16/11/2020
13:05:27
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Activités étrangères au Grand Kah - Page 12

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Jean-Yves le Drian

Piotroff jeta un œil à son ordinateur, ses lunettes carrées penchées sur le bout de son nez, dans cette position que connaissent bien ceux dont la vue est parfaite jusqu'au triste naufrage de la vieillesse. Il vérifiait une dernière fois sur son ordinateur le contenu du mail qui lui avait été adressé, quelques jours auparavant, par le citoyen Lartillot-Calandre. Il émit un grognement de satisfaction, plia ses lunettes et rabattit l'écran de son portable.

Piotroff habitait dans un appartement du centre de la capitale, au troisième étage. Le quartier était celui des universités et des intellectuels, et celui aussi dont les avenues étaient les moins larges s'il on exclue la Vieille-ville. Lorsque les Kah-tanais toquèrent à sa porte, ce fut Piotroff lui-même qui ouvrit ; il n'était pas seul cependant, puisque son lieutenant Hervé Lepput se tenait debout dans le salon où ils furent introduits, et leur tendit sa main osseuse.

Piotroff avait eu l'occasion d'offrir à serrer sa main potelée, et de se fendre d'un grand sourire aux compliments de ses hôtes. En les écoutant, il hochait sa tête chauve avec un petit sourire chaleureux.

« Je crois, citoyens, que vous avez raison de soutenir les liens entre gallèsants et kah-tanais à Axis Mundis. Votre travail est utile, et il paiera, j'en suis sûr. D'ailleurs vous avez raison Edmeon - je peux vous appeler Edmeon ? -, le pendule va à droite à toute vitesse. Dans quelques temps, c'est la droite pure qui gouvernera ce pays, au train où ça va je vois pas comment on y échapperait. Mais vous voyez, nous avons gouverné depuis quoi, plus de vingt ans ? Changer de gouvernement est la petite mode de mes compatriotes, ça leur passera !

Nous financer, c'est très gentil de votre part. Il faudrait juste s'assurer que ça reste... discret. Comme je m'emploie à dire beaucoup de bien du Kah ici, si ça venait à se savoir un peu trop, vous voyez... Enfin bref.

Je dois vous rassurer sur nos marges de manœuvre. Je crois que j'aurai plus d'influence sur le gouvernement de droite à venir que sur l'actuel gouvernement de gauche. Ceux qui s'apprêtent à rendre le pouvoir sont d'anciens camarades, mais il se sont employés à me virer du gouvernement. Aujourd'hui, mon parti a petit à petit changé de ligne. Le vrai enjeu pour rapprocher durablement le Kah de la Gallouèse, c'est de remettre les idées socialistes au PSL avant que le Parti communiste ne s'en empare. Comme ça, quand la gauche reviendra au pouvoir, ce ne sera pas une version onédienne de la gauche, si vous me passez l'expression.
»
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Le San Youté développe ces partenariats


Alors que la croissance du San Youté et la production continuent de battre les records établis l’année dernière, la politique de relance ”Nuevo Futuro” dans divers domaines comme la technologie, le militaire et évidemment l’industrie.
Le Ministère de l'Économie de notre pays a par conséquent décidé de passer à une nouvelle étape du développement économique de notre pays, cette nouvelle étape c'est l’intégration de l’économie émergente du San Youté dans l’économie mondiale et la mondialisation.
Cette intégration va passer par une politique de l’État pour inciter l’implantation de nos entreprises à l’étranger et sur les exportations de la nouvelle production du San Youté à l’international.

Cette production prend la forme de ressources en hydrocarbures évidemment mais aussi de différentes ressources du secteur secondaire avec des biens de consommation et des matériaux de construction grâce à la croissance de l’entreprise Culabre.
Évidemment il ne s’agit pas des seules ressources exportées.

C’est dans cette optique que notre pays multiplie les partenariats avec des partenaires étrangers : les CUPO, le Talaristan pour ne citer qu'eux, mais récemment deux nouvelles nations se sont ajoutées à cette liste, le Grand Kah et la Poëtoscovie.

Ce qui change avec ces nouveaux partenaires, c’est les proportions qu'elles prennent puisqu'il vont sans doute grandement influencer la politique du San Youté en matière d’exportations et d’économie.

Le partenariat avec la Poëtoscovie à débuté lors de la participation du San Youté au deux Congrès des Partenaires de la Poëtoscovie lors desquelles plusieurs traité ont été signés (Programme "Albatros" qui voit la création de lignes aériennes entre la Poëtoscovie et le San Youté, le Réseau Œuvre pour faciliter les prêts et échange de pièces entre musée où le Programme "Le joueur d'échecs” qui voit la création d’une compétition d’échecs permanente entre les États participants).

Le programme qui nous intéresse est le Projet "Bateau ivre" qui est expliqué comme voici : “Un renforcement des relations commerciales impliquant l’import/export et l'ouverture des ports.”
Notre République à donc adhéré à ce projet puisqu'il va lui permettre d’exporter plus facilement des produits et ressources à l’étranger mais aussi d’en importer en majorité.
Un des grands avantages de ce programme, c’est comme déjà dit la proportion qu’il prend puisqu’en plus de la Poëtoscovie, ce programme met aussi les exportations du San Youté en relations avec beaucoup d’autres nations (Myaikho, Slaviensk, Altrecht, Wanmiri ….).

C’était le premier nouveau partenariat du San Youté il est maintenant temps d’aborder le plus gros poisson en la “personne” du Kah.

Le partenariat économique avec le Grand Kah prend place à l’occasion du dixième Forum Économique International d'Esperanz auquel notre nation avait participé avec la présence de notre Vice-président, du Ministre de l'Économie et du Ministre des Infrastructures.
On retrouve aussi la présence des PDG de la XAC Corps et de la JDF Corps, leurs présences est normal puisqu'il s’agit des deux principales entreprises de transport maritime du San Youté.
Lors de ce forum, la République Fédérale du San Youté s'est engagée à participer au Collier de PerleLe Collier de Perle mondial est un réseau d'infrastructures et d’investissement kahtanais reliant certains pays au sein d'un ensemble logistique et commercial global, un “collier de perles”.
Ce projet prend aussi la forme de la mise en place de liens culturels et/où universitaires.
Cette collaboration est largement présentée à raison comme gagnant-gagnant pour le Kah et les nations participantes.
mondial lancé par le Grand Kah.

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Photo prise lors du Forum Économique International d'Esperanz


D’après le Ministre de l'Économie que nous avons eu la chance d’interviewer, cet engagement s'exprimera par une missive du Ministère des affaires étrangères du San Youté adressée au Kah pour demander à participer à ce projet.
Il sera aussi exprimé l’ambition d’un partenariat culturel qui va servir le rapprochement entre les deux nations toujours dans la perspective d’aboutir à une collaboration économique.

Le San Youté souhaite participer dans une perspective de bénéficier d’un développement de ces infrastructures portuaire pour pouvoir accroître ses exportations et son activité commerciale dans l’ensemble.
Du côté du Kah, le développement d’infrastructures portuaires pourrait permettre de faire du San Youté un hub continental comme il est dit dans la presse de ce pays.
En résumé, le Collier de Perle mondial est exactement ce que notre pays recherche pour développer ces infrastructures et s’intégrer dans l’économie mondiale.

Ce souhait de collaboration entre le San Youté et le Kah est motivé par la proximité géographique entre les deux nations qui font partie du Paltoterra mais aussi par la collaboration entre le San Youté et les CUPO, pays extrêmement proches du Kah.
Le Kah est aussi un des plus grands PIB du monde, de quoi attirer les envies de collaboration du San Youté.
Enfin, il profite évidemment du Forum Économique International d'Esperanz qui est une excellente opportunité offerte au San Youté pour participer au Collier de Perle mondial.

Dans l’ensemble, ces nouveaux partenariats (qui peuvent devenir majeurs de l’économie) sont le souhait du San Youté de poursuivre son développement économique qui s’intègre dans la politique d’ouverture à l’étranger et les réformes Nuevo Futuro qui priorise la croissance et le développement économique de notre République.
Par Diego Elcantor
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Mercenaire



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— Et un photographe, ce serait bien.

Les fenêtres étaient à demi ouvertes. A plusieurs battants, seuls ceux du dessous étaient déployés pour laisser passer une brise tiède et marine, à travers les persiennes filtrantes. Derrière, grand soleil, grand bleu étincelant des joies irrépressibles. Et la torpeur brûlante d'un monde incendié par la chaleur.

— Je suis pas sûre que ça en vaille la peine.

Lyre Androphora dégagea sa deuxième sandale de sa cheville avec un mouvement adroit du gros orteil. Les lanières de cuir rougeâtre et la semelle légère tombèrent sur le parquet avec le bruit délicat d'une grosse plume. Elle étendit ses jambes nues sur le siège d'en face. Sa main agitait un éventail.

— Il paraît qu'il fait encore plus chaud à la capitale.

En réalité la journée était belle et on ne monterait pas au-dessus des trente-cinq. Elle pouvait percevoir, avec la jalousie tendre et aigre du grand âge, l'éclat insolent des vagues transpercées par les corps d'adolescents qui s'y jetaient, là-bas sur les rochers juste après les Catalans.

— Monsieur Flavoni a dit...

— C'est Monsieur Flavoni le chef de rédaction maintenant ?

L'avantage des milliardaires c'est que ce sont des personnages maigrelets. Le pouvoir est dans les mains de ceux qui ont les yeux pour le voir et le verbe pour l'écrire. Le reste c'est du blabla. La politique ce n'est que de la com. L'intendance n'intéresse que les intérêts mesquins. De son petit nez d'aigle Lyre toise la médiocrité infantile de ceux qui s'imaginent être les grandes puissances de ce monde.

— On se passerait de couvrir les Anges ?

La nouvelle cheffe d'AURA&LETO jette un regard froid vers son directeur des publications. Si le festival du film kah-tanais peut attendre, c'est bien parce que la priorité reste à reconstituer l'assise du magazine. Depuis la mort de Claire Rylieu-Rebensztîn tout part à vau-l'eau. Les héritiers ont vendu la publication à Flavoni. Ce magnat de l'hôtellerie veut en faire une nouvelle surface de publicité pour ses resorts. Son mauvais goût et son tempérament calculateur déplaisent à celle qui travaille désormais pour lui. L'aristocratie est quelque chose de beaucoup plus fin que l'étalage de fric et je vous en dirai un mot là-dessus un jour, pense-t-elle, rongeant pour le moment son frein tout en cultivant l'épanouissement de sa carrière. Claire était une amie mais c'était aussi une douloureuse rivale. A travers sa mort c'est moins la victoire des vivants qu'une consécration de l'immortelle, que Lyre doit éclipser. Comment survivre et briller dans le deuil d'une lumière ? En cassant les codes. Claire était une fan de cinéma, très attendue sur le tapis rouge du festival ? On ne s'y fera pas voir.

— Mais si, insiste Philéas.

L'assistant, lui, rêve du tapis rouge, des palmiers écaillés par le soleil tropical qui donne un goût de poisson aux vagues de l'Océan d'Espérance. Sur la rive du Paltoterra autrefois brisée par le tsunami du Deltacruzando, se déploie le plus grand événement de showbizz de la planète, et c'est pas Starovsk qui va venir faire de la concurrence aux fastes de l'Union des Provinces-Unies.

— Je ne connais rien au cinéma, souffle Lyre en chaussant ses lunettes de soleil.

La fraîcheur des salles climatisées la laisse indifférente. Elle ne discerne pas le bon grain artistique de l'ivraie d'IA dégénérative. La musique est trop forte, elle voit mal les sous-titres, et puis à quoi bon. Les effets spéciaux ont anesthésié sa capacité à percevoir les émotions des acteurs et de toutes façons c'est pas son truc. Elle pourrait passer des semaines entières à mesurer la couture simple et fraîche de deux jeans mi-saison, mais deux heures pour se faire farcir les yeux et les oreilles d'une propagande machinique, c'est déjà trop.

— Mais lui, il y connaît.

Philéas dépose un encart d'article découpé dans un magazine de cinéma des années deux-mille. Le visage de l'auteur en petit illustre comme une signature une tribune critique qui revient sur un des monuments du vingt-et-unième siècle cinématographique, en matière de mise en scène du réel à travers les moyens propres du cinéma qui sont jusqu'à preuve du contraire ceux de la captation brute et refroidie des sons et des lumières.

