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Date : 12/03/2018

La forêt sombre
La forêt sombre


Est-ce réellement sage que de chercher à explorer l'univers ? Pas certain.

Le paradoxe de Fermi est une énigme connue qui agite l'imagination de tous les passionnés d'astronomie, tant ses implications sont démentielles pour l'entendement humain. Sa formulation, très simple, est la suivante : « S'il y avait des civilisations extraterrestres, compte tenu de l'âge de l'univers et de notre galaxie, leurs représentants devraient être déjà chez nous. Où sont-ils donc ? »

En effet, l'humanité est une civilisation très récente : 7 000 ans au mieux si l'on estime le début de son existence avec l'apparition de l'écriture en Nazum occidental. La vie sur Terre elle-même est assez récente, puisque le système solaire est lui-même assez jeune avec moins de cinq milliards d'années, soit un tiers de la vie de l'univers. Dès alors, considérant la vitesse de développement et de progrès de la civilisation humaine qui n'est apparue en tant qu'espèce qu'il y a 300 000 ans et prenant en compte que la vitesse de son développement technologie croit de manière exponentielle - les hommes sont passées du premier vol à l'exploration spatiale en moins de 65 ans - et qu'une multitude d'étoile dans la galaxie, et même au voisinage de la notre, sont nettement plus vieilles, comment expliquer que nous n'ayons à date jamais découvert de traces d'une civilisation extra-terrestre ? C'est cette question paradoxale très simple à laquelle l'humanité cherche une réponse depuis sa formulation il y a presque 100 ans.

Un service spécial de l'APES a même été constitué afin d'y répondre, au moyen de l'étude et de l'exploration spatiale, mais aussi via la construction de modèles mathématiques sur les possibilités d'expansions, via l'étude de schémas sociologiques à l'échelle galactique afin d'en déterminer des axioms. La première réponse à laquelle ce service s'est efforcé de donner une réponse est la suivante : une civilisation cherche-t-elle à quitter sa planète ? En effet si une civilisation, aussi avancée soit-elle, ne cherche pas à s'étendre, il n'y a aucune raison que nous puissions la détecter.

Un des postulats de base de l'étude est la survie. Tout organisme cherche à survivre. Dès lors, à travers les processus évolutifs classiques déjà démontrés, la vie à propension à occuper toute niche écologique possible. Intrinsèquement, la vie s'étend, et cherche à couvrir l'ensemble de la surface de sa planète (ou sa lune). Les ressources de leur planétoïde étant par définition finies, toute espèce devenue dominante sur sa planète sera contrainte à termes par le manque de ressources de s'étendre au sein de son système planétaire afin de ne pas s'éteindre, ce qu'elle cherchera à faire par instinct de survie. Puis, selon la même logique, elle sera contrainte à un termes plus lointain, toujours pour assurer sa survie, de quitter son système solaire au fur et à mesure de l'avancement de l'âge de son étoile (à titre d'exemple, l'humanité n'a plus à sa disposition que 800 millions d'années grand maximum, alors que la vie en a déjà consommé 3 milliards : on a déjà brûlé les trois quart de la chandelle !). Dès lors, selon la logique implacable de la survie, une civilisation est contrainte à s'étendre. Dès lors, pourquoi n'en avons pas encore repéré ?

Il existe une multitude de théories concurrentes, chacune aussi loin d'être validée que la suivante. J'aimerai cependant que nous nous penchions sur deux théories prépondérantes, qui devraient nous rendre plus circonspect et mesuré dans notre appétit de grands espaces cosmiques.

La théorie des grands filtres : Ou comment découvrir des traces de vie extra-terrestre annoncerait potentiellement notre mort future :


La théorie des grands filtres est l'une des plus effrayantes qui soit concernant les explications du paradoxe de Fermi. Elle part de l'observation empirique qu'à date il n'existe aucune preuve qui suggère que notre galaxie ait été colonisée par une civilisation extraterrestre. On peut donc en déduire qu'il semble peu probable qu'un processus évolutif menant à une civilisation passant le stade II sur l'échelle de Kardashev - c'est à dire quittant son système solaire - ait pu se produire dans notre galaxie. Or, à l'instant T, rien ne semble empêcher l'humanité d'atteindre théoriquement ce stade.

Le département de cherche extraterrestre de l'APES et divers astronomes amateurs et universitaires - dont je fais partie - ont donc développé la théorie du Grand Filtre. Les filtres ont été définis comme une suite de barrières évolutives qui nuisent à l'émergence d'une civilisation extraterrestre durable dans le temps et en capacité de dépasser ce fameux stade II. Ce Grand Filtre pourrait intervenir lors de l'une ou de plusieurs des 9 étapes évolutives, identifiées par l'équipe du professeur Ansone, d'une civilisation colonisatrice de galaxie (Les étapes évolutives passées sont basées sur l'expérience de la vie sur Terre, et les bons évolutifs observés, tandis que la neuvième pourra éventuellement être découpée en fonction des bons évolutifs qui seront observés dans le futur de l'humanité) :

  • Le bon système planétaire (incluant des composés organiques ainsi que des planètes habitables et étoile suffisamment stable et dans le temps, et dans son activité solaire)
  • Des molécules reproductrices (comme l'ARN)
  • Des organisme unicellulaire simple (sans noyau, tels les cellules procaryotes)
  • Des organisme unicellulaire complexe (avec noyau et mitochondries, tels les cellules eucaryotes)
  • La reproduction sexuée
  • Les organisme multicellulaire
  • les animaux utilisant des outils avec des cerveaux développés
  • L'état actuel de notre civilisation permettant d'envisager la colonisation stellaire
  • L'expansion de la colonisation

Toute la question, maintenant, est de savoir où est ce fameux Grand Filtre. S'il est dans le passé, cela veut dire qu'au moins une des étapes numérotées de 1 à 8 est extrêmement peu probable, et que l'humanité telle qu'elle est aujourd'hui est une des très rares forme de vie, peut-être même l'unique, à avoir atteint cette étape de son processus évolutif. Après tout, le passage de la cellule procaryote à la cellule eucaryote a pris près de 2 milliards d'année sur Terre. C'est le scénario positif.

