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SARGHAT [Presse de gauche] - Page 2

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« NOUS SOMMES LE FEU » :
SOFIA SHAKÛR DÉFEND LES HYDROCARBURES

Publié le 24.01.2019 à 22h78 par Evren Mazda

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« Nous allons tout changer. » La présidente du Parti Libéral multiplie les déclarations offensives, au fur et à mesure que se précisent les intentions des forces politiques en vue des élections générales de 2020. Dans à peine un an désormais, les délégués du Sérail, les régions et les municipalités seront renouvelés au terme de scrutins rapprochés et « importants. » Sofia Shakûr, élue pour la Mudharaba des techniciens du secteur gazier, a promis de candidater en Asarbeylik, dans le nord du pays.

« Les islamo-décroissants veulent saborder le pays », tempête la porte-parole d'un technoproductivisme déçu par Afaghani Pasha et ses promesses de « décarbonation » et de « résilience. » Au coeur du malaise dans la région industrielle riche en hydrocarbures, l'intention supposée du Diwan de « dissoudre PETRAZUR » et les centaines de milliers d'emplois associés à ce pilier historique de l'économie. « Le Diwan a imposé un moratoire au développement de nouveaux puits de forages », rappelle Osman Zarangir, économiste au think & do tank DÔJÔ qui exerce aussi au Nazum et au Paltoterra. Pour cet expert des économies « d'exception », notamment celles qui se prévalent de modèles communalisto-capitalistes difficiles à comprendre, la stratégie économique du Diwan est désormais actée : c'est la décroissance.

« Afaghani Pasha menace une filière historique du pays », tempête un syndicaliste de PETRAZUR à la tribune d'un rassemblement organisé par le Parti Libéral. De fait, l'orientation environnementaliste de la Nahda s'est précisée avec des annonces de « bifurcation écologique » ces derniers mois, malgré l'importance du pétrole (et surtout du gaz) dans le mix énergétique et les exportations. « Les exportations de Gaz Naturel Liquéfié représentent un quart des recettes fiscales en 2018 », annonce le Diwan, qui démontre que ce chiffre est en baisse depuis plusieurs années et surtout depuis 2016, date de l'arrivée d'Afaghani Pasha au pouvoir. « Le Plan Gazier a été abandonné, et avec lui, l'avenir de notre production d'énergie », dénoncent les Libéraux, qui avaient pourtant accueilli les projets de Beylan Pasha avec enthousiasme. A l'époque, ce prédécesseur d'Afaghani à la Porte Splendide voulait multiplier la production nationale de gaz de roche-mère par deux à trois, et lancer l'Azur sur une exploitation accrue de ses gisements considérables.

« L'énergie n'est pas seulement une question d'emplois », analyse l'économiste, qui observe que la stratégie du Diwan consiste à sortir du piège des économies basées sur l'or noir. « Après avoir assis sa politique sur la rente pétrolière, l'Azur essaye de s'en dépêtrer », et avec un certain succès. D'après les chiffres de cabinets indépendants, les investissements ont bondi dans des secteurs jugés « d'avenir » dans le cadre des plans gouvernementaux de transition écologique. Ainsi, pour les transports bas-carbone, la Société Caravanière des Airs (SKYRAVAN) peut se targuer de plusieurs milliards de Dirhams de subventions publiques en vue de relancer les lignes aériennes internes et d'en ouvrir de nouvelles avec des destinations lointaines, comme l'Estalie, le Wanmiri, et bientôt des dizaines de capitales à travers le monde. Des projets que les Libéraux jugent avec scepticisme. « La production gazière est un atout stratégique de notre pays » pour peser dans les décisions mondiales, veut croire Osman Zarangir. « Le marché attend de l'énergie pas chère », notamment dans une période où la croissance des économies au Nazum et au Paltoterra fait un peu du yoyo. « Les investisseurs sont inquiets du plafonnement de l'économie kah-tanaise », qui pourrait ouvrir à une recomposition économique et sociale importante au sein de l'hyperpuissance communaliste ; « si le Grand Kah réforme son économie, des milliers d'emplois et d'entreprises vont être laissés sur le carreau. » Dans une économie mondialisée, tout est en rapport, comme le rappellent les économistes : « la raréfaction du gaz azuréen sur le marché a déjà tendance à faire augmenter les prix » et à peser sur les économies industrielles. Le Wanmiri a déjà revu à la baisse les chiffres de sa croissance, selon l'Institut des Poids et Mesures du Drovolski.

