28/11/2020
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Activités étrangères à la Cité du Désert - Page 2

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Le Ghetto kamiste

Le ventre de la cité du désert vu par "le Scholastique"



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Les toits plats, dans cette ville, sont comme une deuxième cité superposée sur la première. L'espace public ne se résume pas ici seulement aux rues, aux chemins et aux allées du marché, mais à tout ce qu'il y a au dessus. Les terrasse sur les toits sont à l'ombre, cachées sous des abris, recouvertes de tapis où se prélassent les habitants, mangent en famille lorsque le soleil n'est pas encore à son zenith, car à ces instants, ils préfèrent la fraicheur des foyers aux murs de terre cuite.

Perché au dessus d'une ruelle bondée, où des fils à linge traversent de ci et de là cette ligne pour venir se raccrocher sur les toits d'en face, le Scholastique s'amuse à battre des jambes au dessus du vide. Des yeux ouverts comme des veilleuses suivant les passants, leurs habitudes, leurs va et vient, ce qu'ils ont mis dans leur panier au souk. De ci et de là, de petits voleurs de glissent entre les jambes et viennent dérober des fruits frais. Le Scholastique, voit, un sourire léger aux lèvres, l'un d'entre eux voler une poignée de dattes qu'il glisse dans les plis de son maillot avant de fuir en courant dans une ruelle adjacente. L'homme émet un rire doux à lui-même avant de griffonner dans son carnet. Ce journal qu'il tient entre les mains n'est rien de moins que la somme de tout son travail. Enroulé dans des habits locaux amples et blancs, l'épargnant des rayons du soleil, le Scholastique, depuis une longue semaine, recense le quotidien du Ghetto kamiste, cet ilot de trois millions d'âmes qui échappe encore et toujours à l'autorité de la Princesse de la Cité du Désert. Les lieux sont jalousement gardés par un Seigneur de guerre dont le contact n'a été que celui d'une bande d'humanitaires.

Il y a désormais une dizaine de collaborateurs gravitant autour de Tambour-Tempête, tous inconscients de l'existence tant de l'Homme peint, que du Casseur de Pierres. Le Scholastique est l'un d'entre eux: il ne pose pas de questions, jamais. Mais il s'en pose beaucoup, et remplit rigoureusement sa mission: surveiller les habitudes des locaux, recenser les activités inhabituelles dans le quartier où la mission humanitaire s'est installée, faire des rapports sur la surveillance tant de la garde locale que des possibles activités de la garde princière de la Cité du Désert...


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Le Scholastique


Entrée 1, 14 juillet, 6h30 a écrit :

Aucune activité inhabituelle. Note un crieur de journaux, Al-Mūrātus, journal d'opposition à la Princesse de la Cité du Désert. Le journal paraît proche du pouvoir seigneurial local. C'est un relais contestataire abondamment relayé, un titre à fort tirage. Ce sont eux qui ont relayé la tenative d'annexion de la Cité du Désert par la Poetoscovie. Ils peuvent être des atouts utiles. Cependant, ne révéler en aucun cas notre identité pour le moment à la rédaction de ce journal: ligne éditoriale anti-impérialiste de principe, pourrait se braquer s'ils découvrent notre appartenance.

Cela nous arrangerait si ces titres de journaux étaient diffusés au delà du Ghetto. Peut-être pourrions nous répandre un sentiment de contestation en falsifiant des numéros au nom de ce titre, et en les répandant sur le territoire de la cité du Désert. Option sérieuse soi volonté de renverser le gouvernement, mais ce n'est pas notre mission prioritaire.

Note: le journal a déjà été diffusé à l'étranger, notamment au Finjouri de source sûre. Cela pourrait constituer un relais allant bien au delà de la Cité du Désert




Entrée 2, 14 juillet, 7h15 a écrit :

Ouverture du souk. Davantage de monde mais pas plus que d'habitude. La garde seigneuriale emble être la seule force militaire présente au sein du territoire du ghetto. Très bonne nouvelle en perspective. Problème majeur toutefois: les entrées du territoire entre la Guetto et le reste de la Cité du Désert sont étroitement contrôlées par la Garde seigneuriale. Application de surtaxes qui semblent affecter le mécontentement des habitants du Ghetto. Utile si nous voulions exciter la contestation.

Toutefois, le problème principal demeure que la plupart de nos objectifs sont sur le territoire de la Garde princière. Nécessité de contacter des cercles de contrebande afin de passer les checkpoints en toute sécurité. Il existe des possibilités sérieuses d'existence de cercles de contrebandiers. En effet, présence sur les étals du souk de produits difficilement trouvables en l'état sur le territoire du Ghetto, mais à des prix anormalement élevés.

Cette poste est prioritaire si nous voulons agir avec largesse dans la Cité du Désert et garder le contact avec notre base dans le Ghetto. Chargez Tambour-Tempête de ça.




Entrée 3, 14 juillet, 8h a écrit :

Mauvaise idée de se faire passer pour un kamiste à l'extérieur du Ghetto. Rumeurs avérées par les passants de mauvais traitement infligés aux kamistes sur le territoire de la Cité du Désert pour cause de déviance religieuse. Si il existe des mécontentements à l'égard de la Princesse, celle-ci est une figure d'autorité morale et spirituelle.

Le plus pratique serait d'intégrer les réseaux de contrabandes qui transitent entre le ghetto et la Cité du Désert. Beaucoup d'entre eux ne sont pas kamistes ou même habitants du ghetto.

Il est indispensable d'intégrer des locaux en tant qu'atouts dans le cercle de Tambour-Tempête. Plusieurs organes du pouvoir de la Cité du Désert seraient pertinents à l'infiltration: le Service des courriers internes à la Cité est une priorité, de même que la rédaction du Feuilleton, qui paraît un titre de presse proche du pouvoir en place. L'infiltration du Palais Princier pourrait s'effectuer via des domestiques. Objectifs secondaires toutefois. Tambour-Tempête place le complexe d'armement au centre de ses plans, plus particulièrement son administration.


