De : M. Javier Eeyore, Président de la República Federal de Costa Sueñoleja,
À l'intention de : Mme Juntan Necahual, Ministre des Affaires étrangères de l'Union des Cités d'Akaltie,Sujet : Demande d'explications et de réparationsMadame,
J'ai appris avec un certain effroi et une totale incompréhension le terrible incident qui s'est déroulé il y'a peu au niveau de la frontière séparant nos deux pays. Ces actes hostiles, odieux et surtout gratuits de la part de vos forces armées qui ont consciemment traversées cette ligne de démarcation internationalement reconnue pour s'en prendre sans raison à des citoyens sueñolejos innocents au détriment d'un droit international qui, bien que n'ayant jamais fait l'objet d'un document écrit mondialement reconnu par l'ensemble des nations du monde, devrait être considéré comme de l'ordre du bon sens moral le plus élémentaire pour tout peuple un minimum civilisé, au moins pour ses bases les plus évidentes parmi lesquelles "On ne rentre pas chez son voisin pour le tabasser avec une batte de base-ball, faire des courses du moto dans sa cuisine et voler sa télé", sinon quoi c'est l'anarchie et la barbarie qui nous attendent.
Ainsi, cet événement me fait m'interroger (et je pense que cela est absolument légitime) quant à la réalité de vos intentions. Vous savez aussi bien que moi que nos deux pays n'ont jamais étés de grands amis et ne le seront sans doute pas de sitôt mais il y'a tout de même un gouffre entre s'antagoniser verbalement de loin sans jamais aller au delà et lancer une invasion à grande échelle d'un autre pays en vue de le conquérir par la force, invasion que semble présager cette attaque surprise de vos troupes sur les forces de sécurité et le territoire de la República Federal de Costa Sueñoleja. Mais peut-être, bien que cela me paraisse dur à croire au vue de l’ampleur de l'attaque, peut-être qu'il s'agit là d'une surinterprétation de ma part et dans auquel cas je m'en excuse platement. Peut-être que tout cela n'est qu'un affreux mal-entendu, n'est-ce-pas ? Qu'en dites vous ?
Dans tous les cas, volontaire ou non, mon pays a subi un préjudice et exige réparation. Un citoyen sueñolejo, ci-dénommé Joao P., a été grièvement blessé dans l'exercice de ses fonctions quand d'autres s'en sont tirés d'un cheveu avec un sévère syndrome post-traumatique, plusieurs d'entre eux ayant désormais de violentes réactions impulsives et incontrôlables chaque fois qu'ils entendent les mots "Putain je vais crever, sortez moi de là les mecs, je sens plus ma jambe putain" ce qui, vous vous en doutez, leur pose de sérieux problèmes dans leur vie de tous les jours et leur nécessitera de longues séances de psychothérapie à 1 500 pesos de l'heure s'ils espèrent un jour pouvoir retrouver une existence à peu près normale. Aussi, moi et tous le peuple sueñolejos, exigeons, outre la restitution du brochet honteusement dérobé par vos soldats à son propriétaire légitime, le susmentionné Joao P., la prise en charge financière complète de tous les soins passés, présents et futurs liés à la réparation des dommages physiques et psychiques causés par vos forces armées à l'encontre de sept de nos honorables concitoyens dans l'exercice de leurs fonctions.
De plus, réparer ce que vous avez cassé ne suffira malheureusement pas, il nous faut également des garanties que cela ne se reproduira et que vous n'avez aucune velléité militariste envers mon pays libre et souverain. Bien conscient que, bornés comme vous êtes, vous refuserez de rétrocéder ces terres à leur patrie d'origine, je me contenterais d'exiger le retrait complet et définitif des forces fédérales akaltiennes de l'ensemble de la prétendue "Bande de Lahunkal" et leur remplacement, si besoin est, par une force locale financée par les autorités du territoire à partir de ses propres moyens économiques et constituée de volontaires locaux. Cela ne sera que la première étape d'un processus de décolonisation visant à obtenir l'autonomie interne de la prétendue "Bande de Lahunkal" et sa mise sous la tutelle conjointe de nos deux États sous la forme d'un condominium pour ce qui est de sa politique extérieure et de sa sécurité, écartant ainsi toute possibilité de rivalité territoriale future en plus de nous contraindre à une collaboration qui pourrait se révéler un moyen de rapprochement efficace entre nos deux nations, permettant ainsi à tous d'aller de l'avant et d’œuvrer conjointement à la construction d'un monde meilleur et plus sûr.
Bien évidemment, cela impliquera aussi l'ouverture complète des frontières et un droit de libre passage sans limite dans tout le territoire nouvellement autonome et dans le prétendu "Détroit de Lahunkal", rompant, dans une certaine mesure, avec l'isolement géographique de l'État de Cerveza et des autres États d'outre-mer, réunifiant ainsi complètement la Costa Sueñoleja et en faisant une nation réellement unie et soudée et non plus un pays divisé en deux ensembles dont la coopération est limitée par l'absence de route terrestre ou maritime sous son contrôle.
Pour finir, je vous informe, mais vous l'aurez sans doute déjà remarqué, du déploiement d'un modeste dispositif de défense le long de la frontière entre nos deux pays en réponse à ce qui apparaît comme un acte d'agression militaire et vous fait part de ma volonté de le maintenir, voire de le renforcer si nécessaire, dans le cas où vous daigneriez apporter une réponse convenable à mon gouvernement. Il ne s'agit pas là de menaces mais simplement d'un moyen de mettre en image le fait que des actes hostile entraîne, certes, d'autres actes hostiles (chose qu'en tant que pacifique convaincu je ferai tout pour éviter), mais surtout fait peser la crainte, qu'en le laissant couler, il n'ouvre la voie à quelque chose de pire encore si aucun frein n'y est mis au moment où ils restent encore bénins.
Sur ce et en espérant que vous saurez faire le choix de la paix,
Je vous salue cordialement.
Fait à Sueñoleja le 14 Mars 2019 à 18h41