23/03/2016
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Drovolski Sylva Velsna - Fête de l'amour de l'occident - Page 2

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Le suave Mascola fut quelque peu surpris d'une telle réaction suscitée par le fruit d'une simple curiosité, et s'empressa de dissiper les inquiétudes de son hôte, alors même que sa consœur ne savait guère y répondre:
- Monseigneur comte. Je pense qu'il y a incompréhension mutuelle. Je vous rassure, nous ne formulons aucune demande particulière à votre égard, ou à celui de l'Empereur. Inutile donc de vous déranger pour une telle démarche. Reprenons donc le cours de notre visite, nous sommes après tout ici pour êtres impressionnés par cette fête. Je tiens à vous remercier d'ailleurs, pour cette présentation que vous avez faite des Beno-10. Cela a eu le mérite de dissiper le flou qui régnait à ce sujet parmi mes compatriotes, qui se méfiaient d'une telle technologie.

Devant la dilemme posé par le Sénéchal, la très réduite délégation velsnienne demeura observatrice de ces atermoiements, et dû se contenter de suivre leurs hôtes bougons jusqu'aux transports prévus à cet effet. Mais sur le chemin, Mascola ne pu s'empêcher, toujours par sa curiosité naturelle; d'observer toute cette activité dont fourmillait le Tribunal Central, et fit part de l'une de ses observations au Sénéchal les guidant, sans jamais lâcher un fin sourire signifiant sa nonchalance continuelle:
- Excellence Sénéchal. J'ai visité beaucoup de nations et de patries sous vos latitudes. Avant même d'être ambassadeur. Mais je dois bien vous avouer une chose: Drovolski semble réussir à tout faire pour être un cas à part. Et c'est une bonne chose, indéniablement. En premier lieu, cela attire mon attention. Ensuite, j'observe et je fais part à moi même de mes réflexions dans un journal personnel. Beaucoup de ces pages sont réservées au Drovolski. Il y a de la beauté dans toute cette activité: cela me rappelle l'agitation constante de la bourse d'échange de Velsna, sauf qu'ici, les gens ont l'air de savoir où ils vont et ce qu'ils vont faire le soir même. C'est...reposant.

Une fois arrivés aux transports prévus à cet effet, le suave sénateur profita d'un petit moment de flottement et d'immobilité pour toucher deux mots à la délégation sylvoise, laquelle n'avait jusqu'à présent pas interagit de la fête avec ce dernier. Il se présenta devant Mathilde Boisderose, s'inclina avec une élégance et une finesse qui aurait pu contraster avec un autre sénateur que cette dernière avait croisé quelques semaines auparavant, lui qui était si vulgaire et rentre-dedans:
- Excellence Boisederose. Je crois que nous nous sommes jamais rencontrés. J'ai beaucoup entendu parler de vous, et souvent avec bien. On m'a dit que c'était en partie grâce à votre concours que Toni Herdonia a été arrêté. La plupart de mes confrères seront bien trop fiers pour l'avouer, aussi permettez moi de vous remercier à leur place de cette action: la condamnation prochaine, et probable d'un individu aussi dangereux est toujours une bonne chose. Et parfois, nous avons honte qu'ils fussent nos compatriotes. Je siège rarement parmi mes confrères sénateurs, il y a bien trop à voir au dehors pour rester à Velsna, mais j'ai ouïe dire qu'un Senatus-consulte devant lui retirer sa dignité de parlementaire était en préparation. Aussi, il ne sera donc face à votre cour qu'un homme nu et déchu, ce qui facilitera votre procédure sans aucun doute.

Passant ce sujet sensible, Mattia Mascola rabattu ses cheveux longs en arrière (encore une autre caractéristique qui détonnait avec ses autres collègues, aux mœurs si conservatrices et codifiées) et changea l'objet de son propos:

Drovolski... Cet endroit est aussi curieux que fascinant, vous ne trouvez pas ? La faculté naturelle des Hommes à développer des sociétés si différentes de tout ce que nous connaissons sous nos latitudes m'étonnera toujours. Et cette impression n'en est que renforcée lorsqu'on observe qu'à quelques centaines de kilomètres de là à peine a fleurit une société agraire comme la Polkême, ou la Translavye du régime scientiste, horrible dictature si il en est...


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S-U-A-V-E
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Le suave Velsnien, qui par ses talents avait charmé plusieurs nobles de passage, acheva son exposé. Les délégations prirent alors le transport pour rejoindre le port de Mesolvarde et assister au décollage de la fusée. Le marquis, assez mécontent de ne pas avoir pu convaincre la magistrature de solliciter la présence de l’Empereur, grommelait en silence. Le trolleybus reprit Henri au LHV, ravi de pouvoir assister au lancement du lanceur. En chemin, de nombreux Mesolvardiens acclamaient et chantaient les louanges de Sylva et de Velsna. Henri, observant la scène, prit la parole :

De ce que je vois, l’Empereur a choisi de ne pas nous accompagner. Peut-être qu’un jour, nous le verrons en dehors de ses très courts discours depuis la balustrade du palais impérial. Et vous, regardez cela ! Vous êtes célèbre. Même les pacificateurs vous applaudissent.

Le marquis, retirant sa couronne, une habitude désormais désuète en dehors des lieux officiels qu’ils venaient de quitter, reprit la parole pour annoncer l’arrivée imminente au port de Mesolvarde :

Nous sommes bientôt arrivés. Je tiens à vous rappeler que cet événement est rare et que cette invitation est un honneur. J’espère que ce décollage vous apportera autant de plaisir qu’à nous. Nous serons positionnés sur le port tandis qu’en mer, à quelques kilomètres de notre position, sur notre station de lancement, aura lieu le tir du CANIVAC, notre lanceur de satellites. Il est peu performant et relativement peu fiable, mais son carburant et ses avantages une fois en orbite nous poussent à persévérer malgré les difficultés. La persévérance, mes amis, voilà notre moteur !

Le trolleybus arriva au port, et les délégations prirent place sur un podium surélevé, dominant des tribunes où des foules d’aristocrates étaient venues assister à ce moment crucial. On distinguait nettement la fusée, entourée d’une architecture complexe d’acier et de tuyaux. Une sorte d’écran proche des tribunes affichait les étapes du lancement. Avant que les Sylvois ne posent leurs questions, Henri se tourna vers les Velsniens et les interrogea avec curiosité :

Je ne connais pas très bien votre programme spatial. Comment est-il organisé ? Et politiquement, comment avez-vous pu le défendre ? J’avoue être très curieux de cet aspect. La politique spatiale doit être un sujet important chez vous, non ?
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Les traits de Chloé se décomposèrent à la mention du manque de fiabilité assumé du lanceur. On ne parlait pas juste de produits hautement toxiques, mais de combustible nucléaire. C'est à se demander si les marins de la région n'avaient pas davantage de cancer. "Peut-être que cela explique pourquoi les nazumis sont aussi étranges" pensa-t-elle intérieurement. Mais elle répondit malgré tout avec sérieux :

-Au niveau de l'organisation même, le Groupe Astronautique s'intègre dans le Secteur Aéronautique Sylvois, qui est une organisation dirigée par des instances gouvernementale pour coordonner l'ensemble des industriels sylvois dans le domaine. Que ce soit les fabricants de senseurs, instruments de bords, moteur-fusées, fuselage ou réservoir, tout ce beau monde est organisé pour optimiser les moyens. C'est une organisation qui n'est pas nécessairement approuvée par les pays libéraux puisque très dirigiste, mais elle a fait ses preuves dans la société sylvoise et permis d'atteindre des objectifs sans se soucier uniquement du bon vouloir d'actionnaires uniquement intéressé par la rentabilité sur le court-terme. On évite les monopoles nuisibles, les produits excessivement margés, la perte de souveraineté avec le rachat par des acteurs étrangers ou la délocalisation. Cela a évidemment des défauts, qui sont généralement résolus en trouvant un juste milieu entre la planification étatique et le libéralisme. Les entreprises conservent une certaine autonomie dans leurs fonctionnements, mais sont dirigés au niveau des résultats, normes et objectifs.

