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SOCIÉTÉ - ZHENZHOU, LES FUJIWAN ENFONCENT LA PORTE D'ENTRÉE DU GRAND LING.
Par HAN Cheung - 09 janvier 2018


Là où se porte le regard, sur douze mille kilomètres carrés, elle s'étend et vit comme un organisme dont les Hommes ne seraient que les cellules formant un tout cohérent, du moins en apparence. Tout converge vers sa capitale provinciale qui, par pêcher d'orgueil, lui donna son nom. Zhenzhou, mégalopole de vingt-sept millions d'habitants, représente le moteur économique du Grand Ling et la vitrine de sa modernité triomphante. La capitale a la singularité d'avaler toute la région dans sa lumière qui brille de plus en plus à mesure que les tours s'élèvent, que la flore s'ordonne et que l'on se rapproche de son centre. Autour de la capitale, les anciennes communes se sont transformées en quartiers tandis que celles limitrophes luttent pour que leur identité survive. Ensemble, elles forment une galaxie de satellites dépendants, reliés par des trains bondés et des autoroutes saturées, prisonniers d'une faim insatiable ; d'une expansion sans fin.
Véritable montre de verre et d'acier, Zhenzhou déploie sa magnificence sur six mille trois cent quarante kilomètres carré. La ville est couverte d'une forêt dorée comptant plus de deux mille gratte-ciels dont le plus imposant trône en maître au cœur du centre d'affaires, le quartier Jinlin. La Jinzhu Tower s'érige en toit de la ville du haut de ses sept cent douze mètres. Dans son sol se cache près de 1'200 km de voie de métropolitain, ponctué de 528 stations et partageant vingt lignes et transportant chaque jour quelque dix millions d'usagers qui, entre deux correspondances, vont flâner dans les trente-cinq kilomètres de galeries marchandes souterraines du réseau piétonnier souterrain Xiacheng, connues des occidentaux sous le nom SubZhen. Ses six boulevards périphériques, saturé aux heures de pointe, encercle la ville sur cent quatre-vingt-dix-huit kilomètres et relie intelligemment ses grands districts, alors que ses trains de banlieue n'ont jamais aussi bien porté leur nom. Ils desservent une myriade de villes, nombre d'entre elles dortoirs, jusqu'aux limites de la province.
La nuit, le halo de lumière de Zhenzhou se perçoit jusque dans la campagne de Shucheng. C'est un monde autonome et particulier, où le ciel n'est jamais tout à fait noir et où la modernité semble vouloir tout prendre.

Mais Zhenzhou est également une ville qui continue de défier le temps et cherche par tous les moyens à ne pas oublier en se laissant tenter par l'unique verticalité flamboyante. Fondée par les Nara voilà presque deux mille ans, elle fut longtemps le centre de leur pouvoir avant d'être rattachée au Grand Ling. Disséminée aux quatre coins de la mégapole, plus ou moins cachés, elle conserve des traces de l'Histoire et de toutes les histoires qu'elle a vécues ; autant de vestiges obstinés d'époques révolues. Zhenzhou comme tant d'autres métropoles lingoises, est souvent dépeinte par les occidentaux comme une ville « entre modernité et tradition », au grand damne des locaux qui haïssent cette expression. Mais elle porte aussi le surnom de Porte d'entrée du Grand Ling, de Ville sans repos ou de Ville Jardin.
Car des jardins, Zhenzhou en possède une quantité astronomique. Elle a fait de la nature un outil d'image, de marque et même de respiration. Son plus grand parc urbain, Jingcong — deux cents hectares de serres, de passerelles suspendues et de jardins tropicaux — en est l’emblème. Le Wu Hotel, dressé sur trois piliers d’acier face à Haiwan Bay, et la cascade intérieure du jardin botanique symbolisent cette obsession de la ville à mêler végétal et verticalité. L’Aéroport International de Zhenzhou, rénové en 2014 à cet effet, poursuit cette logique : bassins filtrants, toitures végétalisées, hall totalement végétalisé [NDLR : La Canopée est un hall reliant le Terminal 1 au Terminal 2], recyclage des eaux grises et raccordement électrique systématique des avions au sol.

Cette prospérité insolente est jalousée partout dans le monde, encore plus maintenant qu'elle a été désignée capitale de l'Organisation du Patrimoine Mondial pour remplacer MutteVil. Depuis le XIXe siècle, Zhenzhou a toujours accueilli toutes les cultures en son sein au point de devenir la ville la plus cosmopolite du Grand Ling et l'une des plus cosmopolites du monde. Ce cosmopolitisme est pourtant ce qui pourrait la tuer aujourd'hui.
Depuis l'effondrement de l'État du Fujiwa en octobre 2017, Zhenzhou a attiré des foules qu'elle n'était pas disposée à accueillir : deux millions d'exilés Fujiwan ont rejoint la Province, dont la moitié au moins dans la ville-même. Beaucoup ont choisi la ville pour la proximité culturelle : les Nara n'étant que des cousins issus du peuplement Wano [NDLR : nom donné à l'ethnie fujiwane par les universitaires lingois] du Lanhu. Ce lien linguistique et spirituel fait de Zhenzhou une terre sainte autant qu'une discorde.
Les nouveaux arrivants, éduqués et cultivés, mais terriblement dépossédés, se heurtent à la difficile réalité de la vie zhenzhanese. Celle où le marché du travail est saturé, mais que l'immobilier est le plus cher du pays. Les loyers ont bondi 26 % dans certains quartiers du fait de la demande illimité, mais de l'offre limitée. Sous les ponts des périphériques, de nouvelles villes, faites de cartons et d'agglomérés, se forment. Elles prennent les noms des quartiers frontaliers d'où elles se trouvent et parmi elles, la plus grande, la Jungle de Longmen. Elle accueille 5'000 exilés Fujiwan dans des conditions insalubres et bruyantes. Et à Longmen, justement, au nord-est de la baie de Haiwan, il y a plus de deux langues officielles dans cette informelle république. On y parle lingois, nara, kentois, teylois, fortunéen, jashurien ou alguareno. Depuis peu, un nouveau peuple est arrivé et y a ajouté sa langue dans cette cacophonie linguistique, le fujiwan. Ce peuple improvise des commerces qui proposent de la nourriture d'endroits oubliés qu'on appelait un jour Moon, Hoenn ou Wano. Des journaux circulent en catimini, imprimés sur des presses portatives, ou téléchargés en ligne. On y lit un style d'information ou de divertissement qui vient du sud du Nazum, de l'autre côté du Jashuria. Une partie des exilés rêve d'un « second Fujiwa » à Zhenzhou, d'un foyer symbolique ou faire survivre une culture en voie d'extinction, mais les locaux, eux, ne comptent pas se laisser mourir.
Et cette renaissance culturelle inquiète également les autorités locales, déjà accablées par la crise de l'Immobilier, des interminables files d'attentes aux hôpitaux ou des soupes populaires qui doivent doubler leurs effectifs et leurs stocks. Les infrastructures, conçues pour vingt-cinq millions d'Hommes, plie désormais sous la charge du peuple apatride.

famille d'exilés Fujiwan vivant au pieds de tours en construction du quartier de Longmen.
famille d'exilés Fujiwan vivant au pieds de tours en construction du quartier de Longmen.
Source HRPFamille de migrants pauvres dans leur abri de fortune près d'un site de construction dans la province côtière chinoise du Zhejiang, au sud de Shanghai. (Source : SCMP)
— consulté sur asialyst.com.

Les tensions, d'abord discrètes, s'expriment à présent dans la rue. Les Nara se sentent dépossédés de leur foyer par ceux qu'ils appelaient jadis « frères ». Les Fujiwan, eux, voient dans les Nara des « frères peu conciliants » voir une forme de bourgeoisie arrogante qui prétend partager plus que son sang, mais refuse de tendre la main quand le besoin s'en fait sentir. Dans les cafés, les écoles, sur les réseaux sociaux et dans les cercles de réflexions politiques, on parle d'un monde à deux vitesses. Les Nara monopolisent les emplois stables et rechignent à faire des métiers qu'ils considèrent comme de basse besogne ou humiliants tandis que les Fujiwan s'entassent dans les secteurs précaires du bâtiment, du transport et de la restauration sans considération pour leurs réelles capacités ou leurs diplômes qui ne valent alors plus rien de nos jours.
Dans de nombreux quartiers populaires comme Longmen ou Baixian, des affiches placardées de nuit pour venir en aide aux Fujiwan sont déjà taguées par des slogans contre la « colonisation fujiwane » ; ailleurs, les collectifs de riverain réclament une « priorité aux locaux » pour l'accès au logement, à l'emploi ou aux services. Zhenzhou, ville cosmopolite, Ville Jardin, se découvre un visage de pierre fait de profondes fractures.
Dans la presse nationale et internationale, les termes « rivalité ethnique », « communautarisme » ou « Grand Remplacement » sont déconseillés par le Cabinet de Sa Majesté qui, embarrassé, tente de minorer un problème de fond. Un problème déjà soulevé par la Cour Législative. Oui, ou non, faut-il reconnaître les Fujiwan comme neuvième ethnie ?
En tout cas les émeutes de décembre 2017 ont laissé une marque durable : deux semaines d'affrontements entre bandes rivales Nara et Fujiwan, des commerces incendiés et pillés, des stations de métro fermées au point de contraindre le Gouverneur SAITÔ Kazuki à mobiliser la Garde Nationale et instaurer un couvre-feu. Depuis, seul un équilibre de façade demeure, la ville exhibe sa tolérance, mais son peuple enracine sa méfiance.

A mesure que la tentaculaire mégalopole s'étire, un écart se creuse irrésistiblement entre son image de vitrine et la réalité sociale. Les publicités vantent la « Ville Jardin du XXIe siècle », la « Capitale du Patrimoine Mondiale », mais dans la rue, dorment des familles abandonnées. La prospérité n'a pas disparu, elle se cache au-dessus du dixième étage de chaque tour. Zhenzhou, capitale du progrès, forêt d'acier et de verre, à finalement plus à voir avec un troupeau des tours d'ivoire.
Pour la deuxième fois encore, les Fujiwan interrogent mais Neijing ne réponds pas. Cette position ne sera pas tenable éternellement et ZHOU Lee le sait. Bientôt, Oncle Pingtie devra prendre partie et peut-être que son aura comme celle de l'Empereur, suffiront à solutionner ce problème ethnique. Faut-il encore qu'il ait une solution.

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ÉTAT DE L'UNION : LA POLITIQUE DES GRANDS TRAVAUX.
Les yeux dans les étoiles, la tête sur les épaules.


Le Premier Ministre ZHOU Lee relisait patiemment ses notes, ses lunettes vissées au bout de son nez droit, à la seule lumière de sa lampe de bureau. Il remuait doucement les lèvres dans un léger râle, c'était le seul son émanant de la pièce avec celui de la comtoise teylaise qui sonnait toutes les demi-heures. Les restes d'un repas, à peine touché, refroidissait paisiblement sur le côté du bureau tandis que l'Oncle Pingtie accusait le coût d'une dette de sommeil contracté des années auparavant, mais accentuée encore plus cette semaine. Dans deux jours tout juste devait s'ouvrir la session extraordinaire de la Cour Législative où seraient réunis tous les Représentants pour le discours sur l'État de l'Union. La semaine entière y avait été dédiée pour préparer, peaufiner, terminer les travaux à y présenter comme ceux qui feraient de la première année de son second mandat la ligne directrice des quatre années suivantes.
ZHOU traînait derrière lui la défiance d'une opposition qui lui reprochait toujours l'inaction de l'Empire sur la question chandekolzan, le réveil tranquille de l'Empire Ushong des Xin, le silence dur face à la crise icamienne ou encore l'absence de mesure concrète en Ramchourie. Certains des plus radicaux commençaient à siffler sur l'accueil massif des fujiwans et la hausse ethnique du chômage. ZHOU Lee, loin d'être exampt de tout défaut durant sa longue carrière politique, était également réputé pour sa patience, son observation et sa capacité à chercher le compromis. Durant cette semaine de préparation, c'était pareillement ce qu'il écrivit sur ses notes. Un seul mot d'ordre : Le compromis.

Il devait assurément s'acheter le silence Huanqindang tout en faisant en sorte que les alliés du fragile Lianhedang — quarante-sept députés du Yongdidang, vingt-et-un députés du Gonghezhexian, dix députés du Minzhujudang et cinq députés sans-étiquette — demeurent dans le giron unioniste. Les nominations au sein de son Cabinet n'étaient pas suffisantes, d'autant que ZHOU Lee devait porter la voie de la politique des Trois Colosses, tout autant qu'il ne devait pas faillir sur la grande fièvre du moment : l'Espace. La conquête spatiale se jouerait, il le savait, entre le Duché de Sylva, le Royaume de Teyla, la République Fédérale de Tanska et la Grande République de Velsna, autrement dit entre l'OND et le Grand Ling. David contre Goliath, mais avec comme seule fronde pour l'instant, le programme Dragonfly lingois.
Oh, évidemment, il était dit dans certains rapports interministériels qu'Everia autant que Carnavale étaient impliqués dedans. Plus fou encore, on disait qu'ils dominaient à leur façon celle-ci. On prétendait qu'Everia était capable de réaliser treize lancements en vingt-deux jours ou qu'elle disposait de lanceur réutilisable, ce qui, comme chacun le savait déjà, était promptement impossible et l'œuvre d'une propagande solide de la part de l'artificielle intelligence du Gouvernement d'Eleander VII. Il ne fallait, de toute manière, rien attendre de la part d'un pays qui disposait d'un empereur élu à vie dirigeant la nation en étant le président de son conseil présidentiel, épaulé par un organe législatif de 2'800 conseillers et vendu comme étant un « système centralisé permettant une prise de décision rapide et efficace ». La réalité était que tout au plus, Everia disposait de quelques missiles balistiques qu'elle appelait affectueusement fusées comme le Diambée avait appelé fusée, ses morceaux de bric et de broc formant la grande famille des Troposphère.

Parmi les préoccupations du Premier Ministre, les Trois Colosses était l'une des principales. Ce triptyque de réforme devait habiller un projet plus vaste et intersectoriel qu'était celui de hisser l'Empire vers le niveau qu'il aurait dû avoir sans la Grande Dette du Rail, celui de grande puissance régionale voir mondiale. Le Grand Ling espérait toujours parvenir à cette fin, aussi pour booster sa croissance économique tout en appliquant la politique des Trois Colosses et surtout, en faisant passer une hausse du budget de la Great Ling Space Agency comme si de rien n'était, le Cabinet avait réfléchi à une politique de Grands Travaux. Plusieurs idées en étaient sorties parmi lesquelles l'érection d'une ville nouvelle résolument moderne et écologique, La réfection des canaux de Neijing tout en construisant un grand canal reliant les deux bras du Lanhe pour contourner le comté de Fenghuangyuan, un vaste programme de logements populaires pour résoudre la crise du logement, la réhabilitation des terres notamment dans le Wujiang via de grands chantiers d'irrigations et de réservoirs d'eau ou le littorial via des digues renforcées contre l'érosion du front de mer, ou encore l'amélioration de la desserte aérienne par la modernisation et l'harmonisation d'aéroports internationaux et régionaux.
Le Premier Ministre avait ses préférés, son Cabinet et lui avaient considéré que le programme de logements populaires, la réfection des canaux et la réhabilitation des terres étaient les plus adaptées pour les ambitions du Grand Ling. Le Premier Ministre remonta ses lunettes de son nez, se racla la gorge puis prenant ses notes qu'il rangea dans son attaché-caisse, il éteignit la lampe en se levant et quitta la pièce. Il avait fait son choix et il devrait le défendre dans moins de deux jours.


Deux jours plus tard, dans le grand hémicycle de la Cour Législative.

Comme à son habitude, dans ces moments-là, l'atmosphère était lourde. Chargée d'un air qu'on ne savait s'il était complètement vicié ou non et d'une odeur légèrement brûlée de flash d'appareil photo tout autant que de sueur pas toujours froide. Depuis deux heures au moins, plusieurs médias nationaux et internationaux questionnaient les députés et les pairs dans la Salle des Quatre Sceaux et soudain, la cloche sonna deux fois. La séance allait débuter dans moins de vingt minutes. On invita les personnes accréditées à se rendre sur le balcon pour observer la séance depuis les airs, mais les brouhahas et les bousculades de journalistes comme de représentants mit un terme, au moins pour un temps, à cette organisation. Le caméraman teylais de chez OFM-TV tourna vigoureusement la tête de l'Honorable député qu'il interrogeait pour regarder l'entrée principale sans pouvoir retenir un « La vache, c'est Huangong ?! ».
L'Empereur Émérite venait de pénétrer dans l'enceinte de la Cour Législative pour la première fois depuis son abdication et c'était, par ailleurs, sa première apparition en publique depuis plus de deux ans. Il paraissait amaigri, les traits tirés, mais il sourit sincèrement devant le mur d'yeux globuleux le regardant.

« Chers amis, la cloche vient de sonner ses deux coups. Il est temps de rejoindre nos sièges et nos salons. ».

Et, comme ainsi qu'il fut, tous regagnèrent leur place sans un mot de plus. Ling Huangong était encore de ce bois qui faisait des meneurs nés. Il n'ajouta simplement qu'en voyant un ami député « Je viens soutenir la politique de mon fils, Sa Majesté. Je viens observer ce bon ZHOU. ».
Dans l'hémicycle encore plus bouillant qu'il y a une dizaine de minutes, le silence eu un mal fou à faire entendre sa voix, mais lorsqu'il y parvint enfin, seul le bruit des immenses portes l'interrompit et la cloche sonna une dernière fois.
Ce jeu habituel de celui de la cérémonie se lança tandis qu'un homme en tenue d'apparat se présenta face à la Cour et annonce Son Excellence NAKAMURA Hiroshi, Chancelier de la Chambre des Députés, puis Son Excellence WANG Jia, Chancelier de la Chambre des Pairs. Les deux hommes vinrent prendre place sur l'estrade derrière le Grand Chambellan. Puis, presque instantanément, le Chancelier NAKAMURA en sa qualité d'hôte de séance déclara à son tour.

Honorables membres de la Cour Législative, j'ai le grand privilège et l'insigne honneur de vous présenter Monsieur le Premier Ministre de l'Empire du Grand Ling, l'Honorable ZHOU Lee.

Le Premier Ministre ZHOU Lee se leva de son siège, alors, puis rejoint la tribune d'où il ordonna ses notes et remonta les lunettes sur son nez avant de regarder la foule qui venait de terminer de l'applaudire longuement.


Votre Majesté Émérite, Honorables Représentants, Excellences, Mesdames et Messieurs les Secrétaires, Gouverneurs et depuis la galerie,

Comme chaque année je me tiens devant vous pour défendre la vision politique que j'ai pour le Grand Ling, avec l'assentiment de Sa Majesté l'Empereur. Cette année encore, le Grand Ling a affiché d'excellent résultat sur la question économique et sociale et nous n'avons pas à jalouser la croissance qu'est la notre qui nous a une nouvelle fois portée à l'orée des 3,8 %. Nous avons vu plus de création d'entreprise que l'an dernier, avec une hausse de 12 %, et faut-il le rappeler ; la réforme de l'Instruction a portée ses premiers fruits avec de meilleurs résultats sur les taux d'alphabétisation, comme de réussite aux différents examens.
Chérissons l'époque où nous étions parmi les plus arriérés du continent, car elle est lointaine mais que le spectre vicieux de l'instabilité peut mener à l'effondrement de civilisations entières. L'État du Fujiwa et son effondrement brutal est la preuve accablante qu'une nation ne peut être un colosse aux pieds d'argile si elle veut prétendre à être entendue dans l'immensité du Concert des Nations.

Parce qu'ils sont nos cousins, nos amis et pour certains — y comprit moi, par ma femme — notre famille ; j'ai signé un décret pour assouplir les conditions d'accueil des centaines de milliers de réfugiés Fujiwans dès que les services de l'État ont rapporté le collapse du Fujiwa. Cela a eu des conséquences dramatiques mais entendues sur notre économie qui se remet déjà de ce stress, grâce notamment, à nos fonctionnaires et nos entreprises.
Les Fujiwans nous ont offert, par ailleurs, des techniques, des brevets, des capitaux et des entreprises qui font une nouvelle fois la force du Grand Ling. Si la situation s'est stabilisée, elle n'est pas encore la meilleure, j'en conviens, aussi c'est pourquoi je tiens plus que jamais à réaliser la politique des Trois Colosses que le Lianhedang à porté des mois durant avant ma réélection à la tête du Cabinet de Sa Majesté.
Il est de notre devoir en tant que l'un des moteurs du Nazum, que de travailler à améliorer notre fiscalité pour la rendre moins oppressante et attirer d'avantages de capitaux.
Il est de bon sens de s'occuper sincèrement aux problèmes sociaux de la Nation qu'importe le coût pour l'État fédéral.
Enfin, il est primordial de lutter contre la stagnation de notre économie et de notre croissance pour que les deux premières mesures soient sans aucun méfait sur nos finances publiques ou notre dette maîtrisée à 34 % depuis des années.

[...]

