adoubé mortel rival de Joubair Toulali. Attendre les conséquences de la répression permettrait le recueil des premiers témoignages pour opposer le peuple du Bajusid à son gouvernement, avant d’opposer en premier lieu le Prince. Une déclaration écrite du Prince suffirait, allant à rebrousse poils de l’embrasement général recherché. Une déclaration écrite dans laquelle le Prince exhorterait la population à ne donner aucun prétexte au régime d’user de sa violence contre elle. Il demanderait par ailleurs aux familles des personnes arrêtées de lui fournir toute une documentation des faits, dates et heures, noms et lieux… Et enfin qu’il n’était le prisonnier que de sa seule volonté d’un Bajusid libre et émancipé des violences politiques l’ayant jusqu’ici lié.

Le fond et la forme donnèrent une satisfaction à l’amiral qui le relut silencieusement avec pour seule expression des hochements de tête ostensibles. La déclaration serait diffusée le lendemain sur des canaux dédiés, sans émission longue portée et rediffusée localement par des antennes de sympathisants locaux. Les jours qui suivirent donnaient le bilan réussi d’une répression des autorités du Bajusid mais aussi le grain à moudre nécessaire au Prince pour faire son office et donner sens à sa dernière communication. Du côté du gouvernement, on confirma trois cent soixante-dix interpellations, possiblement le double d’auditions, une dizaine de suspensions administratives avaient été prononcées à l’encontre des fonctionnaires et deux chaînes de diffusions s’étaient vues chamboulées dans leur organisation par des perquisitions inopinées et la mise en garde à vue de certains journalistes phares de rubriques et reportages. A ce stade, aucun mort, seulement des blessés dans les heurts entre manifestants, syndicalistes dockers de Cherasi et policiers. Sur les ondes, c’était bien entendu le communiqué dit officiel du président Toulali qui dominait les diffusions, pourtant dans les cercles privés et familiaux, la déclaration écrite du Prince faisait grand bruit.

Le Prince avait répondu, par note écrite. De quoi sécuriser davantage sa localisation exacte face à un gouvernement aux abois qui en analysait les gestes au même instant, depuis les installations opérationnelles du sous-sol du palais présidentiel.

(Président) Joubair Toulali : Ce chacal a répondu.

(Directeur du renseignement) Nadir El-Khadem : Il s’est cette fois bien gardé d’un message vidéo. C’est plus difficile à tracer. Mais il ne fait aucun doute qu’il reste plus ou moins proche de cette flotte. Avez-vous des directives Monsieur le Président?

Joubair Toulali : Maintenez la pression sur les relais locaux à ces diffusions.

Nadir El-Khadem : Considérez ça comme déjà fait. L’incapacité ou l’absence de volonté de cette flotte à diffuser ses messages oblige la dissidence et les esprits séditieux à sortir du bois pour le relayer. Nous les frapperons fort. Et la flotte?

(Amiral) Samir Qorban : Nos forces navales ont actuellement une pleine possession de nos eaux territoriales et toute pénétration de celles-ci par le groupe aéronaval étranger s’accompagnera de combats.

Joubair Toulali : Quinze vedettes et embarcations légères de la garde côtière pour me tenir éloigné d’un groupe aéronaval étranger complet, capable de frappes longues portées derrières nos lignes. Je me sens tout de suite mieux !

Le sarcasme fit son effet, clouant le bec de l’amiral, maintenant seconder par le ministre à la défense.

(Ministre de la défense) Farouk Mehadji : Nous avons quelques moyens aériens. Une mission aérienne de lutte contre des navires de surface se tente.
L’amiral, qui était au fait des rapprots de force en présence, fit comme si l’information lui était méconnue, ne souhaitant ni les encourager dans cette opération périlleuse, ni se faire une nouvelle fois l’oiseau de mauvaise augure et de mauvaise volonté. Les autres conseillers se torrent.

Farouk Mehadji : Nous avons précisément trois escadrilles stationnaires sur le territoire, deux étant capables de manoeuvrer sur des opérations de lutte antinavire, la dernière étant en mesure d’effectuer des opérations de défense aérienne. Je profite de la présence de l’amiral pour me le faire confirmer mais l’ensemble du dispositif peut tenir dans une opération aérienne pour neutraliser le navire amiral de cette flotte.

Joubair Toulali : Laissons l’avis de l’amiral Qorban à la marine, vous voulez bien? Je ne vous le demanderai qu’une fois, avez-vous un général aux épaules taillées pour conduire ce genre d’opérations? Qui ne soit ni calabriste, ni incompétence?

Farouk Mehadji : Assurément Monsieur le Président. On a les moyens de leur faire très mal…

Joubair Toulali : Dans ce cas allez les trouver et finissons-en… La flotte inconnue est une cible valable. Farouk, je vous donne soixante douze heures pour me donner un plan d’attaque valable de cette flotte. Nadir, vingt quatre heures pour savoir contre quel pays nous nous apprêtons à faire la guerre…

La consigne était claire mais les pensées de nombreux interlocuteurs présents dans la salle ce jour s’obscurcirent. Le Président leur ordonnait de préparer la guerre face à une puissance militaire qui, si elle n’était pas sur-calibrée pour l’armée du Bajusid était peut-être à minima jusqu’ici sous-estimée…
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8 décembre 2019 - Opération aérienne du Bajusid partie 1 sur 3.

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Les escadrilles bajusides projettent une action offensive sur le porte-avions léger le "Furioso" du Jaguar Paltoterran.

Le Bajusid avait consommé son lot de paix et la deuxième allocution du Prince fut une invitation trop appuyée à la conduite d'une opération militaire contre le groupe aéronaval non identifié. Le renseignement organisé sous l'égide de son directeur Nadir El-Khadem avait conduit à l'identification des origines de la flotte. Le porte-avions légers photographié par un cargo marchand en transit ne laissait aucun doute, il s'agissait du Furioso, ce porte-aéronefs vendu en début d'année par la République d'Union Nationale du Pontarbello. Une information à considérer par le président Joubair Toulali, qui avait ordonné au renseignement d'enquêter et de lui fournir les éléments de réponses sous vingt quatre heures pour permettre à l'armée de l'air de se préparer selon différentes configurations. Les derniers échanges en cellule de crise avaient maintenant ouvert l'hypothèse d'une attaque militaire contre le groupe aéronaval. Son identification confirma la volonté du président Toulali. Le palais présidentiel maintenait ses éclairages jusque tard dans la nuit, pérennisant les échanges avec les officiers généraux et conseillers civils à sa disposition. L'allocution du Prince, d'abord orale puis écrite, les débrayages sur les docks de Cherasi, les manifestations, la présence d'une flotte non identifiée au large, autant facteurs de risque qui n'en finissaient plus au point de se constituer en menace existentielle du régime. Autour de Joubair Toulali plusieurs pessimistes, l'amiral Samir Qorban en tête. Mais du côté du ministre de la défense, incarné par Farouk Mehadji, l'hypothèse tenait. Dans les faits, l'avis général était que l'engagement d'un groupe aéronaval revêtait davantage d'ambitions politiques que militaires. Les navires de la garde côtière ne pouvaient se mesurer à ce groupe aéronaval, les marins du Bajusid ne serviraient à rien ou presque. Une attaque de surface serait lente, à découvert et forcerait une présence armée en eaux internationales considérant l'absence de portée aux bâtiments de la garde côtière. L'armée de l'air pouvait ici faire sans marine mais la marine ne pouvait faire sans missile. Au sein de l'état-major improvisé dans le sous-sol du palais présidentiel, une carte maritime chiffonnée sous l'effet de différentes manipulations dominait l'espace entre les pointures présentes. Une ligne venait démarquer la limite des eaux territoriales, scrupuleusement de l'avis des uns, grossièrement de l'avis d'un autre. Plus loin sur celle-ci des cercles mal dégrossis indiquaient une zone estimée de la présence du groupe aéronaval paramilitaire. On ne parlait plus de flotte non identifiée, celle-ci appartenait au Jaguar Paltoterran, celle-ci appartenait à l'ennemi. Un colonel de l'armée de l'air avait été requis par le ministre de la défense, afin de considérer avec plus de pertinence toutes les possibilités de la mission.

(Colonel de l'armée de l'air) Imran Daouri : Je vous confirme la faisabilité d'une frappe aérienne organisée depuis au moins deux de nos bases. Mais j'aimerais avec votre permission nuancer deux choses. Premièrement, nos moyens actuels ne nous permettront pas de cibler l'ensemble du groupe naval. Autrement dit, des cibles vont devoir être priorisées, d'autres délaissées. Le risque de pertes dans nos rangs est important, considérant l'absence de support en avion de guerre électronique et renseignement stratégique. Le succès d'une telle opération tient dans notre capacité à saturer l'adversaire et ça, nos moyens actuels ne le garantissent pas.

(Président) Joubair Toulali : J'en déduis donc assez simplement que tout cela est possible mais déconseillé?

Imran Daouri : Mon véritable propos, Monsieur le Président, est que l'objectif est valable mais nos moyens militaires à la réalisation incertains... La volonté politique doit ici accepter l'incertitude militaire.

Le président Toulali continuait d'écouter, hochant doucement la tête à l'énumération des contraintes opérationnelles du colonel Daouri. Il n'avait plus cette mine offensée, cherchant l'approbation. Son regard était plus froid et calme, de quoi inquiéter avantage qui le connaissaient vraiment car il était désormais un homme décidé et n'avait plus besoin de se convaincre.

Joubair Toulali : Les objectifs s'il faut les mentionner, ne sont pas d'anéantir une flotte aéronavale puissamment armée mais de frapper le refuge d'un félon, vendu et traitre à sa patrie qui mouille une armée de mercenaires aux abords de nos eaux territoriales. Mutarrif s'exprime à notre peuple depuis ce qu'il pense être un sanctuaire, nous devons lui faire comprendre qu'il n'en existe aucun quand on menace nos institutions et alimente le chaos.

(Amiral) Samir Qorban : Mais Monsieur le Président, chacun de nous doit comprendre que si le Prince est à bord et que si la frappe échoue, il en sortira nécessairement grandi.

Joubair Toulali : Il est politiquement mort tant que je serai à Tarrin. Il est temps de finir le travail...

Sa dernière parole resta en suspension dans l'air, révélant l'intention profonde de la présidence, assassiner le Prince Mutarrif ibn Saadin. Le porte avions léger le Furioso était, face à la faiblesse du Bajusid à l'atteindre, une province ennemie à lui seul, en plus de se faire le radeau (armé) du Prince pour traverser la tempête actuelle. Une souveraineté d'acier concurrentielle, mise au service d'un rival politique aux portes du pouvoir. Le directeur du renseignement Nadir El-Khadem, partisan d'une action armée contre le Furioso, ne boude pas son plaisir mêlé à un sentiment de gravité. L'homme savait ce qu'une frappe ratée coûterait, mais une absence de frappe serait tout aussi létale. Quand on travaille dans le renseignement, le coût de son inaction est partie intégrante de l'équation.

(Directeur du renseignement) Nadir El-Khadem : Le risque lié à un échec peut être contenu par une absence de revendications ou au moins le temps d'en mesurer l'effet. Car après tout il n’est pas dit qu'une flotte mercenaire souhaite travailler sous l'ombre des projecteurs. Si nous les attaquons, aucun média ne couvrira l'événement. Si nous perdons des hommes, un exercice ayant mal tourné pourrait justifier plusieurs pertes. Pourvu que ce ne soit pas une hécatombe. Mais si ça devait être le cas, cette flotte se sera exposée en agresseur et toutes les pertes subies, aussi nombreuses puissent elles être, seront des gages supplémentaires donnés à son agression. C'est peut-être sur ces paroles que l'opération aérienne se mit en place avec plusieurs biais. Officiellement, l'escadrille ne devait pas engager la flotte inconnue mais tenir une posture dissuasive vers le large où la présence de cette flotte même en eaux internationales, posait des risques sécuritaires au Bajusid. Des signatures de fonctions et départements nébuleux, des notes chiffrées, des appels émis hors protocoles et non archivés, officieusement ces appareils seront armés pour frapper le groupe aéronaval du Jaguar Paltoterran. Un groupe mixte, partagé entre trois chasseurs intercepteurs d'escorte, chargés d'épauler deux autres escadrilles de frappes. La première escadrille est composée d'avions multirôles anciens mais capables de porter un missile antinavire auprès d'une cible. La seconde escadrille est quant à elle des avions d'attaque au sol auprès desquels l'état major misait le coeur de l'attaque. Un plan valable mais motivé par un fait majeur : le Bajusid n'avait rien de plus pour défier la flotte autrement.

