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Dans : Le Progrès
Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.

Pourquoi les mesures sécuritaires du Royaume ne sont-elles pas si populaires ?
23 août 2019

Sondage


Récent sondage de l'IBS : des résultats mitigés

Alors que le pouvoir royaliste semble parier sur le ressentiment de la population envers la minorité Alderii, cible de multiples discriminations et accusée de nombreux maux, un récent sondage publié par l’Institut Brocélien des Statistiques (IBS) vient nuancer ces automatismes supposés.
Il est vrai que le cadrage médiatique des événements à Westalia conduit à ce que 50% des personnes interrogées impute une plus grande responsabilité de la situation au terrorisme Hamajak, contre 27 % aux ligues d’extrême-droite tandis que 21% renvoient les deux camps dos-à-dos. Cela est le fruit d’un biais anti-natif présent dans notre société, qui n’est pas nouveau, mais qui est évidemment renforcé dans le cas présent par la simple chronologie des faits. La séquence actuelle a effectivement débuté par l’assassinat d’Alfred Eisendorf, attribué au terrorisme hamajak.

Mais ce contexte ne conduit pas la société brocélienne à plébisciter toute mesure prise au sein du Royaume au nom de la lutte contre les mouvements indigènes et le communisme. L’IBS a ainsi testé l’avis de l’opinion au sujet de deux principales mesures de la récente Ordonnance Royale “relative à la sécurité du Royaume et à la lutte contre les activités, délictuelles, criminelles et terroristes”.
Concernant la création des “milices citoyennes”, administrativement dénommées GCAB (Groupement Citoyen d’Autodéfense Brocélien), les avis sont très partagés et la majorité estime plutôt que la mesure n’est pas bonne, en raison de sa probable inefficacité et même de sa dangerosité.
Concernant la fermeture de lieux “implicitement interdits” aux protestants, les brocéliens interrogés sont encore moins convaincus puisque 53 % sont défavorables à la mesure contre 43 % favorables.
Malgré une base de soutien importante et une société connue pour être structurellement conservatrice voire néocoloniale, il est donc impossible - dans le cas présent - d’identifier un effet univoque de la crise westalienne en faveur de nouveaux dispositifs ultra-sécuritaires à Brocelynwood.


Une classe politique quasi unanimement critique

Même si les sondages d’opinion publique ne peuvent et ne doivent être pris au pourcentage près pour argent comptant, les tendances observées sont suffisamment nettes pour s’y arrêter et proposer une analyse.
Il faut d’abord noter que l’expression publique de nombreux responsables politiques et figures de la société civiles ont été critiques, que ce soit par conviction, par opportunisme pour s’opposer aux royalistes, ou par crainte d’envenimer un contexte qui mènerait à une crise à la westalienne, perçue d’ici comme une quasi-guerre civile.

Le Parti Libéral et le Parti du Peuple ont toujours été fermement opposés à ce type de politique. Le Parti Libéral dénonce une volonté de “diviser pour mieux régner” et ajoute que “dans le cas précis, la division consiste à chasser certaines populations et à encourager l’armement de groupes en vue de conflits inter-ethniques dans la lignée de l’extrémisation des discours d'Hardenbor à Westalia”. Jared Fenlow, Leader du Parti du Peuple, souhaite “dire les termes” : “il s’agit d’une politique d’un racisme de plus en plus assumé, qui peut nous mener vers des heures très sombres et que rien ne légitime ; les progressistes de Brocelynwood, de Westalia et de toute l’Aleucie ne vont avoir d’autre choix que d’opposer une résistance pour défendre les droits les plus élémentaires et vitaux de tous”.

Le Parti Républicain, sans véritable leader après le départ de Raymond et dans l’attente de son Congrès, est toujours plongé dans la crise et peine à trouver une ligne directrice. Le communiqué du parti a donc fait le choix de s’attaquer principalement aux dimensions juridiques de l’Ordonnance royale, la jugeant “mal ficelée”.
Du côté du Parti Communiste, on est parfois peu engagé dans la défense de la cause Alderii. Mais en mentionnant expressément dans son texte les idéologies “indigénistes” et “communistes”, le pouvoir royal a peut-être commis une erreur stratégique. Deux causes distinctes vont peut-être trouver dans la mobilisation en cours des intérêts communs pouvant même faire évoluer structurellement leurs approches et leurs discours sur le long-terme. Pour Bram Strake, “malgré les discours bienveillants de Victor Arkwright au sujet de la communauté alderii, il s’agit bien là d’une attaque historique des royalistes alliés aux forces de l’argent capitalistes contre les travailleurs et en divisant les travailleurs (...) aucune personne du peuple travailleur ne doit rejoindre les milices citoyennes, qui ne sont pas là pour amener la sérénité, mais pour détruire les travailleurs et leur organisation collective (...) alors ne nous laissons pas diviser selon notre couleur de peau, nos origines, et n’écoutons pas les discours voulant créer l’image de sous-hommes parmi le peuple travailleur, c’est un piège !”.

Pour le représentant Alderii à l’Assemblée Unique Eliam Tarek Naluwé, “l’heure est grave ! Nos frères et sœurs de communautés Hamajaks subissent des persécutions à Westalia, avec le risque que cela soit systématisé et institutionnalisé si Hardenbor est élu, et notre pouvoir veut faire pareil, alors que nous demandons simplement à vivre, dignement, égalitairement ; ils n’ont que la haine à la bouche, veulent prendre tout prétexte pour nous chasser et voilà qu’ils arment qui voudra bien s’en prendre à nous. Cela doit cesser au plus vite”.


Un contexte différent de Westalia mais un agenda politique très semblable à celui du favori Hardenbor

L’autre élément notable concernant le différentiel potentiel avec Westalia est simplement le fait qu’il n’y a pas eu ici d’élément déclencheur émotionnellement marquant ayant sidéré la population. Il ne faut pas négliger l’impact que peut avoir, au sein d’une communauté politique, un évènement tel qu’un assassinat d’un homme politique en plein meeting, à quelques semaines d’un scrutin présidentiel. La manière dont cela affecte la population concernée, le débat public, et fait entrer avec fracas les enjeux politiques dans les groupes d’amis, les cellules familiales, est sans équivalent avec la réception de l'événement depuis une autre nation, aussi proche soit-elle culturellement.

Si l’on dézoome encore un peu tout en continuant à s’intéresser à la question ethnique, la structure même et l’historique des sociétés brocéliennes et westaliennes ne sont pas pleinement comparables. Les Hamajaks sont au cœur du débat public de Westalia depuis plusieurs décennies et même la cible d’un courant majeure de l’histoire politique du pays, avec le horvanxisme. L’historique colonial hérité du même empire austarien n’est pas plus glorieux à Brocelynwood. Mais la question n’a pas pris la même place dans le débat public, même si cela évolue récemment et actuellement. Les Alderii représentent un très faible pourcentage de la population brocélienne et ont longtemps été maltraités mais en silence, et surtout ignorés, laissés à leurs souffrances. Il a toujours été communément admis de les associer à la délinquance, mais pour beaucoup cela était perçu comme “vu de loin”, étant données leur extrême minorité et leur présence sur un certain nombre de communautés délimitées du territoire national.
Si l’on étend aux autres cibles de l’ordonnance, le communisme peine aussi à être perçu comme une menace crédible tant il a reculé depuis les années 1960 et ce malgré sa dernière percée aux élections de juin.

Plus globalement, la relative impopularité de ces mesures s’inscrit aussi dans une crise de légitimité de la Monarchie à plus long-terme au sein du Royaume de Brocelynwood, qui n’est vraiment maintenant défendue que par environ la moitié de la population. Lorsque le Roi prend des décisions, et particulièrement en court-circuitant l’Assemblée Unique (qu’il aurait pu sur ce sujet laisser délibérer), l’a priori n’est pas particulièrement positif. Pour autant, il ne faut pas être manichéen : certains conservateurs anti-monarchie ont une approche très dure pouvant y compris être qualifiée de “racistes”, tandis que quelques royalistes sont attachés aux traditions et plus modérés sur leur rapport à la communauté alderii. Mais dans ces deux types de cas, la crise de légitimité actuellement rencontrée par la Monarchie peut se retourner contre ses propres mesures.