« Les chiffres récents indiquent un tassement de la croissance », estime un économiste du Parti Libéral, pour lequel « relancer la machine productive est urgent. » La formation politique, qui défend des réformes structurelles pour « abolir l'islamo-socialisme » et « régénérer l'industrie nationale », veut prendre exemple sur des pays ayant réussi à rebondir après des épreuves économiques et sociales difficiles. « C'est par la science et la technique qu'on y arrivera », plaide Sofia Shakûr : « la décroissance c'est pour les bites molles. » A elle dont la bite n'est pas molle, on ne fera pas la blague : « le "découplage", ça n'existe pas » ; jamais l'économie ne pourrait se passer d'énergies fossiles, estime l'élue, acclamée par des milliers de salariés de PETRAZUR inquiets pour leurs emplois et leur statut social. « Vous êtes le fleuron de notre économie ! » Interrogée sur les risques environnementaux liés à l'exploitation du gaz de roche-mère, la présidente du Parti libéral répond crânement et indique ne pas « croire aux intoxications afaghaniennes » en matière de « science » et de « réalité physique. » Pour elle, « le réchauffement climatique est une entourloupe » et n'a aucune chance de mettre en danger les conditions de température et d'humidité dans lesquelles s'est développée la vie humaine. « Vous verrez, tout ça n'a aucune importance », insiste celle qui anticipe sur la négation de la science au mépris de toute référence technique sérieuse. « Cassez le thermomètre ! » a-t-elle même invité devant un parterre de fidèles enthousiastes, démontrant que la rupture avec l'écologie démocratique est définitivement actée pour elle. Les élections de 2020 s'annoncent brûlantes.

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COLONIALISME :
« L'OBJECTIF DE L'ENNEMI EST D'HUMILIER LE CONTINENT »
— AMASTAN AG AMENAY

Publié le 25.03.2019 à 15h33 par Kozo Okamoto

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Pour la première fois depuis sa prise de fonction, Amastan Ag Amenay Ag Aylan répond aux questions de SARGHAT. D'origine qabalienne, issu de l'aristocratie nomade, membre de la Khardziyya — une tariqa répandue dans les oasis d'Afarée occidentale —, celui qui est entré dans les bonnes oeuvres de la Nahda par la petite porte de la politique agraire des communautés nomades apparaît à la Porte Splendide au ministère des Affaires étrangères. Publiquement attaqué par des médias étrangers, qualifié d' « amateur », de « faillite » et même de « schizophrène », il garde pourtant toute la confiance du Diwan et du Grand Vizir Afaghani Pasha, chef de la diplomatie azuréenne depuis 2004. Après des révélations du média kah-tanais Akai Kagami, le ministre est en première ligne dans la « guerre zéro morts » menée par l'Azur contre la Maison Dalyoha. Qui est-il ? Que veut-il ? Alors que la crise semble plongée dans une paralysie propice à l'escalade, quelle stratégie diplomatique peut-il pousser pour l'Azur ? Amastan Ag Amenay répond à nos questions sans concessions.

SARGHAT : Excellence merci pour cet entretien. Vous êtes depuis peu le Ministre des Affaires étrangères, mais votre profil n'est pas anodin. Votre père était un sheikh qabalien reconnu. Aujourd'hui vous exercez des fonctions officielles en Azur. Certains ont critiqué votre binationalité et la confusion des affaires azuro-qabaliennes. Qu'avez-vous à répondre à cette critique ? Êtes-vous vraiment à votre place ?


Amastan Ag Amenay : Merci pour cet entretien qui me permet de répondre, rectifier et réaffirmer des points essentiels que tout le monde va bien se coller dans le crâne. D'abord sur ma binationalité. Rassurez-vous les bi ne sont pas tous que des cheaters si vous me passez l'expression. Je m'honore d'être ministre du noble Diwan azuréen, c'est un honneur pour moi et pour ma famille. En tant que fils de la diaspora qabalienne, j'ai conscience de représenter une dimension particulière de la politique gouvernementale. J'agis entièrement sous la direction de Son Excellence le Grand Vizir, et je suis le ministre de l'Azur, non de la Qabalie. Je suis au service des intérêts de l'Azur. Ceux-ci sont liés à celui du peuple qabalien par déclarations répétées du Diwan, qui s'est engagé à la Déclaration mondiale sur la Cramoisie, à la Reconnaissance de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la R.U.P.K. et au droit du peuple qabalien à la justice contre le génocide et la colonisation en général. Il y a des gens pour qui toutes ces choses ne veulent rien dire. Pour l'Azur cependant, ces engagements sont essentiels.