Elle précisa par ailleurs :

-Il convient de noter que Sylva ne produit pas de lanceurs. Nous avons bien eu un projet de lanceurs aéroportés largué depuis un avion, mais les résultats étaient peu convaincants et nous avons eu un accident justifiant l'arrêt du projet. Le seul vrai intérêt était de nous dispenser d'un pas de tirs, mais l'entretien d'un avion revenait au coût d'un lanceur, et ce en limitant la charge de nos lancements.
Du coup, nous concentrons nos efforts uniquement sur les modules orbitaux : satellites, sondes, instruments en tout genre, et bientôt modules habités. Tout ce qui concerne les lanceurs est délégué à nos partenaires du Sommet Spatial incluant Miridian, Teyla et l'Empire du Nord. Cela nous permet de concentrer nos budgets et éviter de développer des choses en doublons. Pourquoi investir dans la conception et dans les sites de production de lanceurs si nos partenaires peuvent les prendre à leur charge ? Le programme teylais a d'ailleurs fait le choix inverse, en se focalisant sur les lanceurs et en nous déléguant la conception et production des satellites. Nous avons malgré tout quelques efforts portés sur les fusées, pour l'espace afin d'équiper les satellites et sondes évidemment, mais également pour les lanceurs que nous proposons à nos collaborateurs. Mais c'est plus un complément pour aller de pair avec nos partenaires qu'un investissement à part entière, et cela se fait généralement dans la continuité d'autres projets. Vous comprendrez que la planification étatique inclue une volonté de standardisation et modularité pour optimiser l'efficience des programmes.
Quant à la question politique, je laisserais son Excellence Alexandra Boisderose y répondre.

La concernée ne tarda pas :

-Le mot "défendre" est approprié concernant le programme spatial. C'est un investissement massif et conséquemment attaqué de toutes parts. Pourquoi ne pas investir ces efforts dans des problèmes immédiats comme la santé après tout ?
Je ne chercherais pas à relativiser les coûts du spatial sylvois en comparaison de ce qui est investie dans les services publics pour me concentrer sur les résultats. Le programme spatial sylvois est bénéfique sur absolument tous les plans, technologiques, scientifiques, techniques et économiques. Il y a évidemment les éléments purement lucratifs tels que la mise en orbite de satellites ayant un usage direct dans la vie de tous les jours : relais de communications, surveillance radio, géolocalisation, cartographie, c'est là des outils bénéfiques à la société sylvoise à part entière et que l'on pourrait presque intégrer dans les services publics. En parlant des services publics, il y a également les questions militaires avec les satellites de reconnaissance ou de communication cryptée, qui font partie des enjeux stratégiques. Malgré le pacifisme de nombreux partis politiques en sylvois, il s'agit de question à résoudre dans un monde toujours plus militarisé, justement de manière à éviter la guerre.
Mais au-delà de ces questions stratégiques et lucratives, le Duché a toujours attaché une grande importance dans le développement technologique, académique et scientifique (qui vont ensemble), et le domaine spatial ne fait pas exception. Ces critères justifient à eux seuls les investissements, permettant des retombées dans le domaine de la recherche et l'acquisition de connaissances qui ont énormément de valeur pour la communauté.
Quoi qu'il en soit, vous l'aurez compris : la politique spatiale est extrêmement importante en Sylva et justifie les investissements, qui sont par ailleurs en grande partie amorties par les commandes de l'armée ou des groupes privés.
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C'était la première fois de la visite que les hommes du pays gris posaient une véritable question aux velsniens. Et il faut bien avouer que sur cette question, l'ambassadeur Mascola était somme toute relativement impuissant. Ce dernier n'avait pas mis les pieds à Velsna depuis des années déjà, alors connaître les dernières avancées du spatial velsnien était tout aussie compliqué. Se plaçant en retrait, et désirant offrir quelque lumière à sa consœur DiSaltis, qu'il monopolisait déjà beaucoup de la scène, il dit ainsi à ses homologues:
- Cela tombe très bien. Il se trouve que l'Amirraglio DiSaltis est très au fait de ces questions. Chère consœur, voudriez vous nous faire part de cela ?

Heureusement pour Mascola, qui en avait peut-être également une petite idée, DiSaltis pu enfin se montrer utile à cette fête, et d'un secours au suave sénateur:
- Notre programme spatial, oui... Nous sommes assez humbles pour reconnaître que votre expertise surpasse la nôtre dans ce domaine, et de loin de ce que je constate. Velsna a certes un programme, mais vous comprendrez que les années récentes n'ont pas permis à notre patrie de se concentrer sur ce grand projet. Qui plus est, nous comptons énormément sur l'initiative privée dans ce secteur, et il se trouve que le spatial n'est pas assez rentable pour attirer les investisseurs, pourtant très nombreux dans la cité sur l'eau. Il n'existe donc pas de programme spatial public sous nos latitudes, et ceux sont sont donc aux bons soins d'entreprises liées au secteur de la haute technologie. Ce faisant, nous nous reposons sur des lanceurs légers dont la plupart des missions peuvent se résumer aux lancements de satellites qui permettent de nous assurer une souveraineté dans divers domaines. En particulier les communications. Le Sénat a bien entendu un droit de regard sur l'activité de ces entreprises, mais nous pensons que la liberté économique est intrinsèquement liée à l'innovation, y compris dans ce domaine.

Pour revenir à vos préoccupations à propos de votre lanceur, l'avez vous déjà tester ? Où est-ce une première à laquelle nous assistons là ? Pardonnez moi de vous poser toutes ces questions, mais...sommes nous à une distance acceptable du site du lancement pour éviter...de potentielles retombées ? Non pas qu'il s'agisse d'un manque de confiance, loin de là, mais je suis néophyte dans ce domaine, et j'aimerais savoir comment vous évaluez les bonnes distances à prendre vis à vis des lancements. Une dernière question: Avec quel carburant alimentez vous cette fusée ?
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Merci pour ces informations, chers Sylvois. Je comprends désormais mieux vos objectifs et les moyens que vous employez dans ce secteur, que je sais stratégique pour vous. Vos satellites sont sûrement bien plus performants que les nôtres. En effet, nos appareils sont volumineux et fonctionnent avec des batteries nucléaires : de gros engins peu efficaces. C'est pourquoi les détails que vous m'avez donnés attisent ma curiosité. L'électronique embarquée est-elle entièrement de conception sylvoise ? Quelles sont ses performances et services ? Tant de points à explorer et à partager ! J'aimerais en savoir davantage, et pourquoi pas envisager d'envoyer des satellites sylvois plutôt que mesolvardiens. De notre côté, nos satellites sont conçus pour des missions de télécommunication, d'observation et de radiométrie destinées à la prospection.

Quant aux aspects dirigistes et à la planification sociale axée sur les bénéfices technologiques publics, je pense que vous le savez : ce n'est pas un point qui nous dérange, bien au contraire. Chez nous, les fusées sont financées par le LHV et le complexe militaire, ce qui permet à ces deux entités de mener des recherches conjointes sur des objectifs commercialement prometteurs. Mon pays est en effet une puissance dans le domaine des missiles et une économie basée sur l'atome, ce qui a conduit au développement d'une fusée à propulsion nucléaire. Concernant les questions militaires, je tiens à préciser qu'il n'y a aucun objectif militaire dans ce projet. Le cœur nucléaire de nos fusées est trop peu enrichi pour présenter un réel risque de criticité, et les risques radiologiques ne sont pas jugés préoccupants compte tenu des caractéristiques de notre atmosphère. Ainsi, chers Velsniens, nous sommes à une distance respectable de tout danger potentiel.

Pour ce qui est du nombre d'essais, il s'agit de notre 12ᵉ lancement commercial, précédé par plus de 30 essais. Nous n'avons pas la capacité de réaliser des simulations aussi fiables que celles des puissances occidentales. En compensation, nous bénéficions de coûts d'essais extrêmement bas. Le complexe militaire nous subventionne, l'État ne nous impose pas de contraintes excessives, et aucune réglementation réellement restrictive ne nous freine. Dans notre cher pays, disons-le, nous savons exploiter nos ressources humaines de manière efficace.