Tout cela étant dit et analysé, plus de deux cinquièmes des brocéliens expriment un clair soutien pour les mesures sécuritaires. Nous avons donc le panorama d’une société polarisée, divisée, au sein de laquelle chacun affirme son positionnement. Il semble cependant, et heureusement, que la Monarchie a échoué à créer l’image d’un ennemi de l’intérieur qui s’imposerait encore plus largement, pour des raisons historiques, conjoncturelles, structurelles et l’absence de “moment zéro”.
Mais les mesures sont réelles et la réponse de la société civile et des oppositions est encore timorée. Le pouvoir royaliste renforce donc son autoritarisme sans créer un mouvement d’opposition vraiment marquant, tout en s’appuyant sur une base de soutien forte, et sur des éléments d’extrême-droite encore plus radicaux.
Résultat : sans unanimité et étant même relativement minoritaires, Johnlyn IV et son Premier Secrétaire Spécial Valemont ont encore l’opportunité d’avancer un agenda politique dangereux.


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Dans : The Brocelynwood Ledger
Ce journal est très "pro-business" et proche des idées du Parti Libéral

Récit du Congrès du Parti Républicain, devenu le Parti Conservateur Réformiste (PCR) de Marcus Cathale
6 septembre 2019

Marcus Cathale (William Hague)


Un contexte de crise interne

Le Congrès du Parti Républicain s’est tenu ces 4 et 5 septembre 2019 à Highbrook. C’est un moment qui était très attendu à l’intérieur du parti, après le constat partagé d’échec aux élections de l’Assemblée Unique en juin dernier. L’accord électoral avec le Parti Libéral avait conduit à une baisse du nombre de sièges pour le Parti Républicain par rapport à la précédente législature. Le 2 juin au soir même, Leonard Raymond avait annoncé sa démission de la tête du parti, puisque ses choix se sont avérés infructueux et impuissants à permettre la nouvelle majorité absolue du Parti Royaliste. De l’aveu général, la ligne du Parti Républicain sous Raymond devenait de plus en plus difficile à lire et jugée parfois comme étant teintée d’incohérences, entre ligne conservatrice dure et tentatives de rapprochement avec le Parti Libéral visant à faire sauter le verrou royaliste sur les institutions. Pendant plusieurs années, Leonard Raymond est parvenu à faire tenir tant bien que mal l’aile gauche et l’aile droite engagées dans un même objectif pour le parti. Avec la “défaite”, la ligne centrale de Raymond vole en éclats et conduit à avoir deux alternatives bien distinctes, même si trois motions d’orientation ont bien été présentées. A l’ouverture du Congrès, le risque d’aller vers un éclatement du parti est dans tous les esprits.


Trois lignes politiques et deux motions “finalistes”

La première motion, intitulée “Pour un Brocelynwood républicain, religieux et traditionnel”, était portée par Andrew Whitmore et représentait ce qui peut être considéré comme l’aile droite du parti. Ses défenseurs critiquent ouvertement l’alliance électorale avec le Parti Libéral et l’accusent d’être la principale raison des scores insuffisants du parti. Leur distinction avec le Parti Royaliste porte principalement sur la critique de la Monarchie elle-même, accusée de verrouiller les institutions, de ne pas avoir le sens des relations internationales, d’être trop coûteuse et trop centrée sur elle et ses intrigues. Pour le bien du Royaume, la motion assume cependant qu’elle pourrait se retrouver sur certaines mesures de fond avec les décisions royalistes, notamment en vue de combattre les ennemis “extrémistes” des brocéliens. Elle estime donc que les principales menaces viennent aujourd’hui du champ gauche du paysage politique, représenté par le Parti Communiste et le Parti du Peuple mais eux-mêmes légitimés par le Parti Libéral.

L’autre motion favorite, intitulée “Pour un Brocelynwood prospère”, représente l’aile gauche du parti, portée par Marcus Cathale. Sur le plan idéologique, elle est naturellement plus proche du Parti Libéral. Pour autant, la motion ne prône plus ouvertement un rapprochement officiel avec ce dernier, tant cette stratégie fait l’objet d’un rejet général après les élections 2019 de l’Assemblée Unique. Sa priorité porte sur le plan économique, avec une volonté de développer un système plus libéralisé à l’intérieur et orienté vers le libre-échange à l’international. Elle continue à se distinguer du Parti Libéral par sa mise en avant d’une ligne plus conservatrice sur les questions interethniques et morales, tout en étant régulièrement critique de certaines décisions de fond du Parti Royaliste jugées trop extrêmes.

Entre ces deux lignes, la motion d’orientation “Pour un Brocelynwood puissant” s’inscrivait dans la lignée de consensus de Leonard Raymond, et dont l’objectif central est que Brocelynwood devienne une véritable puissance régionale ambitieuse. Les défenseurs de cette orientation souhaitent continuer à s’appuyer sur un système d’économie mixte et un Etat stratège. La ligne défendue est largement conservatrice mais priorise moins les questions sociétales et morales que la motion 1.
Historiquement, les versions antérieures de cette motion étaient bien positionnées pour faire converger les différentes visions au sein du parti, mais elle devient aujourd’hui minoritaire après son échec et le sentiment partagé que le Parti doit clarifier sa ligne. Les intentions de vote pour cette ligne étant jugées très faibles, cette motion s’est finalement retirée peu avant le lancement du congrès.

L’opposition entre les deux motions restantes aux lignes bien distinctes et cherchant à se démarquer est à haut risque pour le parti puisque cela pourrait tendre vers l’éclatement. Mais tous partagent l’intérêt commun, quoique peut-être inatteignable, de ménager les 11 membres du parti élus à l’Assemblée Unique. Ces derniers appartenaient majoritairement à la ligne pro-Raymond qui va devenir inexistante. Pour les autres membres du parti, rester dans un Parti Républicain avec peu d’élus majeurs ou se lancer dans un nouveau parti sans élus constituera une perte d’influence et de financement certaine.
Au-delà du vote des militants entre les deux options, c’est donc le rapport de force de chaque motion et la construction de la suite qui sera déterminante.


Les résultats des votes

Abstention : 7,74 %
Motion 1 “Pour un Brocelynwood républicain, religieux et traditionnel” (Andrew Whitmore) : 37,76 %
Motion 2 “Pour un Brocelynwood prospère” (Marcus Cathale) : 55,10 %

En suffrages exprimés :
Motion 1 “Pour un Brocelynwood républicain, religieux et traditionnel” (Andrew Whitmore) : 40,66 %
Motion 2 “Pour un Brocelynwood prospère” (Marcus Cathale) : 59,34 %

C’est donc la ligne plus modérée et plus distante des positions du Parti Royaliste qui l’a emportée assez largement, sans que ce soit écrasant. Marcus Cathale devient le nouveau dirigeant du plus ancien parti politique du Royaume de Brocelynwood, en succédant à Leonard Raymond.

Le parti a redéfini une ligne semblant plus claire. Par ailleurs, du fait de l’absence de troisième motion, Cathale n’a pas besoin de fusionner pour avoir la majorité absolue et être légitime à diriger le parti.
Pour autant, les faits sont plus complexes. Avec 40 % des suffrages exprimés sur la motion qu’il menait, Whitmore garde un poids au sein du parti qui ne peut être ignoré par Cathale au risque d’un éclatement en deux.


Une unité sauvegardée et la tentative du renouveau

Alors que la probabilité d’une scission était non négligeable, le parti a finalement gardé son unité pour plusieurs raisons.

Premièrement, la grande majorité des élus à l’Assemblée Unique du parti ont annoncé qu’il soutenait le nouveau dirigeant. Whitmore était parvenu à débaucher deux membres de l’Assemblée Unique, ce qui n’était pas suffisant pour créer un nouveau parti et risquait de mener à une aventure personnelle soldée par un échec. Par ailleurs, il n’aurait pas été si simple d’embarquer 40% des adhérents du Parti Républicain, qui sont pourtant favorables à son positionnement, vers une formation politique concurrente, tant l’attachement est ancien et identitaire.

Deuxièmement, Whitmore et Cathale sont parvenus à négocier plusieurs points, par exemple au niveau des postes à responsabilités au sein du parti. Mais les accords internes concernaient aussi des enjeux de positionnements et de stratégies. Whitmore a notamment obtenu de Cathale un engagement public à ne pas fonder d’alliance, quelle qu’elle soit, avec le Parti Libéral. Cela conduit à une ligne de parti plus indépendante que précédemment, à la fois en se distinguant mieux idéologiquement du Parti Royaliste, tout en refusant des rapprochements d’appareil avec le Parti Libéral. Le pari est que cela permette au parti d’avoir une ligne plus claire et affirmée pendant les prochaines années et ainsi aborder les prochaines élections à l’Assemblée Unique en étant en relative position de force.