Sur la base aérienne de Saqra-Nord, l'ambiance était elle aussi bien singulière. Le personnel au sol tout comme les pilotes s'étaient vus privés de leurs téléphones le temps d'un briefing organisé par le colonel Imran Daouri, en charge de l'opération. Le personnel civil avait été réquisitionné en un autre endroit de la base sous prétexte de solutionner une panne simulée. Un camion de transport s'était rangé sur la piste, débarquant plusieurs caisses manutentionnées par des soldats. A l'intérieur, les précieux missiles que l'on armerait à la dernière minute sur les appareils pour ne pas donner le sentiment que les frappes navales étaient planifiées de longue date.

Imran Daouri : Une fois là-haut, vous ne chercherez pas les duels... Vous ne chercherez pas à approcher la flotte... Vous acheminez des missiles, vous frappez, vous rentrez. Des chasseurs vont couvrir vos formations pour empêcher les appareils ennemis de vous désorganiser. Les avions d'attaque au sol sont la dorsale de notre opération, la vague principale. Ils frapperont les premiers. Les multirôles interviendront en seconde vague pour frapper à nouveau et si nécessaire, engager des appareils ennemis venus sur votre position. L'objectif premier est la flotte, cette seconde vague a pour objectif la saturation des dispositifs défensifs adverses. Encore une fois, aucun survol de la flotte hostile, vous n'y survivrez pas, aucun héroïsme isolé, aucune initiative.

Le commandant Nassim Haroun, qui aurait en charge le commandement de la formation globale, questionna son supérieur sur les marges de manoeuvre offertes dans le cas où le plan rencontrait ses premiers accros.

(Commandant) Nassim Haroun : Mon colonel, notre capacité à frapper les premiers tient de notre dissimulation aux radars ennemis. Savons-nous de quels appareils ils sont équipés? Que se passe-t-il s'ils nous détectent avant l'arrivée sur zone et nous engagent?

Imran Daouri : Si cela devait arriver, vous devrez maintenir votre appareil hors des engagements, pour vous laisser le temps de tirer vos missiles. Seule l'escadrille d'escorte a vocation principale l'engagement d'unités aériennes.

La réponse entretenait quelques réserves et manquait de conviction, si bien que l'officier se vit contraint de s'étaler.

Imran Daouri : Comprenez que le renseignement a de bonnes raisons de penser que cette flotte a les capacités de menacer la souveraineté et la stabilité du Bajusid. Sa destruction prime sur des engagements individuels, superflus autour de ses chasseurs. Les modèles de l'ennemi sont assez variés. Je ne peux que vous souhaitez de tomber sur des GRS-2002 kah-tanais mais tout porte à croire qu'en matière d'avions aéronavals ce seront très probablement des F-1000E alguarenos.

Les regards des pilotes se croisèrent de nouveau, comme si chacun chercher à se confirmer les propos du colonel. L'escadrille Al-Raml, intervenant en seconde vague, était presque persuadée d'avoir à engager des aéronefs ennemis sitôt la réussite ou la non réussite des premiers tirs de l'escadrille Al-Barq. Si la dissimulation aérienne des appareils était bonne, l'escadrille Al-Barq pourrait accomplir sa mission sans combattre. Pour Al-Raml, c'était quasi-impossible. L'escadrille du capitaine Yassine El Mansouri était par conséquent, si ce n'est la plus fragile, la plus consommable du plan dressé par sa hiérarchie...

Mémo RP a écrit :
  • Escadrille de suprématie aérienne / escorte : Al-Saqr (x3) : Commandant Nassim Haroun, capitaine Samir Aït Rahal, lieutenant Anas Tazi.
  • Escadrille d'avions d'attaque au sol / de frappe principale : Al-Barq (x3) : Capitaine Riad Sefri, lieutenant Karim Bouaziz, sous-lieutenant Omar Berrada.
  • Escadrille d'avions multirôles / de frappe secondaire : Al-Raml (x3) : Capitaine Yassine El Mansouri, lieutenant Mehdi Benhaddou, sous-lieutenant Idriss El Fassi.
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8 décembre 2019 - Opération aérienne du Bajusid partie 2 sur 3.

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Des escadrilles mixtes, composées de Mik8, de FA-10 et FA-40 Mahari, respectivement de conception capitalienne et kronienne.

Les appréhensions survivèrent au briefing lorsque celui-ci s'acheva. Un briefing qui n'eut en réalité que pour seule vertu de remplacer les incertitudes de mission par la nécessité absolue qu'impliquait son accomplissement. Sur la base aérienne de Saqra-Nord et en dépit du beau temps permanent, les "nuages" s'amoncelaient dans l'esprit de ceux qui devraient décoller ce jour-là. Les pilotes restèrent quelques temps immobiles après le briefing, en improvisant un nouveau temps d'échange à sa suite et sans supérieur hiérarchique trop important pour exprimer librement les contraintes opérationnelles de la mission. Dans le déroulé de la mission, les plus à plaindre n'étaient pas étonnement les éléments de la première vague mais de la seconde, s'agissant de chasseurs-bombardiers relativement obsolètes opposés à un adversaire qui sera, quoiqu'il arrive, dans la réaction, passive ou agressive, défensive ou offensive... Le colonel Daouri qui s'était fait l'oiseau de mauvaise augure ce jour-là restait dans les parages, sa stature assez frêle semblable à tout pilote de chasse, affaissée sur une carte d'opération. Quelques pilotes lisaient au loin les plis de son visage pour les soumettre à leur interprétation. L'officier pouvait jouer de son autorité face à des questions présentées de façon trop récalcitrantes, le doute qui l'habitait lui-même resterait toujours au devant d'un quelconque autre sentiment. Le colonel Daouri pouvait mentir sur les enjeux réels d'une telle opération et les desseins politiques qu'elle couvrait, la conviction qu'il donnait à une réussite de l'opération restait absente. Un instant plus tard, il leur adressa à nouveau la parole.

Imran Daouri : Vous allez maintenant rejoindre vos appareils et débuter une pré-alerte dans quinze minutes. Si une fenêtre de tir se présente, nous autoriserons le décollage immédiat.

Et d'ici quinze minutes, les armements seront chargés au complet, les indicatifs radio attribués ou rappelés pour qui ne les avait pas tous notés en phase de briefing.

Imran Daouri : Jusqu'à l'instant où vous décollerez, qui peut-être dans quinze minutes ou quinze jours, vous ne parlez de rien d'autre que des éléments de procédure dont j'attends la maîtrise totale. Aucune utilisation des fréquences en dehors de celles dévolues à la mission. Une fois le décollage effectué, vous ne parlez que par nécessité. La discrétion et la dissimulation seront ici vos meilleures armes…

Nassim Haroun : Derrière l'autonomie de vol. Tout ce qui n'est pas utile à la mission reste ici, vous devez décharger vos appareils autant que possible. Il est question de tirer des missiles sur des navires mais en cas de présence aérienne hostiles, les temps de vol risquent de s'allonger. Sans ravitailleur en vol, chaque seconde d'autonomie peut faire la différence entre un avion de retour au tarmac et un absent…

Le colonel et lui échangèrent un regard convenu. Un dernier passage en revue sera fait pour alléger les appareils autant que possible et leur permettre une autonomie de vol renforcée. Le colonel Daouri se savait chanceux de pouvoir confier une aussi délicate manœuvre au commandant Haroun, un chef d'escadrille pour Al-Saqr et de formation ayant servi dans l'armée kronienne vingt cinq ans auparavant. Il avait la maîtrise suffisante pour pouvoir se risquer à la prise en main des nouveaux appareils Mik-8 en provenance d'Eurysie. Son ailier de l'escadrille Al-Saqr, le capitaine Samir Aït Rahal, affichait quelques marques d'anxiété, notamment en manipulant machinalement l'alliance autour de son doigt. Un toc qu'il cessa aussitôt après s'en être aperçu. Le dernier chasseur d'escorte serait aux mains du lieutenant Anas Tazi, un officier récemment sorti de l'académie militaire qui en dépit d'une expertise technique réelle, faisait la découverte des instants d'adrénaline que seul un baptême du feu sait offrir.

Du côté de l'escadrille d'Al-barq, chargée d'opérer les premières frappes antinavires, le capitaine Riad Sefri ne disait rien. On lui avait promis une mission facile, ses pilotes oeuvrant en première vague lorsque l'ensemble des contre-mesures du groupe aéronaval sera encore dormant. En apparence la mission était simple, approcher à portée de tirs des missiles, les tirer et se replier. Pas de duels aériens à prévoir, pas d'entrée en zone de contre-mesures du groupe aéronaval, tout était au vert. Pour autant, le déclenchement de l'opération tenait dans leurs mains, on parlerait d'échec ou de réussite sur la base du succès de leur frappe. Son ailier, le lieutenant Karim Bouaziz, relisait à son tour les notes de mission, une frappe moyenne et longue distance, un trajet du retour à priori déjà entamé lorsque le missile sera censé faire mouche. Une mort longue distance, planifiée sur un point satellite et que l'on observera sur écran radar. Le troisième pilote d'escadrille, le sous lieutenant Omar Berrada, observait l'événement avec circonspection. Il démarrait la revue de son appareil, en caressait la carlingue comme s'il lui sollicitait toutes ses forces pour la bataille à venir. Des articles en ligne traitant de la cession du Furioso au Jaguar Paltoterran par la marine pontarbelloise étaient lus, cherchant par là à s'enquérir d'informations supplémentaires sur l'adversaire. Le Furioso, porte aéronefs de la marine alguarena puis pontarbelloise, était un bâtiment de légende ayant prêté sa plume à certains instants de l'histoire moderne. Le Jaguar Paltoterran quant à lui, était une société paramilitaire qui n'avait aucune équivalence à l'international et à qui on prêtait maintes opérations réussies ayant fait trembler des nations entières. Les attaques aériennes sur des convois maritimes armés ça ils connaissaient aussi et si l'attaque d'une frégate westalienne était leur forfait, en dépit d'une absence totale de preuves, l'opération était une franche réussite et elle avait fait grand bruit à l'international. Une réussite tactique militaire qui imposait le respect dans l'aviation mondiale autant que la crainte pour qui, comme nos amis du Bajusid, avaient maintenant l'ambition de les affronter.

L'escadrille Al-Raml gardait le silence, investie sur la seconde vague, elle aura au moment de son vol une idée précise de la situation au combat et du rapport de force en place. Le capitaine Yassine El Mansouri qui en avait la tête, avait assimilé le rôle qui était celui dévolu à son escadrille. Le colonel parlait plus volontiers de saturation, d'opportunités de frappes secondaires, appui. Mais tout le monde tombait d'accord pour comprendre qu'on ne misait pas sur son escadrille pour mettre à mal le porte avions léger le Furioso. Mais l'escadrille Al-Raml devrait approcher le groupe aéronaval, ils n'avaient pas les appareils et les missiles de la première vague. Au danger des escadrilles aéronavales paramilitaires s'ajouteraient peut-être les systèmes de défense sol-air de la flotte. Une équation insoluble qui privait de réjouissances tout le monde. Le lieutenant Mehdi Benhaddou volait avec le capitaine El Mansouri depuis trois années déjà, s'était permis une analyse personnelle à son supérieur et amis, lui assurant que tous ne rentreraient pas dans la configuration actuellement donnée à la mission. Le sous lieutenant Idriss El Fassi n'avait pas ce recul, spéculant sur les tactiques de vol permises dans telle ou telle configuration.

