


A l'attention de monsieur Piotr Vassia, Ministre des Affaires Étrangères de la République de Poëtoscvovie
Monsieur,
Nous ne nous connaissons pas, et la République du Makota, que je m'honore de présider par la volonté de son Congrès, n'a avec vous aucune relation ni aucun intérêt, qu'ils soient positifs ou négatifs, amicaux ou hostiles (si l'on excepte l'ouverture d'une ligne aérienne entre vous et nous, ce qui, vous en conviendrez, n'est pas loin d'être rien).Sachez que, pour ma part, je n'ai aucune arrière pensée et que je ne suis pas spécialement mal disposé à votre endroit. Aussi, si cela n'avait tenu qu'à moi, si je n'étais pas poussé par une pression institutionnelle face à laquelle je me trouve impuissant et contraint à obtempérer, je n'aurais pas envoyé ce courrier et je me serais bien gardé de porter contre vous la grave accusation que je m'apprête à formuler. Cependant, le Makota est une république et, en ma qualité de président de cette république, je me dois d'écouter les remontrances du Congrès et d'en tenir compte.
Je ne vais pas passer par quatre chemins, je vais aller droit au but même si cela me coûte. J'ai entre mes mains une lettre de l'Association des Congressistes et Hommes de Lettre du Makota. Son contenu est grave, hélas je ne puis pas vous le partager car je suis tenu de respecter la confidentialité des correspondances, surtout que ces Congressistes craignent de sérieuses représailles de votre part quand vous connaîtrez l'accusation abominable qui pèsent contre vous. Ces hommes, pour le dire clairement, affirment sans détour qu'ils ne croient pas au caractère poétique de votre nation. Ils m'ont sommé de vous envoyer ce courrier et par lui d’exiger de vous que vous nous fournissiez une preuve indiscutable en mesure de lever tout doute à ce sujet. Aussi, respectueux des institutions que je sers, je me vois contraint de m’exécuter et d’exiger de vous une preuve de la poésie dont vous vous revendiquez.
En attente d'une réponse de votre part, veillez agréer, monsieur le ministre, l'expression de mes salutations distinguées.