Une nouvelle fois, je veux porter le projet de Grands Travaux d'intérêt national pour l'Empire qui seront autant de causes nationales que de vecteurs d'emploie et de croissance économique, pour préparer la fin de la première décennie du XXIe siècle et le début de la seconde.
Je veux croire que les lingois sont capables de travailler pour un avenir en commun plus prospère. Aussi, le Cabinet de Sa Majesté proposera pour la Cour Législative trois projets d'envergure qui seront menés durant ce quinquennat et au-delà.
Le premier est la construction de trois millions de logements sociaux avec trois cent milles nouveaux logements chaque année pour créer pas moins d'un million et demi d'emplois directs comme indirects.
Le second est la réhabilitation de six milles kilomètres de voie d'eaux et la construction d'un canal reliant les deux bras du Lanhe tout en permettant, vous vous en doutez, de contourner le comté qinanese de Fenghuangyuan. Nous créérons au moins un million huit-cent milles emplois directs comme indirects sur la décennie 2020 pour l'élargissement systématique des grands canaux, la reconstruction complète des berges, le dragage massif pour rendre ces voies fluviales de nouveau navigable et surtout le remplacement de centaines d'écluses en même temps que nous transformerons nos ports fluviaux.
Le troisième, la réhabilitations des terres et des barrages du Grand Ling pour quatre-cent milliards de taels d'or... Des plaintes se firent entendre avant que le calme ne revienne à la demande du Chancelier de la Chambre des Députés. Quatre cent milliards, disais-je pour venir en aide à nos agriculteurs du Chuangzhi et du Wujiang mais également aggrandir nos réservoirs d'eau afin d'alimenter nos villes qui ne cessent de croitrent et notre agriculture. Nous lutterons également contre l'erosion de notre littoral et la disparition de nos terres comme de nos îles. Mais je veux également rappeler que dans cinq ans, nous commémoreront les quatre-vingt-dix ans de la cru de 1933 qui détruisit notre Qin bien aimé et notre belle capitale en tuant des milliers de lingois qui étaient, pour certains, nos arrières grands parents ou nos grands parents. Ces travaux serviront également à contenir l'impétueux Lanhe et l'intrépide Danhe.

[...]

Enfin, Votre Majesté Émérite, Honorables Représentants, Excellences, Mesdames et Messieurs les Secrétaires, Gouverneurs et depuis la galerie, je concluerai par avouer et demander pardon pour l'inaction de services diplomatiques de l'État fédéral sur la question Xin, sur le Chandekolza, sur l'Icamie et sur la Ramchourie. Nous n'avons pas eu la réponse adaptée et nous avons été doublé par le vieil empire malade des Xins sur ces sujets. De ce fait, Je voudrais évoquer un ultime projet pour ces Grands Travaux évoqués plus tôt. Je proposerai une loi rectificative au projet de loi de finance 2018-2019 pour augmenter le budget de la Great Ling Space Agency. Nous ne laisserons pas nos voisins et alliés seuls dans la course à l'espace. Nous ferons entendre notre voix sur les capacités d'un Empire qui a subit ce que l'Histoire nous a fait subir à continuer d'innover et sur la capacités d'ingénieurs lingois à faire lever les yeux au ciel le peuple mais avec une immense fierté. A cet effet, les services diplomatiques du Grand Ling sont rentré en contact avec le Talaristan pour nouer un partenariat avec l'agence spatiale talar, TACA qui se chargera de produire pour les besoins de GLRA des éléments nécessaires au programme Dragonfly actuellement en cours avec le budget actuel de l'agence.

[...]



Une nouvelle fois, l'Oncle Pingtie espéra avoir suffisamment galvanisé les foules de la Cour. Encore une fois, il y parvint lorsque l'Empereur Émérite se leva dans un violent silence pour applaudire depuis la galerie et provoquer avec lui une onde de choc.
Vraisemblablement, ce grand oral auquel il avait pourtant l'habitude, se passa aussi bien qu'à chaque fois mais le stressa tout autant que les fois précédentes.
Le programme était clair pour tous : Le Grand Ling retournerait dans l'espace tout autant qu'il préparerait l'avenir sur son sol et préparerait surtout à se souvenir de son passé.


Armoiries de l'empire du Grand Ling
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SOCIÉTÉ - NEIJING, LE GRAND LING DOIT RECOMPTER SES ENFANTS.
Par HAN Cheung - 28 janvier 2019


Neijing est une mégalopole de vingt-deux millions et demi d'habitants qui a résisté à toutes les crises du pays. Ses larges avenues propices aux cérémonies ont été initialement tracées pour les cortèges sans fin des empereurs de jadis et non par les foules. Aujourd'hui, ces dernières ont largement pris le dessus. Le Palais Pourpre, ses cent quarante hectares de cours intérieures, de couloirs et de pavillons aux toits vernissés, occupe le centre de la capitale et jouit de l'amusant surnom de « Ville dans la Ville ». À un kilomètre plus au sud, la Cour Législative déploie sa façade de grès et son imposant dôme multicolore sur trois cent vingt mètres de long. Entre les deux, la Place Jitianmen (继天门, litt. Place de la Porte de la Succession du Ciel) s'étendant sur cinquante hectares et l'avenue Tianyuan, deux fois trois voies, des rangées de ginkgos taillés au cordeau et, depuis quelques semaines, des dizaines de journalistes campés sur les marches du Parlement avec leurs trépieds, leurs câbles et leurs questions.
Eux, comme tout le monde, attendent. Voilà un an jour pour jour que le Shogunat de Fujiwa s'est effondré. Voilà un an que Neijing n'a toujours pas rendu son appété verdict sur les deux millions d'exilés ayant déferlé sur le Lanhu saturé tout autant que les périphériques zhenzhaneses. Cependant en novembre dernier, un document embarrassant a changé définitivement la donne.

Un 14 novembre qui se voit être des plus banals, est finalement devenu le pire jour de l'exécutif, car le jour où trois rédactions — dont la nôtre — reçurent simultanément un fichier de vingt-deux pages d'une source anonyme. Le document, classifié, daté du 3 septembre 2018 émane du Sous-secrétariat aux Affaires Ethniques attaché au Département de l'Intérieur. Le mémorandum de la honte y établit un rapport complet sur la situation des exilés et laisse une conclusion problématique pour le Cabinet : l'intégration des réfugiés fujiwans constitue un « vecteur de déstabilisation ethnoculturelle à moyen terme ». Il recommande formellement de ne pas leur accorder la reconnaissance ethnique, au motif que cela « fragiliserait irrémédiablement la cohésion des communautés nara du Lanhu et de Zhenzhou ».
Neijing connaissait la situation. Elle avait même produit une analyse dont la conclusion était : ne rien faire.
En quarante-huit heures, le document circule dans les campements de la Jungle de Longmen, reproduit sur les presses portatives d'imprimeries clandestines fujiwanes. À la Cour Législative, le groupe parlementaire Jinbudang (Parti progressiste) dépose une motion de reconnaissance. C'est AICHI Haruto qui la porte à la tribune — quarante-deux ans, avocat en droit commercial international, né à Moon, naturalisé lingois en 2004, premier député d'origine fujiwan de l'histoire du Grand Ling élu au dernier scrutin. Il lit le mémorandum intégralement, page après page, mot après mot, sans commentaire entre les paragraphes.

AICHI Haruto avait rejoint Zhenzhou en 1991 pour un cabinet spécialisé dans le droit des contrats transnationaux. Il y a fait carrière et obtenu la nationalité lingoise avant d'ouvrir son propre cabinet en 2011. Lorsque l'État du Fujiwa s'est effondré en octobre 2017, il était déjà lingois depuis treize ans. Ce détail de calendrier le rendit éligible quand ses compatriotes, eux, ne l'étaient pas. En novembre 2018, il présenta sa candidature dans la circonscription de Baixian à Zhenzhou — l'une des plus denses en population fujiwane de la province. Il a été élu au second tour avec 54 %
Son premier jour à la Cour Législative, une partie de l'hémicycle s'était levée à son entrée. Le Jinbudang, quelques modérés, deux élus du Lanhu. Le reste resta assis, Trois députés quittèrent la salle au moment où il prenait place. La séquence dura trente secondes. Elle fut vue sept millions de fois sur les réseaux.
À Longmen, son portrait noir et blanc fut collé sur les parois de tôle des baraques depuis le lendemain matin. On l'y surnomma « le Frère de l'intérieur ». Les cinq mille exilés du campement n'ont pas le droit de vote. Pas la nationalité lingoise. Ils ne peuvent pas se présenter à une élection. AICHI, lui, est dedans.


Hémicycle de la cour législative.
La Cour Législative de Neijing lors de la session du 19 novembre 2018.

La motion de reconnaissance provisoire des réfugiés fujiwans, portée par le Jinbudang en urgence après la fuite du mémorandum, est mise au vote fin novembre. Elle échoue à sept voix près. Sept. Dans les rangs, des députés crient à la manipulation des listes de présence. D'autres réclament un recomptage. Des chaises sont renversées au point que le Chancelier NAKAMURA doit suspendre les débats à trois reprises en deux heures. La dernière fois que la chambre basse avait connu une session aussi chaotique, c'était en 1987, pour le vote sur la réforme agraire.

ZHOU Lee n'a pas assisté au vote. Le chef du Cabinet de Sa Majesté suit les séances de la Cour depuis les comptes-rendus de ses conseillers, rarement depuis le banc des ministres. Le 12 décembre, il s'exprime depuis la salle de conférence du 1824 Renjing Avenue — et non depuis la Cour Législative. La distinction n'est pas protocolaire : elle signifie que ce qui suit ne sera pas soumis à débat parlementaire.
L'allocution dure onze minutes. ZHOU Lee annonce la création du Comité de l'Intégration Fujiwane, instance interministérielle dotée d'un mandat de dix-huit mois. Sa mission : établir le cadre juridique et symbolique de la présence fujiwane dans l'Empire et, point central, trancher la question de classification — ethnie à part entière ou sous-groupe des Nara. Le Comité remettra ses conclusions avant l'été 2020. Ses membres seront nommés par décret dans les trente jours.
Le Gouverneur de Zhenzhou, SAITÔ Kazuki, a publié un communiqué de trois lignes saluant « une étape nécessaire ». Les syndicats ouvriers du Lanhu ont immédiatement dénoncé une « manœuvre dilatoire destinée à éteindre l'incendie sans en traiter les causes ». Le Collectif des Exilés Fujiwans à Zhenzhou a pris acte, sans enthousiasme visible : dix-huit mois de plus à attendre, dans des logements précaires ou sous les périphériques, pendant que le Comité délibère.

Finalement, il faut attendre la fin de l'année 2018 pour que le Palais Pourpre parle. Sa Majesté reçoit en audience privée une délégation de cinq représentants fujiwans. Pas une conférence de presse, pas un communiqué officiel : une audience, derrière les portes laquées de rouge du Pavillon de la Concorde — humour impérial, sans doute. La délégation comprend une famille de la Jungle de Longmen, une famille de l'île de Takarajima au Lanhu, un ancien sous-secrétaire d'État du Fujiwa qui avait quitté Moon avec les archives de son ministère dans deux valises, une femme âgée dont le patronyme d'origine wano ne figure dans aucun registre d'état civil lingois — les agents de la préfecture n'ont jamais su le transcrire correctement — et AICHI Haruto, député.
Le Palais ne publie rien. Les photographies, elles, circulent dès le lendemain matin, sans qu'aucun service de communication en revendique l'origine. L'une d'elles montre l'Empereur donnant une poignée de main à la femme au nom intraduisible. Elle est reprise par quatre-vingt-sept agences de presse dans la journée. À Neijing, personne ne commente officiellement. Dans les chancelleries étrangères, on parle d'un « signal fort ». À Zhenzhou et au Lanhu, la presse locale emploie des mots plus directs.
La question n'est pas nouvelle. Elle a été posée dès décembre 2017 dans les premières sessions extraordinaires de la Cour Législative, esquivée dans les rapports du Cabinet, évoquée puis enterrée à trois reprises en un an. Ce que le discours de ZHOU Lee a changé, c'est qu'elle ne peut plus être esquivée : le Comité devra y répondre par écrit, avec une date butoir et des signatures ministerielles au bas de la page.

Reconnaître les Fujiwan comme neuvième ethnie du Grand Ling, c'est créer un précédent constitutionnel sans équivalent depuis la fondation de l'Empire des Huit Nations. C'est inscrire dans le droit qu'un peuple peut perdre son État, traverser une mer et obtenir une colonne dans le registre officiel des ethnies — sans territoire propre, sans administration, sur la seule base d'une langue, d'une mémoire et d'un nom.
Les reconnaître comme sous-groupe des Nara, en revanche, c'est la solution que défend une partie du Cabinet depuis le début, au nom de la parenté wano et de ce qu'ils appellent la « cohérence ethnolinguistique ». Le raisonnement tient sur une carte : les Wano ont peuplé le Lanhu bien avant de fonder l'État du Fujiwa, les Nara descendent directement de cette migration, les Fujiwan sont leurs cousins biologiques et linguistiques. La classification existe déjà, il suffit d'y rattacher un sous-groupe. Administrativement, c'est propre. Symboliquement, pour les Fujiwan, c'est une dissolution.
La fracture ne passe pas seulement entre Fujiwan et Nara. Elle divise les Nara eux-mêmes : les associations culturelles du Lanhu, qui depuis des mois résistent à ce qu'elles appellent une dilution de leur propre identité métisse, sont paradoxalement les plus hostiles à la solution du sous-groupe — elles refusent qu'on leur rattache par décret une population qu'elles n'ont pas choisie d'absorber. À la Cour Législative, le débat coupe en deux la gauche progressiste, entre ceux qui veulent la reconnaissance pleine et ceux qui craignent le précédent. Et dans les cercles proches du Palais Pourpre, plusieurs sources concordantes indiquent que la Maison Impériale pencherait, elle, pour la reconnaissance entière — une neuvième ethnie, un nom, une entrée dans le registre. Pas un sous-groupe. Un peuple.

Si cette position se confirme, elle mettra le Cabinet en porte-à-faux direct avec une partie de sa propre majorité. ZHOU Lee le sait. Les dix-huit mois qu'il a accordé au Comité sont peut-être autant de temps pour convaincre que pour délibérer.
Un an après l'effondrement du Fujiwa, les loyers n'ont pas baissé à Zhenzhou. Les campements de Longmen n'ont pas disparu. Les urgences du Lanhu n'ont pas désengorgé. Mais pour la première fois, il existe une instance officielle chargée de répondre à la question, un député pour la poser à la tribune, et une Maison Impériale qui semble avoir choisi son camp — sans encore l'avoir dit tout à fait.

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Logotype du Bureau du Premier Ministre.

DÉCLARATION DU PREMIER MINISTRE DE SA MAJESTÉ.
Monsieur le Premier Ministre ZHOU Lee, 31 janvier 2019.


Objet : Sur la situation au Ninchi et le déploiement d'une force aéronavale.

Au nom de Sa Majesté le Vénérable Céleste Auguste de Jade, Ling Jiajing, de la Maison Ling, empereur du Grand Ling, protecteur des îles Lanhu, gardien de l'Épée céleste et du Sabre du dragon, actuel occupant du Trône du Dragon, héritier de l'Empereur de Jade et du Ciel ;

Monsieur le Premier Ministre, l'Honorable ZHOU Lee, par l'intermédiaire du Cabinet de Sa Majesté, du secrétaire d'État et de l'État-Major des armées, a soumis à Sa Majesté les recommandations suivantes, que Sa Majesté a acceptées.
Le présent communiqué expose, dans leur intégralité, les positions de l'Empire du Grand Ling concernant la situation au Sultanat de Ninchi, ainsi que les mesures décidées en conséquence par le Cabinet de Sa Majesté.

L'Empire du Grand Ling a suivi avec intérêt l'évolution de la situation politique, civile et militaire au Sultanat de Ninchi depuis le début des troubles qui ont affecté le pays. Le Cabinet de Sa Majesté a observé avec préoccupation la dégradation progressive de l'ordre public, la montée des tensions internes et l'émergence de factions armées cherchant à renverser ou à supplanter les institutions légitimes du Sultanat. Le Cabinet de Sa Majesté a également prêté une attention particulière concernant les armes de destruction massive et bactériologique qui ont été, d'une manière ou une autre, présentent au sein du Sultanat de Ninchi.
Il est de notoriété publique que le Sultanat de Ninchi a été et demeure le théâtre d'un conflit armé interne opposant plusieurs factions dont aucune, aux yeux de l'Empire du Grand Ling, ne saurait pouvoir prétendre incarner la légitimité d'un État et des fonctions régaliennes qui en découlent. Le Cabinet de Sa Majesté prend acte que ces factions sont parvenues à un accord interne sur le partage illégal du territoire ninchois. Cependant, l'Empire du Grand Ling considère qu'un accord conclu entre parties illégitimes ne peut, en droit comme en principe, constituer le fondement d'une nouvelle souveraineté, ni effacer les droits et prérogatives du gouvernement du Sultanat de Ninchi et de son chef d'État le Sultan.

De fait, et en conséquence, l'Empire du Grand Ling réaffirme solennellement que la seule autorité légitime sur le territoire ninchois est et demeure celle du gouvernement du Sultanat de Ninchi et de son chef d'État le Sultan.
Toute entité se proclamant gouvernement du Ninchi ou d'une partie de celui-ci, sans mandat de la dynastie sultanale ou du peuple ninchois libre, est et demeure, aux yeux de l'Empire, dépourvue de toute légitimité juridique et politique.


L'Empire du Grand Ling tient à préciser sa position à l'égard des différentes parties prenante de cette crise.

S'agissant du Groupe d'Armée Révolutionnaire et de l'entité dénommée État-Compagnie de Nanquo, l'Empire du Grand Ling ne reconnaît ni l'une ni l'autre comme gouvernement légitime, de facto, ou de jure, sur quelque portion du territoire ninchois que ce soit. C'est pourquoi, le Cabinet de Sa Majesté ne maintiendra aucun contact diplomatique officiel avec ces entités tant qu'elles n'auront pas démontré leur soumission aux institutions légitimes du Sultanat et par les voies légales en vigueur ; conformément au droit international coutumier.
Qu'il soit lu et entendu de tous que cette position ne reflète en aucun cas une forme d'hostilité particulière envers les populations ninchoises, pour lesquelles l'Empire exprime sa plus sincère sollicitude, mais constitue le respect pur des principes qui fondent l'ordre international auquel l'Empire du Grand Ling souscrit pleinement.

En ce qui concerne la République du Talaristan, l'Empire du Grand Ling salue avec un profond respect la fermeté de sa position et son engagement en faveur des principes qui animent l'Empire dans le cadre de l'opération Toman. Le choix de la République du Talaristan d'assurer la sécurité de la navigation dans le golfe de Moritonie et sa réaffirmation de la légitimité du Sultanat sont des témoins à eux seuls d'un haut sens des responsabilités envers le droit international coutumier. L'Empire du Grand Ling ne peut que partager ces principes et exprime sa pleine et entière solidarité vis-à-vis des objectifs de stabilité et d'ordre poursuivis par la République du Talaristan, notre amie et partenaire.

En ce qui concerne les autres nations présentes ou actives dans la région telles que la Troisième République du Jashuria ou l'Empire des Xins, le Grand Ling se déclare prêt à toute forme de coordination visant à maintenir et protéger les principes qui animent l'Empire du Grand Ling comme la République du Talaristan sur la question ninchoise ; et tous les objectifs qui tendent à la paix, la stabilité et le respect du droit international coutumier dans les eaux limitrophes au Sultanat de Ninchi.


Pour toutes ces raisons et sur recommandation conjointe du secrétaire d'État et de l'État-Major, et après consultation du Cabinet de Sa Majesté, il a été soumis à Sa Majesté la recommandation de déployer le groupe aéronaval de la Marine Impériale dans les eaux bordant l'Empire du Grand Ling en mer Intérieure d'Hiromi. Sa Majesté a donné son approbation.

Le groupe aéronaval, placé sous le commandement de la Marine Impériale et articulé autour du porte-hélicoptère amphibie Huangong, sera prochainement déployé dans lesdites eaux. Sa mission sera la suivante :

Premièrement, assurer la liberté et la sécurité des convois maritimes civils et commerciaux dans la mer Intérieure d'Hiromi, au bénéfice de l'ensemble des nations souveraines et légitimes dont les intérêts maritimes transitent par cette voie.
Deuxièmement, renforcer les mesures de protection de la zone maritime souveraine de l'Empire du Grand Ling, conformément à la loi L98-01-002 datée du 15 janvier 1998 et relative aux frontières maritimes de l'Empire du Grand Ling et du droit dans ces zones maritimes souveraine.
Troisièmement, exercer une surveillance des mouvements navals illégaux dans la zone afin de prévenir toute déstabilisation supplémentaire de la région et tout passage de navires battant un pavillon non reconnu par l'Empire du Grand Ling.
Quatrièmement, se tenir prêt à coopérer avec les forces navales des nations souveraines menant des missions similaires dans la région, en particulier dans le cadre de la coordination possible avec les moyens déployés par la République du Talaristan, de la Troisième République du Jashuria, de l'Empire des Xins ou, le cas échéant, avec celles des États-membre de l'Organisation des Nations Démocratiques.