Si en revanche c'est l'étape 9 (ou tout autre étapes inconnues mais devant nous) et non pas une étape passée, alors il est possible qu'atteindre l'étape 8 soit aisée et que la difficulté reste à franchir. Cette difficulté peut être par exemple l'épuisement des ressources planétaire avant de pouvoir exploiter celle du système planétaire dans son ensemble, ou un effondrement écologique total du type climat Vénusien en essayant de le faire. Et dans ce cas la, nos chances sont infinitésimales et l'humanité est probablement condamnée à s'éteindre avant de pouvoir atteindre ce fameux stade II, au même titre que beaucoup d'autres formes de vie avant nous.

Ainsi, la découverte de vie multicellulaire sur une autre planète ou satellite de notre système solaire serait catastrophique, puisque cela impliquerait que les étapes 2 à 6 seraient extrêmement communes, augmentant drastiquement la probabilité que le grand filtre reste devant nous afin d'expliquer l'absence de civilisation galactique. Pour le bien de l'humanité, elle doit être seul. De ce fait, la recherche de traces de vie extraterrestre consiste dans une certaine mesure selon cette théorie à savoir si nous avons passé le jour du jugement dernier, ou s'il nous attend encore, implacable.

La théorie de la forêt sombre : Ou comment découvrir des traces de vie extra-terrestre signerait notre arrêt de mort :

Après la théorie des grands filtres voici une autre explication du paradoxe de Fermi particulièrement angoissante : la forêt sombre. Cette théorie, développée par le Professeur Luigi Cino, fait de la galaxie un environnement particulièrement hostile. La première étape de cette théorie repose sur le développement d'axiomes inhérents à la vie et qui restent applicables quelque soit la civilisation. Ces axiomes sont les suivants :

  • Toute forme de vie cherche à survire
  • Les lois de la physique sont définitive et immuables, notamment celle concernant la vitesse de la lumière

Se basant sur ces axiomes, quelle est la seule façon de procéder logique d'une civilisation en découvrant une autre : la contacter, ne rien faire ou la détruire préventivement ? Appelons la civilisation découvreuse A et la civilisation découverte B.

Si la civilisation B est hostile et qu'elle a les moyens de détruire la civilisation A, elle le fera. C'est donc signer son arrêt de mort pour la civilisation A que de la contacter. La civilisation B a beau être, au moment de la découverte, potentiellement primitive et ne pas avoir les moyens de nuire à A, rien ne dit qu'elle ne pourra pas un jour en capacité de le faire. En effet, il n'y a aucune preuve que le progrès technologique soit linéaire, et il n'est pas dit qu'une civilisation en retard puisse le rattraper et prendre de l'avance. Et donc de découvrir elle-même A à l'avenir. C'est donc un signature d'arrêt de mort pour la civilisation A de laisser exister une civilisation potentiellement hostile, et le seul raisonnement logique est de procéder à son anéantissement préventif.

Si la civilisation B est pacifique et que A est en mesure de s'en assurer au moment de la prise de contact, alors il n'en reste pas moins que les distances immenses entre les deux civilisations et les différences potentiellement fortes entre les formes de vie rendront les contacts et l'observation très difficile, amenant nécessairement les deux civilisations à voir l'autre comme suspectes sur le long terme. Du fait des distances galactiques, aucune des deux ne peut avoir l'assurance que l'autre ne deviendra pas hostile et aucune ne dispose des moyens de le vérifier du fait de l'impossibilité d'observer de manière efficace l'autre, de part les limitations induites par la vitesse de la lumière comme borne supérieure. L'observation de la civilisation opposée repose sur ce que la lumière peut convoyer comme information. Une attaque à l'aide d'un objet propulsé à vitesse relativistique par exemple ne serait découvert que quelques temps avant l'impact, rendant impossible toute contre-mesure.

De fait, la suspicion sera la normale. En effet, la civilisation B peut penser que A ment sur ses intentions car il n'est pas possible de vérifier ses dires du fait de l'impossibilité de voir ce qu'elle fait. La civilisation A peut penser que c'est ce que la civilisation B pense et frapper de manière préventive. La civilisation B peut penser que A tient ce raisonnement et frapper, et ainsi de suite. Dès lors, peut importe l'état initial des relations puisque sur le temps long, l'hostilité présumée ou avérée de l'autre deviendra la norme et l'une devra détruire l'autre pour assurer sa survie car il lui sera impossible de s'assurer que sa propre destruction n'est pas en route. Dès lors, sur le temps long, B finira nécessairement hostile et détruira A. Ainsi, quelque quoi soit l'attitude diplomatique et le niveau technologique de la civilisation contactée, elle finira par détruire le découvreur.

La décision de ne pas prendre contact ne fait que repousser le dilemme ci-dessus car elle s'expose au risque d'être elle-même découverte et détruite de manière préventive par la civilisation préalablement découverte. Dès lors, le seul choix logique lors de la découverte d'une civilisation est de la détruire, puisque tout autre décision mènera inéluctablement à sa propre destruction. L'équilibre de la terreur ayant prévalu et prévenu le monde de la destruction durant la guerre froide n'est dans ce contexte pas applicable compte tenu des distances, qui permettent à l'un des protagonistes d'agir dans l'ignorance de l'autre, par simple limitation due aux lois de la physique.