Le marquis et Henri se dirigèrent alors vers un ordinateur d'apparence archaïque mais fonctionnel. Le logo de DAVID apparut à l’écran, suivi d’un diaporama montrant des vues en 2D de la fusée. Au loin, on entendait des bruits métalliques : les antennes du LHV se mettaient en position pour suivre le lancement. Puis, un signal sonore puissant retentit : "LIAISON, DAVID CONNECTÉ. DÉCOLLAGE DANS T MOINS 3-2-1. DÉCOLLAGE." On pouvait observer la montée de la fusée dans le ciel. Malgré la distance et les masques, un léger parfum d’acide nitrique se faisait sentir. Sur l’écran, les différents étages se détachaient les uns après les autres, et des applaudissements éclataient dans les équipes scientifiques à chaque activation réussie. D’abord exclusivement des militaires, puis des ingénieurs nucléaires, tous célébraient ce moment. Finalement, le Vac-Sat 9 atteignit l’espace.

Je suis heureux que le lancement se soit déroulé avec succès. Pendant que le satellite est placé en orbite; une opération qui prendra encore un certain temps, nous sommes invités à un dernier dîner en compagnie du dauphin avant votre départ. Ce sera l’occasion de discuter politique et commerce dans un cadre plus formel, après les festivités. Je suis vraiment honoré d’avoir partagé ce lancement avec des personnalités aussi prestigieuses que vous !

Il fit un geste d'inclination respectueuse devant le très suave sénateur, avant de se retirer pour laisser ses invités réagir et se diriger vers le palais, où devait se tenir ce dîner peut-être crucial.
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Ce n'était pas souvent que de telles avenues s'ouvraient à Chloé, et elle ne perdit pas un instant pour répondre aux interrogations de son interlocuteur avant le lancement :

"Bien évidemment ! Le Duché pourrait coopérer avec le Drovolski sur de nombreux domaines concernant les satellites, voire faire de vous un partenaire étroit du Sommet Spatial. L'électronique est en effet intégralement sylvoise, et nous pourrons au choix produire uniquement les instruments ou l'intégralité des sondes et satellites selon vos préférences. Il y a de nombreux projets stratégiques et industriels envisageables, dont certains qui pourraient aller dans la continuité de votre programme de missiles."

Tournant un bref coup d'œil au suave ambassadeur velsnien, elle conclut son intervention :

"Nous pourrons approfondir la question à un moment plus opportun, profitons déjà de cette démonstration technique !"

Heureusement que les masque était obligatoire, car malgré l'extrême sérieux et politesse des sylvois qui contemplait avec révérence cette merveille technologique (même selon les standards internationaux, avouons-le), chacune des invitées grimaçaient. Une telle odeur, de-ci loin, et Chloé qui avait participé à des tests avec l'hydrazine, peroxyde d'azote ou encore acide nitrique ne savait que trop bien de quoi il s'agissait. "Pas étonnant que la terre soit stérilisée par la pluie, ici." Pensa-t-elle pour elle-même sans l'exprimer à voix haute.

Avant que ne se conclue la visite pour le diner, Chloé parla brièvement des satellites sylvois une dernière fois : sondes d'explorations, télescope ou radars spatiaux, relais de communication, instruments météorologiques. La gamme était large.
Après quoi, la délégation salua avec tous les respects qui lui étaient dus l'hôte du moment, pour passer au diner.
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Aux commentaires d'Henri avant le lancement, DiSaltis eu un commentaire, quasiment de soulagement:
- Qu'importe que le cadre vienne de l'Etat ou d'entreprises privées, la régulation demeurera toujours un frein à l'innovation. Nous voyons bien le résultat aujourd'hui au Drovolski. J'ai l'impression que les gens du pays gris ont sacrifié beaucoup afin de remplir ces programmes, ce qui me donne l'impression que le spatial, chez vous, ressemble à un véritable projet de société où est engagée une grande partie de la population Inutile de dire qu'à Velsna, là où votre industrie nucléaire a des intérêts, nous comptons à ce que vos travaux soient couronnés de succès.

Alors que le lancement se précise, Mascola tend discrètement une paire de lunettes de soleil à son consœur:
- Excellence DiSaltis, vous devriez prendre ceci. Je ne sais pas si nous verrons beaucoup de lumière à travers la pollution mais on sait jamais.
- Et ces lunettes nous protégerons des radiations ?
- fit-elle, légèrement sarcastique -
- Si il y a quelque chose je pense que nous sommes déjà contaminés, excellence...

Alors que la Vac Sat-9 parvenait à se dégager des cieux ombrageux de Drovolski, DiSaltis fit expulser de l'air de ses poumons, soulagée qu'un crash éventuel qui aurait provoqué des retombées de manière certaine, ne se soit pas produit. Les deux velsniens suivirent donc bel et bien vivants le cortège jusqu'au palais. Mascola, étrangement à l'aise (comme toujours) dans un tel environnement fit savoir son appétit à ses hôtes:
- Mes félicitations pour ce succès, excellences. Je meurs de faim, il me tarde de voir les merveilles que vous nous réservez encore, cette fois-ci dans le fond d'une assiette.
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Les délégations arrivèrent au palais, entourées de pages tous vêtus d’accoutrements d’honneur. Le voyage se déroula sans encombre, traversant les secteurs un à un jusqu’au centre de Mesolvarde. Là, elles passèrent devant le "globe" du secteur 0, le majestueux dôme de défense de l’Empereur. Le palais, couvert de poussière, arborait une teinte gris royale. Dans le "jardin", un arbre mort se dressait à côté d’un panneau portant l’inscription : "Qu’un jour l’espoir renaisse". Une photo de l’impératrice reposait à ses côtés.

Pour pénétrer le globe, les délégations descendirent de leur transport et furent accueillies par les acclamations de la population du secteur 0, un lieu habité par des privilégiés proches du pouvoir. Certains allaient même jusqu’à s’incliner devant la duchesse. Les portes du globe s’ouvrirent, dévoilant un court chemin menant au palais. Une annonce solennelle résonna alors, accompagnée par les violons :

“En la présence, et sous l’honneur impérial, Madame la Duchesse de Sylva et ses gens, ainsi que Son Excellence DiSaltis…”

La proclamation continua, énumérant une longue liste de personnalités et de titres. Si bien qu’en arrivant aux portes du palais, l’annonceur n’avait toujours pas terminé. Le dauphin attendait au seuil, entouré des grandes maisons. À la surprise de beaucoup, Kasus Bonvasar, patriarche du Bonsecours, était également présent. La scène rassemblait l’essence même de ce qui faisait le Drovolski : noblesse, Henri, Kasus, Sylva et Velsna. Le jeune dauphin, un peu fébrile, prit la parole et, poussé par les grandes maisons, brandit le sceptre pendulaire. Les grandes maisons applaudirent tandis que certaines maisons mineures (notamment Saint-Ange) laissaient transparaître leurs moqueries. L’horloge sonna alors son carillon. Les portes du palais s’ouvrirent, laissant un vent glacial s’engouffrer dans l’immense bâtiment, poussant cette assemblée prestigieuse à l’intérieur. Contre toute attente, le palais se révéla être presque vide. C’était un édifice immense et creux, semblable à une cathédrale. Manifestement, personne n’y vivait. Cependant, les lieux exhalaient une longue histoire et une stabilité indéniable. Au centre d’une aile se trouvait une table colossale, dressée dans la salle du Conseil Nobiliaire. Un trône restait vide, tandis que des quantités impressionnantes de mets garnissaient la table. Selon la coutume, tout le monde s’assit en même temps. Le trône demeura inoccupé, avec le dauphin à sa droite et la conseillère de l’impératrice à sa gauche. Cette dernière prit la parole :

“Par la bonté impériale et le Juge des Trois, nous vous offrons ce repas. Honorez ce cadeau et profitons de ce moment pour louer la raison, la morale et, enfin, le peuple.”

À ces mots, le festin commença. On trouvait sur la table une abondance de poissons, viandes, fruits, légumes et gâteaux sucrés, servis dans une argenterie d’un raffinement rare. Même la noblesse, dans toute sa splendeur, n’avait pas de tables aussi somptueusement garnies. Le dauphin prit alors la parole :

“Chers invités de marque, je vous présente la noblesse de Mesolvarde et l’industrie de notre pays. La fête de l’amour est l’occasion de vous rencontrer et de partager ce repas dans l’espoir d’une coopération future. Le commerce prospère lorsque l’entente règne.”

À ces mots, un vieil homme couvert de poussière grise, le comte Alterage, s’adressa aux Sylvois :

“Votre demande de minerais continue de nous enrichir, et mes mines travaillent pour vous et vos véhicules. Il serait temps, je pense, que nous devenions à notre tour clients de vos technologies.”