Sur volonté de Sa Majesté et sur recommandation du Cabinet de Sa Majesté, il est expressément précisé que ce déploiement ne constitue en aucun cas un acte de guerre envers quelque nation souveraine et légitimement reconnue que ce soit. Les forces de l'Empire déployées dans ce cadre n'ont ni vocation ni instruction d'engager quelque action coercitive que ce soit à l'encontre de nations tierces légitimes. Leur présence est celle d'une puissance attachée à l'ordre, à la stabilité et au respect du droit des nations comme du droit international coutumier.


Le Cabinet de Sa Majesté se réserve, cependant, le droit d'adapter les mesures décrites dans le présent communiqué en fonction de l'évolution de la situation au Ninchi et dans la région et annonce porter son niveau de vigilance militaire au degré quatre. L'Empire du Grand Ling demeure, toutefois, convaincu qu'une résolution pacifique et ordonnée à cette crise, dans le respect de la légitimité du Sultanat de Ninchi, est non seulement souhaitable, mais nécessaire à la stabilité durable de la région.

L'Empire du Grand Ling formule le vœu cher que la paix, l'ordre et la dignité soient promptement restaurés au Ninchi, au bénéfice de son peuple et de l'ensemble des nations du Nazum comme du monde.

Puissent les Dieux nous être favorables dans cette quête de paix éternelle.

Monsieur l'Honorable Premier Ministre de l'Empire du Grand Ling, ZHOU Lee.

Sceau de l'Empereur
Le Sceau de l'Empereur.


Armoiries du Grand Ling.
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WEIHUA – SIX MOIS APRÈS SA SORTIE, QUE VAUT LE HAUT DE GAMME DE CHEZ WEIHUA ?
08 juin 2019

* * *

Weihua addict, vous connaissez la chanson : Chaque fin d'année, Weihua organise la Weihua Conference durant laquelle la firme de Fengling présente les nouveautés à venir. Cette année, la marque au lotus a fait une nouvelle fois très fort en dévoilant un nouveau venu dans l'écosystème SymbiOS : le Kira 19, ou K19, et son triptyque photo le plus avancé jusqu'ici cosigné par Hanzo Films, filiale du concurrent — pas si concurrent que cela — Hanzo Group.
Nous avions pu le prendre en main dans les usines de Weihua à Fengling mais sans pouvoir le mettre à l'épreuve durant notre habituel test de six mois d'utilisation. Après avoir passé le premier semestre de l'année à l'utiliser tous les jours en téléphone du quotidien, voici ce que nous avons retenu.

Fiche technique


caractéristiques techniques (cliquer pour ouvrir)


Le Weihua K19 Pro est le modèle haut de gamme de la douzième génération de smartphone de la firme de Fengling annoncé le 23 décembre 2018. Il embarque un écran de 6,7 pouces OLED-LTPO de 120 Hz, un triple capteur photo avec ultra-grand-angle et téléobjectif ainsi qu'un SoC Pualcomm 720 Gen 1 compatible 5G (sub-6 GHz). Sur le papier, le flagship de Weihua a tout pour plaire malgré un prix terrifiant débutant à 33 500 Tø en version 128 Go et 36 950 Tø en version 256 Go ce qui en fait le smartphone le plus cher du marché cette année ; une position que l'entreprise cultive depuis plus de dix ans, mais qui fait toujours autant mal.

Prise en main — Le renouveau apprécié.
La nouvelle génération de Kira vient mettre un coup de pied ferme dans les normes instaurées par le marché de la téléphonie mobile actuelle avec un châssis en acier inoxydable qui encercle sans faire trop cadre photo les deux faces de l'appareil. Le dos abandonne la vitre en verre que nous connaissions depuis le Kira 14 au profit d'une plaque en aluminium poli mat sur laquelle apparait en miroir le nouveau logo de la marque.
La prise en main est déroutante, plus habitué à la chose, tandis que les angles droits de la tranche marquent la paume de la main si vous êtes du genre à tenir trop fermement votre téléphone après une soirée alcoolisée qui vous conduit dans les ruelles silencieuses de Neijing. Toutefois, force est de constater que cette architecture en condition normale est l'une des meilleures qu'on a pu connaître : la préhension est considérablement améliorée et fortement agréable. Le Kira 19 ne devrait avoir aucun mal à rester entre vos doigts sans chercher par tous les moyens à défier la gravité si vous avez la fâcheuse manie d'avoir les doigts gras ou plein de savon pendant l'utilisation — on ne recommande d'ailleurs pas le savon, l'IP68 a ses limites.

Mais, si malgré tout cela devait arriver, Weihua promet que son revêtement maison « Weihua Guard-Glass » est à l'épreuve des balles, on vous laissera tester. La technologie maison est censée disposer de cristaux de nano-céramique directement dans le verre ce qui n'a pas empêché à notre équipe de constater qu'au bout d'un mois dans une poche avec des clés, les premières micro-rayures apparaissent sans aucun impact sur l'efficacité du smartphone. Ce problème peut être évité avec une protection vitrocéramique, ce que nous n'avons pas utilisé durant toute la durée du test longue durée.
Concernant les traces de doigt, le dos ne laisse rien apparaître hormis sur le logo de la marque, mais la tranche marque rapidement. Avis aux nettoyeurs compulsifs, vous avez trouvé une nouvelle Némésis. La face avant, elle, semble imperméable aux traces, cela se justifie par un traitement oléophobe redoutablement efficace.
La position de l'encoche arrière sur toute la largeur du téléphone offre une stabilité intéressante sur une table, là où le Kira 18 avait tendance à jouer du tamtam à chaque action à plat. Toutefois, notons que pour le reprendre en main, cela nécessitera un petit geste à apprendre en raison des lignes bien droites qui empêchent de passer correctement les doigts derrières, ce n'est trois fois rien, juste assez pour vous enquiquiner une semaine.
Là où le Kira pèche un peu c'est sur son poids. Ce petit bébé approche dangereusement des 200 grammes (196 g) pour un format assez généreux malgré tout (159,2 × 75,1 × 7,9 mm). Il est donc relativement dense pour ses dimensions, mais c'est un gage de qualité et une première entrée intéressante dans l'univers de la musculation ou de l'opposition aux forces de l'ordre dans un contexte d'émeute. À titre comparatif, le Kira 19 demeure moins lourds de huit grammes par rapport à sa version précédente grâce à l'absence de la vitre arrière. Si on considère la répartition de la masse, il demeure un très bon smartphone bien équilibré.
Vue du Kira 19
Sans trop de doute, on pouvait être certain que Weihua apporterait un soin particulier à son smartphone avec une ergonomie qui a du sens. Les boutons sont idéalement placés, ils tombent tous sous les doigts sans jamais risquer un missclick agaçant. On notera le bouton switchable toujours aussi pertinent au-dessus du bouton volume + pour passer en silencieux ou, nouveauté de SymbiOS 19, en mode vibreur une fois configuré dans les paramètres.
Nous l'évoquions plus haut, mais l'IP68 offre de quoi se rassurer, le smartphone est étanche à la poussière et à l'immersion en eau douce jusqu'à 1m pendant 30 min ; comme d'habitude, cela n'inclut ni l'eau de mer ni l'eau savonneuse. Pour vos photos des fonds marins lanhanese, il vous faudra toujours autant une protection supplémentaire vendue pour la bagatelle de 7 020 Tø sur le site et dans les boutiques de la marque au lotus.

Côté face, la Dynamic Island est extrêmement séduisante et vient en rupture de ce que nous propose jusqu'ici la concurrence avec un simple trou pour l'objectif frontal ou une encoche volumineuse comme chez la concurrence icamienne et alguareno.

Écran — Adieu le 60 Hz.
Du côté de l’affichage, le Kira 19 bénéficie d’une toute nouvelle dalle OLED-LTPO de 6,7 pouces, affichant une définition de 2772 × 1344 pixels pour une densité d’environ 460 ppp. La luminosité maximale annoncée atteint 1200 nits en HDR, tandis que nos relevés placent le pic réel autour de 1080 cd/m², une valeur déjà très confortable en extérieur.
La véritable évolution se situe du côté du taux de rafraîchissement. Weihua abandonne enfin le 60 Hz de ses précédents modèles Pro pour adopter un affichage jusqu’à 120 Hz. Une technologie encore peu répandue sur smartphone, mais qui transforme immédiatement l’expérience utilisateur : animations plus fluides, défilement plus naturel et sensation globale de réactivité accrue. Ce passage au 120 Hz ne se fait toutefois pas au détriment de l’autonomie. Weihua s’appuie ici sur une dalle LTPO capable d’adapter dynamiquement sa fréquence de rafraîchissement en fonction du contenu affiché. Concrètement, le Kira 19 Pro peut descendre jusqu'à 10 Hz lorsque l’image est statique (lecture, affichage d’une photo) et monter instantanément à 120 Hz lors des interactions, comme le défilement ou les animations système.

Cette gestion fine permet de limiter l’impact énergétique d’un taux de rafraîchissement élevé, tout en conservant les bénéfices en termes de fluidité. SymbiOS joue également un rôle clé en pilotant ces transitions de manière transparente, sans intervention de l’utilisateur, et en évitant les bascules inutiles qui pourraient nuire à la consommation.
Globalement, l'écran du Kira 19 Pro est excellent. Il est très lumineux, contrasté et son revêtement permet d'éliminer la majorité des reflets.

Delta 2 (cliquer pour ouvrir) CIE 1976 (cliquer pour ouvrir)

Les mesures réalisées sur l’écran du Kira 19 Pro mettent en évidence une dalle particulièrement bien calibrée, tout en conservant quelques limites typiques des écrans OLED grand public.
Le graphique de Delta E confirme une bonne maîtrise globale de la colorimétrie, avec une moyenne d’environ 2,1. Dans la pratique, cela se traduit par des couleurs fidèles, avec des écarts difficilement perceptibles à l’œil nu dans un usage classique. Certaines teintes saturées, notamment les rouges et les magentas, présentent des dérives légèrement plus marquées, avec des valeurs proches de 2,3 à 2,5. À l’inverse, les bleus et les gris sont mieux contenus, souvent sous la barre des 2, ce qui contribue à une bonne stabilité du rendu général.
Ces résultats se retrouvent logiquement dans le diagramme CIE 1976. Le triangle mesuré, bien que très proche de la référence DCI-P3, apparaît légèrement en retrait, traduisant une couverture d’environ 98 % de cet espace colorimétrique. Dans les faits, cela signifie que l’écran est capable d’afficher une large palette de couleurs, sans toutefois atteindre une reproduction parfaitement exhaustive.

Le nuage de points, concentré autour du point blanc, révèle une légère dispersion ainsi qu’un décalage modéré, cohérent avec une température des couleurs située autour de 6700 K. Cette dérive se traduit par un rendu très légèrement froid, perceptible sur les blancs les plus neutres, sans pour autant altérer significativement l’équilibre global de l’image.
Dans l’ensemble, les deux graphiques racontent une histoire cohérente : le Kira 19 Pro propose une colorimétrie précise et homogène, adaptée à un usage quotidien exigeant, tout en restant légèrement en deçà des écrans parfaitement calibrés que l’on peut retrouver sur certains moniteurs professionnels.

Performances — Le SoC Pualcomm toujours aussi équilibré.
Le Kira 19 Pro s’impose comme un modèle particulièrement fluide au quotidien. Cette impression ne repose pas uniquement sur l’optimisation logicielle de SymbiOS, mais également sur une plateforme matérielle bien calibrée. La puce Pualcomm 720 Gen 1, associée à 8 Go de RAM LPDDR4X, assure une réactivité constante, y compris en multitâche.
Gravé en 7 nm, le processeur adopte une architecture moderne, capable d’alterner efficacement entre performance et efficacité. Cette base technique se ressent directement à l’usage : le Kira 19 Pro ne montre aucune faiblesse dans les tâches courantes. Navigation, réseaux sociaux ou enchaînement d’applications s’effectuent sans la moindre latence perceptible. L’impression se confirme en multitâche, où le smartphone conserve une excellente stabilité, y compris lors de l’exécution de tâches en arrière-plan. La gestion de la mémoire est maîtrisée, les reprises d’activité sont rapides et l’on ne constate pas de rechargement systématique des applications.

Du côté graphique, le GPU maison de Weihua se montre compétitif sans chercher à dominer. Positionné dans le haut du panier, il est capable de soutenir des charges importantes tout en conservant une bonne tenue dans le temps. En pratique, les performances en jeu sont homogènes et privilégient la stabilité plutôt que les pics de puissance.
Attention toutefois à la gestion thermique. Lors de nos sessions sur Mafia Empire ou War Zone : Elite Force, le smartphone a tendance à chauffer, un comportement déjà observé sur d’autres appareils équipés de cette génération de puces Pualcomm. Sur Skyrim Legends of the North, il devient difficile de maintenir un framerate stable au-delà d’une heure de jeu, avec une limitation autour des 30 FPS liée aux mécanismes de sécurité thermique. Cette régulation s’accompagne également d’une baisse plus rapide de l’autonomie.

Benchmark IncamTeube

Les résultats obtenus sur IncamTeube CPUBenchmark confirment ces observations. Le Kira 19 Pro affiche des performances globalement élevées, avec une progression nette par rapport aux générations précédentes. La partie CPU reste solide sans être dominante, tandis que le GPU se positionne dans une zone intermédiaire, cohérente avec les observations en usage réel.
C’est sur la partie NPU que le Kira 19 Pro se démarque davantage. Les performances en intelligence artificielle sont particulièrement élevées, ce qui se ressent directement dans les traitements photo et certaines optimisations système. Dans ce domaine, le smartphone s’impose comme l’un des modèles les plus efficaces, même si certains concurrents conservent un léger avantage.

Le score global confirme cette impression d’équilibre. Le Kira 19 Pro se positionne comme une solution haut de gamme cohérente, sans véritable point faible majeur, à l’exception d’une gestion thermique perfectible. Il ne cherche pas à dominer le marché sur un critère précis, mais propose un ensemble homogène et performant.
Enfin, il est intéressant de noter que l’optimisation logicielle joue un rôle clé pour contenir ces limitations thermiques, sans toutefois les éliminer totalement. Selon les dernières rumeurs, Weihua travaillerait sur ses propres puces afin de s’affranchir de ces contraintes. Reste à voir si les prochaines générations, à commencer par les Kira 20 ou Kira 21, sauront corriger ces défauts.

Photographie — Un photophone en devenir.
Le Kira 19 Pro mise beaucoup sur la photo, avec un module triple capteur co-développé avec Hanzo Films. Sur le papier, la configuration est classique mais efficace : un capteur principal de 50 Mpx, un ultra grand-angle de 12 Mpx et un téléobjectif x4 de 10 Mpx. L’ensemble repose en grande partie sur le traitement logiciel, largement soutenu par le NPU embarqué.
En conditions de bonne luminosité, le capteur principal délivre des résultats très convaincants. Les clichés sont détaillés, avec un bon niveau de netteté et une dynamique bien gérée. Le traitement reste globalement équilibré, sans suraccentuation excessive ni saturation artificielle trop marquée. Weihua a visiblement cherché à conserver un rendu naturel, tout en apportant juste ce qu’il faut de contraste pour flatter l’image.

La gestion du HDR est particulièrement efficace. Le moteur Scene Fusion intervient rapidement pour équilibrer les zones claires et sombres, avec un bon respect des hautes lumières. Dans la majorité des cas, le traitement reste discret, même si l’on observe parfois une légère tendance à lisser les textures les plus fines.
L’ultra grand-angle s’en sort correctement, mais reste en retrait du capteur principal. Le niveau de détail est logiquement inférieur, et les déformations en bord d’image sont visibles malgré les corrections logicielles. Cela reste toutefois exploitable dans de bonnes conditions, notamment pour les paysages ou les scènes larges.
Le téléobjectif x4 apporte une vraie polyvalence. Il permet de capturer des sujets à distance avec une qualité satisfaisante, tant que la luminosité reste suffisante. Au-delà, le traitement logiciel prend rapidement le relais, avec une perte de netteté perceptible. Le zoom numérique, quant à lui, reste anecdotique et peine à conserver un niveau de détail acceptable.

Photomontage

En basse luminosité, le Kira 19 Pro s’appuie fortement sur son traitement logiciel. Le mode nuit permet de récupérer de la lumière et de limiter le bruit, avec des résultats globalement convaincants. L’image gagne en luminosité sans dérive excessive des couleurs, même si un certain lissage est inévitable. Le capteur principal s’en sort bien, mais les modules secondaires montrent rapidement leurs limites.
La stabilisation optique joue un rôle important, notamment en vidéo. Les séquences en 4K à 60 images par seconde sont globalement stables, avec une bonne gestion des mouvements. L’autofocus se montre réactif, même si les transitions peuvent parfois manquer de fluidité dans les situations complexes.
Le traitement global des images repose en grande partie sur le NPU, et cela se ressent. Les temps de capture sont rapides, les traitements quasi instantanés, et l’ensemble fonctionne de manière transparente. Scene Fusion intervient de façon efficace, même si certains clichés peuvent paraître légèrement “travaillés”, en particulier sur les scènes à forte dynamique.

Au final, le Kira 19 Pro propose une expérience photo solide et polyvalente. Sans révolutionner le segment, il s’appuie sur un bon équilibre entre capteurs et traitement logiciel pour offrir des résultats fiables dans la plupart des situations. Seuls les modules secondaires et les performances en basse lumière rappellent que l’ensemble reste encore dépendant de compromis techniques.

Autonomie — SymbiOS solide sur ses appuis.
Avec sa batterie de 4100 mAh, le Kira 19 Pro ne cherche pas à rivaliser sur le terrain de l’endurance brute, mais plutôt à proposer un équilibre cohérent entre performances et autonomie. Dans les faits, ce choix se traduit par une tenue particulièrement maîtrisée, qui le place parmi les bons élèves du segment sans pour autant s’imposer comme une référence absolue.

En usage quotidien, le smartphone tient sans difficulté une journée complète, avec une marge confortable. Dans un scénario classique mêlant navigation web, messagerie, réseaux sociaux et quelques prises de vue, on atteint généralement autour de 9 h 10 d’écran allumé, un résultat solide qui dépasse largement le seuil d’une journée d’utilisation intensive. Cette performance repose en grande partie sur l’optimisation de SymbiOS et la gestion dynamique de la dalle LTPO, qui adapte en permanence sa fréquence de rafraîchissement pour limiter les dépenses énergétiques inutiles.
Les choses se compliquent logiquement en usage plus soutenu. Avec le 120 Hz actif en continu, la 5G sollicitée et des applications gourmandes, l’autonomie diminue sensiblement, avec une moyenne proche des 5 h 55 d’écran. Dans ces conditions, il reste possible de tenir la journée, mais avec une marge nettement plus réduite. La chauffe observée lors des longues sessions, notamment en jeu, accentue ce phénomène, le système ajustant ses performances pour préserver la stabilité globale.

Autonomie

Face à ses concurrents directs, le Kira 19 Pro adopte un positionnement intéressant. Il se rapproche des modèles les plus endurants sans totalement les égaler : le Hanzo One conserve une avance avec environ 10 heures d’écran, tandis que l’Orion Z Ultra atteint 9 heures 40. L’écart reste toutefois contenu, et se joue davantage sur l’endurance brute que sur l’efficacité globale.
Pour autant, le Kira 19 Pro ne démérite pas. Son autonomie se montre stable et prévisible, sans chute brutale ni comportement erratique, ce qui le rend fiable au quotidien. Weihua compense également par une recharge rapide efficace : la charge filaire de 40 W permet de récupérer environ 70 % en une trentaine de minutes, pour une recharge complète en un peu plus d’une heure. La charge sans fil à 15 W, plus lente, s’adresse davantage à un usage de confort.

Le constructeur mise enfin sur une approche logicielle pour prolonger la durée de vie de la batterie. SymbiOS intègre une charge intelligente, capable de ralentir le remplissage au-delà de 80 %, ainsi qu’une option de limitation de charge pour réduire l’usure sur le long terme. À cela s’ajoutent une gestion stricte des applications en arrière-plan et une régulation thermique active, qui participent à maintenir un bon équilibre global.
Au final, le Kira 19 Pro propose une autonomie solide et bien maîtrisée, qui le place parmi les meilleurs de sa catégorie sans pour autant dominer le segment. Un compromis cohérent, qui privilégie l’efficacité globale et l’optimisation logicielle plutôt que la simple course à la capacité.

Connectivité— Sans faille, sans éclat.
Sur la partie connectivité, le Kira 19 Pro se montre particulièrement complet, sans pour autant chercher à se distinguer. Compatible 5G sub-6 GHz et mmWave, le smartphone assure des débits élevés lorsque la couverture le permet, avec une connexion globalement stable. En pratique, la bascule entre 4G et 5G s’effectue sans coupure notable, et les appels via VoLTE restent clairs et fiables. Comme souvent, l’activation permanente de la 5G a toutefois un impact sur l’autonomie, surtout en déplacement.