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Confidentiel défense


Communication prioritaire



Identifiant Segreda: Le Scholastique

A t-on établit le contact avec les réseaux de contrebande local ? Cette partie du travail est sous ta responsabilité je te rappelle....Où t'en est ?
Identifiant frumentarius: Passe-muraille

Ne me prends pas pour un amateur. Je m'en sors, les choses avancent...C'est juste que ça prend du temps de s'assurer de trouver les bons passeurs et les bons contrebandiers, qui soient à la fois fiables et compétents. Cela ne court pas les rues dans cet endroit. Le plus difficile n'est pas tant de trouver les bonnes pistes que les bonnes personnes.
Identifiant Segreda: Le Scholastique

C'est pour ça qu'on t'engage.

Identifiant frumentarius: Passe-muraille

Je sais bien, et je pourrais bien avoir trouvé les bons contacts. Des caravaniers qui ne sont pas kamistes et qui font la navette entre la Cité du Désert et le Ghetto. Ils aident à transporter de l'eau et des personnes, le mix parfait. Il faut le savoir: les taxes sur l'eau que pratique la princesse n'ont pas été sans créer un véritable trafic de l'eau, accentué d'autant plus par les pénuries chroniques. L'eau vaut plus cher que l'or ici, alors c'est naturel de suivre ces voies.

Pour faire court, il sera très improbable de passer éternellement les contrôles des troupes princières à l'entrée principale du Ghetto, alors c'est par ces pistes que nous allons devoir faire passer à la fois des hommes et du matériel. A ce titre, la présence de personnes travaillant pour notre société écran humaitaire dédiée à la distribution d'eau pourra donc être totalement explicable si certains de nos agents se sont appréhender par les autorités locales. La grande question que je me pose en revanche, c'est pourquoi avons t-on besoin de faire passer des hommes et des armes de l'autre côté ?On ne m'a rien dit.


Identifiant Segreda: Le Scholastique

On ne vois a rien dit car ce n'est pas de votre intérêt de savoir. Les poetoscoviens sont polis et gentils sur la scène internationale en apparence, mais il est fort à parier qu'ils ont recours à la torture en sous main pour obtenir les informations dont ils ont besoin. Vous révéler trop de détails vous serait prendre des risques inconsidérés, à vous et au réseau. Faites avec ce qu'on vous donne.

La première mission sur notre planning serait de trouver un moyen d'effectuer des repérages dans la région du complexe industriel de la Cité du Désert. Il s'agirait d'une mission préparative à une opération de subtilisation de données dont on vous épargne les détails pour le moment.

Pour faire court, vos priorités sont les suivantes:
- Trouver le moment d'effectuer un travail d'éclaireur dans cette région durant vos pérégrinations de caravaniers. Repérer les mouvements de patrouille potentiels autour de l'usine.
- Vous procurer de quoi faire passer un commando de cinq hommes pour des cadres du complexe. La chance, c'est que l'entité est assez grande pour que ces derniers puissent rester en infiltration pour une longue période. Plusieurs milliers d'ouvriers y travaillent. L'anonymat aurait été plus difficile si cela avait été une petite unité de production.

Nos ordres sont-ils clairs ?

Identifiant frumentarius: Passe-muraille

Donc mon seul travail se résume à envoyer des types à la mort et de ne pas leur demander pourquoi ?

Identifiant frumentarius: Le Scholastique

Affirmatif. L'idéal serait d'intégrer pleinement un réseau de caravaniers d'ici deux semaines.


Identifiant frumentarius: Passe-muraille

Je vois...Vous l'aurez votre réseau. Mais vous me revaudrez ça.
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Aïn Tarek


Personne, à Aïn Tarek, n'avait vu autant de camions depuis la fondation de la garnison. Ils arrivent par vagues depuis trois semaines, poussière soulevée sur des kilomètres, moteurs qui peinent sous la chaleur que les hommes venus du Luba connaissent mal, encore habitués à l'humidité épaisse du sud plutôt qu'à ce sable qui s'infiltre partout, dans les bottes, dans les gorges, dans le sommeil même. Le Luba, justement, vient tout juste de leur rendre leurs hommes. Après des mois d'opérations méthodiques, de patrouilles renforcées et de cette présence quotidienne qu'on a vue s'installer peu à peu autour de Mateta, l'essentiel des colonnes rebelles a fini par céder du terrain, presque partout, sauf dans quelques poches résiduelles où subsistent des groupes trop enracinés pour disparaître d'un coup. Une garnison réduite reste sur place, suffisante pour tenir la région et empêcher tout regroupement, mais l'essentiel des troupes, elles, ont déjà pris la route de l'Ouest. Vers le Bakongo. Vers cette frontière de sable où rien, jusqu'ici, ne justifiait un tel déploiement. Trois quarts de l'armée zafongolaise se trouvent aujourd'hui massés le long de cette ligne, un chiffre qu'aucun communiqué n'a confirmé mais que tout le monde, dans les rangs, connaît sans avoir besoin qu'on le lui répète. On ne bouge pas une telle masse d'hommes pour une simple manœuvre de routine. On la bouge parce qu'on a vu quelque chose, de l'autre côté, qu'on ne pouvait plus ignorer. Ça a commencé par des clichés aériens, discrets, transmis par un vol de reconnaissance qui n'aurait dû, à l'origine, rien repérer d'anormal. Une base militaire, construite trop vite pour être innocente, trop bien équipée pour appartenir au petit état voisin qui se targue pourtant de neutralité depuis des années. Les analyses qui ont suivi ont fini par établir ce que certains soupçonnaient déjà depuis longtemps sans oser le formuler ouvertement: cette installation porte la marque de la Poëtoscovie, cette grande puissance du Nazum dont l'influence s'étend, ces dernières années, bien au-delà de ses propres frontières, jusque dans des états qu'elle transforme, patiemment, en relais de ses intérêts sur le continent afaréen. Le petit voisin de l'Ouest, celui qu'on croyait simplement pauvre et sans ambition, ressemble de plus en plus à ce qu'on appelle, dans les cercles militaires, un état vassal. Pas une colonie déclarée, rien d'aussi grossier. Plutôt une dépendance discrète, des accords signés loin des regards, une infrastructure militaire qui ne sert manifestement pas les intérêts de ce petit pays lui-même, mais ceux d'une puissance qui préfère avancer ses pions depuis l'arrière plutôt que de s'exposer directement. Sur place, les hommes ne savent pas grand-chose de tout ça. On leur a dit de tenir la ligne, de renforcer les postes avancés, de se préparer à toute éventualité sans qu'on leur précise davantage. Un caporal, arrivé du Luba il y a une semaine à peine, creusait ce matin une tranchée supplémentaire à la sortie de la ville, le visage fermé par la fatigue autant que par la chaleur. "On nous a rien expliqué vraiment. On sait juste qu'on reste ici, et qu'on n'a pas fait tout ce chemin pour repartir sans rien faire." Personne, à Ménaka, n'a encore parlé d'invasion. Le mot fait peur, et il faut sans doute s'en méfier autant que de la situation elle-même. Mais sur le terrain, dans les tentes qui poussent en périphérie d'Aïn Tarek, l'ambiance ne trompe personne. On prépare quelque chose. On ne sait pas encore quoi exactement, ni quand, ni jusqu'où. Mais le désert, cette fois, ne ressemble plus tout à fait à celui d'avant.
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Le casse du complexe d'armement de la Cité du Désert (Opération à arbitrer)

