

C'est un coup de théâtre, que dis-je un coup de tonnerre. Un peu moins d'un mois après la tenue du second tour des élections présidentielles, le Conseil Constitutionnel met un point final à l'étalage d'accusations timides et déclarations véhémentes autour du résultat (très) contesté de ces élections. Le sceau du Conseil Constitutionnel vient donc se faire l'épilogue d'une crise politique inédite au sein de la plus haute institution du pays. Le Prince Mutarrif ibn Saadin, annoncé vainqueur lors de l'élection de janvier, se voit de nouveau confirmer dans ses nouvelles attributions. Un entre-deux institutionnel que chacun espère maintenant voir prendre fin. Pour une partie ds électeurs, le suffrage a parlé et il ne fait aucun doute que les griefs portés contre les élections, ne sont pas déterminantes pour invalider le résultat du vote. Pour d'autres, la demi-mesure offerte par ces élections, dont l'imperfection procédurale est admise du Conseil Constitutionnel lui-même, est un nouveau coup de massue qui donnera une réponse déphasée de la question. "Cela va ajouter du grabuge..." dit un électeur, inquiet des concessions données par le Conseil Constitutionnel pour une réponse qui en fait finalement fi. Certains des électeurs de Joubair Toulali, espèrent maintenant le voir lâcher prise, de sorte à assainir une situation difficile sur le plan intérieur. Le vote, s'il s'est bien exprimé et répond à une conviction ancrée auprès de chacun, est néanmoins issu d'une base électorale trop brouillée et altérée pour laisser penser la victoire incontestable. Une voie prise par le Conseil Constitutionnel, qui ne satisfait finalement pas entièrement quiconque, mais qui en tout cas entend promettre une reprise en main des institutions du pays pour s'éviter une rupture sociétale en deux légitimités présidentiables...
La demande d'annulation du scrutin et de ses résultats, intervenus en janvier 2019, devient alors caduque et appelle Joubair Toulali à se conformer à la décision du Conseil Constitutionnel. Son parti de la Umma Fakhura se déchire sur la question de la conduite à tenir. Nombreux sont aujourd'hui ceux qui entendent donner une suite favorable aux injonctions du Conseil Constitutionnel. Mais pour les plus jusqu'au boutiste, la décision du Conseil Constitutionnel ne s'exempte de son mea culpa, après avoir déclaré que es difficultés réelles étaient advenues durant ces élections, au point que l'organisation matérielle de celles-ci ne s'était pas faite à la hauteur des enjeux. Toutefois, ces lacunes identifiées doivent être interprétées comme des pistes d'amélioration valables, au profit d'un processus électoral finalement encore très jeune. C'est là toute l'ambiguïté défendue derrière leur décision qui nourrit encore la résistance politique à ce verdict pourtant favorable au Prince, enclin à prendre le pouvoir dès à présent. La consolidation des listes électorales, le traitement administratif réservé aux populations nomades du territoire, la découpe électorale du territoire qui peut dissuader certains de se rendre dans le bureau de vote "le plus proche", autant de lacunes jugées acceptables par le Conseil Constitutionnel ou en tout cas hors champs des raisons qui pousseraient à déclarer nul le dernier scrutin sur janvier.
Une situation qui donne une trajectoire sans nécessairement sortir de la crise et oblige le gouvernement Toulali à poser les enjeux politiques, diplomatiques et sécuritaires d'un maintien de cap qui viendrait priver le Prince de son accession à la présidence. Un scrutin imparfait mais irrévocable, voilà qui fait grincer des dents pour qui aime lire les choses sous un prisme de noir ou de blanc. Une position d'équilibriste adoptée par le Conseil Constitutionnel et qui impose de fait une décision du gouvernement Toulali pour laquelle des inconnus demeurent. Allons nous vers les prémices d'un coup d'état, acté du refus de faire la passation de pouvoir avec le Prince? A contrario, pouvons-nous imaginer une manoeuvre populaire, révolutionnaire ou encore une intervention armée visant à évincer Joubair Toulali du pouvoir, pour y asseoir le Prince Mutarrif ibn Saadin? Des perspectives libres et ouvertes, du fait d'un manque de clarification du Conseil Constitutionnel et d'un manque d'une réaffirmation de son pouvoir sur la question en cours, dans l'éventualité d'un litige entre deux candidats aux élections présidentielles. Joubair Toulali doit céder le pouvoir au Prince, selon les juges du Conseil Constitutionnel, indubitablement. Néanmoins, la nuance qu'ils apportent au déroulé des élections fragilise la légitimité du Prince lors de celles-ci et si la passation est souhaitée, on sent que la cohésion nationale est faite difficile par ce manque d'affirmation de la part de l'unique institution en position de force sur ce type d'arbitrage exceptionnellement rare, pour ainsi dire inédit dans cette jeune République jusqu'ici étrangère aux processus démocratiques du suffrage national. La valeur juridique donnée à l'élection conforte le camp du Prince tandis que le mea culpa du Conseil Constitutionnel quant aux errements de l'organisation donnée à ces élections, frustre le camp du gouvernement Toulali. Une situation nuancée qui achève de rendre inaudible un contexte politique général dégradé.
Cependant, les retours du Conseil Constitutionnel mettent dans une inconfortable situation Joubair Toulali, qui aura bientôt tôt fait de voir accuser d'adopter un stratagème lui permettant la conservation du pouvoir, salissant son nom dans un pays où la démocratie et les libertés sont des biens immatériels chèrement acquis face à l'ogre communiste. Le flou jusqu'ici profitable à Joubair Toulali est voué à s'estomper, l'obligeant à une démarche claire vis-à-vis des autres forces politiques nationales, celles du Prince en tête.