Côté sans fil, le Wi-Fi 6 offre des performances solides, avec une bonne portée et des débits conformes aux attentes. La connexion reste stable, y compris dans des environnements plus chargés. Le Bluetooth 5.1 remplit également son rôle sans difficulté : la liaison avec des écouteurs ou accessoires se fait rapidement, sans coupure ni latence gênante au quotidien.
Le GPS se montre précis et rapide à accrocher, même en zone urbaine dense, ce qui en fait un allié fiable pour la navigation. Le NFC, de son côté, fonctionne sans accroc pour le paiement sans contact. Enfin, le port USB-C assure une compatibilité classique avec les accessoires et permet des transferts rapides, tandis que la prise en charge de l’OTG ajoute une touche de polyvalence bienvenue.

Au final, le Kira 19 Pro ne révolutionne pas la connectivité, mais propose un ensemble complet, stable et parfaitement maîtrisé. Un domaine où l’absence de défaut devient presque la meilleure des qualités.

Conclusion — L’équilibre maîtrisé, au prix fort.
Après six mois d’utilisation quotidienne, le Kira 19 Pro confirme l’approche de Weihua : proposer un smartphone haut de gamme cohérent, capable de tout bien faire sans chercher à dominer outrageusement un domaine précis. À l’usage, cela se ressent immédiatement. L’appareil est fluide, stable, agréable à manipuler et ne souffre d’aucune faiblesse majeure dans un usage classique. L’écran est excellent, les performances sont solides, la partie photo tient la route et l’autonomie, bien optimisée, permet de tenir une journée sans difficulté.

Pour autant, tout n’est pas irréprochable. La gestion thermique reste perfectible en usage intensif, en particulier sur les longues sessions de jeu, où le smartphone montre ses limites. La partie photo, bien que polyvalente, dépend encore fortement du traitement logiciel dans les conditions les plus difficiles, et les modules secondaires restent en retrait du capteur principal. Enfin, le positionnement tarifaire très élevé vient forcément durcir le jugement : à ce niveau de prix, l’exigence est maximale.

Le Kira 19 Pro ne cherche donc pas à être le meilleur partout, mais à être bon partout. Et il y parvient plutôt bien. C’est un smartphone équilibré, fiable et cohérent sur la durée, qui séduira ceux qui privilégient l’expérience globale à la performance brute. Reste à savoir si cet équilibre suffit à justifier un tarif aussi ambitieux, dans un marché où certains concurrents font mieux sur des points précis.

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Logotype du Bureau du Premier Ministre.

DÉCLARATION DU PREMIER MINISTRE DE SA MAJESTÉ.
Monsieur le Premier Ministre ZHOU Lee, 04 août 2019.


Objet : Sur la crise politique que traverse la République du Talaristan.

Au nom de Sa Majesté le Vénérable Céleste Auguste de Jade, Ling Jiajing, de la Maison Ling, empereur du Grand Ling, protecteur des îles Lanhu, gardien de l'Épée céleste et du Sabre du dragon, actuel occupant du Trône du Dragon, héritier de l'Empereur de Jade et du Ciel ;

Monsieur le Premier Ministre, l'Honorable ZHOU Lee, s'est exprimé concernant la grave crise politique que traverse la République du Talaristan, la plus grave depuis la fin de la guerre civile.

La Maison Impériale et son Cabinet se disent extrêmement inquiets de la situation au Talaristan qui ne semble pas capable de contenir les aspirations de la foule. Si les chiffres tendent à limiter l'impact de cette insurrection généralisée, les observateurs internationaux et correspondants locaux présentent quant à eux un bilan bien plus dramatique. Au regard de la situation et du danger qu'elle représente pour les ressortissants lingois, Monsieur le Premier Ministre ZHOU LEE, par l'intermédiaire du Cabinet de Sa Majesté et particulièrement du secrétaire d'État, a invité les lingois présents sur le sol Talar à se rapprocher de l'Ambassade et des consulats lingois en vue d'un rapatriement rapide.

Dans un second temps, il a été demandé aux responsables de Great Ling Airlines de mettre en place plus de moyens humains et techniques afin de faciliter le rapatriement sous couvert de la prise en charge partielle par le Trésor des frais engagés par la compagnie pour cet exercice.

La Communauté des États Nazumis a été saisie, son siège étant au Talaristan, dans le but de coordonner une réponse à l'échelle continentale. A cet effet, l'Empire du Grand Ling demande le déménagement des installations CENienne vers une nation plus stable ; l'Empire s'étant porté volontaire pour l'accueillir à Neijing en profitant de la légitimité que lui offre son statut de pays hôte de l'Organisation du Patrimoine Mondiale.

Enfin, et pour finir, le représentant de l'Empire du Grand Ling au Talaristan doit rencontrer les autorités talars pour savoir ce qu'il en est et avertir que la situation ne saurait être tenable ni bénéfique pour les partenariats politiques et économiques qui engagent le Talaristan et le Grand Ling.

Puissent les Dieux nous être favorables dans cette quête de paix éternelle.

Monsieur l'Honorable Premier Ministre de l'Empire du Grand Ling, ZHOU Lee.

Sceau de l'Empereur
Le Sceau de l'Empereur.


Armoiries du Grand Ling.
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POLITIQUE - LE FUJIWA RESSUSCITÉ ?
Par HAN Cheung et Paul Ishida — 17 juillet 2019
Paul Ishida est correspondant du LDNS à Sokshō.


Il y a un an, ce journal publiait le dernier volet d'un triptyque consacré à la crise migratoire fujiwane, concluant sur une hypothèse alors plausible : celle d'une neuvième ethnie lingoise, intégrée par défaut, faute d'État d'origine viable. Le Fujiwa d'alors ne semblait plus en mesure de reprendre ses ressortissants. La question posée était lingoise, et elle était intérieure.
Elle ne l'est plus tout à fait.
En moins d'un an, le Fujiwa a reconstitué une structure étatique minimale autour d'Himiko Kozuki — affaiblie, sous-financée, contestée, mais fonctionnelle. Plusieurs observateurs, dont certains proches du Palais Pourpre, attribuent cette résurgence à un soutien actif de la Maison Ling pour répondre à la question migratoire fujiwane. Le gouvernement de Neijing n'a pas répondu à nos sollicitations.
Ce silence a sa logique. Admettre une intervention prolongée reviendrait à reconnaître que le Grand Ling a laissé un État voisin s'effondrer, sa population se disperser et ses institutions être pillées — avant d'agir, non par solidarité régionale, mais au moment précis où la pression migratoire devenait politiquement intenable chez lui. La question n'est plus de savoir ce que Neijing fera de ses migrants fujiwans. Elle est de savoir si le Fujiwa qui renaît aujourd'hui est une nation reconstituée ou un problème externalisé.

Ouvrier fujiwan (cliquer pour ouvrir)
Un ouvrier dégage les débris devant un commerce condamné du quartier de Nishimachi, à Sokshō, le 14 avril 2019. À ses pieds, un casque de cérémonie aux insignes du Shogunat, dont le régime s'est effondré il y a quelques années. Après huit mois de pouvoir autoritaire bâti sur le culte d'un passé réinventé et trois ans d'errance, le Fujiwa commence le long travail de se reconstruire, un pâté de maisons à la fois.
L'ÉTINCELLE ET LA FLAMME.
La province de Moon n'a jamais vraiment appartenu au Fujiwa ou tout du moins pas selon ceux qui y vivaient. Archipel à majorité jinséenne, peuplé d'une communauté impassible à la démocratisation de 1962 faute d'intégration forte, Moon fonctionnait depuis des décennies comme une anomalie : trop stratégique pour être lâchée, trop différente pour être gouvernée de la même main que les autres provinces. Pendant cinquante ans, Sokshō avait géré cette tension par l'indifférence et les actions sans lendemains.
Ce fut le meurtre d'une jeune femme qui mit fin au cycle de l'ignorance.
So-hee, fille du préfet de Jengoon, fut tuée dans des circonstances que les autorités fujiwanes ne s'empressèrent pas d'élucider. Sa mort, loin d'être un événement isolé, n'était que la conclusion visible d'années de violences communautaires promptement documentés en interne par les services de police locaux sans que le Cabinet ne juge utile d'en informer le public. Ce que révélèrent les rapports internes rendus publics plus tard était sans ambiguïté : les agressions racistes contre la communauté jinséenne avaient augmenté de cinquante-deux pour cent en deux ans dans la seule ville de Jengoon. Les forces de l'ordre, selon ces mêmes documents, opéraient en coordination avec les milices privées des zaibatsus.
So-hee fut l'étincelle et Kobo Tokuda fut la flamme.
Le député du Cercle Socialiste fut assassiné au katana le 9 mai 2013, dans une ruelle de Jengoon, avec son assistant. Il s'y rendait pour constater lui-même une situation que, selon ses propres mots, « la police fujiwane dissimulait ». Le choix de l'arme ne pouvait être anodin car le katana, dans la rhétorique nationaliste qui gangrenait alors le débat public, était devenu symbole de la pureté aichi. Son utilisation comme instrument de meurtre politique constituait un message adressé autant à la représentation nationale qu'à la communauté jinséenne dans son ensemble. Les auteurs ne furent jamais officiellement identifiés.

Et la crise de Moon, paroxysme des tensions larvées vieilles de plusieurs décennies sinon siècles entre les deux ethnies principales du pays, devint une réalité en novembre 2013. Trois jours, trois, durant lesquels la province et sa capitale éponyme furent le théâtre armé qui n'eurent pas énormément de chose à envier avec la Ramchourie instable ou la Guerre des Triumvirs de Velsna. Le premier jour, les manifestations furent détournées pour se rendre à la résidence du gouverneur, ayant pour toute réponse le déploiement l’utilisation de canons à eau, de gaz lacrymogènes et d’un couvre-feu au goût amer. La réponse du lundi suivant n’offrit aucune perspective d’amélioration, à la tentative de prise d’assaut du gouvernement provincial et aux actes terroristes revendiqués par le groupuscule Heobok, les forces de sécurités choisirent les tires de sommation comme langage. Au mardi 12 novembre, les affrontements devinrent d'une sauvagerie sans précédents, un poste de police fut la cible de Heobok qui s'y attaqua à l'explosif et tua, au passage, cinq personnes dont deux journalistes. Là encore, Sokshō ne ménagea pas les insurgés en classant comme organisation terroriste Heobok et le conglomérat Jangga pour leurs liens assumés avec les rebelles. Des tribunaux militaires fleurirent aussi vite que les tombes.
La fin de la semaine sanglante fut marquée par l'arrivée de contingents militaires dans la métropole de Moon alors assiégée rendant ce qui n'était que le cri d'une population effacée en une guerre urbaine asymétrique. La situation demeura terriblement instable jusqu'en janvier de l'année 2014 quand sur ordonnance du cabinet, l'état de siège fut levé et que les commerces comme les institutions purent progressivement réouvrir. A la fin effective de la crise de Moon, en juillet, le bilan humain atteignait les 30 morts et des dizaines de blessés. Elle n'était évidemment pas terminée mais tout au plus contenue.
La résistance jinséenne ne fut pas vaincue par un changement de politique à Sokshō, elle mourut — si tant est qu'on puisse le croire — sous le rouleau compresseur de l'État tandis qu'en parallèle, à la Diète, une tout autre bataille faisait rage.

UNE MÉCANIQUE DE BASCULEMENT.
Il est un fait pour tous que tandis que Moon brûlait, Sokshō se transforma en achevant un basculement entamé deux ans plus tôt par une alliance informelle entre la vieille politique incarnée par le Parti de l'Aube — et sa victoire précaire aux législatives de 2012 acquise grâce 51 sièges du parti Uri — et le renouveau politique incarné par l'extrême-droite du Parti Saenuri. Si officiellement les deux challengers de la Diète s'opposèrent sur tous les plans, leurs coup de poker au sein de la représentation nationale pour une augmentation extravagante du budget de l'Armée mit devant le fait accompli toute la scène médiatique et politique fujiwane en dépit des besoins en matière de justice sociale et de lutte contre la pauvreté et provoqua une polémique dépassant les frontières du pays, faisant même jaser au sein de la Cours Législative. Bien que s'évertuant à ne jamais employer le même lexique, le motif fut unanimement le même pour les deux partis : maintenir la paix au Nazum et lutter contre l'influence grandissante du Kah. Cette ouverture aux idées d'extrême droite permit entre autre aux partis et groupes de cette mouvance de progressivement s'infiltrer dans toutes les strates de la population allant de la Justice à l'Économie et menant une politique ouvertement populiste avec un ennemi principal étranger et des ennemis nationaux alliés. La stigmatisation des Jinséens connue ses heures de gloire jusqu'à devenir un enjeux national révélé par la consultation populaire de la fin d'octobre 2013, quelques jours à peine avant la crise de Moon. Pour 72 % des interrogés, il fallait une révision constitutionnelle pour en finir avec le régime actuel vieux d'un demi-siècle tandis que pour 65 % des interrogés, les Jinséens étaient l'une des causes de cet échec et une menace à ne pas négliger. Un parallèle très dangereux pouvait alors déjà s'apercevoir avec certaines politiques eurysiennes du siècle précédent.

De là à prétendre que l'extrême-droite a bénéficié de l'essoufflement du parti de l'Aube et de la fin de son cordon sanitaire pour renverser les cartes à son profit, il n'y a qu'un pas qu'il est à la discrétion des lecteurs de franchir. Toutefois, l'entrevue du Premier ministre Yoshi Kojima (Aube) avec la journaliste Ayana Yuriko le 17 janvier 2014 ouvrit l'hypothèse d'une démission qui se concrétisa un mois plus tard après les révélations faites sur le financement du parti et offrit à l'extrême-droite fujiwane un boulevard vers la tête du Gouvernement. Et comme une évidence dans le coeur des fujiwans, Saenuri — devenu Kōdō — remporta la majorité des sièges de la Diète au prix de son leader Shinzo Sato, assassiné quelques jours plus tôt.
La nomination de l'ancien ministre à la Défense et personnalité clivante du paysage politique fujiwan, Ishida Shimura, fut probablement l'élément déclenchant la spirale du fascisme. Outre ses idées d'extrême-droite, le nouveau Premier ministre s'illustra pour son discours souverainiste et nationaliste que ses affinités avec les zaibatsus n'arrangèrent pas. Le triptyque stratégique présenté en juin 2014 ne fut que le premier pas, ce dernier prévoyait une nouvelle augmentation du budget de la défense pour soutenir les trois piliers stratégiques que forment la Stratégie de Sécurité Nationale (SSN), la Stratégie de Défense Nationale (SDN), et le Programme de Construction de la Défense (PCD) qui ensemble donnaient définitivement un nom à l'ennemi fujiwan : l'impérialisme étranger symbolisé par l'enclave listonienne de Macao — il est intéressant de noter que l'impératrice Himiko a su résoudre ce problème en annexant un Macao affaiblie par l'effondrement de la Listonie — et surtout, le Grand Kah.

Le chemin tracé et les défis identifiés, il ne resta plus grand chose à faire au parti au pouvoirs pour achever le basculement du Fujiwa vers un état fasciste. La consultation nationale autour de la nouvelle consultation débuta en ce sens en juillet 2014 pour s'achever en décembre de la même année. Elle précéda un référendum sur la question de la refonte des institutions du pays qui donna pour raison à l'extrême-droite à 66,8% des votes exprimés et légitima l'instauration du Shogunat Shimura. Dès lors, de nouvelles élections législatives furent organisées sous l'hospice du nouveau système. Kōdō consolida encore sa présence en prenant 378 des 500 sièges de la Diète pendant que le monocamérisme mourut.
Le Shogunat Shimura ne fut pas un coup d'État. Ce fut bien pire, à savoir une démocratie qui se dissous d'elle-même avec l'onction du peuple.

LE RÔLE DU GRAND KAH ET DU NEGARA STRANA.
Pour les observateurs étrangers, il est faux de prétendre que le Fujiwa s'effondra seul. Ce fut plutôt sous le regard attentif de puissances qui avaient tout à gagner à le voir trébucher et pour lesquelles, on pouvait avoir une entière confiance pour ne jamais manquer une occasion de l'y aider. Durant la majorité de son existence contemporaine, l'État du Fujiwa s'est évertué à conserver de bonnes relations avec son ancienne colonie stranéenne en dépit de l'écart idéologique grandissant qui les séparaient. Mais depuis la reconnaissance de fait de l'indépendance du Negara Strana, une épine demeurait dans le pied du géant nazumi, la devise nationale de son ancienne colonie. Si l'Histoire peut la justifier, force est de constater que pour les élites fujiwanes et, faut-il le souligner, une partie des élites stranéennes « Vive l’égalité ! A mort l’empereur ! » jetait une ombre sur le tableau. Avec le temps, la majorité des stranéens avaient abandonnés l'appel au meurtre du chef de l'État fujiwan, lui préférant la forme raccourcie de « Vive l'égalité ! ». Mais les célébrations de l'indépendance du Negara Strana en 2011 commémorant les cinquante-et-un ans de cet heureux événement [NDLR : selon les propos choisis par nos confrères du Dunia!.] sortirent le parti Saenuri de son silence. Lors d'une conférence de presse, le porte-parole de la formation politique exhorta le gouvernement fujiwan de réagir à cette devise et de faire valoir le même respect que celui attendu par les stranéens, sans succès. Malgré cela, il en résultat un débat à l'Assemblée Populaire du Negara Strana pour changer de devise qui remporta un franc succès.
Si les tensions furent sporadiques ensuite et alternèrent entre phase d'apaisement et phase de reprise, rien ne fut comparable aux ingérences kah-tanaise et, par extension, stranéennes qui eurent cours à partir de 2013 pour ne jamais plus se calmer. Lors de la crise de Moon, de nombreux rapports internes au Fujiwa, que nous avons pu obtenir pour cette enquête, démontrèrent un réseau de soutien de plus en plus présent à destination des militants jinséens de Moon et de manière plus globale, des indépendantistes avec une propagande assez soutenue provenant du Negara Strana et du Wanmiri, deux nations réputées pour être en très bons termes avec les communalistes. Bien que cela n'ait jamais été confirmé, il a été rapporté que — par exemple — des militants pro-jinséens au Wanmiri et au Negara Strana travaillaient avec les cellules kah-tanaises pour livrer des vivres, du matériel de propagande et des armes aux rebelles de Moon, défiant le blocus maritime instauré par Sokshō, officiellement pour protéger les eaux nationales du pays. Plusieurs actes de vandalisme et de sabotages furent constatés par la Force Publique sur la même période, leurs liens plus ou moins dilués avec les cellules du Kah dans ses pays alliés furent mis en évidences plus tard. Les partis stranéens et wanmiriens eux-mêmes s'emparèrent de la question, pesant de tout leur poids législatif sur leurs exécutifs respectifs pour forcer à une prise de position plus ferme.

De manière assez naturelle, ces occurrences de plus en plus nombreuses servirent le discours autoritaire et nationaliste de l'extrême-droite fujiwane qui s'engouffra dans la brèche pour renforcer sa position. La radicalisation de l'État arriva avec les législatives de 2015 et l'idéologie fasciste grandissante de Sokshō conduisit invariablement à intensifier sa propagande systémique contre le Grand Kah et ses alliés dans la région.
En réponse, un exercice militaire d'une envergure jamais vu dans le Sud-Nazum depuis des décennies fut réalisés en octobre 2016, conjointement entre les forces armées stranéennes, kah-tanaise et wanmiriennes. Certains observateurs rapportèrent sans pouvoir l'étayer correctement que l'exercice comportait, entre autre, une phase de décapitation de l'État-Major fujiwan, laissant entendre alors qu'une guerre totale n'était pas si lointaine que cela.
Le plus étonnant toutefois, fut que la question du Fujiwa et de l'intensification irrésistible des tensions avec le Grand Kah ne fut que très marginalement documentées à l'étranger. Ni la presse jashurienne, ni la presse lingoise, ni la presse burujoise n'en parlèrent vigoureusement tandis que ces trois pays étaient réputés pour être des alliés et partenaires des Kozuki. De là à dire que la situation aurait pu changer et que le dialogue aurait pu se réouvrir serait très présomptueux mais pas impossible.
Toutefois, notons que l'intensification du conflit larvé au Nazum conduisit le Grand Kah à mener une politique visant à massivement se réarmer et renouveler sa flotte. Parallèle terrible à faire, pendant que l'armée Kah-tanaise obtint une raison de se réorganiser massivement, le Fujiwa collapsa sous le poids de ses illogismes et de son nationalisme dégénéré. La situation conduisit à ce que les historiens appellent aujourd'hui la Guerre du Scintillant, qui n'a de guerre que le nom. Le dernier conflit opposant le Grand Kah, ses alliés et le Fujiwa dans l'océan Scintillant où le harcèlement de convois militaires et civils fujiwans par les forces armées alliées conduisit à la confiscation, la destruction ou le sabordage de l'intégralité de la flotte fujiwane ; tenait plus du harcèlement et de la quasi-guerre que d'une guerre totale réelle. Personne ne déclara la guerre à l'État du Fujiwa, parce que personne n'en eut besoin.