Récolte d'informations sensibles (10 000 points)



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30 juillet au matin, dans le cœur du Ghetto kamiste



La chaleur infernale du désert n'entre pas dans les cases en terre cuite. Le contraste est saisissant: Tambour-Tempête secoue la poussière du desert accrochée à ses vêtements et ses chaussures. Il règne un silence relaxant à côté du brouhaha du souk du Ghetto kamiste. Le sable lui démange les pores de la peau, mais cette fraicheur splendide qui le prend aux narines, au torse, qui facilite sa respiration dans cette pénombre rassurante...cela vaut toutes les sensations du monde. Il se défait de sa tunique traditionnelle locale et de son foulard avant de s'enfoncer dans la pénombre des couloirs du bâtiment que la cellule clandestine occupe depuis désormais plusieurs semaines. Le souterrain frais et et sombre. Une table toute simple, une pièce à peine assez grande pour abriter une dizaine de personnes, mais ceux ci ne sont que quatre autour de la table. C'est la première fois que Tambour Tempête rencontre en personne Passe muraille, le Scholastique et la Chaîne. Aucun d'entre eux ne connait le nom de l'autre, aucun d'entre eux n'a jamais parlé à l'autre autrement que par des appels, mais tous connaissent cet endroit, et tous ont un lien, même ténu avec Tambour Tempête.

Ce dernier s'installe à la table sans un mot. Il gratte sa barbe broussailleuse, comme un reflexe qui trahit une anxiété latente. Il regarde cet homme maigrichon et enturbanné qu'est le Scholastique. Lui ne trahit aucun sentiment, ne laisse transparaître quoi que ce soit. C'est un local, cela se devine sans même lui parler.

"Sommes nous tous là ? Nous n'attendons personne ?"


Le Scholastique fait aussitôt signe à Tambour-Tempête.

"Attendez. Il y a quelque chose qu'on a pas vérifié"

L'homme se lève, jette un coup d'œil furtif dans les quatre coins de la pièce, regarde et tâte sous la table et sous sa chaise. Il se tourne alors Passe Muraille et la Chaîne.

"Regardez sous les chaises aussi. Et sous la plante qu'il y a là bas, un micro et on est finis."

Les deux autres agents s'exécutent et furètent avec minutie dans la pièce, avant qu'ils ne se rassoient tous.

"Rien à signaler Tambour-Tempête. On peut commencer. L'association-écran qu'on a crée est une structure connue, et il y a du passage. Cela ne fait pas de mal de vérifier."

"Merci Scholastique. C'est la première fois que nous nous rencontrons. Vous savez ce que ça signifie: que nous sommes prêts pour notre première opération d'envergure sur le territoire de la Cité du Désert. Nous avons rongé notre frein durant une longue période, c'est le moment d'agir. Je vous mentirai si je vous dis que ce sera facile. Notre travail ici est gargantuesque: ce qu'on prépare aujourd'hui, si on réussit notre coup, ne sera que le premier coup de pied donné dans cette fourmilière. Ce que nous faisons est risqué, vous le savez déjà, mais je me dois de répéter cette information. Vous êtes libres de sortir de cette pièce jusqu'à la fin de mon intervention et de rentrer à la base. Je ne vous en tiendrai pas rigueur. Mais faites le maintenant, car une fois que j'aurais terminé, il n'y aura plus de retour en arrière pour vous. Est-ce que nous nous comprenons ?"

Le silence s'empare de la pièce, les quatre agents se regardent entre eux, peut-être avec la pensée que l'un d'eux se lève et quitte la pièce, mais personne ne le fait. L'approbation est silencieuse, seul Passe Muraille esquisse un signe de tête.

"Parfait. Vous trois n'êtes pas les seuls membres de ce réseau, mais vous avez ce point commun: vous trois êtes les seuls éléments parfaitement au courant de notre approche du complexe d'usinage militaire de la Cité du Désert. Mais pourquoi je fais faire des repérages à Passe-Muraille depuis deux semaines autour de cette foutue usine me direz vous...la réponse est assez simple: c'est l'une des deux seules pistes tangibles qui peut nous mener à nos commanditaires."

Tambour-Tempête lance une petite punaise sur la carte du monde, qui vient se planter pile au Nord-Nazum, sur le bleu de la Poetoscovie.

"Je sais que le soleil et l'ambiance de souk a pu vous faire penser que ce que nous faisions là n'était qu'un combat d'arrière garde, mais c'est faux. La première ligne de ce conflit n'est pas au Nord-Nazum, elle n'est pas en Poetoscovie ou dans l'océan austral, elle est ici, dans cette pièce. Elle est dans la Cité du Désert et au Moranza. Vous êtes en guerre messieurs dames, et vous êtes en territoire ennemi ici. Tout respire la Poetoscovie, leur marque est partout sans que l'on sache précisément ce que nous pourrions en faire. Il est inutile d'attendre quoi que ce soit du gouvernement locale en cas de capture: ils feront prisonniers les imprudents et les remettront aux poetoscoviens à coup sûr, et vous ne rentrerez jamais chez vous.