Imran Daouri : Messieurs, officiers. Je sais bien que les phrases que j'ai pu vous prononcer à l'occasion de ce briefing ne reflètent pas les perspectives d'un combat équilibré. Je ne vous ferai pas l'injure de dire autre chose. Cette mission n'est pas équilibrée, son rapport de force défavorable. Mais aujourd'hui des forces hostiles se sont persuadées de pouvoir agir en notre nation impunément, construisant un récit qui sied à leurs intérêts. Ils se pensent inatteignables. Vous n'êtes pas là pour donner raison au Bajusid dans une lutte existentielle, vous êtes là pour donner tort à ces forces obscures motivées de leurs certitudes.

Le hangar sous lequel s'était organisé le briefing se vida de ses pilotes, les paroles ayant fait leur temps, chaque pilote perdant son individualité derrière son casque à la visière opaque.

Sous-lieutenant Omar Berrada : Vous pensez sérieusement que le Prince est vraiment sur le navire que l'on va prendre pour cible ?

Capitaine Riad Sefri : Je sais qu'on nous a donné une cible militaire. C'est possiblement ma seule certitude. Ce qui se trouve avec elle, relève d'une menace.

Le capitaine Yassine El Mansouri terminait de s'équiper en silence, bientôt interpellé par son ailier.

Mehdi Benhaddou : Tu as entendu le colonel Daouri?

Un rictus de son capitaine et chef d'escadrille amorçait une réponse légère.

Yassine El Mansouri : Mais Mehdi, tout le monde l'a entendu.

Mehdi Benhaddou : Ça n'a pas été bien vendu…

Yassine El Mansouri : Peut-être voudrais tu que j'appelle Haroun et Daouri pour qu'ils viennent nous chanter quelque chose de patriotique ?

L'officier souffla un rire qui lui donna la réponse à sa question.

Mehdi Benhaddou : Je préférerais que tu me garantisses que l'on atteindra le pas de tir.

Yassine El Mansouri : On atteindra le pas de tir, et si on a le temps c'est sous des acrobaties aériennes que l'on va les lancer ces missiles…

Mehdi Benhaddou : Tu mens bien mal.

Yassine El Mansouri : Mais s'il en était autrement tu me verrais à la télévision… C'est pour ça que je suis ici, entre loosers.

Idriss El Fassi : Mon capitaine, si Al-Saqr rompt avant notre mise à feu, on maintient la mission sans escorte ni couverture aérienne ?

Yassine El Mansouri : Alors on fera notre propre couverture aérienne. Si ces coucous de conception kronienne ont survécu à l'intervention coalisée de l'ONC, ils survivront à ces bandits.

Un argument somme toute valable qui clôtura le débat amical. Dans différents secteurs de la base aérienne tout le monde semblait avoir basculé dans les préparatifs opérationnels. Les camions de munitions restaient à proximité des aéronefs pendant leur approvisionnement en armes et carburant. Des techniciens s'affairaient gantés à cette logistique plus sensible qu'à l'ordinaire. Les missiles antinavires étaient observés avec un regard nouveau, se faisant le maillon clé d'une mission. Le sous officier armurier, le Major Farid Qassem, avait artificiellement pris du galon pour la mission, ayant à sa charge le montage des missiles sur les pylônes d'emport des aéronefs. A l'oeil il semblait avoir soixante ans, à l'écouter parler de carlingue et munitions il semblait en avoir cent vingt !

Ses armuriers et lui s'affairaient à ajuster les rails sur lesquels leurs engins de mort glisseraient bientôt. Le capitaine Riad Sefri observait la manoeuvre avec intérêt, accompagné de son escadrille au complet à travers les officiers Karim Bouaziz et Omar Berrada. Les pilotes s'arrêtaient devant leurs appareils avec une gravité qui gageait du rôle central qu'on leur confiait volontiers. Chargés d'animer la première vague, les pilotes du capitaine Sefri étaient la variable qui décrétait une mission réussie ou échouée.

Farid Qassem : Messieurs les officiers, vos cadeaux sont montés. On a pu vérifier les systèmes, tout est en ordre vous pouvez les appeler Bim et Boum.

Riad Sefri : Et vous pensez que l'avion est prêt lui?

Farid Qassem : En toute franchise, je pense qu'il préférerait rester ici… Mais il a le meilleur avec lui.

Une poignée de main, ferme et brève traduisait tout le respect permis entre les deux hommes, rapidement conclu d'un garde à vous.

Farid Qassem : Vous savez capitaine, je glisse des missiles sous les appareils depuis plus longtemps que vous ne glissez des bulletins de vote dans l'urne. Les ordres changent, les guerres changent et les hommes qui les provoquent aussi. Rentrez à la base sauf vos pilotes et vous, ce que vous pensez être un acte héroïque aujourd'hui se traduira peut-être d'une félonie demain.

Le capitaine Riad Sefri acquiesça mollement, sans promesses, car à son coeur la cause qu'il défendait ce jour restait noble. A quelques dizaines de mètres, les chasseurs d'escorte Al-Saqr prenaient place, sachant pertinemment les premiers avions d'attaque au sol prêts au décollage. Le commandant Nassim Haroun débutait le tour de son appareil, ayant fait le choix en sa qualité de commandant de formation d'aller au contact de chaque escadrille avant décollage.

Capitaine Samir Aït Rahal : Nassim. Lorsqu'on verra les F-1000E, tu penses qu'on devrait les fixer sur zone ou les rapprocher des côtes?

Nassim Haroun : Pas sûr de réussir une mission d'escorte au large depuis les côtes…

Réponse était faite, l'engagement serait privilégié.

Capitaine Samir Aït Rahal : Si on survit assez longtemps, rappelle moi d'écrire un manuel.

Le regard des deux officiers évolua machinalement sur les appareils d'Al-Raml, les avions de combat multirôles de conception kronienne, équipés d'un unique missile de croisière, plus lourd et imposant que leurs compères sur le tarmac. L'autonomie de vol était limitée, peut-être trop pour envisager un aller et retour. Des armes moins rapides et moins nombreuses, de quoi déceler à travers les visages composant l'escadrille, les futurs portraits des hommages posthumes du grand hall de la base Saqra-Nord. Dans la tour de contrôle, on souffrait aussi de préparatifs rigoureux. Une partie des effectifs présents ce jour-là avait été laissé sans information quant à la mission en cours, ne sachant uniquement qu'un décollage opérationnel classé secret défense était organisé. Il ne fallait finalement que se concentrer sur le regard du contrôle principal Latif Zeroual, pour mesurer le sérieux de la mission envisagée. Les officiers et responsables d'infrastructure en savaient assez pour craindre le colonel Daouri, visiblement laissé avec les pleins pouvoirs sur la base de Saqra-Nord, le temps de la mission. Un officier de liaison du renseignement était là, visible parmi tous, attendant l'instant fatidique.

Tour Saqra-Nord : Escadrilles Al-Barq et Al-Raml, ici tour de contrôle Saqra-Nord. Nous vous confirmons l'autorisation de décollage. Al-Barq en piste 1, Al-Raml en piste 2. L'escadrille Al-Saqr pour couverture et fermeture de formation. Le vent est dirigé secteur nord est, les pistes sèches, bonne visibilité sous le plafond bas.

Nassim Haroun : Tour Saqra-Nord, ici Al-Saqr-1. Bien reçu. Nous fermerons la marche.

Capitaine Riad Sefri : Ici Al-Barq-1 bien reçu. Début du roulage sur ordre.

Capitaine Yassine El Mansouri : Al-Raml-1, c'est également reçu. On suit Al-Barq.

Les pilotes ajustèrent une dernière fois les sangles, non sans vérifier les mesures de leurs instruments de vol. Les contrôles radio s'opèrent sans déconvenue, tous les voyants passent au vert pour le décollage.
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8 décembre 2019 - Opération aérienne du Bajusid partie 3 sur 3.

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L'opération aérienne des forces armées du Bajusid s'est violemment heurtée à la manoeuvre de suprématie aérienne des élites de l'air paramilitaires.

Les techniciens et opérateurs au sol observèrent le décollage des escadrilles avec une posture quasi cérémonielle, retirant les dernières cales en place pour voir s'élancer ces carlingues d'anthologie. Un pilote, visiblement le sous-lieutenant Omar Berrada désigné sous Al-barq-3, progressait lentement sur la piste à bord de son appareil, la verrière laissée ouverte pour fixer l'horizon lointain d'un Bajusid qu'il chérissait, sans le prisme de son cockpit. Moins d'une minute après, la verrière se referme d'un bref mouvement du bras.

(Commandant) Nassim Haroun : Al-Saqr 1 pour 2 et 3. Rappelez-vous que l'on a pas prévu de gagner une guerre aujourd'hui. On sécurise la frappe pour qu'ils atteignent leur pas de tir.

L'escadrille Al-Saqr répondit à l'affirmative et le colonel Imran Daouri également sur les ondes, enchaîna pour l'ensemble de la formation.

(Colonel) Imran Daouri : Daouri pour Al-Saqr, Al-Barq et Al-Raml. Cette mission est dans vos cordes. Vous êtes recrutés et formés pour celle-ci. Occultez qui vous fait face, c'est vous qui ferait la différence entre succès et échec de la mission...

Au sein des cockpits, la parole du colonel eut un effet profitable au moral des soldats. On repositionnait les pilotes au coeur de la mission, bien loin des considérations politiques qui avaient pu leur être présentées en phase de briefing. La formation des neuf aéronefs, à défaut de se faire des aéronefs "neufs", se recomposa au dessus de la côte, peu à peu touchée par une couverture nuageuse qui amoindrissait les contrôles visuels entre les appareils. Mais dans la tour de contrôle de la base Saqra-Nord, chacun des appareils laissait place à un symbole sur les écrans que la formation serrée de certaines escadrilles permettait de réunir en un seul à certains moments. Derrière eux la côte s'éloignait et avec elle l'espoir d'un désengagement avant un affrontement décisif. En contrebas et lorsqu'un trou au sein de nuages en voie de dispersion le permettait, on observait l'infinité de la mer, prête à engloutir le souvenir des hommes qui failliraient aujourd'hui, se sachant engagés sur possiblement la plus périlleuse mission de leur carrière.

(Capitaine) Riad Sefri : Ici Al-Barq 1, le groupe aéronaval est à quatre cent vingt kilomètres. Je veux une position actualisée toutes les trois minutes. On maintient la fenêtre de lancement. Aucun appareil hostile détecté...

Du côté de l'escadrille Al-Raml, l'ambiance était un poil moins légère. Le trio de chasseurs-bombardier devait économiser le carburant autant que faire se peut, ayant bien gardé à l'esprit que le moindre engagement avec l'ennemi pouvait retarder la phase de retrait et entamer dangereusement une autonomie de vol assez limitée. Autant que les écrans radars, les instruments de vol étaient observés avec une attention singulière.

(Sous-lieutenant) Idriss El Fassi : Al-Raml 3, pour Al-Raml 1. La consommation n'est pas fameuse, on aura assez pour le retour ?

(Capitaine) Yassine El Mansouri : Ici Al-Raml 1. Mes calculs vont dans ce sens. Alors oui, on aura assez si tu n'essaies pas de faire semblant de paraître plus jeune que l'appareil.

Un rire détendit momentanément les pensées des pilotes de l'escadrile Al-Raml.

Idriss El Fassi : J'ai compris, j'ai compris. On ne dansera pas avec cet appareil. Al-Raml 3 terminé.

Au-dessus d'eux, à une altitude supérieure et légèrement en retrait, l'escadrille Al-Saqr maintenait sa couverture. Son commandant Nassim Haroun entretenait une veille constante, en consultant les émissions radar, particulièrement la position des porteurs dont le tir sans heurt permettrait à chacun une retraite ordonnée et sauve. Le trajet se déroula, dans sa première moitié, sans aucune contrariété. Sur la deuxième moitié, les premiers systèmes dédiés à l'alerte des signatures électromagnétiques donnaient des signalements lointains. Bien entendu, il n'y avait pas encore de verrouillage adverse, ce n'est pas un engagement, mais l'étrange impression d'être observée par un ennemi ayant la vitesse pour supériorité, scrutant l'instant pendant lequel agir. Les regards des pilotes oscillent maintenant et de façon machinale entre les cieux et leurs instruments de vol.

