
— ... ça use les souliers. Quarante-quatre kilomètres à pied, ça use, ça useuu
— On est encore loin Padraig ?
— A douze bornes Mahoan. Une heure et demie si on garde le rythme.
— J'ai l'impression d'être à l'armée...
— Tu l'es, à l'armée, Alan. Faut t'y faire.
— Mais c'est pas possible, je peux pas y croire, j'arrive pas à gérer...
— ... parce que putain c'est le Grand Kah et t'as l'impression de crever ? Même moi, même moi gars.
— J'ai soif, j'ai faim, j'ai chaud, j'ai froid...
— Un dernier petit effort. On doit y être avant la nuit.
— Et les autres ?
— Les autres ? Mais ils l'ont choisie, leur voie. Ils te l'ont dit, ils veulent y rester.
— Mais... Axis Mundi... Heon Kuang... Gokiary... Je veux dire, c'est pas possible, c'est pas concevable, ça a toujours été là...
— Toute chose a une fin, camarade.
— Sauf ta rando Padraig.
— On a mal au cul Padraig
— Fermez vos gueules ! Vous me remercierez quand on aura passé la frontière.
— J'aurais dû rester avec ma mère...
— Dans quel état seront les îles quand on y reviendra ?
— On y reviendra, les gars, je vous promets. D'ici là, on reste disciplinés et mo-ti-vés. Aller avec moi : quarante-six kilomètres à pieed...
— Alan, t'as des nouvelles des camarades ?
— Non, ils devaient nous rejoindre en bateau. J'espère qu'ils ne feront pas de mauvaise rencontre. De l'autre côté de la frontière, il y a des trucs bizarres dans l'eau, des bruits chelou dans l'air...
— Voyez ça comme une reconquête, camarades. Ces îles, elles sont à nous. Cette frontière, on l'a abolie.
— Elle va se réinstaller si le Kah disparaît.
— On fera en sorte que pas. Et puis, tu sais, on sera pas les premiers à survivre dans le flou de la terra nullius.
— Aïe, mon dos !
— File ton sac.
— Faut pas vous charger les gars, je vous l'avais dit en partant... Tiens ta vareuse, ton pull et tout tu peux me les laisser là. Où on va, on en a pas besoin.