CABINET DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU DUCHÉÀ l'attention de Monsieur Amastan Ag Amenay, ministre des Affaires étrangères du Califat constitutionnel d'Azur.
Monsieur,
Vous m'écrivez un courrier complet balayant tous les dossiers qu'il soit possible de mettre en commun et dressant un portrait exhaustif de la scène international, aussi veuillez bien vouloir excuser le délai de ma réponse. Je distinguerai trois sujets que je souhaite tenir pour distincts. D'abord, il y a celui de la guerre en Antares. Ensuite, celui de l'opération humanitaire et du Grand Kah à Carnavale. Et enfin, il y a celui auquel vous ramenez les deux autres, c'est-à-dire celui de l'impuissance des pays comme les nôtres à empêcher la barbarie qui se déploie.
Le dossier sensible aux yeux de mon gouvernement reste celui de la guerre en Antares. Je commencerait donc par vous en parler, et en répondant d'abord au sujet de la mobilisation des opinions publiques pour faire plier la Loduarie dans cette affaire. Vous exprimez notamment votre scepticisme quand à l'utilité de telles pratiques dans le cas du Kah (sans mauvais jeu de mots). Mais je dois alors rectifier notre approche. Les armes "secrètes" que nous comptons utiliser contre la Loduarie relèvent certes de la morale, cependant, leur but n'est pas tant d'obtenir une action politique kah-tanaise sous pression de l'opinion, mais de fournir à la communauté internationale un prétexte pour prendre ses distances (a minima) avec un régime loduarien devenu compromettant. Une telle stratégie se fonde donc sur la conviction, qui est la nôtre, que les Kah tanais souhaiteront - si on leur en offre l'opportunité, la justification - mettre un coup d'arrêt à cette guerre dans la mesure de leurs moyens. Nous assurerions d'ailleurs, au-delà du Kah, une mobilisation d'autres puissances qui elles ne cachent pas leur hostilité envers la Loduarie. Je pense notamment aux nations commerçantes et à l'Alguarena.
Je me réjouis de l'engagement du Diwan pour faire adopter un train de sanctions contre la loduarie. Le duché s'y joindra bien évidemment, et participera à l'embargo sur les armes. De même, je suis absolument ravi d'apprendre votre intention d'emmener avec vous le Pacte afaréen de sécurité (une institution que nous tenons pour fiable), et d'inclure ce sujet primordial pour nos deux agendas au programme des discussions avec vos autres partenaires afarérens du FCAN.
C'est tout à votre honneur que vous souhaitiez n'intervenir que sous le patronage d'une puissance locale, vous faites preuves ici d'une bonne connaissance de la doctrine gallèsante sur le sujet et je vous en sait gré. Néanmoins, nous n'avons pas prévu de monter une action humanitaire en Antares dans l'immédiat. En effet, coté loduarien (qui s'est déjà rendue maître d'une large portion du territoire antarien), il paraît inconcevable de laisser rentrer nos agents après que nous avons frappé leur marine. Et côté antarien, nous n'avons pas reçu d'appel à agir sur leur sol. Il faut dire qu'en dépit de notre très récente coopération dans le domaine de l'intelligence, nos relations diplomatiques étaient plutôt tendues, du fait notamment de mon prédécesseur.
Pour conclure sur ce dossier, avant d'aborder les deux autres, je me réjouis que l'Azur et la Gallouèse puissent se montrer moteurs d'une riposte diplomatique face à l'agression loduarienne. Restons en contact pour partager ces avancées auprès de nos alliés. Il faudrait arriver à promouvoir discrètement un train de sanctions contre la Loduarie. Discrètement, car il ne fait pas donner de prétextes aux excités de l'UICS qui pourraient nous désigner comme des co-belligérants, ce qui rendrait Velsna, le Kah ou même l'Alguarena beaucoup plus frileux.
Passons rapidement sur le sujet de l'opération humanitaire à Carnavale. Je me permet de réfuter l'idée selon laquelle cette mission serait un échec. Des vies ont été sauvées. Voilà quel était l'objet de notre présence. Nous avons également assisté le Kah dans sa prise contrôle de l'Arsenal carnavalais, qui lui permet, à l'heure actuelle, de démanteler l'arsenal balistique de la principauté sous les yeux de nos observateurs. Quand à nos troupes, elles ont commencé un retrait progressif depuis quelques semaines. Nous souhaitons bien sûr assurer une présence continue jusqu'à neutralisation de cet arsenal, mais la nécessité force le redéploiement de nos forces armées plus au nord. Du reste, je ne sais pas quelles sont les autres informations dont vous disposez. Certes, nous n'avons rien pu faire pour empêcher Carnavale d'utiliser des armes chimiques contre l'OND et leur propre peuple. Mais nous avons fait ce qui était en notre pouvoir pour limiter les dégâts.
J'en viens au dernier point de cette lettre. Connaissant la positon azuréenne sur la nécessité de codifier le droit international, position que le Califat partage avec l'OND ou la Poëtoscovie, je ne peux m'empêcher lire le sous-texte dans vos nombreuses questions. Oui, nous, puissances moyennes, nous retrouvons bien démunies par les temps qui courent. De même vous semblez douter de notre capacité à faire reculer la Loduarie sans un ordre international contraignant, car nous reposons sur des variables sensibles comme la volonté des commissaires kah-tanais. Je me permets toutefois de souligner que la position du duché de Gallouèse est demeurée inchangée : le droit international est une contrainte pour les peuples. Je ne suis pas aussi intransigeant que mon prédécesseur sur la question. Mais, plus pragmatique, j'ai observé que des traités de non-prolifération des armes balistiques et chimiques se sont mis en place tout seuls lorsque le besoin s'en est fait ressentir. Je crois donc que dans ce monde très fortement multipolaire et peu interdépendant, les puissances moyennes, à l'échelle régionale, ont une force de frappe à ne pas négliger.
Et je crois aussi qu'ensemble, nous pouvons faire plier la Loduarie, la cruauté carnavalaise, et les massacres en tous genres. Le soutien de l'Azur sera très précieux. La Gallouèse se réjouit de vous savoir à nos côtés.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le ministre, l'expression de mes salutations distinguées.
Ligert, le xx xxxxxxx 2018
M. Urvoit Nàsier, président du Conseil des ministres