Troisièmement, une grande majorité des adhérents était favorable à l’idée de donner un nouveau nom au parti et un consensus a pu être trouvé entre Whitmore, Cathale et leurs soutiens. Au sein du parti, on était de plus en plus convaincu que le nom n’était plus assez évocateur et traduisait une ligne finalement “défensive”, visant surtout à réagir face à la Monarchie sans être clair sur sa proposition politique. Celle-ci n’est pas suffisamment définie lorsqu’il est question de passer à un régime républicain, ce qui est a minima défendu aussi par des partis avec des idées plus ou moins éloignées, comme le Parti Libéral et le Parti du Peuple.

C’est finalement la dénomination “Parti Conservateur Réformiste (PCR)” qui a obtenu l'assentiment d’une majorité suffisante, puisque le consensus est impossible sur une telle question. Le parti affirme ainsi son identité conservatrice tout en rappelant sa volonté de bousculer l’ordre institutionnel établi, et notamment la monarchie. Si le passage à la République n’est plus affiché comme l’objectif premier et principal, il demeure évidemment largement partagé en interne. Mais maintenant que le positionnement est plus distinct du Parti Royaliste sur la question du système économique, il est possible que le nouveau PCR ait moins besoin d’affirmer sa différenciation et soit plus ouvert à une forme de compromis institutionnel. C’est une hypothèse qui a commencé à être entendue ici ou là lors des discussions : ne plus faire du passage à la République l’alpha et l’omega de tout. Le nouveau Parti Conservateur Réformiste doit surtout tenir un discours visant à changer la vie des brocéliens, sur les enjeux économiques et de sécurité. La question institutionnelle devient un outil, mais qui pourrait aussi passer par des changements dans le cadre monarchique. La Royauté est un mastodonte beaucoup trop difficile à bousculer.
Finalement, le parti en revient ironiquement aux débats des années 1980 lorsqu’il se posait ardemment la question de son opposition ou non à la Monarchie au début du mandat de Johnlyn IV. La question avait été définitivement tranchée en 1990 lorsque le Parti Brocélien est devenu le Parti Républicain.

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Dans : Le Progrès
Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.

Tintellin Cove pris entre violences racistes et résistance : une poudrière ?
25 septembre 2019

Tintellin Cove


L’exportation des tensions westaliennes à Brocelynwood, déjà évoquées au cœur de l’été, n’en est peut-être qu’à ses balbutiements. Encore sous les radars politiques et médiatiques, les événements graves liés à la conflictualité interethniques ne sont pas pour autant inexistants en cette rentrée de septembre 2019. C’est notamment dans la deuxième ville du pays, Tintellin Cove, que cette situation bouillante se cristallise. Non pas sans prendre quelques risques, une équipe de la rédaction a enquêté au plus près de la communauté alderii afin de vous en faire le récit le plus authentique possible.


Les milices citoyennes à Tintellin Cove : un dispositif au service des persécutions racistes ?

Les autres médias, et notamment la presse royaliste, parlent très peu de ce qu’il s’est passé dans le “Covist’Coffee”, ce 17 septembre 2019. Ce petit café est situé au cœur des quartiers alderii de Tintellin Cove, qui concentrent les niveaux de vie parmi les plus bas du Royaume de Brocelynwood. A proximité de grandes rangées d’habitations en tôle, extrêmement denses, à perte de vue, l’établissement se situe en marge d’un quartier à peine mieux doté. Ici, les bâtiments sont en dur, principalement des immeubles d’une dizaine d’étages. Tintellin Cove est une ville de près de 1,4 million d’habitants, parmi lesquels vivent la moitié de la communauté alderii de Brocelynwood, soit plus de 150 000 personnes. La grande majorité constitue la main-d'œuvre bon marché de la Compagnie Royale Maritime qui exploite le port de Tintellin Cove, cœur battant de l’économie du pays. Les alderii effectuent les tâches de manutention, d’entretien, de port de charges lourdes, de pêche industrielle, ce qui concerne aussi souvent les enfants dès 12 ans. Dans ces parties de la ville, les petits cafés sont nombreux et très fréquentés, seuls espaces de loisirs, de sociabilité. Les femmes s’y retrouvent régulièrement en journée, comme une bouffée d’oxygène au cœur de leurs journées intenses de mères au foyer. En début de soirée jusque plus tard dans la nuit, après la journée de travail, l’occupation est beaucoup plus masculine. C’est par exemple ici que sont très suivis les diffusions télévisées des matchs du Alderii Soccer Club, le club de la communauté qui est cette année en deuxième division.
Comme nous en faisions déjà part dans l’été, ces cafés ont fait l’objet de premières menaces de fermeture pendant l’été sur la base de l’Ordonnance Royale “Sécurité” du 27 juillet 2019, les accusant d’exclure implicitement les protestants. Il est difficile d’avoir une vue d’ensemble transparente du nombre de procédures engagées et de ce qu’elles deviennent. Seul un travail de terrain, lieu par lieu, permet de rendre compte de la situation.

Pour le Covist’Coffee, tout a démarré avec une intervention du GCAB de son territoire. Les "Groupements citoyens d'autodéfense chargé des gestes de premières protections" ou plus simplement les "Groupements Citoyens d'Autodéfense Brocélien" (GCAB) sont ces milices citoyennes annoncées par Morland pendant la campagne électorale et créées par la même Ordonnance Royale. Les GCAB sont limités à 50 personnes pour un territoire défini comprenant 5 000 à 10 000 habitants. Ce que nous avons pu relever pendant notre enquête s’éloigne assez largement de collectifs de citoyens bien intentionnés voulant veiller à la sécurité et au calme de leur quartier. Au contraire, le dispositif est largement mobilisé par des groupes extrémistes qui adoptent des stratégies d’optimisation afin de quadriller Tintellin Cove. Les GCAB de 50 “miliciens” se sont multipliées dans la Ville, on en compterait 54, ce qui est très important eu égard à la création très récente du dispositif. La plupart sont au maximum de leur capacité de 50 personnes, soit déjà plus de 2 000 habitants assurant ces nouvelles missions. Afin d’assurer une présence maximale, les territoires sont généralement définis sur la plus basse fourchette possible, soit autour de 5 à 6 000 habitants de référence, généralement dans les quartiers à très large majorité alderii.

Les plus de 300 000 Covistes concernés par la mise en place d’une milice de ce type sont-ils ou vont-ils prochainement être en meilleure sécurité ? Le contexte et les modalités de mise en œuvre du principe permettent d’avoir des premiers éléments de réponse... et de doute. Tous les dossiers ont été validés très vite par l’administration, en l’occurrence le Secrétariat Royal à l’Ordre Public. Mais étrangement, plusieurs retours du terrain nous ont fait part de blocages administratifs lorsque le dossier comporte de nombreux noms alderii, et que le diagnostic territorial fait part d’une nécessité de défense contre les attaques racistes. Les GCAB en place sont donc constitués sur d’autres bases, et principalement composés de protestants blancs. Partant de ce constat, de nombreuses personnes s’interrogent sur la capacité à constituer autant de Groupements sur des territoires presque exclusivement alderii, alors que les membres de chaque GCAB doivent légalement être habitant du territoire d’intervention défini. Il est en réalité soupçonné une stratégie bien rodée organisée par des mouvements extrémistes allant jusqu’à l’établissement de faux justificatifs de domicile. Cela constituerait un grave détournement du dispositif, ce qui est probable mais n’a pas encore pu être formellement démontré.


Le Covist’coffee, exemple emblématique d’expédition punitive et d’une fermeture contestée

Le 17 septembre 2019 donc, une vingtaine d’hommes équipés de matraque ont débarqué au sein du Covist’Coffee aux alentours de 18h, alors que le café était bondé. Le choix de l’horaire interroge et fait présumer une volonté d’en découdre avec un grand nombre de personnes. Si l’intervention n’a pas été provoqué par un incident, ce que tout le monde confirme, mais concernait la politique de l’établissement, le GCAB aurait pu venir à un moment pendant lequel le lieu était beaucoup moins fréquenté et le public présent plus familial. La “milice” aurait été assurée de ne pas pouvoir rencontrer une réelle résistance. Et de manière général, hors trouble à l’ordre public immédiat, une intervention du GCAB plutôt que de la Police Royale ne semble pas faire sens dans le cas précis.
Selon les récits recoupés, un homme, leader officiel ou officieux du GCAB, s’est avancé et a lancé très fortement, faisant sursauter la plupart des clients : “qui est protestant ici ?!”. Comme personne n’a répondu, il a affirmé “votre lieu est interdit aux protestants, en vertu de l’article 9, vous êtes hors la loi ! Nous prévenons immédiatement la Police Royale et vous demandons de quitter les lieux et fermer cet établissement dans l’attente d’une situation définitive”.
Sous couvert d’anonymat, un habitué nous raconte :

Tout le monde s’est tût, on s’est regardés, on était sous le choc, à bien nous demander ce qui nous tombait sur le coin de la gueule. Jusqu’à ce qu’il y en ait un qui a osé se lever et il leur a dit ‘nous ne bougerons pas, nous sommes chez nous ici !’. Et l’autre salopard il l’a très mal pris, il a dit quelque chose comme ‘vous êtes chez vous ? Vous revendiquez que le Royaume de Brocelynwood appartient aux alderii et non plus aux protestants ? Au nom du Monarque et de Dieu, vous êtes tous hors la loi ici, veuillez quitter cet établissement immédiatement si vous ne voulez pas que ça finisse très mal.’ Il était tout puissant, il ne craignait rien. Alors il y a quelques clients qui ont flippé, ils sont partis discrètement, ce que je peux comprendre. Et, il faut le savoir, je vous le dis, pour le montrer qui ils sont : y’en a un qui a foutu un croche patte à celui qui partait, c’était gratuit, comme s’il lui crachait à la gueule !”.

