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Dans : Le Progrès
Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.

Pourquoi les mesures sécuritaires du Royaume ne sont-elles pas si populaires ?
23 août 2019

Sondage


Récent sondage de l'IBS : des résultats mitigés

Alors que le pouvoir royaliste semble parier sur le ressentiment de la population envers la minorité Alderii, cible de multiples discriminations et accusée de nombreux maux, un récent sondage publié par l’Institut Brocélien des Statistiques (IBS) vient nuancer ces automatismes supposés.
Il est vrai que le cadrage médiatique des événements à Westalia conduit à ce que 50% des personnes interrogées impute une plus grande responsabilité de la situation au terrorisme Hamajak, contre 27 % aux ligues d’extrême-droite tandis que 21% renvoient les deux camps dos-à-dos. Cela est le fruit d’un biais anti-natif présent dans notre société, qui n’est pas nouveau, mais qui est évidemment renforcé dans le cas présent par la simple chronologie des faits. La séquence actuelle a effectivement débuté par l’assassinat d’Alfred Eisendorf, attribué au terrorisme hamajak.

Mais ce contexte ne conduit pas la société brocélienne à plébisciter toute mesure prise au sein du Royaume au nom de la lutte contre les mouvements indigènes et le communisme. L’IBS a ainsi testé l’avis de l’opinion au sujet de deux principales mesures de la récente Ordonnance Royale “relative à la sécurité du Royaume et à la lutte contre les activités, délictuelles, criminelles et terroristes”.
Concernant la création des “milices citoyennes”, administrativement dénommées GCAB (Groupement Citoyen d’Autodéfense Brocélien), les avis sont très partagés et la majorité estime plutôt que la mesure n’est pas bonne, en raison de sa probable inefficacité et même de sa dangerosité.
Concernant la fermeture de lieux “implicitement interdits” aux protestants, les brocéliens interrogés sont encore moins convaincus puisque 53 % sont défavorables à la mesure contre 43 % favorables.
Malgré une base de soutien importante et une société connue pour être structurellement conservatrice voire néocoloniale, il est donc impossible - dans le cas présent - d’identifier un effet univoque de la crise westalienne en faveur de nouveaux dispositifs ultra-sécuritaires à Brocelynwood.


Une classe politique quasi unanimement critique

Même si les sondages d’opinion publique ne peuvent et ne doivent être pris au pourcentage près pour argent comptant, les tendances observées sont suffisamment nettes pour s’y arrêter et proposer une analyse.
Il faut d’abord noter que l’expression publique de nombreux responsables politiques et figures de la société civiles ont été critiques, que ce soit par conviction, par opportunisme pour s’opposer aux royalistes, ou par crainte d’envenimer un contexte qui mènerait à une crise à la westalienne, perçue d’ici comme une quasi-guerre civile.

Le Parti Libéral et le Parti du Peuple ont toujours été fermement opposés à ce type de politique. Le Parti Libéral dénonce une volonté de “diviser pour mieux régner” et ajoute que “dans le cas précis, la division consiste à chasser certaines populations et à encourager l’armement de groupes en vue de conflits inter-ethniques dans la lignée de l’extrémisation des discours d'Hardenbor à Westalia”. Jared Fenlow, Leader du Parti du Peuple, souhaite “dire les termes” : “il s’agit d’une politique d’un racisme de plus en plus assumé, qui peut nous mener vers des heures très sombres et que rien ne légitime ; les progressistes de Brocelynwood, de Westalia et de toute l’Aleucie ne vont avoir d’autre choix que d’opposer une résistance pour défendre les droits les plus élémentaires et vitaux de tous”.

Le Parti Républicain, sans véritable leader après le départ de Raymond et dans l’attente de son Congrès, est toujours plongé dans la crise et peine à trouver une ligne directrice. Le communiqué du parti a donc fait le choix de s’attaquer principalement aux dimensions juridiques de l’Ordonnance royale, la jugeant “mal ficelée”.
Du côté du Parti Communiste, on est parfois peu engagé dans la défense de la cause Alderii. Mais en mentionnant expressément dans son texte les idéologies “indigénistes” et “communistes”, le pouvoir royal a peut-être commis une erreur stratégique. Deux causes distinctes vont peut-être trouver dans la mobilisation en cours des intérêts communs pouvant même faire évoluer structurellement leurs approches et leurs discours sur le long-terme. Pour Bram Strake, “malgré les discours bienveillants de Victor Arkwright au sujet de la communauté alderii, il s’agit bien là d’une attaque historique des royalistes alliés aux forces de l’argent capitalistes contre les travailleurs et en divisant les travailleurs (...) aucune personne du peuple travailleur ne doit rejoindre les milices citoyennes, qui ne sont pas là pour amener la sérénité, mais pour détruire les travailleurs et leur organisation collective (...) alors ne nous laissons pas diviser selon notre couleur de peau, nos origines, et n’écoutons pas les discours voulant créer l’image de sous-hommes parmi le peuple travailleur, c’est un piège !”.

