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Dans : Le Progrès
Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.

Pourquoi les mesures sécuritaires du Royaume ne sont-elles pas si populaires ?
23 août 2019

Sondage


Récent sondage de l'IBS : des résultats mitigés

Alors que le pouvoir royaliste semble parier sur le ressentiment de la population envers la minorité Alderii, cible de multiples discriminations et accusée de nombreux maux, un récent sondage publié par l’Institut Brocélien des Statistiques (IBS) vient nuancer ces automatismes supposés.
Il est vrai que le cadrage médiatique des événements à Westalia conduit à ce que 50% des personnes interrogées impute une plus grande responsabilité de la situation au terrorisme Hamajak, contre 27 % aux ligues d’extrême-droite tandis que 21% renvoient les deux camps dos-à-dos. Cela est le fruit d’un biais anti-natif présent dans notre société, qui n’est pas nouveau, mais qui est évidemment renforcé dans le cas présent par la simple chronologie des faits. La séquence actuelle a effectivement débuté par l’assassinat d’Alfred Eisendorf, attribué au terrorisme hamajak.

Mais ce contexte ne conduit pas la société brocélienne à plébisciter toute mesure prise au sein du Royaume au nom de la lutte contre les mouvements indigènes et le communisme. L’IBS a ainsi testé l’avis de l’opinion au sujet de deux principales mesures de la récente Ordonnance Royale “relative à la sécurité du Royaume et à la lutte contre les activités, délictuelles, criminelles et terroristes”.
Concernant la création des “milices citoyennes”, administrativement dénommées GCAB (Groupement Citoyen d’Autodéfense Brocélien), les avis sont très partagés et la majorité estime plutôt que la mesure n’est pas bonne, en raison de sa probable inefficacité et même de sa dangerosité.
Concernant la fermeture de lieux “implicitement interdits” aux protestants, les brocéliens interrogés sont encore moins convaincus puisque 53 % sont défavorables à la mesure contre 43 % favorables.
Malgré une base de soutien importante et une société connue pour être structurellement conservatrice voire néocoloniale, il est donc impossible - dans le cas présent - d’identifier un effet univoque de la crise westalienne en faveur de nouveaux dispositifs ultra-sécuritaires à Brocelynwood.


Une classe politique quasi unanimement critique

Même si les sondages d’opinion publique ne peuvent et ne doivent être pris au pourcentage près pour argent comptant, les tendances observées sont suffisamment nettes pour s’y arrêter et proposer une analyse.
Il faut d’abord noter que l’expression publique de nombreux responsables politiques et figures de la société civiles ont été critiques, que ce soit par conviction, par opportunisme pour s’opposer aux royalistes, ou par crainte d’envenimer un contexte qui mènerait à une crise à la westalienne, perçue d’ici comme une quasi-guerre civile.

Le Parti Libéral et le Parti du Peuple ont toujours été fermement opposés à ce type de politique. Le Parti Libéral dénonce une volonté de “diviser pour mieux régner” et ajoute que “dans le cas précis, la division consiste à chasser certaines populations et à encourager l’armement de groupes en vue de conflits inter-ethniques dans la lignée de l’extrémisation des discours d'Hardenbor à Westalia”. Jared Fenlow, Leader du Parti du Peuple, souhaite “dire les termes” : “il s’agit d’une politique d’un racisme de plus en plus assumé, qui peut nous mener vers des heures très sombres et que rien ne légitime ; les progressistes de Brocelynwood, de Westalia et de toute l’Aleucie ne vont avoir d’autre choix que d’opposer une résistance pour défendre les droits les plus élémentaires et vitaux de tous”.

Le Parti Républicain, sans véritable leader après le départ de Raymond et dans l’attente de son Congrès, est toujours plongé dans la crise et peine à trouver une ligne directrice. Le communiqué du parti a donc fait le choix de s’attaquer principalement aux dimensions juridiques de l’Ordonnance royale, la jugeant “mal ficelée”.
Du côté du Parti Communiste, on est parfois peu engagé dans la défense de la cause Alderii. Mais en mentionnant expressément dans son texte les idéologies “indigénistes” et “communistes”, le pouvoir royal a peut-être commis une erreur stratégique. Deux causes distinctes vont peut-être trouver dans la mobilisation en cours des intérêts communs pouvant même faire évoluer structurellement leurs approches et leurs discours sur le long-terme. Pour Bram Strake, “malgré les discours bienveillants de Victor Arkwright au sujet de la communauté alderii, il s’agit bien là d’une attaque historique des royalistes alliés aux forces de l’argent capitalistes contre les travailleurs et en divisant les travailleurs (...) aucune personne du peuple travailleur ne doit rejoindre les milices citoyennes, qui ne sont pas là pour amener la sérénité, mais pour détruire les travailleurs et leur organisation collective (...) alors ne nous laissons pas diviser selon notre couleur de peau, nos origines, et n’écoutons pas les discours voulant créer l’image de sous-hommes parmi le peuple travailleur, c’est un piège !”.

Pour le représentant Alderii à l’Assemblée Unique Eliam Tarek Naluwé, “l’heure est grave ! Nos frères et sœurs de communautés Hamajaks subissent des persécutions à Westalia, avec le risque que cela soit systématisé et institutionnalisé si Hardenbor est élu, et notre pouvoir veut faire pareil, alors que nous demandons simplement à vivre, dignement, égalitairement ; ils n’ont que la haine à la bouche, veulent prendre tout prétexte pour nous chasser et voilà qu’ils arment qui voudra bien s’en prendre à nous. Cela doit cesser au plus vite”.


Un contexte différent de Westalia mais un agenda politique très semblable à celui du favori Hardenbor

L’autre élément notable concernant le différentiel potentiel avec Westalia est simplement le fait qu’il n’y a pas eu ici d’élément déclencheur émotionnellement marquant ayant sidéré la population. Il ne faut pas négliger l’impact que peut avoir, au sein d’une communauté politique, un évènement tel qu’un assassinat d’un homme politique en plein meeting, à quelques semaines d’un scrutin présidentiel. La manière dont cela affecte la population concernée, le débat public, et fait entrer avec fracas les enjeux politiques dans les groupes d’amis, les cellules familiales, est sans équivalent avec la réception de l'événement depuis une autre nation, aussi proche soit-elle culturellement.

Si l’on dézoome encore un peu tout en continuant à s’intéresser à la question ethnique, la structure même et l’historique des sociétés brocéliennes et westaliennes ne sont pas pleinement comparables. Les Hamajaks sont au cœur du débat public de Westalia depuis plusieurs décennies et même la cible d’un courant majeure de l’histoire politique du pays, avec le horvanxisme. L’historique colonial hérité du même empire austarien n’est pas plus glorieux à Brocelynwood. Mais la question n’a pas pris la même place dans le débat public, même si cela évolue récemment et actuellement. Les Alderii représentent un très faible pourcentage de la population brocélienne et ont longtemps été maltraités mais en silence, et surtout ignorés, laissés à leurs souffrances. Il a toujours été communément admis de les associer à la délinquance, mais pour beaucoup cela était perçu comme “vu de loin”, étant données leur extrême minorité et leur présence sur un certain nombre de communautés délimitées du territoire national.
Si l’on étend aux autres cibles de l’ordonnance, le communisme peine aussi à être perçu comme une menace crédible tant il a reculé depuis les années 1960 et ce malgré sa dernière percée aux élections de juin.