Il toussa violemment, un sang grisâtre s’échappant de sa bouche. Pâle, il essuya sa bouche avec une poudre blanche encore plus fine que la craie (une céruse).

“Mon pays, trop dirigiste, est incapable de répondre à ses propres besoins. Nous avons une énergie abondante, mais aucun ingénieur capable de concevoir de véritables camions ou excavatrices. Pour tout vous dire, nous minons encore avec des tunneliers ! C’est insupportable. Quant à notre Empereur, cet éternel absent, que nous dit-il ? Que le nucléaire est notre rédemption ! Quelle bêtise. Alors, chers Sylvois, aidez-nous. Nous avons des richesses mais manquons de tout. Si vous acceptez de baisser vos prix sur l'alimentaire, nous aimerions créer une zone de libre-échange pour commercer directement avec vous.”

Le dauphin, peu satisfait des propos du comte, inclina le sceptre pendulaire. La maison Saint-Ange prit alors la parole :

“Chers Velniens, votre présence est plus que nécessaire. Mon héritier a été assassiné. Il faut nous protéger. Convainquez l’Empereur de votre importance. Vous trouverez en nous un soutien pour agir contre ces abus de pouvoir.”

Le dauphin frappa violemment le sceptre et déclara :

“Maisons du Drovolski, nos invités ne sont pas ici pour entendre vos griefs contre l’autorité impériale, mais pour discuter de politique et partager un repas. Cessez de les importuner en vilipendant l’Empereur sous prétexte de son absence.”

Les maisons se moquèrent du dauphin, dont l’autorité semblait bien faible. Le secrétaire délégué au tribunal commercial prit alors la parole :

“Malgré le caractère désordonné de ces discussions, elles soulèvent des points essentiels. Chers Sylvois et Velniens, le Drovolski vous appelle à renforcer votre coopération. Pour les Sylvois, des échanges technologiques et commerciaux. Pour Velsna, une offre d’énergie nucléaire contre votre protection à l'intérieur du pays. Nous voulons vous intégrer dans un nouveau contrat, scellé par cette grande fête de l’amour occidental. Un libre-échange pour soutenir notre industrie, et une sécurité renforcée. À nous de convaincre l’Empereur.”

Sur ces mots, des pages apportèrent des cadeaux diplomatiques : des métaux précieux, bien sûr (nous sommes au Drovolski), mais aussi des bracelets, tiares, montres et autres bijoux. Leur apparence rappelait vaguement un style Wanmiriens, bien qu’ils fussent bien trop luxueux pour en être.
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"J'aurais dû amener une plante en pot comme cadeau." Pensa Alexandra en voyant l'arbre mort. "Je me rattraperais en invitant l'Empereur ou le Dauphin en Sylva, on leur donnera un arbre qui pousse partout, ou une jolie fleure."

La délégation observa ensuite les repas, avec une appréhension dissimulée derrière un sourire poli. On espérait que c'étaient des plats importés et non pas des poissons nourris aux iles de plastiques bordant le Drovolski. La Duchesse sursauta quand Alterage toussa, avant de s'essuyer avec une poudre inconnue. "Il ne se badigeonne quand même pas d'amiante ce fou ?!" se demanda intérieurement Chloé, de plus en plus mal à l'aise.

Les discussions qui suivirent détendirent malgré tout Alexandra : Elle était dans son élément, au milieu de nobles se chamaillant pour leurs intérêts. C'était là quelque chose qu'elle n'appréciait pas réellement, mais qu'elle maitrisait, et dont les années de règne lui avaient appris à rapidement identifier et mémoriser les différents partis et leurs ambitions.
La mention des aliments et de la défense étaient des opportunités à immédiatement saisir, ce que fit Alexandra sans attendre alors qu'on acceptait les cadeaux. Matilde fut particulièrement ravie et accueillant l'offrande du Page avec un sourire radieux tandis que la matriarche du Duché pris la parole :

"Mes seigneurs, je ne peux qu'appuyer l'intervention de son excellence le secrétaire délégué. Ce repas reste une opportunité d'échanger sur des points plus approfondis, plus sensibles. Et c'est avec plaisir que je peux garantir vos demandes, comme vous le dites, ce sera à vous de convaincre l'Empereur de faire de même.

Pour ce qui est de l'alimentaire, je pourrais faire subventionner la production agricole sylvoise et alléger sa fiscalité pour favoriser les exportations en direction du Drovolski et à prix très avantageux, en plus de jouer sur les relations du Duché pour multiplier les fournisseurs. Nous pourrons négocier avec Tanska, un grenier de l'Eurysie également malgré sa superficie modeste, pour compléter cet approvisionnement.

Je me permets par ailleurs de m'inviter sur le sujet de la défense. Nous avons constaté à quel point cet élément devenait un impératif pour le Drovolski, chose fort justifiée. N'est pas secret que les liens industriels toujours plus étroits entre nos deux nations font de vous un partenaire stratégique dont la sécurité répond pareillement à notre intérêt, c'est pourquoi je ne peux qu'aller dans ce sens et vous proposer de me charger de militer au sein de l'OND pour garantir votre sureté. Nos alliés sont proches, stables, loyaux et redoutablement efficace, notre organisation n'étant pas improvisée entre des nations se connaissant à peine et n'ayant encore jamais prouvé leur capacité de coordination. Non, nous sommes éprouvés dans ce domaine et n'avons plus à démontrer la rapidité avec laquelle nous pourrions nous organiser pour vous soutenir et endiguer d'éventuelles menaces. Ajoutons par ailleurs que compter sur l'OND n'implique pas de se reposer sur on ne sait quel pays s'adonnant à des bombardements ciblés contre les populations civiles.

En plus de tels traités avec l'OND, nous pourrons également aborder des questions de coopérations technologiques telles qu'abordé lors du lancement de votre impressionnante fusée. Que ce soit dans les systèmes de guidage et têtes chercheuses pour vos missiles ou des éléments de reconnaissance et désignation pour repérer et verrouiller les cibles, le champ des possibles est large. Je peux déjà vous garantir l'approbation de la Haute Assemblée pour initier une aussi étroite collaboration technologique avec vous, j'ose espérer que l'Empereur saura porter confiance à mon offre."

Ayant terminé son intervention, elle se risqua à manger "Au moins, j'aurais eu une vie bien remplie" plaisanta-t-elle intérieurement en gouttant. Chloé était tout aussi méfiante et huma un bout de poisson avant de goutter, mimant la satisfaction de se délecter des parfums, même si elle vérifiait l'absence de relents de mercure ou plomb.
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Il n'avait pas existé beaucoup d'endroits dans lesquels son excellence Amirraglio DiSaltis ne s'était pas sentie profondément mal à l'aise. La sénatrice touchait son assiette du bout de la fourchette. l'homme en face d'elle était manifestement malade, mais personne ne semblait relever son état. Cet endroit était beau, mais les individus l'habitant étaient terriblement petits, non pas par leur taille, mais par leurs conditions. Le comte Alterage était le témoignage d'une chose: même les plus aisés en ces contrées, ne pouvaient échapper au poison. Le poisson, quant à lui...eh bien, en des temps normaux, il aurait mieux valu ne pas le toucher, pas même avec un bâton. A ses côtés, Mattia Mascola était si stoïque...comment pouvait-il faire en cette situation ? Il souriait lorsqu'on lui adressait la parole, ses mains ne tremblaient pas comme les siennes... Il trinquait à la santé de la fête de l'amour et de Drovolski, comme si les deux termes étaient conciliables. Elle n'a rien vu ici de chose qui mérite jusqu'à présent d'être chérit.