— C'est un gauchiste.

— Mais un bon genre de gauchiste.

— Il travaillerait pour nous ?

— Contractuellement seulement, répondit Philéas.

Elle rehausse ses lunettes en étudiant le CV de cet agrégé de lettres modernes qui, s'étant piqué d'être photographe, s'est finalement orienté dans l'écriture de pièces de théâtre et la critique d'art. Ses participations à des élucubrations marxisto-matérialistes sont signalées à la main en bas de page.

— Le Kah c'est un gros marché, appuie l'assistant.

Lyre réfléchit à la possibilité de pénétration d'un magazine de mode dans l'univers de l'Union. Possible ou impossible ? Quel est le rapport des Kah-tanais au luxe et à la mode ? Comme une verrue d'or et de cristal, le scintillant festival parsemé d'éclats de photographies, du rouge sang d'un tapis sur lequel défilent les personnages les mieux apprêtées de la bourgeoisie culturelle, orne le paysage public d'une puissance collectiviste avec a priori un contraste flagrant. Peut-on y vendre des robes empruntées aux actrices ? Des bijoux mis en valeur sur les poignets des mannequins ? Des sacs en toile de créateur renommé, aux motifs modernisés empruntant aux glyphes de la jungle ? Au contraire, comme à la suite d'une révolution culturelle radicale et brutale, a-t-on condamné la féminité excentrique au poteau, au rasage forcé, aux maltraitances et aux camps grillagés ? Des gouttes de bon goût peuvent-elles s'échapper e fleurir en-dehors des doigts d'airains des concepts autoritaires du Beau et du Cool kah-tanais, statues imaginaires érigées comme des moaï pour intimider la population ? De tous temps les véritables entrepreneurs se sont frottés à la possibilité elliptique et séduisante de faire du fric sur le dos de la baleine rouge. Et c'est loin d'être impossible.

— Il vient du San Youté, je crois.

Alors là on tient notre homme. Lyre retire ses lunettes de soleil et se lève.

— Il peut prendre des photos, il peut faire des articles et des critiques, et puis vous savez, c'est l'homme idéal pour parler au public paltoterran.

Être cheffe, même d'une rédaction d'un journal, c'est budgéter la structure et déléguer le reste. Déléguer le travail, c'est bien recruter ses prestataires. Lyre étudie le visage grossier du candidat qui, depuis le papier glacé, toise avec un mépris séduisant le lecteur en mal de phrases magistrales. L'assistant approche l'écran d'une tablette : c'est un extrait de podcast dans lequel le critique de cinéma s'exprime, aux côtés d'indigents, sur les ressorts psychologiques d'un art de droite. Elle écoute, impassible, distraite seulement par l'air qui passe sur la surface de ses pieds. Former de longues phrases et découper en morceau le langage de l'adversaire est un talent qu'elle n'a pas. Aujourd'hui, sous les projecteurs de milliers de caméras, conserver une forme d'énigmatique aura relève de l'impossible ; il faut fuir les curieux, supprimer ses comptes sur les réseaux sociaux, se revêtir d'un masque. Au contraire, la puissance nue et affirmée de ce quidam tranche avec la médiocrité empruntée de la scène médiatico-culturelle. Le buzz est aristocratique. Pour mener la guerre contre la morale, il faudra se lever tôt le matin. Mais pour couvrir le festival des Anges, ce n'est pas un mauvais candidat.

— Et il demande combien ?

— Pas beaucoup, s'enthousiasme Philéas : c'est un mercenaire à bas prix.

— Oh ben comme c'est pratique.

Le mercenaire se nourrit de gruau mais tire à balles réelles. La guerre vient de commencer.

— C'est bon, déclare Lyre : appelez-le.

— Tout de suite madame.



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FĀTWĀ : Le Khalife proscrit l'I.A., les datacenters de SAPHIR MACROTECHNOLOGIES incendiés
Posté par Amsa Jellâl, le 9.12.2019

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« N'est ni bonne, ni acceptable, l'intelligence artificielle » : à l'occasion d'une fâtwâ inédite, Son Altesse Sémillante a rayé d'un trait de plume un pilier du secteur du numérique en pleine croissance. Ayant suscité la méfiance des autorités pour sa propension à piocher dans des banques de données de plus en plus large, mais surtout l'ire des écologistes décroissantistes qui détestent le progrès quand celui-ci a l'odeur de l'asphalte, l'intelligence artificielle a pourtant depuis quelques années installé sa prédominance sur le marché mondial. « Une performance inégalée dans les requêtes », « un confort utilisateur sans égal », « un outil de travail qui me fait gagner du temps » : l'I.A. avait pourtant de bons arguments pour se défendre auprès du régime islamique, qui se soucie aussi de la croissance économique. Mais la jurisprudence du mujtahid a plus de poids que les circonstances évoquées par les analystes. L'émission de la fatwa a eu des conséquences immédiates.

« Cette fatwa n'a pas été émise par le Ministère du Développement », a lâché la ministre en charge des affaires économiques, Lubna Sharim al-Qasîmi, qui promouvait depuis des mois la création d'un leader azuréen des technologies informatiques et numériques, et notamment d'une intelligence artificielle hallal. « L'I.A. est un réservoir de croissance », répond laconiquement le leader de CRYSTALBALL, un fabricant de modèles de langage et un spécialiste de l'utilisation de données personnelles à des fins politico-économiques basé dans un paradis fiscal. « Entraver l'intelligence artificielle, c'est entraver un futur meilleur pour nos enfants. » Pour les cadres dynamiques du secteur, le potentiel créateur de l'utilisation en masse des données et leur traitement par des modèles de langage surpassant les capacités cognitives de secrétaires humains aurait permis de débloquer des avancées majeures profitables aux milliards d'êtres humains. Remplacement des médecins par des robots superintelligents, des agriculteurs par des drones semeurs de semences et de phytosanitaires, des avocats et des juges par des ordinateurs de magistrature, des enseignants par des interfaces adaptées de 7 à 77 ans, des nounous par des assistants pédagogiques virtuels, c'est « le Surhomme » qu'on aurait pu créer avec l'intelligence artificielle — « tant pis, on le créera sans les Azuréens. » Les grandes compagnies de la tech affichent une indifférence froide aux décisions des religieux du Califat.

« Cette technologie est la plus prédatrice de notre siècle », dénoncent de leur côté les militants environnementalistes, notamment ces inénarrables Verts menés par Selma Osmanzade, qui ont pris le pavé depuis des semaines pour demander une restriction de la réglementation, et notamment l'interdiction d'implantation de nouveaux datacenters. « La chaleur générée par ces usines de données est une pollution considérable pour les riverains » autant qu'un facteur « d'augmentation de la consommation d'énergie électrique », dont 40 % reste issue de la combustion de gaz, de fioul et de charbon dans le pays. « Le numérique n'est pas une dématérialisation, c'est un approfondissement du ravage écologique », chouinent des babosses en sarouel, qui soulignent la consommation d'eau par les serveurs pour se refroidir après leurs calculs, ainsi que la mobilisation d'une industrie sophistiquée basée sur l'extraction minière.

« AZURIUM va devoir prendre acte de cette décision », commente un expert des technologies numériques, qui remarque que l'Azur n'était pourtant pas le plus perdant à développer l'industrie des puces électroniques. Fournisseur de la plupart des composants qui entrent dans la fabrication des supports électroniques de l'intelligence artificielle, AZURIUM venait en effet de lancer une usine de traitement des terres rares à domicile, lançant sur une voie prometteuse les espoirs de créer une filière électronique domestique. Ali Kahm Zafîr, président de ce conglomérat des industries de la mine, a rejeté les demandes d'entretien de la presse, rapporte par ailleurs le journal SARGHAT ; signe d'une fébrilité dans le monde économique azuréen ? « On sortait de la dépendance au Drovolski », se lamente le patron d'une petite entreprise fournissant des logiciels ; « sur le plan du numérique, le partenariat avec SAPHIR MACROTECHNOLOGIES a déjà créé des dizaines de milliers d'emploi. » Le géant kah-tanais, qui avait réalisé en Azur des investissements stratégiques, a été visé par des dégradations inédites.

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Selon les forces de police de Seylimsaray, Agatharchidès et Mysore, des rassemblements spontanés auraient eu lieu devant certains sites de SAPHIR, « dont certains sont des sites de production clés » ; « plusieurs milliers de personnes ont scandé des slogans favorables au Khalife et hostiles à l'intelligence artificielle », mais aussi au Kah, « assimilé au Diable. » Le ministère public a pourtant rappelé que « les dégradations demeurent inacceptables » et que « rien ne relie le Kah à l'I.A. » a priori, l'ensemble des compagnies mondiales ayant aujourd'hui intégré cette technologie à leurs KPIs. Des salariés, y compris Azuréens, rapportent cependant avoir été « pris à partie », « insultés » et empêchés d'accéder aux locaux. Dans la journée, selon le ministère de l'Intérieur, onze sites faisaient l'objet d'un blocage par des manifestants et quatre avaient vu leur intégrité violée, avec des départs de feu. « Le centre de stockage de données de Babalzabar a été entièrement anéanti », rapporte la municipalité d'Agatharchidès, après que toute la capitale ait pu voir flamber l'un des fleurons de son infrastructure tech. De nombreuses images circulent sur les réseaux sociaux.

« C'est une manoeuvre organisée », subodore en off un proche de Boualem Sansass, intellectuel anti-Nahda réfugié au Kah depuis des années, et animateur d'un blog subversif contre le régime d'Agatharchidès. « C'est la Nahda qui a lancé ses fanatiques sur une entreprise spécifique » ; des dénonciations « calomnieuses et diffamatoires », a rétorqué le porte-parolat du Parti. Bien que le Grand Vizir ne se soit pas exprimé sur le sujet, la position du Diwan reste celle « de la voie pacifique et réglementaire » pour « sortir de l'intelligence artificielle » et « laisser le nihilisme aux nihilistes. » De fait, le virage environnementaliste du parti islamique au pouvoir en Azur est pointé par la presse nationale et par la presse étrangère depuis l'accession au pouvoir d'Afaghani Pasha, terminateur du Plan Gazier de son prédécesseur, et initiateur de réformes vertes sans précédent dans le pays.

Va-t-on rejouer le scénario du Plan Gazier de 2015, qui avait opposé le gouvernement à une considérable contestation alliant environnementalistes et religieux conservateurs dans le rejet du développement industriel ? « C'est ce qui semble se dessiner », évoque Jean-Michel Godasse, directeur d'un cabinet d'études politiques et économiques à Messalie. « La structure politique azuréenne semble profondément recomposée par les questions industrielles et environnementales », bien davantage que par les sujets démocratiques ou religieux, s'il faut en croire une analyse matérialiste. A l'approche des élections générales de 2020, le pouvoir a cette fois pris le pli d'agir contre un secteur industriel en pleine croissance. Au risque de froisser le monde économique ? « Derrière, c'est un changement de paradigme complet qu'il faut préparer », avertit cependant Ibrahim Farudi, créateur de start-ups dans les domaines du pilotage avancé des aéronefs, et proche de la Ministre al-Qasîmi : « l'I.A. n'a rien inventé depuis les débuts du numérique, ce ne sont que des algorithmes qui tournent plus vite et plus fort que les autres » ; si l'Azur veut se débarrasser de cette technologie gourmande en ressources et dont les répercussions structurelles sur l'économie et la société demeurent en plein développement, « alors ce sont toutes les technologies numériques qu'il faudrait abandonner ! », plaide Farudi, qui alerte sur « le retard technologique » et « les impacts sur la croissance » engendrés par une décision « prise sans consultation des experts du sujet. » Ce à quoi, selon des sources exclusives, la Mosquée des Etoiles aurait répondu : « Hold my Qûran ».

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DÉFAITE DE LA LODUARIE COMMUNISTE: UNE VICTOIRE POUR QUI ?

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« La paix va régner sur toute la région pendant des siècles désormais », assure le gouvernement kartyen, grand vainqueur de la confrontation entre Karty et la Loduarie pendant la guerre d'Antares. Ce conflit, commencé suite à des risques politiques majeurs internes à la République d'Antares, s'était envenimé à la fin 2018 et avait conduit Lyonnars à entrer sur la zone. En déployant l'Armée rouge, Aurore Geraert-Wojtkowiak, Secrétaire-général du Parti eurycommuniste loduarien, avait pris une décision difficile et historique : celle d'en finir avec la précarité territoriale du seul Etat communiste d'Eurysie occidentale, en réunifiant les deux provinces, et en installant en Antares un contrôle populaire.

