De : M. Tomás Cohete, Ministre des Affaires Étrangères de la República Federal de Costa Sueñoleja,
À l'intention de : Mme Juntan Necahual, Ministre des Affaires étrangères de l'Union des Cités d'Akaltie,Sujet : RéponseMadame,
Je suis heureux de vous entendre dire que vous aussi souhaitez trouver un arrangement pacifique à cette situation tendue, malheureusement votre missive ne me donne pas l'impression que ce souhait soit réellement sincère tant vos remarques, en plus d'être absolument pathétiques en elles-mêmes, sont d'un hors-sujet qui semble plutôt pousser vers une exacerbation de ce conflit qui oppose nos deux gouvernements. Tout d'abord, vos affirmations selon lesquelles vos soldats n'aurait pas pu traverser la frontière nous séparant car celle-ci ne serait, selon vous, pas reconnue par mon gouvernement, sont non seulement nulles et non avenues mais constituent également une démonstration de rhétorique qui pourrait passer à peu près dans un débat de collégiens maisest indigne de la profession de diplomate. Je ne vois là rien d'autre qu'une tentative trompeuse de déformation de la ligne diplomatique que mon pays entretient depuis des siècles, à savoir que la Bande de Doscientos dite "de Lahunkal" est un territoire que la Costa Sueñoleja a été contrainte de se délester selon des limites et des frontières fixées par traité que nous reconnaissons et n'avons, constatez-le, jamais violée depuis 1800, date de signature dudit traité. Ce que nous contestons en revanche c'est, d'une part, la légitimité floue d'un traité obtenu de manière coercitive et signé par un seul individu sans consultation populaire, la Costa Sueñoleja étant alors une monarchie absolue ce qui nous pousse à demander une révision plus démocratique et équitable de cet accord, mais surtout le droit de l'Union des Cités d'Akaltie à imposer sa domination sur un territoire auquel nous avions pourtant accordé l'indépendance et à poursuivre cette domination jusqu'à aujourd'hui avec tous les incidents et problèmes que cela entraîne. Notez qu'il n'ait jamais fait mention dans notre dernière missive, ainsi d'ailleurs que dans toutes les précédentes, d'une occupation militaire akaltienne illégale d'un territoire sueñolejo et que nous n'utilisons pas dans nos revendications le terme de "libération" ou de "restitution" mais bien de "rétrocession" de la Bande de Lahunkal. La rétrocession étant le fait pour le propriétaire d'un bien d'en transférer la propriété à celui auprès duquel il l'a acquise, nos revendications officielle impliquent de fait que nous reconnaissons l'Akaltie comme la seule autorité légitime sur ce territoire mais que nous voulons pas que cette autorité se poursuive plus longtemps pour des raisons déjà plusieurs fois évoquées. C'est bien simple : si la República Federal de Costa Sueñoleja ne reconnaissait pas la Bande de Lahunkal comme un territoire akaltien, mon gouvernement ne vous aurait jamais contacté et nous ne serions pas actuellement en train d'échanger car nous n'aurions pas déployé des troupes sur une frontière que, selon vous, nous ne reconnaissons pas, mais l'aurions déjà traversée depuis longtemps pour rétablir notre autorité sur un territoire que, là encore selon vous, nous considérons comme faisant partie intégrante de notre pays comme si nous n'avions aucun respect pour un traité que, s'il en demande une révision, notre pays a pourtant signé.
