
Proclamée à Azour, le 6 janvier 2018
Émetteur : Vilo Colo, Consul exécutif (mandat du 6 janvier 2019 au 6 janvier 2020)
Destinataire : Amastan Ag Amenay Ag Aylan, Ministre des Affaires étrangères de l’Azur
Objet : Ligne kabalienne face à la Cramoisie, stratégie d’isolement, Union de l’Afarée du Nord, Institut du Désert, coopération militaire et agenda économique kabalo-azuréen
Date : 29.11.2018
Que la Paix, la Miséricorde et la Bénédiction d’Allâh soient sur toi, mon frère,
Au nom de la Chancellerie unifiée, je te remercie pour ta note et pour la netteté de la position azuréenne. Ta missive a une vertu rare : elle ne cherche pas à enjoliver, elle cherche à clarifier. Tu rappelles que votre ligne repose sur les faits, et tu décris précisément la nature irréconciliable entre les faits et leur négation. C’est exactement ce que la Kabalie observe, et c’est exactement le terrain sur lequel nous devons rester, car il ne laisse aucune prise à la propagande ni aux glissements de langage.
Je prends acte, d’abord, de votre choix d’abandonner le dialogue avec Balsilek Ishaq, après qu’il n’ait démontré aucune intention réelle de le poursuivre. J’entends aussi, et je retiens, votre refus total d’accorder du crédit à la parole provenant de Carnavale ou de Cramoisie, au regard de la mauvaise foi et du négationnisme constatés, ainsi que de la tentative actuelle de fabriquer une fausse réparation en laissant les auteurs contrôler le territoire. Cette lucidité est précieuse, parce qu’elle évite à la Kabalie de confondre discussion et sortie de crise.
Je veux ensuite poser notre ligne, clairement, afin que l’Azur sache précisément ce que la Kabalie prépare, et comment nous souhaitons coordonner nos actions.
La Kabalie ne reconnaît pas la Cramoisie comme un État. Ni dans son principe, ni dans ses institutions, ni dans sa légitimité. Nous reconnaissons les faits suivants : un génocide a eu lieu sur des terres kabaliennes, une occupation s’est installée, une colonisation s’est normalisée par la force, et cette entité a ensuite cherché à habiller son installation par la rhétorique, les titres, les couleurs et la mise en scène. Cela ne produit aucun droit. Cela ne produit aucune souveraineté. Cela ne produit aucune paix.
Pour autant, et c’est là que la méthode devient importante, notre État ne veut pas basculer dans une logique de guerre immédiate. Nous voulons prouver, au monde et à nous-mêmes, que la diplomatie peut encore servir de voie de réunification. Mais cette diplomatie doit être une diplomatie de contrainte, d’isolement, et de logique économique, pas une diplomatie de normalisation. Cela signifie que nous acceptons, tactiquement, le maintien d’un canal de dialogue avec la Cramoisie, non pas pour la reconnaître, ni pour l’installer, mais pour la pousser à se dévoiler, pour la forcer à répondre aux faits, et pour gagner du temps utile. Je le dis sans détour : si un accord existe un jour, il ne pourra naître que d’un rapport de force politique et économique construit, pas d’une discussion de salon. Et si nous maintenons une discussion, c’est aussi parce que la discussion peut servir à faire traîner, à bloquer leurs manœuvres, à imposer des conditions, et à conduire, progressivement, à une dépendance économique qui les prive de choix réels.
C’est ici que notre stratégie se structure en trois axes qui doivent être cohérents entre eux.
Premier axe, l’isolement diplomatique. Nous avons signé la Déclaration mondiale sur la Cramoisie et la Reconnaissance de l’intégrité territoriale kabalienne. La Cramoisie a refusé ces bases. Donc la phase suivante est l’isolement. Isolement dans les organisations. Isolement dans les partenariats. Isolement dans les circuits économiques licites. Isolement moral. Et sur ce point, l’Azur est un pivot, parce que votre crédibilité, votre constance et votre capacité à porter un discours de faits font partie des rares leviers qui empêchent les chancelleries de tomber dans la fatigue.