Face aux succès de l'Armée populaire, les chancelleries eurysiennes avaient fait caca culotte. Ainsi du très bourgeois Duché de Gallouèse, nation que l'on sait coincée entre un reliquat féodal et une sociale-démocratie en progression, qui avait finalement, après une première manoeuvre réactionnaire, choisi de ne pas rajouter de la confrontation dans la situation. Ainsi surtout, au-delà des démocraties néolibérales habituelles, de la République fédérale de Karty, puissance militaire et économique montante au centre du continent. Angèle Orvolski, Gouverneure de ce régime hybride « à vocation socialiste » mais doté d'une forte imprégnation nationaliste, s'était alors lancé dans une guerre de dames féroce contre la Secrétaire-Générale de Loduarie, faisant entrer le continent dans un nouvel embrasement.

Vu du Kah, la situation eurycircassienne aurait pu rester comique, si elle n'impliquait pas des questions idéologiques plus importantes, mais surtout si elle ne mettait pas l'Union au défi de tenir ses rangs. Loduarie comme Karty sont des partenaires d'Axis Mundi, déclinant les nuances de la gauche anticapitaliste dans diverses tonalités, ici et là. On se rappelle, au Kah, le rôle joué par la Loduarie dans la « sécurisation » de Goïda et le partenariat raisonnable établi entre nos Communes-Unies et la Loduarie autocratique, partenariat précaire et initié dans les plus grandes difficultés, mais qui a reposé pendant des années sur un même réalisme : face au poids de l'Alguarena capitaliste et des autres puissances bourgeoises, il fallait se comprendre et tenir respectivement une ligne de combat. En se divisant une partie de l'adversité anticommuniste, Axis Mundi et Lyonnars avaient posé les deux jambes de la résistance révolutionnaire dans le monde : l'Union internationale du Communisme et du socialisme d'une part, et le Liberalintern plus disparate et plus plastique d'autre part, représentent deux pôles assurément complémentaires. Depuis de longues années, les inimitiés liées aux questions sécuritaires à Goïda et au Mokhaï avaient pu se tasser, au profit d'une lecture plus opérationnelle de la carte politique. Côté Paltoterra, le risque d'étincelle avec l'Alguarena reste élevé, exigeant une bonne tenue dans la nécessaire démilitarisation de l'enclave. On se rappelle également, côté Golfe de Capitalia, la prépondérance stratégique des alliés du Kah et la nécessité d'assurer le contrôle de cet espace par la cinquième flotte — les péninsules occidentales ne sont qu'à un saut de puce de la Manche Blanche, d'où l'on peut frapper tout le continent, et en particulier ses régimes fascistes : l'Hotsaline s'en souvient —, par la diplomatie plutôt que par la force — à cet exercice l'Union est confrontée depuis le début des opérations de l'Organisation des Nations Démocratiques à Carnavale. La Loduarie et le Kah avaient une compréhension commune.

La guerre entre la Loduarie et Karty aurait pu être une guerre fratricide, si elle n'avait réveillé, d'un côté, la capacité de Volkingrad à renouer avec des partenariats illicites, et son intention démesurément excessive de frapper la Loduarie en pleine tête, en bombardant massivement la capitale populaire et en tuant la Secrétaire-Générale Aurore. Elle aurait pu être réglée dans la diplomatie si elle n'avait pas révélé la profondeur et la complexité du conflit antarien, et notamment l'imbrication obscure d'une force militariste, la MIRA, et de bandes ethniques, qu'on désigne comme les Corvuns, soudés autour de croyances néotraditionnelles fanatiques, et qui ont constitué l'essentiel des forces réactionnaires opposées à l'Armée rouge pacificatrice. De ce fait, le soutien à Karty a directement servi les intérêts non pas du peuple antarien, mais de la faction la plus réactionnaire des forces politiques antariennes ; tout en jetant un boulet de recomposition, redressant de nouveaux partenariats avec les démocraties bourgeoises, et confortant sa position ambiguë d'allié-du-socialisme tout en combattant, dans les faits, la seule puissance rouge d'Eurysie de l'ouest.

Le Kah n'était pourtant pas impuissant. Depuis les maintes bases répandues à travers l'Eurysie, de la Mährenie à la Kaulthie, en passant par la Citadelle sur Bourg-Léon, et les aérodromes polaires de l'Altrecht, les moyens existaient pour imposer une dissuasion plus favorable à la Nation Communiste, partenaire distinct et parfois imprévisible, mais camarade néanmoins et quoi qu'il en coûte, car c'est dans la tranchée que se nouent véritablement la camaraderie. A quoi avons-nous cependant assisté ?

Le débat n'en finira pas d'agiter les clubs et les assos du Kah, qui assurément expriment une opinion plus variée et démocratique que son état-major vertical. Fallait-il appuyer la Loduarie dans son entreprise de prise de contrôle du territoire antarien ? Sans doute pas, répondent la majorité des Clubs, rappelant les profondes divergences idéologiques, et la nature « dégénérée » de l'autocratie loduarienne vis-à-vis de la démocratie organique et communale de nos Communes-Unies, dévolue au Comité de Volonté Publique pour le moment. Fallait-il pour autant la laisser tomber comme une vieille chaussette ? Réduite en poussière dans son palais militaire, Aurore Geraert-Wojtkowiak méritait-elle qu'on n'intervienne pas pour empêcher les bombardements massifs subis par Lyonnars ? La Citadelle a vu et n'a rien fait : de toutes évidences, le Comité avait fait son choix. Au profit de quel intérêt ?

Le débat est désormais ouvert. Sur la toile, les citoyens argumentent férocement la nature réellement socialiste de Karty, des Corvuns, et de toute une série d'alliés que le Kah s'est fait, prononçant sans doute un peu vite des adoubements communalistes, au risque de brouiller les définitions claires et pragmatiques du matérialisme historique. Quel étrange rapport à la nation ou à la religion, opium du peuple, les Corvuns entretiennent-ils vis-à-vis de leur néotradition secrète et mystique ? Quelle sulfureuse utilisation de l'étendard socialiste Angèle Orvolski fait-elle en affirmant la puissance stratégique de Karty sur la scène eurysienne, sans réformes intérieures économiques, sociales et politiques ? Plus généralement, à quoi devrait-on juger les amis du Kah : à leur régime politique, ou bien à leur propension à adhérer à un communalisme aux définitions mouvantes ? A quel socialisme réel, patent, économique et social, profite la victoire contre la seule société communiste d'Eurysie occidentale ? Que gagne-t-on à tourner la page de l'eurycommunisme, de la dictature du prolétariat, de la démocratie populaire à l'ancienne ? Pourquoi plonger si précipitamment dans les eaux troubles de la confusion ? Les Clubs se prononceront bientôt !


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EFFONDREMENT DE LA PASSE D'OKANO : Les volontaires internationaux à la rescousse
Posté par Federico Haramburu le 22.01.2020

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« Une catastrophe évitable » : la colère fait place à l'émoi à Gokiary, esclave kah-tanaise de l'Ouest de l'Afarée, sur la côte de la péninsule. Le petit territoire, appartenant formellement à l'Union, s'est réveillé dans un traumatisme ce 29 décembre 2019 dernier. Le tunnel de la Passe d'Okano, l'une des artères principales reliant la commune au continent afaréen à travers le massif montagneux de Nimbé, a été effondré et détruit, dans ce qui s'apparente, selon les autorités locales, à une explosion liée au « minage clandestin » de sociétés illégales exploitant des filons minéraux dans la région. Tandis que les services de secours s'emploient à recenser les victimes et à évaluer l'ampleur des dégâts, la route, totalement coupée, fait l'objet d'une déviation considérable qui fait s'accumuler des embouteillages sur la rocade sud, selon le 107.7. « Nous ne savons pas exactement combien il y a de personnes là-dessous », confie un démineur militaire, mobilisé par la Protection civile dans la situation de crise ; en effet, « deux à trois véhicules », mais surtout « un nombre inconnu de mineurs clandestins » pourraient s'être retrouvés piégés sous l'effondrement de la voûte. « Il n'y a pas d'espoir de retrouver des survivants », déclare, glaciale, la porte-parole de l'intercommunale de Gokiary, alors qu'un décompte a été entrepris par les autorités pour faciliter le signalement des disparitions inquiétantes.

La catastrophe est d'autant plus aiguë qu'elle illustre les défaillances sociales de toute la région, malgré les objectifs kah-tanais du socialisme libertaire. En cause, notamment, les frontières : les militants de certains Clubs y voient déjà « la trace du paradigme frontalier », qui divise la région entre une enclave « paradis social » et une Afarée occidentale en proie aux conflits, à la pauvreté, à la colonisation et aux traumatismes d'une extermination récente, dévastant le tissu économique et populaire local sans aucun doute possible. « On ne peut pas construire le socialisme d'un côté du Nimbé, et laisser l'exploitation sauvage se poursuivre de l'autre côté », peut-on entendre chez les plus interventionnistes, favorables à une expansion stratégique du Kah dans la région, en chevalier blanc des populations locales. « Voilà le résultat du productivisme mondial », résument des militants à tendance environnementaliste, qui ont remporté il y a quelques temps un premier succès ailleurs dans l'Union, à Tepeyollotl : l'arrêt de ce projet minier gigantesque avait donné un formidable élan aux revendications anti-industrielles de la frange décroissantiste du communalisme. Assiste-t-on à un deuxième épisode à Gokiary ? Pour Tilla Nasser, comédienne engagée, c'est « la course aux métaux rares » alimentée par les « folies technologiques » et la « course aux armements » qui est le facteur numéro un de la multiplication des mines illégales à travers le monde.

Pour les observateurs internationaux, notamment le journal Valeurs Mensuelles basé à Messalie, c'est au contraire le « communisme punitif » qui est le vrai responsable de l'accident. « Si les minerais gokiariens étaient moins chers, le marché ne se tournerait pas vers une exploitation dite illégale pour satisfaire la demande en produits minéraux » : du fait des normes exigeantes et contraignantes imposée par l'Union au secteur de la mine, le prix du kilo de fer, d'alumine ou de tungstène kah-tanais est en effet parmi les plus élevés au monde, limitant les capacités exportatrices d'une filière essentiellement dédiée à l'industrie domestique gourmande en éléments issus de la terre profonde. « Le Kah devrait songer à alléger les normes » pour soulager un marché international en tension, selon les analystes expertologues, mettant dans la balance « un rééquilibrage d'offre et de demande » propice à réduire le développement des mines illégales. Un argumentaire classiquement libéral, que la majorité des Clubs de Gokiary rejette : « les pollutions environnementales et l'exploitation des mineurs, chez nous, non merci ! » Il y a peu de chance que les préconisations de cabinets de conseil étrangers soient prises en compte par l'intercommunale.

Il n'en reste pas moins vrai que le problème des mines illégales est désormais souligné sur le plan de la fédération communaliste, mais surtout sur le plan continental, auquel se rattache faute de mieux le territoire ultramarin. « Nous devons faire un vrai travail d'exploration, de constatation des réseaux de minage clandestin », estime Shiva Kramushtarni, militant associatif. « Laisser cette situation mettre en danger les gens et les infrastructures, c'est impossible. » D'après le journal kah-tanais Le Regard, la demande est forte pour « éliminer les cellules criminelles » responsables du développement de cette exploitation dangereuse du massif montagneux. Les risques, pointés notamment en raison de la structure géologique de la plaque d'Afarée occidentale riche en couches sédimentaires accumulant les aquifères, les hydrocarbures et les minéraux, soulignent la grande fragilité du grès local et l'existence de poches de gaz non identifiées, responsables de violents coups de grisou — hypothèse privilégiée par l'intercommunale pour justifier l'effondrement massif d'une infrastructure clé comme la Passe d'Okano.