Plus globalement, la relative impopularité de ces mesures s’inscrit aussi dans une crise de légitimité de la Monarchie à plus long-terme au sein du Royaume de Brocelynwood, qui n’est vraiment maintenant défendue que par environ la moitié de la population. Lorsque le Roi prend des décisions, et particulièrement en court-circuitant l’Assemblée Unique (qu’il aurait pu sur ce sujet laisser délibérer), l’a priori n’est pas particulièrement positif. Pour autant, il ne faut pas être manichéen : certains conservateurs anti-monarchie ont une approche très dure pouvant y compris être qualifiée de “racistes”, tandis que quelques royalistes sont attachés aux traditions et plus modérés sur leur rapport à la communauté alderii. Mais dans ces deux types de cas, la crise de légitimité actuellement rencontrée par la Monarchie peut se retourner contre ses propres mesures.

Tout cela étant dit et analysé, plus de deux cinquièmes des brocéliens expriment un clair soutien pour les mesures sécuritaires. Nous avons donc le panorama d’une société polarisée, divisée, au sein de laquelle chacun affirme son positionnement. Il semble cependant, et heureusement, que la Monarchie a échoué à créer l’image d’un ennemi de l’intérieur qui s’imposerait encore plus largement, pour des raisons historiques, conjoncturelles, structurelles et l’absence de “moment zéro”.
Mais les mesures sont réelles et la réponse de la société civile et des oppositions est encore timorée. Le pouvoir royaliste renforce donc son autoritarisme sans créer un mouvement d’opposition vraiment marquant, tout en s’appuyant sur une base de soutien forte, et sur des éléments d’extrême-droite encore plus radicaux.
Résultat : sans unanimité et étant même relativement minoritaires, Johnlyn IV et son Premier Secrétaire Spécial Valemont ont encore l’opportunité d’avancer un agenda politique dangereux.


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Dans : The Brocelynwood Ledger
Ce journal est très "pro-business" et proche des idées du Parti Libéral

Récit du Congrès du Parti Républicain, devenu le Parti Conservateur Réformiste (PCR) de Marcus Cathale
6 septembre 2019

Marcus Cathale (William Hague)


Un contexte de crise interne

Le Congrès du Parti Républicain s’est tenu ces 4 et 5 septembre 2019 à Highbrook. C’est un moment qui était très attendu à l’intérieur du parti, après le constat partagé d’échec aux élections de l’Assemblée Unique en juin dernier. L’accord électoral avec le Parti Libéral avait conduit à une baisse du nombre de sièges pour le Parti Républicain par rapport à la précédente législature. Le 2 juin au soir même, Leonard Raymond avait annoncé sa démission de la tête du parti, puisque ses choix se sont avérés infructueux et impuissants à permettre la nouvelle majorité absolue du Parti Royaliste. De l’aveu général, la ligne du Parti Républicain sous Raymond devenait de plus en plus difficile à lire et jugée parfois comme étant teintée d’incohérences, entre ligne conservatrice dure et tentatives de rapprochement avec le Parti Libéral visant à faire sauter le verrou royaliste sur les institutions. Pendant plusieurs années, Leonard Raymond est parvenu à faire tenir tant bien que mal l’aile gauche et l’aile droite engagées dans un même objectif pour le parti. Avec la “défaite”, la ligne centrale de Raymond vole en éclats et conduit à avoir deux alternatives bien distinctes, même si trois motions d’orientation ont bien été présentées. A l’ouverture du Congrès, le risque d’aller vers un éclatement du parti est dans tous les esprits.


Trois lignes politiques et deux motions “finalistes”

La première motion, intitulée “Pour un Brocelynwood républicain, religieux et traditionnel”, était portée par Andrew Whitmore et représentait ce qui peut être considéré comme l’aile droite du parti. Ses défenseurs critiquent ouvertement l’alliance électorale avec le Parti Libéral et l’accusent d’être la principale raison des scores insuffisants du parti. Leur distinction avec le Parti Royaliste porte principalement sur la critique de la Monarchie elle-même, accusée de verrouiller les institutions, de ne pas avoir le sens des relations internationales, d’être trop coûteuse et trop centrée sur elle et ses intrigues. Pour le bien du Royaume, la motion assume cependant qu’elle pourrait se retrouver sur certaines mesures de fond avec les décisions royalistes, notamment en vue de combattre les ennemis “extrémistes” des brocéliens. Elle estime donc que les principales menaces viennent aujourd’hui du champ gauche du paysage politique, représenté par le Parti Communiste et le Parti du Peuple mais eux-mêmes légitimés par le Parti Libéral.

L’autre motion favorite, intitulée “Pour un Brocelynwood prospère”, représente l’aile gauche du parti, portée par Marcus Cathale. Sur le plan idéologique, elle est naturellement plus proche du Parti Libéral. Pour autant, la motion ne prône plus ouvertement un rapprochement officiel avec ce dernier, tant cette stratégie fait l’objet d’un rejet général après les élections 2019 de l’Assemblée Unique. Sa priorité porte sur le plan économique, avec une volonté de développer un système plus libéralisé à l’intérieur et orienté vers le libre-échange à l’international. Elle continue à se distinguer du Parti Libéral par sa mise en avant d’une ligne plus conservatrice sur les questions interethniques et morales, tout en étant régulièrement critique de certaines décisions de fond du Parti Royaliste jugées trop extrêmes.

Entre ces deux lignes, la motion d’orientation “Pour un Brocelynwood puissant” s’inscrivait dans la lignée de consensus de Leonard Raymond, et dont l’objectif central est que Brocelynwood devienne une véritable puissance régionale ambitieuse. Les défenseurs de cette orientation souhaitent continuer à s’appuyer sur un système d’économie mixte et un Etat stratège. La ligne défendue est largement conservatrice mais priorise moins les questions sociétales et morales que la motion 1.
Historiquement, les versions antérieures de cette motion étaient bien positionnées pour faire converger les différentes visions au sein du parti, mais elle devient aujourd’hui minoritaire après son échec et le sentiment partagé que le Parti doit clarifier sa ligne. Les intentions de vote pour cette ligne étant jugées très faibles, cette motion s’est finalement retirée peu avant le lancement du congrès.

L’opposition entre les deux motions restantes aux lignes bien distinctes et cherchant à se démarquer est à haut risque pour le parti puisque cela pourrait tendre vers l’éclatement. Mais tous partagent l’intérêt commun, quoique peut-être inatteignable, de ménager les 11 membres du parti élus à l’Assemblée Unique. Ces derniers appartenaient majoritairement à la ligne pro-Raymond qui va devenir inexistante. Pour les autres membres du parti, rester dans un Parti Républicain avec peu d’élus majeurs ou se lancer dans un nouveau parti sans élus constituera une perte d’influence et de financement certaine.
Au-delà du vote des militants entre les deux options, c’est donc le rapport de force de chaque motion et la construction de la suite qui sera déterminante.


Les résultats des votes

Abstention : 7,74 %
Motion 1 “Pour un Brocelynwood républicain, religieux et traditionnel” (Andrew Whitmore) : 37,76 %
Motion 2 “Pour un Brocelynwood prospère” (Marcus Cathale) : 55,10 %

En suffrages exprimés :
Motion 1 “Pour un Brocelynwood républicain, religieux et traditionnel” (Andrew Whitmore) : 40,66 %
Motion 2 “Pour un Brocelynwood prospère” (Marcus Cathale) : 59,34 %

C’est donc la ligne plus modérée et plus distante des positions du Parti Royaliste qui l’a emportée assez largement, sans que ce soit écrasant. Marcus Cathale devient le nouveau dirigeant du plus ancien parti politique du Royaume de Brocelynwood, en succédant à Leonard Raymond.

Le parti a redéfini une ligne semblant plus claire. Par ailleurs, du fait de l’absence de troisième motion, Cathale n’a pas besoin de fusionner pour avoir la majorité absolue et être légitime à diriger le parti.
Pour autant, les faits sont plus complexes. Avec 40 % des suffrages exprimés sur la motion qu’il menait, Whitmore garde un poids au sein du parti qui ne peut être ignoré par Cathale au risque d’un éclatement en deux.