Ainsi, la seule façon logique de procéder pour une civilisation intelligente s'il elle souhaite survivre dans l'univers est de cacher sa présence à la galaxie et de détruire dans l’œuf toute civilisation qu'elle identifierait si elle en avait la capacité, ce qui est une explication parfaitement plausible mais particulièrement sinistre du paradoxe de Fermi. Et quand on sait que la Terre émet des ondes radios à foison depuis 150 ans (qui ont donc atteint une distance de 150 années lumières), il ne reste qu'à espérer qu'on soit effectivement seul dans notre coin galaxie ou que personne n'ait les oreilles trop sensibles.

Valère Malleval, professeur d’astrophysique à l'Université de Busatto.
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Date : 02/04/2018

Deux ARR SM.79 "Gobbo" dans le ciel de Faustinans en 1937 survolant le port de Ponsà
Deux ARR SM.79 "Gobbo" dans le ciel de Faustinans en 1937 survolant le port de Ponsà


Les ailes de l'histoire décollent !

A l'heure où, via l'APES, un important programme national d'exploration semble prendre forme et réveiller l'industrie aéronautique Faustinans, le Musée Préfectoral de l'Air et de l'Espace, basé à Storchi, s'affaire lui à assurer la continuité entre les engins de demain et ceux d'hier. Au sein de cet immense espace de plusieurs milliers de mètres carrés, vous pourrez découvrir conservés dans leur stricte état d'époque les grands appareils qui ont fait l'histoire de l'aéronautique dans les Vallées Fortunées. Collection repartie entre plusieurs halls et hangars richement décorés, vous pourrez retrouver l'ensemble du génie national en matière aéronautique, des premiers biplans aux derniers appareils à réactions, des autogyres précurseurs au plus récents hélicoptères lourds, des premières fusées-roquettes au lanceur lourd Icarus.

Toutefois, au-delà de ces expositions statiques, le Musée a également engagé une démarche depuis quelques afin de remettre en état de vol certaines machines afin de porter l'élégance de ces oiseaux de métal aux quatre coins du pays au travers de meeting aériens. C'est pourquoi il y a maintenant trois ans a été lancé le programme Les ailes de l'histoire qui vise à remettre en condition de vol l'ensemble des appareils détenus par le Musée de l'Air et de l'Espace. Le but affiché est de pouvoir présenter un meeting aérien historique pour les 125 ans de l'armée de l'air en mai 2028, dans dix ans.

Le Musée a donc annoncé ce jour, via une présentation, que le premier de ces appareils a réalisé avec succès un vol d'essai de 25 minutes : un exemplaire du fameux bombardier-torpilleur ARR. SM79 du constructeur historique Aerei Romano Righi, surnommé Il Gobbo du fait de sa bosse dorsale où se nichait la mitrailleuse principale. Cet appareil a constitué l'épine dorsale de la flotte de bombardement et de torpillage dans les années 30 et est resté en service dans l'armée de l'air en tant que transport jusqu'à la fin des années 50. Le fuselage de la structure, âgée de bientôt 80 ans, a été entièrement restaurée et renforcée, alors que les trois moteurs de 750ch ont été complètement remis à neuf afin d'en faire un appareil apte au vol. La peinture a également été refaite afin d'en faire la réplique de l'avion du capitaine Cresole du 132º Gruppo, 278ª Squadriglia.

Si vous ne pouvez pas refréner votre excitation de venir voir voler cette relique avant qu'elle ne passe près de chez vous, vous pouvez visiter le Musée de l'Air et de l'Espace, avec un peu de chance, vous le verrez en vol, lui ou un autre (le calendrier des essais est disponible en ligne). Le musée est ouvert tous les jours de l'année en dehors de la fête du travail et du nouvel an.
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Date : 28/08/2019

Impressionante foule sur les principaux boulevards de Lycadon
Impressionante foule sur les principaux boulevards de Lycadon


Manifestations pour les droits civiquesdes gallo-italiques

Une importante manifestation pour les droits civiques des gallo-italiques s'est tenue aujourd'hui à Lycadon. A l'appel des leaders de la communauté italophone de la région, ce sont près de 150 000 personnes qui ont défilé à partir de huit heures ce matin dans les rues de la ville afin de réclamer leur reconnaissance comme citoyens fédéraux et disposer des mêmes droits civiques que tout un chacun. Ce rassemblement, qui est resté au demeurant pacifique et bon enfant, est le troisième à être organisé dans les vallées fortunées depuis le début de l'année, et la mobilisation ne semble pas faiblir, au contraire. On ne trouve plus dans le cortège uniquement des gallo-italiques mais également des citoyens Faustinans qui prennent fait et cause pour leurs voisins et collègues.

"Nous nous targuons d'être une démocratie idéale, mais pourtant, près d'1% des habitants de ce pays sont privés de leurs droits. C'est intolérable !" clame Babèu une pancarte virulente à la main. En effet, les descendants des immigrants gallo-italiques venus en grand nombre au milieu du XXème siècle, à l'encouragement de l'état fédéral à l'époque afin de développer la riziculture dans les marais du delta d'Arelate, restent encore de nos jours des citoyens de seconde zone. La communauté de près de 250 000 personnes, très bien intégré dans le tissu social des Vallées Fortunées, ne dispose cependant pas d'un statut égal aux citoyens de longue date. Bien qu'un nombre croissant de communes leur aient octroyé tout ou partie des droits à l'échelle communale, ils ne peuvent toujours pas participer au concours fédéral permettant d'intégrer les collèges directoires qui président à la destinée du pays.