SARGHAT : vous avez été accusé d'instrumentaliser la cause qabalienne.

Amastan Ag Amenay : un avocat n'instrumentalise pas la cause de son client, mais je n'irai même pas à comparer la relation entre l'Azur et la Qabalie à celle qui lie un avocat et son client. Cette relation se fonde sur une histoire commune, des liens culturels et spirituels, le tissage des confréries qui parsèment le monde musulman, les rites de pèlerinages, le commerce caravanier et les transits nomades aussi, plus prosaïquement. Cette relation est fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté, à un espace commun. Mais surtout, cette relation est fondée sur le constat du crime de génocide, du risque d'écocide et de la commune Humanité des Azuréens et des Qabaliens. Les Azuréens se reconnaissent dans le martyre des Qabaliens, et les Qabaliens se reconnaissent dans la lutte des Azuréens contre la Cramoisie et ses maléfices. Ce procédé d'identification mutuelle se passe de commentaire extradiégétique. Tous les musulmans, tous les Afaréens, tous les êtres humains dotés d'un cœur et d'un cerveau qui réalisent cette identification mutuelle, cette empathie irréversible et indiscutable, font partie de notre camp. Tous ceux qui, pour les raisons psychopathologiques qui les regardent, sont incapables de cette empathie-là, sont dans le camp de l'ennemi. Je suis stupéfait des accusations d'instrumentalisation qu'on pourrait me faire. Demandez à la République de Juda s'ils considèrent que ceux qui s'opposent aux pogroms des Juifs sont en train de les instrumentaliser. Demandez à la coalition qui a renversé un gouvernement fasciste je ne sais plus où il y a deux ans parce que celui-ci emprisonnait les homosexuels, si elle était en train d'instrumentaliser les homosexuels auquel elle portait secours. Demandez aux Qabaliens s'ils ont l'impression d'être instrumentalisés. Je connais mieux les Qabaliens que vous. Je peux vous dire qu'ils sont moins préoccupés par leur « instrumentalisation » par l'Azur que par la justice et leurs droits sur leur propre pays, aujourd'hui niés par une entité coloniale et génocidaire impunie.

SARGHAT : en plaçant le dossier de la Kabalie en tête de ses priorités, le Diwan n'est-il pas en train de pratiquer une ingérence flagrante en Afarée occidentale, comme le dit Balsilek Ishaq ?

Amastan Ag Amenay : La première ingérence, c'est le génocide et la colonisation. Je vous rappelle que des gens vivaient là avant qu'on n'anéantisse la moitié du pays de mon père. Ces gens, ces Qabaliens, ont aussi le droit à être défendus contre l'ingérence génocidaire et coloniale. Les Althaljirs, les Finejouriens, les Somagoumbéens et bien d'autres ont le droit à être défendus contre un cataclysme humanitaire, environnemental, sécuritaire majeur et inédit. Ils ont le droit qu'on identifie l'offense et la menace auxquelles ils sont exposés, et qu'on y réponde de façon appropriée, sans détours, sans maquillage et sans égarement. Mais je vais répondre à votre question. Je déplore qu'on prête encore attention, y compris à SARGHAT, au bullshit de Balsilek Ishaq. L'accusation d'ingérence de l'Azur est exemplaire de sa façon de raconter n'importe quoi pour perdre tout le monde dans des débats de merde.

SARGHAT : Oulàlà ! Votre langage est-il bien diplomatique ?