La plupart des clients sont restés et la situation s’est rapidement envenimée. Dans l’objectif de tous les faire sortir, les membres du GCAB ont commencé à user de leurs matraques. Mais tous racontent des scènes de massacres, dans lesquels l’objectif n’était pas de guider vers la sortie, y compris violemment. Cela rassemblait davantage à un piège, avec des personnes suppliant mais continuant à être tabassées à même le sol, avec les matraques ou à coup de pied. A ce jour, les estimations de cette scène sont, côté alderii, 1 personne se trouvant actuellement dans le coma, entre la vie et la mort, 8 blessés graves et 13 blessés légers.

Lorsque la Police Royale est arrivée, il n’y avait plus que le GCAB sur les lieux, en plus des personnes inconscientes ou en incapacité de se mouvoir prises en charge par les secours. C’est sur la base du compte-rendu oral du GCAB uniquement que la Police a dressé son rapport. Puis rapidement, l’administration a ordonné la fermeture du lieu.
Pourtant tristement habitués à un certain niveau de mauvais traitements, l’évènement a traumatisé tout un quartier, et nous avons rencontré de nombreuses personnes qui avaient besoin de pleurer, d’en parler.
Mais le cas n’est pas isolé et ces situations se multiplient. Miraculeusement, aucune mort officielle n’a encore été déplorée mais chacun craint à Tintellin Cove que ce ne soit qu’une question de jours, sinon que cela a déjà eu lieu et n’a pas été recensé.
Les groupes citoyens extrémistes et suprémacistes se sentent objectivement poussés et légitimés par l’accord tacite de toute la Monarchie envers leurs actions, et ce d’autant plus que le GCAB constitue presque le cadre légal de ces exactions.
Surtout, ils prennent comme modèle la situation à Westalia, avec la nécessité de se venger voire d’éliminer la communauté indigéne dans l’objectif d’obtenir l’ordre, mais aussi la suprématie des communautés blanches protestantes. Ces adeptes d’un horvanxisme façon Brocelynwood se sont félicités de l’élan supplémentaire provoqué par la victoire d’Hardenbor, même s’ils représentent une frange encore plus radicale.
Mais à Brocelynwood comme à Westalia, les minorités souffrent chaque jour davantage dans leur chair de cette alliance objective entre une extrême-droite officielle, plus ou moins assumée, et occupant les postes de pouvoir nationaux, et des activistes extrêmement radicaux prêts à tuer pour leur idéologie.

Malgré un cadre légal extrêmement favorable à ces violences, les affaires vont peu à peu être portées devant la Justice, ce qui pourra constituer une jurisprudence déterminante. Dans le cadre de cette affaire du Covist’Coffee, deux décisions seront rendues avant la fin de l’année 2019 et seront très suivies. La première concerne la légalité de l’intervention du GCAB et elle sera traitée par un jury populaire de la Cour Pénale Locale de Tintellin Cove, puisqu’elle concerne potentiellement des tentatives de crimes. La seconde concernera la légalité de le fermeture administrative du Café, et elle sera traitée par un juge professionnel du Tribunal Local de Tintellin Cove.


Derrières les murs, entre peur et besoin vital d’organiser la contre-offensive

Dans un contexte d’une gravité inédite depuis de nombreuses décennies, le danger imminent et quotidien amènent de nombreux alderii à se poser pour la première fois la question de l’organisation et de la résistance. Des rassemblements clandestins se tiennent dans des lieux extrêmement discrets. Nous avons fait le choix de donner le moins d’informations possibles afin de ne pas mettre en danger la communauté.

Les Alderii ont conscience de leur pouvoir de blocage. Ils prennent conscience qu’ils sont exploités par la Compagnie Royale et en dépendent. Mais ils savent que s’ils arrêtaient tout, du jour au lendemain, c’est jusqu’à toute l’économie qui vacillerait puisqu’elle est extrêmement dépendante de l’activité économique de ce port, mais surtout parce qu’il constitue le principal nœud des importations et exportations du Royaume.
“Tout arrêter”, la question commence à se poser. Mais beaucoup ont peur du déchainement de violence qui s’abattraient sur eux: “ils n’auront pas peur de nous tuer”.
Un militant de plus longue date plaide pour une mobilisation massive et radicale :

ils vont nous tuer dans tous les cas ! les GCAB sont des milices créées pour nous tuer. Nous devons être prêts à nous défendre mais surtout ne pas attendre qu’ils viennent nous tabasser ! Il faut faire comme nos frères Hamajaks ! Tout est contre nous, c’est la guerre civile, nous n’avons de toute façon plus le choix”.
Un autre sujet concentre de nombreux débats : faut-il se rapprocher du Parti Communiste ? L’un est contre :
“ils n’ont jamais été de notre côté ! ils sont là pour défendre les ouvriers blancs, protestants. Les massacres de nos ancêtres, les stérilisations forcées de celles qui auraient dû être nos arrières-arrières grands-mères, ils s’en fichent. Ils disent qu’on vit la même exploitation que les blancs, ils ne comprennent rien. Et ils ne sont jamais venus à notre secours quand la Police s’en prenait à nous pour notre origine. Ils disent aussi qu’on cause le désordre, qu’on dessert leur cause, ce sont des ennemis !”.
Ce soir-là, une autre personne veut apporter des contre-arguments :
“ Je ne nie pas tout ce que tu dis. Mais il faut être réaliste. Le Parti Communiste rêve d’une victoire des ouvriers. Nous sommes des ouvriers, nous sommes exploités par la Monarchie, ou par les patrons. C’est notre seule chance d’avoir une aide si on se rebelle. Ils voudront récupérer, ils nous veulent pas que du bien, mais il y a quelque chose de très gros à faire, c’est pour notre survie maintenant. Sinon quoi ?! Sinon, rien”.
Les collectifs commencent à prendre forme. En secret, ils s’appellent “Front d'Émancipation Alderii (FEA)”. Et ce soir-là, ils décidèrent finalement de rencontrer le responsable des communistes de Tintellin Cove : Francis Streethin. “Vous pouvez le mettre dans votre article, de toute façon des Alderii qui prennent contact avec un responsable communiste, ils le sauront”.
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Dans : Facts from Brocelynwood agency
Cette agence de référence rapporte les principales informations, a priori fidèlement et sans parti pris idéologique majeur

Info - Dernière minute
15 octobre 2019

Le client Alderii qui se trouvait dans le coma depuis l'intervention d'un Groupement Citoyen d'Autodéfense Brocélien (GCAB 46) dans un bar à Tintellin Cove, est maintenant réveillé.
L'équipe médicale de l'Hôpital local a annoncé qu'il n'était plus entre la vie et la mort et présentait même très peu de séquelles. Une issue aussi positive était peu probable, "de l'ordre de 15 %" selon les médecins.
Les militants du nouveau Front d'Emancipation Alderii ont exprimé leur "soulagement". Cornelius Osborne, Secrétaire Royal à l'Ordre Public, vient de déclarer : "les casseurs n'auront pas le martyr qu'ils attendent tant".
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Dans : The Brocelynwood Ledger
Ce journal est très "pro-business" et proche des idées du Parti Libéral

Tintellin Cove : la mobilisation sociale évolue sur fond de batailles judiciaires
15 novembre 2019

Image d'illustration Image d'illustration pouvant présenter quelques incohérences


Sans affrontement majeur ces derniers jours, la situation est toujours très tendue dans la ville de Tintellin Cove. D’un côté, le Front d’Emancipation Alderii continue à rassembler et réfléchit à sa stratégie d’auto-défense et de contestation des ordonnances royales de cet été. L’objectif principal est de ne pas laisser, selon leurs propres termes, les milices citoyennes “prendre trop de terrain et semer la terreur”. A ce jour, le mouvement alderii n’a pas encore prévu de démonstration de force de masse pour les raisons sur lesquelles nous reviendrons dans les suites de l’article. De l’autre côté, les Groupements Citoyens d’Autodéfense Brocéliens (GCAB) continuent à occuper le terrain et multiplier les observations de délits, même extrêmement mineurs voire non prouvés, principalement dans les quartiers populaires alderii. Victor Arkwright, chef du Parti Libéral, a lui même déclaré : “comme nous le craignions, les GCAB démontrent qu’ils ne sont pas une force de sécurisation de proximité neutre, mais des groupements d’extrême-droite violents à l’image de ceux observés à Westalia ces derniers mois”. Nul ne peut encore dire sur quoi va déboucher le situation à Tintellin Cove, mais plusieurs motifs laissent penser qu’elle irait vers une redescente en pression bien qu’il faille craindre que cela ne soit que provisoire.