Les collèges justifient pour le moment cette non-évolution comme étant conforme aux désirs des habitants tels que relevés via les cahiers de doléances semestriels, mais cet argument est rejeté en masse par les partisans de leur intégration au corps des candidats qui affirment que cela est contraire aux droits fondamentaux des habitants du pays.

Ces manifestations sont une pierre de plus dans le jardin des sénateurs, qui voient le système de designation technocratique des pouvoirs législatifs et exécutifs fédéraux de plus en plus contesté par la base populaire. Cette dernière, si elle ne nie pas la nécessité d'avoir des représentants formés, déplore le manque de représentativité qu'induit la designation par concours, et demande maintenant depuis un moment au collège idoine de se pencher sur le sujet. Ce qui sera bientôt le cas, puisque le porte-parole du collège sur les institutions interne a déclaré que le sujet était à l'ordre du jour de la prochaine séance.

En attendant, les manifestants n'ont pas l'intention de relâcher la pression sur les collèges.
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Date : 17/06/2020

Photo d'un gros tas de lignite
Vous contemplez notre assurance-vie civilisationnelle


Ode au charbon !

Le charbon a mauvaise presse. Il est considéré comme sale, polluant, gris, symbole d'un temps révolu. Quelle que soit sa forme - lignite, houille, anthracite, etc. - c'est une énergie du passé, anachronique dans un monde moderne. Son exploitation est un labeur d'une pénibilité d'un autre temps, sa production énergétique est faible au regard d'autres hydrocarbures, et sa combustion engendre des problématiques de pollution atmosphérique insolubles, de l’émission de gaz à effet de serre à la production de suies et particules fines fortement cancérogènes. Elle est l'apanage des pays les moins développés, symbole de la dureté d'accès au monde moderne. Bref, cette source d'énergie est abominable, et devrait être renvoyée vers l'enfer d'où elle ne peut que provenir. Toute civilisation un tant soit peu évoluée doit la bannir de son mix énergétique sans plus attendre. Et dans les Vallées Fortunées, bénies par un relief accidenté et de nombreux cours d'eau, encore plus !

Pourtant, elle est aussi l'unique véritable assurance-vie de l'humanité. L'homme moderne, au sens d'Homo Sapiens, est une espèce vieille - ou plutôt jeune - d'environ 300 000 ans selon les dernières découvertes archéologiques. Peut-être même un peu plus vieille. Pourtant, nous ne sommes que dans l'enfance de notre espèce. En effet, les espèces de mammifères, si l'on en croit tout ce que les sciences paléontologiques ont pu nous apprendre, ont une durée d'existence moyenne sur terre de 10 millions d'année. Ainsi, si on prend l'hypothèse que nous sommes dans la moyenne, l'humanité n'est même pas à 5 petits pourcents de son existence ! Dès lors, s'inquiéter de la chute de notre civilisation, comme s'est régulièrement évoqué, n'a pas réellement de sens. Notre civilisation moderne a au mieux entre 3 et 5 000 ans, une durée qui est infinitésimal à l'échelle de la durée de vie de notre espèce. L'humanité pourrait ainsi traverser une période sombre de 10 000 ou 20 000 ans que ça ne serait qu'un clin d'œil à l'échelle globale d'Homo Sapiens, et donc sans conséquence réelle sur le long-terme.

Non, l'unique chose qui importe réellement pour s'assurer de la survie à long-terme de l'humanité, c'est de s'assurer qu'elle puisse se relever d'une période sombre. Or, la clef de voûte de tout le développement scientifique, industriel, technique et donc civilisationnel reside dans la capacité à avoir un accès facile et peu coûteux à de l'énergie en abondance. A notre stade civilisationnel, cela réside dans notre capacité à récolter l'énergie de l'atome, qu'il provienne de la fusion solaire là-haut ou de la fission nucléaire ici-bas. Mais pour en arriver à un niveau de compétence technique et scientifique le permettant, il est essentiel de conserver l'accès à des ressources efficaces et simples. Et au premier rang d'entre-elles, le charbon.

Ainsi, stopper l'exploitation du charbon et conserver d'importantes réserves de cet or anthracite est doublement souhaitable. C'est un geste fort et nécessaire en faveur de la sauvegarde de notre civilisation actuelle. A date, nous ne savons pas comment préserver notre savoir, nos connaissances sur de très longues périodes de temps en cas d'effondrement, et ainsi éviter à l'humanité de repartir à 0 (Azimov a largement écrit à ce sujet). Donc éviter de participer à cet effondrement à travers l'écocide qu'est l’utilisation du charbon est un besoin basique. Mais c'est aussi, et même surtout, un geste encore plus fort de solidarité envers les possibles civilisations humaines futures. Permettre à l'humanité d'avoir un nouveau départ si jamais nous deviens merder à un point tel que notre monde s'effondre en leur préservant, bien au chaud sous la surface de la terre, de vastes réserves d'énergie, simple à extraire, afin qu'elle puisse repartir de l'avant.

En un mot, le charbon est notre respawn. Ne pas y toucher nous sauveras deux fois, alors laissons-le dans le sol !