Notre première cible est le Complexe d'usage d'armement de la Cité du Désert. Pourquoi cette cible me direz vous... Tout simplement car dans le meilleur des cas, cela pourrait nous permettre de créer un lien entre l'Horus Moranza, dont cet endroit serait le fournisseur le plus naturel d'armement, et le gouvernement poetoscovien dont il est possible que la technologie fournie pour constituer cette unité de production ait été au moins en partie inspirée des modèles poetoscoviens.

Nos rapports préliminaires font état de plusieurs éléments suspects laissant soupçonner: d'une, la provenance relativement opaque des capitaux ayant permis la construction de cet ensemble. De deux, le fait que les quelques photographies et témoignages portant sur les machines outils et l'usinage laissent paraître le caractère composite des éléments d'assemblage de la chaîne de production de ces armes. En d'autres termes, quelqu'un ne veut pas que nous le trouvions. Dans un pays qui fait figure d'état fantoche de la Poetoscovie, cette piste est donc particulièrement prometteuse."


Tambour-Tempête se redresse de sa chaise, et pars chercher un plan dans un coin de la salle, qu'il vient ensuite dérouler sur la table.

"Les poetscoviens ont été malins en tentant d'effacer leurs traces, mais pas autant qu'ils l'imaginent. Le problème quand on essaie d'effacer ses traces de pas dans le sable, c'est qu'on laisse toujours une traînée. Ce que je vous propose donc, c'est de la suivre pour voir où elle nous mène. Des opérations d'achat et de transport, ça laisse des traces partout où ça passe, comme votre petit neveu quand il laisse une trace de pneu dans le fond du slip. Nous allons donc inventorier les machines présentes dans l'usine avec l'aide d'une équipe d'infiltration: plaques constructeur, numéros de série, dates de fabrication, puis reconstituer leur historique commercial une fois que nous seront en possession des numéros. Une machine achetée dans un pays A, une autre dans B, une troisième dans C ne prouveraient rien individuellement. Mais si elles ont toutes été achetées à quelques semaines d'intervalle par des mêmes acheteurs ou des sociétés écran que nous pourrions relier à la Poetoscovie, puis disparaissant des circuits commerciaux avant de réapparaître ensemble dans la même usine, ce faisceau d'indices devient une preuve d'un lien entre la Poetoscovie et l'Horus Moranza."

L'agent se glisse derrière la chaise de la Chaîne et de Passe Muraille, et il tape les épaules à tous deux.

"Passe-muraille nous revient justement du complexe: il nous a trouvé des guides, une piste de contrebande permettant à nos agents d'entrer et de sortir du Ghetto kamiste à leur guise pour rejoindre le complexe. La Chaîne ici présent, sera responsable de notre équipe d'infiltration du complexe. Ma grande, ta mission est d'une extrême importance, et paradoxalement, elle est assez simple:
  • En premier lieu: nous dégoter les numéros de séries des machines outils. Tu le feras avec une petite équipe de cinq personnes, des locaux que nous avons payé, à la fois pour te guider et pour t'aider. Je veux le numéro de série de chaque machine de cette chaîne de production.
  • Ensuite, il nous faudrait mettre la main sur les schémas d'armement des pièces fabriquées sur la chaîne de production. Même si on a tout fait pour masquer l'apport technologique peotoscovien dans le complexe, une licence d'armement, il faut la payer, de même qu'il faut acquérir des schémas. Là encore, c'est la même logique: les achats de licence, ça se remonte, et nous suivrons leur piste.
  • Enfin, et c'est là une partie complémentaire de nos opérations aux Moranza: la saisie des commandes d'achats de l'usine dans les bureaux de la direction et de la comptabilité, avec lesquels nous pourrons relier les numéros de série vendus et les armes que le Casseur de Pierres se procurera au Moranza. Si un lien pourrait être trouvé, cela pourrait justifier une intervention militaire de notre part, qui serait légitime aux yeux de l'international.
"

Tambour-Tempête reprend sa place, non sans s'allumer une cigarette au passage.

" L'avantage, c'est que la sécurité dans les alentours du complexe paraît particulièrement défaillante. En effet, nous ne sommes pas les premiers à prendre l'endroit pour cible. Des locaux s'y sont intéressés avant nous pas plus tard que l'année dernière. Des opposants à la Princesse de la Cité du Désert originaires du quartier des reliques ont opéré une prise d'otages des lieux avec une facilité déconcertante. L'ancien directeur a perdu la vie dans la confrontation, ce qui n'a pas manqué de désorganiser les chaînes de production à coup sûr. Les rapports de repérage préliminaires de Passe-Muraille vont dans ce sens.

Dans l'éventualité où la Chaîne devrait évacuer le terrain en précipitation, ce sera à Passe Muraille d'assurer le transport d'urgence par le biais des caravaniers locaux qui gèrent les circuits de contrebande. Si l'équipe de l'usine échoue, elle devra regagner le Ghetto kamiste, où les troupes princières n'ont pas droit de cité. Si vous vous faites prendre...dites vous que la mort est préférable à une prison poetoscovienne."


L'agent regarde chacun de ses éléments, les mots tardent à sortir de sa bouche.

"Bonne chance messieurs. Dame Fortune protège la cité."

Tous répètent alors doucement, dans ce qui ressemble presque à une incantion.