La Justice met un coup d’arrêt à l’exécutif

Malgré des Ordonnances royales démontrant une volonté forte d’être attentatoires aux droits et libertés des minorités et mouvements politiques, deux décisions de justice rendues courant octobre et relatives à la situation au “Covist’coffee” ont donné des interprétations relativement restrictives des applications possibles. Ce positionnement du pouvoir judiciaire fait jurisprudence et limite directement l’exécutif dans sa volonté d’action ultra-répressive et sévère.

Le premier contentieux portait sur la légalité de l’intervention du GCAB 46 au sein du Covist’Coffee le 17 septembre dernier. La Cour Pénale Locale de Tintellin Cove a jugé l’intervention illégale et disproportionnée et a entamé des poursuites pénales à l’encontre de cinq membres du GCAB 46 pouvant être jugés pour des actes potentiellement criminels, alors qu’un alderii est resté dans le coma plusieurs semaines. Le Royaume, via le Secrétariat Royal à l’Ordre Public, a ainsi été condamné à verser plusieurs milliers de Woodies Crowns, au civil, au Covist’ Coffee ainsi qu’aux cliens du bar présent, bien que les montants étaient relativement cléments par rapport aux demandes du café ayant porté plainte.
Dans les arguments, la Cour argumente notamment que le GCAB 46 ne pouvait pas interrompre un délit clairement établi, puisqu’il ne pouvait disposer d’aucun élément permettant de savoir si le bar était fautif ou non de ne pas accueillir certaines communautés conformément aux règles de l’article 9 des Ordonnances Royales. Cette logique est applicable dans maintes cas de figure similaires. Si la Cour n’avait pas ici pour rôle de juger la légalité de l’activité du café, elle démontre cependant que dans la quasi-unanimité des situations, les nouvelles milices citoyennes ne peuvent intervenir au motif de ce délit. Ce motif invoqué par le juge est celui qui a les conséquences les plus larges, mais il est à noter que la Cour a clairement établi le caractère disproportionnellement violent de l’intervention, ayant eu de multiples conséquences morales, physiques, psychologiques à la fois pour l’établissement et pour les clients présents. Elle n’a pas retenu l’argumentation selon laquelle les clients avaient eux mêmes été à l’initiative de provocations. La Cour vient donc officiellement donner un cadre et des limites aux interventions des GCAB, alors que ceux-ci pouvaient se sentir assez libres du fait de la “bénédiction” de l’exécutif pour leurs modalités d’actions.

Le second contentieux portait sur la décision administrative de fermeture du bar au motif de son accès implicitement interdit aux populations blanches protestantes. Dans sa décision rendue le 29 octobre 2019, le Tribunal Local de Tintellin Cove a quasiment accédé à toutes les requêtes du Covist’Coffee et prononcé la réouverture immédiate de l’établissement. Selon le Tribunal, la fréquentation très largement majoritaire du lieu par la communauté alderii est cohérente avec la population du quartier et ne peut mener à considérer qu’il y a un interdit implicite à d’autres communautés. Un argument avancé par le Royaume dans cette affaire consistait à remettre en cause l’engagement militant pro-alderii du café, ce qui tendrait à démontrer le caractère communautaire du lieu. Là encore, le Tribunal ne retient pas ce motif tout en reconnaissant dans le même temps la “coloration politique” et les “engagements militants” des clients comme des gérants. Ce cheminement de la Justice est particulièrement protecteur d’un certain nombre de droits des minorités alors que le Secrétariat Royal à l’Ordre Public s’essaye à une interprétation extrêmement extensive et sévère de l’Ordonnance Royale. Par ailleurs, au-delà de l’indemnisation accordée au Covist’Coffee pour le dédommagement lié à sa perte de chiffre d’affaires - comme cela était attendu -, le Royaume de Brocelynwood a été condamné à indemniser le café à hauteur de 10 0000 Woodies Crowns au titre du préjudice moral, un montant beaucoup plus élevé qu’attendu. Le symbole est significatif.


En réaction, le pouvoir royal peine à définir sa stratégie

Face à ces décisions en leur défaveur, plusieurs types de stratégies s’offrent au Roi et aux Secrétaires Royaux pour ne pas montrer de “recul” face à ce qu’ils estiment être le danger communautariste indigène.

Premièrement, le Royaume peut continuer à accentuer la pression par tous les moyens encore possibles, y compris en s’essayant encore à passer par la voie judiciaire. C’est entre autre ce qu’il va continuer à se passer par une nouvelle procédure qui risque elle aussi de faire grand bruit. Le Secrétariat Royal à l’Ordre Public a effectivement annoncé porter plainte contre le journal de gauche “Le Progrès” pour appel à l’insurrection. Dans son article du 25 septembre dernier, le Journal recueillait entre autres les paroles des alderii cherchant à construire leur mobilisation, y compris depuis des lieux assumés comme “clandestins”. “Le Progrès” assumait son parti pris visant à protéger la communauté native plutôt que la dénonciation aux autorités : “Nous avons fait le choix de donner le moins d’informations possibles afin de ne pas mettre en danger la communauté.”. Quoique l’on pense du fond de l’affaire en tant que telle, l’existence même de cette nouvelle bataille judiciaire peut mener à une volonté de contrôler beaucoup plus étroitement la liberté de la presse voire de la restreindre, que la décision penche dans un sens ou dans l’autre.

En deuxième option, le Royaume peut accepter implicitement de perdre une “bataille”, sans l’admettre clairement. Sur le terrain, la communauté alderii se sent de fait protégée par l’institution judiciaire, ce qui n’était pas perçu comme acquis jusque-là. La stratégie répressive du Royaume est objectivement empêchée par une partie des institutions, puisqu’elle est dans l’incapacité de multiplier les décisions administratives de fermeture de lieux majoritairement alderii sur la base de sa propre ordonnance, à moins d’une capacité à les justifier de manière beaucoup plus précises et détaillées. Par ailleurs, les interventions des GCAB sur ce motif précis sont légitimées et jugées illégales. Si le Front d’Emancipation Alderii (FAE) estime avoir toujours des raisons très fortes de s’opposer à la politique des Secrétaires Royaux visant la communauté qu’elle défend, elle peine désormais à mobiliser en masse, simplement parce que les besoins, l’urgence, les sources de la colère sont moins évidents. Les deux parties peuvent donc avoir intérêt à laisser la situation progressivement s’apaiser. Il ne faut par ailleurs pas oublier à quel point un soulèvement majeur à Tintellin Cove représente un risque énorme pour le Royaume, puisque la deuxième ville du pays est la principale porte d’entrée portuaire et pour cette raison - au-delà de son activité propre - le cœur économique du pays.