Amastan Ag Amenay : Le langage est une fonction humaine de base pour véhiculer du sens. Les registres de langage, de la politesse à la grossièreté en passant par le formalisme et la familiarité, véhiculent un bagage de sens. Prenez mes mots tels que je les énonce avant d'en blâmer le registre. Prenez le monde tel qu'il vous arrive, voilà un bon conseil pour rester de bonne humeur. Je dis bullshit pour vous véhiculer mon mépris pour les stratégies locutoires de Balsilek Ishaq, qui n'est que le porte-parole d'un système sur lequel il n'a aucun contrôle. En tant que PDG-Protecteur, Balsilek Ishaq est l'avoué d'entités fantômatiques qui contrôlent pourtant de fait la R.A.D. : les actionnaires, au premier rang desquels se trouve la Maison Dalyoha. Cette articulation des rôles entre les actionnaires et leur émissaire est un fait facilement vérifiable et parfaitement assumé par Balsilek Ishaq lui-même. Pourtant, celui-ci n'a à la bouche que ses préoccupations sur la souveraineté et contre l'ingérence de l'Azur. Cette préoccupation est fallacieuse et hypocrite. En tant que bouche de Dalyoha, Balsilek Ishaq formule des paroles empoisonnées et viciées, qui instituent une réalité parallèle à celle que nous vivons tous. Dans sa réalité, les colons sont souverains, l'Azur est agressif et le génocide est un acte d'amour. Les faits sont pourtant les suivants : la Cramoisie s'est imposée par la force et l'assassinat à l'Afarée, et elle ne s'y maintient pas autrement ; l'Azur n'a commis aucune agression depuis son existence, y compris contre la Cramoisie ; quant au génocide, il ne s'est arrêté que parce que ses auteurs l'ont assez parachevé pour dérouler à présent leur programme de colonisation. Regardez : la Maison Dalyoha déroule le projet Éden rouge exactement comme elle l'avait prévu pendant le « nettoyage » de la zone par des milices génocidaires. La colonisation continue tranquillement. Et c'est de l'ingérence azuréenne qu'il faudrait que je m'excuse ?

SARGHAT : l'expulsion de la force azuréenne par le Finejouri ne démontre-t-elle pas l'ingérence dont fait preuve le Diwan ?

Amastan Ag Amenay : décidément il n'y a que dans les médias azuréens qu'on pose des questions pertinentes. Permettez-moi de corriger cette question erronée : le Finejouri n'a pas expulsé les troupes azuréennes, c'est l'Azur qui a mis fin à une mission de protection pour satisfaire à la demande du Finejouri de renégocier les accords de sécurité. L'Azur s'était engagé à protéger le Finejouri, cette demande a été retirée par le Finejouri, et nous en avons pris acte. L'Azur n'a pas vocation à assurer la sécurité des pays qui n'en ont pas besoin. Voilà exactement pourquoi l'Azur n'est responsable d'aucune ingérence. Une ingérence consisterait à imposer nos intentions aux pays concernés alors que ceux-ci sont capables de s'en débrouiller. Nous n'avons aucune intention vis-à-vis des pays d'Afarée occidentale ; ceux-ci sont largement capables de formuler eux-mêmes leurs besoins et de les combler par les moyens nécessaires. Nous n'avons pas demandé au Finejouri de déployer nos troupes chez lui : nous avons répondu à son appel. Nous n'avons pas défini les contours de la Kabalie : elle les a définis elle-même. Nous n'avons pas dicté aux pays de la région leur attitude vis-à-vis de la Cramoisie : ils l'ont définie par eux-mêmes. Et ça nous convient très bien. Afaghani Pasha l'a dit à plusieurs reprises : l'Azur n'est pas du côté du problème, il est du côté de la solution. Nous avons ainsi inféodé notre stratégie aux revendications claires et pacifiques de la République Unie des Peuples de Kabalie, dont nous reconnaissons la souveraineté et l'intégrité territoriale, ni plus ni moins. Nous n'avons positionné aucune troupe contre l'avis des pays en question dans la région, et nous n'avons pas l'intention de mener des opérations sécuritaires sans leur consentement. Nous agissons dans le sillage que trace la R.U.P.K. dont le Diwan reconnaît la légitimité à représenter le peuple qabalien. Nous ne nous substituons à personne. Nous ne faisons pas d'ingérence. Nous en accuser est une infamie infondée. C'est le bullshit de Balsilek Ishaq : lancer des accusations graves et sans fondement pour semer la confusion. Mais nous savons bien à quoi servent ces accusations. La Cramoisie n'est capable de convaincre personne de ses bonnes intentions, car elle ne manifeste aucune bonne intention. La stigmatisation de l'Azur, qui n'est que l'un des pays parmi tous ceux qui ont signé la Déclaration mondiale sur la Cramoisie, n'a rien à voir avec notre implication dans quelque ingérence que ce soit. L'accusation d'ingérence est un prétexte fallacieux et futile. Balsilek Ishaq et ses actionnaires détestent l'Azur pour une autre raison bien plus réelle et structurante. Ils détestent ce que nous représentons : une Afarée radicalement libre.

SARGHAT : La R.A.D. utilise pourtant le même argument : elle prétend que l'Azur veut lui retirer sa liberté. Comment faire la différence entre deux arguments similaires ?