"Dame Fortune protège la cité."



opé a écrit : OBJECTIFS DE L’OPÉRATION



Réussite majeure :
  • La mission est une réussite complète: les trois objectifs sont remplis sans que les autorités locales n'aient eu à relever aucune alerte: les numéros de séries des machines outils de la chaîne de production permettent de remonter jusqu'à leurs commanditaires poetoscoviens, ou sociétés-écrans reliables à la Poetoscovie. Les licences des schémas d'armement dérobés permettent de parvenir à la même conclusion: celle d'une intervention, à un moment ou un autre, des renseignements poetoscoviens. L'inventaire des numéros de série des armes sorties de la chaîne sont eux aussi subtilisés avec succès, ce qui permet retracer le parcours tumultueux des dites armes jusqu'aux mains des soldats du groupe terroriste de l'Horus Moranza (ce volet dépendra de la capacité des velsniens à saisir des armes capturées dans les mains de l'Horus Moranza au Moranza).


Réussite mineure :
  • L'opération est un succès partiel. Seul un des trois objectifs est rempli avec succès, à savoir la relève des numéros de série des machines outils. L'implication de la Poetoscovie dans l'assemblement de la chaîne de production est ainsi prouvée, mais les agents n'ont pas le temps de subtiliser ni l'inventaire des ventes des numéros de série des armes en circulation au Moranza, ni de s'emparer des licences de schémas d'armement.


Echec mineur :
  • L'opération est une échec. Les agents parviennent à évacuer sans encombre vers leur planque du Ghetto kamiste, mais les autorités princières locales deviennent suspicieuses (malus mineur en cas d'opération ultérieure de tout type).


Echec majeur :
  • L'opération est un echec. Le réseau de Tambour Tempête est en partie démantelé. Si la planque du Ghetto Kamiste n'est pas repérée compte tenu de la protection que fournit son statut juridique où les autorités princières ne peuvent opérer, la Chaîne trouve la mort dans l'opération. Le réseau est donc à reconstituer et les autorités sont désormais sur leurs gardes.



Moyens engagés :
Forces et faiblesses de l'opération:



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Prendre en compte les pourcentages de Velsna et du Jashuria sur le camembert d'influence

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Ibn Sahib, le grand magnat du béton banairais... Ou c'est peut-être l'agent Wilson qui prépare un mauvais tour, qui sait ?//Will Smith dans le rôle du génie dans Aladin.


Merci kentsa !

Malandela ibn Sahib, le millionnaire Banairais qui concentre son attention sur la Cité du Désert.

Ibn Sahib, le magnat des cimenteries du Banairah a annoncé qu’il mènerait d’ici les prochains mois des « enquêtes dans la Cité du Désert » pour tenter d’explorer de nouvelles possibilités pour produire un ciment « écoresponsable, en pleine adéquation avec les objectifs de développement durable qui caractérisent les entreprises banairaises ». Le millionnaire a en effet affirmé que le sable de la Cité du Désert présentait des « qualités insoupçonnées » qui pourraient « révolutionner » le secteur de la construction tout entier. Pour le richissime homme d’affaire discret mais influent, la question ne se pose même plus : il faut investir immédiatement sur place, c’est un marché en formation qui connaîtra bientôt des sommets et qu’il ne faut surtout pas négligé. Ce dernier a accepté de nous consacrer une entrevue spéciale afin d’annoncer au grand public sa détermination à investir dans ce petit État frontalier extrêmement pauvre, mais qui est assit, sans même le savoir, sur un « pactole jaune insoupçonnable ».

Mehdi Al-Charouk : - « Bonjour Monsieur ibn Sahib, je vous remercie d’être venu et j’espère que vous allez bien. Pouvez-vous vous présenter ? Par exemple, c’est bien vrai que vos parents étaient des immigrés venus du Mpanga ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ? Ou au contraire est-ce que ça vous vous sentiez exclu de la société banairaise ? »

Malandela ibn Sahib : - « Je vous remercie, mais je dois vous avoué qu’en vérité, j’ai eu de la chance de naître ici ; vous savez, j’ai eu à interagir avec des hommes d’affaires marcinois ou churayns, et bien je peux vous dire qu’il vaut mieux immigrer à Abunaj qu’à Marcine. Ici la société banairaise m’a donné une chance, j’ai pu étudier, mais aussi apprendre, j’ai pu lancer ma petite affaire avec la bienveillance et le soutien des banairais. À Marcine, la société n’aurai jamais voulu de moi ; mes parents, des étrangers, auraient été rejetés, relégués au ban de la société, refusé de partout et leurs enfants et petits enfants voués à devenir des rebus dont personne ne veut. Ici au contraire on m’a laissé monter ma boîte, former une société, on m’a reconnu comme citoyen et j’ai été choyé par le peuple banarais, et je lui en suis immensément reconnaissant. Sans lui je n’aurai rien pu faire.

Quant à mes parents, je pense aussi qu’ils m’ont apporté de bonnes choses ; j’ai fait des études, mais si j’ai décidé de m’orienter vers la construction, le B.T.P, c’est parce que mon père était un maçon qui avait à cœur de faire de belles choses avec du mortier. Un homme qui appréciait son métier et qui voulait ne faire que de l’art ; car au final qu’est-ce qu’est du mortier, si ce n’est une peinture abstraite ? Et c’est justement sous cet angle là que mon père m’a fait voir les choses ; un travail bien fait, même mal payé, est toujours plus souhaitable qu’une chose bâclée. C’est avant tout une question de respect ; en faisant de la qualité, nous nous respectons en tant qu’artisans maçons, mais aussi nous respectons notre client. C’est mon père qui m’a encouragé à faire de longues études, c’est en son nom que j’ai décidé de devenir diplômé, c’est pour lui que j’ai obtenu ma maîtrise en chimie, qui concernait le béton…

Une fois diplômé, j’ai repris l’affaire familiale et j’ai commencé à rationnaliser et à étendre mes activités en m’adressant à une clientèle plus large, et visiblement, avec le boom économique de ces dernières décennies, j’ai pu compter sur une belle entreprise. En revanche ce n’était pas suffisant, il en fallait plus, et c’est pour cette raison que j’ai décidé d’optimiser la production de béton pour la rendre plus durable et efficiente. Vous savez, le B.T.P est un secteur lucratif à Marcine, mais je dois vous avouer que seuls les Banairais ont le soucis de la qualité, et ça c’est primordial, un travail de qualité vaudra toujours plus qu’un boulot bâclé, malfait, réalisé par des sagouins… Et visiblement ces arguments convainquent beaucoup de monde, au Banairah du moins. 
»

Mehdi Al-Charouk : - « Et alors, comment vous avez décidé de rejoindre la Cité du désert ? C’était sur un coup de tête, par pur hasard, ou simplement par ambition ? »

Malandela ibn Sahib : - « Je crois que vous vous méprenez, je n’ai jamais mis les pieds là-bas, en revanche j’ai étudié des échantillons de sable locaux dans nos labos, d’abord en fac’, puis ensuite dans ma société, et c’est là que j’ai découvert que le sable de la Cité du désert avait des propriétés insoupçonnées ; et elles sont géniales !