Bâtiment de guerre (cliquer pour ouvrir)
Des bâtiments de guerre en formation en mer d’Azur, lors des exercices conjoints « Aube d’Azur », octobre 2016. Pendant deux semaines, les flottes du Grand Kah, du Negara Strana et de la République Démocratique du Wanmiri ont manœuvré dans des eaux que le Shogunat de Sokshō revendiquait comme zone d’influence.
L'EFFONDREMENT DU FUJIWA.
Ce que la pression étrangère entama avec un certain succès, le régime l'acheva avec le même succès. L’isolement du Fujiwa de la scène internationale en raison de ses positions nationalistes et d’un certain désintérêt pour la cause aichi amena le pays à renforcer son discours nationaliste et accentua l’oppression des « dissidents » jusqu’à une forme partielle de privation de libertés fondamentales. Le régime en place ne pu résister à l’effondrement sous le poids de ses propres contradictions et il fallut attendre que cela soit inévitable pour que les alliés de Sokshō organisent une rencontre à en terre burujoise, précisément à Tairopototo, territoire frontalier d’une dépendance Kah-tanaise. La rencontre fastueuse ne donna rien de concret tandis que sa lenteur d’exécution condamna définitivement l’Etat du Fujiwa. Fin novembre, un second soulèvement de Moon appuyé par les militants indépendantistes et leurs alliés extérieurs conduisit à une intensification de la répression par les forces de sécurité. Dans un tragique effet domino, l’embrasement gagna la capitale où deux visions d’un même état s’affrontèrent. D’un côté les modérés cherchant à calmer les tensions faute d’appui étranger, soutenu par la Maison Impériale et le parti de l’Aube ; de l’autre les partisans de Kōdō, soutenu par les zaibatsus et le Shogun Shimura.
La force publique perdit tout contrôle des manifestants qui tenaient plus de black-blocs et autres milices autoproclamées qu’à des citoyens engagés dans leurs idéologie. Les plus extrémistes pénétrèrent l’enceinte sacrée du palais impérial, chose qui n’avait pas été observé depuis des siècles, avec l’unique obsession de déposer Oden Kozuki car jugé par le tribunal populaire comme étant un « dissident » lui aussi. Faute d’avoir eu le temps de se faire extraire, la famille impériale fut décimée dans des circonstances que les observateurs internationaux jugèrent particulièrement troublantes.

L’affaire ne serait pas tant un succès de la part des insurgés qu’une trahison interne. Un homme, dont l’origine comme le nom se sont dilués dans le brouillard post-effondrement aurait, selon des sources relativement fiables et concordantes, été placé comme garde rapproché de la famille Kozuki. Ce dernier, au moment de l’extraction aurait tiré à bout portant sur l’Empereur, son épouse et leurs enfants.
Il est de notoriété publique que les explications les plus simples sont les meilleures, ici certains points du discours ne semblent pas concorder notamment parce que la famille Kozuki n’avait pas l’habitude d’être systématiquement ensemble ou dans la résidence impériale de Sokshō — comme en témoigne l'absence d'Himiko Kozuki de la résidence — encore moins en période d’insurrection et sous menace d’une guerre. Toutefois et faute d’explications plus adéquates qui, sans aucuns doutes, ne viendront jamais ; cette justification devint la plus acceptable pour de nombreux spécialistes.

Le mois de novembre 2016 marqua la chute effective du régime qu’on marqua officiellement le 23 novembre. Alors que les terres étaient en feu, le commerce et les opérations militaires furent largement malmenée par une succession d’actes de piraterie et de harcèlement conduit par l’amirauté kah-tanaise, stranéenne et wanmirienne. Le conflit ne fut jamais déclaré mais les saisies, les abordages et les coulages de navire se multiplièrent. La marine impériale se déploya pour soutenir ses convois civils avec un succès relatif. D’abord redoutablement efficace sur les flottes inférieures en nombre et en qualité du Negara et du Wanmiri, elle essuya des plâtres de plus en plus violents face aux forces communalistes.
La diplomatie et les protestations ne permirent pas de calmer le jeu, le Kah feignait de chercher une solution qu’ils n’apportèrent jamais. Chaque fois les requêtes se perdaient dans les méandres administratifs de l’empire rouge. Un formulaire manquait, un dossier était incomplet, la lettre s’était perdue et son porteur châtié pour ses manquements.
Seul, le Fujiwa ne pouvait rien, son armée ne suivait ni techniquement ni numériquement. Les désertions, par ailleurs, se multiplièrent avec une vitesse étourdissante. Loin d’être un phénomène propre à cette corporation, l’émigration devint de plus en plus importante tant pour fuir l’invariable arrivée du Kah que pour esquiver un régime que la folie avait rattrapé.
Les corporations, les zaibatsus, à qui on peut à présent attribuer certains griefs de la situation, suivirent le mouvement et pour la majorité, quittèrent le Fujiwa pour le Burujoa ou le Jashuria.
Privé de ses milices corporatistes et avec une force publique surchargée subissant des désertions, la Sécurité Publique comme l'Armée ne parvinrent pas à empêcher les nombreux pillage qui devinrent monnaie courante dans le pays. La Diète se retrouva incapable d'apporter une réponse, pas plus que le Gouvernement qui fut bientôt décapité de son propre chef, le Shogun en personne. En effet, Ishida Shimura, disparu dans des circonstances tout aussi troublantes que la famille impériale, peu de temps après avoir été formellement désavoué par le reste d'une assemblée défaillante. Les rouages institutionnels de l'État du Fujiwa ne tournèrent bientôt plus du tout tandis que les crimes augmentèrent d'au moins 420 % en trois mois. La situation accentua la crise migratoire fujiwane qui compta au plus fort, près de 8 millions d'émigrants dont au moins deux rien qu'au Grand Ling.
Dans certaines provinces, un semblant d'ordre fut constaté sous les mains de groupes armés aux idéologies et aux origines diverses. Provenant de la toute proche Macao, par exemple, l'île de Wano tomba aux mains d'un clan hétéroclite dont les sources remonteraient à une compagnie fruitière indistinctement arobelana ou listonienne nommée Frutas y Verduras Grupo. Bien qu'il soit impossible d'en définir précisément les contours ou l'histoire de tous ses dirigeants, le plus notable fut sans contestes Anton Nacro qui dirigea le País Frutas de janvier 2017 à la fin d'année 2018. Il mourut peu de temps avant que les forces armées d'Himiko Kozuki ne pacifièrent l'île, officiellement d'une crise cardiaque massive.
Autre cas étonnant, fut pour la province de Iriko qui prit le parti de demander son intégration à la Nouvelle République de Jaya, choix stratégique pour conserver son intégrité et la continuation des services de l’Etat. Toutefois, notons que celle-ci passa par un nettoyage pur et simple de l’identité de la province selon les standards du Jaya. Là encore, la communauté internationale ne se prononça pas.

En quelques mois à peine, la troisième puissance du Nazum n’avait plus grand chose à voir avec un État, mais releva d’avantage d’un ensemble culturel de territoires.
Le plus étonnant résida dans le choix des puissances socialistes et communalistes de ne pas profiter de la désorganisation du pays pour achever leur œuvre de remplacement culturel. Au Grand Ling, on attribua cela à la nécessité pour ces nations de ne pas s’approcher trop près des limites acceptables tacitement fixées par Agartha, Neijing et Karaimu. Cette porte ouverte permit à La Dernière des Kozuki de rétablir l’Etat de droit.

HIMIKO ET LA RENAISSANCE.
Dans cette faille laissée par le Kah et ses alliés, Himiko prospéra en sa quête de refonder l’État de ses ancêtres.
Né le 26 mai 1993 de l'union entre le prince héritier Denjiro Kozuki et son épouse Reiko Kozuki, elle est la soeur cadette de Miyuki Kozuki et la dernière survivante déclarée de la Famille Impériale Kozuki dont elle doit la survie uniquement grâce au fait qu'elle était en visite au Burujoa au moment de la prise du palais impérial. Heureux hasard ou calcul précis, sa survie fait autant débat que la disparition du reste de sa famille.
Alors que le Fujiwa s'effondra, Himiko fut empêchée par ses agents de sécurité personnels de regagner le pays malgré son souhait de soutenir les siens. Ce choix, vital pour sa survie la conforta dans l'idée de chercher des soutiens externes. Depuis le Burujoa où elle séjournait comme invitée de marque, elle réunit des fonds privés provenant de mécènes plus ou moins influents pour porter de l'aide humanitaire à ses compatriotes. Lorsque le gros des zaibatsus fujiwanes s'exilèrent au Burujoa, elle s'opposa fermement à eux auprès des autorités locales avec un succès plus que médiocre. Fâchée de l'outrage subit, elle quitta le pays avec dignité et respect désigné par les observateurs internationaux « d'intention froide et maîtrisée » pour ne surtout pas froisser ses liens avec la Maison Impériale Burujoa en qui elle espérait trouver une aide le moment venu. Ce choix se révéla particulièrement habile, témoignant de l'aisance de la jeune femme pour les intrigues géopolitiques. Peu de temps après, elle arriva au Grand Ling où elle fut reçu avec les honneurs de son rang. Lors de son entretien avec Sa Majesté Ling Jiajing, elle argua que le Fujiwa ne pouvait demeurer une terre de non droit et qu'il fallait intervenir pour rétablir la Maison Kozuki. Dans un premier temps, les autorités lingoises se refusèrent à toute action directe contre le Negara Strana, le Wanmiri ou le Grand Kah mais sitôt la situation apaisée ou selon certaines rumeurs, sitôt les arguments de la prétendante au trône fujiwan dévoilé, l'Empire s'engagea à soutenir le rétablissement du trône du cerisier et offrit à Himiko une dote importante pour soutenir son train de vie et son travail de réhabilitation.
Cette dernière fit polémique et enfonça encore plus la Maison Impériale dans son scandale conjugal malgré de nombreux communiqués de démentis et l'apparition de plus en plus fréquente du couple impérial ensemble allant jusqu'à l'annonce d'une nouvelle grossesse de Sa Majesté Ling Fang.
Suivant l'exemple du Burujoa, Himiko Kozuki continua de chercher des mécènes et des soutiens pour le Fujiwa. Elle connue un certain succès auprès de nombreuses personnalités publiques et entreprises lingoises.
En août 2018, elle quitta le Grand Ling pour une tournée auprès de puissances étrangères et rejoignit l'Empire Xin, le Negara Strana, la Troisième République du Jashuria, le Duché de Sylva, l'Empire du Nord, le Royaume de Teyla avant de finir son tour par la Grande République de Velsna, la Grande République de Westalia, la République Fédérale de Tanska et la République du Talaristan. Chaque fois, elle bénéficia des restes de son service de sécurité, renforcé par des agents de la Garde Impériale lingoise.

Himiko Kozuki (cliquer pour ouvrir)
Himiko Kozuki, impératrice du Fujiwa, en mai 2019. Dernière survivante déclarée d’une dynastie que l’on croyait finie, elle s’est imposée comme le visage d’un pays sortant de l’effondrement. Sa restauration demeure précaire. Le Fujiwa a retrouvé une couronne, mais cherche encore un État.
Si la majorité des nations n'offrirent que des promesses vides d'engagements, certaines nations se montrèrent plus impliquées dans la crise fujiwane. L'Empire Burujoa et le Grand Ling en tête. Les deux nations finirent par s'engager pleinement à mettre des moyens pour aider la Reine-Prêtresse qui gagna ce surnom en convainquant de nombreux mécènes et volontaires de s'engager dans son armée de fortune alors même que la cause semblait de plus en plus désespérée à mesure que les refus se multipliaient. Aujourd'hui encore, il est impossible de comprendre la raison pour laquelle le Burujoa s'est engagé dans cette mission ou tout du moins, a-t-il laissé les siens s'engager. Certains spécialistes de la géopolitique nazumie évoquent des motifs historiques, des liens familiaux et surtout une volonté d'affirmer l'hégémonie burujoise sur le continent, alors principalement aux mains des jashuriens et de certaines puissances étrangères.
Pour le Grand Ling, les raisons sont encore plus difficiles à cerner selon ces mêmes spécialistes. L'idée d'une liaison amoureuse entre Ling Jiajing et Himiko Kozuki est la justification la plus débattue, c'est toutefois davantage en raison de la pression démographique et politique que représente les migrants fujiwans que par simple idéal chevaleresque. Reste que dans tous les cas, les desseins d'Himiko Kozuki purent se réaliser en décembre 2018 lorsqu'elle posa pied à terre à Kôchi, dans la province de Johto et remonta progressivement jusqu'à Sokshō en raflant au passage l'île de Wano puis, en mars 2019 l'archipel de Moon qu'elle pacifia selon les mêmes procédés usés auprès de ses mécènes. Elle ne se présenta pas, dit-on, aux jinséens comme un colon wano mais comme une égale et demanda à rencontrer le représentant du peuple jinséen qu'elle traita en égal. Il est cependant important d'offrir une nuance. La fédération de Moon au projet fujiwan fut terriblement difficile et longue. Aucune perte notable fut constatée mais de nombreux héritiers d'Hoebok, s'arrogant des droits et des titres de chefs locaux, luttèrent avec les mêmes tactiques de guérilla que celles observées sous le Shogunat. Moon, encore, attends impatiemment de voir comment la politique nationale va évoluer, jusqu'ici le Cabinet a été plus qu'intransigeant sur le respect des droits jinséens.
En parallèle de l'action continentale, des volontaires au service des Kozuki pénétrèrent sur l'île d'Udon où des lino-fujiwans vivaient depuis des décennies sous l'administration caratradaise. Ils prirent l'île au nom de l'État du Fujiwa sans qu'aucune résistance ne pu être significativement observée.
La réalité est qu'importé du Negara Strana, du Burujoa et du Grand Ling ; les autorités kozuki offrirent à une population délaissée et affamée un koku de riz par personne, soit 180 kg de riz, assez pour nourrir un homme pendant un an. La popularité des Kozuki simplifia grandement l'assimilation et l'acceptation du nouveau pouvoirs en place y comprit à Moon.
Partout où les bannières du Fujiwa se mirent à nouveau à voler au vent, l'administration Kozuki déploya son réseau et son énergie à reconstruire le pays en offrant de l'aide humanitaire d'urgence importée de diverses pays dont, évidemment, le Grand Ling et le Burujoa.
Pour ne pas réveiller la révolte jinséenne, Himiko Kozuki profita de sa visite en 2018 du Negara Strana afin de dénoncer les agissements du Shogunat et initié un apaisement des tensions avec Kotorakyat, formalisé lorsque le Fujiwa fut formellement réinstallé sur ses terres.
Seule la province d'Iriko ne put être récupérée. Himiko décréta alors, peut-être par vengeance ou plutôt par esprit revanchard, de récupérer l'ancienne possession listonienne de Macao.

C'est donc en mai dernier que la vie fujiwane reprit quelques légères teintes rosées en débutant par des élections législatives. Ces dernières, bien qu'accélérées, rendirent le pouvoir au Parti de l'Aube qui joua frontalement avec la peur bleue de voir le retour d'un fascisme fujiwan présidé par les extrêmes et en tête Kōdō qui se retrouva dangereusement isolé de la scène politique fujiwane au point de constater que la moitié des plus modérés de ses membres s'en dissocier pour reformer l'ancien mouvement que fut Saenuri. Un accord tacite et officieux se fit sentir pour isoler d'un cordon sanitaire la formation Kōdō qui ne remporta aucune place à la Diète ni aucune municipalité, préfecture ou province. Poussée par une Himiko déterminée et son Premier Ministre, Saturo Kurobane, une nouvelle ère pour le Fujiwa s'ouvrit sous un vent sociolibéral assumé, largement emprunté de l'ancien État et de l'actuel Grand Ling dont on prétendit très ouvertement en être l'instigateur.

La restauration Kozuki avait réglé une question de pouvoir. Elle laissait entière celle du pays auquel ce pouvoir prétendait répondre.

LE RETOUR DE LA QUESTION INITIALE.
C’est cette incertitude qui ramène à la question posée il y a un an, quelle que soit la position du lecteur a propos des liens entre les deux maisons ou des relations personnelles prêtées à leurs chefs. L'Empire du Grand Ling et le Fujiwa ont toujours entretenu des relations correctes, forgées récemment à l'échelle de ces pays mais assez ancienne du point de vue de nos contemporains. On se souvient alors qu'à une époque, les deux puissances étaient rivales sur la question de l'Empire d'Alarya, le Grand Ling défendant son royaume constitutif et le Fujiwa le sien. Depuis, une entente cordiale fut signée, contresignée deux fois et le Fujiwa devint davantage l'allié que l'ennemi en aidant, notamment, à construire le réseau ferroviaire lingois jusqu'à perdre de nombreuses plumes dans l'équation du fait de la Grande Dette du rail. Puis, l'effondrement du Shogunat provoqua un exode massif si violent que le Grand Ling vit ses terres submergés de Fujiwans en quête d'un nouveau paradis. Ce paradis lingois, si tant est qu'il existe, conduisit invariablement à la crise politique majeure de ces deux dernières années qui, ainsi que rappelé en introduction de cet article, trouva comme réponse de la part de l'exécutif une possible intégration d'une neuvième ethnie mais au risque de devoir affronter une vague contestataire sans équivoque de ce dernier siècle.
Le Grand Ling n'a jamais été un friand défenseur des idéologies socialistes, tout comme le Fujiwa et a toujours dénoncé l'inaction des Accords de Sokshō face à la prolifération du Grand Kah au Nazum sans toutefois s'octroyer les moyens de son opposition. La Communauté des États du Nazum est la digne héritière de cette position lingoise qui a vu les derniers travaux de l'Honorable CHEN Hu s'articuler autour de la définition de l'ethnie nazumie et des moyens judiciaires de coercition. C'est à dire, de préparer des garde-fous à plus d'impérialisme extra-nazumi.
Le Grand Ling est également un pays qui a fait de la realpolitik — selon les éminents auteurs raskenois du XIXe siècle — qu'on peut désigner parfois par la raison d'État — selon les théoriciens teylais du XVIIe siècle — la pierre angulaire de sa politique internationale. Loin de se morfondre dans les seules limites que lui impose ses idéaux, le Grand Ling préfère encore les alliances et partenariats de circonstances au service de la santé de l'État. C'est selon cette logique que l'entente cordiale entre le Grand Ling et le Fujiwa naquit et selon celle-ci que les relations avec le Negara Strana sont amicales malgré des liens et différences marquées.
Les motivations du Grand Ling a soutenir une Maison impériale au bord de l'implosion relèverait donc en priorité des bénéfices que l'Empire pourrait tirer à reconstruire le pays, rendre ses entreprises indispensables et inciter les Fujiwans à rentrer chez eux que soutenir une monarchie constitutionnelle aux idéaux progressistes. L'aide est donc calculée au liang près, au soldat près, au convois humanitaire près mais jamais avouée comme telle. C'est tout du moins la théorie de JUNG Hae Ah de l'université de Hwajeon dont le parallèle ethnologique avec les jinséens peut prêter à sourire. L'enseignant-chercheur en sciences-politiques, auteur du livre Le Grand Ling : De la raison d'État publié aux éditions Shanhai et double doctorat en sciences politiques et en politique internationale évoque dans son ouvrage toute la tradition historique du Grand Ling autour de cette politique en prenant les exemples flagrants des accords ferroviaires avec les puissances eurysiennes, la lutte pour la souveraineté continentale et l'intégration au sein de l'Organisation des Nations Démocratiques dans un contexte de montée en puissance des tensions au Médian et après l'échec d'une diplomatie active en Ramchourie et au Chandekolza laissant à l'Empire des Xin le terrain libre pour se reformer et prendre la place de première puissance du Nazum central. A elle seule, la pression migratoire ne peut pas justifier une telle action sinon la Maison Impériale n'aurait pas été prompt à rendre son hymne national si dépassé et son surnom d'Empire des Huits Nations si imparfait.

Cette justification, bien plus admise dans les cercles politiques de Neijing, est un secret de polichinelle qui pourtant n'est jamais commenté par le Pouvoir, aujourd'hui encore et malgré nos sollicitations, le Palais Pourpre reprend son appellation de Cité Interdite où la vérité ne peut pas être dévoilée sans qu'un scandale d'État ne contraigne la diplomatie lingoise à se prêter au jeu des compliments auprès des chancelleries étrangères. L'Empire a encore besoin de son réseau d'alliance très diversifié qu'il cultive d'une main de jardinier pour se permettre d'avouer qu'il existe une part de lui prête à considérer des rapprochements avec ce qui était hier encore, d'horribles adversaires.

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Logotype du Bureau du Premier Ministre.

DÉCLARATION DU PREMIER MINISTRE DE SA MAJESTÉ.
Monsieur le Premier Ministre ZHOU Lee, 11 septembre 2019.


Objet : Sur la situation à Westalia et en mer intérieure d'Hiromi.

Au nom de Sa Majesté le Vénérable Céleste Auguste de Jade, Ling Jiajing, de la Maison Ling, empereur du Grand Ling, protecteur des îles Lanhu, gardien de l'Épée céleste et du Sabre du dragon, actuel occupant du Trône du Dragon, héritier de l'Empereur de Jade et du Ciel ;

Monsieur le Premier Ministre, l'Honorable ZHOU Lee, par l'intermédiaire du Cabinet de Sa Majesté, du secrétaire d'État et de l'État-Major des armées et du Secrétaire d'État, a soumis à Sa Majesté les recommandations suivantes, que Sa Majesté a acceptées.
Le présent communiqué expose, dans leur intégralité, les positions de l'Empire du Grand Ling concernant la situation dans la Grande République de Westalia et en mer intérieure d'Hiromi, ainsi que les mesures décidées en conséquence par le Cabinet de Sa Majesté.