Enfin, la troisième alternative possible est de poursuivre dans la surenchère. Cela peut prendre plusieurs voies, qui aboutiraient cependant à un même résultat. Le Roi et l’équipe de secrétaires royaux du Premier Secrétaire Spécial du Roi Valemont peuvent faire le choix de contourner rapidement les décisions judiciaires en prenant de nouvelles mesures, beaucoup plus explicites et directes. Mais si les attaques contre la communauté alderii ont pris une voie à peine plus détournée dans le cadre de l’Ordonnance Royale de l’été, c’est pour une raison simple : la constitutionnalité. Le Roi a pris prétexte de la défense de la communauté protestante pour certainement viser des minorités, car notre Constitution prévoit bien une égalité entre communautés. Un texte de loi qui acterait une inégalité de fait en défaveur de la communauté alderii serait immédiatement censuré par la Justice. C’est pourquoi plusieurs voies mènent au même résultat : si le pouvoir royal souhaite faire le jeu de la surenchère, ce sera de toute façon en assumant un affrontement avec le pouvoir judiciaire. Pour cela, il opposerait certainement la “volonté du peuple” au pouvoir des juges, par nature “illégitimes”. En dehors de tout cadre, le risque est que le Royaume de Brocelynwood acte qu’il ne se soumet plus à ses propres règles et ne respecte ouvertement pas les décisions de Justice. De façon apparemment plus respectueuse des institutions, le Royaume peut aussi aller vers une réforme constitutionnelle qui remette en cause l’indépendance de la justice acquise en 1983 à la fin du règne de William II.


A Tintellin Cove, une “convergence des luttes” très limitée

Nous savons d’après des sources proches du pouvoir que les autorités craignaient avant tout un front commun alliant l’imprévisibilité du mouvement alderii et les modes d’action organisés et expérimentés des communistes. Cette hypothèse a pris du poids lorsque les deux groupes ont effectivement commencé à la soupeser, y voyant une opportunité inédite de faire basculer le rapport de force face à une Ordonnance et des pratiques visant directement les deux types de mouvements. Ici encore, il y a une correspondance avec ce qui est observé en miroir du côté de Westalia, où la volonté de répression anti-Hamajak n’a fait que contribuer à la radicalisation des mesures anti-communistes. Pourtant, ces deux types de mobilisation n’ont pas tout en commun, si ce n’est même une tendance à s’opposer. Au risque de caricaturer les positions de chacun, nous pouvons tenter de résumer les discordances. Pour les communistes, la question raciale n’est pas vraiment un sujet au regard de la lutte des classes : la situation subie par les alderii est soit une conséquence directe du modèle capitaliste, soit un enjeu secondaire risquant actuellement de mener à la division de classe dite “prolétaire” et qu’il ne sera utile à traiter que lors de l’avènement d’une société communiste. Les mouvements indigénistes ne mettent pas toujours au cœur de leur logiciel l’affrontement au capitalisme, quoique cela existe dans certains cas. Mais quels que soient leur rapport au capitalisme, ils en veulent généralement au mouvement communiste historique d’ignorer l’oppression qu’ils subissent, de ne pas en faire un thème au moins aussi central que “l’exploitation capitaliste” et par là même de les reléguer au second plan malgré le niveau de violence subi les siècles passés.

Malgré ces ressentiments, Mokari Sivara, porte-parole du nouveau Front d’Emancipation Alderii, et Francis Streethin, leader du Parti Communiste à l’échelle de Tintellin Cove, se sont rencontrés courant octobre. L’hypothèse d’un véritable front commun inédit aurait été évoquée, ce qui aurait pu mener à une situation toujours plus instable et incertaine dans la deuxième ville du pays. Si un rapprochement a bien eu lieu, il n’a pas pris cette envergure. Les deux mouvements ont acté qu’ils avaient un “adversaire commun”, à savoir le pouvoir royaliste, les conduisant à mettre en place une “coordination technique”. Officiellement, les modalités n’ont volontairement pas été précisées. Cela consisterait notamment à des points réguliers pour partager les informations sur les actions prévues et l’organisation des réactions des autorités, sans pour autant se rejoindre sur des mêmes lieux de “lutte” ou porter des revendications communes. Il est probable que les mouvements communistes et pro-natifs ne sont pas parvenus à s’entendre sur des textes communs et des priorités, malgré quelques convergences d’intérêt. Plus largement, l’espoir d’une mobilisation commune forte s’alimentant de part et d’autres a certainement pesé bien peu par rapport à la crainte que les bases des deux mouvements se neutralisent mutuellement du fait de leurs différences de fond. Surtout, les deux côtés ont tenté de mettre en place les garde-fou permettant d’éviter une récupération du potentiel “allié” à son propre profit, à terme, sans parvenir à trouver une situation d’équilibre.

Le futur de la situation à Tintellin Cove et plus largement à Brocelynwood est donc toujours très incertain. Mais plusieurs signes tendent vers une dynamique qui serait moins explosive que ce qu’on aurait pu imaginer il y a encore quelques semaines, du fait des récentes décisions de justice et de l’absence de réelle volonté de mouvements contestataires éloignés à faire front commun. A plus court et moyen-terme, la réaction de l’exécutif sera particulièrement scrutée et déterminante. A plus long-terme, la situation des Alderii est toujours aussi fragile au sein du Royaume. Par ailleurs, la volonté du pouvoir et d’une partie des brocéliens de ne pas renverser cet ordre voire de l’aggraver est toujours aussi présente, plus que jamais légitimée par le discours et les politiques d’Hardenbor à Westalia, sur fond d’affrontements interethniques.
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Dans : L’Opinion de Brocelynwood
Il s’agit d’un quotidien conservateur, critique envers la Monarchie, proche des idées du Parti Conservateur Réformiste (ex-Parti Républicain)


Interview exclusive de Marcus Cathale (PCR) : “Acceptons l’idée qu’il y a une aile modérée chez les défenseurs de la Monarchie”
17 novembre 2019

Marcus Cathale (William Hague)

Marcus Cathale, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Cela va faire près de trois mois que vous êtes à la tête du parti qui a changé de nom lors du même Congrès qui vous a élu. Le “Parti Républicain” est devenu le “Parti Conservateur Réformiste (PCR)”. C’est un changement purement cosmétique ?

Absolument pas. Comme vous le savez en tant que fins observateurs de la vie politique brocélienne, notre parti est porté par plusieurs motions qui diffèrent les unes des autres. Pendant longtemps, nous définir par notre volonté de sortir de la Monarchie était le meilleur des dénominateurs communs. C’est ce qui nous a rassemblé depuis les années 90. Mais nous avons fait le constat commun - tous au sein du parti - de l’impasse à laquelle nous faisions face. Lorsqu’il y avait d’un côté le Parti Royaliste, de l’autre les Communistes et nous entre ces deux extrêmes, c’était clair. Aujourd’hui, il y a de nouvelles offres. Nous avons besoin de nous affirmer par ce que nous sommes et non en creux des autres. Évitons la posture uniquement défensive.


Il y a quand même un point qui a beaucoup étonné. Personne n’a contesté l’échec de l’alliance avec le Parti Libéral et vous vous êtes tous accordés pour la rejeter à l’avenir. Pourtant, vous représentiez la motion la plus proche de ces idées libérales, en tant que “gauche” du parti. Partant de ce constat, en quoi pouvez-vous être la bonne personne permettant de relancer votre parti ?

Il y a plusieurs éléments dans votre question. Déjà, je ne serais pas aussi péremptoire sur ma proximité avec les idées du Parti Libéral. Ce n’est pas complètement faux sur la dimension économique, mais il y a beaucoup d’autres sujets pour lesquelles nous n’avons clairement pas la même vision. Et oui, tout le monde s’accorde à dire que les dernières élections ont été un échec pour notre parti. J’apporte quand même une nuance, de taille. Le front commun avec le Parti Libéral n’était pas la cause de l’échec, c’était un symptôme, ou du moins une cause secondaire. Notre véritable problème, c’était l’absence de ligne claire. Raymond le sait et c’est pourquoi il a démissionné immédiatement. Nous nous sommes rapprochés du Parti Libéral autour de l’enjeu institutionnel mais nous avions des difficultés à porter notre propre vision, avec un programme parfois très proche de celui du Parti Royaliste. Cette confusion a porté préjudice aux candidats de l’accord RepLib.


Vous avez parlé de différences avec le Parti Libéral. De quel ordre sont-elles ?

Il y a une différence de fond sur la manière dont nous appréhendons la société et les rapports entre les individus. Nous avons un profond attachement aux traditions et aux fondamentaux de la société. Il y a des réformes à porter, par exemple dans le domaine économique. Mais au contraire du Parti Libéral, nous ne pensons pas que l’État doive suivre toutes les demandes des communautés, sinon nous irons vers une société éclatée. Il faut un cadre moral autour des moeurs, ne pas chercher la domination d’une communauté ethnique sur une autre, dans un sens comme dans l’autre. Le Parti Libéral a raison de contester une part de surenchère du Parti Royaliste, mais il va trop loin sur un certain nombre de points, jusqu’à vouloir donner du pouvoir à des groupes dits de “minorités”.


Vous pensez à quelle surenchère de la part des royalistes ?