Vous savez, nous jugeons la qualité d’un béton selon cinq critères, cinq caractéristiques qui éliminent ensemble les sables les moins optimaux, qui décident du meilleur matériau à utiliser pour construire, et les matières à rejeter, car trop fragiles, inadaptées… Ce sont là des points essentiels sans quoi il serait impensable de vouloir construire quelque chose, cela relèverait de la folie, d’une incapacité manifeste à penser correctement, un déficit de neurones…

Donc ce qui caractérise un bon béton repose sur cinq critères ; la granulométrie, la porosité, la propreté et la dureté.

Alors oui, je peux comprendre que tout ces termes peuvent paraître un peu barbares, quelque peu technique aussi… Mais en vérité, il faut comprendre que la granulométrie n’est rien d’autre que, pour citer le dictionnaire : «La mesure des dimensions des grains d'un mélange, détermination de leur forme et étude de leur répartition dans différents intervalles dimensionnels. » ; autrement dit c’est de définir le diamètre et le poids des grains de sable ; car justement plus un sable est varié, de différentes formes et de poids variables, plus le béton sera solide, et en conséquence, plus la structure supportera les poids lourds. Vous savez c’est technique, nous utilisons tout un tas de machines extrêmement complexes mais l’opération de départ est plutôt simple : le tamissage. Autrement dit, nous reprenons la méthode utilisée depuis des millénaires : prendre du sable et le laisser s’égréner avant de compter les grains et faire statistiques ; c’est à la portée de tout le monde mais ça a le mérite d’être sûr et économe… D’autant que ce travail de statistique ne s’arrête pas ici, car nous abordons un second point tout aussi important ; la dureté.

La dureté est un point, comme l’on peut s’en douter, capital. En effet c’est ce dernier qui définira la qualité du béton ; si elle est trop élevée, le béton sera bien trop difficile à modeler, à utiliser, et au contraire s’il est trop faible, le béton s’effritera, et la structure s’effondrera. C’est tout un équilibre, un art en quelques sortes. Alors certes, il y a moins de couleurs et de schémas, mais c’est un ensemble de proportion qu’il faut maîtriser ; tout comme dans une recette de gâteau, pour avoir la meilleure production possible, celle qui soit le plus solide et le plus maniable. C’est d’une complexité insoupçonnée, bien souvent limitée à des blocs sans âmes par les profanes, admettez que ce n’est pas chose facile.

Vient par la suite la porosité, cette fois-ci il convient de savoir si le béton est facilement infiltrable par l’eau ; et donc si le sable en contient. Justement, plus la porosité est élevée, plus le béton peut devenir instable, être pourri de l’intérieur, gangrené par l’humidité. Une chose des plus regrettables qui peut mener aux pires des accidents. Par ailleurs, pour ceux qui s’y connaissent, ça a le mérite de nous rendre maîtres du dosage d’eau que nous mettrons dans le mortier.

On conclut enfin par la propreté du sable ; ce dernier est-il infecté par la saleté ? Si oui, le béton perds en pureté, et donc en qualité. Et ça c’est justement ce qui a attiré toute mon attention ; la Cité du Désert est aride et peu de formes de vie subsistent dans ce désert, une chance pour nous. Car mathématiquement parlant, moins il y a de variables capables de polluer le sable, plus ce dernier est pur. Car justement la pureté d’un béton le rend plus solide, plus adhérent et plus durable. Et elle ne doit pas dépasser les 3 % ; c’est primordial. Sans quoi cela représente de nouveau un risque pour la structure…

Et ce qui rend le sable de la cité du Désert si exceptionnel, par rapport à celui du Banairah, c’est la distance avec la mer, mais aussi, on ne sait pour quelle raison géologique, cela relève presque du miracle, leur granulométrie est exceptionnelle ; la plupart des grains de nos échantillons varient entre 0.2 millimètres et 0.4 ; ce qui est formidable. C’est donc pour cette raison que nous allons mener des études géologiques sur place afin de s’assurer que les filons qui ont été identifiés soient bel et bien riches en grain de qualité. 
»

Mehdi Al-Charouk : - « Et pourquoi le sable du désert et non ceux des rivières par exemple ? On dit que le sable désertique est trop gros, trop rond… Ce ne serait pas contre-productif ? »

Malandela ibn Sahib : - « Justement, lors d’un voyage à Marcine j’ai pu découvrir une chose extraordinaire ; des briques de sable ! Vous imaginez pas à quel point ces derniers ont progressé, et j’ai décidé d’appliquer le même raisonnement avec le sable de la Cité du Désert ; et le principe repose sur une chose simple : a t’on véritablement besoin de mortier pour cela ? Non. Pas besoin de mortier quand les briques s’empilent et s’entassent comme des légos, c’est extrêmement écologique mais en plus durable, car les liants que nous utilisons seront composés par des ressources d’origine locales, une aubaine pour nous.

Évidemment, les liants végétaux manqueront, c’est pour cette raison que nous importerons des coupeaux de bois en provenance du Zafongo ou de l’Illâjistan, mais ça ce n’est pas si grave, car nous aurons la possibilité d’expérimenter cela sur le terrain. Certes, des propriétés sont à démontrer, mais nous considérons que c’est une chance extraordinaire de pouvoir développer une industrie bétonnière durable et peu coûteuse, et surtout de nous adapter en même temps au climat extrême, aux manques de matériaux pour tenter d’optimiser à la « dure » si je puis me permettre notre processus de fabrication. Réduire autant que possible les coûts inutiles et les importations futiles ; ces matériaux représentent l’avenir, et j’ai bien l’intention de me poser en premier sur le marché.

