KABALIE ROUGE DE SANG Épisode 3 : Cramoisie c'est fini, mais Dalyoha est toujours là
Par Yoan TSHELA et Noël MANGEMOSI LUWAU Publié le 28.12.2018
« En Dalyoha nous croyons » : la devise officieuse du luciférisme n'a pas de quoi faire sourire. Derrière ce nom se cache plus qu'un homme : une vision. Vision apocalyptique, terminale et cauchemardesque des humains et de l'univers, comme nous allons le voir. Dalyoha, principe fondateur de l'extermination coloniale, inspire la religion luciférienne dans son grand « jihâd » contre l'univers. Après la chute de Carnavale et la conquête du pouvoir cramoisien par la Société Luciférienne Carnavalaise, l'enterrement de Dieu n'a pas restitué l'humanité à son égalité fraternelle mais l'a soumise à un nouveau prophète, le Blaise, que certains ne tarderont pas à affubler d'un épithète cringe emprunté au folklore. Conservant ses vingt-cinq pour cent au Conseil d'Administration, la Compagnie Dalyoha, autrice de l'Holocauste d'Estham, a regardé passer les régimes successifs à Cramoisie comme une vache dans un pré regarde les trains passés. La Compagnie Dalyoha n'a rien à craindre des réinventions intempestives de l'identité politique cramoisienne. Et pour cause : elle est la seule source du « peuple neuf » promis par le Pape Noir Petipont dans son premier discours de politique générale, en 2017. Scientifiques ou magiciens, ceux qui prétendent recréer jusqu'à la Nature elle-même n'ont à attendre de la Cramoisie que prières et supplications. Les Lucifériens sont leurs obligés. Car qui, sinon les Laboratoires Dalyoha, pourrait créer l'être idéal que les Lucifériens brûlent de voir exister ?
Révolution luciférienne et continuité actionnariale
Dans les épisodes précédents, nous avons appris comment la Cramoisie a été fondée et instituée sur le massacre et l'exploitation coloniale de la Kabalie. Dans le présent épisode, nous abordons la période laissée en suspens après l'effondrement de la glorieuse Carnavale. A l'Armaggedon't, des changements se produisent aussi bien métropole que dans le « protectorat colonial. » Après une période de massacres et de violences, la Cramoisie se retrouve isolée : son actionnaire majoritaire, la Maison Obéron, s'effondre et se voit annexée par une secte opportuniste, celle des Lucifériens, qui recrutent en masse dans son clergé survivant. Carnavale n'est plus en mesure d'alimenter la colonie, qui doit trouver une raison d'être autonome. La Société Luciférienne Carnavalaise entre alors en scène.
L'idéologie luciférienne promeut, à partir de janvier et de la mi-2017 surtout, une vision « syncrétique » et « réconciliée » de la nation cramoisienne. Pour les Lucifériens, le génocide appartient au passé et, en substance, à Pervenche Obéron, reine-mère de Carnavale. L'heure n'est plus au « nettoyage » mais à la « tolérance. » Petipont propose aux colons de se boucher le nez pour supporter l'odeur des indigènes, plutôt que de les tuer. Les massacres s'interrompent alors dans la zone n°5 ; en lieu d'un nettoyage ethnique total, les colons, qui viennent de déclarer leur indépendance formelle vis-à-vis de la métropole, décident de faire de Cramoisie un vaste terrain de jeu et de défoulement de leurs pulsions racistes. Lancer de kabaliennes paraplégiques, diplomatie désopilante retranscrite comme une téléréalité pour vendre à l'audimat les tokens kabaliens de la R.A.C., ou encore réparation du génocide avec du paracétamol amusent autant les colons que leurs actionnaires, qui se satisfont pleinement d'une transition politique conforme à leurs intérêts capitalistiques. Le luciférisme est un humanisme mais surtout un capitalisme ultralibéral qui voudrait bien s'affranchir de toutes les limites éthiques, biologiques et physiques pour stimuler l'enrichissement des propriétaires de capitaux. Le remplacement du drapeau colonial à la tête de chèvre par un montage rougeâtre (à ne pas confondre avec le drapeau de l'Ouaine) ne change fondamentalement rien à l'orientation droitière, bourgeoise et propriétaire du régime cramoisien avant, après, pendant, à l'intérieur et à l'extérieur des multiples opérations de repoudrage de façade destinées à attirer des opportunistes moins courageux dans leur ignominie.
Tout change pour que rien ne change durant plusieurs mois. Après avoir loué l'innovation dalyohyène pour tirer l'Humanité du marasme idéologique bourbeux dans lequel il l'a plongé, le PDG-Protecteur change de posture pour justifier la rentabilité des capitaux investis dans le projet colonial. Loin de remettre quoi que ce soit en cause de la structure illégale et capitalistique de la Cramoisie, Balsilek Ishaq, qui s'affiche comme le token kabalien d'un régime raciste que ceux qui n'ont pas vu font semblant de ne pas voir, remercie la Dalyoha Compagnie et défend ses intérêts au mépris de ses propres enfants victimes du terrorisme colonisateur carnavalais. Tous frères, mais certains plus que d'autres : pour avoir envisagé un rapprochement avec les pays voisins au détriment des intérêts de Blaise Dalyoha, un diacre luciférien est radié de ses fonctions, symbole éclatant de la suprématie de Blaise Dalyoha sur un territoire qui prétend s'en être émancipé. En fait, depuis le 7 octobre 2016 et jusqu'à aujourd'hui, les Laboratoires conservent une pleine mainmise sur l'appareil d'Etat, et sont au coeur du dispositif colonial cramoisien. Mais qui sont les Dalyoha ?
Seigneur à Carnavale comme Satan l'est en enfer
Le Grand Sheytan pourrait bien n'être qu'un homme comme un autre. Avec plusieurs dizaines de milliards de crédits internationaux totalisant des actifs dans de nombreux pays du monde, par le biais de holdings et de filiales offshore mais surtout des grands fleurons du CACnavale40 Laboratoires Dalyoha et Grand Hôpital, Blaise Dalyoha est présumé l'homme le plus riche du monde. Vendeur de produits pharmaceutiques, de matériel médical, de clones animaux et humains, ainsi que de fleurs d'ornements et de matières premières pour la parfumerie, l'héritier de l'une des plus anciennes familles nobles au monde (peut-être à égal avec la famille impériale du Burujoa, qui se prétend descendante d'Amaterasu, la déesse du Soleil) est incontestablement au sommet d'un empire industriel et commercial considérable. Le business model de l'entreprise est d'une redoutable efficacité : il vend aux Carnavalais les remèdes aux maux qu'elle crée ! Ainsi, que ce soit sous la forme de compléments alimentaires antidépresseurs, de solutions religieuses pour personnes paumées, de pilules sans retour pour suicidaires, de prothèses, de masques, ou de tout autre produit nécessaire à la survie dans la jungle infernale qu'est la ville de Carnavale, l'entreprise capte un pourcentage considérable d'un marché de quarante-cinq millions d'âmes. Positionnée en monopole sur les secteurs de la santé, de la beauté, de l'horticulture, de la chimie et des assurances-vies, la Compagnie Dalyoha est le reflet contemporain d'une réalité carnavalaise plus ancienne : celle du féodalisme.
Carnavale a peut-être connu une révolution mais celle-ci n'est toujours pas écrite et surtout elle n'a en rien entaché la préséance des seigneurs Dalyoha dans le rang aristocratique de la Principauté. Même la famille princière, qui n'a pas survécu au Chaos des années trente, ne peut atteindre l'aura quasiment religieuse de la Maison Dalyoha dans le pays. Vu comme un bon prince dispendieux, Blaise Dalyoha cultive une relation de supérieur patriarcal vis-à-vis du peuple carnavalais, dont il récolte la clientèle et l'intérêt obsessionnel des tabloïds. Rien de nouveau : la domination politique de la famille Dalyoha est attestée depuis au moins le VIIème siècle, comme le démontrent les analyses ADN des restes humains attribués à la bataille des Pouilleux qui fonde l'existence politique de la Principauté après la dislocation des empires du Haut Moyen Âge. La tradition carnavalaise fait même remonter la dynastie aux premiers temps du consulat viémontois, à la fin du Ier siècle d'avant notre ère. Le peintre Crillière immortalise cette scène fantasmée pour servir le narratif des seigneurs, qui occupent au moins l'île de Bourg-Léon et détiennent de nombreux vassaux, ainsi que des fiefs dans les montagnes du sud, sur le continent : l'art carnavalais sert aux Dalyoha de vecteur politique pour légitimer leur position sociale et l'ancrer dans la nature des choses. Intendants du Palais, mécènes, grands vassaux du Prince, ducs autonomes, les Dalyoha jouent un rôle central dans l'évolution politique et sociale de la Principauté à travers les siècles. De même qu'au Burujoa, ils jouent un rôle de parangon pour plusieurs prétendants au trône, et contrôlent la Cour en coulisses, menant à des affrontements répétés à travers l'histoire. Cloral, Obéron, Mullinsart, Ulexandre, et finalement Obéron à nouveau tentent tour à tour d'obstruer l'éclat de la Maison Dalyoha et de la racornir dans une lutte sans merci pour le pouvoir. Le morcellement politique et les guerres civiles récurrentes contribuent à isoler la Principauté autant qu'à stimuler un appétit interne pour les technologies d'armement. Ce n'est pas un hasard si c'est à Carnavale qu'est développée la première méthode de guerre bactériologique dès le Moyen Âge, ni que ce soit Carnavale qui se lance à l'assaut du dangereux archipel des Îles Marines au début du XVIIIème siècle, dont elle réalise la conquête presqu'entière. La rivalité interne dope la Maison Dalyoha et stimule une constante carnavalaise : la recherche de tactiques militaires, politiques ou commerciales de plus en plus dévastatrices, par tous les moyens possibles. L'Académie Princière de Médecine et de Biologie du Vale, qui professe l'abolition de toute éthique scientifique pour continuer à alimenter les clients en brevets, en poisons, en armes de destructions massives, constitue le point focal de cette politique maximaliste affûtée au fur et à mesure des siècles.
La Maison Dalyoha fait de Carnavale un enfer. Pendant que quelques rares privilégiés jouissent d'une espérance de vie décuplée par les implants et les injections chimiques, la majorité de la population vit avec moins d'un crédit international par jour. La pauvreté est abyssale, et des millions de personnes survivent au jour le jour dans une métropole vidée de ses services publics. L'air, l'eau, la nourriture, sont intensément pollués et seul la contribution néoféodale en corvées et en prix exorbitants permet au tout-venant de survivre. Les conditions sanitaires sont effroyables, du fait de la prolifération de nuisibles et des contaminations de millions de gens par des bacilles médiévaux et des souches lépreuses qu'on n'isolerait pour rien au monde : la Maison Dalyoha compte bien sur l'exposition de la population à toutes sortes de cataclysmes pour continuer à sélectionner ses maladies synthétiques. Les médicaments Dalyoha se payent du prix du malheur de millions de personnes. Le « monde idéal » de santé et de longévité promis par les Laboratoires et par Grand Hôpital n'est réservé qu'à une élite privée : sans le malheur des uns, ce bonheur exclusif ne serait pas possible. L'ouverture prétendue de nouveaux droits médicaux en Kabalie occupée ne procèderait en ce sens que d'une communication marketing, et d'une compensation cynique d'un pestiféré à un malade guéri.
La Maison Dalyoha nie tout droit et toute dignité aux malheureux qui tombent entre ses mains gantées. Fidèle à son système de valeurs « technocapitaliste », la plus vieille maison noble de la Principauté est également cohérente avec l'ordre symbolique carnavalais. Cette société pulvérisée par les guerres civiles et l'exploitation capitaliste tient pourtant, et elle tient bien : son ciment social s'appelle le racisme. Grand Hôpital et ses foires y contribuent beaucoup, en « démontrant » la supériorité supposée de la « race aryenne », ou bien en se prêtant aux jeux carnavalesques de grimages et de plaisanterie mettant en scène des sujets racisés. Mesures anti-musulmans et persécution des immigrés afaréens contribuent à inscrire Carnavale dans un ordre occidental somme toute classique, où le pacte racial entre une élite finie à la pisse et une population réduite à l'état de masse grouillante rend cohérentes les divagations idéologico-politiques qui prétendent fonder l'Etat et les valeurs de la société. La Maison Dalyoha n'est pas innocente de cette structure sociale, qui la cimente elle-même : on a pu ainsi attribuer au zoo humain de Bourg-Léon un rôle essentiel dans les relations intrafamiliales des membres du clan. Le zoo humain, qui objectifie et animalise des sujets captifs en toute connaissance de cause des chancelleries, fait partie des « tolérables exceptions » dont jouit la pire entité technoféodale à l'égard du reste de l'Humanité. Voilà qui sont les partenaires de ceux qui touchent la main des Dalyoha.
Raciste et capitaliste, la Maison Dalyoha pèche aussi sur le tableau préféré de ses alliés : pratiquant un esclavage plus ou moins déguisé, une bonne part de son modèle économique repose sur l’asservissement de femmes pondeuses dédiées à la production de clones humains, comme l’a indéniablement confirmé une source anonyme très haut placée à Grand Hôpital. Né en 1972, le premier clone humain de l’Histoire est breveté par la Dalyoha Compagnie. Bien que le clonage par division de blastocyste soit une technique relativement répandue dans le monde pour produire des médicaments ou à des fins de recherches fondamentales, la Maison Dalyoha est la première, et la seule, à s’être engouffrée avec succès sur le secteur des clones d’exportation. Basée sur une technique réussie de transfert génétique sur un ovule, cette production est liée au développement de la science génomique : loin de rechercher la seule production de « jumeaux », les cloneurs extraient d’abord le matériel génétique qu’ils exposent à des mutations multiples par radioexposition, et qu’ils triturent par divers outils moléculaires. Le progrès des OGMs (organismes génétiquement modifiés) nourrit l’eugénisme humain et la fabrication, avec succès, d’individus dotés de caractères génétiques inédits dans l’espèce humaine. Essentiellement destinés à des fins commerciales plutôt que militaires de ce que l’on sache, la Maison Dalyoha n’en crée pas moins de troublants clones de personnes réelles, comme le témoigne le clonage de sa fille par Arthur Castelage dans les années 1990. La production de clones est essentiellement destinée à assurer l’existence d’organes sains pour le sujet cloné : dans cette optique de grandes familles carnavalaises recourent régulièrement au clonage de leurs enfants pour leur assurer des organes ou du sang « de remplacement », génétiquement compatible à cent pour cent. On estime que des milliers d’enfants clones servent encore aujourd’hui d’ « étagères à organes » dans la Cité Noire. L’esclavage des enfants clones défraye les limites de l’éthique générale des autres pays, qui ont pour la plupart interdit la commercialisation du matériel génétique humain et son utilisation à des fins de reproduction artificielle. L’esclavage de leurs mères « naturelles » est un autre motif nécessaire et suffisant de condamnation de la Maison Dalyoha pour les organisations féministes internationales. La technique Dalyoha repose, chirurgicalement, sur l’insertion d’un matériel génétique étranger dans des ovocytes humains : processus délicat, pratiqué in vitro, et qui suppose une douloureuse étape de prélèvements de leurs ovules sur le corps de jeunes femmes. Les cadences, la recherche de coûts de production viables, et l’absence d’éthique humaine des Laboratoires Dalyoha suggèrent l’existence d’une véritable industrie de clonage impliquant des « couveries » comptant plusieurs centaines, peut-être plusieurs milliers de « pondeuses. » Ces installations, sur lesquelles la Maison Dalyoha garde le plus grand secret, relèvent des intérêts stratégiques vitaux de Carnavale. « Ce sont parmi les unités les mieux protégées de la forteresse souterraine », estiment les renseignements azuréens. Carnavale compterait ainsi beaucoup sur le clonage pour la production de soldats d’élite puissants et infatigables. En réalité, que ce soit pour la production de cobayes humains afin de tester les médicaments ou les armes chimiques, pour la production d’organes à greffer au Sanatorium André Jules-Ponce, pour le marché intérieur friand de clones dotés de phénotypes atypiques, ou encore pour la substitution de la force de travail médiocre d’immigrés et de malades « naturels », la production d’ouvriers « artificiels » est essentielle aux intérêts de la compagnie et de ses actionnaires. « Phénoménologie des clones » et explorations psychophilosophiques de la rupture du lien filial comme base de reproduction de l’espèce humaine participent d’ailleurs aux enseignements de l’Académie Princière de Médecine et de Biologie du Vale, dont les étudiants adhèrent de plus en plus à la conception luciférienne de l’Humanité (« no limits »), ainsi qu’à la croyance en la toute-puissance Dalyoha, être divinisé régnant sur l’enfer de Carnavale.