Amastan Ag Amenay : en constatant la réalité sur le terrain. Certains se battent pour leur droit à exister, d'autres pour leur droit à détruire. L'Azur défend l'existence des Qabaliens dans sa pleine puissance, c'est-à-dire par la préservation de la vie, l'affirmation de la culture, l'autodétermination. Nous défendons la restitution du territoire et l'abolition des structures coloniales, au premier chef celle de la Maison Dalyoha qui est indéfendable devant Dieu. Nous défendons l'autodétermination réelle des Qabaliens auxquels on voudrait retirer la langue, les coutumes, la spiritualité, les traditions, et bien sûr le territoire et l'environnement. C'est un combat légitime. Nous n'attendons rien des colons carnavalais : qu'ils rendent le pouvoir et qu'ils s'engagent dans un processus de décolonisation. Ils ont tout à y gagner. Face à nous, la R.A.D. et ses actionnaires défendent leur droit à occuper, opprimer, insulter et pervertir l'Humanité, par le martyre d'innocents, le détournement de tous les principes de l'existence, le sectarisme antimusulman, antichrétien, antijuif, antiilahmiste des Lucifériens et de leur idéologie autoritaire. Ils défendent leur droit à torturer des cobayes, à exploiter le corps des femmes pondeuses de clones, à brutaliser les animaux et les plantes, à polluer l'atmosphère et l'environnement, à réaménager un territoire qui ne leur appartient pas, à éradiquer la Qabalie en lui adjoignant de curieux épithètes. Ils revendiquent le droit à insulter notre intelligence en nous faisant croire que les actionnaires d'aujourd'hui n'ont pas la même intention coloniale et prédatrice que ceux d'hier, alors que ce sont les mêmes, qu'ils sortent de la même matrice carnavalaise, et qu'ils ont en commun le principe viscéral suivant : la poursuite acharnée et obstinée de l'humiliation de tout un continent. Ils savent très bien ce qu'ils font et ils le font précisément pour cela. Leur désir de brutalité et de domination est sans borne. Il est même probable que notre résistance les excite. Ils y feront naufrage. Nous ne pouvons rien à leur destinée. Nous avons à suivre la nôtre, avec l'aide de Dieu. Voilà la différence entre nous : il n'y a que deux voies. Que chacun choisisse la sienne.

SARGHAT : sur le terrain, la R.A.D. prétend au contraire avoir apporté de multiples avantages à l'Afarée, en permettant aux Kabaliens d'avoir accès à un système de soin topissime notamment.

Amastan Ag Amenay : on peut se réjouir que les Qabaliens qui vivent en territoire occupé puissent trouver des médecins pour soigner leurs cancers ; par honnêteté il faudra bien admettre que ces médecins-là sont la cause de leurs cancers. Les poisons toxiques diffusés par les armes chimiques, la malnutrition, la faim, la destruction des ressources naturelles sont le fait de la Cramoisie et offrir une mutuelle est une bien piètre compensation face à ces destructions. En réalité, c'est surtout une récompense pour les génocidaires. Ils sont confortés dans leur présence ici, et assurés d'être impunis. Ils sont honorés d'être perçus comme des sauveurs. Ils se donnent le statut du colon idéal. Vous savez pourtant comme moi ce que vaut la colonisation civilisationnelle pour les populations indigènes. Je ne nie pas que désormais les Qabaliens puissent effectivement résoudre leurs problèmes de calvitie plus facilement qu'avant : d'un point de vue technique, la Maison Dalyoha est certainement très compétente, quoi que le Diwan se soit mis à examiner cette prétention d'un peu plus près récemment. Mais que valent de tels soins face à l'énormité des dégâts infligés ? Au nom de quoi devrait-on transformer la sanction attendue en récompense ? Au nom de quelle odieuse insulte à notre intelligence et à notre honneur ?

SARGHAT : la R.A.D. se prévaut aujourd'hui d'être inclusive et réconciliée, comme en témoignent ses changements de nom et de drapeau. La « Kabalie rouge » n'a donc pas assez montré patte brune à vos yeux ?