Joan Foletier, industriel aux de Vaux-de-Jourda.
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Date : 18/08/2020

Vue aérienne de la fameuse abbaye d'Arluc, sur la côte, qui a été un important centre monastique du paléochristianisme. Elle abrite aujourd'hui un musée d'histoire dédié justement à l'histoire monacale des Vallées Fortunées.
Vue aérienne de la fameuse abbaye d'Arluc, sur la côte, qui a été un important centre monastique du paléochristianisme. Elle abrite aujourd'hui un musée d'histoire dédié justement à l'histoire monacale des Vallées Fortunées.


Le paradoxe des édifices religieux en Faustinans

S'il est un fait connu parmi tous les étrangers qui viennent découvrir les beautés des Vallées Fortunées, c'est le laïcisme féroce et implacable de sa société : à tous ses niveaux, la religiosité est au mieux découragée, souvent farouchement combattu. Les différents dirigeants de la société ont déjà eu l'occasion de revenir abondamment sur le sujet. Pourtant, lors de leur découverte du pays, ils sont autant surpris par l'abondance de bâtiments religieux qui parsèment le pays, et par la richesse de l'architecture sacrée. Les citoyens Faustinans, eux, ne s'en sont probablement jamais ému, par la force des habitudes. Pourtant, il va bien falloir expliquer ce paradoxe ?

Un premier indice qui doit nous mettre la puce à l'oreille se trouve dans l'âge des constructions. En effet, on trouve quelques édifices datant de l'antiquité tardive, une immense majorité de bâtiments de style roman datant du tournant du millénaire, et même une poignée d'églises de style gothique des XIIIème au XVème siècle. Après ça, plus rien ! Cela ne doit pas nous étonner, car la rupture de la société Faustinans avec la religion catholique et, plus largement, les religions, date du début du XVIème et de la réforme protestante.

La rapacité de l'église, premier propriétaire foncier du pays jusqu'à ce moment là, était proverbiale (on en retrouve la trace dans certaines chansons telles Ai vist lo lop, lo rainard, la lèbre, alors que les offices ecclésiastiques, malgré la réforme grégorienne, étaient toujours soumis à un important népotisme (pourtant pêché de Simonie pouvant valoir excommunication). La réforme, et en particulier la traduction de la bible en langue vernaculaire, a trouvé un terreau fertile en terres fortunées. Le flambeau n'a cependant pas été repris par des prédicateurs fondamentalistes comme l'ont été Luther, Calvin, ou encore Hans Bockold comme dans les terres barbares germaniques. Au contraire, bénéficiant de la perméabilité de la culture antique d'origine rémienne et hellène, elle a conduit à la redécouverte et la diffusion rapide des écrits aristotéliciens et de la philosophie morale antique. Rapidement, les religions abrahamiques sont apparues pour ce qu'elles sont : des instruments obscurantistes au service d'une classe, nuisant à la compréhension du monde, s'accaparant la spiritualité de chacun et imposant des règles sociales coercitives archaïques.

Ainsi, en l'espace de quelques décennies, l'église s'est retrouvées au ban de la société, expropriée et bannie de la vie publique. Pour autant, malgré la sécularisation de ses propriétés foncières, le patrimoine sacré n'a que peu été touché. Si certains biens de médiocre importance ont bien été vendus, détruits et remplacé, la majorité du patrimoine remarquable a été conservé. La plupart du temps, il a été acquis par la commune sur laquelle il se trouvait et sa fonction réaffectée à un autre usage : salle communale, hotel de ville, ou, le plus souvent, bibliothèque ou école communale.

Mais dans ce cas, pourquoi avoir conservé l'aspect et, souvent, les décorations de ces bâtisses ? D'abord, ça n'a pas été systématique. Souvent, ça a simplement été une question de facilité : les bâtiments existaient, étaient fonctionnels, les décors ne posaient pas de soucis, et le Faustinans est attaché à son patrimoine. Enfin, il y a une dimension supplémentaire à prendre en compte. Ces bâtiments, souvent les impressionnant de leur époque, étaient un véritable témoignage de l'ingéniosité et du génie technique et artistique de l'homme afin d'atteindre ce en quoi il croit.

D'une certaine manière, les églises du XIIème siècle ne sont guère différentes des fusées de notre XXIème. De grandes flèches élancées pointant vers les cieux afin de découvrir les secrets de l'univers. Chacun dans le paradigme de son époque. Et ça, c'est quelque chose que le Faustinans respecte. C'est pourquoi, le bâti sacré est abondant par nos collines. Et que sa fonction a été réadaptée à son époque, mais toujours avec le même objectif : découvrir.
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Date : 04/10/2020

Les restes de la carcasse de l'autobus, au fond du ravin, après l'incendie qui l'a ravagé
Les restes de la carcasse de l'autobus, au fond du ravin, après l'incendie qui l'a ravagé


Terrible accident d'autocar à Deagusta, près de cinquante victimes !

Trente-deux morts et quatorze blessés graves, dont près d'une dizaine ont leur pronostique vital engagé, c'est le bilan du dramatique accident de la route survenu hier matin dans le nord du pays. Un autocar transportant 44 touristes et leurs deux accompagnateurs, dans le cadre d'un voyage organisé pour célibataires du 3ème âge, a manqué un virage et a fait une chute de plus de trente mètres dans un ravin en contrebas avant de s'embraser. Le groupe de voyageur revenait d'une visite des murailles antiques de Deagusta, ville de montagne dont la route d'accès peut être tchnique. Après avoir passé le col de la Lus, l'autocar s'est engagé dans une une portion de route pentue descendant à plus de 12%. La dangerosité de cette route, qui se termine par le franchissement d'un pont juste après un virage à 90° en bas de la descente, est connue et signalée. En effet, elle est normalement interdite à la circulation de tout véhicule de plus de 8t sauf pour les dessertes locales par des engins équipé d'un dispositif de freinage hydraulique additionnel.