Nassim Haroun : Contrôle, ici Al-Saqr 1. Plusieurs signaux de veille désignant des hostiles probables. Pas de verrouillage, confirmez les statuts dès que possible.

Base Saqra-Nord : Tour de contrôle pour Al-Saqr 1. Je confirme le visuel radar, deux aéronefs. Aucun verrouillage confirmé. Maintenez la direction et amorcez une descente d'ici deux cents kilomètres.

A l'alternance des regards donnés aux instruments et aux cieux, succéda celui de la montre. Les pilotes de la formation commencèrent à compter les secondes débutant la dizaine de minutes avant laquelle ils passeraient en dessous des planchers et seuils radar, ne pouvant se le permettre avant pour soutenir leur autonomie de vol. Malheureusement pour eux, ils recevaient la nouvelle fatidique d'un ennemi en approche bien avant ce compte à rebours. La réalité venait de dépasser le plan.

Base Saqra-Nord : Tour de contrôle pour les formations Al-Saqr et Al-Barq… Je détecte une intensification radar adverse, il est admis que vous ayez été détectés par la force adverse…
Une information capitale, qui obligeait le colonel Daouri à participer aux échanges.

Imran Daouri : Daouri pour les formations Al-Saqr et Al-Barq. Les hostiles sont à trois cent kilomètres. Vous serez engagés avant le pas de tir… Anticipez le profil bas pour atteinte du plancher. Démarrez la séquence C immédiatement. Je répète, anticipez le profil bas, descente immédiate à cinq cent mètres.

La communication fit l'effet d'un coup de tonnerre à l'esprit des uns, possiblement un coup de massue à celui des autres mais aucun ne pouvait prétendre y être insensible. Plonger maintenant c'est essayer de se soustraire aux échos radars de l'adversaire mais assurément se mettre en situation de vulnérabilité s'ils étaient malgré tout découverts par les aéronefs ennemis. Mais en même temps, voler à basse altitude plus tôt que le point étape, entraînerait une surconsommation par l'allongement des trajets. Un temps précieux et profitable à l'ennemi qui peut faire la différence en cas d'engagement.

Nassim Haroun : Al-Saqr 1 à toutes unités, nous plongeons. Altimètre à cinquante mètres maximum. On garde ses espacements, je ne veux voir aucune panique dans les manœuvres. On doit tenir l'altitude en dessous du plancher coûte que coûte. Tout le monde y arrive ou chacun échoue. Al-Barq, vous passez en tête. Al-Raml ne vous dispersez pas.

Les neufs aéronefs basculèrent vers le bas, à deux doigts pour les plus bas d'entre eux de voir des éclaboussures d'eau et d'écumes atteindre leurs cockpits. Cinq minutes plus tard et en l'absence d'engagement, la formation atteignit cet instant de l'opération où les vagues d'appareils avaient vocation à se séparer. Al-Barq réajusta sa trajectoire vers le pas le tir défini tandis que l'escadrille Al-Raml se décalait plus au nord, pour essayer de se rapprocher du groupe aéronaval hors champ de l'angle d'attaque de l'escadrille Al-Barq. Disperser les escadrilles de défense aérienne du groupe aéronaval était une des chances espérées pour ne pas se voir décimés. On pouvait croire à une stratégie rodée, visant la saturation de l'adversaire en l'obligeant à disperser ses escadrilles de défense aérienne. En réalité, la mission entrait déjà sans le savoir dans l'arbitrage des sacrifices opérationnels et ses dommages collatéraux. L'escadrille Al-Saqr reprenait de la hauteur selon une troisième trajectoire, pour forcer un engagement avec la chasse ennemie et possiblement donner un temps supplémentaire et ô combien précieux, pour approcher la flotte hostile.

Nassim Haroun : Al-Saqr 1 pour 2 et 3. On regagne en altitude. Nouveau plancher à quatre mille. Sans ça tout le monde sera découvert. Al-Saqr 2 tu couvres ma gauche. Al-Saqr 3, la droite et altitude. Notre mission reste la protection des porteurs.

(Lieutenant) Anas Tazi : Ici Al-Saqr 3. Deux contacts radar longue portée.

(Capitaine) Samir Aït Rahal : Ici Al-Saqr 2. La boucle est bouclée. Nos invités sont là et ils ont dressé la table.

Et effectivement bien qu'encore invisibles à l'oeil le plus aguerri, les F-1000E du Jaguar Paltoterran étaient déjà dans les cieux et les systèmes de l'armée de l'air du Bajusid. Une hypothèse désagréable devenue réalité opérationnelle.

Samir Aït Rahal : Contrôle, ici Al-Saqr 2, je compte quatre contacts aériens hostiles. C'est quoi ce bordel ? Notre escorte est mal calibrée pour ça.

Base Saqra-Nord : Reçu Al-Saqr 2. Maintenez la mission, l'escadrille Al-Barq doit atteindre le pas de tir. Il n'y a pas d'autres alternatives…

Pour le commandant de formation Nassim Haroun, il n'y avait pas besoin de lui répéter l'information. La chasse adverse avait pour elle l'avantage de sa modernité et, épaulée des éléments radars de la flotte, elle creusait davantage l'écart. De son côté, trois chasseurs que l'on qualifierait si l'on était généreux, d'intermédiaire, sans l'avantage de la surprise puisqu'ils se devaient d'être les premiers engagés avant les escadrilles de frappe, tout cela promettait des pertes.

Nassim Haroun : Al-Saqr 1 pour 2 et 3, formation défensive. Engagement probable sous quelques minutes. On surveille la réserve de leurre, on provoque la rupture sur mon top. Mon top uniquement. Si vous cassez trop tôt, vous risquez de mettre nos escadrilles de frappe à portée…

Anas Tazi : Ici Al-Saqr 3. J'ai une alerte.

Les pilotes du Bajusid ne le savaient peut-être pas mais trois missiles air-air convergent sur eux, tirés depuis les multirôles des mercenaires. Les bips et alertes sonores retentissaient dans les cockpits, un peu à l'image d'un rythme cardiaque donné à l'appareil et qui s'accélérerait en situation à risques. Leur commandant de formation donna le top et la formation fut rompue dans l'intervalle, un filet de leurres projetait dans le sillage de chaque appareil. Les aéronefs cassaient leur trajectoire, pour espérer tromper un armement létal sans doute plus sophistiqué que le leur. Al-Saqr 2 évita son missile au terme d'une manoeuvre brutale. Al-Saqr 3 n'avait pas eu la même chance, ses leurres lancés trop tôt, il fut contraint de corriger à nouveau sa trajectoire, avec une énergie qui transpirait le désespoir. Un missile adverse fut perdu dans les leurres mais le second poursuivait.

Anas Tazi : Missile ennemi maintenu. Missile ennemi maintenu.

Nassim Haroun : Anas, rupture basse. Maintenant. Plonge !

Une boule de feu précéda une détonation sonore apparue dans les espaces latéraux des cockpits de Al-Saqr 1 et 2. Une orbe flamboyante au loin, partiellement étouffée par l'éloignement de la couverture nuageuse.

Samir Aït Rahal : Merde… Fais chier…

Nassim Haroun : Tour de contrôle ici Al-Saqr 1. Al-Saqr-3 a été touché. Je répète, Al-Saqr-3 touché. Pas d'éjection. Visuel négatif. Confirmez tour de contrôle.

Le message captait sur la fréquence, mit en branle plusieurs opérateurs de la base Saqra-Nord. Du côté des escadrilles de frappe Al-Barq et Al-Raml, le silence radio était de mise, chaque appareil cherchant à poursuivre sa progression. Mais dans la tour de contrôle e la base aérienne Saqra-Nord, le symbole du lieutenant Anas Tazi, dénommé Al-Saqr 3 sur l'opération, avait également disparu, sans laisser place à une quelconque balise de géolocalisation née d'un parachutage. Le lieutenant Tazi ne s'est pas éjecté, une formule douce et édulcorée pour rappeler qu'il était assurément mort. Le colonel Imran Daouri posa une main sur le dossier d'un opérateur, tant pour capter son sentiment que pour retenir son attention.

Imran Daouri : Veuillez inscrire la perte probable de Al-Saqr-3, sans transmission aux familles. Poursuivez.

Les déconvenues, à fortiori le revers subi par la perte d'Al-Saqr 3, avait fait la chance de l'escadrille Al-barq qui put par conséquent trouver le temps d'atteindre le pas de tir depuis lequel déclencher la frappe des premiers missiles antinavires. Et malgré l'incertitude liée aux positions adverses, la fenêtre de tirs avait été maintenue. Au contraire, elle était pressée, ces tirs se faisant la seule opportunité réelle de prendre l'avantage sur l'adversaire. La flotte paramilitaire restait pourtant invisible, noyée derrière un horizon bleu. Une forteresse navale, elle même protégée par des bâtiments d'escorte chacun autonome en contremesures, lorsqu'on ne parlait pas directement de chasseurs mercenaires. Contredire une certitude chez l'ennemi, voilà l'enjeu derrière cette insensée et périlleuse entreprise. Mais les pilotes du Bajusid devraient pour cela construire les leurs avant d'abattre celles opposées en face.

(Capitaine) Riad Sefri : Ici Al-Barq 1, fenêtre de tir ouverte. Missiles prêts. Pour Al-Barq 2 et 3, confirmez la situation et les statuts.

(Lieutenant) Karim Bouaziz : Ici Al-Barq 2, je confirme une fenêtre de tir. Missiles prêts à faire feu.

(Sous-lieutenant) Omar Berrada : Al-Barq 3 pour Al-Barq 1, prêt à faire feu également. Ma fenêtre de tir est elle aussi ouverte.

Riad Sefri : Al-Barq 1 pour escadrille Al-Barq, on engage.

Le capitaine entendit montrer l'exemple, sa main caressant une première fois la commande de tir sans appuyer sur celle-ci. Le geste était simple, peut-être trop considérant la lourdeur de ses conséquences.

Riad Sefri : Al-Barq, mise à feu des missiles antinavires sur mon top. Trois, deux, un, top.

Et l'ensemble des missiles antinavires se détacha de la formation d'aéronefs. Six au total. Six coups de boutoir contre la flotte paramilitaire. Ce n'était que la mission mais à cet instant précis, aucun pilote de la formation, Al-Saqr ou Al-Barq, ne pouvait décemment exécuter ces tirs sans avoir une pensée soutenue pour Al-Saqr 3, le lieutenant Tazi autrement nommé en dehors de l'opération. Le déclenchement des tirs vint brutalement alléger l'appareil, à moins que ce ne soit le mental de ses pilotes. Les missiles traçaient maintenant droit devant eux et ils n'auraient pas le luxe ou le temps de rester pour les observer. L'escadrille Al-Barq manoeuvra immédiatement pour débuter son trajet retour. Il n'y aurait pas d'attente d'un visuel sur l'efficacité des tirs. Tout serait orchestré et communiquée par la tour de contrôle. Ramener l'appareil et survivre étaient maintenant en t^te de liste des objectifs prioritaires de la mission. L'escadrille Al-Barq confirma l'exécution de l'entièreté des tirs permis pour l'opération. Du côté d'Al-Raml, ces tirs n'avaient rien d'une délivrance et faisaient office de mise à nu de l'opération, pour laquelle ils restaient pleinement engagés de leur côté. L'ennemi se savait dupé et nul doute qu'il déploierait maintenant l'entièreté de ses contremesures pour faire taire la menace.