Une unité sauvegardée et la tentative du renouveau

Alors que la probabilité d’une scission était non négligeable, le parti a finalement gardé son unité pour plusieurs raisons.

Premièrement, la grande majorité des élus à l’Assemblée Unique du parti ont annoncé qu’il soutenait le nouveau dirigeant. Whitmore était parvenu à débaucher deux membres de l’Assemblée Unique, ce qui n’était pas suffisant pour créer un nouveau parti et risquait de mener à une aventure personnelle soldée par un échec. Par ailleurs, il n’aurait pas été si simple d’embarquer 40% des adhérents du Parti Républicain, qui sont pourtant favorables à son positionnement, vers une formation politique concurrente, tant l’attachement est ancien et identitaire.

Deuxièmement, Whitmore et Cathale sont parvenus à négocier plusieurs points, par exemple au niveau des postes à responsabilités au sein du parti. Mais les accords internes concernaient aussi des enjeux de positionnements et de stratégies. Whitmore a notamment obtenu de Cathale un engagement public à ne pas fonder d’alliance, quelle qu’elle soit, avec le Parti Libéral. Cela conduit à une ligne de parti plus indépendante que précédemment, à la fois en se distinguant mieux idéologiquement du Parti Royaliste, tout en refusant des rapprochements d’appareil avec le Parti Libéral. Le pari est que cela permette au parti d’avoir une ligne plus claire et affirmée pendant les prochaines années et ainsi aborder les prochaines élections à l’Assemblée Unique en étant en relative position de force.

Troisièmement, une grande majorité des adhérents était favorable à l’idée de donner un nouveau nom au parti et un consensus a pu être trouvé entre Whitmore, Cathale et leurs soutiens. Au sein du parti, on était de plus en plus convaincu que le nom n’était plus assez évocateur et traduisait une ligne finalement “défensive”, visant surtout à réagir face à la Monarchie sans être clair sur sa proposition politique. Celle-ci n’est pas suffisamment définie lorsqu’il est question de passer à un régime républicain, ce qui est a minima défendu aussi par des partis avec des idées plus ou moins éloignées, comme le Parti Libéral et le Parti du Peuple.

C’est finalement la dénomination “Parti Conservateur Réformiste (PCR)” qui a obtenu l'assentiment d’une majorité suffisante, puisque le consensus est impossible sur une telle question. Le parti affirme ainsi son identité conservatrice tout en rappelant sa volonté de bousculer l’ordre institutionnel établi, et notamment la monarchie. Si le passage à la République n’est plus affiché comme l’objectif premier et principal, il demeure évidemment largement partagé en interne. Mais maintenant que le positionnement est plus distinct du Parti Royaliste sur la question du système économique, il est possible que le nouveau PCR ait moins besoin d’affirmer sa différenciation et soit plus ouvert à une forme de compromis institutionnel. C’est une hypothèse qui a commencé à être entendue ici ou là lors des discussions : ne plus faire du passage à la République l’alpha et l’omega de tout. Le nouveau Parti Conservateur Réformiste doit surtout tenir un discours visant à changer la vie des brocéliens, sur les enjeux économiques et de sécurité. La question institutionnelle devient un outil, mais qui pourrait aussi passer par des changements dans le cadre monarchique. La Royauté est un mastodonte beaucoup trop difficile à bousculer.
Finalement, le parti en revient ironiquement aux débats des années 1980 lorsqu’il se posait ardemment la question de son opposition ou non à la Monarchie au début du mandat de Johnlyn IV. La question avait été définitivement tranchée en 1990 lorsque le Parti Brocélien est devenu le Parti Républicain.

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Dans : Le Progrès
Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.

Tintellin Cove pris entre violences racistes et résistance : une poudrière ?
25 septembre 2019

Tintellin Cove


L’exportation des tensions westaliennes à Brocelynwood, déjà évoquées au cœur de l’été, n’en est peut-être qu’à ses balbutiements. Encore sous les radars politiques et médiatiques, les événements graves liés à la conflictualité interethniques ne sont pas pour autant inexistants en cette rentrée de septembre 2019. C’est notamment dans la deuxième ville du pays, Tintellin Cove, que cette situation bouillante se cristallise. Non pas sans prendre quelques risques, une équipe de la rédaction a enquêté au plus près de la communauté alderii afin de vous en faire le récit le plus authentique possible.


Les milices citoyennes à Tintellin Cove : un dispositif au service des persécutions racistes ?

Les autres médias, et notamment la presse royaliste, parlent très peu de ce qu’il s’est passé dans le “Covist’Coffee”, ce 17 septembre 2019. Ce petit café est situé au cœur des quartiers alderii de Tintellin Cove, qui concentrent les niveaux de vie parmi les plus bas du Royaume de Brocelynwood. A proximité de grandes rangées d’habitations en tôle, extrêmement denses, à perte de vue, l’établissement se situe en marge d’un quartier à peine mieux doté. Ici, les bâtiments sont en dur, principalement des immeubles d’une dizaine d’étages. Tintellin Cove est une ville de près de 1,4 million d’habitants, parmi lesquels vivent la moitié de la communauté alderii de Brocelynwood, soit plus de 150 000 personnes. La grande majorité constitue la main-d'œuvre bon marché de la Compagnie Royale Maritime qui exploite le port de Tintellin Cove, cœur battant de l’économie du pays. Les alderii effectuent les tâches de manutention, d’entretien, de port de charges lourdes, de pêche industrielle, ce qui concerne aussi souvent les enfants dès 12 ans. Dans ces parties de la ville, les petits cafés sont nombreux et très fréquentés, seuls espaces de loisirs, de sociabilité. Les femmes s’y retrouvent régulièrement en journée, comme une bouffée d’oxygène au cœur de leurs journées intenses de mères au foyer. En début de soirée jusque plus tard dans la nuit, après la journée de travail, l’occupation est beaucoup plus masculine. C’est par exemple ici que sont très suivis les diffusions télévisées des matchs du Alderii Soccer Club, le club de la communauté qui est cette année en deuxième division.
Comme nous en faisions déjà part dans l’été, ces cafés ont fait l’objet de premières menaces de fermeture pendant l’été sur la base de l’Ordonnance Royale “Sécurité” du 27 juillet 2019, les accusant d’exclure implicitement les protestants. Il est difficile d’avoir une vue d’ensemble transparente du nombre de procédures engagées et de ce qu’elles deviennent. Seul un travail de terrain, lieu par lieu, permet de rendre compte de la situation.

Pour le Covist’Coffee, tout a démarré avec une intervention du GCAB de son territoire. Les "Groupements citoyens d'autodéfense chargé des gestes de premières protections" ou plus simplement les "Groupements Citoyens d'Autodéfense Brocélien" (GCAB) sont ces milices citoyennes annoncées par Morland pendant la campagne électorale et créées par la même Ordonnance Royale. Les GCAB sont limités à 50 personnes pour un territoire défini comprenant 5 000 à 10 000 habitants. Ce que nous avons pu relever pendant notre enquête s’éloigne assez largement de collectifs de citoyens bien intentionnés voulant veiller à la sécurité et au calme de leur quartier. Au contraire, le dispositif est largement mobilisé par des groupes extrémistes qui adoptent des stratégies d’optimisation afin de quadriller Tintellin Cove. Les GCAB de 50 “miliciens” se sont multipliées dans la Ville, on en compterait 54, ce qui est très important eu égard à la création très récente du dispositif. La plupart sont au maximum de leur capacité de 50 personnes, soit déjà plus de 2 000 habitants assurant ces nouvelles missions. Afin d’assurer une présence maximale, les territoires sont généralement définis sur la plus basse fourchette possible, soit autour de 5 à 6 000 habitants de référence, généralement dans les quartiers à très large majorité alderii.

