Posté le : 01 déc. 2024 à 23:34:49
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✈ LA TRIBUNE DES SAVOIRS ✈
Catégorie : Reportage
Date : /03/2015
Lieu : Pinnella Pass
Il est un matin brumeux au port d'Évéria, le soleil commence à peine à percer les épais nuages qui tapissent le ciel que le gigantesque cargo "Étoile de Mer" est s’apprête à quitter le port. Le navire, s'affirme par sa coque massive bleu marine et ses conteneurs multicolores, domine le paysage portuaire. Le bruit des vagues s'écrasent contre la coque du navire, mêlé aux cris des dockers, au pied d'œuvre depuis l'aube, et aux vrombissement des machines. À 7 h 00 précises, les moteurs du navire rugissent, libérant des épais nuages de fumée noire vers le ciel, et les amarres sont lentement relâchées par les dockers. Le capitaine Reefsugaz, regard fixé sur les écrans de contrôle et les cartes de navigations, ordonne aux remorqueurs de commencer les manœuvres : lentement, l’Etoile de Mer glisse le long du quai, se frayant un chemin à travers les eaux calmes du port. Lorsqu’il franchit les limites du port, les moteurs atteignent leur pleine puissance et le navire s’avance fièrement dans les eaux.
Dans un bruit sourd, l’un des officier entre dans la cabine du capitaine et se saisit d’une bière locale « Capitaine, vous en voulez une ? », un coup d’œil discret vers l’officier, le capitaine décline cependant « Pas maintenant, merci Wialrasha. », avant de reporter son regard vers les écrans de contrôle. « Nous passons proche de Belograd, dites à tout l’équipage d’être sur ses gardes : ce pays a des règles strictes et chaque mouvement sera observé. » affirme franchement le capitaine, l’officier se penche sur les cartes de navigation « Les équipes ont déjà été briefées quant au Belograd avant notre départ d’UC Sochacia, Ghasiaha s’occupe de refaire une prévention. J’ai entendu dire que même les communications radios sont fortement surveillées ? », le capitaine hoche la tête « C’est le cas, mais l’horreur ne s’arrête pas là pour les citoyens du Belograd : la liberté de presse est également contrôlée et la liberté d’expression limité à ce qui est conforme aux valeurs du Parti. », Ghasiaha (ingénieure) entre dans la cabine d’un pas déterminé « Il paraît même que les policiers peuvent menacer les citoyens pour obtenir des informations. », « Il est vrai, nous devons être prêt à montrer nos papiers à tout moment. Il ne faut rien laisser au hasard. » conclue le capitaine, laissant la cabine dans une atmosphère de tension palpable. Le capitaine Reefsugaz retourne à ses écrans de contrôle, scrutant de loin l’horizon par la baie vitrée de la cabine. L’Étoile de Mer, désormais bien en route, fend les vagues avec puissance.
Soudain, à travers le brouillard matinal, un petit point rouge se dessine à travers les flots enragés. Le capitaine, plissant les yeux, discerne une embarcation plus petite dérivant à la merci des vagues. Le petit bateau semble frêle et délabré, une image de désolation en plein océan : à peine visible, il est ballotté par la mer et s’éloignent peu à peu. Le capitaine Reefsugaz, toujours vigilant dans ces situations, utilise des jumelles pour mieux observer la scène tandis qu’il ordonne la diminution de la cadence de l’Étoile de Mer. Le petit bateau, désormais visible dans toute son insignifiance face à l’immense cargo, révèle plusieurs silhouettes humaines qui agitent faiblement les bras dans un appel à l’aide muet. Les détails de leurs visages et de leurs gestes deviennent plus nets, rendant la scène encore plus poignante. Alors que l’Étoile de Mer s’approche à portée d'intervention, les moteurs tournant au ralenti pour éviter tout potentiel risque de collision, le capitaine garde un œil vigilant sur le petit bateau, prêt à donner les ordres nécessaires pour venir en aide aux naufragés. Dans un second bruit sourd, la porte de la cabine s’ouvre violemment et laisse paraître l’un des marins « Patron ! Des naufragés… juste là ! », « Wialrasha ! Prenez les commandes en mon absence et tâchez de faire les choses bien, votre carrière en dépend. » crie le capitaine en quittant la cabine, les laissant dans une ambiance tendue. Sur le pont les marins, équipés de gilets de sauvetage et de cordages, se positionnent pour intervenir dès qu’il leurs sera possible. Les canots de sauvetages sont abaissés à l’eau avec précaution et précision ; les marins et le capitaine pagayent rapidement vers l’embarcation où ils y aperçoivent plusieurs individus, épuisés mais soulagés, qui tendent les bras vers leurs