La première vague venait de faire le job, mais aussi d'accélérer le tempo donné à la mission. La seconde vague, matérialisée par Al-Raml, demeurait dans l'incertitude. L'escadrille Al-Saqr qui accomplissait la couverture, est passée à deux appareils, largement sur la défensive. Les multirôles du Jaguar Paltoterran étaient sans doute haut et loin dans le ciel, redescendant à n'en pas douter le moment venu pour sceller le sort de l'un d'entre eux. Le sous lieutenant Idriss El Fassi, récemment sorti de sa promotion d'officier, eut un haut de coeur à l'annonce du crash d'Al-Saqr 3, l'absence de visuel sur son éjection valait condamnation à mort. Et l'ennemi, toujours absent des visuels, restait là, tapis dans les cieux d'un horizon non décelable à la vue des pilotes. L'escadrille Al-Raml n'avait qu'un missile antinavire chacun, un essai unique qui donnait de l'écho à la fragilité de leur existence dans ce rapport de force inégal. Dans la tour de contrôle de la base Saqra-Nord, les opérateurs observaient la trajectoire donnée aux six missiles de l'escadrille Al-Barq, espérant les traduire en bonnes nouvelles. Les retours à ce stade se voulaient parcellaires, différés et sans complétude aucune… Le colonel Daouri, satisfait de la première phase de mission avec le lancement de l'entièreté des missiles prévus, commença à se reprendre d'inquiétudes pour ses pilotes, il sollicita par trois fois l'actualisation des signaux radars adverses et par trois fois la réponse ne le satisfait pas. Un opérateur réaffirma la position des multirôles ennemis, manifestement en direction de l'escadrille Al-Raml. La bonne exécution des tirs en première salve attendrait, l'escadrille Al-Raml en charge de la seconde vague risquait la décimation…

Imran Daouri : Al-Saqr doit les engager et fixer leurs positions. Al-Raml n'aura aucune chance sans ça.

La consigne, si elle n'était pas admise de tous, était comprise. L'escadrille Al-Saqr devrait faire des pieds et des mains pour sauvegarder l'escadrille Al-Raml, eux qui

Base Saqra-Nord : Al-Saqr, ici tout de contrôle. Aéronefs hostiles en redirection de Al-Raml. La protection de l'escadrille Al-Raml est votre priorité. Confirmez.

Nassim Haroun : Contrôle, ici Al-Saqr 1. Al-Saqr réduit à deux appareils. Le nombre d'aéronefs hostiles ne nous est pas confirmé. On est aveugle. On peut gêner leurs tirs pas les empêcher.

Base Saqra-Nord : Al-Raml doit opérer en seconde vague.

Le commandant Haroun en avait bien conscience, non sans rappeler que les lignes du plan initial avaient bougé, depuis leur détection et la perte d'Al-Saqr 3.

Nassim Haroun : Al-Raml lancera. L'inconnu sera de savoir combien d'eux vont revenir.

Un bref silence radio s'installa, assez long pour n'en dire plus que ce qu'il fallait. Chacun jouait son rôle posant les jalons vers l'accomplissement d'une mission dépassée par les moyens à y allouer.

Nassim Haroun : Ici Al-Saqr 1. Mission de protection confirmée. Al-Saqr 2 avec moi. On forme la menace et on les contraint à nous identifier comme tel.

(Capitaine) Samir Aït Rahal : Et s'ils se refusent à nous juger menaçant ?

Nassim Haroun : Alors on pourra dire avoir affronté des pilotes trop aguerris pour la susceptibilité.

Sur cet échange les deux chasseurs intercepteurs du Bajusid débutèrent des manoeuvres défensives visant à priver les multirôles F-1000E du Jaguar Paltoterran d'une approche trop confortable. Mais les missiles air-air des F-1000E étaient possiblement trop précieux pour les gaspiller sur les vestiges de l'escadrille Al-Saqr. Les paramilitaires avaient décelé la faiblesse du dispositif et la priorité restait donnée à l'élimination de l'escadrille en approche du groupe aéronaval (Al-Raml). Empêcher l'escadrille Al-Raml d'ajouter de nouveaux missiles antinavires sur les ondes radars du Furioso, finalement assez dépendant des navires d'escorte pour les intercepteurs antimissiles. Les effets des missiles de la première salve étaient effectivement connus, pour ne pas dire subis du groupe aéronaval paramilitaire. Mais cela, les pilotes du Bajusid n'en virent rien ou presque. Ils ne virent pas la déflagration d'une structure radar de la frégate "12 de Julho" après l'impact d'un missile, ni même encore un second missile manquant de peu le Furioso, malgré des traînées de balles tout azimut par la corvette "La Caravela" qui interceptera quatre des six missiles lancés sur le groupe aéronaval.

Bien entendu, certaines des communications en provenance du groupe aéronaval et pour le moins agitées, avaient pu être en partie interceptées, dévoilant une certaine réussite de la manœuvre offensive par la première vague Al-Barq. Rien parmi les communications interceptées n'était verbalisé de telle sorte qu'elle constitue une preuve de la panique adverse enregistrée. Néanmoins, le volume des ondes émises et la fréquence rapprochée des émissions, confirmaient l'hypothèse d'une panique subie par le groupe aéronaval hostile. Les activités adverses en hausse bien qu'encore difficiles à qualifier à ce stade, n'avaient pas suffit à motiver le Colonel Daouri à retenir la deuxième vague. Quand bien même les navires paramilitaires avaient été touchés, c'était justement une raison supplémentaire d'enfoncer le clou, armé sous une seconde vague. Et justement les trois chasseurs bombardiers d'Al-Raml approchaient leur propre zone de tir. Ils étaient à bout de souffle, au sens où leurs appareils avaient bien entamé leur autonomie de vol, partiellement lestés d'un missile antinavire et possiblement sous peu engagés par un binôme de multirôles F-1000E que l'on savait en descente sur eux.

Yassine El Mansouri : Al-Raml de Al-Raml 1, on passe à la préparation de tir. La fenêtre avant un engagement adverse ne sera pas large.

(Lieutenant) Mehdi Benhaddou : Ici Al-Raml 2, je te crois volontiers. Contacts adverses à allure rapide, deux signaux radars en approche.

(Sous-lieutenant) Idriss El Fassi : Al-Raml 3 pour Al-Raml, je n'ai pas encore de solution de tirs. Dois-je maintenir?

Yassine El Mansouri : Al-Raml 1 pour Al-Raml 3. On maintient le cap et on actionne les tirs après arrivée sur zone.

Nassim Haroun : Al-Raml, ici Al-Saqr. Vous n'êtes pas seuls. La chasse ennemie vous a en trajectoire, nous aussi. Nous allons nous interposer, mais la fenêtre est courte. Oubliez le tir sur ordre pour synchronisation des tirs.

Les F-1000E avaient tout à l'heure fait la démonstration de leur engagement longue portée, cette fois les missiles laissés en leur possession imposaient plus de proximité. Une chance ou pas, car les alertes seraient nettement plus courtes pour permettre aux pilotes du Bajusid des manoeuvres évasives. En tout cas, cela laisserait à l'escadrille Al-Saqr un sentiment illusoire de riposte. Et lorsque que les missiles à courte portée des F-1000E partirent, tout alla trop vite pour que les désignations administratives prévues sur la mission aient encore du sens au sein de communications urgentes. L'un des appareils de l'escadrille Al-Raml vit son aile droite désintégrée de suite, sa destruction faisant craindre des avaries sur les deux autres appareils par la projection de débris issus de la carlingue. Une explosion sèche et brutale, contenant le cri étouffé des pilotes alentour, surpris par le souffle de l'explosion.

Mehdi Benhaddou : Idriss !

Idriss El Fassi : Je suis là, sur ta droite ! Ce n'est pas moi !

Nassim Haroun : Ici Al-Saqr 1, qui est touché ?

Une question simple et à la fois rendue bien complexe par l'état de tensions extrêmes qui dominait les échanges.

Samir Aït Rahal : Ici Al-Saqr 2, perte de Al-Raml 1 confirmée.

Le visuel d'un pilote actionnant son siège éjectable, doublé de l'ouverture d'un parachute, tandis que son appareil continuait de choire vers la mer, un sujet digne pour dresser la peinture d'une scène chaotique.

Nassim Haroun : Ici Al-Saqr 1 pour Al-Raml 2 et 3, activez vos leurres. Al-Saqr 2 et moi entrons en trajectoire entre les hostiles et vous.

De nouveaux flashs illuminaient le ciel, c'était l'escadrille Al-Saqr qui déclenchait aussi des leurres dans le sillage des appareils de Al-Raml. Un bip d'alerte retentit, suivi d'une détonation moins de trois secondes plus tard. Un leurre avait stoppé l'approche d'un missile air-air ennemi.

Samir Aït Rahal : C'est passé près.

Nassim Haroun : Ils sont en altitude haute, possiblement supérieure à celle de nos plafonds. On ne tiendra pas indéfiniment la défensive.

Des mots qui firent l'effet d'une incantation, puisque pour leur donner raison, une seconde détonation fut entendue. C'était de nouveau un missile hostile, touchant cette fois Al-Raml 2. Le lieutenant Mehdi Benhaddou n'eut le luxe de ne pouvoir s'accorder qu'une seule phrase avant qu'un silence radio n'annonce sa sortie de l'opération.

Mehdi Benhaddou : Chier, ici Al-Raml 2. J'ai l'impression de devoir arrêter des boulets de canon avec une raquette de tennis -krrrrr-

Plus aucune autre phrase intelligible ne suivit celle-ci.

Nassim Haroun : Mehdi? Mehdi réponds !

Le bip d'une balise de sauvetage apparut à l'écran. L'éjection était plus que probable, restait à espérer que le pilote ait eu suffisamment d'altitude pour ne pas faire une éjection trop basse, ce qui fait office de condamnation à mort.

Idriss El Fassi : ici Al-Raml 3, tir enclenché. Missile lancé.

Et le missile venait effectivement de quitter le ventre de l'appareil, avec obéissance. Sans missile ni capitaine d'escadrille, Al-Raml faisait figure de coquille vide. La mission était accomplie, avec pertes et fracas, mais il n'y avait en tout cas pas davantage de missiles à tirer sur la flotte. Le temps nous dirait si les tirs effectués se sont voulus efficaces ou non.

Nassim Haroun : Idriss, nouvel ordre de retour à la base. Bon travail. On se voit sur le tarmac.

Le premier, unique et dernier missile antinavire de l'escadrille Al-Raml fut détecté par la flotte du Jaguar Paltoterran. Décelé à distance suffisante du Furioso, le missile antinavire fut détruit par une contremesure sol-air, émise depuis la corvette "La Caravela". Le missile de la chasse bajuside fut détruit suffisamment proche du porte aéronefs pour offrir aux pilotes une consolation digne à leurs pertes, justifier la tentative. Sur le pont du Furioso les paramilitaires s'étaient offert une frayeur maximale en dépit du sentiment de supériorité qui avait longtemps accompagné leur mission dans les eaux internationales voisines au Bajusid. Ceci dit, la menace maintenant écartée, le Jaguar Paltoterran pouvait tenir les comptes des appareils ennemis et nul doute que le moral des forces armées du Bajusid serait entamé avec.

L'escadrille Al-Barq était rentrée, comptant les survivants qui leur emboitaient le pas. Al-Saqr avait perdu le lieutenant Anas Tazi, son appareil et son pilote. Tandis que du côté d'Al-Raml, un unique appareil rentrait sur les pistes, les deux autres ayant été abattu, leurs pilotes éjectés, possiblement en vie, ou noyés, ou capturés. Nul n'aurait su spéculer de leur sort à cette heure. Au-delà des pertes subies, les dégâts infligés constituaient eux aussi un indicateur au rouge, le Furioso était, si ce n'est intact, opérant et aucun de ses bâtiments d'escorte n'était parti par le fond, même s'il était manifeste que la frégate "12 de julho de 2007" avait subi des dégâts l'ayant conduite hors de combat. L'attaque aérienne des forces armées du Bajusid était terminée, avec elle s'achevait aussi un temps de paix rendu bien volatile, guettant les réactions du Jaguar Paltoterran.