Deuxième axe, la bascule économique. Tu sais que la Kabalie possède du pétrole à foison. C’est un fait structurant. Entre janvier et mars, notre Sénat votera une série de lois économiques portant sur la gouvernance énergétique, la sécurité des infrastructures, la prévisibilité réglementaire, et les mécanismes d’exportation. Notre objectif est simple : faire de la Kabalie un acteur énergétique crédible et stable. Cela implique d’organiser des contrats, de sécuriser les routes d’export, de fixer des cadres juridiques lisibles, et de construire une capacité de négociation sérieuse.
Dans ce cadre, je veux ouvrir un volet kabalo-azuréen, très concret, qui dépasse le symbole. Nous voulons exporter du pétrole depuis la Kabalie vers des partenaires fiables. L’Azur peut être l’un de ces partenaires, selon des volumes à définir et selon vos propres besoins. Mais je veux aussi insister sur l’autre face, l’importation. Une relation saine n’est pas une relation où l’un vend et l’autre achète sans contrepartie structurée. Nous voulons donc, avec l’Azur, définir un circuit d’échanges réciproques : exportations énergétiques kabaliennes, et importations kabaliennes en biens, services, technologies, logistique, formation, équipements, et tout ce que l’Azur juge pertinent. L’objectif est de créer une interdépendance positive, utile à nos deux pays, et qui renforce nos marges de manœuvre face à la Cramoisie. Je veux que nos services commencent à dresser, dès maintenant, une cartographie simple : ce que la Kabalie peut fournir, ce que la Kabalie doit importer, ce que l’Azur produit, ce que l’Azur peut exporter, et les voies logistiques réalistes pour que cela ne reste pas une idée, mais devienne une mécanique.
Troisième axe, la sécurité. Tu as vu que notre pays se reconstruit, et qu’il ne veut plus jamais être faible au point de faciliter un crime. Dans cette logique, un grand plan d’armement a été voté, et à partir de janvier, un achat massif d’armement aura lieu à hauteur de 195 000 unités internationales. Sur les estimations que nous utilisons, cela représente un investissement de plus de 80 milliards. Je mesure le poids de ces chiffres et je les assume : nous ne voulons pas une armée décorative. Nous voulons une armée terrestre forte, reconnue, disciplinée, capable de protéger nos civils, de tenir nos frontières, et de dissuader toute tentative de chantage. Nous voulons également structurer une force aérienne crédible. Notre faiblesse navale, elle, demeure, et nous ne prétendons pas devenir une puissance maritime. Mais justement, c’est là que l’Azur peut jouer un rôle de stabilisation : une présence, une formation, un regard, une capacité de dissuasion indirecte, tout cela suffit souvent à empêcher les dérives sans tirer un seul coup de feu.
Dans ce cadre, je te demande explicitement une chose : que l’Azur accepte l’idée d’envoyer des formateurs pour former des soldats kabaliens, selon vos standards, selon vos méthodes, selon une doctrine de discipline et de protection des civils. Notre objectif est de professionnaliser, pas de fanatiser. Nous voulons une armée stable, pas une milice. Nous voulons une force qui protège, pas une force qui se venge. Et si l’Azur, État reconnu et respecté, contribue à cette formation, cela aura un double effet : monter notre qualité militaire, et renforcer notre crédibilité internationale quand nous affirmons que nous cherchons la paix par la force de la loi.
Je reviens maintenant sur ton hypothèse centrale, celle de répondre positivement à une discussion sur le désert. Je la considère comme pertinente, mais uniquement si elle est encadrée par une doctrine claire. Si nous discutons du désert, ce n’est pas pour discuter d’un aménagement technique, ni pour discuter d’une coexistence, mais pour imposer deux vérités : le désert est kabalien, et aucune entité coloniale n’a de droit à y projeter ses fantasmes. C’est aussi dans cette perspective que l’Institut du Désert, que tu proposes, me paraît être une idée excellente. Il s’agit d’un instrument culturel, scientifique, diplomatique, et moral. Il peut servir à exposer au monde ce que la Cramoisie cherche à effacer : des traditions nomades, des langues, des pratiques, un rapport unique au territoire, une mémoire. L’Institut du Désert est donc un projet que la Kabalie est prête à inscrire dans un agenda bilatéral avec l’Azur, et à porter comme réponse pacifique mais puissante au biocolonialisme et aux projets absurdes qui humilient les victimes.