Les scientifiques du clan sont également un rouage essentiel à la prise de contrôle du territoire martyr, en déployant des équipes sanitaires au profit des colons. Le contrôle biologique du territoire est dévolu à la Maison Dalyoha, qui encadre l'expression du « patrimoine génétique » par ses recensements et son suivi du peuplement colonial, mais aussi par la plantation de vergers OGM strictement contrôlés, dont la propriété lui revient : les habitants ne disposent que de l'usufruit des fruits. La production alimentaire et les moyens de santé, deux leviers essentiels pour assurer la survie des colons et leur développement, sont aux mains de la Maison Dalyoha dès le début de la colonisation. Rien ne change après le coup d'Etat luciférien, ni après l'intronisation de Balsilek Ishaq et de la « République actionnariale du Désert rouge », qu'on ne manquera pas d'appeler « Communes-Unies » après un énième ravalement de façade. Au contraire, les activités des Laboratoires se développent, conformément au projet initial de la colonie : le contrôle biologique reste assuré jusqu'à aujourd'hui, liant le projet colonial à la propriété capitaliste de Blaise Dalyoha sur l'entièreté des espèces cultivées et domestiquées sur le territoire. Le monopole sur le vaccin frontalier conditionnant l'entrée sur le territoire lui revient également, donnant un contrôle de fait sur les entrées et sorties de territoire. La Compagnie rachète tout spécimen autochtone et défend sa suprématie en interdisant l'émergence de quelque concurrent que ce soit : conformément à ses intérêts historiques, le clan se positionne seul et sans rival sur le monopole de la ressource biologique. La Maison Dalyoha se dote ainsi d'un pouvoir bien plus conséquent et bien plus réel que ne le laissent supposer les nouvelles institutions de la « Kabalie rouge ».
POUR la protection des droits des peuples nomades POUR l'égalité, la justice et la paix CONTRE le mépris et l'oubli
Le Collectif Nomade Souverain Solidaire et Décolonial demande
» que l'humain soit rendu à lui-même par l'abolition du salariat, » que la terre soit rendue à tous par l'abolition du cadastre et des propriétés, » que les arbres soient rendus au soleil par l'abolition des serres, » que les fruits, les graines et les récoltes soient rendus au collectif par la communalisation, » que l'eau soit rendue à l'eau par l'arrêt des forages, » que ce qui est à tous soit rendu à tous par la gestion communautaire des biens collectifs, » que la science soit rendue à l'esprit par l'harmonisation savante et précautionneuse des savoirs, » qu'elle gouverne par l'instruction, non par la loi ni par la force, » qu'elle soit le moyen et non la fin de l'existence, » que le pouvoir soit rendu aux humains, » que le sentier soit rendu à ceux qui veulent le trouver, » que le rêve soit rendu aux enfants par l'abolition de l'école, » que l'enfant soit rendu à la mère qui l'aime et le nourrit, » que l'enfant soit rendu au père qui l'aime et l'instruit, » que les parents soient rendus à la mémoire par le respect des sépultures, » que la vie soit rendue à la vie par l'abolition de la privatisation du vivant, » que la mort soit rendue à Dieu par la reconnaissance de notre finitude, » que la prière soit rendue aux étoiles par la libre adhésion de tous aux mystères de leur choix, » que jamais les humains ne se séparent de leur dignité, » que jamais l'on ne les en dépouille, » que jamais l'on ne laisse faire l'impudique outrage de l'humiliation, » que jamais l'on ne parle pour ne rien dire » ni s'humilie à ne rien faire » quand se proclame la vérité !
Pays infiltrant: Collectif nomade souverain solidaire et décolonial, basé en Azur (coup de pouce du Bureau des Enquêtes..) Pays infiltré: Tamurt N'Althajj Prévisionnel de la date (RP) de l'action clandestine : 23/02/2019 + 21 Prévisionnel de la date (HRP) de l'action clandestine : 24/03/2026 + 7 Type d’opération : Opération de "propagande" idéologique de grande importance
Province cible : #32429
Influence à J+0 Influences à J+7 RECONTEXTUALISATION / FRISE CHRONOLOGIQUE DES EVENEMENTS PRE-OPERATION :
Le 7 octobre 2016, Carnavale lance une énorme attaque balistique thermochimique et détruit la moitié de la Kabalie, en Afarée du Nord-Ouest, en quelques heures. Elle construit sur les cendres toxiques un protectorat colonial, qui se poursuit pendant plus d'un an avec des massacres de survivants et l'arrivée de colons fanatiques. Après la chute de Pervenche Obéron, la colonie prend ses distances en devenant le fief de la Société Luciférienne de Carnavale, une secte comme une autre. Les massacres s'arrêtent, la cruauté se raffine et s'atténue petit à petit, jusqu'à la désignation de Balsilek Ishaq comme PDG-Protecteur par le conseil des actionnaires. La Cramoisie devient la « Kabalie rouge » le 29 septembre 2018. L'ensemble de l'histoire de la Cramoisie-Kabalie rouge a été fait par la presse, notamment dans un dossier en trois épisodes d'AFAREA AWAKENS : « Kabalie rouge de sang », à retrouver ici.
Entre ces deux dates, de nombreux événements ont eu lieu. Le 21 décembre 2016, la Qari Ijja Shenna fait un discours où elle qualifie la Cramoisie de shayatin et appelle les nations d'Afarée à engager un rapport de force. Bien d'autres nations ont tenu un discours similaire, notamment les pays de la région : Finejouri, Fortuna, Grand Kah, ainsi que quatorze autres pays. Les régions shuhes ont également été alertées. Des exercices militaires althaljirs, préparant un affrontement contre la Cramoisie, ont eu lieu dans la région en janvier 2017.
Le 17 septembre 2017, la Charte du Pacte afaréen de sécurité a été signée par treize Etats membres, dont le nombre s'est accru plus tard. L'Althalj avait été invité à le rejoindre en amont, dès le 2 décembre 2016.
Cependant, l'Althalj accepte de rencontre le nouveau chef de la Cramoisie, l'Archevêque Petipont, lors d'un sommet au sommet sur le sommet du Caucase le 17 mai 2017. La délégation althaljir quitte la réunion en acceptant de devenir actionnaire de la république actionnariale, et de ne plus rien faire ni envisager contre la Cramoisie, en espérant que cette stratégie apporte des changements. La Qari note que ce revirement lui coûte cher sur le plan des valeurs : elle se sent embarrassée et regrette de devoir se détourner de ce que lui dicte son coeur. Le revirement est cependant acté et va se prolonger.
Plus d'un an s'écoule : c'est la période des échanges sur le Plan Mars, proposé par l'Azur à l'Archevêque Petipont, qui se clôture lorsque l'Archevêque se fait dégommer sur un tarmac après être allé dans l'espace on en saura plus un jour peut-être... période durant laquelle l'Althalj ne participe pas aux discussions, avant d'être finalement invité par le Finejouri à le faire.
Le 21 mai 2018, un sommet afaréen n'a cependant rien donné, l'Althalj décidant de ne rien faire et d'attendre février 2019 pour prendre contact avec la Cramoisie, sur des bases bien différentes de son discours initial.
Le 20 décembre 2018, le Finejouri indique à l'Althalj qu'un délai de deux mois s'ouvre donc jusqu'au 20 février 2019 pour qu'une mission d'observation se tienne en Cramoisie. L'Althalj confirme sa participation à une mission mais sans valider le calendrier.
Le 29 décembre 2019, un avion azuréen est abattu par la République actionnariale et une phase plus critique de la crise s'ouvre. L'avion aurait violé l'espace aérien de l'entité, que l'Azur ne reconnaît pas comme souveraine. L'avion aurait été déployé dans le cadre d'une mission de protection du territoire du Finejouri, mais le Finejouri a estimé que cette mission ne relevait pas des attributions qu'il souhaitait.
Le 12 février, l'Azur indique publiquement et en privé qu'il s'engage à ne pas viser de représailles si la mission d'observation discutée entre l'Althalj et le Finejouri se concrétise rapidement.
Le 24 février 2019, cette mission n'est pas concrétisée. En lien avec le Collectif nomade souverain solidaire et décolonial, l'opération Réveil de la Maktaba est lancée.
Cette opération se repose sur plusieurs forces et éléments concrets :
[1] L'Althalj et les Kabaliens pré-cramoisiens sont culturellement et politiquement proches. La proximité culturelle tombe sous le sens : nomadisme, environnement désertique, culture caravanière et d'oasis. L'Althalj Alkabir inclue la Kabalie : c'est une sphère d'influence idéologique, les Althaljirs sont préoccupés par les événements qui se déroulent à l'intérieur de cette sphère. Le bombardement du 7 octobre 2016 est vécu comme un traumatisme voir comme une « défaite nationale et personnelle », donc avec un impact immense sur l'opinion publique et les dirigeants althaljirs. (Source : Tolui)
[2] La « Bienveillance » est un principe majeur dans l'idéologie d'Etat althaljir, et cette « Bienveillance » s'est trouvée mise en échec par l'existence monstrueuse de la Cramoisie. Comment être bienveillant envers des génocidaires ? Cette contradiction est la cause du malaise de la Qari après avoir renoncé à agir contre l'Archevêque Petipont à l'issue du sommet sur le Caucase (Source : Tolui). Nul doute que ce malaise est également ressenti profondément par tout l'appareil d'Etat althaljir ainsi que par l'opinion publique. L'Althalj est donc profondément mal à l'aise d'avoir renoncé à une action contre la Cramoisie.
[3] L'ensemble des événements qui façonnent la réalité actuelle sont très récents : 873 jours, même pas trois ans se sont écoulés. C'est un mois de moins que la durée de la période entre le jour de ce post et le 7 octobre 2023 (900 jours). Rien dans le RP ne laisse supposer que la mémoire des Althaljirs, des Kabaliens ou des Cramoisiens soit défaillante par rapport à la mémoire qu'ont les êtres humains doués de raison. A priori personne n'a changé d'avis IRL, il est improbable qu'une opinion publique se nettoie complètement de ses sentiments traumatiques en à peine 870 jours.
[4] Etant donné leurs options idéologiques et leur proximité culturelles en commun avec le Collectif nomade, les Althaljirs ont toutes les chances d'y voir des frères (ou des soeurs en l'occurrence), et de vouloir les soutenir.
[5] La presse afaréenne a documenté de façon très méthodique les faits de RP et leur continuité jusqu'au jour de ce post. (1) Le 18 septembre 2018, Balsilek Ishaq a été interviewé par la télé azuréenne, et a réaffirmé sa défense des Dalyoha, des milices Obéron, des colons, et des actionnaires en général, avec l'argument d'une amnistie universelle et inconditionnelle (Source : Colin). (2) AFAREA AWAKENS a réalisé un long dossier expliquant les crimes de la Cramoisie, avec de très nombreuses citations sourcées directement dans le RP de Colin et d'autres joueurs (Genèse d'un enfer, 26 citations). Ces articles détaillés, factuels et valorisant le RP existant sur une longue période rappellent à l'opinion publique les crimes généralement reconnus (L'ouragan Printempérie et la Naqba par balles, 22 citations), mais aussi des faits actuellement niés ou passés sous silence par des Etats dont l'Etat althaljir (Cramoisie c'est fini mais Dalyoha est toujours là, 53 citations). L'opinion publique althaljire est donc bien informée, à partir de sources RP nombreuses.
[6] Au-delà de la simple information, certains points présentés dans les articles que je vous invite à lire touchent directement à l'éthique althaljire, notamment l'esclavage des femmes pondeuses de clones par la Maison Dalyoha (Source : Colin sur discorde). Société matriarcale, l'Althalj et son opinion publique ne peuvent être insensibles à cette situation, entre autre raisons pour elle d'être choquée : risque lié aux OGMs et aux armes chimiques, impunité des milices génocidaires, propriété coloniale des actionnaires sur une terre occupée illégalement peuvent aussi résonner avec un fort impact dans l'opinion althaljire.
[7] Comme le rappellent les réseaux sociaux, la menace posée par l'Azur est sans équivalence par rapport à la menace posée par la R.A.D. : l'Azur est responsable de zéro morts par rapport à la Maison Dalyoha qui a tué des millions de personnes. Ces informations sont vraies, comme le précisent de multiples arbitrages en ce qui concerne la Maison Dalyoha. Par ailleurs, l'Azur a annoncé publiquement être prêt à la non-agression et à abandonner ses représailles pour qu'une mission d'observation soit possible. Le Grand Vizir peut donc passer pour une personne extrêmement sensée et bienveillante au regard du contexte, déjouant les procès en retournement accusatoire contre l'Azur devant l'opinion publique.
Beaucoup de voyants sont donc au vert pour agir en Althalj.
OBJECTIFS DE L’OPERATION
Réussite majeure :
L'opinion publique althajire et un grand nombre de soeurs de la Maktaba basculent contre la République actionnariale, en faveur de la décolonisation du territoire par la fin de l'actionnariat colonial et par un processus de réunification entre les deux Kabalies. Y compris au sein de l'Etat et de ses composantes civiles et militaires, elle rejette la détention d'actions cramoisiennes par l'Althalj et la normalisation sans transformation en profondeur de la R.A.D., et soutient le Collectif nomade souverain solidaire et décolonial, ainsi que l'action diplomatique d'Afaghani Pasha telle qu'elle est menée depuis 2016. C'est le réveil de la Maktaba.
Réussite mineure :
Une part significative et importante de l'opinion publique althajire bascule contre la République actionnariale, et en faveur de politiques plus fermes et plus tangibles pour obtenir la décolonisation du territoire, la justice réelle et l'arrêt des programmes dangereux de la Maison Dalyoha, apportant son soutien au Collectif nomade et sa sympathie à Afaghani Pasha.
Echec mineur :
L'opinion publique althaljire n'est pas impactée par l'ensemble des faits et des publications qui l'inciteraient à changer d'avis. Les Althajirs se désintéressent en majorité de la question cramoisienne et ne se sentent pas concernés par le problème.
Echec majeur :
L'opération est contre-productive : l'implication des renseignements azuréens est révélée, et le lobby anticramoisien génère un dégoût dans l'opinion publique. L'image de l'Azur est entachée, et la propagande sans effet sur l'opinion publique althaljire vis-à-vis de la Kabalie rouge. La Maktaba continue à soutenir la ligne de normalisation inconditionnelle, ou toute autre ligne qu'elle déciderait d'adopter, sans réaction de l'opinion publique.
LIMITES ET CONTRAINTES DE L’OPERATION (ne pas hésiter à demander aux concernés l’ajout d’éventuelles contraintes supplémentaires)
Plusieurs limites et contraintes sont à prendre en compte dans l’arbitrage de l’opération :
Le système althaljir n'est pas démocratique.
L'idéologie d'Etat basée sur l'ilahmisme confie à la Qari Ijja Shenna une forte autorité idéologique qui peut légitimer ses prises de position controversées.
Tout autre point soulevé par Tolui ?
Moyens engagés :
Un journal panafaréen, AFAREA AWAKENS, dont le travail est reconnu en Althaj (dossiers sur la guerre au Gondo, très suivie par les Althaljirs) et à l'international (publications les mieux sourcées du forum, si personne le dit faut bien que je le dise).