Synthèse des affrontements aériens a écrit :ARMEE DE L'AIR DU BAJUSID

Escadrille Al-Saqr (Chasseurs-intercepteurs d'escorte pour mission antiaérienne) :
  • Commandant Nassim Haroun / Al-Saqr 1 : Appareil et pilote indemne.
  • Capitaine Samir Aït Rahal / Al-Saqr 2 : Appareil et pilote indemne.
  • Lieutenant Anas Tazi / Al-Saqr 3 : Appareil détruit et pilote décédé.

Escadrille Al-Barq (Avions d'attaque au sol pour première vague des frappes antinavires) :
  • Capitaine Riad Sefri / Al-Barq 1 : Appareil et pilote indemne.
  • Lieutenant Karim Bouaziz / Al-Barq 2 : Appareil et pilote indemne.
  • Sous-lieutenant Omar Berrada / Al-Barq 3 : Appareil et pilote indemne.

Escadrille Al-Raml (Avions multirôles pour seconde vague des frappes antinavires) :
  • Capitaine Yassine El Mansouri / Al-Raml 1 : Appareil détruit, pilote éjecté et réputé aux mains de l'ennemi.
  • Lieutenant Mehdi Benhaddou / Al-Raml 2 : Appareil détruit, pilote éjecté et réputé aux mains de l'ennemi.
  • Sous-lieutenant Idriss El Fassi / Al-Raml 3 : Appareil et pilote indemne.

JAGUAR PALTOTERRAN

Détachement de l'Escuadrón Hipogrifo / quatres aéronefs multirôles ici engagés pour une mission de suprématie aérienne :
  • Lieutenant Alejandro Ilvès / Traõ : Appareil et pilote indemne.
  • Lieutenant Valeria Montoya / Carusa : Appareil et pilote indemne.
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8 décembre 2019 - Echec de l’attaque aérienne du Bajusid, quel discours pour sauver la face sur le plan national?

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L’opération aérienne des forces armées du Bajusid a échoué, laissant le porte-avions léger le "Furioso" indemne et actant la perte de trois appareils.


L’armée de l’air du Bajusid venait assurément d’essuyer son premier revers, en dépit de la mise hors de combat d’une frégate inscrite dans l’escorte du groupe aéronaval paramilitaire. Joubair Toulali fulminait, à raison, la possibilité de mentionner la perte d’un ou deux appareils dans des manoeuvres aériennes d’entrainement tiendrait pas, pas avec la perte d’un pilote mort au combat et la possible capture de deux autres par un ennemi en mer dont il voulait taire la rivalité au grand public. Bien sûr il y avait des fusibles immédiat si les affrontements venaient à se médiatiser, le ministre de la défense, le colonel Daouri en premier lieu, pourquoi pas l’amiral Qorban? Mais les soutiens au gouvernement Toulali n’étaient pas légion et s’en délester pouvait abîmer les loyautés d’un socle réduit à peau de chagrin. Le marbre du palais présidentiel, depuis lequel la situation était rapportée, perdait de son éclat. Le Bajusid était un pays laissé fragile à l’international et son président illégitime laissé seul un instant dans son bureau, la porte refermée avec uen douceur que l’on pouvait raisonnablement qualifier de suspecte. La nouvelle de l’échec des frappes sur le groupe aéronaval renverser l’agenda en place pour Joubair Toulali, ses conseillers et secrétaires comprenant maintenant qu’il était nécessaire de reporter la présentation de tout dossier qui ne pourrait revêtir un caractère urgent.

Un instant plus tard, de nouvelles têtes firent leur apparition au palais, le colonel Daouri était encore en uniforme, qu’il avait pris soin de rabibocher après l’avoir porté près de vingt-quatre heures d’affilée. Combien? Ce fut à peu près le premier et dernier mot soulevé par le président. D’abord pour confirmer la perte de pilotes, puis d’appareils. Une nouvelle tentative armée contre le groupe aéronaval constituerait un geste désespéré. L’acte de guerre avait été commis et il convenait de voir comment comptait l’exploiter le Jaguar Paltoterran et avec lui, le Prince Mutarrif ibn Saadin. Le président Toulali ne passera pas beaucoup de temps assis aujourd’hui. L’amiral Samir Qorban était là, passif, illustrant avec brio l’impuissance de la marine, ou devrions nous dire la garde côtière du Bajusid face à la présence dans les eaux internationales du groupe paramilitaire. Le ministre de la défense, Farouk Mehadji, était là, col desserré, contrastant avec la posture martiale des deux autres invités. Le directeur du renseignement Nadir El-Khadem n’avait pas été épargné du rendez vous, s’installant dans un angle, observant autant les visages des personnes présentes que les documents qui circulaient entre les mains de tous.

Trois appareils abattus, un pilote mort et possiblement deux capturés. Dans ces circonstances, communiquer aux familles un accident aérien lors d’exercices faisait office de voeux pieux. Bien entendu, les pertes et les captures par l’ennemi restaient affaires de probabilité mais l’incertitude bloque le récit escompté par le gouvernement Toulali. Néanmoins, si l’on considère la fin d’émission des balises de détresse avec l’accointance du survol d’hélicoptères hostiles sur zone de crash, le doute se transforme rapidement en déni.

(Directeur du renseignement) Nadir El-Khadem : La possibilité même que le Jaguar Paltoterran ait mis la main sur des débris d’épaves ou pire des pilotes ou cadavres de pilotes, est un problème insoluble. Ils les ont, morts ou vifs. Ils les ont.

Le silence qui suivait les paroles du directeur du renseignement fut tel qu’il permit d’ouïr le déplacement d’un chariot dans le couloir principal. Le président lui, garda le silence pour le consacrer à la lecture du nom de chacun des pilotes concernés.

(Président) Joubair Toulali : Lieutenant Anas Tazi, décédé. Capitaine Yassine El Mansouri, disparu. Lieutenant Mehdi Benhaddou, disparu.

A son regard, on devinait aisément combien il aurait aimé injurier chacun d’eux, tenu moins par politesse que par l’incapacité à sacrifier quelques rares et derniers soutiens. Le ministre de la défense Farouk Mehadji porterait volontiers la responsabilité du manque de moyens affiché par l’armée nationale, mais il disposait encore de réseaux parmi les officiers. Quant à l’amiral Samir Qorban, son limogeage aurait tôt fait de déclencher une guerre de succession, dans un contexte où les rivalités et ambitions personnelles sont à proscrire face à une menace existentielle de la ptrempe du Jaguar Paltoterran. Quant au directeur du renseignement, Nadir El-Khadem, il était facile de convenir qu’il savait trop de choses pour se voir limogé et renvoyé à la vie civile dans un contexte de guerre civile latente. S’il voulait se faire des ennemis, Joubair Toulali n’en manquait pas, nul besoin de se forcer à une pareille manoeuvre.

Le porte-avion était indemne, les appareils ennemis aussi, il y avait possiblement cette frégate frappée d’un missile mais il eut été gênant d’afficher un radar au registre des tableaux de chasse de l‘armée de l’air du Bajusid après qu’elle ait perdu trois aéronefs et autant de pilotes. Mais pour le ministre de la défense, ce raisonnement était déjà l’affichage d’un pessimisme.

(Ministre de la défense) Farouk Mehadji : Nous leur avons fait mal. Leur bâtiment ne s’est pas retiré du combat innocemment. La première salve a tenu son rôle et percé leurs défenses. La mission, telle qu’on l’a conçu, n’est pas un échec total.

Joubair Toulali : Ah mais voilà une belle parole. Voilà un discours bien pensé. Peut-être même que je devrais en prendre note pour le recracher aux familles de ces pilotes? Est-ce que c’est ce que vous me conseilleriez de dire aux familles Farouk? Qu’elles ont perdu, époux, fils et pères lors d’un incomplet succès? Abruti !

(Amiral) Samir Qorban : Nous devons repositionner la garde côtière sous un régime d’alerte maximal et disperser nos unités les plus vulnérables si une riposte de ce groupe aéronaval devait intervenir…

Joubair Toulali : Disperser quoi? Une quinzaine de vedettes pour les voir détruites isolément?

Samir Qorban : En concentrant nos forces navales le long de la côte, nous prenons le risque de les afficher en une cible de choix.

Joubair Toulali : Les disperser en ferait quinze, en plus d’étaler un semblant de vulnérabilité aux yeux de notre population. On obligerait donc, au pire cas, à user plus de missiles que l’on a de navires. La belle affaire… Je suis rassuré sur la survie de notre marine. On sent tout de suite que l’on poursuit un autre destin que celui de l’armée de l’air…

Devant tant de sarcasmes, l’amiral se raidit sans toutefois répondre.

(Colonel) Imran Daouri : Les familles de nos pilotes doivent être informées, à minima celle du lieutenant Tazi. Pour les autres on peut construire notre communication mais on ne les gardera pas indéfiniment sans nouvelle.

Joubair Toulali : On maintient le silence autour des pilotes. Aucune communication avant de savoir ce que ces mercenaires comptent faire de nos pilotes.

Imran Daouri : Mais Monsieur le Président, sauf votre respect, les familles savent que nos pilotes étaient de service ce jour, les autres pilotes sont rentrés de surcroît. J’ai trois hangars vides, la pression risque d’être très vite soutenue par les familles. Les mécaniciens et opérateurs au sol risquent de parler.

Nadir El-Khadem : Nous pourrons effectivement contenir la rumeur quelques heures. Possiblement une journée. Difficilement davantage. Les téléphones de nos personnels doivent être saisis, les communications sortant des bases laissées à notre bon soin… On peut aussi convoquer les familles proches pour des raisons d’ordre administratif. On l’a dit mais je me répète si besoin, la thèse de l‘exercice aérien ayant mal tourné ne tiendra jamais. Nous avons trois appareils disparus derrière nos côtes, une dizaine de missiles antinavires manquants sur les registres, neuf avions armés décollés ce jour-là, une signature opérationnelle de ce genre ne passe pas inaperçue et ne s’inscrit pas sous le régime de l’exercice. Ces deux pilotes, possiblement capturés le savent. Nous n’avons pas la maîtrise du récit.

Joubair Toulali : Evoquer une patrouille aérienne en mission de souveraineté, attaquée par une force étrangère ne doit plus faire tabou.

Nadir El-Khadem : Les chancelleries étrangères n’y croiront pas, si l’on traite d’une patrouille armée de missiles antinavires, opérant à plusieurs centaines kilomètres de nos côtes.

Joubair Toulali : Je ne gouverne pas les chancelleries étrangères… Mon choix est fait.

Un mouvement de tête à peine perceptible marqua l’accord des principaux concernés. La voie était tracée.
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Ecusson de la Brigade Paramilitaire du Jaguar Paltoterran.

20 décembre 2019 - Capture de deux pilotes du Bajusid, engagement de la flotte paramilitaire Bravo au départ du Pontarbello

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La capture des deux pilotes bajusid est un élément de communication profitable au Prince Mutarrif ibn Saadin et au Jaguar Paltoterran, pour constituer un narratif favorable à une action armée et rapide dans la capitale.

Dans les eaux internationales leucytaléennes, le capitaine Yassine El Mansouri et le lieutenant Mehdi Benhaddou occupaient eux des sas de rétention du Furioso. Des blessures légères liées au choc de l’éjection obligent au passage régulier d’un infirmier paramilitaire, chargé de surveiller leurs constantes. Sur le pont, en dépit de l’extinction de la menace, l’activité restait intense, multipliant les patrouilles aériennes en binôme des quatre aéronefs à disposition. Dans la tour de contrôle, les agitations étaient plus importantes encore, considérant la nécessité de dresser les rapports exhaustifs de ce qu’il venait de se jouer là. L’Etat-major paramilitaire basé à Santialche fut avisé et de premières communications arrivèrent en retour. Cette attaque essuyée était soldée d’une victoire acquise au Jaguar Paltoterran mais surtout l’ébauche d’une déclaration de guerre face à laquelle le Jaguar Paltoterran était contraint d’initier la seconde phase.