Les plus de 300 000 Covistes concernés par la mise en place d’une milice de ce type sont-ils ou vont-ils prochainement être en meilleure sécurité ? Le contexte et les modalités de mise en œuvre du principe permettent d’avoir des premiers éléments de réponse... et de doute. Tous les dossiers ont été validés très vite par l’administration, en l’occurrence le Secrétariat Royal à l’Ordre Public. Mais étrangement, plusieurs retours du terrain nous ont fait part de blocages administratifs lorsque le dossier comporte de nombreux noms alderii, et que le diagnostic territorial fait part d’une nécessité de défense contre les attaques racistes. Les GCAB en place sont donc constitués sur d’autres bases, et principalement composés de protestants blancs. Partant de ce constat, de nombreuses personnes s’interrogent sur la capacité à constituer autant de Groupements sur des territoires presque exclusivement alderii, alors que les membres de chaque GCAB doivent légalement être habitant du territoire d’intervention défini. Il est en réalité soupçonné une stratégie bien rodée organisée par des mouvements extrémistes allant jusqu’à l’établissement de faux justificatifs de domicile. Cela constituerait un grave détournement du dispositif, ce qui est probable mais n’a pas encore pu être formellement démontré.


Le Covist’coffee, exemple emblématique d’expédition punitive et d’une fermeture contestée

Le 17 septembre 2019 donc, une vingtaine d’hommes équipés de matraque ont débarqué au sein du Covist’Coffee aux alentours de 18h, alors que le café était bondé. Le choix de l’horaire interroge et fait présumer une volonté d’en découdre avec un grand nombre de personnes. Si l’intervention n’a pas été provoqué par un incident, ce que tout le monde confirme, mais concernait la politique de l’établissement, le GCAB aurait pu venir à un moment pendant lequel le lieu était beaucoup moins fréquenté et le public présent plus familial. La “milice” aurait été assurée de ne pas pouvoir rencontrer une réelle résistance. Et de manière général, hors trouble à l’ordre public immédiat, une intervention du GCAB plutôt que de la Police Royale ne semble pas faire sens dans le cas précis.
Selon les récits recoupés, un homme, leader officiel ou officieux du GCAB, s’est avancé et a lancé très fortement, faisant sursauter la plupart des clients : “qui est protestant ici ?!”. Comme personne n’a répondu, il a affirmé “votre lieu est interdit aux protestants, en vertu de l’article 9, vous êtes hors la loi ! Nous prévenons immédiatement la Police Royale et vous demandons de quitter les lieux et fermer cet établissement dans l’attente d’une situation définitive”.
Sous couvert d’anonymat, un habitué nous raconte :

Tout le monde s’est tût, on s’est regardés, on était sous le choc, à bien nous demander ce qui nous tombait sur le coin de la gueule. Jusqu’à ce qu’il y en ait un qui a osé se lever et il leur a dit ‘nous ne bougerons pas, nous sommes chez nous ici !’. Et l’autre salopard il l’a très mal pris, il a dit quelque chose comme ‘vous êtes chez vous ? Vous revendiquez que le Royaume de Brocelynwood appartient aux alderii et non plus aux protestants ? Au nom du Monarque et de Dieu, vous êtes tous hors la loi ici, veuillez quitter cet établissement immédiatement si vous ne voulez pas que ça finisse très mal.’ Il était tout puissant, il ne craignait rien. Alors il y a quelques clients qui ont flippé, ils sont partis discrètement, ce que je peux comprendre. Et, il faut le savoir, je vous le dis, pour le montrer qui ils sont : y’en a un qui a foutu un croche patte à celui qui partait, c’était gratuit, comme s’il lui crachait à la gueule !”.

La plupart des clients sont restés et la situation s’est rapidement envenimée. Dans l’objectif de tous les faire sortir, les membres du GCAB ont commencé à user de leurs matraques. Mais tous racontent des scènes de massacres, dans lesquels l’objectif n’était pas de guider vers la sortie, y compris violemment. Cela rassemblait davantage à un piège, avec des personnes suppliant mais continuant à être tabassées à même le sol, avec les matraques ou à coup de pied. A ce jour, les estimations de cette scène sont, côté alderii, 1 personne se trouvant actuellement dans le coma, entre la vie et la mort, 8 blessés graves et 13 blessés légers.

Lorsque la Police Royale est arrivée, il n’y avait plus que le GCAB sur les lieux, en plus des personnes inconscientes ou en incapacité de se mouvoir prises en charge par les secours. C’est sur la base du compte-rendu oral du GCAB uniquement que la Police a dressé son rapport. Puis rapidement, l’administration a ordonné la fermeture du lieu.
Pourtant tristement habitués à un certain niveau de mauvais traitements, l’évènement a traumatisé tout un quartier, et nous avons rencontré de nombreuses personnes qui avaient besoin de pleurer, d’en parler.
Mais le cas n’est pas isolé et ces situations se multiplient. Miraculeusement, aucune mort officielle n’a encore été déplorée mais chacun craint à Tintellin Cove que ce ne soit qu’une question de jours, sinon que cela a déjà eu lieu et n’a pas été recensé.
Les groupes citoyens extrémistes et suprémacistes se sentent objectivement poussés et légitimés par l’accord tacite de toute la Monarchie envers leurs actions, et ce d’autant plus que le GCAB constitue presque le cadre légal de ces exactions.
Surtout, ils prennent comme modèle la situation à Westalia, avec la nécessité de se venger voire d’éliminer la communauté indigéne dans l’objectif d’obtenir l’ordre, mais aussi la suprématie des communautés blanches protestantes. Ces adeptes d’un horvanxisme façon Brocelynwood se sont félicités de l’élan supplémentaire provoqué par la victoire d’Hardenbor, même s’ils représentent une frange encore plus radicale.
Mais à Brocelynwood comme à Westalia, les minorités souffrent chaque jour davantage dans leur chair de cette alliance objective entre une extrême-droite officielle, plus ou moins assumée, et occupant les postes de pouvoir nationaux, et des activistes extrêmement radicaux prêts à tuer pour leur idéologie.

Malgré un cadre légal extrêmement favorable à ces violences, les affaires vont peu à peu être portées devant la Justice, ce qui pourra constituer une jurisprudence déterminante. Dans le cadre de cette affaire du Covist’Coffee, deux décisions seront rendues avant la fin de l’année 2019 et seront très suivies. La première concerne la légalité de l’intervention du GCAB et elle sera traitée par un jury populaire de la Cour Pénale Locale de Tintellin Cove, puisqu’elle concerne potentiellement des tentatives de crimes. La seconde concernera la légalité de le fermeture administrative du Café, et elle sera traitée par un juge professionnel du Tribunal Local de Tintellin Cove.


Derrières les murs, entre peur et besoin vital d’organiser la contre-offensive

Dans un contexte d’une gravité inédite depuis de nombreuses décennies, le danger imminent et quotidien amènent de nombreux alderii à se poser pour la première fois la question de l’organisation et de la résistance. Des rassemblements clandestins se tiennent dans des lieux extrêmement discrets. Nous avons fait le choix de donner le moins d’informations possibles afin de ne pas mettre en danger la communauté.