Les premiers éléments de l'enquête, basé sur l'audition des témoins qui suivaient l'autocar lors de la descente fatidique, semblent pointer vers un problème de fonctionnement des freins. Ces témoins ont en effet déclaré que les feux stops de l'autocar étaient resté allumé tout au long de la descente, ce qui rend probable une surchauffe du système pouvant entraîner de graves dysfonctionnements. Ils ont par ailleurs déclaré que des étincelles s'échappaient de l'arrière du véhicule sur la fin de la descente, au moment où sa vitesse s'est emballée. Étant donné l'état de la carcasse, la gendarmerie estime que le véhicule a du chuter à plus de 120km/h. Ces déclarations sont corroborés par le premier témoignage d'un passager qui a déclaré que le chauffeur, décédé dans l'accident, se serait écrié "Accrochez-vous aux sièges, les freins ont lâché !" après avoir entendu un claquement sinistre. Cet accident n'est pas sans rappeler un autre drame qui avait eu lieu au même endroit en 1997, déjà avec un autocar plein de jeunes enfants en colonies de vacances, et qui avait justement entraîné cette limitation du trafic au moins de 8t.

L'enquête ne fait cependant que s'ouvrir tant il reste de questions en suspens. Qu'est-ce que cet autocar faisait sur une route interdite ? D'après notre correspondant sur place, il a franchi 14 panneaux de signalisation spécifiant cette interdiction. Est-ce que le véhicule était en bon état et révisé ? Est-ce que la sécurité de cette route est suffisante ? Le GPS utilisé par le chauffeur était-il configuré correctement pour un véhicule de ce poids ? Une plainte pour homicide involontaire a déjà été déposé à l'encontre du transporteur alors que qu'une contre la commune de Deagusta, gestionnaire des infrastructures routières, est à l'étude. Quoi qu'il en soit, cet accident a déclenché un véritable débat sur l'état des routes du pays, alors même qu'il s'ouvre au tourisme international à grand renfort de publicité de l'OTVFL. Étant donné la configuration du relief, les associations d'automobilistes demandent un audit de la sécurité des routes et estiment que les dispositifs de secours, telle les rampes échappatoires, devraient être généralisés sur les portions identifiées comme les plus dangereuses. La sécurité des automobilistes, appelés à être de plus en plus nombreux, l'exige !
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Date : 25/10/2020

Illustration d'artiste de l'Impérium Rhémien au sommet de sa gloire
Illustration d'artiste de l'Impérium Rhémien au sommet de sa gloire


Manifestations pour les droits civiquesdes gallo-italiques

C'est un ouvrage exceptionnel ! Le résultat d'une très longue réflexion d'un homme face à sa charge, conscient de ses responsabilités et lucide quant à ses propres faiblesses et limites. Alors que cela fait près de cinq ans que l'ancien premier préfet Rainier Morestel s'est retiré de la vie publique, à la fin de son mandat et alors qu'il aurait pu en briguer en second, il revient sur le devant de la scène avec un ouvrage mémorable sur la nature et l'exercice du pouvoir populaire en Faustinans. Sur près de mille pages, il livre ses réflexions sur les institutions préfectorales, comment les améliorer et corriger leurs défauts, sur quelle ligne de conduite adopter dans un présent afin de conserver la pertinence de l'édifice hérité des générations passées.

Confié à un un éditeur de Lacydon avec pour charge de le rendre public à prix coûtant, l'ouvrage est publié sous le titre de Réflexions sur l'exercice du pouvoir souverain en Faustinans. Vous trouverez dans votre quotidiens quelque uns des extraits les plus marquants de cette introspection.

Extrait a écrit :

Extrait n°1 : De la nécessité de l'Imperium

L'Imperium est-il encore nécessaire dans le monde moderne ou bien n'est-il qu'une relique archaïque d'un passé que l'on doit dépasser afin de permettre le progrès de l'homme ?

Afin de savoir de quoi nous parlons, il est d'abord indispensable de définir la conception de l'Imperium qu'ont les Faustinans, et par extension celle que doivent avoir les étrangers qui étudient la culture de notre pays. L'Imperium est le pouvoir suprême et universel détenu sur l'Homme et sa société par l'entité qui en est la dépositrice. Il transcende théoriquement les notions de nations, de temps et de structure politique pour venir les chapeauter toutes. Dans les faits, cette applications universelle est limitée à la capacité qu'a se pouvoir suprême à faire respecter cette suprématie globale. Ainsi, dans le passé, l'empire Rhémien a eu la prétention d'exercer son Imperium sur la totalité du monde connu, et n'est pas passé bien loin d'y arriver. La Préfecture du Prétoire des Vallées Fortunées de Lygie, comme reliquat et héritière théorique de cet empire, peut paraître en être dotée. Or, par définition, la souveraineté Faustinans ne s'exerce qu'au sein de ses propres frontières, et même de manière très aléatoire d'une commune à l'autre. Nous sommes donc face à ce qui semble être un paradoxe : le pouvoir suprême et universel ne s'applique qu'en Faustinaus, ce qui trahi une conception franchement réductrice de l'universalité, et doit se contenter de manœuvres dilatoires pour espérer influencer ne serait-ce que son environnement proche.