Alterage parlait aux invités, mais elle se sentait incapable de répondre. Si elle parlait cela aurait été pour d'informer de son état, et pas d'un quelconque marché ou de parlotte au sujet de termes diplomatiques comme les mots "coopération", "commerce", "alliance". Tout le monde ici, velsniens et sylvois, faisaient semblant que tout allait bien, que tout était normal et qu'il s'agissait d'une rencontre ordinaire. Cette situation était aussi risible que pathétique...pourquoi diable avoir signé ce traité... Il y avait donc en ce monde un endroit plus cruel encore pour les corps comme les esprits, que les bancs du Sénat de Velsna, ce qui constituait en soit un grand exploit. Heureusement pour la quarantenaire, Mascola était là pour assurer le rôle le plus lourd: celui d'être complice de ce que DiSaltis considérait comme une parodie de représentation du pouvoir. Il était là, à répondre aux affirmations du comte Alterage. Il enchaînait les envolées lyriques et racontait des histoires, comme un érudit velsnien d'un autre siècle qui avait un avis sur tout ce qui existe:
- "Clients". C'est un terme très intéressant que vous utilisez là, excellence comte. Je ne pense pas que vous connaissiez un grand philosophe velsnien du XIIIème siècle du nom de Dion d'Aula. Cet homme illustre avait des mots intéressants sur le concept de clientèle. Dion était ce que l'on appelle "un individuel", un mouvement qui prônait l'indépendance totale de l'individu, de toute forme de pression extérieure à sa propre volonté, et qui réprouvait le système de dépendance en vigueur à Velsna et qui est une forme de clientélisme, encore aujourd'hui. Ces gens, vivaient souvent dans la plus grande des autarcies, méprisaient les conventions sociales, poussaient le concept de la liberté velsnienne dans ses retranchements...et surtout ils méprisaient le concept même de dépendre d'un autre individu pour dépendre de sa propre survie. Mais je digresse.

Un jour, un riche sénateur vint le voir. L'un des hommes les plus fortunés de la cité. Et comme beaucoup de velsniens, il demanda un conseil: "Dis moi Dion. Comment fais-tu pour être content de ton sort ? Je suis plus aise que toi dans mon pouvoir d'achat. Et pourtant tu as toujours le sourire.". Dion lui répondit simplement: "Regarde ce que je porte. C'est moi qui l'ait cousu. Regarde ce que je mange. C'est moi qui l'ait cultivé. Regarde ce que je couche sur le papier. C'est moi qui l'ait pensé. Toi, ta richesse, tu la dois à ta dépendance aux autres. Voilà pourquoi tu ne souris pas.".


Il se tourna alors vers le secrétaire délégué au commerce, qui avait formulé ses propositions vis à vis de ses invités:
- Voici où je veux en venir. Velsna n'est pas là simplement pour faire du commerce, nous espérons également que Drovolski atteigne cet idéal d'indépendance et d'autonomie. Et ce sur tous les plans, que ce soit économique ou politique. Nous sommes tout à fait d'accord avec votre affirmation, excellence: ces partenariats, que ce soit avec Velsna ou avec Sylva, doivent être approfondis, et ce dans cette optique de n'avoir de compte à rendre à qui que ce soit au final, telle était la pensée de Dion d'Aula. C'est pourquoi ma compère ici présente, son excellence DiSaltis, voulait vous faire la proposition d'une augmentation de l'exportation de denrées alimentaires de Velsna vers Drovolski de l'ordre de 20% du volume actuel d'exportation à l'année, mais pas seulement...

Il se tourne vers la sénatrice DiSaltis, et la poussait dans la conversation avec un sourire suave non dissimulé, et qui pourrait faire réchauffer n'importe quel cœur:
- Oui mes excellences. Euh... Nous voulions, en plus de cette offre, vous faire la proposition d'envoyer à votre service des experts agronomes dont le but serait de procéder à l'évaluation de la qualité des sols de Drovolski, et de procéder à un nettoyage de certaines parcelles afin d'étudier la possibilité d'augmenter la superficie des terres cultivables de votre patrie. Que vous importiez des produits alimentaires est bonne chose, mais c'est une solution à court terme qui rend l'intégralité de votre système vulnérable au moindre caprice de nations qui voudraient en faire un moyen de pression et de chantage...

Mattia Mascola reprit immédiatement à sa suite:
- ...Et comme l'a dit Dion d'Aula: un homme heureux est un homme déchargé de toute pression extérieure. Nous pourrions faire la même comparaison avec les nations. Ainsi, sur le long terme, vous serez davantage libres de vos mouvements en tant que nation si les estomacs sont remplis avec des produits de Drovolski. Qu'en pensez vous ?

Mascola et DiSaltis jouaient au jeu de la patate chaude devant les autres invités, se passant la parole dans une étrange osmose entre ces deux là. Ils formaient un bon duo, définitivement:
- ...Concernant la sécurité - renchérit DiSaltis - Nous possédons la même mentalité que ce que mon compère a signifié pour les denrées alimentaires: une bonne défense est avant tout celle que l'on se garantit pour soit même. C'est pourquoi nous pourrions vous fournir gratuitement certains équipements dont vous nous ferez la demande. Avoir des navires velsniens comme vous les avez aujourd'hui sur vos côtes est une bonne chose avec cette base dont nous sommes déjà très satisfaits, mais avoir des navires de Drovolski serait meilleure chose encore pour vous. Là encore, nous sommes ouverts à toute demande de votre part, tant que celle-ci serait raisonnable, que ce soit une alliance militaire plus approfondie que maintenant, ou du don de matériel comme celui que je viens d'évoquer.

Il faut penser par le long-terme. Nous disposés à renforcer notre coopération militaire sur le plan technologique et en garantissant votre sécurité comme nous le faisons actuellement sur vos côtes, mais le but final est que d'ici quelques temps, vous soyez capables de le faire sans le concours de qui que ce soit. Un échange de technologie navale est envisageable pour nous nonobstant, et ce sans contrepartie. Le fait de voir Drovolski grandie sera notre récompense. Après...nous ne sommes également pas contre l'idée d'ouvrir un nouveau site nucléaire dans les prochains mois, étant donné que nous avons relevé que nos besoins risquent d'exploser un peu plus d'ici les prochaines années. A ce titre, vous seriez les candidats idéals, étant donné que nous avons déjà fait affaire ensemble. Là encore, nous sommes ouverts à votre proposition.



Le diner avançant, DiSaltis observa Mattia Mascola se délecter du poisson. Avait-il un estomac en fer pour supporter cela ? Ce repas était décidément bien sérieux, mais selon Mascola, les meilleures affaires n'étaient conclues que lorsque les individus évoquaient leurs propres vies avec légèreté, et avec le sourire. Le sénateur aux cheveux soyeux tenta de "toucher" le regard d'Alexandra Boisderose avec le sien, et non sans un grand sourire. (Toujours avec la VF de Qui Gon Jin), il lui demanda:
- Excellence Boisderose. Que fait-on pour s'amuser lors d'un repas en Sylva ? Je n'ai encore jamais voyagé dans vos contrées. Je suis avide de chansons, d'odeurs et d’arômes, et je suis curieux de connaître ce qui règne sur les tables de votre nation. Lorsqu'on rencontre autant de mondes différents, d'hommes et de femmes comme j'ai pu le faire ces vingt dernières années, il peut nous arriver d'être encore surpris.

A Velsna, nous avons à table une coutume qui date de l'époque de Léandre: nous avons coutume de nous adresser à la plus vieille personne autour de la table, et de deviner le nom de ses ascendants, et ce le plus loin possible. Celui qui réussit à remonter le plus loin reçoit une bouteille de vin de la part de son hôte. Souvent du vin épicé et aromatisé de miel.

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La noblesse prit acte et observa un moment de réflexion. Dans cette atmosphère d’opulence et d’honneur, les comtes et sénéchaux examinèrent les conditions posées et discutèrent à voix basse avec les représentants de la magistrature pour déterminer comment associer ces deux alliés avec la meilleure cohérence et le moins de contraintes possible, afin de satisfaire tout le monde. Finalement, un haut magistrat prit la parole :

"Chers Sylvois, la proposition faite par notre estimé comte Alterage n’est pas réalisable dans l’état actuel de la jurisprudence constante. En effet, compte tenu du Code de commerce, aucun échange ne peut être libre, même en interne, et doit obligatoirement transiter par le système de Trenzalor, afin d’assurer la pérennité de notre industrie, même si cela implique certaines difficultés technologiques, comme l’a justement évoqué notre comte."

Il reprit sa respiration.

"Concernant la défense, nous accueillons depuis longtemps déjà des marins Velsiens qui, à juste titre, sont très appréciés du peuple pour leur silence. Plusieurs collectivités et juridictions ont prévu d’étendre leur rôle dans la défense intérieure à court terme pour renforcer notre protection. À cet égard, il peut paraître incohérent de s’associer à l’OND, sachant que Drovolski a signé le traité de la Ligue de Velcal. Cela étant, nous pouvons tout de même nous associer à vous en qualité de partenaires privilégiés et vous inclure dans la défense intérieure, comme l’évoquent les seigneurs de Saint-Ange."