Les Alderii ont conscience de leur pouvoir de blocage. Ils prennent conscience qu’ils sont exploités par la Compagnie Royale et en dépendent. Mais ils savent que s’ils arrêtaient tout, du jour au lendemain, c’est jusqu’à toute l’économie qui vacillerait puisqu’elle est extrêmement dépendante de l’activité économique de ce port, mais surtout parce qu’il constitue le principal nœud des importations et exportations du Royaume.
“Tout arrêter”, la question commence à se poser. Mais beaucoup ont peur du déchainement de violence qui s’abattraient sur eux: “ils n’auront pas peur de nous tuer”.
Un militant de plus longue date plaide pour une mobilisation massive et radicale :

ils vont nous tuer dans tous les cas ! les GCAB sont des milices créées pour nous tuer. Nous devons être prêts à nous défendre mais surtout ne pas attendre qu’ils viennent nous tabasser ! Il faut faire comme nos frères Hamajaks ! Tout est contre nous, c’est la guerre civile, nous n’avons de toute façon plus le choix”.
Un autre sujet concentre de nombreux débats : faut-il se rapprocher du Parti Communiste ? L’un est contre :
“ils n’ont jamais été de notre côté ! ils sont là pour défendre les ouvriers blancs, protestants. Les massacres de nos ancêtres, les stérilisations forcées de celles qui auraient dû être nos arrières-arrières grands-mères, ils s’en fichent. Ils disent qu’on vit la même exploitation que les blancs, ils ne comprennent rien. Et ils ne sont jamais venus à notre secours quand la Police s’en prenait à nous pour notre origine. Ils disent aussi qu’on cause le désordre, qu’on dessert leur cause, ce sont des ennemis !”.
Ce soir-là, une autre personne veut apporter des contre-arguments :
“ Je ne nie pas tout ce que tu dis. Mais il faut être réaliste. Le Parti Communiste rêve d’une victoire des ouvriers. Nous sommes des ouvriers, nous sommes exploités par la Monarchie, ou par les patrons. C’est notre seule chance d’avoir une aide si on se rebelle. Ils voudront récupérer, ils nous veulent pas que du bien, mais il y a quelque chose de très gros à faire, c’est pour notre survie maintenant. Sinon quoi ?! Sinon, rien”.
Les collectifs commencent à prendre forme. En secret, ils s’appellent “Front d'Émancipation Alderii (FEA)”. Et ce soir-là, ils décidèrent finalement de rencontrer le responsable des communistes de Tintellin Cove : Francis Streethin. “Vous pouvez le mettre dans votre article, de toute façon des Alderii qui prennent contact avec un responsable communiste, ils le sauront”.
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Dans : Facts from Brocelynwood agency
Cette agence de référence rapporte les principales informations, a priori fidèlement et sans parti pris idéologique majeur

Info - Dernière minute
15 octobre 2019

Le client Alderii qui se trouvait dans le coma depuis l'intervention d'un Groupement Citoyen d'Autodéfense Brocélien (GCAB 46) dans un bar à Tintellin Cove, est maintenant réveillé.
L'équipe médicale de l'Hôpital local a annoncé qu'il n'était plus entre la vie et la mort et présentait même très peu de séquelles. Une issue aussi positive était peu probable, "de l'ordre de 15 %" selon les médecins.
Les militants du nouveau Front d'Emancipation Alderii ont exprimé leur "soulagement". Cornelius Osborne, Secrétaire Royal à l'Ordre Public, vient de déclarer : "les casseurs n'auront pas le martyr qu'ils attendent tant".
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Dans : The Brocelynwood Ledger
Ce journal est très "pro-business" et proche des idées du Parti Libéral

Tintellin Cove : la mobilisation sociale évolue sur fond de batailles judiciaires
15 novembre 2019

Image d'illustration Image d'illustration pouvant présenter quelques incohérences


Sans affrontement majeur ces derniers jours, la situation est toujours très tendue dans la ville de Tintellin Cove. D’un côté, le Front d’Emancipation Alderii continue à rassembler et réfléchit à sa stratégie d’auto-défense et de contestation des ordonnances royales de cet été. L’objectif principal est de ne pas laisser, selon leurs propres termes, les milices citoyennes “prendre trop de terrain et semer la terreur”. A ce jour, le mouvement alderii n’a pas encore prévu de démonstration de force de masse pour les raisons sur lesquelles nous reviendrons dans les suites de l’article. De l’autre côté, les Groupements Citoyens d’Autodéfense Brocéliens (GCAB) continuent à occuper le terrain et multiplier les observations de délits, même extrêmement mineurs voire non prouvés, principalement dans les quartiers populaires alderii. Victor Arkwright, chef du Parti Libéral, a lui même déclaré : “comme nous le craignions, les GCAB démontrent qu’ils ne sont pas une force de sécurisation de proximité neutre, mais des groupements d’extrême-droite violents à l’image de ceux observés à Westalia ces derniers mois”. Nul ne peut encore dire sur quoi va déboucher le situation à Tintellin Cove, mais plusieurs motifs laissent penser qu’elle irait vers une redescente en pression bien qu’il faille craindre que cela ne soit que provisoire.


La Justice met un coup d’arrêt à l’exécutif

Malgré des Ordonnances royales démontrant une volonté forte d’être attentatoires aux droits et libertés des minorités et mouvements politiques, deux décisions de justice rendues courant octobre et relatives à la situation au “Covist’coffee” ont donné des interprétations relativement restrictives des applications possibles. Ce positionnement du pouvoir judiciaire fait jurisprudence et limite directement l’exécutif dans sa volonté d’action ultra-répressive et sévère.

Le premier contentieux portait sur la légalité de l’intervention du GCAB 46 au sein du Covist’Coffee le 17 septembre dernier. La Cour Pénale Locale de Tintellin Cove a jugé l’intervention illégale et disproportionnée et a entamé des poursuites pénales à l’encontre de cinq membres du GCAB 46 pouvant être jugés pour des actes potentiellement criminels, alors qu’un alderii est resté dans le coma plusieurs semaines. Le Royaume, via le Secrétariat Royal à l’Ordre Public, a ainsi été condamné à verser plusieurs milliers de Woodies Crowns, au civil, au Covist’ Coffee ainsi qu’aux cliens du bar présent, bien que les montants étaient relativement cléments par rapport aux demandes du café ayant porté plainte.
Dans les arguments, la Cour argumente notamment que le GCAB 46 ne pouvait pas interrompre un délit clairement établi, puisqu’il ne pouvait disposer d’aucun élément permettant de savoir si le bar était fautif ou non de ne pas accueillir certaines communautés conformément aux règles de l’article 9 des Ordonnances Royales. Cette logique est applicable dans maintes cas de figure similaires. Si la Cour n’avait pas ici pour rôle de juger la légalité de l’activité du café, elle démontre cependant que dans la quasi-unanimité des situations, les nouvelles milices citoyennes ne peuvent intervenir au motif de ce délit. Ce motif invoqué par le juge est celui qui a les conséquences les plus larges, mais il est à noter que la Cour a clairement établi le caractère disproportionnellement violent de l’intervention, ayant eu de multiples conséquences morales, physiques, psychologiques à la fois pour l’établissement et pour les clients présents. Elle n’a pas retenu l’argumentation selon laquelle les clients avaient eux mêmes été à l’initiative de provocations. La Cour vient donc officiellement donner un cadre et des limites aux interventions des GCAB, alors que ceux-ci pouvaient se sentir assez libres du fait de la “bénédiction” de l’exécutif pour leurs modalités d’actions.

Le second contentieux portait sur la décision administrative de fermeture du bar au motif de son accès implicitement interdit aux populations blanches protestantes. Dans sa décision rendue le 29 octobre 2019, le Tribunal Local de Tintellin Cove a quasiment accédé à toutes les requêtes du Covist’Coffee et prononcé la réouverture immédiate de l’établissement. Selon le Tribunal, la fréquentation très largement majoritaire du lieu par la communauté alderii est cohérente avec la population du quartier et ne peut mener à considérer qu’il y a un interdit implicite à d’autres communautés. Un argument avancé par le Royaume dans cette affaire consistait à remettre en cause l’engagement militant pro-alderii du café, ce qui tendrait à démontrer le caractère communautaire du lieu. Là encore, le Tribunal ne retient pas ce motif tout en reconnaissant dans le même temps la “coloration politique” et les “engagements militants” des clients comme des gérants. Ce cheminement de la Justice est particulièrement protecteur d’un certain nombre de droits des minorités alors que le Secrétariat Royal à l’Ordre Public s’essaye à une interprétation extrêmement extensive et sévère de l’Ordonnance Royale. Par ailleurs, au-delà de l’indemnisation accordée au Covist’Coffee pour le dédommagement lié à sa perte de chiffre d’affaires - comme cela était attendu -, le Royaume de Brocelynwood a été condamné à indemniser le café à hauteur de 10 0000 Woodies Crowns au titre du préjudice moral, un montant beaucoup plus élevé qu’attendu. Le symbole est significatif.