Deux pilotes du Bajusid campaient dans les cellules d’un porte-aéronefs en eaux internationales, la preuve en est si elle était nécessaire, que la présidence Toulali n’avait pas manqué de volonté d’assassiner le président élu Mutarrif ibn Saadin. La mise en contact du Prince et des pilotes avait suscité un malaise chez chacun, découvrant les réels cibles des uns et couteaux chargés de l’éliminer. En dépit de leur surprise à découvrir le président en fuite ici, les deux soldats cultivaient leur défiance naturelle à l’égard de ceux qui s'affichent sans pudeur comme leurs geôliers. Le Prince avait été autorisé à rencontrer les prisonniers, une manoeuvre simple et sans risque destinée à évaluer le niveau de duplicité des forces armées du Bajusid dans cette offensive aérienne contrel e groupe aéronaval. Le Prince dissimulait avec peine sa colère, ce gâchis humain n’était pas le sien mais celui du fait des autorités du Bajusid qui avait commandité l’attaque. Bien entendu, les pilotes lui rétorquèrent qu’il occupait une place sur un porte-avions étranger ayant concurru à abattre trois chasseurs du Bajusid, ce à quoi le Prince Mutarrif ibn Saadin rappela que ces aéronefs étaient inscrits dans une formation offensive. Les responsabilités se partagent de bouche en bouche mais au fond, le jeu de dupe subi par les pilotes prend la lumière. Le nom du pilote décédé circula à son tour, lieutenant Anas Tazi.

Si le gouvernement Toulali admettait qu’ils étaient là, sur le pont de ce navire, il admettait de facto avoir perpétré l’attaque. Et pour expliquer pourquoi il a souhaité attaquer ce navire dans des eaux internationales, il doit nécessairement prononcer le nom du Prince. Du côté du Prince la lecture possible donnée à la situation n’est pas jouasse elle non plus. Si ces pilotes restent sur le porte-avions, ils constituent des otages, s’ils meurent chacun écrira l’histoire qu’il souhaite à leur sujet. Mais s’ils rentrent au Bajusid, sans contrepartie préalable attendue par le Jaguar Paltoterran, n’est-ce pas là le réel bénéfice pour véhiculer un narratif profitable au Prince? La réflexion restait entière et les options ouvertes.

Dans le centre opérationnel à l’étage, l’état-major du groupe aéronaval s’était rassemblé, commandé par l’amiral Ilias Nogaro. Une évaluation complète des dégâts subis par la flotte paramilitaire fut partagée aux officiers supérieurs de la flotte. La formation aéronavale apparaissait sur un écran bleuté, le Furioso bien distinct en son centre avec tout de suite sur son flanc la corvette “La Caravela” puis plus éloigné la frégate”12 de Julho de 2007” striée de quelques marqueurs rouges chargés de matérialiser ses anomalies. L'amiral Nogaro supervisait l'échange, flanqué du Capitaine Lucéran Ávilas, le chef d'escadrille aéronavale pour le Furioso. Le Prince avait été invité, non pas pour occuper une fonction militaire mais bien parce qu'aucune décision portée contre le Bajusid ne pouvait raisonnablement occulter sa présence à bord.

(Amiral) Ilias Nogaro : La frégate “12 de Julho” a subi des avaries graves qui la rendent hors de combat. Aucun compartiment vital ou susceptible d'entamer l'intégrité du navire a été touché, seulement la structure radar supérieure a essuyé des dégâts importants des suites d'un frappe adverse non interceptée. Nos équipes en soutien sur place ont indiqué qu'une réparation complète ne pourrait se faire en mer mais ils ont l'espoir d'apporter des réparations immédiates et temporaires substantielles. Par mesure de sécurité pour l'ensemble de la flotte, la frégate “12 de Julho” est désengagée de sa mission de veille principale. La frégate “Grande Aleúcia” occupe la mission en lieu et place avec “La Caravela”. La frégate a dénombré sept blessés légers et aucune perte. C'est un miracle, pour ceux qui doutait de savoir Dieu du bon côté de la Leucytalée, vous avez votre réponse. Mais si l'absence de pertes nous réjouit, force est de constater que l'attaque subie reste une démonstration d'un enhardissement dangereux et porté par nos ennemis. Cette initiative pernicieuse doit appeler une réponse forte et un prix attendu de nos ennemis. Nous ne sommes pas un État et croulons sous les particularismes. Aucune frontières reconnues dont la violation saurait drainer des soutiens, aucun système d'alliances à activer. Toute notre dissuasion repose sur notre capacité à ne pas laisser impuni ce genre d'acte. Mais que son altesse se rassure, nous ferons des conséquences de cette attaque un exemple pleinement inscrit dans la mission qui nous est dévolue ici. Nous avons donné le change à un engagement aérien, mais cela ne signifie en rien que nous laisserons sans réponse cette attaque globale planifiée contre notre flotte.

A la fin de ces mots apparut une nouvelle carte, le Prince en reconnut immédiatement le territoire bajusid. Différents sites étaient mis en évidence, à l’instar de la base aérienne Saqra-Nord depuis laquelle étaient parties les escadrilles incriminées dans l’attaque, des stations radars côtières de petites et moyennes envergure, des dépôts de carburant autour desquels s’articulait la logistique, quelques positions défensives côtières étaient en ligne de mire également.

Ilias Nogaro : Frapper la base aérienne ayant fait partir la majorité des appareils ennemis est possiblement le choix le plus naturel et le plus légitime que nous ayons à faire. Mais la neutralisation d’éléments de surveillance dans la région côtière, ou encore logistique dans l’arrière pays peut favoriser des opérations décisives en faveur d’une transition politique durable.

Prince Mutarrif ibn Saadin : On prend le parti de tuer de nouvelles personnes et d’enclencher une nouvelle vendetta cette fois portée par le Bajusid…

Ilias Nogaro : Les frappes sur la base aérienne et les infrastructures militaires peuvent être réalisées de nuit. Bien sûr qu’il existe un risque humain mais c’est un risque égal à celui des marins de la frégate “12 de Julho”.

Prince Mutarrif ibn Saadin : Mais il y a quelques jours à peine on échangeait sur le fait qu’apporter une solution militaire au Bajusid viendrait donner du crédit à la propagande gouvernementale de Toulali, de nous constituer en menace étrangère…

Ilias Nogaro : La situation a changé et les cartes en notre main aussi. Les éléments de la flotte Bravo vont nous rejoindre pour une opération amphibie. Parce qu’avec tout le respect que je vous dois, notre groupe aéronaval n’est pas un punching ball. Toulali a tenté de vous tuer, ce sont nos onze mille tonnes qui l’en ont empêché. Si vous ne respectez pas ça, il y a peu de chances qu’il le respecte aussi et recommence sous une forme qui entraînera des victimes parmi nos hommes… Cela, je ne peux l’admettre.

Prince Mutarrif ibn Saadin : Ces pilotes enfermés dans les sas à l’étage inférieur, ils doivent retrouver leurs familles sans négociations préalables avec le gouvernement Toulali. Leur existence est la preuve de l'infamie de Toulali. Avec eux et la diffusion d'éléments matériels, le gouvernement Toulali n'aura plus le choix du narratif. Rendre l'attaque publique au plus tôt avec nos cartes actuelles, prendra de court les autorités du pays. Si Toulali n'en tient pas compte, les soldats entre lui et nous, peut-être. C’est un angle d’attaque valable.

En coulisse, le Jaguar Paltoterran préparait la suite des opérations. Et un message arriva sur un canal diplomatique de la présidence du Bajusid. Un message véhiculait depuis plusieurs relais et sous plusieurs formes, pour arriver sous celle d’une note commerciale semblant traiter du cas d’un différend maritime. Un des fonctionnaires attachés au bureau des affaires étrangères l'avait d’ailleurs ouvert en pensant la recevoir d’un armateur. Sa surprise avait semblé être mémorable à l’ouverture du courrier. Une photographie de Yassine El Mansouri, assis dos à une paroi grise métallisée. Son bras était tenu en écharpe, laissant à la fois présager que la photographie était faite post-combat t qu’il avait bénéficié de soins adéquats de la part de geôliers. A peine plus à côté, Mehdi Benhaddou installé sur sa couchette, fixant stoïquement l’objectif de l’appareil photo. Son poignet était bandé, donnant de l’écho à la vision des premiers soins dont avait bénéficié le capitaine Yassine El Mansouri. Les officiers pilotes étaient en vie, pire captifs. Le lieutenant Mehdi Benhaddou tenait une feuille face à la caméra, qui indiquait la date, l’heure et une suite de caractères dictés quelques minutes plus tôt par les fréquences radios de la base aérienne de Saqra-Nord, captées par le Jaguar Paltoterran. Pas de doute, l’image et l’heure étaient authentifiées…

“Ce sont eux, ce sont nos gars” commenterait sans plus d’ambage le directeur du renseignement Nadir El-Khadem. Une phrase qu’il redira en présence du président Toulali, lui notifiant personnellement la réception de ce message codé. Le ministre de la défense Farouk Mehadji et l’amiral de la marine bajuside Samir Qorban, étaient eux aussi de cette sortie nocturne. Le colonel Imran Daouri les rejoindra plus tard.

Joubair Toulali : On a un genou à terre et ils le savent.

Nadir El-Khadem : Ils préparent une réponse.

Farouk Mehadji : Une riposte armée?

Nadir El-Khadem : Sauf votre respect monsieur le Ministre. Ils ont déjà riposté, aux dépens de trois de nos pilotes. Je pense qu’ils vont accélérer les étapes de leur projet de transition politique au Bajusid.

Joubair Toulali : Mais encore?

Nadir El-Khadem : Ils construisent leur narratif avec ces pilotes. Nous sommes les agresseurs, eux ils leur ont fait quartier. Ils font la part des choses entre les donneurs d’ordre et ceux qui les exécutent. Dès qu’ils auront formulé leur casus belli, des petits hommes noirs vont venir… Il faut les mettre en cause les premiers. Quelles sont nos capacités défensives? Colonel?

Imran Daouri : C’est une question sérieuse Nadir?

Joubair Toulali : Répondez lui bon sang !

Imran Daouri : Nos capacités défensives sont les mêmes que celles que vous connaissiez avant l’opération dont nous feignons encore qu’elle n’a jamais eu lieu.

Nadir El-Khadem : La première des batailles se joue autour de ces pilotes. Nous devrons finalement publiquement annoncer leurs captures, et solliciter une libération immédiate et mobiliser nos réseaux diplomatiques. Cela devrait geler l’engrenage militaire qui leur est favorable. Nos pilotes sont des prisonniers sous contraintes, les fragments de missiles et appareils qu’ils peuvent annoncer peuvent avoir été obtenus et déplacés en eaux internationales. Nous nierons le tout d’un bloc sans jamais nous écarter de cette ligne… C’était une mission de surveillance interceptée par une force hostile.

Imran Daouri : Arrêtez de parler de nos pilotes comme s’ils étaient le problème. Ils ont décollé sur notre ordre. Le lieutenant Tazi en est mort. Les officiers El Mansouri et Benhaddou sont aux mains de l’ennemi suite à cela.
Nadir El-Khadem : Faites attention colonel…

Imran Daouri : A quoi donc? Ma carrière? Mon poste? Il existe un monde où ce gouvernement est renversé vous savez…

Joubair Toulali ne s’en doutait pas encore mais il venait probablement de perdre le soutien de l’armée de l’air sur cet échange. En l’absence de réaction du Président face à une telle insolence, le directeur du renseignement poursuivit.

Nadir El-Khadem : Il nous faut replacer le Prince Mutarrif au centre du jeu. Il est la clé qui justifie une présence du Jaguar Paltoterran sur notre territoire. On doit repenser la responsabilité du Prince dans notre récit. Il a amené dans son sillage une force militaire étrangère, ayant capturé plusieurs de nos pilotes. Il est la menace, le passe-partout qui ouvrira les portes de ce palais sans réponse ferme de notre part.