Vous savez, c’est difficile aujourd’hui d’être en avance sur ses concurrents, surtout quand l’on choisit un pays pauvre et sous dévellopé comme base de lancement pour un nouveau produit, mais pourtant je persiste et signe ; la Cité du Désert est assise sur une réserve d’or ! C’est une chose formidable ; des milliards, des millions de milliards, des milliards de milliards de grains de sable pourraient devenir une ressource stratégique que le monde ignore ! C’est si enthousiasmant ! C’est même fascinant à quel point nous en apprenons tous les jours ! Vous imaginer, le béton est l’un des secteurs les moins connus, un monde peu sexy en comparaison des derricks de pétrole et des mines d’or et de platine, et pourtant, c’est un marché qui vaut des milliards, et il ne faudrait surtout pas laisser les marcinois profiter de la situation pour devenir les principaux acteurs à l’échelle internationale dans l’exportation de ces briques de béton, quelle expression…

Et ce qui est formidable, c’est le fait que nous venons de révolutionner pas moins de plusieurs millénaires de cimenterie… Nous avons réussis à révolutionner un tel domaine en le rendant plus écologique, éco-responsable et respectueux de l’environnement… C’en est presque révolutionnaire, ça devrait être vraiment pris au sérieux par les médias tant ce sujet est sérieux. Car vous savez, ce n’est pas qu’une question de liant ou de taille de grains, mais aussi une question écologique d’envergure que tout le monde ignore. Et je vous l’avoue, j’en suis vraiment désolé, car c’est l’humanité toute entière qui se prive d’une alternative durable et surtout peu coûteuse ! Mais moi j’entends remédier au problème et me positionner sur le marché du béton recyclable et durable le plus vite possible.

Et puis, pour répondre à votre question, vous n’imaginez pas à quel point se servir dans les rivières pour le sable est destructeur pour l’environnement, c’est presque un écocide passé sous silence pour permettre aux kah tanais et aux alguarenos de se loger dans des tours aussi attirantes que les camps de travail loduariens… c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décidé d’étudier la question d’un béton recyclable et peu consommateur en mortier. En stabilisant des écosystèmes fragiles tout en réussissant à satisfaire une demande toujours croissante en matériaux de construction. Vous voyez, c’est le problème avec les écologistes qui croient que la décroissance est forcément la solution à tout nos problèmes : à la fin nous finissons avec des millions de personnes qui se logent dans des baraques en torchis et ils seraient quand même capables d’accuser le capitalisme !

C’est aussi pour loger les vingt millions de citadins du désert que nous avons choisi ce territoire, c’est une opportunité unique pour répondre à une demande croissante que les autorités publiques (quelle surprise!) peinent à satisfaire. J’ai donc décidé de permettre à ces gens de se loger dans des maisons de briques de béton en sable. Dit comme ça ça semble enfantin, mais c’est la meilleure image que nous avons pour aborder la question, d’autant plus que comme notre processus de fabrication reste relativement abordable, nous pourrons aussi lutter contre la pénurie de logements causée par l’hyperinflation qui domine actuellement la société locale. 
»

Mehdi Al-Charouk : - « Pourtant certaines personnes, dont plusieurs journalistes de la rédaction, affirment que vous ne faites rien d’autre que du dumping social, c’est à dire que vous profitez du droit du travail quelque peu laxiste de la Cité du Désert, pour exploiter une main d’oeuvre bon marché et monopoliser des ressources qui auraient pu être mieux utilisées ailleurs… Qu’avez-vous à leur répondre ? »

Malandela ibn Sahib : - « Ce ne sont rien d’autre que des accusations hâtives et fallacieuses. Un faisceau de preuves indirectes qui n’ont aucun sens. Si l’on faisait tenir cet argumentaire devant un jury, en reformulant quelques points clés, je serai acquitté sans aucun doute. Et je dois vous avouer que cette méfiance persistante vis à vis des nouvelles opportunités que nous débloquons à l’étranger est fatigante, à chaque fois on tente de voir le côté dépréciatif des choses quand nous ne faisons rien d’autre que servir et la société, et notre intérêt personnel. Au bout d’un moment il s’agirait de cesser ces enfantillages et de se concentrer sur le plus important, ou du moins de laisser ceux qui font de grandes choses, s’occuper d’offrir des opportunités dans un État où elles manquent.

Est-ce que c’est du dumping social ? Pas le moins du monde, c’est une expatriation d’opportunités dans un pays où les lois du travail sont plus flexibles, plus simples et moins absurdes. Et c’est justement une belle opportunité que nous devrions saisir au lieu de nous lamenter et à être accuser de mettre sous tension le marché du travail banairais, c’est simplement que la Cité du Désert présente de multiples avantages tant au niveau opérationnel qu’économique. Le climat nous forcera à nous dépasser, la demande nous forcera à réduire nos coûts pour vendre à bas prix… Au banairah nous n’avons pas ce problème, le logement n’est ni un soucis ni une préoccupation. En revanche, dans la Cité du Désert, au Zafongo ou en Habaxumar, le logement est une question primordiale, et c’est à cette problématique que j’essaie d’apporter une réponse.

Par ailleurs, certes je paierais moins cher mes travailleurs, mais c’est une question d’adaptation au climat économique local : la paie qu’ils recevront sera cinq fois plus élevée que le salaire moyen local, et les retombées économiques seront énormes : nous aurons besoin de petites entreprises pour nous fournir certains matériaux de construction, nous aurons besoin de sociétés de transport locales pour nous aider dans la logistique, nous aurons besoin d’un approvisionnement permanent en certaines ressources… C’est du gagnant-gagnant, nos coûts se réduisent sans que cela soit une perte quelconque pour les locaux. Ils auront un travail, un toit et une reprise de l’activité économique qui pourrait rapporter pas moins de deux milliards (d’umi) en retombées diverses. Une chance donc pour l’économie locale, quoiqu’en pensent les puristes de la redistribution qui n’ont rien fait d’autre de leur vie mis à part critiquer. Enfin, autre point intéressant à soulever, cela ne coûtera absolument rien aux autorités princières ou au contribuable, nous n’avons pas besoin de subvention publiques et nous comptons bien enrichir la société locale au profit de tous au nom du développement responsable et durable. Et ça, je pense que c’est ce qui compte le plus, c’est primordial à l’heure actuelle, et c’est un moyen comme un autre de sauver la planète. 
»

Ca c'est un bonus car ça me fait rire !
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Nomades traversant le désert citado-banairais, 2016.