Cette contradiction n'est toutefois que de façade, puisque plus que l'exercice tangible du pouvoir, la première et principale manifestation de cet Imperium doit être de fixer des modes de fonctionnement et d'inspirer une ligne de conduite, avec comme unique fil d'Ariane l'amélioration de la condition humaine dans cet univers à travers certains grands axes de développement : éducation des masses, nivellement des inéquités de ressources et revenus, progrès technique et technologique, anticléricalisme. Ainsi, ces principes prescrivent l'usage de la force et de la coercition pour faire adhérer les peuples et les nations à cette vision progressiste du monde. Le rassemblement de l'humanité sous la bannière de l'Imperium universel ne peut se faire que par une adhésion libre et volontaire. Or, pour emporter cette adhésion, il faut que l'Homme considère son pouvoir légitime.

En effet, l'Impérium, tout aussi essentiel qu'il puisse être, et il l'est résolument, n'est légitime que quand il fonctionne effectivement dans le sens de l'amélioration continue et perpétuelle de la condition humaine, en dépassant notamment la notion d'individus et mais en permettant une réflexion et une administration de la civilisation à l'échelle de l'espèce. Et c'est là que le bas blesse. Devant le constat d'échec devant lequel se trouve l'humanité, il convient de concentrer urgemment et avec toute la vigueur possible les intelligences humaines. C'est d'ailleurs la ligne adoptée par certains de mes anciens collègues préfets, soucieux d'étendre tant que faire se peut l'influence des Faustinans. Non pas par la force armée, non adaptée au monde moderne, mais par le soft-power : la diffusion de nos idéaux. Il faut donner l'envie de rejoindre cet Impérium, qui transcende nettement les petites frontières des Vallées Fortunées, afin d'en faire "the beacon on the hill" pour reprendre une citation célèbre : attirer plutôt que contraindre. Ce qu'a été la Rhème antique, sans pour autant avoir la capacité d'absorber convenablement ceux qu'elle a attiré.

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Extrait n°2 : De la nécessité de l'Imperium

A l'origine, le pouvoir Impérial est considéré comme d'origine divine. Or, le divin étant nécessairement bon et juste, par un effet de transitivité qui relève d'un sophisme simpliste, le pouvoir Impérial est donc juste et bon. Ce mode de raisonnement était peut-être optimal dans les temps anciens, où la brutalités des mœurs et l'impossibilité d'éduquer les masses rendait valide la double présupposition qu'il fallait par des garde-fou mystiques canaliser la bestialité limbique des peuples et concentrer le pouvoir dans les rares élites capables de bénéficier d'une formation poussée. Mais cet état de fait n'est plus.

Je ne m'étendrai pas ici sur la question de l'existence du divin ou non, car la réponse importe au final peu. A date, aucune preuve scientifique n'a pu être apportée afin de prouver son existence ou au contraire y apposer un démenti définitif. Je me pencherai plutôt sur les deux choses qui importent quant à la relation entre Dieu et l'humanité : la capacité à un divin éventuel de communiquer avec l'homme, et la possibilité qu'il l'ait déjà fait. Or, si l'on considère que l'unique caractéristique inaliénable du divin est son omnipotence et sa capacité à créer, que ce soit l'univers ou la vie qui l'habite, il apparaît évident que notre existence et la sienne ne sont pas sur le même plan métaphysique. Ni en matière d'échelle physique, ni de temps, ni de capacité cognitive. Cela ne permet pas une communication, au même titre que l'homme le communique pas sciemment avec sa flore intestinale dont l'intestin constitue pourtant pour elle un univers aussi insondable que nous parait le notre. Or, si aucune communication n'est possible, l'existence même des religions ne peut être qu'humaine. Ces religions ne sont que des constructions sociales visant à assurer, dans le meilleur des cas, une société fonctionnelle et inculquer des valeurs permettant le vivre ensemble grâce à un système de bâton et de carotte, dans le pire des cas à asseoir la domination d'une caste sur les autres. La dichotomie criante entre ce que décrivent l'ensemble des livres considérés saints et la réalité de ce qu'ils sont censé décrire est d'ailleurs frappante. La théodicée, les malheurs et misères qui frappent quotidiennement de monde et l'humanité ne peuvent résulter d'une divinité omnipotente et infiniment bonne, car pour laisser le monde dans cet état, elle doit nécessairement avoir des limitations à sa capacité d'action ou sa bonté. Or de telles limitations contredisent son statut divin.

Dès lors, chercher la légitimité de l'Imperium dans la religion est un contre-sens qu'il convient de laisser de côté, et ce le plus rapidement possible. Leur domination est tyrannique et illégitime au regard de la source de leur pouvoir, qui repose donc uniquement sur des fables sacralisées conçues avec plus ou moins de bonnes intentions, mais qui ont en aucun cas l'avancement de l'homme comme premier objet. De plus, par essence, ces religions se concentrent sur la communauté de leurs croyants et excluent les hommes ne partageant pas pour une raison ou une autre ces mêmes superstitions. L'Impérium de l'église chrétienne, ou de toute autre église par ailleurs, failli donc tout à fait à la mission universaliste de l'Imperium.

Mais sur quoi baser la légitimité cet Imperium, si le socle sur lequel il repose depuis la nuit des temps se révèle n'être qu'une étape transitoire et depuis longtemps dépassée ? Et bien sur la seule chose que l'on pourrait réellement qualifier d'essence divine sur cette terre : l'intelligence humaine. Qu'un gros tas d'atomes, dont l'agencement a évolué au hasard des pressions de sélection conjoncturelle pendant des milliards d'années afin qu'ils s'imbriquent maintenant dans cet ordre bien précis permettant à cette masse logiquement inerte de pouvoir extraire de la matière la vie, et encore plus impressionnant, des pensées tangibles est déjà miraculeux en soit. Cette intelligence humaine doit être le socle de la légitimité de l'Imperium. L'Impérium est l'unique structure légitime qui va permettre à l'humanité de s'accomplir parce que l'Imperium est l'émanation de l'intelligence collective de l'humanité. C'est uniquement à travers un Impérium populaire que ce dernier trouvera sa place dans ces temps nettement plus éclairés que ceux qui l'ont vu naître.