J’en viens maintenant à un point de doctrine régionale que je veux préciser. Nous travaillons à la création d’un Pacte de Défense de l’Afarée du Nord-Ouest, qui a un objectif sécuritaire, politique et économique. L’objectif sécuritaire est d’empêcher le retour de la colonisation et de dissuader les agressions opportunistes. L’objectif politique est de créer un bloc de cohérence diplomatique, afin que les États de la région parlent avec plus de poids dans les enceintes continentales. L’objectif économique est de structurer des échanges, des routes, des mécanismes de coopération et d’investissement, afin que la région se développe sans dépendre des structures coloniales et sans laisser la Cramoisie devenir une plateforme de contournement.
L’un des points clés de ce Pacte de Défense de l’Afarée du Nord-Ouest, et je le dis clairement, est de construire un rapprochement fort avec l’OND, par un mécanisme d’observation, et possiblement par un mécanisme de formation, de standardisation, ou de coopération. Cela ne doit pas être une dépendance, mais un regard. Pourquoi ce regard est utile ? Parce qu’il agit comme un filtre. Une entité hostile à l’OND, comme la Cramoisie, refusera d’elle-même un cadre qui l’expose à l’OND. Donc elle restera dehors. Et si tous les autres États entrent, la Cramoisie se retrouve isolée, non seulement moralement, mais structurellement. C’est exactement ce que nous recherchons : une architecture qui rend l’isolement automatique, sans que nous ayons besoin de répéter chaque semaine les mêmes condamnations. Et dans ce cadre, la pression régionale limitera mécaniquement leurs actions, parce qu’elle rendra leurs provocations plus coûteuses et leurs manœuvres plus visibles.
Dans ce même esprit, et parce que nous devons agir sur tous les leviers, nous envisageons notre candidature au PAS, Pacte afaréen de sécurité. Nous ne voulons pas y entrer pour accepter un compromis mou. Nous voulons y entrer pour empêcher que la sortie négociée ne devienne une reconnaissance indirecte. Nous voulons y porter une ligne de faits, et pousser, comme tu l’indiques, à des méthodes plus crédibles, y compris des sanctions et des restrictions, tant que l’occupation persiste.
Je termine par une proposition de coordination, très simple, que je souhaite te soumettre.
Premièrement, sur l’économie : ouvrons un groupe de travail kabalo-azuréen sur l’exportation et l’importation. D’un côté, volumes et calendrier de nos exportations pétrolières. De l’autre, vos capacités d’exportation vers nous, en biens, en logistique, en technologies, en équipements, et en services. Ce groupe doit être prêt avant le vote final de nos lois économiques, afin que les textes kabaliens prennent en compte une réalité de partenariat, et pas seulement une intention.
Deuxièmement, sur la sécurité : je souhaite que nous définissions un cadre de formation militaire kabalienne par l’Azur. Une mission limitée, claire, encadrée, mais réelle. Avec un objectif précis : professionnaliser, discipliner, protéger les civils, sécuriser la frontière, et dissuader.
Troisièmement, sur la doctrine commune : je veux que la Kabalie et l’Azur parlent d’une voix coordonnée sur la base Déclaration et Reconnaissance, et sur l’idée que la discussion ne suspend pas la coercition. Nous pouvons discuter, tactiquement, si cela sert à dévoiler la mauvaise foi et à imposer la vérité, mais nous ne suspendrons pas l’isolement et la pression pour faire plaisir à un occupant.
Quatrièmement, sur l’Institut du Désert : lançons-le. Même en version embryonnaire. Même en version préparatoire. Un calendrier, un texte fondateur, une gouvernance, une articulation scientifique et culturelle. Ce projet a une puissance symbolique qui, je le crois, peut faire plus mal à l’occupant que mille insultes : il l’empêche de prétendre que le désert est un vide.
Tu as conclu en disant que l’Afarée ne doit plus être désunie. Je partage cette phrase, et j’ajoute la mienne : l’Afarée ne doit plus être confuse. Car la confusion est le carburant de la Cramoisie. Alors restons clairs. Restons fermes. Restons cohérents. Et avançons.
Que Dieu guide nos décisions.