Les voies ancestrales


Depuis l'occupation humaine du vaste désert est-afaréen, le mode de vie nomade et tribal y compte de nombreuses populations culturellement variées à travers le continent, dont la communication est assurée par la, ou plutôt les langues arabes, un héritage de l'Histoire moyen-âgeuse du Levant. S'étendant sur des millions de kilomètres carrés, la partie occidentale du Sah'ra est loin d'être une terre vierge dépourvue d'activités humaines : commerce terrestre, oasis cultivées, nomadisme et pastoralisme structurent une page blanche, ou plutôt ocre, apparente pour le non-initié. Implacables, inévitables, le vent et le soleil semblent être les uniques maîtres de ce monde à part qui fait fi des traits dessinés par les hommes dans une vaine tentative de prise de pouvoir. Banairais, Citadins, Azuréens, Churaynns, Illajis...y deviennent des termes plus abstraits, plus flous, et qui ne représentent qu'une partie de la vérité.

Cet état de faits a bien été pris en compte lors de la modernisation de l'état banairais : passant à travers les siècles du statut de confédération tribale à démocratie directe moderne, et plein d'autres étapes propres à l'histoire compliquée typique d'un état pluriséculaire, il a depuis longtemps compris l'intérêt d'accorder son mode de fonctionnement à la diversité de ses populations. Liés à un territoire plus malléable que les régions sédentaires classiques et considérés comme une entité politique propre, les tribus nomades bénéficient d'une vraie voix au sein des décisions régionales et nationales, tout en pouvant traverser le désert et les frontières sans soucis.

Ce sont sur ces chemins traditionnels que s'opère un vrai mélange et échange culturel entre les nomades de chaque pays, qui souvent partagent une même ethnie, culture, langue ou religion. Essentiels aux économies locales et aux approvisionnements des régions reculées, ils constituent le ciment même de la civilisation désertique. Sans eux, et donc sans les tribus et leurs connaissances ancestrales, il serait impossible de tirer profit et de contrôler ces vastes territoires qui tombent ironiquement aujourd'hui sous le contrôle de milices et de factions terroristes au sein de la Cité du Désert. La sédentarisation et son développement poussé par ses monarques successifs, dont l'un des exemples les connus est très certainement Numa II, a donc au cours des siècles possiblement alimenté des logiques contraires d'amélioration et de détérioration du contrôle et de la valorisation des territoires, favorisant toujours plus une élite citadine et noble par rapport aux rares autres localisations, moins accueillantes certes, mais toutefois habitées de façon cyclique par les plus anciens habitants de la région.

Ce délaissement se ressentait aussi au niveau de la politique récente de la Cité du Désert qui, à la surprise générale, s'était retrouvée vassale de la lointaine et nébuleuse République de Poëtoscovie, plus ou moins du jour au lendemain. Cela faisait maintenant un bon temps que l'état nazumi avait donc un pied en Afarée, et ce sans se faire inquiéter des nombreux états du globe. Un état de faits surprenant, saisissant même, la Poëtoscovie s'arrogant le droit de s'ériger en tant que référence du droit international. Ainsi, l'Afarée de l'Est se trouvait à tolérer un état failli à ses frontières dont la plus récente initiative a été de se soumettre à une puissance impérialiste de l'autre côté de la planète sans raison apparente.

Etait-ce un coup des services secrets poëtoscoviens faisant partie d'un plan d'ingérence généralisé en Afarée, comme le laisserait penser l'implication de la secte aréniste Horus ?
La princesse locale avait-elle perdu la tête, ou cédé à la cupidité suite à des pots-de-vin collossaux ?

Il y avait nécessairement une explication logique à tout cela, et la prétendue aide technique sécuritaire promise par Hernani ne pouvait pas l'être. Comment un état situé à 12000km, de l'autre côté de l'océan Blême, pouvait avoir le budget et la capacité de projection nécessaire à de telles opérations régulières pour protéger un état sans moyens en proie à de forts mouvements terroristes ?
Quel était l'intérêt pour la République des Poètes de s'occuper d'affaires aussi lointaines que déconnectées de leur réalité quotidienne ? Etait-ce pour des ressources minières, ou pour autre chose ? La Poëtoscovie était connue dans les cercles diplomatiques pour ses décisions déroutantes, mais là, c'était d'une autre catégorie, pour Enfilade.

Quoi qu'il en soit, les ordres d'Abunaj restaient les mêmes : se fondre dans le tissu nomade local, comprendre son fonctionnement, et récolter des informations sur ses interactions avec la Cité et les groupes terroristes. Enfant du désert de Sehras, Enfilade avait de toute façon tous les atouts pour mener à bien sa mission : il était nomade avant tout, il connaissait la région et parlait diverses langues d'usage entre les tribus de passage. En plus de ne pas être repérable, Enfilade bénéficiait d'un autre avantage : dans un territoire si vaste et si peu contrôlé - tant et si bien que le crime organisé y avait fait sa place forte - les contrôles étaient tout sauf monnaie courante. Une aubaine pour les multiples agents des services de renseignements banairais qui allaient bientôt faire main basse sur des preuves de l'implication de la Poëtoscovie dans le terrorisme régional, si tout se passait comme prévu. Car les hautes sphères banairaises étaient sûres d'une chose : Hernani ne s'était pas limitée à un simple coup d'éclat à la basilique San Stefano à Velsna, mais entretenait un vaste réseau de criminels sans qui il aurait été impossible de réussir une telle opération.
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