La gravité de l'accident, qui remet en cause la majeure partie des communications terrestres entre la commune de Gokiary et le reste du monde, a attiré un vent de solidarité à l'échelle internationale. Sur les réseaux sociaux, les prières se multiplient. Des volontaires internationaux ont également répondu à l'appel : ainsi d'Abbas Sanjar, spéléologue azuréen de vingt-huit ans, qui connaît bien certains parcours de randonnée souterraine dans les alentours de Somagoumbé et de la Kabalie. « Pour faire la cartographie, on n'aura jamais trop d'aide », renchérit un spécialiste local, qui rappelle que la région est creusée par des grosses termites depuis des millénaires, que ce soit pour forer des puits, aménager des galeries d'exploitation de l'or et des pierres précieuses, ou établir des logements troglodytes à l'abri de la chaleur, une tradition qui remonte à la Préhistoire et qui fait la richesse de certains sites ouest-afaréens. D'après Le Regard, l'objectif reste de « repérer et boucher les autres galeries illégales », un travail de cartographie digne d'une colonie de fourmis laborieuses, en réponse aux exigences de sécurité manifestées par le Syndicat des transporteurs routiers. « Les citoyens gokiariens attendent des preuves et des résultats tangibles. » Heureusement qu'on peut compter sur la solidarité internationale !

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Une affiche visible au cœur du paysage urbain,
des arrêts de bus aux devantures de commerces, partout à travers le pays.

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Tribune du Peuple.

Do you like hurting other people ?

Des fascistes au Grand Kah ?

Article d'analyse et de critique littéraire de Nayden Perun, journaliste spécialisé en philosophie politique.

Rien n'est plus amer de douter de ses plus proches alliés. Depuis 1992, la Quatrième Confédération du Grand Kah est le porte-étendard du communalisme et mieux encore, après la fondation du Liberalintern, il est devenu le flambeau de la liberté à travers le monde, le modèle vers lequel se tourne tous ceux en quête d'alternative entre les régimes réactionnaires et fascistes, les démocraties représentatives à la solde de bourgeoisies nationales avides ou de régimes autoritaires soi-disant socialistes dont la seule finalité a été jusqu'ici de remplacer la bourgeoisie d'industrie par la bourgeoisie bureaucrate et étatique, créant une nouvelle exploitation sur une ancienne. Alors oui, bien que le Grand Kah soit à l'origine de beaucoup d'attentes à travers le monde, il y a aussi des ratés, aucun régime politique façonné par les humains n'est fait pour atteindre la perfection. Dès lors, lorsque l'on laisse la démocratie s'exprimer sous les conditions que l'anarchisme lui donne les pleins pouvoirs, il arrive qu'on tombe sur des courants pour le moins...douteux. Il y a quelques années, un texte est apparu au sein des franges radicales et nationalistes kah-tanaises, un texte intitulé le Manifeste de la Nouvelle Pensée Révolutionnaire, un texte visiblement inspiré en grande partie de la rhétorique radicale de la sphère politique kah-tanaise et plus principalement de la Section Défense du Parlement kah-tanais. Un texte qui est déjà jugé, aux yeux de nombreux Kah-tanais eux-mêmes comme suspect, voire dangereux. Il convient pour notre part d'en faire notre propre critique car c'est un manifeste qui s'écrit en se radicalisant, où chaque nouvelle partie reprend les intuitions de la précédente pour les pousser plus loin jusqu'à leurs conséquences les plus extrêmes. L'objectif n'est ni d'en faire une généralité (la Tribune du Peuple continue de considérer, à juste titre, que pour la plupart, les Kah-tanais sont nos frères d'armes et nos camarades) à l'ensemble du Grand Kah mais bien de démontrer, avec toute la rigueur possible, les mécanismes conceptuels profonds du texte pour montrer ce qu'ils accomplissent réellement derrière leur vocabulaire de rupture et d'émancipation afin de tirer la sonnette d'alerte à nos camarades d'outre-mer qu'ils cachent dans leurs rangs et leurs institutions d'authentiques fascistes en leur sein, adhérant à un texte qui l'est lui-même au sens structurel du terme puisque son architecture intellectuelle reproduit fidèlement les mécanismes qui caractérisent cette famille de pensée politique, quel que soit le nom qu'elle se donne elle-même.

Avant d'entrer dans le détail de chaque mécanisme rhétorique et conceptuel, il faut d'abord regarder l'ensemble du manifeste comme un objet parce que c'est ainsi qu'il est le plus lisible, le texte se divise en plusieurs strates d'une même sédimentation idéologique, chacune plus radicale que la précédente, sans qu'aucune rupture nette ne les séparé. L'introduction et le contexte pose les fondations mythologiques du manifeste autour du sang, du sacrifice et de la pureté de la violence, la partie "Qu'être et comment devenir" incarne ces mêmes fondations dans un corps biologique et politique autour de la machine et du concept de citoyen-soldat et enfin, les dernières parties sur l'équinoxe les fait exploser dans une eschatologie pure qui est complètement débarrassée de tout contenu social ou économique. C'est une progression en soit logique et non arbitraire, on part d'une justification métaphysique de la violence puis par sa matérialisation dans un corps collectif discipliné et on arrive à l'abolition de toute forme humaine reconnaissable au profit d'un flux. Structurellement, c'est la trajectoire exacte de bien des courants totalitaires historiques : la mystique précède l'organisation qui précède elle-même la dissolution complète de l'individu dans l'organisme collectif. Le texte a manifestement conscience de sa propre cohérence et c'est là aussi un de ses plus jolis tours de passe-passe. Ce constat étant posé, nous pouvons affirmer sans détour ce que la construction du texte rend évident : il s'agit, structurellement et fonctionnellement, d'un texte fasciste. Nous n'employons pas ce terme ici pour en faire une forme d'insulte polémique immature et inconsidéré, c'est ce qu'est le texte au sens technique du terme, c'est un texte qui reproduit avec une grande fidélité l'ensemble des mécanismes conceptuels qui caractérisent historiquement le fascisme : le mythe de la renaissance par la destruction, le culte de la vitalité contre la décadence, l'anti-rationalisme érigé en vertu, la dissolution du sujet dans un corps collectif, le refus de toute délibération comme faiblesse et enfin la sacralisation de la violence comme acte purificateur détaché de toute finalité éthique. Nous allons développer chacun de ces points ici.

Le manifeste partage, dans l'ensemble de sa structure, une même fondation mythologique en supposant que le monde actuel est un cadavre, une pourriture, une "culture" figée à qui le texte oppose le mouvement, rejouant mot pour mot la rhétorique fasciste classique du dynamisme vital contre la décadence bourgeoise figée, et que seule une destruction totale permet l'avènement d'un homme et d'un monde authentiquement nouveaux. Cette structure narrative n'est pas anodine, elle reproduit le schéma narratif de la renaissance par la catastrophe où la violence n'est plus vu comme un moyen instrument (comme elle peut l'être par exemple dans l'anarchisme insurrectionnel qui le conçoit comme un mal nécessaire et regrettable) mais une fin en soi, un acte sacré et hygiénique qui produit la pureté qu'il invoque. On le voit parfois très clairement dès l'introduction : "De la pureté émane la pureté" ou l'idée que chaque crime révolutionnaire "sera oublié à l'aune de son objectif final". C'est une logique qui se veut circulaire, tautologique et qui ne cesse de s'auto-justifier car si on en croit le texte, la violence est pure parce qu'elle sert la révolution et la révolution est pure parce qu'elle emploie la violence, sans jamais y faire intervenir aucune éthique ou critère extérieur qui permettrait d'interrompre ce cercle. Pour situer plus précisément ce qui distingue cette structure d'une justification révolutionnaire de la violence qui, bien que dure, resterait une éthique, il faut identifier ce qu'une éthique, même la plus rigoriste, conserve toujours : un critère extérieur au geste lui-même qui permet de le juger après coup (a-t-il réduit la souffrance ? a-t-il abouti à l'institution initialement promise ?). Le texte ne conserve aucun critère de ce type. La pureté n'y est jugée que par elle-même, un acte y est considéré comme pur parce qu'il sert le mouvement et le mouvement lui-même est pur parce qu'il produit de tels actes. Donc rien dans cette boucle ne permet de distinguer de l'intérieur un acte révolutionnaire d'un acte de cruauté gratuite, les deux produisent la même forme de pureté puisque celle-ci se mesure à l'intensité à la victoire, jamais au résultat. C'est là un problème philosophique majeur du texte car cette structure ne peut, par sa propre construction, jamais s'auto-corriger. Sauf qu'un système de pensée qui affirme que la victoire blanchit rétroactivement tous les moyens employés pour l'obtenir est un système qui supprime en amont toute possibilité de remords ou de critique interne et cela semble faire partie du moteur du texte d'ailleurs et non une bête négligence de ses auteurs. Les dernières parties du l'équinoxe nous démontre la radicalisation de la logique du mythe palingénésique proposé par le texte en formulant l'idée d'un "Equinoxe", un seuil au-delà duquel il n'y aurait plus jamais de retour possible, une rupture absolue et irréversible avec le temps lui-même. Il faut distinguer trois régimes possibles du temps politique : le temps cyclique où l'ordre finit toujours par revenir (c'est précisément ce que le manifeste dénonce comme un mensonge propagé par ceux qui ont besoin de croire à la fatalité de l'ordre ; un temps linéaire et téléologique avec une histoire qui avance vers un état déterminé et nommable (par exemple, la téléologie marxiste pousse à considérer que l'Histoire avance vers une société sans classes et sans Etat ; sauf que le texte refuse aussi explicitement ce second régime puisqu'il refuse de contenter de la prise de pouvoir et assimile l'aboutissement à une trahison) ; enfin, un présent perpétuellement accéléré, sans origine assignable et sans destination pensable, un mouvement qui est sa propre fin en somme. Ce glissement du politique vers le cosmologique est d'autant plus révélation car quand un texte politique cesse de proposer un programme politique pour proposer à la place une rupture métaphysique du réel, c'est aussi le signe d'un vide programmatique comblé par de la simple grandiloquence mystique. Il n'y a, dans l'ensemble du manifeste, strictement aucune proposition concrète de ce que serait la société après la révolution, aucun mot sur la redistribution des moyens de production de nouvelles institutions, etc. Le manifeste se contente d'affirmer de manière répétée et incantatoire que ce qui vient après sera méconnaissable. Nous considérons ici ce vide comme un aveu en creux, ce courant ne sait pas (ou refuse de savoir) ce qu'il veut construire. Il ne sait que ce qu'il veut détruire et ériger cette ignorance en vertu est en somme un simple tour de passe-passe rhétorique qui maque un vide de pensée politique réelle derrière une jolie esthétique de la table rase.

Le deuxième mécanisme, tout aussi central, est le rejet systématique de la raison, de l'éthique et du débat comme catégories légitimes de pensée. On le voit plus principalement dans la partie "Qu'être et comment le devenir" qui rejette frontalement toute reconstruction intellectuelle, l'idée que la révolution n'est pas une démarche intellectuelle, que le mouvement réfute fermement être un groupe philosophique, que ses fondements ne seront jamais expliqués sous forme traditionnelle. On le retrouve plus tardivement, de manière radicalisée, dans le manifeste : "Il ne s'agit pas de convaincre, car convaincre implique que l'adversaire pourrait être amené à la raison. Mais il n'y a pas de raison dans ce monde". Il faut s'arrêter sue ce point car c'est peut-être le plus dangereux et le plus caractéristique de l'ensemble du corpus. Un mouvement politique qui refuse le terrain de l'argumentation rationnelle ne se contente pas d'affirmer une préférence stylistique pour l'action plutôt que pour le débat, il se rend structurellement incritiquable. Si toute objection rationnelle est par définition disqualifiée comme un symptôme de pollution moderne ou de soumission à la mono-forme alors il n'existe plus aucun mécanisme interne susceptible de corriger une erreur, de sanctionner un abus ou de remettre en question un dirigeant. C'est exactement le dispositif que l'on retrouve dans les structures sectaires et fascisantes, l'adhésion précède et remplace la compréhension et le savoir légitime devient une affaire de pratique et de loyauté plutôt que de vérification. Le texte va jusqu'à dénoncer explicitement l'usage de processus dits d'éthique ou de morale comme une forme d'esclavagisme mental, une inversion rhétorique remarquable où la censure de la conscience morale elle-même est présentée comme un acte de libération. Ce dispositif s'accompagne d'un rejet radical de la délibération collective en tant que telle, c'est d'ailleurs ici que le texte abandonne même le vernis de démocratie directe ou d'horizontalité qu'il affichait encore quelques pages plus haut. Toute forme de délibération, même si elle est interne ou militante, devient elle-même suspecte ou un facteur de ralentissement à éliminer. On assiste donc au fil du texte à un durcissement supplémentaire car même l'embryon de structure collective proposé au départ basé sur des armées savantes et des comités d'exécution est jugé, en définitive, encore trop lent et trop institutionnel, ces concepts sont immédiatement sacrifiés sur l'autel de la vitesse pure.