Pour le représentant Alderii à l’Assemblée Unique Eliam Tarek Naluwé, “l’heure est grave ! Nos frères et sœurs de communautés Hamajaks subissent des persécutions à Westalia, avec le risque que cela soit systématisé et institutionnalisé si Hardenbor est élu, et notre pouvoir veut faire pareil, alors que nous demandons simplement à vivre, dignement, égalitairement ; ils n’ont que la haine à la bouche, veulent prendre tout prétexte pour nous chasser et voilà qu’ils arment qui voudra bien s’en prendre à nous. Cela doit cesser au plus vite”.


Un contexte différent de Westalia mais un agenda politique très semblable à celui du favori Hardenbor

L’autre élément notable concernant le différentiel potentiel avec Westalia est simplement le fait qu’il n’y a pas eu ici d’élément déclencheur émotionnellement marquant ayant sidéré la population. Il ne faut pas négliger l’impact que peut avoir, au sein d’une communauté politique, un évènement tel qu’un assassinat d’un homme politique en plein meeting, à quelques semaines d’un scrutin présidentiel. La manière dont cela affecte la population concernée, le débat public, et fait entrer avec fracas les enjeux politiques dans les groupes d’amis, les cellules familiales, est sans équivalent avec la réception de l'événement depuis une autre nation, aussi proche soit-elle culturellement.

Si l’on dézoome encore un peu tout en continuant à s’intéresser à la question ethnique, la structure même et l’historique des sociétés brocéliennes et westaliennes ne sont pas pleinement comparables. Les Hamajaks sont au cœur du débat public de Westalia depuis plusieurs décennies et même la cible d’un courant majeure de l’histoire politique du pays, avec le horvanxisme. L’historique colonial hérité du même empire austarien n’est pas plus glorieux à Brocelynwood. Mais la question n’a pas pris la même place dans le débat public, même si cela évolue récemment et actuellement. Les Alderii représentent un très faible pourcentage de la population brocélienne et ont longtemps été maltraités mais en silence, et surtout ignorés, laissés à leurs souffrances. Il a toujours été communément admis de les associer à la délinquance, mais pour beaucoup cela était perçu comme “vu de loin”, étant données leur extrême minorité et leur présence sur un certain nombre de communautés délimitées du territoire national.
Si l’on étend aux autres cibles de l’ordonnance, le communisme peine aussi à être perçu comme une menace crédible tant il a reculé depuis les années 1960 et ce malgré sa dernière percée aux élections de juin.

Plus globalement, la relative impopularité de ces mesures s’inscrit aussi dans une crise de légitimité de la Monarchie à plus long-terme au sein du Royaume de Brocelynwood, qui n’est vraiment maintenant défendue que par environ la moitié de la population. Lorsque le Roi prend des décisions, et particulièrement en court-circuitant l’Assemblée Unique (qu’il aurait pu sur ce sujet laisser délibérer), l’a priori n’est pas particulièrement positif. Pour autant, il ne faut pas être manichéen : certains conservateurs anti-monarchie ont une approche très dure pouvant y compris être qualifiée de “racistes”, tandis que quelques royalistes sont attachés aux traditions et plus modérés sur leur rapport à la communauté alderii. Mais dans ces deux types de cas, la crise de légitimité actuellement rencontrée par la Monarchie peut se retourner contre ses propres mesures.

Tout cela étant dit et analysé, plus de deux cinquièmes des brocéliens expriment un clair soutien pour les mesures sécuritaires. Nous avons donc le panorama d’une société polarisée, divisée, au sein de laquelle chacun affirme son positionnement. Il semble cependant, et heureusement, que la Monarchie a échoué à créer l’image d’un ennemi de l’intérieur qui s’imposerait encore plus largement, pour des raisons historiques, conjoncturelles, structurelles et l’absence de “moment zéro”.
Mais les mesures sont réelles et la réponse de la société civile et des oppositions est encore timorée. Le pouvoir royaliste renforce donc son autoritarisme sans créer un mouvement d’opposition vraiment marquant, tout en s’appuyant sur une base de soutien forte, et sur des éléments d’extrême-droite encore plus radicaux.
Résultat : sans unanimité et étant même relativement minoritaires, Johnlyn IV et son Premier Secrétaire Spécial Valemont ont encore l’opportunité d’avancer un agenda politique dangereux.


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