Ce qui se passe depuis plusieurs mois à Tintellin Cove, en miroir du contexte westalien, est un très bon exemple. Nous étions d’accord pour réfléchir à une forme de vigilance citoyenne à des fins de sécurité publique. Pourquoi pas. Mais nous voyons bien que les GCAB qui viennent d’être créées sont très mal encadrées. Nous avons la sensation qu’elles sont sources d’affrontement, veulent remplacer la Police sans son savoir faire. On craint même qu’elles soient parfois initiatrices de désordre. Je le dis avec beaucoup de prudence mais c’est en tout cas l’impression qui est parfois donnée, et c’est déjà un grave problème. Donc nous sommes pour le maintien de l’ordre public mais cet objectif n’est pas rempli c’est un échec. De l’autre côté, nous aimerions aussi que le Parti Libéral condamne clairement des initiatives communautaristes et insurrectionnelles comme le nouveau Front d’Émancipation Alderii. Il faut un dialogue avec des représentants constitués et officialisés des Alderii, mais ne surtout pas promouvoir un équivalent du mouvement social Hamajak à Brocelynwood. Il faut être fermes, justes et équilibrés.


Hardenbor semble être aujourd’hui un modèle pour le pouvoir Royaliste, mais aussi pour la branche droite de votre parti, puisque Whitmore s’est rendu à son investiture. De votre côté, vous gardez vos distances ?

Ma distance personnelle avec Hardenbor importe peu à ce jour. En termes de politique étrangère, nous devons garder de bons rapports avec Westalia, qui est effectivement désormais représenté par Hardenbor. Mais je constate aussi que l’attitude offensive à l’intérieur, et peut-être bientôt à l’international, du nouveau dirigeant peut devenir une source d’imprévisibilité et d’instabilité. Même si comme beaucoup, j’ai une grande confiance en la dextérité diplomatique de Takajiwa. Dans tous les cas, nous avons tout intérêt à ne pas tout miser sur la relation westalo-brocélienne. Je sens une tentation de Westbridge à prendre progressivement quelques distances avec l’Empire du Nord pour des motifs idéologiques rigides. Je crois que c’est une erreur. Il faut faire preuve de pragmatisme. Nous avons tout intérêt à nous appuyer sur un partenariat toujours plus solide et structurant avec ce pilier nordiste. C’est ce qui nous permettra de s’assumer à terme comme grande puissance. Nous sommes aujourd’hui encore une puissance de second rang, sans vraie vision, qui s’agite beaucoup et à l’image de plus en plus revancharde. Nous devons voir plus grand et autrement.


Vous ne vous appelez plus “Parti Républicain”. Mais finalement, à vous écouter, votre adversaire principal, c’est bien toujours le royalisme ?

Justement, c’est beaucoup plus subtile que ça. Alors, oui nous sommes toujours favorables au passage à la République. Mais nous contestons surtout la politique de désordre qui est menée. Il y a un monde dans lequel nous pourrions mener notre politique dans de nouvelles institutions, quand bien même il y aurait toujours un Roi en place. Cela demanderait de toute façon des changements profonds au préalable car les règles le rendent aujourd'hui presque impossible.


Ce que vous dites peut sembler très étonnant. On dit que vous représentez une aile gauche du parti. Vous dites vous-mêmes promouvoir une distinction beaucoup plus claire avec le Parti Royaliste. Et pourtant, on entend aujourd’hui un discours beaucoup plus conciliant avec le maintien de la royauté que ce que votre parti a porté ces dernières décennies.

J’assume mon positionnement. Surjouer l’opposition de principe entre républicains et royalistes est ce qu’il nous reste pour nous différencier quand nous ne sommes plus en capacité de démontrer que nous nous distinguons sur de nombreux autres plans. Personnellement, je suis clair. Je n’ai à peu près rien en commun avec la politique voulue et appliquée par le Monarque et Richard Valemont. C’est cela que je souhaite renverser pour une société plus apaisée et prospère. Si ce renversement doit se faire dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle moderne, ce ne sera pas idéal mais ce sera un mal nécessaire. Nous devons sortir de nos carcans. Acceptons, par exemple, l’idée qu’il y a une aile modérée chez les défenseurs de la Monarchie avec qui nous pourrions avoir des choses en commun.


Vous prônez un rapprochement avec des royalistes ? Cela pourrait aller jusqu'à une alliance ?

Non. N’utilisons pas tout de suite les grands mots. Je constate simplement que nous devons nous renouveler et penser autrement pour améliorer le quotidien des brocéliens, et pour faire face aux grands défis qui se profilent à l’intérieur comme à l’international à l’aube de la décennie 2020.
Mais je précise enfin qu’il ne faut pas attribuer à mes propos une portée démesurée. Sans l’énoncer aussi clairement, nous n’étions déjà pas dans une optique “la République sinon rien”. Lors des dernières élections, le parti a mis au cœur de son programme la démocratisation des institutions dans un cadre qui aurait de toute façon été négocié, à court-terme, avec le Roi. Nous devons composer avec les réalités du moment.
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Dans : Chroniques du Royaume
Ce journal développe une ligne éditoriale très proche du camp royaliste. Il peut s’apparenter à un organe de propagande du pouvoir.l

Exclusif - Empire du Nord : les projets radicaux du PSU
30 décembre 2019

Image IPA
Image très partagée sur les réseaux sociaux par les citoyens nordistes depuis la victoire du Front Commun Constitutionnel

Les élections constituantes viennent de se tenir en Empire du Nord. Elles ont été assez largement remportées par une coalition présentée de centre-gauche : le Front Commun Constitutionnel. Ce front est notamment porté par le Parti Solidariste et Unioniste (PSU) qui a rassemblé 40,5 % des voix. Malgré un programme déjà radical, une partie de la population craint que le Front et notamment le PSU ait édulcoré en partie son programme pendant la campagne afin de ressembler plus largement ses électeurs comme ses alliés. Cette peur est au moins en partie corroborée par les informations et analyses que nous avons pu rassembler.


Composition et programme du Front Commun Constitutionnel

L’important score du PSU ne lui permet pas d’obtenir la majorité absolue et de gouverner seul. Il doit donc compter sur ses partenaires du Front Commun. La lecture faite par beaucoup est que cela l’obligera de toute façon à se cantonner à des positions modérées qui ne vont pas au-delà du socle commun.

Le socle commun contient déjà en lui-même un certain nombre de glissements qui ne sont pas aussi anodins qu’ils pourraient le laisser paraître. Il affirme vouloir garantir la continuité du régime impérial. Dans les faits, plusieurs mesures, si elles sont bien mises en œuvre dans la nouvelle Constitution, vont fragiliser cet édifice y compris de manière radicale. Les projets de décentralisation sont si prononcés qu’ils convertiraient l’Empire du Nord en quasi-fédération, au détriment du pouvoir central impérial. Cela serait notamment une réalité pour les populations natives qui bénéficieraient de la création d’Etats constitutifs et donc d’une forme d’autonomie, en Afarée et même en Aleucie. Ces nouveaux Etats auraient ainsi la capacité de conserver les avantages de leur intégration au sein de l’Empire tout en ayant l’opportunité de se défaire d’un certain nombre d’obligations. Ces positionnements sont notamment défendus par deux autres partis membres de l’alliance réunie autour du PSU : l’Union Native Démocratique et le Parti de l’Avenir Afaréen, qui rassemblent à eux deux plus de 12 % des suffrages. Ces mouvements ne défendent pas aussi directement les positions violentes et indépendantistes du Mouvement Anticolonial Afaréen, mais ils ancrent le Front Commun Constitutionnel dans le mouvement social indigéniste, qui tend chez nos voisins vers des perspectives de plus en plus sécessionnistes. Cela va jusqu’au souhait de créer une seconde capitale de l’Empire du Nord en Afarée, donnant toutes les bases d’une future potentielle subdivision de l’Empire en deux nations distinctes lors de prochains soubresauts.

Dans la même logique, le programme commun pour la future constitution vise à affaiblir le pouvoir central exécutif au profit des assemblées législatives. Cela se matérialise notamment par un Sénat qui représenterait “les territoires et les communautés historiques et locales”. Sur le papier, c’est plutôt encourageant. Mais lorsque le rapprochement est fait avec les autres propositions du programme, nombreux constatent une volonté bien plus controversée de donner un poids décisif aux territoires natifs et afaréens dans toutes les politiques de l’Empire.