L'Empire du Grand Ling a observé avec attention le déroulé de l'exercice démocratique de l'été dernier au sein de la Grande République de Westalia et les conséquences d'avoir fait un choix pendant une période d'incertitude et de traumatisme national. Il est impossible de remettre en cause l'exercice démocratique d'une nation, encore moins une étrangère et il n'est pas question ici de dicter à Westalia comment elle doit ou non agir sous prétexte que le Grand Ling serait une puissance majeure du Nazum et membre de l'Organisation des Nations Démocratiques.

Toutefois et au regard des mesures prisent par Westalia, le Cabinet de Sa Majesté a déployé tout son arsenal juridique et diplomatique afin de permettre le rapatriement des ressortissants lingois qui le souhaiterait vers le pays. S'opposer à leur retour serait un grave manquement aux libertés fondamentales des lingois et aux principes élémentaires de l'action diplomatique. Monsieur l'Ambassadeur de Westalia au Grand Ling a d'ailleurs été notifié qu'il était tout à fait dommageable de s'opposer à ce rapatriement et espère que les autorités westaliennes agiront en conformité avec les attentes internationales sur la question. Cette crise ne concernant pas les ressortissants lingois venus à Westalia pour prospérer et par amour pour la nation aleucienne.


L'Empire du Grand Ling tient à préciser sa position à l'égard des différentes parties prenante de cette crise.

S'agissant des autorités nouvellement élues de la Grande République, il est impossible de leur reprocher d'appliquer leur programme en toute transparence mais il est regrettable de briser ce qui faisait la force de Westalia, son multiculturalisme. L'Empire lui-même, surnommé Empire des Huit Nations, est un pays multiculturel qui a subit d'importantes tensions ethniques récemment avec la crise au Fujiwa. Mais notre devoir est d'être juge et arbitre et de tout faire pour qu'aucun ne puisse opprimer les autres, il est aussi du devoir d'un gouvernement qu'aucune ethnie ne stygmatise une autre. La Grande République ne l'a pas oublié et l'Empire du Grand Ling est convaincu qu'elle s'en souviendra bien assez tôt.

L'Empire sera encore attentif à la situation et son évolution au sein de la Grande République dans le plus strict respect des normes diplomatiques et de la Souveraineté nationale. Westalia demeure aujourd'hui encore, un partenaire économique et stratégique de première instance.


Au regard de la situation régionale et des activités actuellement en cours au sein de la Communauté des États Nazumis qui pourraient porter préjudice à la stabilité régionale en raison du vote d'exclusion actuellement débattu au sein de l'assemblée communautaire ; au regard de l'absence d'action coercitive ou volontairement belliciste de la part du Dyl'Milath ou des forces illégitimes qui occupent le Sultanat de Ninchi ; il a été décidé par Sa Majesté, en accord et sous le conseil du Premier Ministre et de l'État-Major de l'Empire du Grand Ling, de réduire les forces militaires lingoises présentes dans le détroit de Tahoku.
Il a donc été demandé à maintenir une présence minimale en alerte en l'espèce de deux corvettes de première génération et de cinq vedettes de surveillance maritime de seconde génération. Le groupe aéronaval, jusqu'ici déployé, a été commandé pour retourner à sa base navale de Lingbo où il recevra une inspection et sera prêt au déploiement si besoin est.
Le niveau de vigilance militaire est toutefois maintenu à son degré quatre.


Face aux nombreux périls, à l'instabilité chronique du continent et maintenant que l'Empire du Grand Ling est un État-membre de l'alliance militaire de l'Organisation des Nations Démocratiques, les standards militaires de l'Empire et son armée vieillissante ne permettent pas de maintenir les objectifs portés par l'OND et voulu par l'Empereur pour assurer la défense de la Nation et porter assistance aux partenaires et alliés stratégiques du Grand Ling.
Après consultation du Premier Ministre, du Secrétaire au Trésor, du Secrétaire à la Défense par Sa Majesté ; le programme Baihu a été décidé. Celui-ci doit permettre de pourvoir d'ici 2025 au plus tôt de forces armées modernes et équipées des meilleurs outils à leur disposition réalisé par plusieurs acteurs nationaux ou internationaux provenant des alliés et partenaires stratégique du Grand Ling.

  • La première phase du programme qui doit se dérouler jusqu'en 2020 comporte la modernisation de l'Armée du Grand Ling par l'acquisition de tout un arsenal gravitant autour de l'artillerie mécanisée pour protéger les composantes humaines tout en assurant des prises ou des défenses rapides et de la reconnaissance avancée du théâtre d'opération.
  • La seconde phase du programme qui doit se dérouler de 2020 à 2023 comporte la modernisation de la Force aérienne du Grand Ling par l'acquisition de tout un arsenal gravitant autour de la polyvalence des moyens de lutte utilisés, de l'interdiction aérienne pour la défense de l'espace aérien lingois et de la projection aérienne afin d'assurer une bonne reconnaissance des théâtres d'opération.
  • La troisième phase du programme qui doit se dérouler de 2023 à 2025 comporte la modernisation de la Marine du Grand Ling par l'acquisition de tout un arsenal gravitant autour du soutien à la Force aérienne du Grand Ling et à l'Armée du Grand Ling, de la projection éloignée pour soutenir les théâtres d'opérations de l'OND et de la protection de la Zone Maritime Souveraine comme de l'espace d'influence lingois en coopération avec les alliés et partenaires stratégiques.

Ces axes primordiaux permettront d'ici les prochaines années de faire de l'Empire du Grand Ling une nation forte, difficilement discutable et surtout en capacité d'assurer le plein exercice de sa souveraineté en étant en capacité de largement se dissocier d'acteurs régionaux ou internationaux avec lesquels des désaccords peuvent exister mais dont l'apparente faiblesse de l'Empire pourrait taire toute volonté d'écouter ou de respecter la Nation lingoise.

Monsieur l'Honorable Premier Ministre de l'Empire du Grand Ling, ZHOU Lee.

Sceau de l'Empereur
Le Sceau de l'Empereur.


Armoiries du Grand Ling.
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Image d'illustration.

CHAPELLE ROUGE.
Kaulong, 12 février 2020.

Avertissement : contenu sensibleCe texte aborde des sujets complexes et contient des scènes explicites, de la nudité ou des images de violence susceptibles d'heurter votre sensibilité. Je recommande la plus grande prudence si vous êtes sensible à ces thématiques ou si vous vous sentez actuellement vulnérable. Réservé à un public averti.

Il était onze heures, peut-être douze, lorsque le téléphone de l'inspecteur WEN sonna faisant vibrer toute la table de chevet. Le quinquagénaire ne se réveilla pas directement, la pluie qui tambourinait aux carreaux de son appartement ne l'avait pas réveillé, pas même la télévision encore allumée qui jouait une émission du soir réputée de mauvaise qualité. Pas plus que les voisins bruyants se disputant jusqu'à faire chanter la vaisselle puis se réconciliant bruyamment dans le lit. Ou probablement était-ce dans la salle de bain cette fois-ci ? À moins que ce soit dans la cuisine.
Non, rien ne le réveillait après ses trois verres réglementaires de triple sec caratradais. À l'exception de ce foutu téléphone qui ne sonnait à cette heure-ci jamais plus que lorsqu'il devait partir travailler en urgence ou que sa fille l'appelait en sanglot pour lui demander quelques taëls avant de crier en le traitant de « vieux con réac » après avoir essuyé un refus.
La deuxième sonnerie le sortit de sa torpeur habituelle et au passage, lui évita d'aller trop loin dans cet incessant rêve qu'il faisait chaque nuit depuis des années. C'était toujours ce même visage qu'il voyait, cette gamine courant vers lui en hurlant comme si la peau lui fondait sur les os. C'était il y a presque vingt ans, quand il était au Wanmiri. Dans un grommellement déformant horriblement sa bouche, il se tourna pour prendre son téléphone qui chargeait sur la table de nuit. Il renversa au passage un verre à moitié vide par terre et ne put pas s'empêcher de s'exclamer « Putain de merde... ».

— Qui est l'ignoble sac à merde qui m'appelle à cette heure-ci ?
— Inspecteur ? C'est ZHENG Lifen.
Répondit une voix à qui on prêtait très volontiers la double casquette d'être douce et ferme en même temps.
— Ah sacré Ciel, qu'est-ce que tu veux Rookie ?
— Désolée de vous déranger. Vous devez me rejoindre à Kaulong, le cerisier a une nouvelle fois frappé.
— Ah, bon. J'arrive dans dix minutes.
— D'accord, je transmets que vous serez là dans vingt minutes. À de suite.
— Quoi mais… Allô ? Allô ?

ZHENG avait déjà raccroché. Elle commençait à bien connaître son co-équipier depuis qu'on l'avait mise en doublon avec l'inspecteur WEN voilà huit mois déjà. Au début, il avait protesté auprès de son commissaire qui avait fait le choix de l'ignorer gentiment en lui disant que de toutes manières, il était déjà à son deuxième avertissement et qu'il n'en aurait pas trois. ZHENG venait de la Brigade financière, elle avait débuté dans la police par là et par certains aspect devait représenter l'avenir de la vieille institution. WEN ne pouvait pas la blairer pour reprendre ses propres mots, elle représentait à ses yeux tous les défauts de la police. Davantage un profil de bureau que de terrain, elle était dénuée d'antécédents à l'armée ou dans d'autres corporations de police. Il répétait à qui voulait l'entendre que pour lui, la nouvelle marmaille était plus encline aux rapports bien faits qu'à l'action sur le terrain et que cela causerait la perte de la Maison. Fait amusant, s'il l'était : on prouvait chaque jour que ce nouveau sang apportait à la police de meilleurs résultats plutôt grâce à ses compétences en profilage et au respect du règlement et des lois qu'à de meilleurs réflexes en ville. Mais ce débat, mille fois tenté entre ZHENG et WEN, était perdu d'avance.
L'inspecteur enfila le minimum syndical composé d'un jean usé, d'une chemise à fleurs blanche et de son vieux cuir délavé. Cette tenue, il la portait presque quotidiennement si bien que ses collègues avaient suggéré l'idée qu'il n'avait que ça dans sa garde-robe. Ce n'était pas tout à fait faux. Il prit le chemin du sous-sol de son immeuble non sans oublier d'embrasser de la main le petit autel qui se tenait à l'entrée de son appartement comme un geste mécanique qu'il reproduisait dès qu'il rentrait ou quittait la pièce. Dans les entrailles du bâtiment dormait sa Dahatsu D71 et s'y engouffra en ignorant le « lave-moi » écrit au doigt dans la poussière sur sa vitre arrière.
Cette voiture, il l'adorait. Elle lui avait été fournie par la police comme véhicule de fonction voilà plus de vingt ans et avait systématiquement refusé de la changer malgré son récalcitrant problème de démarrage. La voiture n'échappa pas à la règle ce matin-là et se montra peu coopérante les deux premières fois. Une fois le moteur chaud, disait-il, elle ronronnait comme un chaton rempli de lait.

Les lumières irradiantes de la ville dansaient sur la carrosserie tandis qu'il s'avançait, sirène hurlante, vers les quartiers les plus malfamés de la mégalopole lingoise. L'âpre combat que se livrèrent les néons bleu-roses de la ville avec les phares pâles et les gyrophares de la Tricorps se tut bientôt à l'approche de la cité de Kaulong où les lampadaires devenaient davantage plus sages quand ils ne cessaient pas tout simplement de fonctionner.
Il connaissait bien Kaulong, pour s'y être rendu un nombre incalculable de fois. La moyenne provinciale de criminalité explosait justement parce que cet amas de taudis existait et qu'en zone de non-droit, la police avait cessé d'intervenir pour les petits délits laissant les habitants en proie à eux-mêmes. Kaulong était difforme, malfamé, étouffant et surtout abandonné de tous. S'y rendre comme y vivre était une punition sauf pour la pègre qui y voyait en ce labyrinthe un endroit parfait pour y faire fleurir ses affaires. Loin des regards intègres, de la police ou des riches. Il y avait autant d'habitants que de rats au mètre carré, et un comptait pas moins de 1,9 million d'habitant au km².
Parfois, un politicien en quête de réélection parlait de la raser pour en faire des résidences modernes, parfois une opération coup de poing y était menée avec des moyens complètement ahurissants. Mais, la plupart du temps, on regardait l'ensemble au loin avant de rapidement détourner le regard.

Kaulong by night

Dans Kaulong, il y avait aussi une quantité astronomique de bordel. La zone, quoi que directement rattachée à Zhenzhou et se trouvant dans sa périphérie ouest, était une zone n'appartenant ni à la province, ni à la municipalité. Officiellement, l'État fédéral en était le propriétaire et le gestionnaire, toutefois il ne faisait rien pour exercer son pouvoir sur l'endroit. Il n'y tenait pas particulièrement, s'en remettant à des lois ou des jurisprudences pour faire pleurer le compte en banque de Zhenzhou qui refusait catégoriquement qu'on lui refile le bébé. Détruire l'endroit coûtait trop cher à qui voudrait bien payer, le reconquérir coûtait encore plus cher. Alors, en attendant, tout le monde acceptait gentiment de vivre dans le flou juridique et c'était précisément ce flou qui offrait à la citadelle la possibilité d'y semer de nombreuses maisons closes tandis qu'elles étaient interdites dans la ville. C'était justement l'une d'entre elles où se rendait WEN, pour le travail, bien sûr. Parfois, on apprenait dans la presse qu'un touriste trop aventureux y avait perdu la bourse et il n'était pas toujours question d'argent. En effet, le trafic d'organes était le deuxième pilier de cette communauté idéale auquel on ajoutait sans peine le trafic d'être humain, de drogue, de contrefaçon, de blanchiment d'argent ou autre recel de vol.
Vingt minutes exactement après son départ, l'inspecteur WEN arriva sur les lieux. À nouveau, un balai de lumière s'évertua sur la carrosserie de sa voiture. Il était provoqué par la vingtaine de véhicules de police qui attendait devant l'une des nombreuses entrées de Kaulong. Ils étaient protégés par une armée de policier dont certains habillés en tenue anti-émeutes. Au milieu de tout cela et à l'abri de la pluie battante, une jeune femme en tailleur noir discutait avec un policier plus qu'équipé. C'était, à n'en point douter, l'inspectrice ZHENG.

WEN sortit de sa voiture, la poussière avait été retirée par la pluie, mais elle n'avait rien pu faire pour tout le foutoir composé de déchets alimentaires, de vieux journaux, de paquet de cigarettes vides et de tout ce qui pouvait servir lors des filatures. Il s'approcha de sa coéquipière qui, en le voyant, lui sourit de toutes ses dents blanches. Il détestait ça, se frottant le nez en reniflant à cause de la pluie, il marmonna dans un soupire « fait chier... ».

— ZHENG.
— Ah, notre belle au bois dormant arrive enfin pour nous prêter main forte.
Répondit la jeune femme, l'œil brillant et le sourire en coin.
— Ouais, ouais, fous-toi de ma gueule Rookie. Qu'est-ce qu'on a ?
— Au fond, je sais que vous adorez cela.
Elle savait qu'il détestait. C'était pour elle un jeu d'amour-haine avec un coéquipier dont elle n'avouait jamais apprécier et en être exaspérée.
— Mh, mh. Bon, tu me dis pourquoi tu m'as fait me lever ? Kaulong est un repère de pute et de dealers. J'interviens pas pour des meurtres ici.
— Personne n'intervient jamais à Kaulong pour les putes et les dealers. Mais, quand ces mêmes putes sont tuées avec une ravissante cerise laissée en carte de visite, ça devient plus intéressant.
— On gère plus de 6000 km² et fallait que ces fils de pute nous obligent à trainer nos guettres ici. Foutu ville.
— C'est logique, on ne vient pas ici. Ils peuvent s'en donner à cœur joie.
— Presque pas. J'ai dit que je venais pas pour des meurtres, mais je suis déjà venu quelques fois ici pour d'autres affaires. En '98 on avait dû faire tout un dispositif du genre car une piste d'enlèvement nous ramenait sans cesse à Kaulong. C'est là que l'ancien toi a pris sa première balle.
Il se mit à rire avant de poursuivre nerveusement Et en plus, fallait qu'elle arrive directement dans son cul. Sacrée époque !
— Formidable, je tâcherai de protéger mon cul, comme vous dites, alors. On y va ?


L'équipe se mit en marche vers l'entrée de Kaulong. Sur le chemin, tous étaient attentifs aux moindres faits et gestes. D'ordinaire, la population se terrait chez elle en attendant que la police passe, certains narcos et autres enfants de chœur se cachaient aussi, trop intéressés à protéger leur petit commerce artisanal qu'à chercher un affrontement direct avec les forces de l'ordre. Toutefois, il arrivait que des gangs décident de protéger leur territoire. Les pires d'entre-eux étaient probablement la triade des Neuf Dragons ou la Milice. La première avait la mainmise sur la majorité du crime organisé au nord du pays, leur bastion était Zhenzhou tandis que la seconde, bien moins importante, était une sorte de groupe paramilitaire s'étant rassemblé dans un délire de micronation. Ils prétendaient défendre les intérêts de la République de Kaulong, nom affectueux qu'ils donnaient au quartier et dont ils se prétendaient être la force armée. Leur entraînement militaire rendait toute opération du ZPD très complexe. Les Neuf Dragons leur fournissant des armes de contrebande importées d'Alguarena. Leur chef était connu sous le nom de Bradford et il s'était autoproclamé Sergent, tandis qu'il régnait sur Kaulong avec son épouse, une dénommée CHEN Lucy.
Le groupe était composé de plusieurs policiers en tenue d'intervention tactique, ils avançaient dans les ruelles sécurisées de Kaulong, épaulés par une dizaine de policiers déjà en faction. Dans les faits, leur itinéraire avait déjà été sécurisé et ils ne s'occupaient plus que de convoyer les deux inspecteurs vers la scène de crime. Sur le chemin, WEN regardait du coin de l'œil sa coéquipière qui, entre-temps, avait attaché ses cheveux dans un chignon assez lâche. Il lui donnait une grâce que le tailleur très formel tentait sans succès d'étouffer.

Ruelle typique de Kaulong

Dans les ruelles sombres de Kaulong, la pluie ruisselait par toutes les fissures possibles et imaginables laissant sur son passage de nombreuses traces noirâtres ; elle apportait avec elle son parfum qui amplifiait l'odeur putride qui régnait dans ces lieux maudits. À en croire ceux qui s'étaient risqués à la décrire, l'atmosphère lourde et chargée d'une odeur indescriptible, mélange d'huile de cuisson, de cadavre en décomposition, de déchets organiques et d'urine. Parfois, une fragrance de déjection humaine ou de moisissure venait achever ce tableau. Il fallait être à Kaulong pour comprendre la cité. Certaines ruelles ne faisaient pas plus que la taille d'un homme et il existait de nombreux passages dissimulés au gré des constructions que la police nommait pour elle des vents, d'autres appelaient ça des chatières comme dans les carrières sous-terraines de Neijing. On disait qu'il existait tout un réseau parallèle de tunnels qui rendait toute appréhension dans Kaulong impossible. Étonnamment, depuis que la Milice avait pris possession des lieux, de plus en plus de ruelles étaient éclairées et par moments, on aurait pu distinguer un réseau de ventilation servant à aérer l'endroit. Quelques places, si tant est qu'on pouvait les qualifier comme telles, avaient été décorées de fresques murales tantôt pour vanter les exploits du groupe paramilitaire et inciter à rejoindre ses rangs, tantôt pour simplement décorer les lieux. Pour se rendre sur leur scène de crime, l'équipe devait traverser la place de la Vague. C'était en fait une représentation de la très célèbre huile sur bois de 1830 « La Grande Colère de Lianhua » de l'artiste Saikuho. Par certains aspects, la Milice avait rendu service aux forces de l'ordre sans pour autant leur laisser le champ libre.
C'était d'ailleurs ainsi que trois de ses membres s'étaient présentés aux policiers. Ils étaient plus lourdement armés que les forces d'intervention du ZPD et avaient la connaissance du terrain pour eux. Après discussions entre le ZPD et la Milice, une sorte d'accord contre-nature fut conclu. La Milice s'engageait à interdire aux habitants toute représaille contre les policiers si ceux-ci quittaient les lieux dans les quatre heures. Quoique complètement illégal et normalement impossible, la police avait accepté, davantage car cela lui permettait d'agir sans trop être dérangée et évidemment, pour acheter la paix sociale. WEN en était révolté, mais à son niveau, il n'aurait rien pu faire hormis un second trou de balle.
Il regarda à nouveau sa coéquipière et se racla la gorge, tandis qu'ils arrivaient bientôt sur les lieux.

