
La Pal est vaste au-dessus et profonde en dessous, ce sont deux mondes inversés qui se font écho : l’un est plat et l’horizon s’étend à perte de vue, l’autre est étroit, tortueux et sombre. Mais ils cohabitent ensemble et les galeries nourrissent le monde du dehors. Depuis deux mille ans les Blêmes se dissimulent sous le sol : leurs maisons sont à moitiés enfouies pour échapper aux vents de la steppe. L’ennemi est un cavalier anonyme, une horde venue de l’est qui s’est abattue sur le peuple du pourtour de la mer et l’a vaincu à chaque fois. Les Blêmes se dissimulent, s’enfouissent, car un cheval n’est d’aucune utilité dans les catacombes.
Les sectes ont creusé ces trous pendant des siècles. Chacun a investi les galeries a sa façon, pour ses propres intérêts. Les selliers dissimulent l’entrée des souterrains. On se réunit en secret sous les arches de pierre, là où les ennemis ne nous trouvent pas. Ainsi parcourent la steppe les serviteurs de Blême, les sorciers socialistes et les patriotes en quête d’avenir pour ce pays maudit. L’ouverture des galeries semble avoir descellé quelque chose de caché, comme un vieux réflexe face à l’ennemi les Blême trouvent refuge et s’organisent.
Le socialisme est une maladie mentale, ce qui tombe bien : on ne transforme pas le monde en étant timoré. Rafael Slak est rentré au pays avec de bonnes nouvelles, un soutient loduarien inespéré et l’amitié de l’UICS. Ses camarades l’ont remercié en l’écartant du pouvoir. La reprise des combats a été votée et Rafael Slak n’est pas un chef de guerre. Il s’occupera désormais de représenter le parti à l’international et si la lutte venait à être victorieuse il serait peut-être chef d’Etat provisoire. Rafael Slak n’était pas un homme très courageux, malgré son ambition il se contenta de ce qu’on lui avait proposé.
L’objectif du parti était de se constituer un réseau de caches. Les socialistes possédaient leurs bastions dans les grandes villes ouvrières où les syndicats fourniraient le gros de leurs combattants, mais le reste du pays appartenait aux voitures polk qui pouvaient parcourir la Pal plus rapidement que ne le ferait jamais aucun cavalier. Si les socialistes voulaient ouvrir un front contre leurs ennemis, il leur faudrait pouvoir compter sur leurs soutient dans l’arrière-pays, ce qui impliquait de les armer. Les mines s’ouvrirent de manière opportune, on passa de caves dissimulées à de véritables souterrains pour parcourir le pays par-dessous et tout le réseau de surveillance Polk vacilla. On s'en rendit compte, l'occasion fut saisie.