En réaction, le pouvoir royal peine à définir sa stratégie

Face à ces décisions en leur défaveur, plusieurs types de stratégies s’offrent au Roi et aux Secrétaires Royaux pour ne pas montrer de “recul” face à ce qu’ils estiment être le danger communautariste indigène.

Premièrement, le Royaume peut continuer à accentuer la pression par tous les moyens encore possibles, y compris en s’essayant encore à passer par la voie judiciaire. C’est entre autre ce qu’il va continuer à se passer par une nouvelle procédure qui risque elle aussi de faire grand bruit. Le Secrétariat Royal à l’Ordre Public a effectivement annoncé porter plainte contre le journal de gauche “Le Progrès” pour appel à l’insurrection. Dans son article du 25 septembre dernier, le Journal recueillait entre autres les paroles des alderii cherchant à construire leur mobilisation, y compris depuis des lieux assumés comme “clandestins”. “Le Progrès” assumait son parti pris visant à protéger la communauté native plutôt que la dénonciation aux autorités : “Nous avons fait le choix de donner le moins d’informations possibles afin de ne pas mettre en danger la communauté.”. Quoique l’on pense du fond de l’affaire en tant que telle, l’existence même de cette nouvelle bataille judiciaire peut mener à une volonté de contrôler beaucoup plus étroitement la liberté de la presse voire de la restreindre, que la décision penche dans un sens ou dans l’autre.

En deuxième option, le Royaume peut accepter implicitement de perdre une “bataille”, sans l’admettre clairement. Sur le terrain, la communauté alderii se sent de fait protégée par l’institution judiciaire, ce qui n’était pas perçu comme acquis jusque-là. La stratégie répressive du Royaume est objectivement empêchée par une partie des institutions, puisqu’elle est dans l’incapacité de multiplier les décisions administratives de fermeture de lieux majoritairement alderii sur la base de sa propre ordonnance, à moins d’une capacité à les justifier de manière beaucoup plus précises et détaillées. Par ailleurs, les interventions des GCAB sur ce motif précis sont légitimées et jugées illégales. Si le Front d’Emancipation Alderii (FAE) estime avoir toujours des raisons très fortes de s’opposer à la politique des Secrétaires Royaux visant la communauté qu’elle défend, elle peine désormais à mobiliser en masse, simplement parce que les besoins, l’urgence, les sources de la colère sont moins évidents. Les deux parties peuvent donc avoir intérêt à laisser la situation progressivement s’apaiser. Il ne faut par ailleurs pas oublier à quel point un soulèvement majeur à Tintellin Cove représente un risque énorme pour le Royaume, puisque la deuxième ville du pays est la principale porte d’entrée portuaire et pour cette raison - au-delà de son activité propre - le cœur économique du pays.

Enfin, la troisième alternative possible est de poursuivre dans la surenchère. Cela peut prendre plusieurs voies, qui aboutiraient cependant à un même résultat. Le Roi et l’équipe de secrétaires royaux du Premier Secrétaire Spécial du Roi Valemont peuvent faire le choix de contourner rapidement les décisions judiciaires en prenant de nouvelles mesures, beaucoup plus explicites et directes. Mais si les attaques contre la communauté alderii ont pris une voie à peine plus détournée dans le cadre de l’Ordonnance Royale de l’été, c’est pour une raison simple : la constitutionnalité. Le Roi a pris prétexte de la défense de la communauté protestante pour certainement viser des minorités, car notre Constitution prévoit bien une égalité entre communautés. Un texte de loi qui acterait une inégalité de fait en défaveur de la communauté alderii serait immédiatement censuré par la Justice. C’est pourquoi plusieurs voies mènent au même résultat : si le pouvoir royal souhaite faire le jeu de la surenchère, ce sera de toute façon en assumant un affrontement avec le pouvoir judiciaire. Pour cela, il opposerait certainement la “volonté du peuple” au pouvoir des juges, par nature “illégitimes”. En dehors de tout cadre, le risque est que le Royaume de Brocelynwood acte qu’il ne se soumet plus à ses propres règles et ne respecte ouvertement pas les décisions de Justice. De façon apparemment plus respectueuse des institutions, le Royaume peut aussi aller vers une réforme constitutionnelle qui remette en cause l’indépendance de la justice acquise en 1983 à la fin du règne de William II.


A Tintellin Cove, une “convergence des luttes” très limitée

Nous savons d’après des sources proches du pouvoir que les autorités craignaient avant tout un front commun alliant l’imprévisibilité du mouvement alderii et les modes d’action organisés et expérimentés des communistes. Cette hypothèse a pris du poids lorsque les deux groupes ont effectivement commencé à la soupeser, y voyant une opportunité inédite de faire basculer le rapport de force face à une Ordonnance et des pratiques visant directement les deux types de mouvements. Ici encore, il y a une correspondance avec ce qui est observé en miroir du côté de Westalia, où la volonté de répression anti-Hamajak n’a fait que contribuer à la radicalisation des mesures anti-communistes. Pourtant, ces deux types de mobilisation n’ont pas tout en commun, si ce n’est même une tendance à s’opposer. Au risque de caricaturer les positions de chacun, nous pouvons tenter de résumer les discordances. Pour les communistes, la question raciale n’est pas vraiment un sujet au regard de la lutte des classes : la situation subie par les alderii est soit une conséquence directe du modèle capitaliste, soit un enjeu secondaire risquant actuellement de mener à la division de classe dite “prolétaire” et qu’il ne sera utile à traiter que lors de l’avènement d’une société communiste. Les mouvements indigénistes ne mettent pas toujours au cœur de leur logiciel l’affrontement au capitalisme, quoique cela existe dans certains cas. Mais quels que soient leur rapport au capitalisme, ils en veulent généralement au mouvement communiste historique d’ignorer l’oppression qu’ils subissent, de ne pas en faire un thème au moins aussi central que “l’exploitation capitaliste” et par là même de les reléguer au second plan malgré le niveau de violence subi les siècles passés.

Malgré ces ressentiments, Mokari Sivara, porte-parole du nouveau Front d’Emancipation Alderii, et Francis Streethin, leader du Parti Communiste à l’échelle de Tintellin Cove, se sont rencontrés courant octobre. L’hypothèse d’un véritable front commun inédit aurait été évoquée, ce qui aurait pu mener à une situation toujours plus instable et incertaine dans la deuxième ville du pays. Si un rapprochement a bien eu lieu, il n’a pas pris cette envergure. Les deux mouvements ont acté qu’ils avaient un “adversaire commun”, à savoir le pouvoir royaliste, les conduisant à mettre en place une “coordination technique”. Officiellement, les modalités n’ont volontairement pas été précisées. Cela consisterait notamment à des points réguliers pour partager les informations sur les actions prévues et l’organisation des réactions des autorités, sans pour autant se rejoindre sur des mêmes lieux de “lutte” ou porter des revendications communes. Il est probable que les mouvements communistes et pro-natifs ne sont pas parvenus à s’entendre sur des textes communs et des priorités, malgré quelques convergences d’intérêt. Plus largement, l’espoir d’une mobilisation commune forte s’alimentant de part et d’autres a certainement pesé bien peu par rapport à la crainte que les bases des deux mouvements se neutralisent mutuellement du fait de leurs différences de fond. Surtout, les deux côtés ont tenté de mettre en place les garde-fou permettant d’éviter une récupération du potentiel “allié” à son propre profit, à terme, sans parvenir à trouver une situation d’équilibre.