Adoptant un ton plus sérieux, presque solennel, il poursuivit :

"Cependant, je vous garantis que défendre cette position par la voix d’un Saint-Ange serait un danger pour vous. Il vous faut un autre soutien. Cette famille, trop influente aux yeux de l’Empereur, pourrait voir jusqu’à son fief menacé, malgré sa bonne réputation. En tant que magistrat, je m’opposerais également à une telle aberration par simple principe. Si vous ne voyez pas d’obstacle à ce que Velsna et Sylva collaborent sur le même axe de défense, alors trouvez un soutien plus respectable qu’un Saint-Ange."

À ces mots, le marquis de Mesolvarde intervint :

"Monsieur le magistrat, je garantis la bonne application des conditions réglementaires pour la défense sylvoise, à une condition : que seuls des Sylvois soient acceptés dans la défense intérieure de l’OND, et aux mêmes conditions que les Velsiens, c’est-à-dire dans le silence."

Il rédigea une lettre, apposa un sceau représentant une tête de lion et une clé, l’emblème du marquisat de Mesolvarde. Le comte Alterage toussa bruyamment, puis se couvrit d’un mouchoir et but un peu d’eau. Celle-ci devenait blanche et opaque dans son verre au fur et à mesure qu’il buvait, laissant les autres se demander comment un corps si malade pouvait encore tenir debout.

"Broutilles légales. Si vous réduisez le prix de l’alimentaire et me fournissez des excavatrices neuves et performantes, sachez que les Alterage réduiront les taxes foncières sur l’exploitation des ressources humaines minières, afin de diminuer de 20 % le prix des minéraux à votre destination. L’augmentation que vous proposez devrait permettre une bonne croissance des unités de production humaine, ce qui est nécessaire dans notre contexte économique."

Il s’adressa ensuite au Dauphin :

"Au fait, tu as lancé la nouvelle génération ? J’ai besoin d’unités pour mes mines de zinc. Combien en as-tu en surplus de la génération précédente ?"

Le Dauphin répondit :

"J’ai 23 400 unités réaffectables, mais elles sont assez endommagées. Ce n’est pas suffisant, mais Bonsecours devrait les remettre en état de marche pour au moins 10 ans d’usage en mines. Elles sont encore sous garantie constructeur ?"

Kasus, le directeur du Bonsecours, stoïque, prit la parole :

"Oui, les unités sont encore sous garantie. Nous produisons l’élite ouvrière : l’eugénisme n’est pas une affaire d’assureurs tatillons. Maintenant que ce point est réglé, j’aimerais répondre aux Velsiens. Vos excellences, loin de moi l’idée de discréditer vos intentions concernant les plantes du Drovolski, mais cela fait 25 ans que mon laboratoire cherche à développer des végétaux capables de survivre au Drovolski, sans succès notable. Nous avons deux espoirs : nos pommes de terre transgéniques et les ‘formétables’, une sorte d’algues. Nous serions ravis que vous nous assistiez dans ces travaux au Bonsecours. Qu’en dites-vous ?"

Henri enchaîna, dans un esprit de parallèle :

"Vos excellences sylvoises, votre proposition d’aide technologique sur les satellites est très bien reçue, et en échange, vous bénéficierez de notre coopération sur le segment nucléaire de votre mission, notamment pour la fabrication de piles nucléaires au plutonium 238, afin de fournir une électricité abondante et stable à vos satellites modernes. Un échange de bons procédés, en principe."

Le comte Alterage interrompit avec un rire suivi d’une quinte de toux :

"Velsiens, nous comprenons votre idéal de liberté et d’indépendance. Nous trouvons vos idées rafraîchissantes, mais dans une hiérarchie juridique et féodale, elles ne s’apprécient qu’à l’échelle du pays. Il est impensable de prétendre que les unités de production humaine soient ‘libres’ ou qu’elles bénéficient de leur propre travail. Foutaises."

Il éternua du sang, se frotta les yeux jaunes et reprit :

"Cela dit, nous apprécions votre souci d’indépendance et soutenons les solutions proposées, mais nous insistons pour que vous soyez plus présents sur nos terres. Nous voulons de Velsna à la capitale, pas seulement sur les mers. Cette voie maritime nous séduit, pourriez-vous nous en dire plus sur une stratégie commune à ce sujet, histoire de convaincre l’Empereur ? Qu’en est-il également d’une alliance militaire et de l’interface avec votre base militaire ?"

Il conclut :

"Merci pour votre proposition agricole, qui viendra en aide à mes nécessiteux. Henri, un geste serait-il possible ? Après tout, grâce à qui manges-tu ?"

Henri reprit la parole :

"Bien sûr. Comme les Sylvois, chers excellences Velsiennes, le LHV vous offre le retraitement du combustible pour toute la durée de fonctionnement des futurs cœurs que vous envisagez de construire. Nous sommes prêts et disposés à vous les fournir. C’est un soutien que nous n’oublierons pas."

Il ajouta, à l’adresse des Sylvois :

"Le LTE devrait bientôt être opérationnel pour une phase industrielle dans votre pays. Toujours d’accord ?"

Le secrétaire délégué rassembla toutes les interventions dans une seule phrase :

"Si je résume, nos nobles gens proposent une alliance interne Sylvois-Velsna-Drovolski pour assurer la stabilité du régime. À l’extérieur, une défense maritime velsienne soutenue par l’OND à l’horizon de son influence. Une coopération technologique avec Sylva, une coopération nucléaire avec Velsna, et surtout, le financement velsnien-sylvois pour de nouvelles générations d’unités de production destinées aux mines du comte Alterage, avec un espoir de cultures au Drovolski. C’est, à mon sens, un rêve. Je vous demande, chers excellences, si ce résumé vous convient ?"

Le comte Alterage, écarlate, fit un clin d’œil au Sylvois, une larme purulente coulant de son œil.
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Matilde soupira intérieurement à la mention du principe de Liberta, qui ne lui rappelait qu'un houleux échange. Associant cela à un moment pénible, elle ne put s'empêcher de lancer une petite pique :

"La notion de Liberta telle qu'elle est évoquée est plutôt séduisante, mais elle me semble quelque peu idéaliste et éloignée des réalités d'un monde moderne et mondialisé. Corrigez-moi si je me trompe, mais hormis si vous êtes prêts à adopter le niveau de vie et le fanatisme d'un komunteranos, il est vain d'espérer atteindre parfaitement la Liberta. Les économies modernes sont interdépendantes, le Drovolski dépend en partie de Sylva pour son alimentation et réciproquement, Sylva dépend en partie du Drovolski pour son combustible nucléaire, mais également de l'Antegrad par exemple. La chose s'observe partout et les dons de technologies sont hélas semblables : on ne forme pas des spécialistes et on n'acquiert pas une expertise, un savoir-faire et une industrie adaptée, aussi rapidement. Tel que proposé, le Drovolski continuerait de dépendre au moins un temps d'industriels velsniens."

Se désintéressant un peu de la Liberta, Chloé enchaina :

"J'ignore à quel point il est ardu de décontaminer des métaux lourds les sols et nappes phréatiques du Drovolski avec des décennies d'activités industrielles de ce genre, mais une alternative me vient à l'esprit. Nous avons sur les côtes sylvois des algues, les sargasses. Elles sont invasives chez nous, très robustes et prolifiques, et sont même un danger puisqu'elles ont tendance à absorber les métaux lourds, ce qui les rend toxiques. Pour nous, c'est une contrainte, mais ne serait ce pas un avantage ici pour filtrer les eaux côtières ? Nous pourrions toujours initier un programme conjoint pour étudier cette hypothèse et voir s'il ne serait pas possible de dépolluer les côtes mésolvardiennes et, qui sait, relancer le développement de poissons pour diversifier le régime alimentaire des habitants."

Se désintéressant du sujet, Alexandra se concentra quant à elle sur l'ambassadeur, aussi suave qu'un vent frais à l'ombre des amandiers.