— Et euh, Rookie ? Tu as des infos à me donner ?
— Je vous avais envoyé par courriel tout ce qu'on avait, vous n'avez pas reçu ?
— Ah ça, ouais, si. J'ai juste pas lu, j'aime pas les courriels.
— Y a pas grand-chose que vous appréciez, WEN.
— Mais j't'emmerde ! J'aime plein de choses. Par exemple j'adore les burritos de chez Chen Chamas !
— Ouais... Je vois ça.
Dit-elle en baissant légèrement les yeux vers le ventre bedonnant de l'inspecteur. Autrement, on se rend à Chapelle Rouge, ça vous parle ?
— C'est pas le bordel construit dans l'ancienne église ?
— C'est ça. Celle construite par les missionnaires gallèsants il y a de ça quatre-cent ans lorsqu'ils avaient un comptoir à Zhenzhou.
— Tu vois, y a un truc que je comprends pas. Pourquoi des putains d'Eurysiens sont venus construire leurs temples dans nos places fortes ? Kaulong c'était bien un fort construit par les Nara à la base, non ?
— Question de géopolitique, j'imagine. C'est lié aux expéditions de l'autre là… Tersai d'Empror ou un truc du genre.
— Ouais bah la politique ça m'emmerde. Alors, la Géopolitique je t'en parle pas.
— Je comprends. Moi, j'aime bien. Pour revenir sur l'affaire, ce qui est étrange c'est que l'appel qu'on a reçu pour signaler ce meurtre ne venait pas de Chapelle Rouge.
— Attends, y a des cabines dans Kaulong ?
— Des cabines ? Téléphoniques ? Mais, vous vivez à quelle époque ? Non, il a été passé depuis un téléphone prépayé, à l'autre bout de la ville, à Haiwan Bay.
— Haiwan Bay ? C'est bizarre. Comment un type d'Haiwan Bay peut-il savoir ce qui se passe dans les tréfonds de Kaulong ? Faut forcément qu'il ait eu un intermédiaire.
— C'est exactement ce qu'on s'est dit. Alors, la crim' a fait tracer l'appel et une équipe s'est rendue sur place. Ils ont retrouvé le téléphone en miettes dans une poubelle, près du parc.
— Donc on en obtiendra que dalle...
— Par forcément, il était en miettes mais il marchait encore, le type a pas dû l'éclater assez fort. Il est actuellement au labo pour analyse, on devrait en savoir un peu plus d'ici quelques heures.
— Bon, c'est toujours mieux que rien. On est encore loin ?
Questionna l'inspecteur Wen, lassé de marcher dans ce labyrinthe répugnant.
— Non c'est à côté maintenant, mais… Inspecteur ?
— Mh ?
— Préparez-vous. Sérieusement.

Avertissement : contenu sensible, dernier rappelCe texte aborde des sujets complexes et contient des scènes explicites, de la nudité ou des images de violence susceptibles d'heurter votre sensibilité. Je recommande la plus grande prudence si vous êtes sensible à ces thématiques ou si vous vous sentez actuellement vulnérable. Réservé à un public averti.

WEN arqua un sourcil. La Rookie lui disant quoi faire ? Après toutes les horreurs vécues à l'armée puis au ZPD ? Après avoir vu sa femme, leur fils dans les bras, le regarder en souriant avant d'être balayés par le souffle d'une explosion dans leur dos ? Il fit une moue de la main et s'engouffra dans Chapelle Rouge. La première salle était semblable à d'habitude, si ce n'est qu'on aurait dit qu'une tornade était passée par là. Les premières conclusions de l'enquête indiquaient que tout ce foutoir inhabituel même ici avait été provoqué par un mouvement de foule, donc que le Cerisier ne s'était pas caché pour sa sortie ou alors qu'il fallait effectivement se préparer. Ils prirent l'escalier qui conduisait à l'étage, au niveau d'une suite nuptiale où un jour s'était tenu un orgue. Alors qu'ils montaient, ZHENG indiqua que la crim' était déjà passée, qu'ils n'avaient pas besoin d'une combinaison blanche car tous les indices avaient déjà été répertoriés ou prélevés.
Dans cette pièce, un silence lourd régnait. Un agent de police téméraire notait avec difficulté sur sa tablette les observations et répertoriait tous les échantillons prélevés tandis que la scène était pour le moins infâme.
Dans la pièce, un lit central en pagaille trônait au centre, un vitrail illuminé dans le dos et dessus, trois non quatre prostituées dont l'une d'entre elles en position du Christ. À regarder leurs visages juvéniles, elles n'avaient pas plus de seize ans, ce que les autopsies confirmeraient plus tard. Elles portaient une lingerie érotique maculée de sang dévoilant leurs seins desquels des cicatrices d'opération esthétique étaient visibles au niveau des mamelons. La tenue était complétée de porte-jarretelles et d'une paire de bas résilles.
Leurs corps, normalement temple de l'innocence pour cet âge, étaient recouverts de sang, le ventre ouvert en deux et les viscères sorties. Toutes étranglées post mortem avec leurs propres intestins. Leurs vagins avaient été découpés, il ne restait plus qu'un amas de chaire sanguignolantes. Aucun homme ne pouvait être à l'origine de cela, aucun être humain ne pouvait en être capable. Seulement un monstre, une créature damnée par les dieux.

Sur leur visage, justement, un sourire était dessiné avec du sang, suivant parfaitement la forme des lèvres et s'allongeant sur les joues tandis que sur leurs yeux fermés, deux circonflexes étaient dessinés avec ce même sang. Il manquait l'oreille gauche à toutes ces jeunes filles et dans la bouche, une cerise. C'était la marque de fabrique du Cerisier, une cerise dans la bouche de ses victimes.
La scène était insoutenable, ZHENG s'excusa un instant et sortit quelques minutes après. Le policier qui ne devait pas avoir plus de trente ans la suivit bientôt. Seul restait WEN, serrant compulsivement la mâchoire à s'en faire péter les mandibules. Il se dit pour lui-même : « Par tous les saints de la Terre… ». Croire qu'il n'était pas choqué aurait été faux. Croire que cela se voyait, tout autant. Il s'approcha des cadavres et toucha le mollet de l'une d'entre elles. Elle était froide comme la mort elle-même. Il se pencha vers les victimes et extraya une cerise avec une pince laissée là par ses collègues, il ne disposait pas de gant sur lui. Celle de la Christ avait été partiellement mangée, c'était inhabituel. Trop pour un tueur aussi miticuleux.
L'instant d'après, il releva le nez et regarda tout autour de lui. De chaque côté du lit, six télévisions jouaient en boucle un film qui ressemblait aux ébats qu'avaient pu avoir ces gamines. Peut-être était-ce juste avant qu'elles meurent, songea-t-il.

La scène était inhabituelle, tout semblait inhabituel. Même pour le Cerisier, réputé être un tueur aux gants de velours. Tout était barbare, trop barbare. L'inspecteur sortit, sa pince et son butin en main et le tendit à un policier encore choqué pour qu'il la mette sous scellée et dans de la glace. Il s'approcha de sa coéquipière et posa une main maladroite sur son épaule tandis qu'elle se retenait pour ne pas vomir, le poing serré contre la bouche.

— Ça va aller ? Demanda t-il, sûr de la réponse négative.
— Un instant, s'il vous plait. Répondit-elle.
— C'est pas lui.
— J'ai dit un instant.
— C'est trop violent. Trop brouillon. Et j'ai trouvé ça.
— Je vous en supplie WEN, laissez-moi un instant.
— Regardez, la cerise est croquée. Le Cerisier ne croque pas de cerise.
— C'est qu'un foutu détail, foutez-moi la paix maintenant !
— Écoutez...
Il cherchait ses mots, il ignorait que dire ni que faire. Lifen secoua l'épaule pour se détacher de lui et s'avança de deux pas pour respirer.
— Il a peut-être évolué ?
— Non j'y crois pas. Ce type est une merde mais il s'attaque pas à des gosses et arrache pas les parties génitales de ses victimes, il bouffe pas ses cerises non plus.
— Des gosses ?
— Regardez leurs visages, elles ont quoi ? Dix-huit ans à tout claquer ?
— Non je peux pas, je sors.

Scène de crime

ZHENG Lifen quitta Chapelle Rouge, la respiration bruyante. Elle étouffait dans l'immensité de Kaulong, cette ville maudite exacerbait tout ce qui faisait des Hommes des êtres ignobles. Dehors, il ne pleuvait plus. L'air frais lui fit un bien fou mais elle avait encore les images de ces quatre jeunes femmes à qui on avait tout pris. WEN la rejoignit après quelques minutes, il tenait dans ses mains un autre scellé dans lequel se trouvait une carte une dame de pique. Il jouait avec au travers du scellé, faisant rouler son index et son majeur dessus. ZHENG s'était éloignée de l'entrée de Kaulong, proche d'un fourgon elle tenait un café noir entre les mains. Du peu que WEN en savait, elle détestait le café. De temps à autre, elle posait le café sur le bord du fourgon et notait frénétiquement sur son carnet quelques choses alors que sa main, chevrotante, allait systématiquement gratter le même endroit de son front rougit.
Sur la poche de son tailleur, son badge encore neuf détonnait avec celui patiné des autres inspecteurs plus vieux qu'elle. Il bougeait en rythme avec sa poitrine, au gré de sa respiration rapide.
WEN avait vu trop de camarades pour ne pas comprendre ce qui se passait. Elle était sous le choc, complètement traumatisée par ce qu'elle venait de voir. Elle qui avait averti l'inspecteur n'avait pourtant pas pris soin de se protéger elle-même, probablement persuadée qu'elle pourrait encaisser cela, galvanisée par tout ce que son père – un ancien policier décoré – avait pu lui raconter dans sa jeunesse. Mais, la théorie n'avait rien à voir avec la pratique. WEN, lui, était resté de marbre en apparence. Trop vieux pour subir un choc post-traumatique, trop rompu à l'exercice pour vider le contenu de son estomac. ZHENG c'était autre chose, une jeune femme qui n'avait même pas encore la trentaine, pas d'enfants, pas d'époux, pas de morts tragiques dans sa famille. Elle n'avait pas du garotter la jambe sanguinolente d'un camarade, elle n'avait pas passé six heures aux urgences à attendre des nouvelles du chirurgien. Elle n'avait pas eu la peur de sa vie en perdant deux pauvres minutes des yeux son bébé.
L'inspecteur s'approcha de sa coéquipière et saisit doucement dans ses mains le carnet papier et le stylo-bille qu'elle tenait. Elle n'opposa aucune résistance.

— Quand j'étais dans l'armée, nous sommes intervenus au Wanmiri, pas loin de Dhatari avec d'autres camarades lingois. L'armée nous avait envoyé en soutien aux forces révolutionnaires wanmiriennes pour leur lutte contre l'Empire. Jamais compris pourquoi un empire tentait d'en renverser un autre mais bref.
— Mais la guerre civile c'était en 2004, vous aviez déjà quitté l'armée non ?
— L'État-Major avait rappelé certains anciens parce qu'on manquait de bras et je venais de vivre une affaire très difficile, j'avais été décoré et j'avais eu besoin de partir me changer les esprits. L'commun des mortels aurait p'être opté pour des vacances à Tairipototo, cela dit.
— Oui clairement, y a plus sympathique qu'un pays en guerre civile pour se changer les esprits.
— Ça, j'vous... J'te le fais pas dire. Bref, on était dans la forêt à faire une reconnaissance avec nos alliés pas loin d'un village de pêcheurs quand on a entendu un F21 de l'armée impériale nous survoler rapidement puis plus rien. On se pensait protégés par la forêt mais on a entendu une gigantesque explosion plus loin dans le massif. Alors, mon unité et moi on s'y est rendu. On prenait trop de temps avec cette foutue végétation. Quand on a réussi à arriver sur place, il faisait extrêmement chaud et derrière les arbres, y avait une petite route qui menait au village. On arrive dessus et là on voit au loin l'horreur. De l'autre côté, un mur de feu. C'est salopes d'impériaux avaient jeté des bombes incendiaires sur la forêt et le village. C'est là que je l'ai vu, une gamine courir en hurlant comme une damnée, elle était en feu. Je voyais sa peau fondre et elle puait l'essence et le cochon grillé. Elle est morte à mes pieds, c'est après avoir réussi à éteindre le feu que je me suis rendu compte qu'elle avait un marmot dans le bide.
— Oh mon dieu WEN, c'est horrible !
— Ouais, c'est clair. Depuis ce jour, à cause ou grâce ça dépend de la façon de voir les choses, j'arrive à rester stoïque quand je vois ce qu'on fait à des gosses mais ça veut pas dire que ça me dégoûte pas ni que ça me révolte pas. Mais, mon cibolo se met en automatique, ça m'évite de trop penser.
— J'ignore si j'y arriverai, à oublier cette scène.
— T'y arriveras pas, Rookie, tu vas seulement vivre avec et tu verras un jour peut-être pire qui remplacera ces images. Puis tu t'habitueras à voir ce que le Monde à le plus dégueulasse à nous offrir. C'est à toi et tes p'tites mains trop bien manucurées de réussir à le rendre un peu meilleur pour une solde dérisoire offerte par notre grâcieuse ville.
Dit-il tandis que ZHENG lui sourit timidement en essuyant une larme de sa joue. Elle se racla la gorge.
— Merci WEN.
— A ton service. Tu veux rentrer ? J'pense qu'on a vu tout ce qu'on avait à voir ici et j'ai pas envie de trainer trop longtemps dans ce taudis, ça fait trop de paperasse les attaques au surin.
— J'irais bien manger un bout avant, mais je vais rentrer, oui. Vous. Pardon, tu m'accompagnes ?
— Fait chier, moi qui voulais faire attention à ma ligne. Va pour casser une graine avant, va.
Conclut l'inspecteur tout en se redressant, laissant balotter son scellé dans la main droite sous le regard intéressé de sa coéquipière.
— Qu'est-ce que c'est ça ?
— On dirait une carte à jouer. La dame de pique dans un jeu de 52. Je l'ai trouvé sous le lit.
— Sous le lit ? C'est peut-être tombé de la poche de l'autre psycho.
— Vu comment c'était en évidence et bien placé, j'opterais plutôt pour un petit easter egg ou une carte de visite, une vraie. En plus y a du shotugarien dessus mais je sais pas le lire, j'crois que c'est la signature de l'artiste qui a dessiné la figure.
— Du shotugarien ? Fais-moi voir ça.
Dit-elle en prenant des mains de l'inspecteur la carte. Dessus, un hangeul était dessiné à l'encre. Il représentait le caractère « 칼 ».
— Bordel... Je sais ce que c'est. C'est la signature d'un très ancien clan de Kagetachis shotugarien, celui des Yujito dont le terrain de jeu se trouve principalement à Shiramazu et Sen-Seol en Fédération de Yukanaslavie !
— Ça serait des parasites étrangers qui seraient à l'origine de cette barbarie ?
— En tout cas, ils sont passé par là à un moment ou un autre. C'est peut-être eux qui ont, comme tu le pense, fait croire au Cerisier.
— Je sens que cette nuit va être très longue.
— Oublie le resto, on commandera velsnien au poste.

Affaire à suivre.


Armoiries du Grand Ling.
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GL SPORT DAILY


FISCA — SHENG MOTORS, LTD. FINALISE SON RACHAT DE SCUDERIA COLINNI.
19 avril 2020

* * *

C'était le secret le moins bien gardé de toute la compétition, aujourd'hui le constructeur automobile Sheng Motors, Ltd. (plus connu sous le nom de Sheng) a officialisé son rachat de l'écurie historique velsnienne Scuderia Colinni pour 130 millions de Taëls1, soit une bouchée de pain pour le leader de l'automobile lingois.
Ce rachat intervient alors que l'écurie plusieurs fois titrée en Formule Strama avait annoncée rencontrer d'énormes problèmes de trésorerie d'après son fondateur Luca Colinni, problèmes qui s'ajoutent à une liste déjà tristement longue incluant entre autre les difficultés à intégrer correctement le plateau Strama SG19 sur son chassis maison. Pour SHENG Jack, fils du fondateur de l'empire Sheng Motors il n'est pas question d'effacer l'héritage de la mythique écurie, mais de mettre en place un « partenariat destiné à lui donner enfin les moyens de son ambition ».

Fidèle à sa réputation, Luca Colinni a cependant averti son homologue lingois qu'il serait vigilant à ce que soit respecter les conditions qu'il a formulé lors de la vente qu'il rappelait auprès de nos confrères de FISCA à la une le mois dernier :
    Conserver le nom de l'écurie tel quel,
    Rester à la tête de l'écurie,
    Conserver le siège historique de la marque.

Des exigences qui ont, d'ailleurs, été confirmées par Sheng Motors et gravées dans le marbre d'un contrat en bonne et due forme. SHENG Jack déclarait à ce propos « Colinni possède ce qu'on ne pourra jamais racheter à savoir une histoire, un savoir-faire humain et une culture de la course. J'ai une profonde admiration pour Luca et pour sa recette d'Arancini ».
Le Groupe a annoncé vouloir injecter un demi milliard de Taëls en trois ans pour redresser les finances de l'écurie, lui rendre ses lettres de noblesse et engager une refonte en profondeur vers le succès. Dans une note interne que nous avons pu nous procurer, il est question de 230 millions de Taëls pour la saison 2020-2022 ainsi que de la construction d'une toute nouvelle soufflerie à Velsna pour un montant de 90 millions de Taëls. Mais certaines rumeurs prétendraient que Sheng Motors prévoit également d'injecter au moins 100 millions dans l'extension et la modernisation de l'usine Colinni avec à la clé, entre autre, une diversification des actifs de l'écurie. Cela signifie que Colinni pourrait ouvrir une division Grand Public ? Il est encore trop tôt pour l'affirmer.
Luca s'est cependant déjà exprimé sur le rachat « Ils [Sheng Motors, NDLR] se sont engagés à nous offrir une très grosse enveloppe pour recruter de nouveaux ingénieurs. C'est assez rassurant car sans une victoire en F1, on aurait probablement dû foutre la clé sous la porte et ça aurait fait plaisir à ce garage à bite [sic] de Dangelo »

La priorité de Sheng pour Colinni serait la refonte complète de l'intégration moteur-châssis en partant d'une amélioration de la répartition des masses jusqu'à revoir les techniques de simulation du comportement en passant par une toute nouvelle cartographie ou une complètement revoir l'aérodynamique global de la voiture.
Si ce rachat est un premier signe encourageant pour Scuderia Colinni, cela ne sonne pas pour autant la victoire assurée. En effet, bien que l'équipe dispose de plusieurs atouts dans sa botte comme Carlos Sanchez et Andrea Katlmanos, faut-il encore que les deux coureurs parviennent a s'approprier leur nouveau cheval de guerre tandis que les représentants de Sheng Motors doivent parvenir à s'entendre avec le très sulfureux patron de Scuderia Colinni.

GL Sport Daily est un média du groupe Jinxing.

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Image d'illustration.

LA JEUNE FEMME ET LE HÉRON.
Hanlin, 12 mai 2020.


Assise tout contre le vieux belvédère en bois du domaine, Lin Chao poursuivait la broderie qu'elle avait entamée deux jours plus tôt. Ses doigts fins faisaient jouer l'aiguille et le fil de soie sans difficultée, c'était son passe-temps préféré depuis des années. Aujourd'hui, elle s'atelait à reproduire une scène très connue du folklore lingois, celle de la Jeune femme et le Héron qui racontait l'histoire d'amour entre une jeune femme qui guidée par un héron se trouva nez à nez avec un prince dont elle tomba éperduement amoureuse. Chao adorait ces romances, l'histoire comme les contes lingois en débordaient. Tandis qu'elle brodait, elle se surprenait à chantonner de sa voix claire et envoutante au rythme des gouttes d'eau s'écrasant feuilles après feuilles vers le sol. Il pleuvait pour la première fois du mois de mai et cela annonçait généralement le retour de la saison des pluies. Le vent doux et humide faisait virevolter ses cheveux, ce matin-là, elle avait vu sur son téléphone qu'il ferait vingt-cinq degré, comme presque chaque jours depuis des semaines. Tout était précisément à sa place, tout était paisible. C'était a peu près ce à quoi ressemblait sa vie depuis des années.
Lin Chao était né dans un berceau doré, de parents aimants appartenant à l'une des Maisons les plus importantes du Grand Ling, précisément à une époque où elle ne savait pas encore à quel point elle allait devenir importante. Nièce de Lin Rongde et Lin Shuying, elle avait été recueillit par son oncle et sa tante alors qu'elle n'avait que onze ans, ses parents venaient tout juste de mourir dans un accident de voiture, les services sociaux du Grand Ling n'avaient pas jugés utile de la confier à d'autres que sa famille la plus proche. Bien qu'elle ne le fut jamais, Chao c'était accoutumée à être présentée comme la soeur de La Duchesse, la femme la plus convoitée du Grand Ling avec laquelle elle partageait certains traits assez amusants. Cousines, toutes-deux s'étaient pourtant promis de n'être que des soeurs mais Lin Meiyue quitta assez rapidement le cocon familiale de Hanlin pour Zhenzhou puis Neijing où une carrière et quelques scandales l'attendaient.