sauveteurs. À bord, trois adultes, une petite fille et un petit garçon, leurs visages marqués par la fatigue et l’angoisse. Les marins aident un à un les naufragés à monter dans les canots, priorisant les enfants, les sécurisants par des gestes experts et des paroles réconfortantes. Chaque personne est successivement enveloppée dans une couverture chaude et les enfants diverti brièvement pour effacer la terreur et la peur lisible sur leurs visages. Des bouteilles d’eau sont distribuées et les premiers soins sont prodigués sur place. Lorsque tous les naufragés sont à bord des canots, ceux-ci reviennent lentement vers l’Étoile de Mer où les marins tendent des mains robustes pour aider les rescapés à monter à bord du cargo. Chaque naufragé est accueilli avec la gentillesse propre qui caractérise les citoyens loclenasques puis guidé vers des espaces abrités où ils peuvent se reposer et recevoir des soins médicaux plus approfondis. Les réfugiés, maintenant en sécurité, commencent à se détendre, leurs visages exprimant une profonde gratitude tandis que les membres de l'équipage s'affairent autour d'eux, apportant des couvertures, de la nourriture et des médicaments. Le capitaine, soucieux de comprendre qui sont-ils et ce qui les amène à fuir, s’approche doucement de la famille « N’ayez peur, vous êtes en sécurité avec nous. ». L’une des réfugiés, une femme d’une vingtaine d’année, s’avance timidement en parlant rapidement dans sa langue maternelle, ses gestes trahissant son désespoir. En quelques mots approximatif d’anglais, le capitaine tente de se faire comprendre, mais en vain, la femme secoue la tête en laissant s’échapper quelques larmes. L’équipage se rassemble et décide d’utiliser des gestes pour combler les lacunes linguistiques : le capitaine pointe vers sa bouche, puis fait le geste de boire, mimant l'action de boire de l'eau. L’homme, d’une soixantaine d’année, montre son bras pour dévoiler une entaille sur la partie supérieure. Les membres de l’équipage appellent immédiatement l’infirmière de bord, qui arrive en courant, une trousse de secours à la main, pour examiner l’homme et lui faire les premiers soins.
Plusieurs jours passent, une relation de confiance se créée entre les membres de l’équipage et la famille. Plusieurs anomalies et traumatismes ont été constatées chez les naufragés et ont été retransmises dans un rapport d’observation envoyé aux autorités de Pinnella Pass.
Capitaine du cargo l’Étoile de Mer a écrit : Rapport d’Observation sur l’état des naufragés
Date : /03/2015
Lieu : A bord du cargo l’Étoile de Mer
Sujet : Etat physique et psychologique des naufragés
Ce rapport détaille les observations faites par notre équipage sur les naufragés secourus. Plusieurs anomalies et traumatismes ont été constatés.
Observations :
- Les adultes montrent des signes de peur incontrôlée par des tremblements, des regards méfiants et une difficulté à établir un contact visuel sur un long temps. Les enfants se sont montrés craintifs envers les membres de l’équipage, refusant tout contact physique et verbal.
- Les naufragés ont montré des gestes de recul fréquents lorsqu’ils étaient approchés, principalement visibles lors de tentatives de communication directe ou de mouvements brusques.
- La majorités des naufragés présentent des contusions et des ecchymoses, probablement dues aux conditions d’embarcation.
- Les enfants et l’homme ont des coupures et des lacérations sur différentes parties du corps, nécessitant des soins médicaux immédiats à l’arrivée. Le plus jeune enfant n’est pas en capacité de marcher et présente des difficultés respiratoires.
- Des signes de déshydratations et de malnutrition ont été observés chez les naufragés.
Interventions :
- Des soins médicaux d’urgence ont été appliqués, notamment le nettoyage et le pansement des plaies, la réhydratation et la distribution de nourriture.
- Des contact rassurant ont été fait avec les naufragés, utilisant des gestes doux, et une salle de jeu provisoire a été mise en place pour les enfants.
- Une surveillance continue est mise en place pour surveiller l’état des naufragés et apréhender une intervention immédiate en cas de détérioration de leur condition.
Conclusion :
Les naufragés secourus par l’Étoile de Mer ont manifesté des signes de traumatismes physiques et psychologique. Parlant d’une langue étrangères, la communication ne peut être faite que par des gestes. L’équipage réagit avec professionnalisme et douceur pour apporter les premiers soins nécessaires et assurer la sécurité et le bien-être.