Le futur de la situation à Tintellin Cove et plus largement à Brocelynwood est donc toujours très incertain. Mais plusieurs signes tendent vers une dynamique qui serait moins explosive que ce qu’on aurait pu imaginer il y a encore quelques semaines, du fait des récentes décisions de justice et de l’absence de réelle volonté de mouvements contestataires éloignés à faire front commun. A plus court et moyen-terme, la réaction de l’exécutif sera particulièrement scrutée et déterminante. A plus long-terme, la situation des Alderii est toujours aussi fragile au sein du Royaume. Par ailleurs, la volonté du pouvoir et d’une partie des brocéliens de ne pas renverser cet ordre voire de l’aggraver est toujours aussi présente, plus que jamais légitimée par le discours et les politiques d’Hardenbor à Westalia, sur fond d’affrontements interethniques.
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Dans : L’Opinion de Brocelynwood
Il s’agit d’un quotidien conservateur, critique envers la Monarchie, proche des idées du Parti Conservateur Réformiste (ex-Parti Républicain)


Interview exclusive de Marcus Cathale (PCR) : “Acceptons l’idée qu’il y a une aile modérée chez les défenseurs de la Monarchie”
17 novembre 2019

Marcus Cathale (William Hague)

Marcus Cathale, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Cela va faire près de trois mois que vous êtes à la tête du parti qui a changé de nom lors du même Congrès qui vous a élu. Le “Parti Républicain” est devenu le “Parti Conservateur Réformiste (PCR)”. C’est un changement purement cosmétique ?

Absolument pas. Comme vous le savez en tant que fins observateurs de la vie politique brocélienne, notre parti est porté par plusieurs motions qui diffèrent les unes des autres. Pendant longtemps, nous définir par notre volonté de sortir de la Monarchie était le meilleur des dénominateurs communs. C’est ce qui nous a rassemblé depuis les années 90. Mais nous avons fait le constat commun - tous au sein du parti - de l’impasse à laquelle nous faisions face. Lorsqu’il y avait d’un côté le Parti Royaliste, de l’autre les Communistes et nous entre ces deux extrêmes, c’était clair. Aujourd’hui, il y a de nouvelles offres. Nous avons besoin de nous affirmer par ce que nous sommes et non en creux des autres. Évitons la posture uniquement défensive.


Il y a quand même un point qui a beaucoup étonné. Personne n’a contesté l’échec de l’alliance avec le Parti Libéral et vous vous êtes tous accordés pour la rejeter à l’avenir. Pourtant, vous représentiez la motion la plus proche de ces idées libérales, en tant que “gauche” du parti. Partant de ce constat, en quoi pouvez-vous être la bonne personne permettant de relancer votre parti ?

Il y a plusieurs éléments dans votre question. Déjà, je ne serais pas aussi péremptoire sur ma proximité avec les idées du Parti Libéral. Ce n’est pas complètement faux sur la dimension économique, mais il y a beaucoup d’autres sujets pour lesquelles nous n’avons clairement pas la même vision. Et oui, tout le monde s’accorde à dire que les dernières élections ont été un échec pour notre parti. J’apporte quand même une nuance, de taille. Le front commun avec le Parti Libéral n’était pas la cause de l’échec, c’était un symptôme, ou du moins une cause secondaire. Notre véritable problème, c’était l’absence de ligne claire. Raymond le sait et c’est pourquoi il a démissionné immédiatement. Nous nous sommes rapprochés du Parti Libéral autour de l’enjeu institutionnel mais nous avions des difficultés à porter notre propre vision, avec un programme parfois très proche de celui du Parti Royaliste. Cette confusion a porté préjudice aux candidats de l’accord RepLib.


Vous avez parlé de différences avec le Parti Libéral. De quel ordre sont-elles ?

Il y a une différence de fond sur la manière dont nous appréhendons la société et les rapports entre les individus. Nous avons un profond attachement aux traditions et aux fondamentaux de la société. Il y a des réformes à porter, par exemple dans le domaine économique. Mais au contraire du Parti Libéral, nous ne pensons pas que l’État doive suivre toutes les demandes des communautés, sinon nous irons vers une société éclatée. Il faut un cadre moral autour des moeurs, ne pas chercher la domination d’une communauté ethnique sur une autre, dans un sens comme dans l’autre. Le Parti Libéral a raison de contester une part de surenchère du Parti Royaliste, mais il va trop loin sur un certain nombre de points, jusqu’à vouloir donner du pouvoir à des groupes dits de “minorités”.


Vous pensez à quelle surenchère de la part des royalistes ?

Ce qui se passe depuis plusieurs mois à Tintellin Cove, en miroir du contexte westalien, est un très bon exemple. Nous étions d’accord pour réfléchir à une forme de vigilance citoyenne à des fins de sécurité publique. Pourquoi pas. Mais nous voyons bien que les GCAB qui viennent d’être créées sont très mal encadrées. Nous avons la sensation qu’elles sont sources d’affrontement, veulent remplacer la Police sans son savoir faire. On craint même qu’elles soient parfois initiatrices de désordre. Je le dis avec beaucoup de prudence mais c’est en tout cas l’impression qui est parfois donnée, et c’est déjà un grave problème. Donc nous sommes pour le maintien de l’ordre public mais cet objectif n’est pas rempli c’est un échec. De l’autre côté, nous aimerions aussi que le Parti Libéral condamne clairement des initiatives communautaristes et insurrectionnelles comme le nouveau Front d’Émancipation Alderii. Il faut un dialogue avec des représentants constitués et officialisés des Alderii, mais ne surtout pas promouvoir un équivalent du mouvement social Hamajak à Brocelynwood. Il faut être fermes, justes et équilibrés.


Hardenbor semble être aujourd’hui un modèle pour le pouvoir Royaliste, mais aussi pour la branche droite de votre parti, puisque Whitmore s’est rendu à son investiture. De votre côté, vous gardez vos distances ?

Ma distance personnelle avec Hardenbor importe peu à ce jour. En termes de politique étrangère, nous devons garder de bons rapports avec Westalia, qui est effectivement désormais représenté par Hardenbor. Mais je constate aussi que l’attitude offensive à l’intérieur, et peut-être bientôt à l’international, du nouveau dirigeant peut devenir une source d’imprévisibilité et d’instabilité. Même si comme beaucoup, j’ai une grande confiance en la dextérité diplomatique de Takajiwa. Dans tous les cas, nous avons tout intérêt à ne pas tout miser sur la relation westalo-brocélienne. Je sens une tentation de Westbridge à prendre progressivement quelques distances avec l’Empire du Nord pour des motifs idéologiques rigides. Je crois que c’est une erreur. Il faut faire preuve de pragmatisme. Nous avons tout intérêt à nous appuyer sur un partenariat toujours plus solide et structurant avec ce pilier nordiste. C’est ce qui nous permettra de s’assumer à terme comme grande puissance. Nous sommes aujourd’hui encore une puissance de second rang, sans vraie vision, qui s’agite beaucoup et à l’image de plus en plus revancharde. Nous devons voir plus grand et autrement.


Vous ne vous appelez plus “Parti Républicain”. Mais finalement, à vous écouter, votre adversaire principal, c’est bien toujours le royalisme ?

Justement, c’est beaucoup plus subtile que ça. Alors, oui nous sommes toujours favorables au passage à la République. Mais nous contestons surtout la politique de désordre qui est menée. Il y a un monde dans lequel nous pourrions mener notre politique dans de nouvelles institutions, quand bien même il y aurait toujours un Roi en place. Cela demanderait de toute façon des changements profonds au préalable car les règles le rendent aujourd'hui presque impossible.