Vous affirmez ensuite qu'il n'existe pas de droit international écrit et régit par un traité. Bravo, je vois que vous savez lire car c'est exactement ce que le Président Eeyore avait dit dans sa missive. Il n'empêche que cette affirmation ne remet aucunement en cause le cœur de son propos qui est que nous n'avons pas besoin de mettre par écrit les règles de bon sens les plus évidentes, et je ne parle pas là de réglementations commerciales complexes ou d'un droit international de la mer mais seulement du caractère souverain de chaque État et de l'inviolabilité de son territoire. Nous sommes des adultes responsables, ou du moins j'espère que vous l'êtes, nous n'avons pas besoin d'un panneau pour nous indiquer de ne pas nous jeter du quatorzième étage. De la même manière, nous n'avons pas besoin d'un bout de papier pour nous apprendre qu'il ne faut pas attaquer son voisin ou envahir son territoire avec ses troupes, à moins d'une déclaration de guerre en bonne et due forme que mes services n'ont jamais reçu, je pense que nous sommes capables de le deviner tout seul comme des personnes responsables. Même dans le Moyen-Âge eurysien, que nous avons l'habitude de considérer comme une ère de barbarie et de recul culturel, les royaumes avaient au moins la décence de se déclarer la guerre avant de combattre et de signer un traité de paix après avoir trouvé un arrangement. Vous croyez que tous ces royaumes se sont réunis pour signer un traité international leur imposant ces règles de bienséance et créer une organisation internationale veillant à leur application ? Bien sûr que non, c'était seulement une règle commune tacite imposée par le bon sens. Une règle qu'on appelle plus couramment la diplomatie et qui est censée être votre métier pour autant que j'en sache. Alors qu'est-ce qui, en 2020 nous empêche d'en faire de même ? Peut-être votre héritage culturel mazaticuéen ne vous permet pas de concevoir ce principe de règle tacite ? Je me demande si les anciens akaltiens déclaraient la guerre avant de lancer des razzias sur leurs voisins et s'ils signaient des traités de paix après avoir arraché le cœur de leurs prisonniers au sommet d'une pyramide.
Quoi qu'il en soit, vous pouvez déclarer autant de fois que vous voulez que nos soldats ont traversé illégalement la frontière (frontière que, rappelons-le, nous ne reconnaissons selon vous pas, raison pour laquelle ils étaient d'ailleurs affectés à sa protection) et que vos militaires leur ont parlé dans un espagnol "clair", tellement clair que ces hommes qui le parlent couramment l'ont confondu avec du mandarin, ce ne sont là que des affirmations que vous ne pouvez prouver et que nous nions en bloc. Les blessures subies par les miliciens puertallorans sur lesquels vos hommes ont tiré sans sommation, elles, ne sont pas des affirmations jetées en l'air, ce sont des preuve accablantes des crimes de votre gouvernement. Le milicien Joao P. dont le Président Eeyore avait défendu le cas dans sa dernière missive à votre adresse, a par ailleurs reçu une balle dans la fesse, démontrant que vos troupes lui ont tiré dans le dos alors que nos soldats ne leur était pas hostiles, comme vous pourrez le constater s'il accepte de se rendre dans votre pays pour un prétendu acte de braconnage perpétré sur le territoire de la República Federal de Costa Sueñoleja, territoire qu'il n'a jamais quitté de toute sa vie, à l'encontre d'un brochet, animal dont la pêche n'est en Costa Sueñoleja, contrairement à l'Akaltie et à ses lois hyper-restrictives, pas prohibée et même considérée comme un droit naturel et inaliénable, chaque individu devant avoir la liberté d'exploiter les ressources de la nature à son profit dans le respect des lois, dont aucune n'a ici été violée.
Enfin, j'aimerai pointer du doigt le fait que, si vous êtes douée pour jouer avec les mots, nous faire dire des choses ou lancer des accusations sans aucun fondement, vous l'êtes beaucoup moins pour ce qui est de traiter cette affaire avec le sérieux que vous dites lui accorder. Nous vous avons proposé de mettre en place une force lahunkalaise locale commandée par une hiérarchie indépendante : aucune réponse. Nous vous avons proposé, plutôt qu'une annexion complète de la Bande dite "de Lahunkal" par la República Federal de Costa Sueñoleja, la création d'un État Lahunkalais indépendant sous tutelle commune de nos deux nations : aucune réponse. Nous avons demandé un droit de passage de la population civile et des forces armées sueñolejas à travers la "Bande de Lahunkal" et le détroit du même nom afin de réunifier la Costa Sueñoleja métropolitaine et ses outre-mers en un bloc soudé : aucune réponse, pas même négative. Pour seule promesse de coopération, vous réclamez un gouvernement démocratique et respectueux des droits humains, ce qu'est absolument le gouvernement dont je fais partie comme le démontre les très récentes élections présidentielles de novembre dernier qui ont portées le candidat Sergio Beldad à la présidence de la Costa Sueñoleja. Dois-je comprendre que, malgré vos promesses de bons sentiments, vous n'avez aucune intention de collaborer avec le gouvernement sueñolejo sur quelque sujet que ce soit ? Si tel est le cas, dites le directement au lieu de tourner autour du pot en me faisant perdre mon temps précieux avec une lettre qui n'apporte strictement rien au débat.
Sur ce,
Je vous dis au revoir.
Fait à Sueñoleja la Ciudad le 17 Janvier 2020 à 02h58