Amastan Ag Amenay : Haha, très amusant : patte brune. Oui, en effet, la R.A.D. s'est payée une opération de chirurgie esthétique à Grand Hôpital. Nouveau drapeau, nouveau nom, nouveau chef et c'est un qabalien... On s'y croirait presque. Non. Tout ceci est un enfumage dont l'évidence est une insulte, encore une fois, et une perversion raffinée pour humilier encore un peu l'Afarée. En langage des jeunes, on appelle les collabos comme Balsilek Ishaq des tokens ; c'est une pratique qui consiste à vous adjoindre un Noir dans votre équipe de racistes pour prétendre ne pas être racistes. Cela ne trompe personne, sauf les racistes. Figurez-vous que le programme d'entraînement à la pensée luciférienne qu'a suivi Balsilek Ishaq s'appelle justement : « T.O.K.E.N. » Après cela, vous faites comme vous voulez ; prétendez n'avoir rien vu, rien entendu ; ne vous étonnez pas que les Azuréens vous détestent. L'honneur azuréen supporte mal ce genre d'humour et les inspirations culturelles de la R.A.D., qui puise dans l'absolu colonial : celui de l'orientalisme et de l'effacement de la culture indigène, au profit d'un syncrétisme exclusivement esthétique. Les colons veulent bien le thé à la menthe et les motifs d'arabesques : cependant de leur parlez ni de takbir, ni de jihad — surtout pas de jihad, ils seraient capable d'en écrire n'importe quoi. L'honneur azuréen supporte mal la répétition d'un schème colonial qu'il a combattu les armes à la main, et qu'il dont il s'est victorieusement défait. L'honneur azuréen supporte mal qu'on insulte l'intelligence et qu'on fasse passer les vessies pour des lanternes et les colonies pour des Etats souverains. Nous avons en commun avec tous les peuples nomades et avec tous les hommes de la Terre qui ont résolu leurs crises infantiles ce sens de l'honneur qui, comme une force de la nature, nous interdit toute veulerie et toute négligence.

SARGHAT : faut-il se préparer à une guerre dans les prochains mois, dans les prochaines années ? Comment justifier un conflit au moment où la paix se dessine ?

Amastan Ag Amenay : hélas, la paix ne se dessine pas, car pour qu'elle soit la paix il faut qu'elle soit aussi la justice. J'espère me tromper, mais je ne vois aucun scénario dans lequel les structures coloniales de la R.A.D. se démantèleront pacifiquement. Je ne vois pas les actionnaires renoncer à leurs actions et à leurs dividendes, les milices se désarmer, les programmes écocidaires s'arrêter, par un miraculeux retour à la raison et à la dignité d'autorités qui sont nées dans le bourbier insalubre et grotesque du fantasme de brutalité. Je ne vois pas de solution tangible, concrète et praticable se dessiner pour donner aux victimes du génocide ce à quoi elles ont droit : la reconnaissance de leurs souffrances, la réparation matérielle et symbolique de l'offense subie, la solidarité indiscutable de l'Humanité pour empêcher la répétition d'une telle rupture dans l'ordre naturel humain. Ces solutions, l'Azur les porte et il pèse pour qu'elles se concrétisent, comme il pèse aujourd'hui pour que le Finejouri et l'Althalj obtienne des concessions profondes, concrètes et sérieuses de la R.A.D. en vue d'un processus de paix, de justice et de décolonisation, plutôt que d'un blanchiment de génocide par un truquage indigne d'être supporté plus longtemps. Le Diwan porte des solutions mais il n'ignore pas le contexte. Mes prédécesseurs ont porté diverses propositions qui n'ont pas abouti à cause du fanatisme sadique de la R.A.D. Ces échecs sont de son seul fait, de son hypocrisie et de son intention systématique d'humilier ses interlocuteurs. On ne construira aucune paix dans ces conditions. La paix ne se dessine donc pas. Quant à se préparer à la guerre, rappelons-nous que pour les Qabaliens, la guerre est là depuis trois ans. Pour les familles de nos deux pilotes, Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan, la guerre est là depuis trois mois. Il faut se préparer à la guerre comme si c'était une certitude. Et en même temps, préparer la paix et la diplomatie, comme si c'étaient des certitudes. C'est pour cette raison que le Grand Vizir fera bientôt une conférence de presse.


SARGHAT : un dernier mot pour cet entretien, le média kah-tanais Akai Kagami a dit s'être procuré des documents inédits qui traduisent une profonde divergence de vues entre la Porte et le Khalife, une « schizophrénie » selon l'auteur de l'article. Il estime que le Grand Kah serait prêt à reconsidérer l'ensemble de ses partenariats en Azur, ce serait absolument inédit. Qu'avez-vous à nous dire ?

Amastan Ag Amenay : pas de commentaire. L'ambassadrice a apporté tous les éléments nécessaires. Je déplore que l'auteur ait fait usage de termes psychiatriques et de mensonges pour nuire aux relations bilatérales. Qu'il nous en épargne, et qu'il vienne nous montrer ce qu'il a dans le ventre à l'occasion de la conférence de presse d'Afaghani Pasha.
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