13/12/2017
De l'étrange succès messaliote et du prévisible échec azuréen

Azur et Messalie, deux paris pour une seule stratégie !
Rien, en apparence, ne semble rapprocher le Califat constitutionnel d'Azur de la République actionnariale de Messalie. Deux États que tout oppose, à commencer par la géographie, le premier se trouvant dans l’est afaréen, région aux équilibres complexes où cohabitent des technocraties bienveillantes comme le Banairah, et des dictatures islamistes comme le Churaynn ou le Faravan ; le second, Etat eurysien par excellence, à la culture leucyaléenne marquée alors qu’il ne possède, paradoxalement, qu’une façade maritime espérantine, n’ont a priori pas grand-chose à voir. Faut-il comparer la Transblêmie à l’Alguarena pour la beauté du sport et du triturage intellectuel ? Votre serviteur se propose, dans ses lignes, de vous offrir un point de vue que vous ne lirez nulle part ailleurs.
Succès économique à Messalie, ambitions diplomatiques azuréenne : une seule recette pour deux gâteaux.
La République actionnariale de Messalie s’illustre parmi les autres nations du monde par l’étonnante stabilité de ses investissements étrangers. De nombreuses nations avaient déjà essayé par le passé d’attirer les capitaux internationaux pour monter de toute pièce une économique collaborative, mais aucun de ces projets n’a réellement marqué les esprits. La République Libre du Prodnov aura, au mieux, reçu quelques dizaines de milliards de l’ONC avant d’être abandonnée par cette dernière et envahie dans la foulée par sa voisine, la République Démocratique du Prodnov. En Translavya, même constat, après avoir reçu quelques aumônes étrangères, les deux morceaux du pays sont désormais chacun alimentés par un unique acteur. Kotios fut autrefois un haut lieu d’investissement… avant de passer sous la coupe pharoise, puis kah-tanaise. Aujourd’hui, qui investit dans la république pirate sinon Axis Mundi ?
Autant d’exemples d’échecs d’économies transnationales, ouvertes et libérales. Sauf… sauf pour la Messalie. Après presque deux ans d’ouverture de ses marchés, remarqués grâce à sa loterie, la Messalie continue de recevoir régulièrement des investissements étrangers, du Nazum à l’Aleucie, en passant par tous les coins de l’Eurysie. Si certains justifieront ce succès par l’attrait d’un retour sur investissement bien réel, ou sur les lois plus que favorables aux grandes fortunes qui, à l’instar de la famille Castelage, s’y batissent des petits nids douillets, l’analyse semble sommaire. Ce qui fait, de notre point de vue, le succès messaliote, ne tient pas à sa structure économique ultra-libérale mais davantage à la clarté de ses règles et institutions.
La Messalie est, en effet, un pays où le droit prévaut avant la tentation de l’arbitraire économique qui règne, quoi qu’on en dise, partout ailleurs. Même notre bien-aimée Principauté de Carnavale n’échappe pas à cette tentation du twist, la concentration des pouvoirs économiques entre les mains de quelques grandes familles (bientôt une seule) n’est pas exactement de nature à rassurer les investisseurs étrangers quant à l’existence de garde-fous institutionnels. Bien sûr Carnavale ne fait pas n’importe quoi mais… pas loin. En fait, c’est le cas de tous les pays du monde, une épée de Damoclès plane sur chaque économie, sur chaque gouvernement, qui semble pouvoir se retourner du jour au lendemain, au gré des révolutions, changements de régime, de majorité, repositionnement géopolitique, on en passe et des meilleurs. La politique sur Géokratos est versatile, peu sujette au temps long, certains diront même aléatoire, soumise aux humeurs de quelques forces divines.
