
— Ouah compliqué cet épisode.
— Je préfère quand y a de l'action.
— Chhhh j'entends pas.
Ils se turent avec les pistaches. Sur la grosse tablette mise à l'horizontale sur le pouf vacant, se déployaient les graphiques compliqués et la musique épique d'une série azuréenne quelconque et qui n'a rien à voir avec ce que vous allez vous prendre dans le cul : des Etats du Golfe vendaient de la dette impériale, accélérant une catatonie économique et financière qui foudroierait en quelques années le plus superbe empire de l'Histoire.
— On s'en fout de la dette en vrai.
— C'est le genre de truc qui excite que Dilara.
— Ta gueule j'essaie de suivre.
— Tu prends des notes ?
Les deux hommes éclatent de rire.
— Bah ouai tu vas faire quoi.
— Dilara la boursicoteuse.
— Jamais...
— Parie à Messalie tiens, je m'y suis présenté l'autre fois. J'ai failli être élu.
Son petit doigt pointait le plafond.
— Blocus, contre-blocus...
— Ils se renvoient la balle...
— Le coût politique tu penses ?
— Diplomatique tu veux dire ?
— Ouais.
— Non tout le monde s'en fout.
— Ttt ttt, dis pas ça. On s'en fout pas d'avoir un casus belli avant de balancer une bombe nucléaire.
— Le temps passe, il va leur filer entre les doigts le casus belli.
— D'où une frappe préventive rapide.
— D'où le fait de simuler de vouloir une frappe préventive rapide, bien vu.
— En réalité ils sont bloqués.
— Hein, Dilara, ils sont bloqués ?
Elle prenait vraiment des notes. Le générique de fin d'épisode défila devant leurs yeux.
— Y reste des pistaches ?
— Je vais me rentrer moi les gars.
— Moi aussi.
— On remet ça la semaine prochaine ?
— La semaine prochaine ? Attend tu veux pas qu'on se revoie avant de sauter dans le trou de ver ?
Ils éclatèrent de rire parce que la durée d'une semaine était devenue une blague récurrente en Azur depuis que le Pape noir avait oublié de compter les jours.
— Tu te rentres comment ?
— Je fais simple, hélico.
— Attendez je vous appelle un pilote. Ali je te compte dedans ?
— Pas besoin. Les rues sont dégagées, en voiture j'irais plus vite.
— Je te ramène en moto sinon.
— Bon les amoureux je vous laisse.
— Bisous Dilara.
— Bisous.
— A très vite.