Joubair Toulali : La vidéo peut-elle apparaître falsifiée?

Nadir El-Khadem secoua négativement la tête.

Nadir El-Khadem : Pour les sachants, une falsification est peu crédible ici. Pas avec des éléments de communication codés de nos forces armées aériennes à Saqra-Nord.

Joubair Toulali : On place Saqra-Nord en pause opérationnelle. Les appareils sur place seront dispersés au sein de nos infrastructures civiles et militaires. Déplacer aussi les munitions, je ne veux pas nous offrir un feu d’artifice avant l’heure. Simple précaution. Vous y adhérez colonel?

Le colonel Imran Daouri hocha ostensiblement la tête, marquant son approbation sincère.

Imran Daouri : Et les familles de nos pilotes?

Joubair Toulali : Qu’on les informe sans tarder que leurs proches ont vu leurs appareils abattus et qu’ils sont actuellement portés disparus. Nous savons néanmoins qu’une vidéo les montre vivants.

Le texte du Prince Mutarrif ibn Saadin ne tarda pas à atterrir sur les ondes du pays. Pour amorcer celui-ci nulle allocution à l’égard de Joubair Toulali, pas de titre qui aurait finalement revenu à reconnaître une légitimité contestée par le Prince lui-même. Pas de prénom non plus, craignant qu’une telle mention revête une dimension personnelle à l’analyse de cette rivalité politique et désormais militaire. “Deux officiers bajusids sont actuellement laissés aux soins à bord d’un bâtiment de guerre en eaux internationales après l'exécution d’une opération aérienne visant à m'éliminer…” A cette accroche le Prince Mutarrif ibn Saadin veilla bien à ne pas citer d’éléments pouvant être perçus comme une menace. “Le sang des jeunes hommes et femmes de nos forces armées, que vous avez daigné faire couler pour taire l’expression de notre démocratie, elle même chèrement acquise dans le sang, est une ombre qui poursuivra le dictateur Toulali jusqu’à temps qu’il sorte de son palais à Tarrin pour affronter les lumières de la vérité et l’expression des votes…”

Avec ce message la peur entendait s'installer peu à peu dans l’esprit du président Toulali et de ses derniers soutiens, tout en laissant la porte vers un changement de régime, entrouverte devant les populations qui le liront. En réalité, le Prince Mutarrif ibn Saadin espérait avec celui-ci abréger la résistance et les logiques jusqu’au boutistes des soutiens de Joubair Toulali, avant qu’un affrontement armé et majeur n’intervienne sous une seconde phase. Car au large de la péninsule sud-aleucienne formant l’actuel Pontarbello, un monstre d’acier de plus de onze milles tonnes s’apprête à battre les flots, d’un chargement de plusieurs centaines d’hommes et femmes formés au combat, prêts à opérer sous la dynamique d’une force de réaction rapide en territoire afaréen…
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Ecusson de la Brigade Paramilitaire du Jaguar Paltoterran.

25 janvier 2020 - Les groupes aéronavals ALFA et BRAVO entament leur jonction dans les eaux internationales leucytaléennes.


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C’est une force navale hors norme qui a mouillé aux abords des eaux souveraines bajusides, avec la présence d’un bâtiment amphibie du Jaguar Paltoterran.

A ce stade, aucune nouvelle action, pour ne pas dire aucune escalade militaire, n’a été entreprise dans la région d’Afarée nord-occidentale. Toutefois la concentration actuelle des forces paramilitaires ouvre le champs du possible à un basculement de la situation politique bajuside, jusqu’ici très défavorable au Prince par la présence d’un bataillon d’infanterie mécanisée au sein même de la capitale, Tarrin. Privé des bâtiments institutionnels, menacé de mort sur le territoire du Bajusid, le Prince Mutarrif ibn Saadin s’est peu à peu vu contraint à accepter un règlement brutal de la crise électorale de janvier 2019.

L’agression militaire perpétrée contre le groupe aéronaval ALFA donne lui aussi des billes, en incitant le Jaguar Paltoterran à mobiliser les moyens d’une telle ambition. Le maintien au pouvoir de Joubair Toulali est alors un fait que le Prince et le Jaguar Paltoterran conviennent d’écourter, aux regards des fuites en avant débutées. La menace d’une opération terrestre sur le sol bajusid est rendue matériellement crédible, politiquement légitimée. Et à chaque levée du jour, les hauts fonctionnaires du gouvernement Toulali ont matière à s’interroger sur la possibilité qu’ils ont ou non de le voir se coucher.

A la station côtière d’Al-Kasim, les premiers échos radars enregistrés bien au-delà des eaux souveraines, avaient jeté un froid dans l’esprit des opérateurs. Des contacts radars radars, pas nécessairement nombreux mais dont la signature présagée de gros bâtiments, en formation d’escadre. “Voir défiler dix échos radars pour dix frégates à la suite est une chose. Les voir défiler en formation en est une autre, car c’est le présage d’une dimension stratégique voulue à ces unités. Il y a un navire amiral parmi eux et selon toutes vraisemblances, après le Furioso, cela ne pouvait être que le Pomerico…” Voilà la teneur de l’échange donné entre l’amiral Samir Qorban et Joubair Toulali, lorsqu’il fallait rapporter en temps réel et au travers d’un conseil de défense restreint, l’évolution des présences et manoeuvres militaires régionales suite aux premiers engagements. On savait la flotte paramilitaire engrossée de plusieurs bâtiments notables même si l’intermittence donnée à leur détection aurait pu faire douter les plus novices de leur présence.

A l’affichage, une poignée de points verdâtres, parfois clignotants mais dont la présence en mer était assurée. Leur vitesse ne souffrait pas de grandes différences avec un convoi marchand, mais l’espacement trop régulier de leur formation ne laissait aucun doute pour être confondu, y compris dans cette zone de grands passages maritimes. Des navires avançant groupés, se détachant peu à peu des couloirs commerciaux principaux, dont la présence allait maintenant se maintenir au sein de la “bulle de sécurité” maritime entamée par le groupe ALFA. Les positions et trajectoires furent confirmées plusieurs fois, validant une théorie que le commandement de l’armée bajuside connaissait déjà bien. On rapporta à Joubair Toulali au moins six nouveaux bâtiments de guerre, possiblement plus si certains navires avaient entrepris de naviguer directement dans le sillage d’un autre.

Un contact radar se faisait plus massif que d’autres, dominant ostensiblement la formation, les officiers du commandement bajusid pariaient déjà sur la présence du Pomerico. D’autres évoluent autour, en formation d’escorte. La jonction avec le groupe aéronaval ALFA fut bientôt confirmée, en même temps que leur cap. Les éléments furent transmis dans la capitale et aux institutions habilitées avec une priorité absolue. Et à mesure du suivi de situation organisé par une classe dirigeante inquiète, on comprenait peu à peu avec finesse la menace qui se déroulait.

Le transporteur de chalands, placé en navire-amiral du groupe naval BRAVO, était immanquablement le “Pomerico”. Le destroyer “El Virulento”, était placé en avant garde de la flotte pour faire dérouler un déluge de feu né d’un canon de calibre 114 mm, de lance-missiles et sous une approche plus défensive, de plusieurs systèmes d’armes rapprochés tournés vers la défense anti-missile antinavire (hrp : assimilable Phalanx CIWS). Deux corvettes modernisées sous la classe Vector, étaient également décelables comme étant les bâtiments de guerre le “Luz de Occidente” et le “Flecha Gris”. Elles constituaient de façon complémentaire au destroyer, un excellent dispositif antiaérien et antimissile placées à la proue et à l’avant du Pomerico. Plus modestement, deux autres bâtiments légers flanquaient la formation navale, manifestement des patrouilleurs de la classe Vigilante, répertoriés sous les dénominations “Honor” et “Los Valientes”.

Une flotte de consistance honorable, jointe à une autre, imposant de ce fait une menace gargantuesque au fragile régime toulaliste d’Afarée nord-occidentale.

Du côté du groupe naval BRAVO justement, on progressait à allure faible, aligné sur la vitesse du bâtiment le plus lent, présentement le transporteur de chalands. Il naviguait bien au centre de la formation, arborant un profil massif qui tranchait indubitablement avec chacun des navires d’escorte, destroyer compris. Sa coque haute et le pont chargé de conteneurs bruns et kakis, faisaient l’effet d’une mule à taille de géant, façonnant un navire impressionnant à sa manière, non pas dans sa conception faite pour l’affrontement naval mais bien pour déplacer des mini-villes en son coeur. Le Pomerico était la pierre angulaire à la poursuite des opérations car après l’attaque aérienne essuyée par le groupe naval ALFA, le Jaguar Paltoterran n’entendait plus assurer la seule protection d’une figure politique locale telle que le Prince Mutarrif ibn Saadin, mais bien d’accompagner la transition politique. La présence de ce second navire-amiral, placé sous l’autorité de l’Amiral Ilias Nogaro en sa qualité de commandant de flotte, était un communiqué en soi adressé au régime toulaliste à Tarrin.

Des communications directes furent généralisées entre le Pomerico et le Furioso, élevant sans cesse un peu plus le moral des marins du premier groupe naval déployé. La frégate “12 de Julho de 2007”, dont une partie de ses installations radars avait été brutalisée par la frappe d’un missile antinavire bajusid, s’était repositionnée au sein de la bulle de protection, redéfinie par la fusion des groupes aéronavals ALFA et BRAVO. Ordonné par le commandement central de la flotte unifiée, elle restait un bâtiment de guerre, mais sur des missions défensives, sans s’inscrire parmi les éléments de la veille radar principale.

L’escadrille du détachement Hipogrifo poursuivait des patrouilles aériennes avec régularité, La moitié de ses quatre appareils assurant la patrouille ou étaient maintenus en statut d’alerte, pendant que l’autre moitié faisait l’objet de vérifications, de ravitaillement, de repos donné aux équipages, bref d’un reconditionnement opérationnel.

La force de réaction rapide abritée au sein du Pomerico comprenait un échantillonnage de plusieurs véhicules emblématiques des armées alguarenas des années 2000 à 2010. Positionnée sur la reconnaissance et l’appui-feu, une douzaine de VDBL-2 était retenue parmi les éléments (véhicules blindés légers : deux exemplaires de niveau 2, deux exemplaires de niveau 4 et huit exemplaires de niveau 6). Plus rapides encore et tournés vers la reconnaissance, une quinzaine de véhicules EM-4 complétait le dispositif, présentant des unités très mobiles et lourdement armés avec des armements antichar embarqués (véhicules légers tout-terrain : 14 exemplaires de niveau 9). En ce qui concerne le gros de la colonne, constituant les unités de choc de la formation, il était permis de dénombrer près de vingt-quatre TAL VTCP, partagés entre des missions de transport blindé de troupes et appui-feu aux unités d’infanterie (transports de troupes blindés : 16 exemplaires de niveau 3 / véhicules de combat d’infanterie : 8 exemplaires de niveau 2). Ces convoyeurs blindés servaient à approcher l’infanterie au plus près des combats, non sans bénéficier encore de l’appui de quelques éléments de cavalerie légère, matérialisés par quatre chars à roues VRBL Bandito (chars légers : 2 exemplaires de niveau 1, 2 exemplaires de niveau 3). Plusieurs VATT étaient joint au dispositif, assurant des relais au commandement opérationnel une fois les premiers combats engagés, une fois la flotte et le contingent terrestre subdivisés (véhicules blindés légers : 4 exemplaires de niveau 4).

Sur le plan humain, un peu plus de huit cent cinquante soldats embarqués répondaient à l’appel, inégalement répartis entre les formations dites de commandement tactique, les trois compagnies d’assaut, la compagnie d’appui mécanisé et un échantillon de groupement logistique ainsi que fonctions supports, unités du génie et unités médicalisées en tête (864 soldats professionnels, autant d’armes légères d’infanterie de niveau 11, 96 LS-5 (lance-roquettes : 96 exemplaires de niveau 8) et 60 HG-10 (mitrailleuses lourdes : 60 exemplaires de niveau 7).
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