Lin Chao demeurait ainsi l'unique fille encore à Hanlin d'une fratrie d'à présent quatre membres, pour le plus grand bonheur de Rongde et de Shuying qui regrettèrent toujours de n'avoir eu que Meiyue. A mesure que la jeune femme ralentissait sa broderie, on aurait dit que la pluie ralentissait aussi. C'était finalement peut-être cela qu'imaginait les occidentaux lorsqu'ils se représentaient l'Orient et le Grand Ling. L'Empire du Milieu devait être, pour eux, très certainement une terre lointaine, inconnue et sans doute mystique. La jeune Chao s'arrêta finalement et releva le nez pour observer autour d'elle. Le jardin du domaine ducale était reconnu pour être l'un des plus beaux après ceux de l'Empereur lui-même. Il était tout du moins le plus beau de tout Hanlin. On ne comptait plus le nombre de plantes luxuriantes qui y poussaient, entretenue par une armée de paysagistes. Par là, des banians aux racines tortueuses que des monstera deliciosa téméraires prenaient pour tuteur. Plus loin, des camélias drapées de fleurs d'un rouge profond qu'on aurait cru peint contemplaient leurs reflets dans l'eau d'un bassin où de paresseuses carpes koï se prélassaient. Ici, quelques bambous noirs hauts et disciplinés faisaient la haie d'honneur à un bouddha méditant. Par là, quelques oiseaux du paradis s'offraient le luxe de décorer le mur d'enceinte, les pieds chaussés de fougères et de mousses. La mousse, justement, recouvrait toutes les pierres et toutes les racines apparentes. Le pavillon ouvert aux quatre cardinaux se couvrait naturellement de quelques bignones vigoureuses qui avaient pour voisines de superbes glycines centenaires, leurs grappes mauves alourdies par la pluie, laissaient le drôle de balai du goutte-à-goutte se faire avec désintéret sur les marches de granit polies par des générations de pas. Entre deux massifs d'hortensias bleus et gonflés, tronait un catalpa endormi qui abritait sous ses feuilles, un héron se nettoyant les plumes. La scène avait ce parallèle amusant avec le sujet même de la broderie de Chao. Dans l'air régnait une atmosphère douce et le vent portait avec lui l'odeur de la terre mouillée.
Et dans cette scène hors du temps, une voix raisonna pourtant pour sortir Chao de sa contemplation.

— Chao ? Le déjeuner est servi mon enfant ! Lanca une voix bien connue.
— J'arrive, Mère ! Répondit l'intéressée.


La résidence des ducs de Qingshan-Hanlin était un domaine tout à fait confortable. Construit sur le plan traditionnel des siheyuan lingois, le palais s'étendait sur trois hectares dont un seul rien que pour le jardin. Pour la noblesse lingoise, c'était une taille standard, voire un peu petite pour des ducs mais les Qingshan-Hanlin compensaient largement par d'autres moyens. Le Hexie faisait partie de ces étranges provinces où les anciens nobles pouvaient encore disposer d'un certain poids politique. En l'espèce, les Qingshan-Hanlin jouissaient d'un pouvoir décisionnaire — certes partagé — sur le comté de Qingshan d'une superficie de 11 924 km². C'était par ailleurs, l'une des familles les plus influentes du Hexie. Le destin, pour ceux qui y croit, avait un humour particulier. Les Qingshan-Hanlin furent à de nombreuses reprises au bord de la ruine et du deshonneurs. L'une des dernières occurences en date devait sans doutes être lorsque le grand-père de Lin Rongde, Lin Hao, perdit près de la totalité de la fortune familiale dans des placements infructueux lors de la bulle ferroviaire.
La résilience de la famille Lin était parmi l'un des traits les plus marqués de Chao qui était réputée pour être le sourire de la famille. Arrivée dans la pièce de vie détrempée, elle souriait jusqu'aux oreilles. Sur une immense table de bois laqué se dressait sept couverts et au centre, une multitude de plats dont celui que Chao préférait par dessus tout, les wontons de Chifa. Chifa était la gouvernante de la famille, d'origine san youtaise, elle vivait et travaillait pour la Maison Lin depuis aussi longtemps que Chao pouvait s'en souvenir.
Shuying soupira bruyamment tandis que Rongde savourait déjà son plat.

— Mais par tous les saints, Chao ! Tu es trempée ! Lanca Shuying.
— Moi ? Quoi ça ? Mais non ce ne sont que quelques gouttes... Répondit la jeune femme, très peu convainquante.
— Je te préviens Chao, je ne ferais pas venir le maître jiayi1 si tombe malade !
— Dure... Mais je ne tomberais pas malade maman, promis !
— Tu as intérêt, car tu ne vas pas pouvoir continuer à vivre la vie de pacha très longtemps. Un jour où l'autre, tu vas devoir te marier, faire des enfants et entretenir ta maison ! Sans compter si tu veux faire carrière un jour. Fini les levés tardifs et les couchés aux aurores.
— Oh, maman ! Je vous trouve vraiment dure ! Je ne fais pas rien de mes journées, j'aide Meiyue quand elle me le demande et j'ai validée avec succès mon master.
— Tu ? Aides Meiyue ? Et a quoi, Sacrée Seconde2 ?! Ta soeur s'est faite sa place seule et aujourd'hui elle dirige l'une des agences de la Maison Impériale les plus affluentes du continent. De plus, elle a été dauphine de Miss Nazum.
— Et bien justement, parfois elle me demande des conseils ou je la fais réviser lorsqu'elle apprend un discours. Il m'arrive même de relire certains de ces kweets pour m'assurer qu'elle ne déclenche pas une énième polémique.
— Nous n'en sommes plus à une près. Lanca le Duc tout en fouillant dans sa soupe en quête de morceau de viande.
— Rongde !
— Et bien ? Je ne mens pas. S'empressa t-il d'ajouter, faisant un clin d'oeil à Chao.

Le déjeuner se poursuiva quelques minutes avant qu'enfin daigne apparaître la fratrie sous les rouspillements de leur mère. Puis, quinze minutes plus tard, arriva Lin Meiyue qui s'empressa d'embrasser sa mère sur les deux joues puis sa cousine Chao et enfin ses frères et son père. Lin Meiyue revenait d'une visite diplomatique à l'étranger, elle avait passée la nuit à Neijing avant de prendre le premier LRH du matin pour venir à Hanlin. Cela faisait bien six mois qu'elle n'avait pas mit les pieds dans le domaine familiale.
— Mère me répétait justement à quel point je n'étais pas toi et que cela l'attristait. lança Chao en croquant avidement dans un wonton au boeuf.
— C'est faux, je n'ai jamais dit cela.
— Mais vous l'avez pensé, chère maman. Dit Meiyue, un léger sourire se dessinant sur son visage lumineux.
— Pas le moins du monde.
— Bah quand même, si un peu.
— Tu n'es pas sensé être de mon côté, toi ?
— Et tu me demande en plus de choisir entre les trois femmes de ma vie ?
— Oh ! Bien envoyé ça, papa !
— Ouh ! Belle. Un dernier mot à dire maman ?
— Vous m'agacez. Mangez avant que ça ne refroidisse.


Cela devait faire peut-être une heure depuis que le repas avait débuté lorsqu'enfin, toutes les assiettes furent vidés et les ventres remplis. Le Duc s'endormait presque sur sa chaise tandis que les trois frères de Meiyue et de Chao s'apprêtaient à quitter la table. Shuying, à son habitude, terminait la dernière par une très courte prière de remerciement comme il en était d'usage dans sa famille qino-nara.
D'ordinaire, un repas lingois classique prenait entre une vingtaine et quarante minutes à se terminer tandis que cette fois-ci, la faible disponibilité de Meiyue obligeait la Maison Lin à entretenir de longues discussions lors des rares repas partagés. La Duchesse racontait ses dernières péripéties, ses aventures les plus intéressantes, donnait quelques anecdotes sur telle ou telle personnalitée, mais ce qu'elle préférait le plus, c'était sans nuls doutes rendre complètement fou le Premier ministre. ZHOU Lee était réputé pour son calme légendaire, Lin Meiyue s'était donnée pour mission de le faire sortir de ses gonds au moins une fois avant la fin de sa carrière politique. Jusqu'ici, c'était un cuisant échec.
Porté par une énergie nouvelle, Rongde sembla s'éveiller à nouveau et dans un long soupire, s'exclama enfin.

— Oui, oui, tout cela semble passionnant ma chérie, mais ta mère et moi devons nous entretenir seul à seul avec Chao.
— C'est bizarre mais je ne suis pas bien fan de la tournure de ce déjeuner.
— Pourquoii ? Questionna Meiyue d'une voix d'enfant.
— Parce que c'est ainsi.
— Oui, mais pourquoii ?
— Meiyue, obéis à ton père.
— J'ai le droit à une avocate ? Demanda Chao en saisissant le bras de Meiyue.
— Bon, bon, bon. De toutes manières c'est un combat que je ne saurai gagner. Chao, ta mère avait raison tout à l'heure, tu vas devoir te... Sortir les doigts du derrière. La Maison Lin est l'une des plus respectées du Hexie, voir du Grand Ling. Ta soeur a largement contribué à cela mais tu dois aussi, comme tes frères, faire ta part des choses. Ton frère Zihao va bientôt devenir officier supérieur de la Marine impériale, ton autre frère Yunfei réussit une brillante carrière politique tandis que Boya est pressenti pour succéder au vieux Ji-soo à la tête de Ling Yinhang. Ta soeur n'est plus à présenter, mais il reste toi. Toi la jeune femme la plus belle d'Hanlin, la plus intelligente et une digne héritière du sang des Lin.
— C'est... Beaucoup de pression, père. Après mon MBA3, vous m'aviez dit que je pouvais rester au domaine autant de temps que je voulais. Que je n'avais pas à embrasser une carrière de patronne d'industrie ou partir à l'étranger ou que sais-je ! Vous savez ce que j'ai vécu là-bas. Vous savez pourquoi j'ai des angoisses.
— Tu as vécu une tragédie à la JSYY4 et de manière générale, tu as vécue déjà plus de tragédie pour ton âge que beaucoup d'autres jeunes gens. Lorsque nous t'avons recueilli, nous nous étions jurés de te protéger mais la réalité est que tu n'as pas besoin de nous. Tu sais très bien te protéger seule.
— Bon, Rongde, assez de tourner autour du pot. Chao, tu es une jeune femme forte et tu ne peux plus te cacher derrière ton passif pour avancer. En l'occurence ta Maison te demande d'avancer et si cela signifie te mettre un coup de pied au derrière et te forcer, nous le ferons.
— Shuying !
— Elle va avoir vingt-trois ans, Rongde ! Tu ne pourras pas la protéger du monde entier ! Elle doit faire ses armes !
— Papa ! Maman ! Vous pourriez aller faire votre scène de ménage ailleurs ?!
— Ça suffit ! Cria Chao en se levant brusquement. Elle se rassit une fois le silence revenu. Je ne comprends pas bien ce que vous attendez de moi, concrètement.
— Reprends ta vie en main, mon enfant. Trouve toi un homme de bonne famille, entâme enfin cette brillante carrière dont tu rêvais tant. La Maison Lin, ta Maison, en a besoin.
— Pourquoi, besoin ?
— Ton père a...
— Silence, femme ! S'exclama Rongde en tapant du poing sur la table, faisant sursauter tant ses filles que la vaisselle. Chao, je veux que tu prennes ma suite à la tête de nos Affaires.
— Pardon ?! Et moi alors ?
— Toi tu seras la Duchesse de Qingshan-Hanlin, un titre que tu m'as usurpé un peu trop vite à mon goût. Tu seras la matriarche de la Maison Lin, mais la gestion des terres et des sociétés reviendra à Chao. Enfin, à la condition qu'elle se trouve un mari acceptant de rejoindre la Maison Lin plutôt que l'inverse. Et ce nouveau fils devra donner à Chao de beaux enfants qui à leur tour seront une nouvelle génération de Lin.
— Et il doit être noble, j'imagine ?
— Que le Jade nous garde, évidemment ! Grands Dieux !
— Evidemment, sinon ce ne serait pas drôle.
— Elle pue un peu votre histoire, il y a quelque chose que vous ne dites pas.
— Et bien... J'aimerais que nous ouvrions nos perspectives. C'est à dire qu'il existe de nombreuses maisons nobles occidentales avec lequelles nous n'avont encore jamais traité. Hors cela aiderait autant nos industries, que l'Empire, que Meiyue et la LPCA5. Et parmi les maisons nobles occidentales qui nous sont encore étrangères, celles de l'Empire du Nord sont probablement les plus éloignées.
— Ah parce qu'en plus le futur mari-non-désiré de ma soeur doit être un hibou6 ?
— Langage !
— Ce sera surtout un noble occidental appartenant à une famille respectable de l'un des plus vieux empires occidentaux encore debout.
— Eh beh... 150 balais et on appelle ça un vieil empire.
— Langage, Meiyue !
— Mais c'est vrai bon sang ! Vous voulez marier de force Chao à un hibou, pardon un noble respectable d'un empire occidental qu'on ne connait même pas et vous légitimez cela par le fait que ce serait l'un des plus vieux au monde comme si c'était un gage de qualité ou même une réalité.
— Assez ! Chao fera ce qu'on lui demande et c'est tout. Elle ira rencontrer une noble maison nordiste et s'acoquineria avec leur héritier trop benet pour résister à ses charmes naturels. Puis elle l'épousera dans un mariage matrilinéaire sans même que ce benet s'en rende compte. Si elle tombe amoureuse de lui et de sa beauté, c'est tout à fait meilleurs ! Mais en l'espèce, ce n'est pas une obligation. La Maison Lin en a besoin, j'en ai besoin !
— Non, mais je refuse d'épouser un hibou pour vous contenter ! Je veux épouser un homme dont je serais tombée amoureuse et qui m'aimera pas pour des calculs politiques.
— Sacrée Seconde, tu feras ce que ton père te demandera. Quand tout ceci sera terminé, non seulement tu seras épanouie et heureuse mais en plus tu auras reprit ta vie en main. Et toi Sacrée Première, tu n'as pas intérêt à contre-carrer nos plans. Nous allons organiser un très grand bal où nous inviteront des représentants nordistes dont l'Ambassadeur et sa famille. Nous compterons sur son cercle pour faire grossir celui de nos invités et c'est là, Chao que tu feras ton commerce.
— C'est affligeant. Vous êtes affligeants.

Chao se leva, essuyant d'une main la larme qui perlait sur sa joue. Elle quitta précipitemment la pièce sans demander son reste, se dirigeant sans trop savoir où au sein de la demeure familiale jusqu'à se retrouver de l'autre côté d'un des nombreux pavillons du logis, dans une coursive extérieure. Au loin, dérangeant les koïs endormies, un héron. Il sorti le bec de l'eau et regarda en direction de Lin Chao, un petit poisson comme seule victime. Elle cru un instant qu'il lui fit un clin d'oeil mais le temps qu'elle comprenne ce qu'il se passait, la majestueux volatile s'était envolé.
Chao avait rêvé de nombreuses fois de son prince charmant. Elle le voyait officier de l'armée impériale, peut-être capitaine d'entreprise comme celui de Meiyue mais certainement pas occidental. Puis l'insistance de ses parents semblait cacher quelque chose. Pourquoi l'Empire du Nord ? Pourquoi un hibou ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi être aussi insistant ? Rien de tout cela n'avait de sens. Chao s'avança entre les colonnes de bois peint en rouge qui soutenait le toit de la coursive, l'air songeuse. Elle s'allongea un instant sur un banc puis, fatiguée, s'endormi.

Dehors, il ne pleuvait plus.

Informations complémentaires
    1 : Jiayi est le terme employé pour désigner le médecin de famille attaché à une maison noble. Un maître jiayi n'est donc ni plus ni moins qu'un éminent médecin de famille noble.
    2 : Sacré(e) Second(e) est une expression populaire lingoise faisant référence, dans la noblesse traditionnelle, à l'ordre d'arrivée des enfants. Dans ce contexte la Première est Meiyue et la Seconde Chao. L'expression étant genrée, elle peut s'utiliser aussi au masculin. Sacré Premier, Sacré Deuxième, Sacré Troisième ; dans le cadre de la fraterie de Meiyue et Chao.
    3 : Master of Business Administration.
    4 : Jingji Shangye YanjiuYuan (Institut de Recherche Économique et Commerciale)
    5 : Linganese Promotion Culture Agency, dirigée par Lin Meiyue.
    6 : Pour les lingois, les personnes ayant les yeux ronds sont des hiboux par opposition aux personnes avec des yeux bridés qui sont vus comme "normaux".

Armoiries du Grand Ling.
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GL SPORT DAILY


FISCA — LE PATRON DE SHENG MOTORS AVERTI COLINNI : LE DESHONNEUR PEUT TUER LE PARTENARIAT.
25 avril 2020

* * *

On l'a apprit il y a quelques heures mais il semblerait que Strama ait annoncé mettre fin à son partenariat d'exploitation pour la soufflerie de Saliera avec Scuderia Colinni, officiellement les raisons de l'entrée de Sheng Motors au capital de Colinni et la construction en cours de la soufflerie au siège de la marque à Velsna, ont été évoqué comme les principales causes de cette prise de décision malgré tout étrange. Mais dans les coulisses de la FISCA, c'est un autre son de cloche qui semble se faire entendre.
Selon une source proche de l'affaire, Christiano Dangelo serait à l'origine de l'arrêt brutal du partenariat entre Strama et Colinni qu'on savait déjà tendu depuis quelques temps en raison des accusations de manque d'aide de la part de Scuderia Colinni pour exploiter la plateforme SG19 de Strama sur la Colinni SC03 actuellement utilisée sur la saison de F1.
« Il n'a pas apprécié être traité de garage à bite, même si à vrai dire... », révèle un proche de Dangelo ayant voulu resté anonyme, un verre de cote de Saliera à la main.

Arrivée jusqu'aux oreilles de Jack SHENG, actuel patron de Sheng Motors, Ltd. à Fengtai ; l'information n'a pas manqué de faire réagir la maison mère qui s'est dite « profondément surprise » de l'incident. Jack SHENG a ensuite rappelé que « Si c'est vrai, c'est très grave... » et « Luca [Colinni, ndlr] ne doit pas oublier que nous sommes des partenaires, hors le deshonneur peut tuer le partenariat. » sous-entendant par-là que Sheng Motors pourrait revoir ses prétentions avec Colinni et peut-être même la F1 si de tels événements devaient se reproduire (trop) souvent.
Luca Colinni, de son côté, n'a pas réagit préférant selon son attaché de presse se « concentrer sur le prochain GP ». Bien qu'il ait été rappelé que Sheng Motors et Scuderia Colinni étaient des partenaires stratégiques, il a également été sous-entendu que Luca avait été au téléphone quarante-cinq minutes avec Jack SHENG sans que l'on sache précisément de quoi ont-ils pu parler. Reste qu'après l'entretien, le fondateur de la Salamandre n'a pas fait de nouvelle vague.

UNE MAUVAISE NOUVELLE POUR LA SUITE DE LA SAISON DE COLINNI ?
On pourrait croire que l'arrêt du partenariat entre la soufflerie Strama et Scuderia Colinni ait largement compliqué la saison de l'écurie à la salamandre, mais il n'en est rien. Le groupe Sheng Motors ayant annoncé reprendre en main l'ensemble des études en soufflerie à Fengtai le temps que le nouveau complexe Colinni soit achevé à Velsna ce qui pourrait arriver en septembre ou novembre 2020.
Si nous ne disposons pas de tout le détail concernant les modalités de cette nouvelle dynamique, il est fort à parier que Scuderia Colinni n'ait pas besoin de se déplacer jusqu'à Fengtai pour travailler directement sur sa voiture. En effet, Sheng Motors pourrait récupérer l'intégralité des plans de la SC03 et la reproduire ou prendre tout simplement la troisième SC03 construite et l'importer au Grand Ling. Par ailleurs, l'Empire du Milieu bénéficiant d'un des plus gros réseau de câble internet sous-marin avec l'Akaltie grâce notamment à l'énorme réseau SEA-N-X, les données ne devraient pas prendre plus de quatre-vingt millisecondes à traverser le globe sans compter la redondance des télécommunications lingoises grâce à la constellation de satellites internet Fengwang lancé à partir de 2008 depuis le Grand Ling.
« Dangelo à fait ce qu'il devait faire, Colinni aussi. Espérons que l'esprit du sport automobile reprenne bientôt le dessus, je sais que Luca considère Christiano comme un excellent ingénieur automobile mais il a trop d'ego pour l'admettre et vice-versa, foutus velsniens. » a déclaré un proche de Luca Colinni travaillant pour l'écurie. Reste à voir, effectivement, si Scuderia Colinni pourra fonctionner sans Strama et surtout si l'esprit du sport automobile reprendra. Ce serait dommage de se priver d'un challenger intéressant dans la saison à qui l'arrivée de Sheng Motors a vu se multiplier comme des petits pains les offres de sponsoring d'importance comme SSC, Altair International, Rhum Marie Jo ou encore Hanqin Shipping et l'hégémonique Lancasterian Imperial Bank.
Une chose n'en demeure pas moins certaine, la relation amour-haine Colinni-Strama va créer de nombreuses fan-fictions sur les forums spécialisés.

GL Sport Daily est un média du groupe Jinxing.
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