Messalie échappe à cette fatalité. Vous ne verrez pas demain l’Olivier prendre le pouvoir sans avoir pu anticiper au préalable sa montée progressive dans la presse. Le grand nombre d’investisseurs étrangers sert de garde-fou à l’arbitraire, chacun pouvant légitimement faire valoir l’injustice qu’il y aurait à laisser faire un retournement de situation dramatique ou opportun pour le pécule de chacun. Messalie est stable parce qu’elle est plurielle et dispose de lois claires, et d’institutions pour les appliquer. Bien sûr elle n’est pas plus immunisée aux coups d’Etat que n’importe qui, mais nous sommes en capacité de le voir venir, voire de le contrer si nécessaire. Peu de pays peuvent en dire autant. A nouveau, l’exemple carnavalais l’illustre bien : la Principauté fait preuve d’une indéniable flexibilité politique et économique, dû à la quasi absence d’État central pour rigidifier les décisions politiques et lier les mains aux entrepreneurs. Si cette stratégie a pu permettre à la Principauté de retourner le cerveau de ses ennemis avec une habilité rare, elle a malgré tout écorner le statut de Carnavale, perçu depuis des décennies comme un étonnant ilot de stabilité capitaliste au sein d’un monde en proie aux guerres et aux conflits. La perte de la moitié du potentiel culturel carnavalais n’y est sans doute pas étranger, il faudra que la Principauté investisse encore davantage dans ce secteur pour retrouver un soft power équivalent à celui qu’elle possédait avant l’Armageddon’t.
Pour en revenir à Messalie, Messalie prospère et attire parce qu’elle a su proposer un cadre clair et chiadé pour ceux qui désirent s’engager dans l’aventure local. Nombreux sont les aventuriers à jouer des coudes pour s’attirer les faveurs d’une nation somme toute négligeable sur le plan économique et militaire. Étonnant de voir davantage de nations tenter d’influencer la petite république, par rapport à des mastodontes autrement plus juteux comme Velsna, l’Alguarena ou le Grand Kah. La réponse, pourtant, est intuitive : rien ne garantit un retour sur investissement. Rien ne garantit que vos efforts auront un effet, ou même s’ils seront remarqués. Certaines nations semblent déterminées à rester stables, d’autres à se réformer au gré du vent. Reste la Messalie, étrange petite république eurysienne, qui aura su proposer un contre-modèle convaincant, tout du moins si on en croit les flux de capitaux qui y circulent. Le reste du monde serait-il avisé de s’en inspirer ? Pas si sûr, car la dilution des investisseurs dans plusieurs nations pourrait aboutir, en fin de compte, à un essoufflement. L’énergie actionnariale n’est pas infinie et la force de Messalie est précisément qu’elle est seule sur sa niche. Si des concurrents tout aussi ambitieux devaient demain apparaitre, la petite république pourrait rapidement perdre en attractivité. Non pas qu’elle démérite, mais parce qu’elle perdrait sa position monopolistique.
Paradoxalement, si l’essoufflement et le désintérêt des investisseurs étrangers sont des risques pour Messalie, elles sont aussi un véritable avantage, car il faudrait beaucoup d’efforts et de signaux positifs envoyés à la communauté internationale pour réitérer l’exploit messaliote. Peu nombreuses sont les nations prêtes à s’engager sur cette voix et surtout à tenir le rythme, petit travail de fourmi administratif qui garantir que les droits de chacun soient respectés, et que les forces en présence demeurent équilibrés.
Quel rapport avec l’Azur, me demanderez-vous cher lecteur ? Car à ce qu’on sache, le Califat constitutionnel ne reçoit aucun investissements étrangers comparables à Messalie, et en dehors de ses très traditionnels accords économiques et diplomatiques noués avec ses pairs, l’économie de l’Azur ne repose pas du tout sur les deniers des autres nations. Oui, mais non. Car le réel poids de l’Azur, outre sa stratégie des missiles balistiques qu’il faudrait quand même les prévenir que c’est démodé depuis Estham, consiste à tenter, souvent avec maladresse mais aussi une bonne volonté qui les rend sympathique, à instituer un semblant d’ordre international. Messalie fait la démonstration qu’une législation claire peut bénéficier à la prospérité d’une nation, l’Azur tente de réitérer l’exploit à l’international. « Clarifions, crie-t-elle dans le désert, clarifions et nous en sortirons grandis. » Pas étonnant qu’elle tente de faire du pied à ces pisses-froids de l’OND, et qu’elle tempête régulièrement contre les géants endormis qui s’obstinent, on ne sait toujours pas pourquoi, à refuser d’impérialiser. Il faut que ce soit des gratte-papiers comme Tanska qui fassent finalement le boulot qu’aurait sans doute accompli avec flamboyance l’Alguarena ou le Grand Kah.