Le troisième mécanisme, sans doute le plus radical sur le plan philosophique, c'est l'effacement progressif de la catégorie même d'individu. Le deuxième chapitre l'amorce en présentant d'abord l'individualité comme un outil à discipliner au service du mouvement, tout en conservant encore l'idée d'un citoyen-soldat, c'est-à-dire d'un sujet, certes subordonné à la cause, mais qui reste identifiable en tant que personne dotée d'une volonté propre. Les chapitres suivants abolissent cette dernière trace de subjectivité, considérant l'individu comme un mirage, niant le "je" pour mieux affirmer le "nous", chaque être devenant ainsi une cellule, un nerf du Corps Total. Ce glissement mérite un certain commentaire car il représente à nos yeux le point où le texte cesse d'être simplement une variante du nationalisme organiciste classique que l'on retrouve partout ailleurs, d'autant plus en Eurysie (où l'individu se sacrifie pour la nation ou le peuple mais reste, au moins nominalement, un sujet moral responsable de son propre sacrifice), pour devenir quelque chose de plus proche d'un fantasme d'auto-effacement total de soi, une pulsion de mort collective qui est habillée dans le texte en promesse d'émancipation. Quand le manifeste affirme que le révolutionnaire doit cesser d'exister en tant que sujet et devenir pur vecteur, il ne décrit plus ici une classique discipline militante, il prône l'extinction de la conscience individuelle comme une condition d'accès visiblement primordiale à la révolution. C'est l'antithèse totale de toute pensée émancipatrice qui se respecte et ce, toute tradition politique sérieuse confondue, que ce soit chez les libéraux, les socialistes ou les anarchistes, chacun de ces mouvements présuppose toujours un sujet capable de se reconnaître comme tel, de juger, de consentir, de refuser. Ici, la structure même de la pensée élimine ce sujet avant même qu'il ait pu consentir à quoi que ce soit. On ne libère pas un individu qui n'existe plus. Il faut aussi noter la contradiction interne que cela produit avec le "Parti-Mouvement" lui-même promu dans le manifeste qui ne prétend pas être une avant-garde coupée de la masse tout en continuant pourtant, dans les faits, de désigner qui conçoit une attaque comme celui qui doit la mener, une pure fusion de la conception et de l'exécution qui, en pratique, ne peut être réalisée que par des individus dotés d'une autorité, d'une initiative et donc d'une subjectivité bien réelle. Le manifeste prétend donc abolir l'individu tout en s'appuyant, dans sa méthodologie révolutionnaire, sur des figures d'action individuelles et décisionnaires. C'est une faille qui trahit la nature du projet d'ailleurs, la dissolution du sujet est un discours destiné aux masses qui sont appelées à sacrifier volontairement leur individualité, vue comme un obstacle, reliquat inutile de l'ancien monde, tandis que cette injonction ne s'applique pas à ceux qui conçoivent, décident et frappent, donc aux décideurs, à l'élite. C'est une structure de pouvoir, rien de plus. Pour un manifeste qui tend à dénoncer les tentatives du socialisme autoritaire et la constitution des bureaucraties rouges, c'est raté.

Sur le plan strictement littéraire, il faut reconnaître que ce manifeste construit une forte esthétique autour du corps, de la machine et de la vitesse, une esthétique qui fait tout le travail que l'absence de contenu politique laisse vacant (d'autant que toute esthétisation de la politique est déjà suspect en soi). Le deuxième chapitre érige le corps en outil discipliné par une énergie quasi-libidinale fusionné à la machine industrielle comme prolongement naturel de la puissance humaine et le manifeste pousse cette logique jusqu'à son terme transhumaniste d'ailleurs. Ce qui frappe d'autant plus, c'est la façon dont l'esthétique est utilisée pour remplacer systématiquement l'argumentation. Chaque fois que le manifeste devrait répondre au lecteur à une question politique concrète sur l'identité des gouverneurs, la répartition des ressources, la justice appliquée dans un monde révolutionnaire ou plus simplement la redistribution des moyens de production, il glisse vers une image, une métaphore corporelle ou mécanique. C'est une stratégie rhétorique redoutable contre des lecteurs novices car cela produit un sentiment d'ampleur, de souffle, une adhésion beaucoup plus sensorielle au mépris de la matière intellectuelle. C'est aussi, du point de vue du lecteur critique un trou béant, le manifeste n'a aucune réponse à offrir et le fait est qu'il n'en a pas besoin parce que l'esthétique de la rupture suffit à satisfaire le lecteur happé par le rythme de la prose. Un dernier point mérite d'être développé : le culte de l'immédiateté fonctionne aussi comme un dispositif d'évacuation de la responsabilité morale. Si chaque décision doit être exécutée sans délai ou sans délibération, alors il n'existe aucune trace, aucun mécanisme de reddition de comptes et donc aucune possibilité de revenir sur une action pour en juger les conséquences. Le texte le formule d'ailleurs sans ambiguïté et qui décrit précisément les conditions structurelles de l'impunité avec l'absence de trace écrite, l'absence de délibération collective qui sont exactement les conditions qui permettent, historiquement, les pires débordements de violence politique non contrôlée. Le manifeste présente cela comme une vertu révolutionnaire en opposant la vitesse à la bureaucratie mais structurellement, c'est un plaidoyer pour l'irresponsabilité totale des agents de la violence.

Enfin, pour en revenir au caractère fasciste du manifeste en lui-même, il convient de pointer les éléments les plus évidents. L'introduction affirme frontalement que l'optique matérialiste se heurte très rapidement à un mur et qu'il ne serait pas possible d'entièrement définir le problème de la Révolution par l'analyse des conditions matérielles, des castes, du climat et de la production et propose donc de leur substituer une lecture par l'âme du lieu des êtres. C'est trop précis pour avoir été laissé au hasard, on assiste à un mouvement qui reprend le vocabulaire, l'énergie et les promesses de rupture typiques du socialisme révolutionnaire (dans une société d'autant plus libertaire !) mais il en rejette explicitement son outil d'analyse fondamental qu'est la lecture des rapports de production et des classes pour lui subsister une lecture...spirituelle ? Vitaliste ? C'est un geste constitutif qui a toujours distingué le fascisme du socialisme dont il emprunte souvent l'esthétique de la rupture et le vocabulaire populiste. Ce rejet du matérialisme a d'ailleurs une conséquence structurelle directe sur la nature du collectif que le manifeste promeut comme on l'a vu plus haut : le Corps Total, le citoyen-soldat aussi, ne sont pas des catégories économiques, ils ne sont en aucun cas montrés dans le texte comme des prolétaires unis par leur rapport commun à la production comme le serait la classe dans une pensée socialiste. Ce sont des unités organiques, biologiques qui sont unies par le sang et la volonté commune. La classe est une catégorie qui se définit de l'extérieur, par une position objective dans un système économique, indépendamment de la conscience ou de la volonté de ceux qui la composent. Le Corps Total, référence fasciste à peine voilée là aussi, se définit par une fusion interne, volontaire, voire mystique puisqu'on y entre via une forme d'épiphanie idéologique et non par sa position sociale. C'est très exactement la substitution de la communauté organique (le peuple, la race, ici le mouvement) à la classe (catégorie strictement socio-économique) qui constitue l'un des marqueurs les plus constants du fascisme par rapport au socialisme. Il faut aussi distinguer précisément le statut de la violence ici de celui qu'elle a dans une pensée révolutionnaire ouvertement matérialiste. Dans une lecture de classe, la violence, même exaltée, reste toujours instrumentale, elle sert seulement à renverser un rapport de production précis. Elle a un objet et donc, en toute rigueur, elle a aussi une fin qui pourrait la rendre caduque une fois atteinte. Ici, le manifeste affirme explicitement l'inverse, la guerre y est décrite comme bénéfique en tant que telle, indépendamment de son objet, parce qu'elle réactive un instinct que la civilisation aurait étouffé. Ce n'est plus un moyen d'obtenir un résultat matériel mais un exercice de régénération pour l'être qui la pratique, une forme de vertu propre. Cette célébration de la violence et de la guerre comme des forces vitalisantes et régénératrices en elles-mêmes et qui sont détachées de tout objectif matériel vérifiable est un trait spécifique au fascisme également. Autrement, on retient aussi que le manifeste disqualifie le principe distributif socialiste du "chacun selon ses moyens, chacun selon ses besoins" en le considérant comme creux et faux, rejetant explicitement le principe égalitaire distributif qui fait le coeur de toute pensée socialiste, peu importe sa variante. On pourrait se dire qu'il ne s'agit là que d'un report tactique comme le feraient des eurycommunistes orthodoxes qui maintiennent tout de même l'égalité comme horizon final même en différant sa réalisation mais là, il s'agit ouvertement d'une disqualification de principe et le texte n'y substitue aucune autre forme d'égalité et y préfère une hiérarchie explicitement naturalisée et méritocrato-vitaliste, une structure organisationnelle qui sent bon le corporatisme fasciste qui tient pour principe général des rôles hiérarchisés selon une compétence ou une vitalité supposées naturelles et présentés comme l'expression organique d'un même corps plutôt que comme un système de domination, ce qui est l'exact inverse du principe socialiste. Le manifeste ne promet également aucune transformation des rapports de production ou de redistribution, ni une nouvelle organisation du travail, il promet de bout en bout à une transformation de l'espèce humaine elle-même. C'est une différence de nature, pas de degré, avec une pensée révolutionnaire matérialiste qui vise d'abord et fondamentalement une réorganisation des rapports économiques et sociaux, l'homme nouveau n'y étant qu'une conséquence seconde et progressive de ce changement structurel. Ici, le raisonnement est inversé, c'est la mutation anthropologique et biologique qui est la finalité, l'économie n'étant au final même pas mentionnée. Cette priorité donnée à la régénération de l'espèce sur la transformation des structures économiques ressemble également au fantasme fasciste d'un homme biologiquement et spirituellement refondu par la seule volonté et la seule violence qui s'est presque toujours pensé comme une révolution anthropologique avant d'être une révolution sociale.

Au terme de cette lecture, nous croyons pouvoir dire que ce manifeste constitue un objet idéologique authentiquement fasciste dans sa structure profonde, construite de façon délibérée et cohérente. Tous les éléments que nous avons mentionnés se retrouvent et s'articulent mutuellement qui ne laisse que peu de place au hasard. Ce qui reste pour autant vicieux avec ce manifeste, sur le plan littéraire, est que celui-ci ne se présente justement jamais comme fasciste mais se cache bien derrière une rhétorique révolutionnaire, anti-hiérarchique, anti-bureaucratique, presque libertaire dans son vocabulaire de surface. C'est ce brouillage qui en fait un texte aussi dangereux à nos yeux pour nos camarades kah-tanais qui seraient séduits par ce texte car ce texte capture la logique réelle par laquelle certains discoirs de rupture radicale peuvent séduire un lecteur en quête d'émancipation tout en le conduisant, petit à petit, vers une structure de pensée qui abolit finalement toute possibilité d'émancipation individuelle. Camarades kah-tanais, fuyez ce manifeste et ceux qui le promeuvent, ce ne sont pas vos camarades !


(Par soucis de clarté sur les liens, les liens en gras sont les sources externes tandis que ceux laissés comme tels sont des redirections vers des citations du texte de Vast).
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Visite du Cardinal Giovanni Spinelli au Grand Kah

Vers une réforme de l'Eglise ?



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Musique à mettre en lecture (important)


Les manœuvres se multiplient dans la course au conclave suite au décès malheureux de sa sainteté. Il ne faut pas être devin pour comprendre le sens, à cet instant précis, du voyage du cardinal papabile Giovanni Spinelli dans l'épicentre du monde dit "progressiste". Malgré ses principes de sécularisation, le Kah compte plusieurs millions de catholiques, synonyme d'une présence notable au Conclave. Or, il est inconnu de personne la nature des positions du cardinal dodécaliote, et le caractère relativement hétérodoxe de cette candidature.