En ce début d'année 2019, auréolé des résultats étonnants de ses armes biochimiques sur le champ de bataille, Balthazar Métaphore, assistant de l'éminent docteur Philippe Géminéon, se rendit en Althalj avec quelques consœurs du Palais d'Hiver. La Principauté de Carnavale, Blaise Dalyoha tout du moins, semblait avoir acté l'infléchissement de ses positions protectionnistes en matière de collaboration scientifique et s'intéressait désormais à ce qui se passait en dehors de la péninsule carnavalaise.
Résultat, quelques uns des plus brillants esprits de Bourg-Léon prirent l'initiative de se rendre en Althalj, afin d'en apprendre davantage sur le particularisme culturel de cette région de l'ouest de l'Afarée. Après les Shuh, les Kah-Tanais et bien sûr la Kabalie, les Laboratoires Dalyoha cherchaient à nouer des partenariats afin de diversifier encore davantage leurs méthodes scientifiques d'ores et déjà atypiques et non conventionnelles.
Matriarcat, circlusion, bienveillance. Autant de termes inconnus des revues d'anthropologie coloniale stockées depuis des siècles dans les archives du Museum Carnavalis, et dont on ne trouvait pas non plus trace dans les dictionnaires médicaux de Grand Hôpital. Il fallait donc se rendre sur le terrain et c'était autant une occasion de découvrir d'autres cultures étranges et exotiques que de prendre des vacances bien méritées sous le soleil de l'Afarée.
Opinion : Anatomie d'une diplomatie azuréenne en faillite.
Le Grand Vizir de l’Azur faisait il y a peu état de la volonté du Califat d'intégrer l'opération militaire de l'OND en Carnavale, justifiant ce désir par la destruction de deux de ses appareils, prétendument dans l'espace aérien de la Bharavie, lors d’une opération de surveillance.
Les documents aujourd’hui déclassifiés établissent une vérité matérielle tout à fait autre, selon laquelle ces appareils ont été abattus alors qu'ils se trouvaient dans l'espace aérien de la Kabalie Rouge. L'incident qui a finalement conduit à l'arrestation de militaires azuréens par le Royaume de Finejouri. Cette dissonance entre le narratif victimaire d'Agatharchidès et la réalité factuelle est l'énième symptôme d'un État que les contradictions internes, la paranoïa et l'amateurisme opérationnel disqualifient désormais de la position d'interlocuteur crédible. L'analyse des archives diplomatiques de 2014 à aujourd'hui dresse le portrait d'un régime qui a tout fait pour cesser d'être un partenaire crédible.
Une tribune d'opinion signée Créon l'Ouverture.
Méthodologie et contexte
L’exercice matériel de la démocratie directe ne saurait s'accommoder de l'asymétrie d'information. La souveraineté des Communes, pierre angulaire de l'architecture institutionnelle de l’Union, s'invaliderait d'elle-même si elle devait s'exercer sur la base de synthèses édulcorées ou de fictions diplomatiques. C'est en vertu de cette praxéologie qu'intervient la déclassification périodique des rapports du Commissariat aux Affaires Extérieures et des mémos d'analyse du Commissariat Suppléant à la Sûreté. L’évaluation de nos partenaires internationaux par le corps citoyen exige un accès aux données brutes. Le corpus qui suit, couvrant l'évolution structurelle et politique du Califat constitutionnel de l'Azur entre 2014 et 2019, répond à cet impératif d’hygiène démocratique. Toutefois, il convient de spécifier les limites du matériel aujourd'hui soumis à l'étude. L'accès public à ces informations a préalablement fait l'objet d'un filtrage opérationnel rigoureux, ou, pour employer le terme exact, d'une procédure de caviardage. La transparence radicale requise par notre système intérieur n'implique en aucun cas le suicide stratégique sur la scène extérieure. Pour quiconque est un familier de la politique intercommunale, cela n’a rien de neuf.
Les documents dont l’analyse va suivre ont ainsi été expurgés de tout contenu pouvant compromettre nos réseaux de Tulpas, exposer les vulnérabilités de nos alliés, fragiliser les accords commerciaux asymétriques actuellement encadrés par le Commissariat au Commerce Extérieur, mettre dans l’embarras des puissants disposant de contacts, officieux ou officiels, avec Axis Mundi. Le phénomène de caviardage ainsi appliquée n'a aucune vocation politique ou idéologique et s’envisage comme strictement utilitaire. Elle agit comme une cloison étanche destinée à préserver l'intégrité de nos partenariats fonctionnels dans un monde globalisé qui, lui, demeure fondamentalement hostile.
Ce retraitement sanitaire des données n'altère cependant en rien la valeur analytique de l'échantillon restant. Les faits dévoilés – de la débâcle macroéconomique du « Plan Gazier » à l’incident militaire de la zone kabalienne en décembre 2018, en passant par les luttes intestines entre le Diwan séculier et le Conseil des Oulémas – fournissent une matière suffisante pour établir un diagnostic de l'État azuréen.
Je tiens aussi à indiquer que mon analyse s'abstiendra de tout jugement moral sur les préceptes théocratiques d'Agatharchidès. Elle se bornera à démontrer, par la méthode matérialiste et l'étude des contradictions institutionnelles internes du Califat, un postulat géopolitique qui, il me semble, se dessinera comme de plus en plus irréfutable à la lecture de notre historique diplomatique, et des futurs évènements. De par sa volatilité structurelle, son incompétence à rationaliser ses processus de décision et sa propension à substituer le réalisme politique par un messianisme de façade, l'Azur ne répond plus aux critères objectifs d'un interlocuteur étatique sérieux.
Lorsque le Commissariat aux Affaires Extérieures initia un rapprochement avec le Califat d'Azur, une part significative de la Convention Générale y voyait essentiellement une manœuvre pragmatique, permettant par la même d'identifier en Afarée un pôle de stabilité potentielle : un acteur non-aligné capable de servir de contrepoids aux impérialismes traditionnels. Cette analyse, fondée sur une lecture rationnelle des intérêts, est aujourd'hui caduque. Les archives déclassifiées de ces cinq dernières années font la chronique d'un effondrement politique et stratégique. Le dossier azuréen est désormais le cas d'école d'une puissance qui, pour masquer ses crises structurelles, a choisi la fuite en avant dans l'irrationnel.
Le premier constat s’imposant est celui d'une schizophrénie institutionnelle. Nous avons négocié avec une entité à deux têtes, dont l'une méprise ouvertement l'autre. Lors du sommet d'Axis Mundis, pendant que les diplomates azuréens construisaient un discours sur un « monde ordonné », le Calife Kubilay lui-même balayait leurs efforts d'un revers de main, qualifiant l'enjeu de simple « distraction ». La question qui aurait alors pu se poser était celle du sens de signer un traité viable avec un Diwan (gouvernement) dont les engagements peuvent manifestement être annulés par le caprice de l'autorité théocratique. C’est le point de départ de ma réflexion, laquelle vise à défendre la thèse selon laquelle le Califat n'a pas de politique étrangère donnée, donnant plutôt à voir une guerre institutionnelle qui se joue sur la scène internationale.
Le second constat est celui d'un cynisme transactionnel érigé en doctrine. L'Azur n'a endossé notre rhétorique anti-coloniale et notre idéal de souveraineté que le temps de sécuriser la technologie militaire kah-tanaise via le « contrat du siècle ». Une fois les sous-marins et les missiles actés, la fraternité affichée a laissé place à une paranoïa hostile. La missive du secrétaire Mohammed Badie de mai 2017 en est l'illustration la plus grotesque. Ce document, qui invente le concept de « Kahisme » pour nous accuser d'expansionnisme, va jusqu'à exiger, dans une « Promesse » unilatérale, que l'Union s'ampute de ses principes en s'engageant à ce que nous « n'intégrerons plus aucun territoire ». L'Azur nous a vendu une alliance de principe pour acheter une capacité militaire. La transaction terminée, la cordialité s'est éteinte. Un mode de fonctionnement que nous apprendrons à trouver commun de la part de l’entité azuréenne.
Le troisième constat, enfin, est celui d'une incompétence stratégique désormais avérée, masquée par une rhétorique messianique. De leur gestion du conflit au Gondo, où ils comparaient les factions à des « chiens » à dresser par la récompense, à leur « Plan M » sur la Cramoisie, délire technico-diplomatique visant à exiler des colons sur Mars, l'Azur a systématiquement substitué la planification rationnelle par l'incantation. Le récent incident en Kabalie, où leurs pilotes ont été abattus après avoir mené une opération militaire dont le principal fait d’arme aura été de s’emparer d’une cargaison de viande, est la conclusion logique de cette culture de l'amateurisme. Leur réaction, qui consiste à accuser publiquement Cramoisie pour couvrir leur propre échec, n'est que la dernière pirouette d'un État qui a perdu tout contact avec la réalité matérielle.
Ces trois pathologies – un pouvoir bicéphale, une diplomatie de bazar et une stratégie fondée sur le fantasme – ne sont pas des défauts conjoncturels mais une triade formant un système, système tendant à le démontrer : l'Azur n'est pas un partenaire difficile mais une entité instable, faisant évoluer sa rhétorique et son mode d’action selon ses intérêts immédiats plutôt que selon les termes permettant une coopération constructive avec le reste du monde.
L'analyse des faits qui suivent le démontre sans ambiguïté.
La fracture entre le Diwan et la Mosquée des Étoiles
Toute relation internationale viable repose sur la capacité à identifier un interlocuteur légitime et à prêter de la confiance en sa parole. C'est sur cette base que la Confédération a engagé le dialogue avec le Califat d'Azur. Nous l'avons fait en nous fiant aux déclarations de son appareil diplomatique, incarné par le Ministre des Affaires étrangères d'alors, Jamal al-Dîn al-Afaghani, et son ambassadrice. Le discours présenté était celui d'une puissance moderne, articulant sa vision autour de concepts intelligibles. La chancellerie Azuréenne parlait alors de l’édification d’un « monde ordonné », d’un « partenariat durable » et avec l’Union, et se faisait l’avocat de la promotion de « mécanismes multilatéraux ». Ce langage, celui de la coopération et de la prévisibilité, a constitué le postulat initial de notre engagement diplomatique. Les archives déclassifiées démontrent aujourd'hui que ce postulat était erroné. L'appareil diplomatique avec lequel nous traitions était essentiellement la façade d’une autorité opèrant selon une logique radicalement différente, rendant toute négociation de bonne foi structurellement vaine.
La rencontre d'Axis Mundis contenait déjà les germes sinon la démonstration totale de cette rupture. Pendant que la délégation azuréenne développait un argumentaire sophistiqué sur « l'égalité des nations » et le rejet des « rapports de force », le véritable détenteur du pouvoir, le Calife Kubilay, est resté silencieux. Son intervention, lorsqu'elle est survenue, a mis a mal en une poignée de phrase l'édifice rhétorique de ses propres ministres. Confronté à la position kah-tanaise sur le conflit du Gondo, le Calife a symboliquement retiré son oreillette de traduction, se déconnectant du canal diplomatique officiel. Sa réponse, formulée en anglais, a court-circuité son propre gouvernement : « Vous faites partie de ce combat. Soit. Nous n'en faisons pas partie. » Le reste, selon ses propres termes, n'était qu'une « distraction ». Il a eznsuite désigné le dossier du contrat des sous-marins comme étant sa seule priorité. La véritable nature du pouvoir azuréen se dessine ainsi : c’est un système dual où l'appareil gouvernemental civil (le Diwan) conduit les négociations, mais où l'autorité finale (la Mosquée des Étoiles) se réserve le droit de les invalider sur la base d'un agenda distinct et non-déclaré lors des contacts diplomatiques initiaux.
Cette asymétrie institutionnelle, d'abord observée, fut confirmée quelques mois plus tard par une communication directe du Secrétaire du Calife, Mohammed Badie. Dans une missive d’abord confidentielle, ce dernier admet sans détour l'impuissance du gouvernement avec lequel nous traitions. Il y décrit le Grand Vizir et ses diplomates comme des « sbires idéalistes » qui « ne sont que tolérés ». La phrase est écrite noire sur blanc : « in fine c'est lui qui commande », écrit Badie en référence au Calife. Le Grand Kah, comme tout partenaire de l'Azur, est par conséquent confronté à un interlocuteur bicéphale. Les traités et les engagements sont négociés avec un corps diplomatique dont le propre appareil étatique admet en privé qu'il est sans autorité réelle. Chaque accord signé avec le Diwan reste donc soumis au veto d'un pouvoir suprême qui ne participe pas au dialogue et dont les motivations, comme le démontre l'épisode d'Axis Mundi, relèvent d'un transactionnalisme pur et dénué de toute vision stratégique à long terme. Cette architecture institutionnelle rend toute relation de confiance structurellement impossible.
L’incohérence institutionnelle du Califat n'est pas son seul défaut structurel.
En effet, comment ignorer une vision des relations internationales purement transactionnelle, où le langage des principes partagés n'est qu'un outil tactique au service d'objectifs mercantiles à court terme ? L'épisode de l'acquisition des sous-marins, surnommé ironiquement le « contrat du siècle », en est une étude de cas appréciable pour envisager l’ampleur de la situation. La doctrine du capitalisme d'occasion de notre Union a pour but d'exploiter les logiques de marché ; nous devons cependant rester vigilants à ce que ces mêmes logiques ne soient pas retournées contre nous.
Durant la phase de négociation (2014-2015), la diplomatie azuréenne a mené une opération de séduction idéologique, présentant l'achat de matériel militaire non pas comme une simple transaction, mais comme le fondement d'une « architecture de sécurité et de paix collective » en Afarée. Les communiqués du ministre Afaghani, en date du 16 janvier 2015, louaient la « réussite anti-coloniale » du Grand Kah et sa vocation à être un « apport essentiel » à la stabilité continentale.
Ce discours a été entendu par la Convention Générale, qui a autorisé la vente de la technologie Saphir en y voyant l'opportunité de renforcer un partenaire stratégique dans la lutte anti-hégémonique.
Cependant, une fois le contrat politiquement sécurisé, ce discours de valeurs partagées a été instantanément abandonné, révélant sa nature purement instrumentale. La missive de Mohammed Badie constitue à ce titre un document accablant. Ceux qui se présentaient d'hier comme des alliés se redéfinissent comme une menace à contenir. Le texte va jusqu'à inventer le concept de « Kahisme », décrit comme un « nationalisme kah-tanais », pour réduire notre projet communaliste universel à une ambition impériale. Une réécriture de notre identité politique qui, en plus de servir de prélude à une tentative de renversement des rapports de force, traduit le mépris total de l’État Azuréen pour les engagements qu’il a lui-même signés.
Le document joint à cette missive, intitulé « Promesse Azur & Grand-Kah », expose cette nouvelle doctrine sans le moindre fard : véritable d'un catalogue d'exigences unilatérales, l'Azur y demande, entre autres, que :
« L'Union n'intégrera plus aucun territoire ni en Afarée continentale, ni dans les îles proches de l'Afarée. »
Et que :
« Le communalisme ne s'établira dans aucun autre pays afaréen que là où il est déjà présent. »
En d'autres termes, après avoir acquis les moyens de sa propre projection de puissance, le Califat exige du Grand Kah qu'il renonce à sa propre dynamique historique et à sa mission internationaliste, tout en renvoyant les processus d’aide économique et humanitaire alors en cours dans pas moins de trois pays du continent à un vulgaire impérialisme ayant pour objectif l’intégration de territoire. Il est intéressant de se demander comment les pays en question réagiraient à ce que l'on peut généreusement qualifier d'erreur de lecture frisant le paternalisme, du reste plutôt symptomatique d’une vision du monde essentiellement portée sur la réaction. Dans cette missive, la relation d'égal à égal est unilatéralement remplacée par une injonction à l'autolimitation. Le partenaire devient un rival dont il faut désormais geler l'influence. Le document va jusqu'à énumérer les zones où l'Azur s'interdirait de mener des actions subversives, « pas de mésaventures à l'Armée Démocratique », révélant ainsi sa volonté de considérer de telles actions comme des leviers diplomatiques.