"C'est un jeu curieux, les invités arrivent-ils à aller loin avec ce genre de jeux ? Je confesse ne pas y manifester plus d'intérêt que cela, la chose ayant l'air de relever du hasard. Mais je pourrais tout de même vous offrir un rhum vieux même si nous n'y jouons pas.
Et quant à nos jeux de tables à nous, il s'agit essentiellement de jeux d'élocution pour tester qui est la meilleure oratrice. Cela peut se faire sous la forme de poèmes ou de concours d'idées et de discours, souvent de joutes verbales (elle rigola brièvement) et autre démonstration d'éloquence."

Et alors qu'intervinrent les hôtes, Alexandra se focalisa à nouveau sur eux, distinguant déjà une tendance qu'elle n'ambitionnait pas : se rapprocher des nobles plutôt que de la magistrature impériale. Vite ! Il fallait inverser la vapeur, et si nécessaire, joindre de force les deux bouts ! Quant à Matilde, elle hésitait à comment demander au Comte Alterage s'il souhaitait une invitation dans des hôpitaux. Son état coupait presque l'appétit de Chloé (plus encore que l'éventuelle présence de cadmium dans le poisson). Alexandra, elle, répondit de manière générale :

"Bien évidemment, l'édification d'un LTE est toujours d'actualité et même attendue avec impatience. Pour ce qui est des propositions défensives, j'avais davantage en tête un accord de défense mutuel, enfin, unilatéral plutôt. Je dois même vous confesser que, accord ou pas, présence ou non de sylvois en Drovolski, le Duché interviendrait malgré tout de manière immédiate si une nation venait à vous agresser, par amitié (elle but une gorgée d'eau) mais aussi par réalité matérielle, de par nos interdépendances industrielles. Mais je n'ai pas à l'esprit d'établir une base permanente, sans être pour autant fermé à une collaboration avec la Grande République de Velsna sur le sujet. Mais si vos excellences estiment qu'une telle chose serait redondante avec la Ligue de Velcal, nous nous y plierons, et serons d'une façon rassurée de cette garantie sécuritaire pour vous."

Puis se tournant vers le secrétaire délégué, elle conclut :

"Oui, nous sommes d'accord sur ce résumé des propositions. Vous avez fort bien synthétisé les éléments."

Les Saint Ange, pensa-t-elle intérieurement, inutile de compter sur eux. Leur héritier s'est déjà fait assassiner, l'Empereur a l'air de les considérer comme une menace. Non, les rapprochements devront se poursuivre autrement.
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Mattia Mascola, grand voyageur en son état, peinait à comprendre la froideur apparente de Mathilde Boisderose à son égard. Pour cause, les informations circulaient peu entre les différents sénateurs-ambassadeurs velsniens aux quatre coins du globe. Aussi, à l'exception de l'affaire Herdonia, il ignorait une grande partie des échanges qui avaient pu avoir lieu entre la sylvoise et certains de ses compatriotes. Il n'était pas rare que les ambassadeurs fassent de la rétention d'information, étant souvent en concurrence entre eux pour s'arroger le poste de leurs confrères. Mais dans le cas de Mascola, il était si peu présent à Velsna (presque dix ans d'absence) et en retrait des querelles intestines en cours à la capitale, qu'on ne l'avait tout simplement pas tenu au courant de possibles contacts "rudes" qui avaient pu avoir lieu entre le gouvernement sylvois et l'ambassadeur velsnien du Grand Kah.

Rebondissant, sur sa réponse, il esquissa un sourire qui, dans cette atmosphère si étrange, était la bienvenue:
- Je vous rassure: très peu d'individus qui écoutaient les conseils de Dion d'Aula poussaient le vice jusqu'à la limite de leur confort. Ses mots étaient davantage un guide théorique qu'un mode d'emploi à appliquer en toute circonstance. Nous savons tous qu'il faut des conditions très spécifiques afin qu'un groupe social accède à une pleine et entière indépendance de ses mouvements. Et c'est sur ce point que la comparaison avec les propos de cet antique philosophe sont pertinents dans le cas de Drovolski, en tant que groupe.

Il se tourna vers ses hôtes, en particulier le représentant de Bobsecours.

Remplacez la notion d'individu par la notion de groupe, excellences, et vous verrez là la réponse que Velsna entend apporter à vos problèmes. Celle qui consiste à vous aider, afin que vous puissiez vous aider vous même plus tard. Nous ne prétendons pas, avec notre proposition, trouver un remède miracle qui devrait se substituer à l'importation de produits alimentaires, comme l'a remarqué très justement notre excellence Boisderose et son excellence de Bonsecours. Mais pour le bien de votre nation, disposer d'une réserve stratégique de produits alimentaires doit être une priorité. Il suffit qu'un évènement quelconque mette à mal le ravitaillement velsnien ou sylvois pour que la situation de la nation du pays gris ne devienne tout à coup critique. Or, il n'est de l’intérêt de personne d'avoir un allié ou un partenaire vulnérable, qui permettrait à quelque gredin de profiter de vous. En peuple ami de Velsna, il n'est pas permis que la nation de Drovolski subisse un tel sort.

Sur ce plan, nous serions heureux, aux côtés de nos amis sylvois, de mettre à votre disposition un mot le corps des ingénieurs de la Société des honnêtes agronomes d'Hippo Reggia (SHAH), qui pourraient livrer des premières études de terrain afin de déterminer la faisabilité d'un tel projet. Hippo Reggia est une cité au beau milieu de la plaine velsnienne, inutile de dire que si vous cherchez des individus capables de rendre un sol fertile, c'est à eux qu'il faut s'adresser. Sur ce point, je serais ravi de vous faire parvenir une liste de noms qui feraient d'excellents auxiliaires dans les recherches de Bonsecours. Si il y a proposition de votre part, nous l'accepterons sans détour, assurément. Toujours dans le respect du secret de Drovolski, et de la clause que son excellence Julia Cavalli a consentit avec vous.


Mascola rebondit sur les mots de Boiderose avant de se rabattre dans son siège.

Cela doit être une tradition bien charmante à laquelle assister, excellence. J'aime entendre ce que les hommes et les femmes que je croise ont à dire sur leur patrie, parce qu'il vient souvent un moment, passé le vernis de la diplomatie, où nous tombons sur les meilleures histoires.


Ayant pu voir depuis le début du repas que les hôtes étaient pris par leurs propres querelles, ce que Mascola n'avait pas pu ou pas voulu relever lui-même, l'Amirraglio DiSaltis, la première intéressée par ce sujet, étant donné son statut de commandante en chef de la base navale velsnienne au Drovolski, pensa important de donner des conditions dans lesquelles les velsniens entendaient traiter avec le "pays gris". Elle se tourna ainsi vers le dauphin et le compte Alterage:
- Excellence. Inutile de dire qu'en tant que représentante d'un système politique reposant énormément sur les rapports inter-personnels, je comprends votre appréhension vis à vis des Saint-Ange. Pour des relations aussi importantes que celles que nous entendons entretenir auprès de Drovolski, nous avons bien l'intention de nous passer d'intermédiaire, et de nous adresser directement à votre personne, surtout dans un domaine aussi sensible que la défense. Nous ne sommes pas réputés pour nous ingérer dans les affaires intérieures des autres nations pour imposer nos vues par le biais d'acteurs tiers, la vôtre ne fera pas exception. Pour les velsniens, seule la famille impériale, que ce soit vous ou l'empereur, ainsi que son gouvernement sont les dépositaires légitimes du pouvoir politique ayant cours en votre patrie.

Nonobstant, si vous tenez tant à ce que la garnison velsnienne au Drovolski prenne en importance, nous pouvons vous faire la proposition suivante: une tribune (hrp: nom donné à un régiment velsnien) de 1 000 soldats qui serait disposée en garnison suivant les priorités de votre gouvernement. En théorie, ceux-ci seraient sous mon commandement, mais dans les faits, leurs gradés seront soumis aux recommandations de sa majesté l'empereur en ce qui concerne leurs objectifs et leurs itinéraires de patrouille. A votre demande, vous pourriez en disposer de davantage, mais pour cela, j'aurais besoin d'envoyer une demande à ces excellences du Sénat. En effet, 50 000 citoyens velsniens sont actuellement sous les drapeaux de leur cité, les opérations anti-terroristes en Achosie du Nord et le maintien de la paix à Rasken monopolisant beaucoup de ressources, même si en ce qui concerne Rasken, ce sera bientôt affaire réglée.