Durant ses plusieurs jours de séjour à Axis Mundis et dans la campagne kah tanaise, son éminence a ainsi été reçue par plusieurs évêques du pays, dans le cadre d'un "sommet officieux" impliquant plusieurs dizaines de membres éminents du clergé catholan local. Les catholans du pays, bien que s'inscrivant officiellement dans l'œcuménisme et l'universalité de l'Eglise, partagent ainsi des positions avec Spinelli favorisant naturellement un rapprochement: question du mariage des prêtres, position par rapport à l'homosexualité, réforme du conclave... Spinelli n'a pas tarit déloge pour ce qu'il considère être une série de positions qui "vont de soi afin d'assurer la pérennité du message du christ dans le monde, qui s'étende au plus grand nombre".

Ainsi, tout au long de cette rencontre, Spinelli a particulièrement mis l'accent sur les thématiques suivantes:
  • L'accès au mariage des prêtres et des membres de l'Eglise: Son éminence remet en cause depuis plusieurs années l'interdit du mariage de la prêtrise et des autres membres du clergé, arguant que la condamnation du phénomène du "Nicolaïsme" (mariage au sein du clergé) est une règle rendue obsolète par les conditions matérielles actuelles. "L'obligation du célibat a été imposée au XIème siècle afin de permettre à l'Eglise de garantir que les biens détenus par le clergé ne passent pas entre les mains des pouvoirs temporels. Dans le contexte actuel où cet aspect ne revêt plus de la même importance, et où le rapport de force entre l'Eglise, les personnes privées et les pouvoirs temporels ne sont plus les mêmes, cette règle est désormais inutile, et je compte bien le faire savoir si le seigneur me place sur le trône de Saint Pierre."

  • La décriminalisation de l'homosexualité et la reconnaissance des mariages homosexuels: Selon son éminence, aucun verset des textes sacrés ne constituent une condamnation de l'homosexualité (dans le Nouveau testament tout du moins). A ce titre, cela constitue une première raison aux yeux du Cardinal Spinelli de se positionner en faveur d'une reconnaissance de la condition des couples homosexuels par l'Eglise. De plus celui ci aurait dit afin d'appuyer sa position au cours de son entrevue: "Le clergé kah tanais, plein de bon sens, a compris que l'homophobie n'a pas à être l'adage de l'Eglise, et ne doit pas être pointée du doigt comme une forme de honte sociale. Nous avons des centaines de millions de fidèles, et parmi eux probablement énormément de personnes laissées de côté, qui malgré leur amour de dieu se retrouvent condamnés par les mêmes institutions qui sont censées être intercesseurs de dieu sur Terre. Ce paradoxe ne peut plus continuer: soit nous transmettons l'amour de dieu à tout le monde, soit nous ne le donnons à personne. Nous n'abandonnerons plus nos fidèles sur base de critères d'orientation sexuelles dont les raisons de leur expression n'appartiennent qu'à dieu."

  • Renouveau de la doctrine sociale de l'Eglise. L'engagement accru de l'Eglise auprès des associations et des structures sociales laïques: Il ne fait pas secret que le rôle de l'Eglise catholane dans le monde associatif et charitable est absolument indissociable de sa fonction. Pourtant, l'Eglise toujours tenu ses structures de charité à l'écart des institutions laïques, puis du rôle de plus en plus grand de l'Etat dans l'aide sociale. Fort des conseils du clergé kah tanais, le Cardinal Spinelli plaide pour une nouvelle opération de financement des institutions existantes, notamment par la vente de l'arsenal de Catholagne (issu des dons des états aux anciens détenteurs de la chaire de Saint Pierre), qu'il juge inutile et inadapté au rôle politique et social de l'Eglise dans le monde. "Nous n'avons que faire de ces armes, nous ne nous en servons pas et nous ne nous en servirons jamais. Aussi, je préfère utiliser cet argent afin de soigner les vivants que de faire des morts.". Dans le même temps, le cardinal plaide pour un dialogue accru entre les structures d'entraide catholanes et laiques, ainsi que par une collaboration resserrée avec les syndicats de travailleurs, quitte à parfois aligner les positions de l'Eglise sur le travail sur des structures professionnelles d'orientation résoluemet socialistes, voire communistes."Le rôle de l'Eglise est la garantie du salut de l'âme, mais pas seulement. On ne peut pas promettre le paradis tout en fermant les yeux sur les tortures infligées aux corps par le travail extuénuant et l'exploitation, qui avilit ces mêmes âmes."

  • L'ouverture de missions de l'Ordre des moines chapardeurs de San Stefano au Grand Kah: Dans un registre plus personnel, le Cardinal Spinelli, lui-même membre de l'Ordre monastique de San Stefano, est un partisan résolu du renouveau de la vie monacale, et plaide pour un financement des ordres réguliers, qu'il considère comme des centres d'élaboration d'idées au service de l'Eglise. Dans ce cadre, l'implantation de missions de moines chapardeurs de San Stefano au Grand Kah permettrait des échanges plus soutenus et une diffusion réciproque d'idées nouvelles à infuser au sein de l'Eglise entre le clergé kah tanais, relativement indépendant, et l'Eglise de Catholagne, ce par l'intermédiaire des moines chapardeurs. "Nous avons passé le temps où nous pouvions nous permettre d'évoluer en vase clos dans nos petites chapelles. Je rappelle que notre Eglise est universelle, et que nous avons pour mission d'apporter une réflexion collective au message de dieu, et non individuelle."
Le retour de Giovanni Spinelli en Catholagne après une telle rencontre sera très probablement à prompt à déclencher de vifs sur l'orientation sociale et sociétale de l'Eglise, loin des querelles d'égos et d'individuqlités obervées jusqu'à maintenant.

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Confession d'un cardinal
Plaidoyer pour une Eglise catholane du XXIème siècle



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Le trône de Saint-Pierre est vide. C'est ce que l'on entend partout. Pourtant, nulle déclaration n'a jamais été aussi fausse: nous autres, qui nous passons le relais sur ce plan, ne sommes que des locataires temporaires. Sa sainte mère l'Eglise est inspirée par dieu, mais c'est avant tout le reflet de l'interprétation de sa parole qui nous a permis de la façonner. Nul ne doit prétendre que la vérité absolue est entre nos mains, simplement ce que nous pensons être le plus proche de sa volonté. Et les Hommes, parfois, se trompent. Tous les détenteurs de la chaire de Saint Pierre ont pu se tromper. La fonction d'évêque de Saint Pierre est infaillible, pas les Hommes qui on revêtu la charge.

Mais c'est chose commune de l'affirmer, c'est beaucoup moins de l'assumer. L'Eglise, je le dis, a fait des erreurs, tout comme j'en ai fait. Aussi, je le dis, je suis faillible. J'ai parfois été envieux, colérique. J'ai déjà menti, j'ai déjà triché. J'ai déjà voler. Mais dans son hagiographie, San Stefano dit lorsque les velsniens, un groupe de parias, de voleurs et de querelleurs exilés de Fortuna s'échouèrent dans la lagune éponyme, que le pardon existait pour tous les larrons. Reconnaître une faute, c'est déjà se lancer sur le chemin de la rédemption, et s'engager à ne plus la commettre. J'ai intégré l'ordre des moines chapardeurs de San Stefano à l'âge de 17 ans pour cette raison, parce que je me suis reconnu dans la générosité du saint, dans son indulgence, dans sa conscience que nous sommes des hommes faillibles.

Cette générosité, cette indulgence m'ont convaincu de poursuivre la voie ecclésiastique. Pas seulement car j'ai dédié mon âme à dieu et à entreprendre davantage que les travaux que mon ordre exigeait de moi, mais parce que je me suis rendu compte que je n'étais point le seul à éprouver ce sentiment d'erreur et de faiblesse, qu'au sein de l'Eglise, celle que je servais, ses institutions même avaient pu commettre des injustices vis à vis de ses propres croyants.

On m'a toujours enseigné que la parole de dieu était universelle. Que nous parlions à des croyants, à des athées ou à des paiens, nous nous adressons à eux en leur qualité d'hommes, de créations divines singulières dans leur diversité. J'ai eu le sentiment, de longue date, que l'Eglise avait mis des ornières sur ses yeux, qu'elle ne regardait que ceux qu'elle désirait entendre, et ce constat s'est accentué avec les années. L'Eglise, qui est supposée être le reflet de l'universalité, être omniprésente sur toutes les questions universelles, qui est censée s'adresser à tous, qu'importe si ceux ci veulent ou non l'entendre, cette Eglise s'est refermée sur elle-même avec le résultat qu'on lui connait.

Les églises d'Eurysie occidentale se vident. Les trois quarts des teylais se disent désormais agnostiques ou athées, il y a davantage de youslèves païens que catholans, et notre communauté religieuse vient de subir la pire attaque depuis des décennies dans le cadre d'un attentat meurtrier qui a touché mon pays d'origine... A côté de cela, le monde a connu une décennie de génocides, de conflits meurtriers, de querelles où le rôle de l'Eglise s'est avéré nul au pire, ignoré au mieux. Nous nous sommes contentés de toucher le denier de Saint Pierre sans rien donner en retour, et avons poursuivi notre sourde oreille et nos vieux carcans pour la simple raison que "l'on a toujours fait comme ça". Que c'était aux gens de venir à nous, et pas à nous de venir à eux. Ce fut selon moi une erreur grave.

J'ignore qui dieu choisira pour devenir le nouveau successeur de Saint Pierre, je ne possède pas ce don. Je mets cela dans la suite de ma longue liste de défauts. Toutefois, je pense avoir identifié les maux dot souffrent notre Eglise, et les moyens de la soigner: reprendre le sens de notre mission originelle, nous adresser au plus grand nombre, ne plus seulement travailler au soulagement de l'âme, mais du corps et de l'esprit. Chose que notre institution a oublié depuis longtemps.

L'Eglise est destinée à remplir un rôle social qu'elle ne comble plus dans de nombreuses parties du monde. Elle doit le retrouver, ou elle disparaîtra comme tout chose qui a été jugée inutile par les Hommes.

Tout comme l'Eglise elle-même, je suis un homme dont les défauts réclament un constat et un traitement adéquat. Mais parmi toutes ces lacunes dont j'admets l'existence, je serai probablement l'un des seuls hommes du Conclave à les avouer pleinement, et à ne pas me faire Saint homme dans l'optique d'un avancement personnel. Je suis comme on me prend, et je travaille sur moi-même autant que j'ai le désir de réparer notre Eglise. Aussi, j'implore ces cardinaux à embrasser la voie du changement en lieu et place de l'immobilisme qui est en train de pétrifier notre Eglise. J'entends appeler tous ceux qui ont le besoin de voir une Eglise correspondre à l'attente de ses fidèles, et à embrasser pleinement notre siècle. A l'intégrer plutôt qu'à le subir, car c'est toujours de cette façon que notre sainte mère l'Eglise a traversé toutes les époques et tous les tourments.


Son éminence le Cardinal Giovanni Spinelli
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CARNAVALE INTERNATIONALE
24/07/2020


Prométhéisme : Carnavale a-t-elle enfin trouvé son soft power ?

Prométhéisme : Carnavale a-t-elle enfin trouvé son soft power ?


Imaginez aller expliquer à un habitant des années 2000 que la Principauté de Carnavale est devenue un pôle majeure d'inspiration culturelle et idéologique à l'internationale. Cet habitant vous regarderait assurément avec des yeux effarés. Il faut dire que, longtemps, le modèle politique et scientifique de la Cité noire a été perçu comme une aberration, une anomalie destinée à s'effondrer ou être ignorée, seulement reconnue et commentée pour ses outrances et ses bizarreries. Pourtant, il semblerait bien que, pas à pas, la vision carnavalaise fasse son chemin hors dehors de ses frontières. Derrière l'apparente couche d'absurdités se cache une vision de la société et des hommes qui les composent plus structurée qu'il n'y paraissait au premier abord.