Pour la direction azuréenne, la diplomatie est moins un espace permettant la construction de confiance qu’une séquence de transactions sans lien entrent-elles. Les principes y sont traités comme une monnaie d'échange, valable uniquement le temps d'obtenir un avantage matériel. Une fois l'actif acquis, le partenaire est redéfini comme une contrainte stratégique. Une telle approche, dénuée de toute vision à long terme, rend impossible la construction d'une alliance fondée sur autre chose qu'un opportunisme précaire.
Paternalisme au Gondo, panique face à Carnavale
L'architecture diplomatique d'une nation se mesure à sa capacité à articuler une doctrine cohérente face aux crises. L'examen des actions azuréennes sur les deux conflits majeurs de ces dernières années, au Gondo et en Eurysie, ne révèle aucune doctrine.
Au contraire, il met en lumière une série de postures réactives, dictées par la peur et l'opportunisme, qui confirment l'incapacité du Califat à assumer le rôle de puissance stabilisatrice auquel il prétend.
Au Gondo, pour commencer, l'approche azuréenne fut une démonstration de paternalisme et de lâcheté stratégique. Confronté à une guerre civile complexe, le Diwan a systématiquement refusé l'engagement direct pour se réfugier dans le confort du « soft power ». Sa proposition centrale, un fonds de reconstruction présenté comme un « grain à moudre » pour les factions, fut théorisée en des termes d'une condescendance néocoloniale. Dans les échanges d'Axis Mundis, le Secrétaire Mohammed Badie n'a pas hésité à filer une métaphore animale, expliquant que « l'appât de la récompense, plutôt que la crainte de la punition, nous semblent être un moteur véritable pour amener le toutou à calmer ses ardeurs ». Le peuple gondolais, au cœur d'une lutte pour son autodétermination, était ainsi réduit au statut d'animal domestique à dresser par l'incitation financière.
Cette posture morale s'effondre face à l'analyse de leurs propres documents. Dans une missive datant de juillet 2015, le ministre Afaghani avoue le véritable moteur de cette non-intervention : la peur d'une confrontation avec l'Empire Clovanien. Il écrit sans détour : « Exiger que la Clovanie retire ses troupes semble contre-productif. Le lui imposer ne nous est pas possible ; certes, les moyens militaires du Grand-Kah pourraient rendre cette option crédible, mais cela serait-il souhaitable ? […] Nous excluons donc le strict recours au bras de fer. » Le Califat, qui se rêve en leader de la décolonisation, admet ici son refus d'affronter un impérialisme réel dès lors que celui-ci est militairement crédible. Pire, il révèle sa crainte idéologique, avouant ne pas souhaiter « le triomphe de l'Armée Démocratique car celui-ci pourrait se traduire par l'affirmation d'un État communiste. » L'Azur, au Gondo, a donc choisi d'abandonner ses prétendus principes anti-impérialistes par peur de la Clovanie et par hostilité affichée envers la nature même de la résistance anti-impérialiste à l’œuvre dans la Région.
Cette doctrine de l'évitement s'est ensuite – et de façon tout à fait spectaculaire ! – inversée face à la crise carnavalaise, laissant place à une panique non dissimulée. Tant que la menace semblait contenue en Eurysie, l'Azur affichait une arrogance cynique. Mohammed Badie, une letttre, qualifiait Carnavale de « tas d'ordures irradiées » et de « guêpier », se moquant de l'implication de l'Union. Il allait jusqu'à laisser entendre qu'il possédait ses propres capacités de nuisance : « Nous ne sommes pas loin cependant d'en avoir la capacité [de détruire Carnavale] ».
Sept mois plus tard, la menace Dalyoha devenant concrète en Afarée, cette assurance s'est évaporée. Une missive signée par le nouveau ministre Amastan Ag Amenay, prend cette fois la forme d’un appel à l'aide désespéré, soi un énième changement de posture.
L'Azur, s’y découvrait tout à fait soudainement une affinité pour notre « engagement pour l'émancipation », nous supplie désormais d'agir à sa place : « L'Union mettre ses capacités réelles au profit des objectifs qu'elle se fixe. […] Le Grand Kah a les moyens de réaliser aujourd'hui la paix en Eurysie et la paix en Afarée. Il en a les moyens, mais en a-t-il la volonté ? »
Il apparaît donc évident que l'Azur ne possède pas de vision stratégique, se contentant d’opérer par réactions, souvent précipitée comme en témoigne la crise Kabalienne.
Le Califat se montre arrogant quand il se sent à l'abri, et suppliant dès qu'une menace réelle se profile. Une puissance qui n'agit que par peur ou par opportunisme, incapable de constance et de courage, ne peut prétendre à aucun rôle de leader. L’Azur souhaite les bénéfices de l'ordre mondial sans jamais être prête à en payer le prix.
C’est dans ce même ordre d’idée qu’Afaghani Pasha se présente comme le champion de l'unité afaréenne. Ainsi il vante l'héritage de sa "Révolution de Safran". Il dénonce l'impérialisme à chaque discours. Or comment ignorer que le Califat a signé des pactes de défense avec l'Empire du Churaynn ? Cette monarchie autoritaire et particulièrement corrompue possède, en outre d’une politique de l’outrance ayant provoqué plusieurs crises et menaçant désormais la stabilité de l’Afarée occidentale, des colonies. L'Azur accepte donc de s'allier avec un oppresseur colonial pour exister militairement. Il apparaît dès-lors que les principes d'Agatharchidès sont des outils de marketing.
Fort avec les faibles, faible avec les forts, le Diwan utilise le mot "décolonisation" pour séduire les foules quand, dans les faits, il protège ses intérêts aux côtés des empires. L'Azur ne peut que perdre son éventuelle crédibilité auprès des mouvements de libération après avoir d’une part refusé de soutenir celui du Gondo, déclaré ne pas s’intéresser à l’émancipation des peuples, et travaillé de concert avec un empire colonial parmi les plus brutaux de notre siècle. Il est évident qu’on ne peut prétendre participer à la libération des peuples quand on patrouille avec leurs ennemis. Ce double jeu rend toute parole azuréenne suspecte. Les nations du Sud Global doivent voir cette alliance pour ce qu'elle est : une forme de trahison.
Pour une politique de la lucidité
La trajectoire de l'Azur, de 2014 à aujourd'hui, n'est donc pas, comme voudraient le lire certains tenant de la ligne modérée, celle d'une puissance en maturation. Son corps politique donne au contraire tous les signes d’une décompensation violente. La schizophrénie institutionnelle, le cynisme transactionnel et l'incohérence stratégique sont autant de symptômes permanents d'un État incapable de définir une ligne claire, car il est lui-même en guerre avec ses propres structures. Le Califat projette sur la scène internationale son chaos interne, agissant comme un miroir déformant de ses propres ambitions contradictoires, ou projetant peut-être une ligne anti-impérialiste pour cacher son propre fonctionnement essentiellement paternaliste et hégémonique.
Pour l'Union et l’Afarée, continuer de traiter l'Azur comme un partenaire fiable et prévisible serait donc une faute grave. Le Califat n’est rien de moins qu’un facteur d'incertitude qui consomme notre énergie diplomatique et expose nos intérêts à des retournements dont la nature même n’est prévisible que par leur constance. Il est temps d'acter l'échec de notre politique d'engagement fraternel. J’en appelle donc au Comité de Volonté Publique, lequel doit tirer les conclusions qui s'imposent et procéder à un réalignement doctrinal.
Il ne s'agit évidemment pas de rompre les relations – une telle posture isolationniste serait contre-productive, mais d'abandonner l'illusion d'une alliance de quelque nature que se soit, et d'adopter une politique de l'engagement conditionnel et strictement transactionnel. Notre relation avec l'Azur doit désormais être gouvernée par la même logique qu'ils appliquent au reste du monde : un pur calcul d'intérêts matériels et immédiats du Grand Kah.
Cela implique de cesser tout investissement dans des partenariats stratégiques à long terme, de limiter notre coopération aux domaines où le bénéfice pour l'Union est direct, mesurable et non-dépendant de leur stabilité politique, et de maintenir des canaux de communication fonctionnels mais dénués de toute complaisance.
Cela est d’autant plus essentiel que nous possédons de nombreux autres points d'appui en Afarée : Banairah, Tamurt n Althalj, sans parler de l'étoile montante Finejourienne, possédant pour sa part une ligne d'une limpidité admirable.
Et laissons donc l’Azur à ses prophéties martiennes.
Déclaration de S.E. Madame l'ambassadrice, Halide Buldan Droit de réponse 07.03.2019
Et que la Paix soit sur nos lecteurs. Le 2 mars 2019 dernier, il y a tout juste quelques jours, un article est paru dans la grande institution de presse kah-tanaise Akai Kagami, signé de la main de Monsieur Créon Louverture. Cet article m'a été déposé alors que je revenais de ma course matinale, le long des quais de l'Université communale d'Axis Mundi, qui bordent le grand lac et ses reflets. Les pruniers au teint rouge venaient de perdre leurs pétales ; sous les premiers bourgeons des cerisiers je venai de parcourir mon trajet quotidien, qui me fait traverser et connaître ce pays kah-tanais que j'aime tant, et ses habitants étonnants et joyeux. Ma douche prise, j'ai pris connaissance de cet article. J'ai l'honneur de proposer au lectorat et à Monsieur Louverture une contradiction officielle, en m'efforçant de m'exercer à l'art kah-tanais du débat contradictoire et de la pensée dialectique, qui sont au fondement de vos valeurs et de votre culture si unique, chers lecteurs de l'Akai Kagami. Ce droit de réponse démocratique intervient d'abord pour honorer la contribution de Monsieur Louverture à l'information du public en la complétant et corrigeant ses approximations, ainsi qu'en répondant à de cruelles attaques. Il intervient ensuite, sur un plan plus grave, pour adresser une réponse solennelle à des faits importants caractérisés par Monsieur Louverture dans son intervention : le bafouement de la mémoire de nos hommes, ainsi que la trahison de la confidentialité diplomatique et des règles de l'hospitalité.
Ainsi au préalable, je souhaite renouveler mes condoléances à la famille de nos pilotes, Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan, tombés pour leur pays et pour la protection de la stabilité continentale le 29 décembre 2018 dernier, lors d'une embuscade tendue par des aviateurs des ex-milices Obéron. Nous venons en effet d'apprendre le décès d'Usman à l'hôpital. Engagés par l'Azur pour défendre la sécurité d'un pays ami et allié, je réaffirme le soutien et l'affection de la nation à ces jeunes hommes de vingt-six et vingt-sept ans loyaux et courageux. Je déplore l'infamie sous-jacente à une allusion du texte de Monsieur Louverture, qui qualifie le résultat de la mission de Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan comme une triviale « cargaison de viande. » Cet humour offensant, digne des pires caricatures de la revue d'art raciste et colonial CRAMOIZIZI, appelle correction ou excuses de son auteur vis-à-vis de la grand-mère endeuillée de Farid al-Meqtali et de la famille d'Usman Bhurzan. J'adjoins Monsieur Louverture à revenir au respect de ceux qui risquent leur vie et la perdent pour la sécurité de leurs proches et l'amour de leur pays, si l'intention de l'auteur était de produire un trait d'esprit offensant.
Au global de cet article, je tiens à souligner la cohérence de vues de Monsieur Louverture, et à répondre du mieux que je puisse à de nombreuses assertions qui ne sauraient se passer d'un droit de réponse. Monsieur Louverture structure son article en quatre parties : « Méthodologie et contexte », « Rupture entre le Diwan et la Majlis al-Nujum », « Paternalisme au Gondo, panique face à Carnavale » et enfin : « Pour une politique de la lucidité. » Il y réalise des analyses qui lui appartiennent, à partir de son interprétation des faits mais aussi de documents « exclusifs » qu'il prétend citer avec plus ou moins d'exactitude.
Les vues de Monsieur Louverture sont cohérentes : elles sont effet toutes articulées dans l'objectif de nuire au lecteur en lui présentant un tableau radical et sombre de l'Azur en tant qu'Etat. Il faut repartir des faits, que l'auteur tronque de façon assumée : il n'hésite pas à élaborer à partir d'éléments « caviardés » et de propos rapportés, non vérifiés, non contextualisés, donnés en pâture comme par un tabloïd.
Par ma voix, l'Azur n'a aucune difficulté à répondre aux points soulevés. Le premier d'entre eux est celui de la structure institutionnelle de notre pays. Nous remercions Créon Louverture pour sa lecture attentive de nos institutions : peu s'en donnent la peine. Néanmoins les précisions suivantes s'imposent. L'auteur souligne la différence de registres entre le Khalife et le Diwan. Celle-ci est inscrite dans notre Constitution : en tant que mujtahid mutlaq, Son Altesse Sémillante guide l'interprétation de la Loi Divine pour toute la nation. Celle-ci structure la vie des musulmans et de notre Etat islamique. Le Diwan s'occupe de lois séculières, de règlements et de budgets. La nature de leurs attributions est fondamentalement différente. Créon Louverture n'a pas besoin de mépriser cette ordonnancement pour lui sans doute exotique des choses. L'usage de qualificatifs médicaux, peignant notre Etat comme atteint de « pathologies », de « schizophrénie », produisant un comportement « irrationnel » et « décompensatoire », n'est pas approprié pour décrire une culture politique que l'auteur ne connaît pas et ne comprend pas, et qui, en s'organisant sur un modèle constitutionnel, un régime de droit et des valeurs anthropologiques simples, n'a aucune raison d'exciter le désarroi. L'Azur n'est pas construit sur l'inversion des valeurs. Notre système politique n'a rien de particulièrement outrageant. Certains autres pays qui affirment en revanche cette inversion pourraient attirer beaucoup plus facilement la critique de Monsieur Louverture et ses procès en rationalité et en perversion. Cela étant, comparer l'Azur à un personnage schizophrène est moins infamant que l'auteur le voudrait, surtout d'après ses propres critères. Le schizophrène n'est-il pas en résistance contre les structures, prisonnier de son insoumission, lucide parmi les psychopathes, donc un modèle libertaire ? Quel rapport avec un Etat islamique ?
Je laisse l'auteur à ses méditations sur le système azuréen pour clarifier des points concrets de géopolitique, qu'il associe en faisceau alors qu'ils sont distincts. Créon Louverture voit dans l'attitude azuréenne sur les points suivants — guerre civile au Gondo, ordre mondial, partenariats stratégiques — une incohérence globale : à chaque fois cette analyse est faussée par manque de rigueur, le lecteur doit voir cette analyse complétée par mon intervention.
Sur le Gondo : la guerre civile gondolaise est un conflit latent, interrompu une première fois par des accords de paix négociés sous l'égide de l'Althalj : les accords d'Icemlet. Ces accords prévoyaient un cessez-le-feu et un processus de réconciliation garantissant l'unité territoriale et la continuité du système politique gondolais, en vue de résoudre son fractionnement. Ces accords ont été brisés, et l'Azur a toujours eu pour position d'appeler à leur réinstauration. Il n'a jamais affiché de soutien à une faction contre une autre, et ne s'est jamais prononcé sur la nature du régime qu'il fallait instaurer au Gondo : loin de toute ingérence, cette décision revient aux seuls Gondolais et à leurs institutions. C'est une différence fondamentale avec le Kah, qui soutient et arme une faction, « l'Armée démocratique », en vue de promouvoir son idéologie. Cette différence fondamentale n'avait à l'époque suscité aucun article rageur de Créon Louverture : face à l'ingérence néocoloniale de la Clovanie dans les affaires internes du Gondo, le Kah et l'Azur ont eu un dialogue suivi afin d'obtenir le départ des troupes clovaniennes alors engagées sur le terrain. En 2015, moment fort de la guerre civile, l'Azur n'avait pas lancé son programme balistique ni acquis les moyens militaires qui lui auraient permis de jouer un rôle militaire dans la crise. Il n'avait aucune intention d'ailleurs d'improviser une quelconque opération de changement de régime, vu la nature complexe du conflit gondolais, opposant non pas des colons à des indigènes comme dans la théorie simpliste des méconnaisseurs, mais des Gondolais entre eux animés par des sources de légitimité contradictoires : « révolution » d'un côté, « ordre institutionnel » de l'autre, et « droits nationaux » dans le cas des factions G.A.L.K., du mouvement pitsi et du mouvement likra. Ce guerre fratricide n'est pas pure ni souhaitable, et personne n'y est innocent de ses responsabilités : le gouvernement d'avoir fait appel à des troupes néocoloniales, l'opposition d'avoir recouru à la lutte armée et parfois à des mines antipersonnels contre les populations civiles. Le conflit gondolais est complexe et mérite mieux que des jugements simplistes. La vision azuréenne du conflit gondolais est d'ailleurs partagée depuis longtemps par l'Althalj et le Finejouri, et cette commune entente de vues s'est exprimée à de nombreuses reprises pour appeler non pas à la victoire d'une faction sur les autres, mais au cessez-le-feu et à la réconciliation des factions entre elles. Le Gondo illustre l'approche pacifique et multilatérale de la diplomatie azuréenne, en ce qu'elle s'est construite avec une trentaine de signataires d'une déclaration commune proposée avec le royaume de Teyla, soutenue par l'Althalj, le Finejouri, le Banairah, le Jashuria, Sainte-Marquise, Westalia, et combien d'autres précieux partenaires du Grand Kah, qui n'ont pas soutenu la stratégie kah-tanaise de soutien à une faction en lutte armée, mais la stratégie althaljire définie à Icemlet en 2014, d'appel à la paix et à des discussions associant l'ensemble des acteurs en vue d'une solution consensuelle.