Sans s’attarder sur les autres partis, le PSU bénéficie donc déjà d’une majorité pour appliquer la partie du programme reprenant les revendications de multiples mouvements indigénistes. Par ailleurs, le Parti Solidariste et Unioniste peut s’appuyer sur les plus de 4% du Mouvement du Lendemain, qui a à ce jour bien moins le vent en poupe tout en conservant un poids minimal lui permettant d’influencer vers la mise en œuvre d’une constitution et d’une politique nettement socialiste.

Dans cet environnement, les 4% de la modérée Alliance Chrétienne Démocrate n’ont pas les moyens de faire peser d’une quelconque façon que ce soit la balance, quand bien même ils menaceraient de créer le Front Commun Constitutionnel, avec lequel ils se sont de toute façon mis d’accord sur les bases développées précédemment.
Enfin, le rôle de la Plateforme Progressiste Nationale (PPN) n’est pas négligeable puisqu’elle représente près de 10% de la future Assemblée, tout en étant dans une posture de soutien critique au Front Commun Constitutionnel. Mais son poids n’est là encore pas pleinement déterminant puisque le noyau des alliés situés autour du PSU et prêts à appliquer les principales transformations constitutionnelles, bénéficie déjà de la majorité absolue nécessaire sans rassembler trop largement.

Pour toutes ces raisons, la tendance naturelle à la modération du Front Commun Constitutionnel pourrait rapidement relever de la fiction, du moins pour jeter les bases d’une Constitution radicalement différente de l’actuelle et mettre à mal le cœur des institutions impériales.


L’essence et le projet radical du PSU

Au-delà de l’évolution constitutionnelle, un gouvernement est en cours de constitution sur la base de la composition de la constituante. Avec plus de 40% des suffrages, le poids de l’idéologie et des projets du PSU dans l’avenir proche de l’Empire du Nord ne peut être mis sur le même plan que celui de ses alliés du Front Commun, bien plus minoritaires.

Dans son discours officiel, le Parti Solidariste et Unioniste assume déjà une remise en cause profonde des fondements de la société nordiste. Seul le besoin de maintenir une alliance large pendant la campagne électorale l’ont amené à édulcorer le discours. Mais la réalité programmatique est bien là, et le PSU affirme vouloir mener des “révolutions” dans tous les domaines, même s’il y accole l’adjectif “douces”.

Frédéric (prénom anonymisé), cadre dirigeant dans une société nordiste présente à Brocelynwood, alerte depuis longtemps sur les fondamentaux du désormais premier parti de l’Empire Nord. Il a longuement résumé pour nous son sentiment vis-à-vis de l’ensemble programmatique du PSU, en se basant sur l’analyse d’une série de mesures annoncées par le parti lui-même comme nous avons pu nous même le vérifier.

"Nous sommes très inquiets. Je ne sais pas jusqu’à quel point ils vont avoir les moyens de leurs ambitions. Mais déjà le simple fait de parler de “révolution économique”, nous savons très bien vers quel type de modèle ça tend. Nous avons un parti qui se dit un peu plus à gauche que le centre-gauche, qui dans les annonces dépasse le Mouvement du Lendemain sur son extrême-gauche, et qui derrière cherche à aller progressivement vers une forme de ‘communisation’ de l’économie. Le processus se veut doux pour ne pas éveiller les soupçons, mais l’aboutissement n’aura rien de doux, des gens comme moi seront certainement spoliés par l’État. Et ce que je vous dis pour l’économie est tout à fait cohérent avec le reste. Nous avions la chance d’avoir une nation basée sur un Empire, qui ne tombe pas dans les travers des supposées “démocraties” décadentes. Le PSU veut terrasser tout ça. Il nous montre un horizon de pagaille, désordonné, sans ordre, sans hiérarchie, dans lequel les enfants votent et dirigent leurs écoles - rendez-vous compte -, et dans lequel il n’y a plus de réel dirigeant. Tout le monde aura un peu le pouvoir et personne ne sera responsable. Il veut supprimer à tout jamais aux dirigeants la capacité à réagir lorsque le pays est menacé, y compris en cas d’urgence, et en réduisant en permanence l’exécutif à peau de chagrin. Ils visent à interdire à tout jamais l’arrivée de pouvoir de mouvements qui ne leur conviennent pas, sous la dénomination “extrême-droite”. Par contre, nous aurons des assemblées tirées au sort toutes puissantes, donc des personnes lambdas, peut-être des imbéciles, des dangereux, auront le droit subitement de décider pour tout le monde. C’est la nouvelle loterie. Malheureusement, ce n’est pas une plaisanterie. Et ce qui m’attriste le plus dans tout ça, c’est le lavage de cerveau qu’on promet pour nos enfants. Ils seront obligés de le subir, avec un plan déployé par le Ministère de l’Enfance. On va leur dire que le camp du bien, ce sont eux, des gens qui veulent donner du pouvoir aux enfants, et que la société s’en sortira mieux. Bref, quand je vois ce qui m’attend pour mon pays, je suis en panique, je n’en ferme parfois pas l’œil la nuit. Le fait de vivre la majeure partie du temps à Brocelynwood m’apaise encore un peu."
Mais chacun se rassure comme il veut, et peut se baser pour cela sur des arguments rationnels. Le PSU doit faire face à quelques limites bien réelles pour aller aussi loin qu’il le souhaiterait. L’Alliance Chrétienne Démocrate ne soutiendra pas le PSU dans toutes ses velléités révolutionnaires, et c’est encore plus vrai pour la Pateforme Progressiste Nationale (PPN) qui n’est même pas pleinement intégrée au dénominateur commun du Front Constitutionnel. Quant au Parti de l’Avenir Afaréen, il soutient certes des dispositions constitutionnelles majeures relatives aux natifs et aux territoires afaréens, mais ce n’est pas pour cela qu’il suivra le PSU dans une potentielle fuite en avant concernant le modèle économique de la nation.


Vers un basculement inédit ?

Mais lorsqu’on le regarde le résultat des élections constituantes, il faut bien évidemment le faire jusqu’au bout. Selon les textes de lois ou au gré de circonstances particulières, c’est une autre recomposition politique qui est en capacité d’émarger. Car aux côtés du PSU, c’est un projet bien plus extrémiste qui s’est fait une place en rassemblant 11 % des suffrages. En matière de dynamiques politiques, les mathématiques ne font pas tout. Mais les faits sont là : le Parti Solidariste et Unioniste, le Mouvement du Lendemain, et le Parti Communiste Radical sont bien en position de représenter une majorité absolue des sièges, surtout si les partis plus centristes demeurent conciliants pour conserver leurs propres intérêts.
Le PCR a rassemblé plus de 11% des suffrages, le plaçant à son plus haut niveau historique, et alors qu’un score approchant les 10% aurait déjà été considéré comme une grande victoire. Plutôt que l’opposition de principe, cela l’amène à vouloir aujourd’hui peser dans les décisions.

Selon Terrence Thomas, Professeur d’Analyses Politiques à l’Université de Wynterhall, ce contexte va certainement conduire la gauche nordiste dans son ensemble à aller vers des projets qui sont dans son logiciel mais qu’elle ose encore à peine énoncer, du moins que seul le PCR a pu défendre jusque là.

"Un certain nombre de positions officielles du PSU tiennent compte du rapport de force politique. Mais lorsque des chercheurs comme nous nous penchons sur les débats entre militants et les visions des dirigeants du parti, nous avons parfaitement conscience que leur essence va bien au-delà de leur programme affiché, y compris celui qui n’est pas encore amendé dans les négociations avec leurs partenaires électoraux. S’ils peuvent progressivement aller plus loin avec le PCR et le MdL sans en payer un prix fort, ils se poseront sérieusement la question. Ce n’est pas vraiment caché mais cela pose tout de même un grave problème démocratique, car ce n’est pas comme ça qu’ils se présentent devant leurs électeurs.
Je vais prendre un exemple très parlant, qui nous concerne presque tout autant que les citoyens d’Empire du Nord. Nous avons vu récemment comment des pays de “révolution douce” comme le Valtern pouvaient faire entrer une organisation extrémiste en Aleucie. Et bien, il faut savoir, que le rapprochement avec le Liberalintern est une hypothèse régulièrement évoquée dans les instances du PSU. Je parle évidemment d’un rapprochement bien plus étroit que ce qui se fait aujourd’hui - car nous avons vu à quel point Monsieur Rouzet n’était pas très vindicatif - ce qui n’exclurait donc pas une adhésion à l’organisation. Ce serait un séisme pour l’Empire du Nord mais aussi pour le continent, et c’est la raison pour laquelle il va falloir suivre de près l’actualité politique de nos voisins les prochains mois”.
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