Au point de séduire les opinions, y compris chez ses adversaires historiques ? C'est ce qui semble bien, à regarder l'actualité de ce mois de juillet 2020. Les signaux faibles nous parviennent du monde entier, du Grand Kah au Califat d'Azur, l'idéologie prométhéenne fait son chemin et séduit de plus en plus à l'intérieur d'un paysage politique pourtant hostile au capitalisme débridé carnavalais. Je l'écris comme je le pense, il suffira qu'un ou deux pays nous suivent et c'est le monde entier qui basculera. Que valent les grands théorèmes politiques face à l'implacable amoralisme du progrès scientifique et technique ? Les curés de l'idéologie parleront encore de modes de production, distinguerons les usages, critiqueront l'accaparement ou l'instrumentalisation des découvertes, diront, "il faut breveter" ou bien "il faut démocratiser", mais qu'importe ? Car l'éventail des nations est suffisamment vaste pour permettre aux multiples visages de la science de s'exprimer côte à côte et non en concurrence.

Disons le : l'usage scientifique s'impose. Une invention, lorsqu'elle sort de sa boîte, ne peut y être remise. Voilà ce que craignent les amoureux de l'ordre et du contrôle : ils ont peur que le diable sorte et que soudain tout leur échappe. Imaginez demain pouvoir produire de la nourriture à moindre frais, ou de l'énergie propre et gratuite. Soudain, c'est toute un pan de l'industrie mondiale qui s'effondre, avec ses réseaux et ses manigances. Ce sont des dynasties, des régimes qui trébuchent. Les nations ont peur pour leurs fondations qu'elles savent poreuses. Les traditions tremblent, les prêtres crient à l'hérésie, le tissu social frémit car ils sont à une invention décisive, à une révolution scientifique, que toutes leurs certitudes meurent.

Là pourtant est la force du prométhéisme. Car contrairement aux expériences socialistes, aux révolutions humanistes, le progrès scientifique, lui, ne peut être étouffé dans le sang. Découvrez le moteur à eau, tuez tous ses inventeurs, camouflez le projet et voilà qu'il renait ailleurs et la société qui, par peur de perdre son monopole sur les énergies fossiles s'est privée d'une telle technologie, se trouve soudain dépassée par les autres. Le prométhéisme ne promet aucun lendemains qui chantent, ce que fera l'humanité du progrès technique n'appartient qu'à elle. Notre seul devoir, notre unique mission est de faire advenir ce progrès et de le lancer entre les jambes de nos détracteurs à la façon d'une grenade dégoupillée. Carnavale a ouvert une brèche en tuant par milliers ses ennemis grâce aux armes chimiques. Le clan Obéron a perforé les esprits étroits en façonnant la CRAMOISIE© à son image. Les Dalyoha bousculent les certitudes des Églises et des curés de toute obédience en réalisant ce que leurs cultes avaient déclaré impossible. La preuve par le fait, voici la cinglante efficacité du prométhéisme.

Que dire cependant de ses échecs ? Qu'en bon scientifique, ils ne sont qu'une marche de plus vers ses succès. Le champ des possibles et de l'imagination humaine ne connait aucune limite physique, tenter et échouer, c'est malgré tout tenter. Les trains peuvent cesser de rouler, les réacteurs nucléaires exploser et les plantes OGM dépérir, nous n'aurons jamais perdu que de l'argent et qu'est-ce que l'argent sinon quelques morceaux de papier. Parce que l'avion supersonique n'a pas été rentable l'humanité est-elle retournée au voyage à cheval ? Certainement pas, elle a simplement concentré ses efforts sur des projets avec davantage de chances de réussite et ainsi, a progressé dans sa quête de nouvelles découvertes.

Les succès militaires carnavalais ne sont assurément pas pour rien dans le succès du promothéisme à l'étranger. Ce qui marche s'impose, ce qui échoue disparait, l'OND est arrivé à Carnavale forte de sa supériorité militaire et qu'en est-il aujourd'hui ? L'invasion de la péninsule a largement tourné au fiasco, grâce à qui ? grâce à quoi ? Laissons aux historiens militaires le soin de démêler le vrai du roman national mais reste que plusieurs des succès rencontrés par l'armée carnavalaise sont imputables aux nouvelles technologies et aux stratégies innovantes qui vont avec. Usage de drones, de bombes incendiaires et surtout d'agents chimiques et biologiques contre l'ennemi sont autant de techniques largement sous-estimées par l'adversaire et qui n'auraient pas été possibles dans un pays à la doctrine militaire plus conventionnelle.

Le prométhéisme a-t-il sauvé Carnavale ? Force est de le constater : c'est en pensant "out of the box" comme disent les Achosiens, que la Cité noire est parvenue à retourner l'issue d'une guerre qu'on lui disait perdue d'avance. Car la technique et les innovations scientifiques ne sont pas que des gains de productivité : elles élargissent littéralement le champ des possibles, rendant praticables des chemins qui hier encore n'étaient même pas envisagés. C'est la grande force de la science pour la science, loin de l'épuiser, elle complexifie en permanence le réel et donc les opportunités de celui-ci. Dans un monde capitaliste, ce sont de nouveaux marchés pour les entreprises, mais une sociétés communaliste comme le Grand Kah y verra des outils pour émanciper l'individu quand une théologie comme l'Azur affinera sa compréhension de Dieu. Chacun trouve midi à sa porte grâce au prométhéisme, d'où ce potentiel de s'imposer comme l'idéologie dominante du XXIème siècle.

La Principauté de Carnavale tient-elle sa chance ? Pionnière de l'amoralisme scientifique, elle est le seul pays contemporain à avoir misé sur la recherche scientifique à des échelles aussi ambitieuses. Transformer des millions de ses citoyens en cobayes, terraformer des morceaux de planète pour y développer un écosystème sur mesures sont autant de choix, décriés à l'international, mais précieux pour la recherche scientifique mondiale. Comme le disait Jacinthe Gerbedorée, chercheuse en ingénieure génique à Grand Hôpital, "Ceux qui nous conspuent aujourd'hui utiliseront nos découvertes demain. On peut maudire les Laboratoires d'avoir expérimenté leurs antibiotiques sur des enfants pauvres, mais un malade refusera-t-il de se soigner parce que son médicament n'a pas été découvert de façon éthique ? J'en doute." La Principauté a pour elle d'avoir eu raison avant tout le monde. Cela peut agacer nos adversaires mais le fait est là : chaque découverte, chaque invention que fait Carnavale profite en fin de compte à l'humanité toute entière. Soit parce que ses brevets finissent par être ouverts à la concurrence, soit parce que le progrès encourage le progrès et stimule l'imagination et donc la recherche.

Ce que fait Carnavale, c'est ouvrir le champ des possibles. Tout comme le grand canal jashurien inspira les ingénieurs de la Kabalie rouge, le développement et l'utilisation des armes biologiques à Carnavale aura certainement motivé l'ouverture des laboratoires secrets du Faravan. De même, l'Azur aurait-elle lancé son projet de zeppelin si le conglomérat Robespaul n'avait pas, le premier, ouvert la voie à cette technologie en prouvant son utilité ? Une découverte appelle à une réponse de la concurrence, chacun veut être le premier sur telle ou telle technologie afin d'en tirer avantage, mais cet avantage s'efface rapidement et alors il faut sans cesse continuer à rechercher et découvrir. C'est un cycle vertueux, alimenté par la curiosité des scientifiques et par la cupidité des Etats. Personne ne veut être à la traine, si quelqu'un démarre la course, tout le monde s'engage derrière lui. La mission de Carnavale est de lancer un maximum de courses. Les mieux placés seront ceux qui comprendront les premiers quelle est la dynamique du XXIème siècle. Non pas la victoire militaire, non pas la victoire idéologique, ou économiques, celles-ci sont impossibles, mais la course sans fin à l'innovation.

Un éditorial signé Hyppolicare Épithète.

Robotisation massive de la société corvienne
Robotic & Toc se dit intéressé par acquérir des parts de marché


Carnavale Internationale
Le monde est compliqué, laissez nous vous l'expliquer.
1783
Un dinde bénie par le saint esprit


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La dinde du repas est bonne, elle compense très légèrement le fait que ces centaines de vieillards sont coincés au même endroit pendant toute la durée du conclave. Cela implique des moyens détourner de communiquer avec les autres cardinaux, quitte à fourrer une dinde avec un message transmis de la manière la plus discrète possible, que son éminence Morales découvrit en dépiautant la carcasse de l'oiseau.

Chère éminence Morales,

En premier lieu, je tenais à vous remercier pour la confiance que vous m'avez accordé par votre vite. Nous partageons les mêmes vues et les mêmes projets quant à ce que notre Saint Mère l'Eglise doit incarner.

Toutefois, j'ai été quelque peu troublé en voyant les comptes des votes. J'ai pu aisément deviner qu'il y avait de l'hésitation dans vos rangs...nous aurions dû compter dans les 220 votes au premier tour. Pourtant, mes dotations à votre Eglise étaient ce qu'elles étaient et nous avions convenu que vous deviez convaincre TOUTE la délégation du pays kah tanais. Mais il n'est point grave et je ne vous fait pas le moindre reproche, il y a plusieurs tours après tout. Comme vous le savez, les progressistes sont en infériorité criante parmi les cardinaux, et je ne peux espérer opérer les changements dont nous avions convenu si je n'ai pas l'appui de conservateurs. Si je perds des voix par ci et par là au profit d'un obscur cardinal kotioite ou d'un cardinal kah tanais qui aurait voté "selon son cœur" pour un homme qui n'a fait que 5 voix, nous sommes finis. Je vous propose donc une rallonge de 5 000: débrouillez vous pour faire en sorte que vos amis kotoioites, mahréniens et kah tanais conservateurs prennent les bonnes décisions. Il me manque 40 voix, pas une ne doit manquer. J'ai confiance dans les pays communalistes et du sud pour convaincre leurs camarades "de droite" que la chaire de Saint Pierre doit revenir à des Hommes d'Eglise qui comprennent véritablement les aspirations du peuple. Bordel je savais même pas que ça existait des kotioites de droite...

Que le seigneur protège notre volonté de réforme,

Giovanni Spinelli.

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Choc culturel

"Pas moyen de trouver un diffuseur pour un match de foot ici..."



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La porte grince à un intervalle régulier. On entre, on sort. Heureusement que la clim' est là, car la chaleur grillerait tous ceux qui dans ce café, sont déjà bien occupés à se réchauffer les entrailles par eux-mêmes et sur le compte de leur santé. Mais la climatisation n'empêche pas l'humidité et la moiteur de l'air. La saison des pluies est impardonnable sur le littoral de Chan Chimu, et coïncide avec ce moment où la riviera se vide progressivement de ses stars, de ces gens du cinéma, et que les gens des salles obscures viennent sonner la fin du festival. Un moment toujours teinté d'une certaine mélancholie et d'une nostalgie, pour les visiteurs, d'avoir passé deux semaines hors du temps et de leurs préoccupations. Pour Liza, la barmaid du Torio, il est là tout aussi mélancolique de constater que les rentrées d'argent sont de nouveau sur le point de baisser.

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Le Torio, du nom de son fondateur, un expatrié dorénavant décédé, était de ces endroits où la diaspora velsnienne ou les kah tanais venaient à se repaître d'une atmosphère soit familière, soit exotique, au choix du client. Nous étions bien dans le coeur touristique et culturel du kah, mais les murs étaient de boiserie en provenance d'Achosie du Nord. Ils étaient bardés de photos d'acteurs et d'artistes velsniens, toutes en noir et blanc bien évidemment. Les nappes des tables étaient à carreaux blancs et rouges, tandis la radio grésillante passait du ténor Don Marionetti.

Nel sole d'oro canto piano,
con una gioia un po' bizzarra in mano,
rubo la lecca-lecca a un bimbo là,
e il mondo intero ride con me già.

Oh, che felicità, che strana vanità,
cammino tra le nuvole della città,
e mentre il vento porta la mia voce,
faccio dispetti e il cuore si compiace.


Lisa baisse le son de la radio d'un geste sec, une main occupée à essuyer le bar au torchon.

"Je l'ai déjà écouté mille fois celle-là..."


Dans un coin du café, ça râle dans la pénombre dés que son doigt touche à l'appareil. Des mouvements de bras et de mains passionnés, de la part de ces gens aux cheveux gominés qui étaient jusqu'à il y a quelques secondes en train de décuver. Comme quoi...

"OH OH OH ! On touche pas à Marionetti. Remets ça Liz ! "


Il y a eu des scandales politiques qui ont fait moins de nuit que de baisser le son de la radio du Torio. Mais la barmaid ne se démonte pas, elle a l'habitude des envolées émotives et lyriques de ses clients.

"Vous aurez le droit aux suggestions quand vous aurez payé votre ardoise vous trois."