Cette vision azuréenne sur le Gondo est la traduction parfaite de son approche de l'« ordre mondial pacifique » qualifié par Créon Louverture. Elle s'est initiée au Gondo et concrétisée ensuite par la création de la plus grande organisation continentale en Afarée : le Pacte afaréen de sécurité, et son Conseil, où se discutent de façon transparente les enjeux du continent, permettant de définir par des votes au consensus des positions et des actions communes. Le Pacte a ainsi proposé de nombreuses initiatives pour la paix, la sécurité et l'inclusion continentale, y compris à des partenaires non afaréens. Le multilatéralisme azuréen s'est démontré pendant des années pour proposer des résolutions collectives des problèmes : zones maritimes souveraines, propriété intellectuelle et protection des brevets technologiques, préservation de l'environnement, promotion de la culture et de la science du désert, et combien d'autres initiatives à destination de la communauté internationale, sans distinction idéologique ni antagonisme. Ouverture et souhait de coopérer avec tous les pays du monde sans a priori caractérisent la posture diplomatique azuréenne, qui est une posture de travail en vue de réalisations concrètes, non de voeux pieux. L'Azur est bel et bien un interlocuteur sérieux : et c'est par sérieux, rigueur et éthique qu'on ne saurait ne pas voir que l'« ordre mondial pacifique » est mis devant le fait accompli d'un génocide et de la colonisation brutale et déclarée. La question cramoisienne explose à la face de tous ceux qui promeuvent une vision mondiale des problèmes. Va-t-on laisser faire le crime ? Depuis trois ans, l'Azur défend une diplomatie exigeante face aux criminels. Il n'est responsable d'aucune « agression » contre les véritables agresseurs, qui sont les Dalyoha. L'attitude de la communauté internationale vis-à-vis du génocide, de la colonisation et de l'occupation, de la privatisation de la santé et de l'environnement, et de la destruction des écosystèmes entamée et poursuivie par la Maison Dalyoha est en train de se définir. Ceux qui promouvaient hier le multilatéralisme, la justice et la paix sont au défi de la réalité contemporaine. Entériner l'impunité d'un agresseur ne fait partie du programme d'un « ordre mondial pacifique » : il faut des mécanismes adaptés et une résolution concrète des enjeux, capable de réunir la communauté internationale plutôt que de la diviser. En ce sens, et malgré des réserves publiques sur la pertinence de cette stratégie après les échecs précédents du dialogue, l'Azur soutient le projet du Finejouri et de l'Althalj d'établir une mission de surveillance en Cramoisie pour juger de l'évolution de la situation. Il soutient également le désarmement chimique de la Maison Dalyoha, conformément au traité PFC-ACM, promu par le Grand Kah. L'Azur valorise les solutions proposées par ses interlocuteurs dans un cadre multilatéral, en 2019 aussi bien qu'en 2015.
Créon Louverture aborde enfin la question de la relation bilatérale azuro-kah-tanaise. Il y décrit un revirement supposé de l'attitude d'Agatharchidès vis-à-vis du Kah. Cette analyse est parfaitement erronée : les relations entre nos deux pays sont excellentes. J'ai eu l'occasion de le réaffirmer il y a à peine quelques mois en rendant visite à des associations culturelles. Nos deux pays partagent un accord de coopération maritime, des liens culturels et économiques, de nombreuses positions convergentes, en particulier sur la question humanitaire : l'Azur et le Grand Kah ont régulièrement évoqué un projet commun pour définir une convention internationale humanitaire, en vue de limiter les dégâts des conflits inévitables sur les populations et sur les territoires. L'Azur a approuvé l'action kah-tanaise pour mettre un terme aux armes chimiques carnavalaises, tout comme il avait approuvé la défense de la souveraineté altrechtoise, et dénoncé le bombardement des aéroports civils en Mährenie. Des prises de position qu'on ne saurait qualifier d'« opportunisme précaire », comme le fait Monsieur Louverture. Sur ces questions graves, l'Azur a fait entendre sa voix, là où bien des partenaires du Grand Kah ont préféré un silence stratégique qui ne leur pourtant vaut pas de billet d'humeur dans l'Akai Kagami. Grâce au partenariat azuro-kah-tanais et au « Contrat du siècle », l'Azur est désormais en mesure de dissuader les agressions et de faire peser sa vision multilatérale autour de lui. La résolution diplomatique du conflit ouvert entre l'Antérie et l'Ouwanlinda est une preuve qu'une diplomatie bien dotée est efficace : par un langage ferme, mais ouvert à la négociation, l'Azur et ses partenaires ont résolu une grave crise diplomatique. L'unité afaréenne en est sortie renforcée. L'escalade entre le Churaynn et l'Altrecht, puis Karty, a ensuite pu être enrayée efficacement grâce au poids stratégique de l'Azur. L'auteur de l'article y voit la défense d'un Etat paria : au contraire, nous voyons dans le rapprochement entre l'Azur et le Churaynn une voie prometteuse pour limiter les désordres et articuler une réponse claire des Etats afaréens face à leurs agresseurs. Ainsi, le Churaynn et l'Azur se sont organisés pour faire face à la menace néoraciste du B.N.E. et celle-ci a été écartée, sans qu'un seul missile ait eu besoin d'être tiré. Monsieur Louverture dénonce le maintien de relations diplomatiques avec le Churaynn : mais que propose-t-il exactement ? Même le Grand Kah pratique la diplomatie avec le Churaynn. La dissuasion est un levier de progrès. De même, la force azuréenne, en s'adjoignant à celles du Pacte afaréen de sécurité présidé par le Finejouri, a permis la décolonisation rapide et claire de la Zentralafareen garmflüssensteinienne, au profit d'un processus pacifique et coordonné. L'Afarée centrale indépendante a rejoint le Pacte afaréen de sécurité, qui garantit sa pleine inclusion au dialogue continental et la solidarité du continent contre ses éventuels reconquérants. Ces réalisations n'auraient pas été possibles si l'Azur n'avait pu y peser de son poids. Le partenariat stratégique azuro-kah-tanais s'inscrit donc bien dans la poursuite des objectifs partagés et des principes affichés de multilatéralisme et d'ordre mondial pacifique.
Créon Louverture est pourtant catégorique : selon lui, les relations azuro-kah-tanaises devraient être interrompues, au profit de relations « sans complaisance » et de l'abandon de projets communs. Je ne crois pas que le Comité de Volonté Publique, qui assure la gestion des affaires extérieures, se reconnaîtra dans la « complaisance » dénoncée par l'auteur : il n'y a aucune complaisance entre l'Azur et le Grand Kah, et le dialogue prolifique entre nos deux pays montre les points de convergences et les divergences d'approche qui existent. Cette relation est riche : j'appelle plutôt à la préserver et à la cultiver, dans le respect des différences et la sincérité du dialogue. Rien ne justifierait l'abandon de projets communs, tels que le traité international sur la mer élaboré dans les discussions bilatérales, le désarmement chimique déjà concrétisé par le PFC-ACM, ou encore la convention internationale humanitaire qui est évidemment nécessaire face aux crimes de guerre constatés à de multiples endroits. Le public kah-tanais est témoin de ma réponse à Créon Louverture : non, nous n'avons décidément pas fini de coopérer pour le bien de nos populations respectives.
La coopération entre Axis Mundi et Agatharchidès est historique, féconde et prometteuse. Elle est cependant abîmée par des faits importants que je dois souligner ici. Créon Louverture, dans son article, prétend avoir eu accès à des conversations diplomatiques cryptées et retranscrire des discours tenus à huis clos, au plus haut sommet, lors de la visite de Son Altesse Sémillante à Axis Mundi. Naturellement, je déplore l'usage fallacieux de ces documents pour manipuler le lectorat, et je demande à Monsieur Créon Louverture de faire preuve de professionnalisme et de déontologie, en s'abstenant de livrer au public des documents « caviardés » dont le troncage du contenu vaut déformation malhonnête des propos abordés. Contrairement à ses affirmations, l'Azur n'a aucun problème de schizophrénie.
Je déplore que de tels documents aient pu parvenir, tronqués donc inutilisables, dans les mains d'un « journaliste » à charge contre un pays ami du Grand Kah. Rompre la confidentialité des échanges diplomatiques de façon unilatérale et orientée à des fins malveillantes ne peut être que la conséquence d'un accident et de dysfonctionnements internes au Grand Kah. Non seulement pour la sécurité de l'Azur, qui est ainsi bradée de façon inconsciente, mais pour celle de tous les sujets sensibles gérés à huis clos par des diplomates professionnels, cette opération de caviardage malveillant est un risque majeur. Il serait ainsi inacceptable, par exemple, que des échanges privés entre le Grand Kah et Carnavale soient diffusés de façon tronquée et malhonnête alors que le Commissariat aux Affaires extérieures est en ce moment même occupé à gérer la crise sanitaire à Carnavale. Les humanitaires kah-tanais ont été exposés à des armes chimiques tirées par la Maison Dalyoha et je suis certaine que le Comité de Volonté Publique n'a pas besoin de voir son travail mis en difficulté par des fuites inopportunes, alors que la vie de centaines de personnes est en jeu, et que le risque d'une pandémie mondiale s'accroît. La confidentialité des échanges diplomatiques et l'information du grand public sont nécessaires ; leur synthèse ne saurait être le colportage de documents caviardés, qui nuit aussi bien à la sécurité nationale qu'à la conscience publique. Monsieur Louverture a commis une faute professionnelle indiscutable, permise par un dysfonctionnement interne aux services diplomatiques du Grand Kah. Les rumeurs attribuant à Son Altesse Sémillante ou à ses services des déclarations sont fondées sur une manipulation déplorable des faits et une déloyauté vis-à-vis de la délégation azuréenne, accueillie officiellement à Axis Mundi, entendue à huis clos. L'enregistrement non consenti du plus haut personnage de l'Etat azuréen, la déloyauté vis-à-vis du Khalife en tant qu'invité officiel du Grand Kah, sont des ruptures graves des règles de l'hospitalité. En Azur, c'est une très grave transgression, et un profond déshonneur pour celles et ceux qui s'en rendent coupable.
Créon Louverture ne connaît visiblement que très mal la culture azuréenne, sa pratique de la diplomatie, sa pensée, son système de valeurs et ses préoccupations. Je n'attribuerai donc ses propos qu'à des malentendus et des erreurs. Les conclusions radicales qu'il tire au sujet de l'Azur sont fausses, et il devrait le reconnaître publiquement. S'il maintient ses propos, je serai ravie qu'il participe à la prochaine conférence de presse du Grand Vizir, Afaghani Pasha, chef de la diplomatie azuréenne depuis 2004. Ce sera l'occasion de confronter les arguments de façon loyale et publique. En tant qu'ambassadrice, je m'engagerai à permettre à la presse kah-tanaise de participer à cet événement, car je crois que le grand public appréciera d'être informé avec exigence et professionnalisme. Créon Louverture s'honorerait à un tel exercice : les Azuréens détestent les lâches et les hypocrites, mais ils respectent l'intelligence et le courage, y compris, et même surtout chez leurs adversaires. La culture azuréenne est fière mais pas rancunière. Créon Louverture pourra démontrer qu'il possède ces qualités à l'occasion de cette conférence de presse, qui sera annoncée bientôt, et qui couvrira essentiellement le sujet du déploiement azuréen à Carnavale, ainsi que d'autres sujets.
— Dernier vélocitro pour Baraqalulfik, départ imminent, prochain train lundi à partir de six heures. Ce train est sans arrêt jusqu'à Baraqalulfik.
— Ah quand même...
— Ça fait du bien d'être assise...
— A qui le dites-vous...
— A vous...
— Ces couleurs, c'est original...
— Oui...
— Un peu trop flashy peut-être...
— Vous avez vu les journaux récemment vous ?
— Oui j'ai fait une revue de presse... pour mon propre intérêt en vue de discerner le bon grain de l'ivresse...
— Gare à vos fesses...
— C'est à voir...
— C'est tout vu...
— Je m'intéresse particulèrement au bien-être de la Femme...
— Avec un F majuscule...
— Celle qui porte un chapeau pointu...
— Turlututu...
— Figurez-vous qu'après une réflexion mesurée, j'ai décidé de ne pas choisir entre être pour et contre la Maison Dalyoha...
— Tiens donc !
— Je ne crois en effet pas que la violence soit d'un quelconque secours aux centaines d'esclaves inséminées toutes les semaines pour pondre les clones dont se repaît Grand Hôpital...
— Non ?
— Il faut parfois savoir agir à son échelle...
— Avec des points médians...
— Des quotas...
— Et faire confiance au gouvernement...
— Oui... si possible vieux, vénérable et autocratique...
— Femme vie liberté...
— C'est à peu près ça oui...
— Depuis que j'ai clôturé ma revue de presse, je me sens bien mieux...
— C'est l'essentiel...
— Plus que jamais de retour sur le terrain dialectique...
— La critique n'a qu'à bien se tenir...
— Je me sens de taille à défendre point par point la position de mes autorités réglementaires...
— Attention, votre sac...
— Merci...
— Les navets, monsieur vous pouvez rattraper le navet de ma collègue ? Il vient de rouler sous vos pieds...
— Quelle maladroite je fais...
— Allons allons... Elle est l'heure d'aller se coucher...
— Je n'ai pas l'habitude de veiller si tard... Excusez-moi...
— Je vous en prie...
— Si vous voulez, pour en revenir à ce que je disais...
— Ce que vous disiez...
— Au sujet de cette problématique de génocide colonial...
— J'écoute...
— A priori je vois le problème mais si l'on pèse le pour et le contre à partir d'arguments sérieux...
— J'écoute...
— Tels que par exemple... Le fait que la presse azuréenne utilise des sources locales...
— Oui...
— Comment voulez-vous qu'on prenne ça au sérieux...
— Comment voulez-vous...
— Ce qui est sérieux sur le sujet c'est... comment dire...
— Oui... comment dire...
— Notre gouvernement disons...
— Disons cela...
— Vous savez j'ai bien réfléchi...
— Ah tiens donc...
— Et je pense de plus en plus qu'il serait préférable de ne même plus faire semblant...
— Semblant de... ?
— Semblant d'en avoir quelque chose à faire...
— Oui...
— Je veux dire, ce n'est pas au citoyen lambda de savoir lire...
— Oui...
— Ni de se faire une opinion...
— On se fait rarement une opinion en lisant les journaux...
— Vous avez raison...
— Voilà, c'est ça que je voulais dire...
— Je crois que je commence à comprendre... !