En ce qui concerne la stratégie à long terme au sujet du couloir maritime qu'est le détroit du Nazum, nous n'avons pas l'intention de changer le marché déjà en vigueur entre nos deux nations. Le flux commercial est sécurisé de la Manche Blanche vers la Mer de Blême grâce à nos efforts communs, et nous sommes entièrement satisfait de la situation actuelle. A votre demande, nous pourrions toutefois pousser plus loin ce partenariat, par des dons de matériel de notre part, comme je vous l'ai mentionné plus tôt. A vous entendre, c'est ce que vous voulez, si j'ai bien compris. Nous avons également d'autres pistes, comme l'établissement d'exercices militaires communs afin de former une véritable marine pour le Drovolski, qui permettrait à vous aussi, d'effectuer les missions de surveillance que la Marineria velsnienne fait en ce moment dans vos eaux. Un tel marché vous intéresserait ?



Mascola sortit de son apparent retrait lorsque le secrétaire eut fait le résumé des échanges actuels:
- Je pense que tout y est, excellence. C'est un bon résumé. Et si nous trinquions à notre amitié commune, à toutes et à tous ?
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Aux mots des Velniens, le dauphin fit un léger signe de la main, et des serviteurs avancèrent vers la table avec des carafes de cristal (verre plombé) remplies d’un liquide sirupeux, noir et opaque : une liqueur inconnue, mais fortement odorante. Le liquide mettait un certain temps à s’écouler dans les verres. On aurait pu le comparer à du miel, mais comment boire une telle substance ? Une fois que chacun eut un fond de verre, une nouvelle série de serviteurs arriva, portant une sorte d’eau pétillante, légèrement teintée de jaune. La liqueur fut mélangée à l’eau dans les verres sous les yeux des convives, provoquant une réaction chimique fortement endothermique. Le liquide devint verdâtre et refroidit visiblement en très peu de temps. Une fois cette petite cérémonie achevée, le dauphin, désireux d’impressionner, s’exprima :

Comme le suggère si aimablement Son Excellence Mascola, buvons ensemble à notre union. Voici le seul alcool encore produit dans mon pays : la liqueur astringente de "Madame Welberk". Buvons à notre rencontre et à l’amitié que je souhaite voir perdurer. Merci, chers Velniens et Sylvois, pour cette proposition et pour votre soutien à la maison impériale. Le Drovolski uni et puissant vous remercie.

Après la dégustation, marquée par des grimaces et des signes de dégoût, le comte Alterage reprit, dans l’ordre, les propositions, sondant ses collègues avant de s’exprimer. Il força toutefois un peu la main à la magistrature :

Chers Syvois, merci pour votre intervention. C’est un véritable plaisir d’entendre votre discours ; on pourrait croire que vous comprenez parfaitement nos mœurs et nos coutumes. Les recherches que vous nous présentez ici témoignent de la confiance que vous placez en nous. Cela étant, j’estime, avec mes pairs et collègues, qu’ils soient nobles ou magistrats, que vos propositions doivent être acceptées telles que vous les avez formulées. À savoir : nous défendre contre les influences étrangères sur le plan politique pour éviter un destin similaire à celui des Komunteranos, et protéger nos intérêts communs et nos interdépendances, plutôt que de vouloir se renier mutuellement. Vous avez raison de défendre ces modalités face aux Velniens !

Le dauphin prit acte et ajouta quelques mots :

Suivant les modalités politiques, j’actualiserai le dictionnaire de la vérité d’État et le système d’endoctrinement afin qu’ils soient favorables aux idéologies que nous avons évoquées. Il faut que mon "peuple" (un petit rire parcourut les rangs de la noblesse) pense que cela a toujours été ainsi et que cela doit être ainsi à l’avenir. Je garantis, avec certitude, la pérennité de nos interdépendances : la mine contre les champs !

Kasus saisit l’occasion et intervint :

Je serais ravi de voir Hippo Reggia et Sylva travailler avec Bonsecours sur les algues capables de fertiliser les sols. Mon laboratoire mène des recherches en ce sens depuis un certain temps, et une collaboration internationale ne pourrait être qu’un atout. J’accepte sans réserve, et nous pourrions travailler dans le centre 2, près des activités de Thylacine, si cela ne vous dérange pas ?

Henri glissa à son tour une remarque :

Mes sujets semblent réglés, il me semble : le LTE pour Sylva, et le combustible ainsi que les futurs cœurs pour Velsna. C’est validé pour moi.

Le Saint-Ange, visiblement contrarié, reprit la parole :

Il est regrettable que vous ignoriez mon soutien, chers Velniens. Ma maison est puissante, et je pensais vous voir comme alliés pour prévenir les abus de la maison impériale. Mais je vois que vous pactisez sans rechigner. La puissance ne fait pas tout. La justice doit être rendue. Face au meurtre de mon fils, je ne resterai pas silencieux. Vous, les patriciens, comment pouvez-vous concilier le meurtre d’un noble avec vos propres valeurs héréditaires ? Cela ne peut durer ainsi.

Il fut interrompu par un coup de sceptre du dauphin, qui lui fit signe de quitter la table. Le Saint-Ange obtempéra, mais d’une manière des plus irrévérencieuses. Le dauphin, chétif et tremblant, remercia alors les Velniens :

Voilà à quoi je fais face : des maisons nobles qui s’arrogent le droit de décider sans même l’accord de la magistrature. Pour pallier le manque de confiance en nos propres moyens, ma hiérarchie vous salue de ce geste. Avoir des Velniens dans nos rangs sera le rempart face aux ingérences, internes comme externes. Vous ne serez pas une ingérence, puisque vous la combattrez. Merci à vous pour vos propositions militaires, que j’accepte dignement et immédiatement en tant que représentant de l’empereur. Les exercices comme les navires constituent une proposition exceptionnelle qui ne se représentera pas. Merci pour ce geste de bonté non dissimulée. Avez-vous besoin d’aide dans vos propres conflits, par exemple sur le champ de l’influence politique ?

Les nobles et la magistrature applaudirent par respect envers la famille impériale.
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Mattia Mascola, si il avait refusé dans sa "suavitude" de s'aventurer sur le terrain des affaires de Saint-Ange et de ses démêlés avec son gouvernement, il était toutefois quelque peu gêné par le traitement qui lui fut infligé lors de ce repas. Il en allait de même pour DiSaltis: jamais dans une rencontre officielle un sénateur ou une sénatrice ne se laisserait humilier de la sorte, à être frappé par des coups de canne, tel un animal...un vulgaire achosien...ou un animal. C'était le genre de geste qui pouvait des sénateurs à en accuser d'autres de "tyrannie", et déclencher de véritables guerres privées. Les deux velsniens étaient issus de cette société, à cheval sur une certaine étiquette où la "dignité", cette qualité conditionnée à la fois par le prestige, l'argent et l'honneur personnel, était une priorité pour tout patricien.

Aussi, l'ambassadeur Mascola à parler de sa voix reposante à Saint-Ange avant que celui-ci ne daigne quitter la tablée:
- Excellence. Vos problèmes provoquent notre émoi. Mais vous devez comprendre la façon dont notre nation traite avec les gouvernements étrangers. Nous sommes venus ici pour nous adresser à la nation du pays gris en tant que groupe, en tant que corps civique, par l'intermédiaire de leur représentant qu'est le dauphin de la famille impériale. Et non pour satisfaire des demandes individuelles qui ressemblent à une ingérence caractérisée. Si justice il doit y avoir, c'est la nation de Drovolski qui doit la rendre.

Son regard se décrocha alors de celui de Saint-Ange, et retourna à son verre, que l'on lui servit. Ignorant les provocations du comte Alterage (DiSaltis plus difficilement que le sénateur aux cheveux aussi longs que soyeux), les deux velsiens se saisirent de leurs verres et attendirent que tous soient prêts afin de porter le toast. DiSaltis n'avait toutefois aucune confiance dans ce qui était dans son verre, d'autant que plomb et boisson font mauvais ami (bien qu'on dise dans des temps anciens que les velsniens aimaient ajouter du mercure à leurs boissons afin de leur donner un certain goût, pratique dangereuse nonobstant). Nul doute que Mattia Mascola, à la suite de ce repas, passerait beaucoup de temps sur un trône bien différent de celui du dauphin...

(HRP: pour la suite, j'attends que tous les joueurs aient porté le toast)


Aperçu propable de l'après repas de la plupart des invités étrangers
(note: vidéo HRP bien évidemment...ou pas)
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