L’Étoile de Mer s’avance lentement vers le port de Pinnella Pass, en UC Sochacia, les moteurs ronronnant bruyamment après ce long voyage en mer. Le soleil, déjà haut dans le ciel, projette des lueurs dorées sur les eaux calmes qui bordent les côtes loclenasques. Les remorqueurs se mettent en position, prêts à guider le cargo massif vers son quai. Le bruit des machines de manutention, le cliquetis des chaînes et les appels des travailleurs se mêlent au cri des oiseaux qui survolent la scène. Un brouhaha qui effraye cependant les naufragés, restés à l’intérieur, les visages palis par la peur. Le capitaine Reefsugaz, debout sur la passerelle, surveille attentivement les manœuvres de son navire et des remorqueurs qui travaillent en parfaite coordination pour tirer et pousser le cargo. Les amarres jetées, la passerelle s’abaisse et les premiers membres de l’équipage descendent à terre, suivit de près du capitaine et des naufragés, « Enfin chez soi » marmonne le capitaine, les autorités ne tardent pas à fouler le sol du port pour retrouver le capitaine et les naufragés « Capitaine Reefsugaz, nous avons bien reçu votre rapport. Il est inquiétant je dois dire. Nous soupçonnons des naufragés provenant de Belograd, elle est bien la seule nation que des citoyens pourraient vouloir fuir au point de mettre sa vie en danger. », « Il est vrai, nous passions non loin de Belograd. », « Ils seront amené jusqu’à l’hôpital le plus proche puis au commissariat, plusieurs traducteurs seront présent : notamment anglais, italien, russe et français. ». Ils sont transportés rapidement vers l’hôpital, où une chambre commune a été préparée pour les accueillir. Les lits sont alignés le long des murs et des rideaux blancs séparent chaque espace pour un peu d’intimité lors des soins. Les infirmières et les médecins se précipitent pour évaluer l’état de chaque naufragé, par des gestes rapides et précis, tandis qu’ils administrent des soins immédiats. En parallèle, des couvertures propres leur sont données, des bouteilles d’eau et des plats consistants sont distribuées. Le capitaine, comme un parrain, observe la scène avec soulagement : des mesures sont prises pour assurer que les réfugiés reçoivent toute l’aide nécessaire, autant sur le plan médical que légal. Dans un coin de la pièce, la petite fille, les yeux grands ouverts, tient fermement la main de sa mère. Elles reçoivent l’attention d’une infirmière qui s’accroupit à leur niveau, offrant un sourire réconfortant tout en procédant à un examen de routine. Dans la chambre, les autorités se préparent à interroger les naufragés en douceur : des feuilles et coloriages sont mises à disposition pour les enfants et des tasses de café chaud pour les adultes. Les traducteurs ont réussi, par quelques échanges entre eux, de communiquer dans un russe approximatif. L’enquête commence avec des questions simples, posées dans un ton calme et rassurant, cherchant à établir un lien de confiance et s’assurer que les réfugiés comprennent qu'ils sont en sécurité. Des questions sont posées sur leur identité, leur provenance et les circonstances de leur voyage « L’homme et la femme ont tous deux 65 ans, la deuxième femme 23 ans et est la maman de la petite fille de 7 ans et le petit garçon de 4 ans. Ils viennent de Belograd et ont voulu échapper aux circonstances désastreuses de la nation. ». Les questions se tournent ensuite vers des aspects plus sensibles tel que les conditions qu'ils ont fuies à Belograd « Ces dernières semaines ont été horrible au Belograd, la violence a largement augmentée et les actes d’horreur se perpétuent encore. Ils ont battu mes enfants, mes parents, torturés mon mari jusqu’à la mort car ils pensaient que nous faisions parti d’un réseau d’opposition. La violence est gratuite au Belograd. Mon fils, mon bébé, ils l’ont torturés ! Ils l’ont fait marcher sur du fer chaud, il ne peut plus marcher. Mes parents ont été maltraité. » traduit l’un des traducteurs, ajustant l’intention de sa voix selon la jeune
femme. La petite fille, l’air abattu, complète les propos « Mon papa, ils l’ont emmenés de force là-bas, dans ce camp de vacance : lorsqu’il est revenu, il n’a pas pu parler, mais il était triste. ». La session d’interrogation se poursuit avec patience et empathie, les autorités cherchant à obtenir une image claire de la situation tout en respectant la dignité des réfugiés.
Après ce riche interrogatoire, les réfugiés passent encore plusieurs jours sous observation. Les médecins ont promis de faire le nécessaire pour permettre au petit garçon de remarcher et les autorités de se pencher davantage sur le cas du Belograd. Plusieurs familles loclenasques se sont portés volontaire pour accueillir la famille tour à tour et des aides seront apportés afin qu’ils s’insèrent dans la vie loclenasque : aide à l’éducation et au logement, cours de langue loclenasque, insertion à la vie culturelle et politique.