— Oui, cela commence à faire sens pour moi aussi... !
— La vérité, c'est qu'on n'a pas besoin de lire les journaux... !
— Non non ?
— La vérité ne s'explique pas, si vous voulez !
— J'écoute ?
— Elle est là, elle se voit, ou ne se montre pas...
— Coûte que coûte ?
— On croit bien à ce qu'on a envie de croire...
— Un utocide...
— Pardon ?
— Je disais : un utocide : l'utopie d'un génocide...
— C'est amusant... ?
— C'est une belle idée... Une sorte de synthèse...
— Renversant...
— Vous savez les mots on leur fait dire n'importe quoi...
— Rien de plus facile que prendre les gens pour des cons...
— Les cons pour des cons...
— Les gens pour des gens...
— Une dernière question me taraude...
— Le prix du passe navigo ?
— Quarante-deux euros ?
— C'est plus...
— Dites-moi ?
— Quatre-vingt dix chèques carnavalais... Depuis la connexion au Grand Désert Express...
— Une belle idée...
— Vous disiez ?
— Qu'il est long ce trajet... Oui, je vous disais : finalement, ce qui compte, n'est-ce pas après tout le plaisir qu'on prend à vivre ?
— Mais comme c'est juste...
— Si tel est mon bon plaisir de mettre des points médians et d'envoyer chier les cobayes de Carnavale...
— Elle est juste de penser cela...
— Bien dit...
— Si tel est mon plaisir que de vous chier à la gueule...
— Euh...
— Vous n'avez pas compris...
— J'étudie avec vous...
— Ecoutez-moi...
— Je bois vos paroles...
— Ne lisez pas les journaux...
— Jamais...
— Surtout ceux qu'on écrit à la lumière des sources...
— Ilâh, non...
— Surtout ceux qui vous parlent du vaste monde...
— Grand Dieu...
— Qui vous portent les nouvelles et bousculent votre tasse de thé...
— Le devoir d'un journal est d'imprimer l'actualité et de semer la pagaille...
— The Chicago Times...
— Vous connaissez vos classiques...
— Ne lisez pas les journaux, et écoutez le gouvernement...
— Il a la sagesse...
— A priori...
— Il a l'expérience...
— A fortiori...
— Voulez-vous écrire des paroles énigmatiques pour justifier votre incompétence totale à écrire quelque chose d'intéressant depuis le début de cette histoire...
— Vous dépassez les bornes...
— Elles sont faites pour être dépassées...
— Je vais devoir appeler le contrôleur...
— Appelez-le donc... Entre nous il n'y a plus rien à se dire...
— Oh... vilaine fille...
— Oui... vilaine...
— Et pourtant...
— Et pourtant...
— Vous savez ce que j'aime plus que tout ?
— Dites-moi...
— C'est quand on ne fait même plus d'effort...
— J'entends...
— On n'a rien suivi, on fait semblant de tout...
— Oui...
— On ne croit plus en rien même pas en ce qu'on écrit...
— Les psychopathes prolifèrent grâce aux imbéciles...
— Un bon mot en vaut un autre...
— La cruelle vérité entre nous je vais vous la dire...
— Oui...
— Dans le creux de votre oreille...
— Pas trop fort... J'ai l'ouïe sensible et le ton chatouilleux...
— Pourvu qu'on ne me reproche pas trop fort un génocide...
— Génocide hier, utopie demain...
— L'utopie est le génocide...
— Bien sûr...
— Le négationnisme est l'humanisme...
— Exactement...
— C'est pour cela que tout a eu lieu...
— Vous croyez...
— C'est sa libido...
— Vous pensez...
— Nuire, nuire, nuire...
— Comme vous y allez...
— S'essuyer les pieds sur vous...
— Je ne vois vraiment pas de quoi vous parlez...
— Bien sûr que non...
— Vous voulez dire que...
— Bien sûr... Rien de tout cela n'est un jeu...
— Mais non...
— Non... Vous n'avez qu'à vous en imbiber... Vous qui connaissez si bien tant de choses...
— Ce serait donc...
— Du négationnisme ambiant que provient notre négationnisme, oui...
— Alors...
— De la violence générale que vient notre violence particulière, oui...
— Du mensonge habituel qu'on s'habitue à mentir...
— Et si facilement...
— Et c'est amusant...
— Amusant...
— Vous voulez parier quelque chose ?
— J'y suis prête...
— C'est qu'on n'entendra bientôt plus parler de nous...
— Ni de personne au monde...
— On aura mieux à faire...
— Sans doute...
— Une dernière question...
— Le train arrive...
— Pour ma compréhension...
— Nous ralentissons...
— Qu'est-ce que cela vous apporte, à vous ?
— Pardon ?
— Vous n'avez pas envie d'écrire ?
— D'écrire ? Mais d'écrire quoi ?
— Baraqalulfik, terminus de notre train, toutes les passagères sont invitées à descendre du véhicule.
- Balthazar ? Balthazar ? Je n'y crois pas Balthazar vous dormez alors qu'il y a tant à voir et à faire !
- Hm...? j'étais bien...
- En effet vous n'avez pas l'air mal, mais on ne va pas passer toutes nos vacances à l'hôtel tout de même !
- Hm... bon bon... où sont les autres ?
- Oh je crois que Vivianne médite sur la plage, et que Marie profite du petit déjeuner en bas. Levez vous paresseux, vous êtes encore le dernier !
Elle sort de la chambre comme un coup de vent. Balthazar Métaphore se redresse les yeux encoure tout collés de sommeil. Après s'être rapidement peigné avec les doigts, il sort de la pièce et descend les escaliers qui mène à sur la terrasse de l'hôtel pour y retrouver Cacendre Fumée et Marie Gaule.
Cette dernière lui fait signe en l’apercevant.
- Mon pauvre petit, le décalage horaire vous a mis dans le mal... venez il y a du café et un thé délicieux aux agrumes. Il faudra que nous en volions la recette pour le reproduire de synthèse à Bourg-Léon.
- Bonjour Marie. Bien dormi ?
- Oh à mon âge... j'ai flâné un peu ce matin. C'est un drôle de pays que ce pays de femmes, il faudrait peut-être que nous nous en inspirions à Carnavale.
Cacendre Fumée sourit.
- Ce ne serait pas une mauvaise idée. Qu'en pensez vous Balthazar ?
- Navré mais j'apprécie trop mon privilège. L'exotisme c'est bon pour les vacances mais on n'est jamais mieux que chez soi.
- Je vous croyais plus aventurier mon cher petit. A défaut d'y vivre, l'Althalj a le mérite d'exister et de rappeler au monde que toutes sortes de structures sociales sont possibles sur cette terre. Aucune loi de la nature pour nous contraindre, tout n'est que construction et tout est possible.
- Hm ? Vous êtes en forme ce matin Marie... très lyrique.
- Oh je me sens pimpante comme jamais ! J'ai hâte de commencer à visiter ! Quel dommage que je ne parle pas la langue...
- Je crois que la Kabalie rouge finance un projet de traducteur universel en ce moment même. Un partenariat avec Métal Hurlant, je crois, c'est fait avec l'IA.
- L'IA, toujours l'IA, ils n'ont que ce mot là à la bouche, et le plaisir d'être un peu perdu loin de chez soi alors ?
- Je croyais que vous déploriez ne pas parler la langue ?
- C'est ce que se doit de dire une touriste pour paraitre crédible. En vérité j'adore ce sentiment de mystère et d'orientalisme...! L'Afarée est un continent tout simplement fascinant. C'est déplorable que la Principauté ait attendu le XXIème siècle pour y poser les pieds.
COLONIALISME : « L'OBJECTIF DE L'ENNEMI EST D'HUMILIER LE CONTINENT » — AMASTAN AG AMENAY
Publié le 25.03.2019 à 15h33 par Kozo Okamoto
Pour la première fois depuis sa prise de fonction, Amastan Ag Amenay Ag Aylan répond aux questions de SARGHAT. D'origine qabalienne, issu de l'aristocratie nomade, membre de la Khardziyya — une tariqa répandue dans les oasis d'Afarée occidentale —, celui qui est entré dans les bonnes oeuvres de la Nahda par la petite porte de la politique agraire des communautés nomades apparaît à la Porte Splendide au ministère des Affaires étrangères. Publiquement attaqué par des médias étrangers, qualifié d' « amateur », de « faillite » et même de « schizophrène », il garde pourtant toute la confiance du Diwan et du Grand Vizir Afaghani Pasha, chef de la diplomatie azuréenne depuis 2004. Après des révélations du média kah-tanais Akai Kagami, le ministre est en première ligne dans la « guerre zéro morts » menée par l'Azur contre la Maison Dalyoha. Qui est-il ? Que veut-il ? Alors que la crise semble plongée dans une paralysie propice à l'escalade, quelle stratégie diplomatique peut-il pousser pour l'Azur ? Amastan Ag Amenay répond à nos questions sans concessions.
SARGHAT : Excellence merci pour cet entretien. Vous êtes depuis peu le Ministre des Affaires étrangères, mais votre profil n'est pas anodin. Votre père était un sheikh qabalien reconnu. Aujourd'hui vous exercez des fonctions officielles en Azur. Certains ont critiqué votre binationalité et la confusion des affaires azuro-qabaliennes. Qu'avez-vous à répondre à cette critique ? Êtes-vous vraiment à votre place ?
Amastan Ag Amenay : Merci pour cet entretien qui me permet de répondre, rectifier et réaffirmer des points essentiels que tout le monde va bien se coller dans le crâne. D'abord sur ma binationalité. Rassurez-vous les bi ne sont pas tous que des cheaters si vous me passez l'expression. Je m'honore d'être ministre du noble Diwan azuréen, c'est un honneur pour moi et pour ma famille. En tant que fils de la diaspora qabalienne, j'ai conscience de représenter une dimension particulière de la politique gouvernementale. J'agis entièrement sous la direction de Son Excellence le Grand Vizir, et je suis le ministre de l'Azur, non de la Qabalie. Je suis au service des intérêts de l'Azur. Ceux-ci sont liés à celui du peuple qabalien par déclarations répétées du Diwan, qui s'est engagé à la Déclaration mondiale sur la Cramoisie, à la Reconnaissance de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la R.U.P.K. et au droit du peuple qabalien à la justice contre le génocide et la colonisation en général. Il y a des gens pour qui toutes ces choses ne veulent rien dire. Pour l'Azur cependant, ces engagements sont essentiels.
SARGHAT : vous avez été accusé d'instrumentaliser la cause qabalienne.
Amastan Ag Amenay : un avocat n'instrumentalise pas la cause de son client, mais je n'irai même pas à comparer la relation entre l'Azur et la Qabalie à celle qui lie un avocat et son client. Cette relation se fonde sur une histoire commune, des liens culturels et spirituels, le tissage des confréries qui parsèment le monde musulman, les rites de pèlerinages, le commerce caravanier et les transits nomades aussi, plus prosaïquement. Cette relation est fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté, à un espace commun. Mais surtout, cette relation est fondée sur le constat du crime de génocide, du risque d'écocide et de la commune Humanité des Azuréens et des Qabaliens. Les Azuréens se reconnaissent dans le martyre des Qabaliens, et les Qabaliens se reconnaissent dans la lutte des Azuréens contre la Cramoisie et ses maléfices. Ce procédé d'identification mutuelle se passe de commentaire extradiégétique. Tous les musulmans, tous les Afaréens, tous les êtres humains dotés d'un cœur et d'un cerveau qui réalisent cette identification mutuelle, cette empathie irréversible et indiscutable, font partie de notre camp. Tous ceux qui, pour les raisons psychopathologiques qui les regardent, sont incapables de cette empathie-là, sont dans le camp de l'ennemi. Je suis stupéfait des accusations d'instrumentalisation qu'on pourrait me faire. Demandez à la République de Juda s'ils considèrent que ceux qui s'opposent aux pogroms des Juifs sont en train de les instrumentaliser. Demandez à la coalition qui a renversé un gouvernement fasciste je ne sais plus où il y a deux ans parce que celui-ci emprisonnait les homosexuels, si elle était en train d'instrumentaliser les homosexuels auquel elle portait secours. Demandez aux Qabaliens s'ils ont l'impression d'être instrumentalisés. Je connais mieux les Qabaliens que vous. Je peux vous dire qu'ils sont moins préoccupés par leur « instrumentalisation » par l'Azur que par la justice et leurs droits sur leur propre pays, aujourd'hui niés par une entité coloniale et génocidaire impunie.
SARGHAT : en plaçant le dossier de la Kabalie en tête de ses priorités, le Diwan n'est-il pas en train de pratiquer une ingérence flagrante en Afarée occidentale, comme le dit Balsilek Ishaq ?
Amastan Ag Amenay : La première ingérence, c'est le génocide et la colonisation. Je vous rappelle que des gens vivaient là avant qu'on n'anéantisse la moitié du pays de mon père. Ces gens, ces Qabaliens, ont aussi le droit à être défendus contre l'ingérence génocidaire et coloniale. Les Althaljirs, les Finejouriens, les Somagoumbéens et bien d'autres ont le droit à être défendus contre un cataclysme humanitaire, environnemental, sécuritaire majeur et inédit. Ils ont le droit qu'on identifie l'offense et la menace auxquelles ils sont exposés, et qu'on y réponde de façon appropriée, sans détours, sans maquillage et sans égarement. Mais je vais répondre à votre question. Je déplore qu'on prête encore attention, y compris à SARGHAT, au bullshit de Balsilek Ishaq. L'accusation d'ingérence de l'Azur est exemplaire de sa façon de raconter n'importe quoi pour perdre tout le monde dans des débats de merde.
SARGHAT : Oulàlà ! Votre langage est-il bien diplomatique ?
Amastan Ag Amenay : Le langage est une fonction humaine de base pour véhiculer du sens. Les registres de langage, de la politesse à la grossièreté en passant par le formalisme et la familiarité, véhiculent un bagage de sens. Prenez mes mots tels que je les énonce avant d'en blâmer le registre. Prenez le monde tel qu'il vous arrive, voilà un bon conseil pour rester de bonne humeur. Je dis bullshit pour vous véhiculer mon mépris pour les stratégies locutoires de Balsilek Ishaq, qui n'est que le porte-parole d'un système sur lequel il n'a aucun contrôle. En tant que PDG-Protecteur, Balsilek Ishaq est l'avoué d'entités fantômatiques qui contrôlent pourtant de fait la R.A.D. : les actionnaires, au premier rang desquels se trouve la Maison Dalyoha. Cette articulation des rôles entre les actionnaires et leur émissaire est un fait facilement vérifiable et parfaitement assumé par Balsilek Ishaq lui-même. Pourtant, celui-ci n'a à la bouche que ses préoccupations sur la souveraineté et contre l'ingérence de l'Azur. Cette préoccupation est fallacieuse et hypocrite. En tant que bouche de Dalyoha, Balsilek Ishaq formule des paroles empoisonnées et viciées, qui instituent une réalité parallèle à celle que nous vivons tous. Dans sa réalité, les colons sont souverains, l'Azur est agressif et le génocide est un acte d'amour. Les faits sont pourtant les suivants : la Cramoisie s'est imposée par la force et l'assassinat à l'Afarée, et elle ne s'y maintient pas autrement ; l'Azur n'a commis aucune agression depuis son existence, y compris contre la Cramoisie ; quant au génocide, il ne s'est arrêté que parce que ses auteurs l'ont assez parachevé pour dérouler à présent leur programme de colonisation. Regardez : la Maison Dalyoha déroule le projet Éden rouge exactement comme elle l'avait prévu pendant le « nettoyage » de la zone par des milices génocidaires. La colonisation continue tranquillement. Et c'est de l'ingérence azuréenne qu'il faudrait que je m'excuse ?
SARGHAT : l'expulsion de la force azuréenne par le Finejouri ne démontre-t-elle pas l'ingérence dont fait preuve le Diwan ?