Oui mais voilà, tout comme Messalie souffrirait de voir se multiplier les terrains de jeu pour les investisseurs étrangers, car cela dilapiderait les énergies, l’Azur peine à comprendre que le monde de Géokratos n’est pas prêt, car il n’a pas le temps, pour jouer le jeu procédurier des institutions internationales. En témoigne le Pacte Afaréen de Sécurité qui fut une réussite pendant une demi-seconde, après s’être embourbé dans des imbroglios administratifs, et qui aujourd’hui ne donne plus aucun signe de vie. Réfugié à huis-clos, les débats se déroulent probablement par QCM, se contentant de valider la position de celui qui s’exprime le plus fort. Plus personne ne prend cette institution au sérieux, pacte fantôme où l’Azur à la décence de laisser parler son perroquet, le Finejouri, pour donner l’illusion qu’elle n’y dirige pas seule avec le Faravan, pays dont la seule contribution à la géopolitique internationale est sa haine irraisonnée de Carnavale et son amour pour les lancés de satellites répétitifs et les revus militaires insipides.
L’Azur tente de reproduire l’exploit messaliote à grande échelle, mais si Messalie fonctionne sur l’attrait des volontaires, il est plus dur d’embarquer contre leur gré des nations qui n’ont pas toutes l’énergie diplomatique à investir dans des institutions internationales. L’Althalj, le Banairah et tant d’autre sont l’exemple que dans un monde multipolaire comme Géokratos, il faut compter avec le désintérêt des uns, malgré toutes nos bonnes intentions. Ce qui fonctionne en Messalie ne fonctionne pas en Azur. La République eurysienne a concentré autour d’elle des investisseurs motivés qui font son succès, le Califat constitutionnel, lui, se traine une dizaine de boulets qu’elle pique avec un bâton en les suppliant de faire quelque chose. Peine perdue. La clarification a ses intérêts… et ses limites. L’ordre nouveau espéré par l’OND et l’Azur n’adviendra pas, non pas qu’il n’ait pas de sens ni de pertinence, mais parce qu’il existe une inertie internationale qui refuse, à juste titre, d’investir du temps et de l’énergie dans des débats qui ne l’intéressent pas, là où elle pourrait se concentrer sur les résultats de sa coupe de football, ses attentats ou la négociation d’accords bilatéraux plus simples… et plus clairs.
Il faut faire le deuil d’un ordre international, l’OND va le comprendre à Carnavale. L’Azur le comprendra-t-elle à CRAMOISIE© ? Après avoir recueilli une dizaine de signatures à sa résolution, combien de nations dont le seul mérite est d’avoir lu un papier en diagonal, s’engageront pour faire quelque chose de concret ? Nous le savons : presque aucune. Et celles qui le feront seront les suiveuses d’un élan qui s’essoufflera à la minute où les dirigeants de la RAC© décideront de le saboter dans l’œuf. Il faut être deux pour signer un accord international, il faut être deux pour faire la guerre, or faute de lois internationales, nul n’est tenu à faire ce qu’il ne veut pas. Messalie prospère sur une armée de volontaire, l’Azur risque de trébucher sur un tas de récalcitrant. Et si, comme à chaque fois, la solution était le bilatéralisme ? Une bonne vieille politique diplomatique qui a fait ses preuves et nous épargne des machins surplombants sans avenir tels que nous les promettent les tenants de l’ordre international ? Carnavale l’aura compris avant tout le monde : souveraine et indomptée, elle tend la main à tous mais ne la force jamais. Qui nous aiment nous suivent, et les autres peuvent disparaitre dans le déni !
Les pâtes de fruit jashuriennes vendus au marché noir contiennent des pattes de rat.
Le monde est compliqué, laissez nous vous l'expliquer.