Ainsi, dépassant son stade enfantin des superstitions, l'Imperium, au sens de la souveraineté de l'homme sur lui-même et sa capacité à accomplir son but : continuer d'avancer sur le chemin de la vie et de l'évolution, doit rentrer dans l'âge adulte. Il doit baser l'ensemble de son œuvre sur la science, la raison, la logique et son gouvernement sur des études, des résultats et des choix optimaux régulièrement remis en causes et ajustés, dictés par ce que la vie a offert de plus précieux : la capacité pour l'homme d'être conscient et de comprendre son environnement, de définir ce qui lui importe et de concevoir l'ensemble des protocoles nécessaires à la réalisation de ces objectifs. Cela pose en revanche une autre question : comment assurer que les objectifs suivis seront moraux et œuvreront effectivement de manière idéale à l'amélioration de la condition humaine et à l'accomplissement du peuple dont il est l'émanation ? C'est une autre problématique, et c'est le fonctionnement intrinsèque de l'Imperium qui doit l'assurer.

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Extrait n°3 : De l'administration de l'Imperium

La libération de l'esprit de l'homme des carcans de la religion, toute essentielle qu'elle ait pu être, pose néanmoins la très juste question du maintien de la paix sociale et de la persistance de la bienveillance que tout membre de l'Imperium doit à son prochain. Elle pose également la question du contrôle humain de la juste et bonne administration de l'Imperium, puisque le contrôle divin n'est qu'une chimère à laquelle il faut renoncer.

C'est ici qu'il nous faut parler d'éducation. L'éducation est et doit être la pierre angulaire sur laquelle tout est construit. Par éducation, le lecteur doit entendre que nous parlons ici d'un concept plus vaste que la simple instruction scolaire, qui reste pour autant essentielle, mais à laquelle nous ajoutons tout un volet humaniste, philosophique et social, dans l'esprit de cet enseignement à 360 degrés que dispensaient les Hellènes antiques, fort en avance sur le sujet. L'apprentissage technique et l'apprentissage de la vie en communauté doivent être les deux faces d'une même pièce qui permet l'avancement de l'humanité.

Ainsi, l'apprentissage de la vie en communauté doit permettre d'ériger pour tous les valeurs d'entraide, de libre-association, de compassion, d'empathie, de dépassement de soi, de curiosité comme maîtresses à suivre. Ces valeurs sont pour la plupart partagées par les différentes religions de ce monde, au sein de leur caste. Ce qui importe ici, c'est que l'homme ne doit pas les suivre par crainte d'une punition dans l'au-delà ou au contraire dans l'attente d'une récompense posthume, et réservé à ceux auxquels il s'identifie, mais bien comme unique moyen pour lui et ceux qui vont suivre d'atteindre le bonheur par l'accomplissement mutuel de soi. Pour vivre heureux, ce qui est et doit être d'unique but sur cette terre, il est fondamental de délaisser les chimères afin de se concentrer sur l'amélioration des conditions de l’existence ici bas.

Une fois armé de ces valeurs, c'est ici que l'instruction entre en jeu. Guidé par ces valeurs positives qui dictent à chaque instant la conduite idéale à tenir, chacun est en mesure de mettre tout son talent, toutes ses compétences au service de l'amélioration de la vie commune. La notion d'autorité et de hiérarchie doit en être profondément revue. Alors que jusqu'alors la hiérarchie entre les hommes découlait de facteurs exogènes telle que la fortune, la position sociale ou encore le capital, elle doit maintenant découler uniquement des capacités intrinsèques de chacun. Le propriétaire d'une usine n'est pas obligatoirement le plus qualifié pour en assurer l'administration, et donc pas nécessairement le mieux placé pour que cet outil de production contribuent de manière optimale à la satisfaction de la population. Le père de famille n'est peut-être pas nécessairement le mieux placé pour assurer la bonne gestion du ménage, le bon ménagement du foyer, et donc l'accomplissement des membres de la famille. Les postes à responsabilités, indispensables à la prise de décision efficace, doivent être confiés uniquement aux personnes disposant et des compétences techniques afin de les remplir et des dispositions morales assurant que les compétences techniques soient effectivement utilisées pour le bien commun.

En Faustinans, les institutions sont déjà bien engagées sur cette voie. Ne serait-ce qu l'absence d'un chef d’État, avec un directoire à présidence tournante, et un fonctionnement synodiques basé sur la méritocratie exclusive, place notre pays en tête. Mais, comme le montre les manifestations récurrentes, ces institutions restent pour le moment trop hors sol, technocratiques, avec un mille-feuille institutionnel qui introduit un partage, et donc une absence de responsabilité, des responsabilités justement. La simplification, l'approche par le bas et la décentralisation supplémentaire réclamées par une part croissance de la population est légitime. Ailleurs dans le monde, en dehors de quelques cas très spécifiques comme au Grand Kah - dont le statut lui confère une aura particulière mais dont le système, mieux que partout ailleurs, n'en est pas moins pas exempt de défauts - la situation est bien plus inquiétante. C'est là que doit être l'axe principal, essentiel de notre politique extérieur : promouvoir l'établissement d'institutions communalistes, démocratiques, synodiques et anticléricales. Cela risque de déplaire à beaucoup, mais c'est pourtant notre devoir en tant qu'Homme ici-bas.
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