Amastan Ag Amenay : décidément il n'y a que dans les médias azuréens qu'on pose des questions pertinentes. Permettez-moi de corriger cette question erronée : le Finejouri n'a pas expulsé les troupes azuréennes, c'est l'Azur qui a mis fin à une mission de protection pour satisfaire à la demande du Finejouri de renégocier les accords de sécurité. L'Azur s'était engagé à protéger le Finejouri, cette demande a été retirée par le Finejouri, et nous en avons pris acte. L'Azur n'a pas vocation à assurer la sécurité des pays qui n'en ont pas besoin. Voilà exactement pourquoi l'Azur n'est responsable d'aucune ingérence. Une ingérence consisterait à imposer nos intentions aux pays concernés alors que ceux-ci sont capables de s'en débrouiller. Nous n'avons aucune intention vis-à-vis des pays d'Afarée occidentale ; ceux-ci sont largement capables de formuler eux-mêmes leurs besoins et de les combler par les moyens nécessaires. Nous n'avons pas demandé au Finejouri de déployer nos troupes chez lui : nous avons répondu à son appel. Nous n'avons pas défini les contours de la Kabalie : elle les a définis elle-même. Nous n'avons pas dicté aux pays de la région leur attitude vis-à-vis de la Cramoisie : ils l'ont définie par eux-mêmes. Et ça nous convient très bien. Afaghani Pasha l'a dit à plusieurs reprises : l'Azur n'est pas du côté du problème, il est du côté de la solution. Nous avons ainsi inféodé notre stratégie aux revendications claires et pacifiques de la République Unie des Peuples de Kabalie, dont nous reconnaissons la souveraineté et l'intégrité territoriale, ni plus ni moins. Nous n'avons positionné aucune troupe contre l'avis des pays en question dans la région, et nous n'avons pas l'intention de mener des opérations sécuritaires sans leur consentement. Nous agissons dans le sillage que trace la R.U.P.K. dont le Diwan reconnaît la légitimité à représenter le peuple qabalien. Nous ne nous substituons à personne. Nous ne faisons pas d'ingérence. Nous en accuser est une infamie infondée. C'est le bullshit de Balsilek Ishaq : lancer des accusations graves et sans fondement pour semer la confusion. Mais nous savons bien à quoi servent ces accusations. La Cramoisie n'est capable de convaincre personne de ses bonnes intentions, car elle ne manifeste aucune bonne intention. La stigmatisation de l'Azur, qui n'est que l'un des pays parmi tous ceux qui ont signé la Déclaration mondiale sur la Cramoisie, n'a rien à voir avec notre implication dans quelque ingérence que ce soit. L'accusation d'ingérence est un prétexte fallacieux et futile. Balsilek Ishaq et ses actionnaires détestent l'Azur pour une autre raison bien plus réelle et structurante. Ils détestent ce que nous représentons : une Afarée radicalement libre.
SARGHAT : La R.A.D. utilise pourtant le même argument : elle prétend que l'Azur veut lui retirer sa liberté. Comment faire la différence entre deux arguments similaires ?
Amastan Ag Amenay : en constatant la réalité sur le terrain. Certains se battent pour leur droit à exister, d'autres pour leur droit à détruire. L'Azur défend l'existence des Qabaliens dans sa pleine puissance, c'est-à-dire par la préservation de la vie, l'affirmation de la culture, l'autodétermination. Nous défendons la restitution du territoire et l'abolition des structures coloniales, au premier chef celle de la Maison Dalyoha qui est indéfendable devant Dieu. Nous défendons l'autodétermination réelle des Qabaliens auxquels on voudrait retirer la langue, les coutumes, la spiritualité, les traditions, et bien sûr le territoire et l'environnement. C'est un combat légitime. Nous n'attendons rien des colons carnavalais : qu'ils rendent le pouvoir et qu'ils s'engagent dans un processus de décolonisation. Ils ont tout à y gagner. Face à nous, la R.A.D. et ses actionnaires défendent leur droit à occuper, opprimer, insulter et pervertir l'Humanité, par le martyre d'innocents, le détournement de tous les principes de l'existence, le sectarisme antimusulman, antichrétien, antijuif, antiilahmiste des Lucifériens et de leur idéologie autoritaire. Ils défendent leur droit à torturer des cobayes, à exploiter le corps des femmes pondeuses de clones, à brutaliser les animaux et les plantes, à polluer l'atmosphère et l'environnement, à réaménager un territoire qui ne leur appartient pas, à éradiquer la Qabalie en lui adjoignant de curieux épithètes. Ils revendiquent le droit à insulter notre intelligence en nous faisant croire que les actionnaires d'aujourd'hui n'ont pas la même intention coloniale et prédatrice que ceux d'hier, alors que ce sont les mêmes, qu'ils sortent de la même matrice carnavalaise, et qu'ils ont en commun le principe viscéral suivant : la poursuite acharnée et obstinée de l'humiliation de tout un continent. Ils savent très bien ce qu'ils font et ils le font précisément pour cela. Leur désir de brutalité et de domination est sans borne. Il est même probable que notre résistance les excite. Ils y feront naufrage. Nous ne pouvons rien à leur destinée. Nous avons à suivre la nôtre, avec l'aide de Dieu. Voilà la différence entre nous : il n'y a que deux voies. Que chacun choisisse la sienne.
SARGHAT : sur le terrain, la R.A.D. prétend au contraire avoir apporté de multiples avantages à l'Afarée, en permettant aux Kabaliens d'avoir accès à un système de soin topissime notamment.
Amastan Ag Amenay : on peut se réjouir que les Qabaliens qui vivent en territoire occupé puissent trouver des médecins pour soigner leurs cancers ; par honnêteté il faudra bien admettre que ces médecins-là sont la cause de leurs cancers. Les poisons toxiques diffusés par les armes chimiques, la malnutrition, la faim, la destruction des ressources naturelles sont le fait de la Cramoisie et offrir une mutuelle est une bien piètre compensation face à ces destructions. En réalité, c'est surtout une récompense pour les génocidaires. Ils sont confortés dans leur présence ici, et assurés d'être impunis. Ils sont honorés d'être perçus comme des sauveurs. Ils se donnent le statut du colon idéal. Vous savez pourtant comme moi ce que vaut la colonisation civilisationnelle pour les populations indigènes. Je ne nie pas que désormais les Qabaliens puissent effectivement résoudre leurs problèmes de calvitie plus facilement qu'avant : d'un point de vue technique, la Maison Dalyoha est certainement très compétente, quoi que le Diwan se soit mis à examiner cette prétention d'un peu plus près récemment. Mais que valent de tels soins face à l'énormité des dégâts infligés ? Au nom de quoi devrait-on transformer la sanction attendue en récompense ? Au nom de quelle odieuse insulte à notre intelligence et à notre honneur ?
SARGHAT : la R.A.D. se prévaut aujourd'hui d'être inclusive et réconciliée, comme en témoignent ses changements de nom et de drapeau. La « Kabalie rouge » n'a donc pas assez montré patte brune à vos yeux ?
Amastan Ag Amenay : Haha, très amusant : patte brune. Oui, en effet, la R.A.D. s'est payée une opération de chirurgie esthétique à Grand Hôpital. Nouveau drapeau, nouveau nom, nouveau chef et c'est un qabalien... On s'y croirait presque. Non. Tout ceci est un enfumage dont l'évidence est une insulte, encore une fois, et une perversion raffinée pour humilier encore un peu l'Afarée. En langage des jeunes, on appelle les collabos comme Balsilek Ishaq des tokens ; c'est une pratique qui consiste à vous adjoindre un Noir dans votre équipe de racistes pour prétendre ne pas être racistes. Cela ne trompe personne, sauf les racistes. Figurez-vous que le programme d'entraînement à la pensée luciférienne qu'a suivi Balsilek Ishaq s'appelle justement : « T.O.K.E.N. » Après cela, vous faites comme vous voulez ; prétendez n'avoir rien vu, rien entendu ; ne vous étonnez pas que les Azuréens vous détestent. L'honneur azuréen supporte mal ce genre d'humour et les inspirations culturelles de la R.A.D., qui puise dans l'absolu colonial : celui de l'orientalisme et de l'effacement de la culture indigène, au profit d'un syncrétisme exclusivement esthétique. Les colons veulent bien le thé à la menthe et les motifs d'arabesques : cependant de leur parlez ni de takbir, ni de jihad — surtout pas de jihad, ils seraient capable d'en écrire n'importe quoi. L'honneur azuréen supporte mal la répétition d'un schème colonial qu'il a combattu les armes à la main, et qu'il dont il s'est victorieusement défait. L'honneur azuréen supporte mal qu'on insulte l'intelligence et qu'on fasse passer les vessies pour des lanternes et les colonies pour des Etats souverains. Nous avons en commun avec tous les peuples nomades et avec tous les hommes de la Terre qui ont résolu leurs crises infantiles ce sens de l'honneur qui, comme une force de la nature, nous interdit toute veulerie et toute négligence.
SARGHAT : faut-il se préparer à une guerre dans les prochains mois, dans les prochaines années ? Comment justifier un conflit au moment où la paix se dessine ?
Amastan Ag Amenay : hélas, la paix ne se dessine pas, car pour qu'elle soit la paix il faut qu'elle soit aussi la justice. J'espère me tromper, mais je ne vois aucun scénario dans lequel les structures coloniales de la R.A.D. se démantèleront pacifiquement. Je ne vois pas les actionnaires renoncer à leurs actions et à leurs dividendes, les milices se désarmer, les programmes écocidaires s'arrêter, par un miraculeux retour à la raison et à la dignité d'autorités qui sont nées dans le bourbier insalubre et grotesque du fantasme de brutalité. Je ne vois pas de solution tangible, concrète et praticable se dessiner pour donner aux victimes du génocide ce à quoi elles ont droit : la reconnaissance de leurs souffrances, la réparation matérielle et symbolique de l'offense subie, la solidarité indiscutable de l'Humanité pour empêcher la répétition d'une telle rupture dans l'ordre naturel humain. Ces solutions, l'Azur les porte et il pèse pour qu'elles se concrétisent, comme il pèse aujourd'hui pour que le Finejouri et l'Althalj obtienne des concessions profondes, concrètes et sérieuses de la R.A.D. en vue d'un processus de paix, de justice et de décolonisation, plutôt que d'un blanchiment de génocide par un truquage indigne d'être supporté plus longtemps. Le Diwan porte des solutions mais il n'ignore pas le contexte. Mes prédécesseurs ont porté diverses propositions qui n'ont pas abouti à cause du fanatisme sadique de la R.A.D. Ces échecs sont de son seul fait, de son hypocrisie et de son intention systématique d'humilier ses interlocuteurs. On ne construira aucune paix dans ces conditions. La paix ne se dessine donc pas. Quant à se préparer à la guerre, rappelons-nous que pour les Qabaliens, la guerre est là depuis trois ans. Pour les familles de nos deux pilotes, Farid al-Meqtali et Usman Bhurzan, la guerre est là depuis trois mois. Il faut se préparer à la guerre comme si c'était une certitude. Et en même temps, préparer la paix et la diplomatie, comme si c'étaient des certitudes. C'est pour cette raison que le Grand Vizir fera bientôt une conférence de presse.
SARGHAT : un dernier mot pour cet entretien, le média kah-tanais Akai Kagami a dit s'être procuré des documents inédits qui traduisent une profonde divergence de vues entre la Porte et le Khalife, une « schizophrénie » selon l'auteur de l'article. Il estime que le Grand Kah serait prêt à reconsidérer l'ensemble de ses partenariats en Azur, ce serait absolument inédit. Qu'avez-vous à nous dire ?
Amastan Ag Amenay : pas de commentaire. L'ambassadrice a apporté tous les éléments nécessaires. Je déplore que l'auteur ait fait usage de termes psychiatriques et de mensonges pour nuire aux relations bilatérales. Qu'il nous en épargne, et qu'il vienne nous montrer ce qu'il a dans le ventre à l'occasion de la conférence de presse d'Afaghani Pasha.
Communiqué du Diwan sur l'occupation de la Kabalie Que Blaise Dalyoha aille s'essuyer les pieds ailleurs ! 31.03.2019
La République actionnariale du Désert rouge a publié un nouveau communiqué. Cette déclaration est une nouvelle démonstration de sa stratégie venimeuse qui consiste à transformer les discours pour ne rien changer aux actes. En s'affirmant comme la seule Kabalie et les seuls Kabaliens, les actionnaires de la R.A.D. font plus que se travestir : ils insultent l'intelligence de tous leurs interlocuteurs.
La R.A.D. revendique une souveraineté illégale, illégitime et odieuse sur le territoire qu'elle occupe : mais ce territoire appartient à la Kabalie, qui est gouvernée par la République Unie des Peuples de Kabalie (R.U.P.K.). L'Azur soutient l'intégrité et la souveraineté de la R.U.P.K. en signant la Reconnaissance, autant qu'il soutient la décolonisation des territoires non-autonomes, en signant la Charte du Pacte afaréen de sécurité. Pour ces raisons, l'Azur ne saurait reconnaître, ni par l'apparat diplomatique, ni par les faits tacites, la souveraineté de la R.A.D. sur le territoire qu'elle occupe et qu'elle nomme insidieusement « désert rouge. »
Le Diwan considère que la haine affirmée contre lui par tous les sbires des génocidaires, colonisateurs criminels, meurtriers de masse de la Maison Dalyoha est la preuve de la justesse de ses engagements et de la force de ses arguments. En versant dans le révisionnisme et le négationnisme, les suppôts de la colonisation génocidaire démontrent leur intention de recourir aux procédés de discours les plus ignobles, après avoir recouru aux procédés matériels les plus cruels, afin de défendre leur intérêt actionnarial, leur dividende et leur propriété illégale du terrain. En s'appuyant sur le journal sataniste, colonialiste, activement génocidaire et propagandiste du Papier de Verre, la R.A.D. verse encore davantage dans l'ignominie. En accusant le ministre azuréen Amastan Ag Amenay Ag Aylan, fils d'authentiques Kabaliens, d'être un imposteur, les actionnaires de la R.A.D. abîment encore davantage la culture kabalienne et son droit à l'existence, ainsi que la dignité des Kabaliens et leur droit à l'autodétermination. Ces accusations, qui ne reposent sur rien, visent à empoisonner la communauté internationale avec des fausses questions et de vrais mensonges, et éloigner le faisceau de la quête de vérité loin de l'essentiel : l'absence totale de justice après le génocide.
Le Diwan rejette avec dégoût les procédés ignominieux de la R.A.D., qui se glisse comme un parasite dans les peaux mortes de la Kabalie occupée pour mieux agiter de faux hochets. Elle utilise pour ça de la coercition, de la ségrégation et de la lobotomisation des sujets Kabaliens. La présence de Balsilek Ishaq à la conduite des affaires à Printempériebourg n'est que la manifestation d'un projet « TOKEN » visant à recréer une fausse Kabalie pour faire écran à une vraie Cramoisie. Ce projet est manifeste, et il est une insulte à l'intelligence de tous les acteurs sincèrement intéressés à la résolution de la crise. Ce « Plan Tromperie » est la dernière menace en date émanant des actionnaires de la R.A.D. Après les menaces humanitaires, sécuritaires et politiques que cette entité fait peser sur le reste du monde, la menace mentale, par la manipulation, le gaslighting, le négationnisme et la production de discours en vue de créer une réalité virtuelle inversée, est infligée à la face du monde.
L'Azur est insensible à ces procédés manipulatoires éculés et grossiers, et il invite tous les acteurs à se concentrer, comme boussole au milieu de la tempête fécale des discours contradictoires des actionnaires de la R.A.D., sur les faits. Les faits sont les suivants.