Ces trois types sont louches, mais ce sont des clients fidèles, et les gens se tiennent à carreau quand ils sont là. Ils ont cet air de gros dur: cette injonction ne serait pas passée avec quelqu'un d'autre, mais étrangement, cela les amuse lorsque Liz tape du poing. La table en bout de service fait silence, et Liza sourit, avant de remettre son torchon sur l'épaule. C'est un jeu plus qu'autre chose qui se joue entre elle et la plupart de ses clients. D'un côté des caractères s'affrontent, mais de l'autre, tout le monde sait que le Torio est un point de ralliement trop important pour y mettre le boxon. Alors après une dispute, on grimace un peu, puis on sourit comme si de rien était et on parle d'autre chose.

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Des ressortissants velsniens ordinaires






La porte grince à nouveau. Un beau jeune homme, une taille élancée, des cheveux bruns et des yeux noisette, l'âge de Liza, avec un paquet de fleurs sous le bras et un sourire qui a dû en convaincre beaucoup. Il se présente au comptoir comme si il revendiquait sa place attirée, déposant son bouquet de roses, tapant de la paume des deux mains sur le vernis impeccable sur lequel Liz vient de passer.

"Ton meilleur vin Liz s'il te plait, avec un café pour faire passer ça."

"J'ai reçu un rouge de Cerveteri il y a deux jours, je te sers ça. Il reste sur la langue pendant des heures, mais dans le bon sens du terme."


La jeune femme une bouteille de dessous le bar avant de le lui servir dans un verre à pied. Derrière sa mèche, elle jette un regard furtif au beau brun.

"C'est un beau bouquet que t'as là Giacomo. Il est pour qui, pour moi ?"


L'habitué ricane doucement, les yeux déjà sur son smartphone.

"Naaaaan...si c'était toi je t'en aurais offert quatre, pas un seul. T'es plus difficile que les autres."

"Je vais le prendre comme un compliment."

"Au fait Liz, t'as vu le match ? Avec la Youslévie ?. Ils ont encore acheté l'arbitre."


La barmaid ne s'intéresse que peu au foot, mais elle répond dans le sens du vent. Règle numéro une: toujours conforter le client, plus encore quand il est mignon.

" Oublie ça. Ces youslèves savent pas gagner sans tricher. Celui qui gagne n'est pas le plus méritant, mais celui qui triche le mieux. C'est de ma grand-mère, médite là dessus."

"Vrai... Et puis t'as vu l'expulsion de Spinola ? C'était n'importe quoi ! Il jouait la balle, je me demande combien ont coûté les arbitres san youtiens. Par contre je sais pas toi mais j'ai eu un mal de dingue à trouver un diffuseur ici. A croire que personne regarde le foot dans ce pays..."

"Toute cette compétition a été achetée par ce foutu Vera chouchou, laisse tomber j'ai dit, et savoure le Cerveteri. T'as pas parié j'espère...C'est comme ça que t'as perdu ta dernière chérie."

"Non ! Bien sûr que non. C'est fini tout ça."

"Je te laisse trésor, j'ai d'autres tables. Et oublie pas ton bouquet, sinon je vais croire que t'as changé de cible."



Avec un joli sourire et un clin d'œil. La jeune femme change de côté du comptoir, faisant balancer sa serviette derrière elle. Les trois hommes du fond de la pièce attendent que la gueule d'ange reparte avec son bouquet en mains pour plaisanter entre eux. Liza se retourne: elle a une bonne ouie, et ells a clairement entendu son prénom flotter entre les bouches de ces quarantenaires bien guindés.

"Vous me dites si je dérange. Je peux savoir ce qui vous fait rire ?"


Les rires s'arrêtent, mais ne font pas s'effacer les sourires. L'un d'eux se défend.

"Pourquoi t'as pas tenté ta chance avec ce type qui vient de partir ? T'as pas vu comme il te regardait ?"


La barmaid éclate de rire.

"De quoi ? Giacomo ? Cette guimauve doit en être à sa troisième déclaration d'amour depuis ce matin. J'ai pas envie de me voir pousser des cornes trois fois par semaine. Retour le nez dans vos verres messieurs."





Liz circule entre les tables, la porte grince à nouveau. Cette fois ci, c'est un petit homme aux cheveux grisonnants, lunettes sur le nez, un air étrange: il s'arrête, balaie du regard le café. La serveuse, les hommes aux cheveux gominés, avant de s'affaler sur une table à l'opposé de ceux ci, ouvrant son journal avant même qu'on viennent lui prendre commande. Pas de bonjour, pas de "comment allez vous.". Liz prend les devants.

"Alors. Qu'est-ce que je vous sers ?"


L'homme réajuste ses grosses lunettes.

"Je ne sais pas. Vous avez quoi ?"

"Eh bien...on est dans un café, alors on...euh...du café. Expresso, robusta, arabica...que des produits du pays. Du vin aussi. Je peux aussi vous servir des assortiments de charcuterie et de fromage. Et si vous revenez à midi, on a une bonne carte."


Le vieil homme aux cheveux ébouriffés prend le temps de réfléchir les yeux dans le vide, il sort un cigare avant de l'allumer devant la jeune femme.

"Est-ce que je peux prendre cinq minutes ? Tellement de cafés différents...Vous savez...le problème avec le monde, c'est pas tant qu'il est triste qu'il est tout simplement trop grand."

"Je vois...vous êtes du genre philosophe vous..."

"Non. Je suis juste un escroc."


La jeune femme commence à s'éloigner pour nettoyer une table adjacente avec son torchon, en ce décrochant pas un instant de la conversation. Elle voit du coin de l'œil que l'homme ne décroche pas de la rubrique cinéma de son journal.

"Oui...comme tout le monde ici grand-père. Bienvenue au club. Dites...vous êtes venu pour le festival ? Vous êtes touriste ou bien..."


Il ne lève pas les yeux de son papier.

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Je crois l'avoir déjà vu quelque part...

"Non. Je suis juré. D'où le fait que je sois un escroc, comme tous les gens de ma profession. Tout comme chaque montage est un mensonge finalement. Je passe ma vie à mentir, comme tous mes compères. La différence c'est qu'ils ne s'en rendent pas compte. Je suis dans la situation la plus triste donc: le médiocre qui a conscience d'être médiocre, et qui a regardé pendant deux semaines des médiocres qui espèrent être davantage que cela, et qui se pensent des stars."

"Je vois...Un peu comme...des faquins en somme ?"


L'homme pose son journal un instant, pensif, le regard dans le vide, avant de se replonger dans sa lecture.

"Oui. Exactement ça. Un peuple de gens médiocres qui pensent expliquer au monde comment faire du cinéma comme si j'allais dans votre café pour vous dire comment faire les cocktails mieux que vous. C'est bien beau les images nettes, mais le problème c'est que les trois quarts des films présentés au festival ont été faits par des Hommes aux idées floues."


Liza se redresse de la table, son torchon de nouveau sur l'épaule.

"Vous...vous vous êtes décidés pour votre café monsieur ? Vous voulez quoi ?"


L'homme réfléchit encore.

"Devenir immortel. Puis, mourir."

"Humhum...je pense pas avoir ça sous le comptoir."


Le réalisateur pousse un long soupire.

"Alors un expresso s'il vous plait."

"Je préfère ça. Je vous rapporte ça tout de suite."


Certains clients sont plus curieux que d'autre, il est évident... Liza retourne derrière son bar, elle regarde les clients venir et repartir, mais elle fixe surtout, et de plus en plus fréquemment, l'écran de son téléphone: 14h...c'est le moment où ceux qui quittent le café d'après le repas du midi sont sur le départ, et où ceux qui reviennent pour le café de 16h ne sont pas encore là. Pratiquement vide: le groupe d'hommes aux cheveux gominés partis, le don juan fan de foot parti, le mystérieux réalisateur parti...cela en est presque reposant, de n'être bercé que par le son répétitif et monotone du ventilateur tournoyant au plafond. Liz allume la télévision: encore une cérémonie de commémoration de l'attentat de la Basilique San Stefano, en présence du nouveau pape cette fois. Puis, la porte grince à nouveau. Liz se redresse du comptoir, ôte ses coudes: un kah tanais. Arrivé à l'heure prévue. Le seul invité dont elle connaissait le moment exact où il franchirait cette porte mal réparée. Un homme élancé et filiforme, les joues creusées qui lui donnent plus d'âge qu'il n'en a vraiment. Il marque un temps d'arrêt que Liz interrompt rapidement par son ton faussement affable et accessible.

"Bonjour trésor. Vous désirez ?"


"Un con Panna"


La barmaid s'arrête. Le signal, vite.

"Personne ne commande jamais ça chouchou. Mais les clients les moins orthodoxes sont toujours les plus intéressants."

L'homme a un rictus, puis s'accoude au comptoir, le regard sévère.

"On se connait ? Comment vous avez réussi à me contacter ?"

"Ce serait pas très drôle si je vous le disais. Votre patronne nous connait, c'est tout ce que vous devez savoir. Nous...on est juste les deux bouts de fils d'un téléphone après tout. Et c'est pas la tonalité qui donne son avis sur ce qu'elle entend."

Liz le sert comme si de rien était. La conversation, pourtant, ne ressemble en rien aux échanges qu'une barmaid devrait avoir avec ses clients. Le kah tanais boit une gorgée, qu'il repose immédiatement, grimaçant. Liza rigole.

"On aurait pas dû prendre celui là pour l'inclure dans le signal. Mais on a trouvé ça drôle."

"Vous travaillez ici depuis combien de temps ?"

"Hier."

"Et vous repartez quand ?"

"Demain."

"Le malheur des contrats précaires j'imagine... Bon. Vous avez quelque chose pour moi ?"

"J'ai quelque chose pour vous, et vous avez quelque chose pour moi. Naturellement. Votre patronne est déjà au courant de ce que l'on veut, mais j'ai lu le journal récemment, comme les vieux. Les azuréens sont encore sur les dents... J'aurais pas pensé qu'ils seraient capables de faire une fatwa contre des serveurs informatiques...enfin non...c'était sûr en fait."

"En effet. Et donc ?"

"Vous le savez. Mon employeur est de passage en Afarée pour un voyage d'affaires express. Il a besoin d'un carnet d'adresses et de conseils. Il se coure que des poètes font mumuse un peu partout sur le continent, au détour de quelque excursion chez nous pour faire exploser des églises. Il serait dommage que tous leurs interêts dans la région se retrouvent détruits par l'intervention providentielle de plusieurs concurrents. Et vous dans le même temps, vous avez le même problème avec les azuréens."

"Je vois..."

"Vous avez deviné ma proposition. C'est bien: ils vous font faire de longues études au Cabinet noir à ce que je vois...Vous nous aidez à détruire l'influence des poètes là bas, et nous, on vous aidera à vous charger de ces militants anti-IA et on vous rendra la pareille de la même manière. Toutes nos ressources seront à disposition dans la région, et inversement. Vous verrez...vous allez adorer le casseur de pierres. Il est un peu bougon mais il a hâte de vous rencontrer. A t-on un accord ? Oh. Mince...on va trop vite en besogne. Allez dire ça à vos employeurs, après tout...nous ne sommes que des fils téléphoniques. Et savourez le con Panna, c'est gratuit chouchou."

La jeune femme repart avec son torchon s'occuper de tables qu'elle a déjà repassé un certain nombre de fois...

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Prix Luz


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Annonce des gagnants du Prix Luz pour l'édition 2020


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Lauréats étrangers :Bienvenue à toutes et à tous pour cette seconde journée de cérémonie pour le Prix Luz, aujourd'hui, nous allons révéler l'identité des deux scientifiques qui rentrerons dans leur pays avec la médaille et le prestige que représente le Prix Luz.

Contrairement aux deux dernières années, l’édition 2020 et les suivantes ne reposent plus sur les candidatures mais sur nomination du jury qui trouvera et nommera lui-même les scientifiques étrangers.
Concert d'ambiance
Ainsi ne perdons plus de temps :
Les gagnants du Prix Luz pour l'édition 2020 dans la catégorie des lauréats étrangers sont ...


Suspense
René Blanc (Grand Kah)

Pour les avancé dans le développement des technologies liées aux drones

et
Arir Grasus et l'ensemble des équipes du programme Kazablanca (Dyl’Milath)

Pour la création d'un moteur à ion
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