La Nation littéraire renoue avec la planification
Source : La Petite Plume
Tandis que la Poëtoscovie rêve de figurer parmi les grandes puissances que compte le globe, elle s'est constamment heurtée à une forme de plafond de verre économique qu'elle s'est toujours montrée incapable de dépasser. Cependant, sa nouvelle dirigeante (depuis 2020) affiche des ambitions autrement plus grandes que celles du Parti lovecraftien, se désignant elle-même comme une « néo-libérale » prônant le capitalisme le plus libre. Au contraire, c'est dans une forme de « capitalisme d'État » que se retrouve la Poëtoscovie sous le Parti zolien, dont la nouvelle arme a été présentée ce mercredi auprès du Parlement.
Le retour à la planification comprend évidemment un volet économique, qui constitue d'ailleurs le cœur de cette stratégie. Le plan, désormais accessible publiquement, explicite un certain nombre de positions claires du régime poëtoscovien concernant son modèle économique. Il acte un bouleversement stratégique majeur : la Poëtoscovie ne doit plus rechercher l'autonomie, mais bien la domination de secteurs technologiques en essor afin de lui garantir une place sur la scène internationale. Le plan n'est pas seulement un levier de politique intérieure : c'est avant tout une méthode pour asseoir une domination régionale, qu'elle soit partielle – en termes de secteurs – ou totale. Le plan évoque par exemple la volonté de multiplier les partenariats internationaux afin de poursuivre dans la voie d'un rayonnement international, sur le plan technologique notamment. Le plan consacre ainsi au domaine spatial une vaste place, promettant, dans le cadre de l'OPP, des projets communs. Le document, d'un volume tout à fait conséquent, se décline en différentes parties en fonction du public auquel il s'adresse. Ainsi, les gros industriels comme les petits investisseurs savent où l'action de l'État va être portée, entraînant de ce fait une dynamique importante dans certains domaines, notamment le numérique.
Cette planification sous-tend parallèlement des volontés militaires. En effet, le document présente une véritable évolution de la doctrine militaire poëtoscovienne, héritée de son histoire comme protectorat. Alors que la Poëtoscovie a essuyé une défaite militaire massive et largement commentée à l'international, comme le régime velsnien, la Nation littéraire apparaît comme particulièrement vulnérable en termes militaires, rompant catégoriquement avec son image de puissance. « La nouvelle stratégie poëtoscovienne sera balistique ou ne sera pas », a annoncé Roxane Rostand, figure forte de la Nation. Elle opte alors légitimement pour un recours à la dissuasion, à savoir la dissuasion balistique. Cela demeure un pari particulièrement osé, car plusieurs puissances déjà hostiles à la Poëtoscovie disposent d'un arsenal conséquent en la matière et nécessiteraient qu'on les dépasse. À terme, de telles ambitions nécessiteraient un retrait du Traité-Cadre d'Aserjuco, initié par l'Alguarena. Il est cependant à noter que c'est là la voie qu'a suivie l'Azur, allié de la Poëtoscovie, dont elle pourrait par ailleurs s'inspirer afin de concevoir un nouveau système de défense. Enfin, la Poëtoscovie devrait d'ici peu multiplier les accords bilatéraux en termes de défense, toujours dans le cadre de cette dissuasion. Cela pourrait se concrétiser, d'après nos informations, par l'ouverture de bases militaires étrangères sur le sol poëtoscovien. Le porte-parole du ministère de la Défense, contacté par nos soins, a indiqué ne pas être en mesure de nous répondre.
Enfin, cette planification est diplomatique et culturelle. Avec l'Organisation des partenaires de la Poëtoscovie (OPP), la Nation littéraire crée une galaxie dont elle constitue l'épicentre et dont les ambitions sont avant tout culturelles. Des projets anciens, comme Le Joueur d'échecs, mais également toujours en cours — L'Œuvre au Noir, Grands Jeux Pannazumis, etc. — permettent d'afficher la Poëtoscovie comme pionnière dans la recherche de projets consensuels, d'autant que ceux-ci associent parfois d'autres acteurs de haute importance, telle que la CEN, dont la Poëtoscovie est pleinement membre. Enfin, cela pourrait se concrétiser à terme par l'ouverture de nouveaux centres culturels de la fondation Poëtky Mir, dont la vocation première est de participer au rayonnement de la culture poëtoscovienne à travers le monde.