Premièrement, aucune justice n'a été apportée aux Kabaliens après leur génocide. En lieu de cela, le « Plan Tromperie » se déploie pour créer l'illusion d'un pays joyeux et réconcilié, ayant rendu aux génocidaires une « punition » qui a la forme d'une récompense : le maintien de tous leurs profits et l'adhésion à tous leurs projets colonialistes, écocidaires et mégalomaniaques. Cette fausse justice, qui n'est qu'une humiliation supplémentaire visant à proroger la colonisation réelle, accentue la violence ressentie du génocide et de la colonisation. Elle vise à déposséder les colonisés de leur identité, de leur langage, de leurs symboles, de leurs mots, pour reconstituer une chrysalide de mensonges protectrice autour des intérêts des actionnaires. La justice consiste à défaire cette chrysalide et réinstituer l'ordre symbolique qui remet la victime debout et qui ramène l'agresseur à la réalité de ses actes. Cette justice, pacifique, profonde et sincère, ne peut faire l'économie d'un processus crédible et réparateur, sans quoi l'humiliation ne sera qu'insupportablement prolongée.
Deuxièmement, les structures coloniales sont toujours présentes dans la R.A.D. La presse coloniale est toujours aussi en vue, malgré son engagement très récent à promouvoir le génocide. Les entreprises coloniales déploient leurs activités illégales et dangereuses, notamment la Maison Dalyoha. Les actionnaires imposent leur contrôle de fait du pays par les institutions et par les grands projets coloniaux qu'ils promeuvent depuis le début du Protectorat colonial. L'idéologie coloniale, enfin, qui affirme sa supériorité, qui nie l'existence de la souveraineté indigène précoloniale, qui animalise et barbarise les Kabaliens, leurs croyances, leur attachement religieux, leurs valeurs, leur autodétermination, au profit d'une idéologie importée depuis Carnavale et dont les dogmes sectaires interdisent la liberté religieuse et morale des Kabaliens, est en pleine érection. Sur tous les plans, la colonisation se poursuit avec acharnement, une anomalie historique au XXIème siècle.
Troisièmement, l'occupation du territoire de la R.A.D. se fait au mépris des revendications des Kabaliens libres de la R.U.P.K., qui souhaitent, de façon pacifique, méthodique et transparente, retrouver l'unité de leur pays et recouvrer ce qui leur appartient : le territoire. La R.U.P.K. a indiqué cette vision et l'Azur la soutient. Cette vision n'implique aucunement ni de déportation de masse, ni de traitements violents contre quiconque. La justice n'est jamais violente quand elle peut être mise en place, et les pays de la région ont toute la capacité matérielle et morale d'assurer une transition pacifique et ordonnée pour qu'un système stable permette à la Kabalie de se réunir et de se réunifier.
Pour ces raisons, le discours actuel de la R.A.D., et son communiqué récent, apparaissent comme des contrevérités flagrantes. Les « actionnaires » de la R.A.D., qui se prévalent d'être des Kabaliens, revendiquent leur souveraineté. L'occupation actionnariale ne saurait rimer, ni de près ni de loin, avec l'autodétermination d'un peuple colonisé. Le brouillage du discours opéré par ces actionnaires est une manoeuvre scélérate, mais malhabile, pour faire dévier l'ensemble des acteurs vers les sables mouvants de ses mensonges.
L'Azur met en garde la communauté internationale et les acteurs concernés, qu'ils soient ou non des partenaires, face aux procédés de parasitage de la lutte décoloniale par les colons eux-mêmes, par le procédé de jeu de masque digne de Carnavale que la R.A.D. vise à mettre en place. Le Diwan a identifié l'existence d'une mafia répandue à l'international, ardemment promue en coulisses, dans le secret d'échanges informels et lâches, pour détourner des personnages et des institutions haut placées dans différents pays, afin que ceux-ci jouent le rôle attendu par les actionnaires de la R.A.D. Le Diwan redoute que cette mafia organise une parodie de négociation aboutissant sur une reddition, une capitulation et une reconnaissance de fait de la souveraineté coloniale sur un territoire occupé illégalement. Cette mafia, atteinte du syndrome de Ragecarnage autant que des maladies qu'on attrape quand on trempe dans le bain de l'actionnariat colonial, est organisée dans un seul objectif : permettre la victoire, partout et en tout lieux, de la Maison Dalyoha.
En tant qu'acteur numéro un des catastrophes récentes infligées à l'Humanité, la Maison Dalyoha est à redouter plus que sa mafia. Colonisatrice, dominatrice et autoritaire, elle ne recherche que la suprématie totale sur tous les plans, et se délecte non seulement des souffrances qu'elle inflige, mais surtout de l'humiliation qu'elle pourrait infliger à l'Afarée en imposant son agenda colonial au XXIème siècle. La Maison Dalyoha tient à s'essuyer les pieds sur le cadavre de la lutte anticoloniale des Afaréens. Avec l'aide de sa mafia, elle prétend y parvenir.
Mal lui en a pris : ce continent ne se laissera pas faire. Pacifique et généreux, il attend désormais des progrès réels pour parvenir bientôt à la justice. Que les sadiques aillent essuyer leurs pieds ailleurs : leurs mensonges ne nous détournent de rien, leurs subterfuges ne nous échappent pas, leur intention malveillante ne nous intimide pas. Le Diwan continuera à rechercher la résolution de la crise par la justice et la transparence. La mafia peut retourner siffler sous les pierres ; le chat ne craint pas les serpents.
Pays infiltrant: Collectif nomade souverain solidaire et décolonial, basé en Azur (coup de pouce du Bureau des Enquêtes..) Pays infiltré: Tamurt N'Althajj Prévisionnel de la date (RP) de l'action clandestine : 23/02/2019 + 21 Prévisionnel de la date (HRP) de l'action clandestine : 24/03/2026 + 7 Type d’opération : Opération de "propagande" idéologique de grande importance
Province cible : #32429
Influences à J+7 RECONTEXTUALISATION / FRISE CHRONOLOGIQUE DES EVENEMENTS PRE-OPERATION :
Cette opération se repose sur plusieurs forces et éléments concrets :
[1] L'Althalj et les Kabaliens pré-cramoisiens sont culturellement et politiquement proches. La proximité culturelle tombe sous le sens : nomadisme, environnement désertique, culture caravanière et d'oasis. L'Althalj Alkabir inclue la Kabalie : c'est une sphère d'influence idéologique, les Althaljirs sont préoccupés par les événements qui se déroulent à l'intérieur de cette sphère. Le bombardement du 7 octobre 2016 est vécu comme un traumatisme voir comme une « défaite nationale et personnelle », donc avec un impact immense sur l'opinion publique et les dirigeants althaljirs. (Source : Tolui)
Observation supplémentaire du NJ: Si les populations évoluant en Althaj et en Cramoisie évoluent dans un continuum culturel (un espace d'échange et de communication entre deux populations aux modes de vie similaires), cela vaudrait un bonus mineur. Cependant, d'après le lore du pays ciblé, il y a tout de même des différences notables qui m'ont poussé à ne pas donner davantage de bonus: de ce que j'ai compris, le règlement pacifique des grandes questions a une place proéminente au sein de la culture locale. bonus (+10)
[2] La « Bienveillance » est un principe majeur dans l'idéologie d'Etat althaljir, et cette « Bienveillance » s'est trouvée mise en échec par l'existence monstrueuse de la Cramoisie. Comment être bienveillant envers des génocidaires ? Cette contradiction est la cause du malaise de la Qari après avoir renoncé à agir contre l'Archevêque Petipont à l'issue du sommet sur le Caucase (Source : Tolui). Nul doute que ce malaise est également ressenti profondément par tout l'appareil d'Etat althaljir ainsi que par l'opinion publique. L'Althalj est donc profondément mal à l'aise d'avoir renoncé à une action contre la Cramoisie.
Observation supplémentaire du NJ: Comme précisé, la culture locale, ainsi que sur la place politique en place, a l'air portée sur la pacifisme. A cet égard, le MJ en prend note et décide de ne pas tenir compte de ce point soulevé par le joueur ciblant (pas de malus parce que je pense que les évènements de Cramoisie ont tot de même pu exercer une onde de choc au sein de la société de l'Althaj, mais pas de bonus non plus)
[3] L'ensemble des événements qui façonnent la réalité actuelle sont très récents : 873 jours, même pas trois ans se sont écoulés. C'est un mois de moins que la durée de la période entre le jour de ce post et le 7 octobre 2023 (900 jours). Rien dans le RP ne laisse supposer que la mémoire des Althaljirs, des Kabaliens ou des Cramoisiens soit défaillante par rapport à la mémoire qu'ont les êtres humains doués de raison. A priori personne n'a changé d'avis IRL, il est improbable qu'une opinion publique se nettoie complètement de ses sentiments traumatiques en à peine 870 jours.
Observation supplémentaire du NJ: Attention, je ne veux pas entendre de mention de HRP et d'IRL dans le cadre d'un post d'opération sur le forum.
[4] Etant donné leurs options idéologiques et leur proximité culturelles en commun avec le Collectif nomade, les Althaljirs ont toutes les chances d'y voir des frères (ou des soeurs en l'occurrence), et de vouloir les soutenir.
Observation supplémentaire du NJ: Point reconnu pertinent par le joueur ciblé, mais étant donné que j'en conclue exactement la même chose que pour le premier point (c'est à dire tirer partie de la proximité culturelle des locaux avec les kabalyens, je ne donne pas de bonus. Attention, le joueur ciblé a également mentionné que le nomadisme n'est pas la norme universelle de la société de l'Althaj. Le communalisme reste considéré comme une idéologie "de l'étranger", ce qui pourrait potentiellement être gênant dans une société où de ce que j'en ai lu, est encore pétrie par le conservatisme.
[5] La presse afaréenne a documenté de façon très méthodique les faits de RP et leur continuité jusqu'au jour de ce post. (1) Le 18 septembre 2018, Balsilek Ishaq a été interviewé par la télé azuréenne, et a réaffirmé sa défense des Dalyoha, des milices Obéron, des colons, et des actionnaires en général, avec l'argument d'une amnistie universelle et inconditionnelle (Source : Colin). (2) AFAREA AWAKENS a réalisé un long dossier expliquant les crimes de la Cramoisie, avec de très nombreuses citations sourcées directement dans le RP de Colin et d'autres joueurs (Genèse d'un enfer, 26 citations). Ces articles détaillés, factuels et valorisant le RP existant sur une longue période rappellent à l'opinion publique les crimes généralement reconnus (L'ouragan Printempérie et la Naqba par balles, 22 citations), mais aussi des faits actuellement niés ou passés sous silence par des Etats dont l'Etat althaljir (Cramoisie c'est fini mais Dalyoha est toujours là, 53 citations). L'opinion publique althaljire est donc bien informée, à partir de sources RP nombreuses.
Observation supplémentaire du NJ: Afarea Awakens et les autres médias azuréens sont perçus, d'après le joueur ciblé, comme des journaux accessibles en Althaj, mais ayant pas systématiquement pignon sur rue. De plus, tous les titres mentionnés sont des médias étrangers, qui dans une société qui d'après mes observations, paraît relativement conservatrice. De ce point de vue là, je ne peux pas donner un bonus (pas un malus non plus). TOUTEFOIS, si il peut y avoir une méfiance vis à vis des titres azuréens, je considère la communication cramoisienne en Afarée, plus particulièrement avec la presse, comme étant catastrophique. Aussi, je pense que la population de l'Althalj a déjà une très mauvaise opinion de Cramoisie: bonus (+5).
[6] Au-delà de la simple information, certains points présentés dans les articles que je vous invite à lire touchent directement à l'éthique althaljire, notamment l'esclavage des femmes pondeuses de clones par la Maison Dalyoha (Source : Colin sur discorde). Société matriarcale, l'Althalj et son opinion publique ne peuvent être insensibles à cette situation, entre autre raisons pour elle d'être choquée : risque lié aux OGMs et aux armes chimiques, impunité des milices génocidaires, propriété coloniale des actionnaires sur une terre occupée illégalement peuvent aussi résonner avec un fort impact dans l'opinion althaljire.
Observation supplémentaire du MJ: ATTENTTION AUX SOURCES HRP ! Je ne donne pas de bonus fondés sur des propos absents du forum. La prochaine fois, j'envisagerai un malus de principe si cela se représente. Cependant, je peux accorder un bonus concernant la vision que les habitants de l'Altalj peuvent avoir de la Cramoisie, qui est aux antipodes de leur propre modèle de société (bonus: +5)
[7] Comme le rappellent les réseaux sociaux, la menace posée par l'Azur est sans équivalence par rapport à la menace posée par la R.A.D. : l'Azur est responsable de zéro morts par rapport à la Maison Dalyoha qui a tué des millions de personnes. Ces informations sont vraies, comme le précisent de multiples arbitrages en ce qui concerne la Maison Dalyoha. Par ailleurs, l'Azur a annoncé publiquement être prêt à la non-agression et à abandonner ses représailles pour qu'une mission d'observation soit possible. Le Grand Vizir peut donc passer pour une personne extrêmement sensée et bienveillante au regard du contexte, déjouant les procès en retournement accusatoire contre l'Azur devant l'opinion publique.
Observation supplémentaire du MJ: D'après le joueur ciblé, le pays est relativement en retard sur le plan technologique par rapport à des modèles de société considérés comme "modernes". Aussi, les réseaux sociaux ne paraissent pas être un bon vecteur de diffusion de l'information. Du reste, je considère la popularité supposée du Grand Vizir en Altalj comme étant trop subjective pour être considérée. Pas de bonus.
OBJECTIFS DE L’OPERATION
Réussite majeure :
L'opinion publique althajire et un grand nombre de soeurs de la Maktaba basculent contre la République actionnariale, en faveur de la décolonisation du territoire par la fin de l'actionnariat colonial et par un processus de réunification entre les deux Kabalies. Y compris au sein de l'Etat et de ses composantes civiles et militaires, elle rejette la détention d'actions cramoisiennes par l'Althalj et soutient le Collectif nomade souverain solidaire et décolonial, ainsi que l'action diplomatique d'Afaghani Pasha telle qu'elle est menée depuis 2016.
Réussite mineure :
Une part significative de l'opinion publique althajire bascule contre la République actionnariale, et en faveur de politiques plus fermes et plus tangibles pour obtenir la décolonisation du territoire, la justice réelle et l'arrêt des programmes dangereux de la Maison Dalyoha, apportant son soutien au Collectif nomade et sa sympathie à Afaghani Pasha.
Echec mineur :
L'opinion publique althaljire, si elle est soucieuse de la situation kablienne, s'est montrée relativement méfiante vis à vis de la charge médiatique opérée par la presse azuréenne. Toute nouvelle tentative de propagande sur la question cramoisienne sera rendue plus difficile ces prochains mois.
Echec majeur :
L'opération est contre-productive : l'implication des renseignements azuréens est révélée, et la charge médiatique azuréenne en Altalj est très mal prise par la population. L'image de l'Azur est entachée, et la propagande sans effet sur l'opinion publique althaljire vis-à-vis de la Kabalie rouge.
LIMITES ET CONTRAINTES DE L’OPERATION (ne pas hésiter à demander aux concernés l’ajout d’éventuelles contraintes supplémentaires)
Plusieurs limites et contraintes sont à prendre en compte dans l’arbitrage de l’opération :
Le système althaljir n'est pas démocratique.
L'idéologie d'Etat basée sur l'ilahmisme confie à la Qari Ijja Shenna une forte autorité idéologique qui peut légitimer ses prises de position controversées.
Tout autre point soulevé par Tolui ?
Moyens engagés :
Un journal panafaréen, AFAREA AWAKENS, dont le travail est reconnu en Althaj (dossiers sur la guerre au Gondo, très suivie par les Althaljirs) et à l'international (publications les mieux sourcées du forum, si personne le dit faut bien que je le dise).
Le niveau de difficulté de base est estimé à normal (opération de propagande simple, bonus de base de +10).
Concernant les moyens engagés, je donne un bonus de +5 pour l'attention portée à l'importance de la musique dans la culture de l'Althalj et l'action militante de terrain. En revanche, les réseaux sociaux ont l'air limités dans le pays.
Les issues possibles ont été sensiblement modifiées afin de représenter une meilleure gradation dans les résultats possibles. L'échec mineur a été aggravé, tandis que l'échec critique a été allégé, de même que la réussite critique. L'opération étant considérée comme une simple opé de propagande, j'ai estimé que les issues proposées comme maximalistes.