Ce que vous dites peut sembler très étonnant. On dit que vous représentez une aile gauche du parti. Vous dites vous-mêmes promouvoir une distinction beaucoup plus claire avec le Parti Royaliste. Et pourtant, on entend aujourd’hui un discours beaucoup plus conciliant avec le maintien de la royauté que ce que votre parti a porté ces dernières décennies.

J’assume mon positionnement. Surjouer l’opposition de principe entre républicains et royalistes est ce qu’il nous reste pour nous différencier quand nous ne sommes plus en capacité de démontrer que nous nous distinguons sur de nombreux autres plans. Personnellement, je suis clair. Je n’ai à peu près rien en commun avec la politique voulue et appliquée par le Monarque et Richard Valemont. C’est cela que je souhaite renverser pour une société plus apaisée et prospère. Si ce renversement doit se faire dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle moderne, ce ne sera pas idéal mais ce sera un mal nécessaire. Nous devons sortir de nos carcans. Acceptons, par exemple, l’idée qu’il y a une aile modérée chez les défenseurs de la Monarchie avec qui nous pourrions avoir des choses en commun.


Vous prônez un rapprochement avec des royalistes ? Cela pourrait aller jusqu'à une alliance ?

Non. N’utilisons pas tout de suite les grands mots. Je constate simplement que nous devons nous renouveler et penser autrement pour améliorer le quotidien des brocéliens, et pour faire face aux grands défis qui se profilent à l’intérieur comme à l’international à l’aube de la décennie 2020.
Mais je précise enfin qu’il ne faut pas attribuer à mes propos une portée démesurée. Sans l’énoncer aussi clairement, nous n’étions déjà pas dans une optique “la République sinon rien”. Lors des dernières élections, le parti a mis au cœur de son programme la démocratisation des institutions dans un cadre qui aurait de toute façon été négocié, à court-terme, avec le Roi. Nous devons composer avec les réalités du moment.
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Dans : Chroniques du Royaume
Ce journal développe une ligne éditoriale très proche du camp royaliste. Il peut s’apparenter à un organe de propagande du pouvoir.l

Exclusif - Empire du Nord : les projets radicaux du PSU
30 décembre 2019

Image IPA
Image très partagée sur les réseaux sociaux par les citoyens nordistes depuis la victoire du Front Commun Constitutionnel

Les élections constituantes viennent de se tenir en Empire du Nord. Elles ont été assez largement remportées par une coalition présentée de centre-gauche : le Front Commun Constitutionnel. Ce front est notamment porté par le Parti Solidariste et Unioniste (PSU) qui a rassemblé 40,5 % des voix. Malgré un programme déjà radical, une partie de la population craint que le Front et notamment le PSU ait édulcoré en partie son programme pendant la campagne afin de ressembler plus largement ses électeurs comme ses alliés. Cette peur est au moins en partie corroborée par les informations et analyses que nous avons pu rassembler.


Composition et programme du Front Commun Constitutionnel

L’important score du PSU ne lui permet pas d’obtenir la majorité absolue et de gouverner seul. Il doit donc compter sur ses partenaires du Front Commun. La lecture faite par beaucoup est que cela l’obligera de toute façon à se cantonner à des positions modérées qui ne vont pas au-delà du socle commun.

Le socle commun contient déjà en lui-même un certain nombre de glissements qui ne sont pas aussi anodins qu’ils pourraient le laisser paraître. Il affirme vouloir garantir la continuité du régime impérial. Dans les faits, plusieurs mesures, si elles sont bien mises en œuvre dans la nouvelle Constitution, vont fragiliser cet édifice y compris de manière radicale. Les projets de décentralisation sont si prononcés qu’ils convertiraient l’Empire du Nord en quasi-fédération, au détriment du pouvoir central impérial. Cela serait notamment une réalité pour les populations natives qui bénéficieraient de la création d’Etats constitutifs et donc d’une forme d’autonomie, en Afarée et même en Aleucie. Ces nouveaux Etats auraient ainsi la capacité de conserver les avantages de leur intégration au sein de l’Empire tout en ayant l’opportunité de se défaire d’un certain nombre d’obligations. Ces positionnements sont notamment défendus par deux autres partis membres de l’alliance réunie autour du PSU : l’Union Native Démocratique et le Parti de l’Avenir Afaréen, qui rassemblent à eux deux plus de 12 % des suffrages. Ces mouvements ne défendent pas aussi directement les positions violentes et indépendantistes du Mouvement Anticolonial Afaréen, mais ils ancrent le Front Commun Constitutionnel dans le mouvement social indigéniste, qui tend chez nos voisins vers des perspectives de plus en plus sécessionnistes. Cela va jusqu’au souhait de créer une seconde capitale de l’Empire du Nord en Afarée, donnant toutes les bases d’une future potentielle subdivision de l’Empire en deux nations distinctes lors de prochains soubresauts.

Dans la même logique, le programme commun pour la future constitution vise à affaiblir le pouvoir central exécutif au profit des assemblées législatives. Cela se matérialise notamment par un Sénat qui représenterait “les territoires et les communautés historiques et locales”. Sur le papier, c’est plutôt encourageant. Mais lorsque le rapprochement est fait avec les autres propositions du programme, nombreux constatent une volonté bien plus controversée de donner un poids décisif aux territoires natifs et afaréens dans toutes les politiques de l’Empire.

Sans s’attarder sur les autres partis, le PSU bénéficie donc déjà d’une majorité pour appliquer la partie du programme reprenant les revendications de multiples mouvements indigénistes. Par ailleurs, le Parti Solidariste et Unioniste peut s’appuyer sur les plus de 4% du Mouvement du Lendemain, qui a à ce jour bien moins le vent en poupe tout en conservant un poids minimal lui permettant d’influencer vers la mise en œuvre d’une constitution et d’une politique nettement socialiste.

Dans cet environnement, les 4% de la modérée Alliance Chrétienne Démocrate n’ont pas les moyens de faire peser d’une quelconque façon que ce soit la balance, quand bien même ils menaceraient de créer le Front Commun Constitutionnel, avec lequel ils se sont de toute façon mis d’accord sur les bases développées précédemment.
Enfin, le rôle de la Plateforme Progressiste Nationale (PPN) n’est pas négligeable puisqu’elle représente près de 10% de la future Assemblée, tout en étant dans une posture de soutien critique au Front Commun Constitutionnel. Mais son poids n’est là encore pas pleinement déterminant puisque le noyau des alliés situés autour du PSU et prêts à appliquer les principales transformations constitutionnelles, bénéficie déjà de la majorité absolue nécessaire sans rassembler trop largement.

Pour toutes ces raisons, la tendance naturelle à la modération du Front Commun Constitutionnel pourrait rapidement relever de la fiction, du moins pour jeter les bases d’une Constitution radicalement différente de l’actuelle et mettre à mal le cœur des institutions impériales.


L’essence et le projet radical du PSU

Au-delà de l’évolution constitutionnelle, un gouvernement est en cours de constitution sur la base de la composition de la constituante. Avec plus de 40% des suffrages, le poids de l’idéologie et des projets du PSU dans l’avenir proche de l’Empire du Nord ne peut être mis sur le même plan que celui de ses alliés du Front Commun, bien plus minoritaires.

Dans son discours officiel, le Parti Solidariste et Unioniste assume déjà une remise en cause profonde des fondements de la société nordiste. Seul le besoin de maintenir une alliance large pendant la campagne électorale l’ont amené à édulcorer le discours. Mais la réalité programmatique est bien là, et le PSU affirme vouloir mener des “révolutions” dans tous les domaines, même s’il y accole l’adjectif “douces”.

Frédéric (prénom anonymisé), cadre dirigeant dans une société nordiste présente à Brocelynwood, alerte depuis longtemps sur les fondamentaux du désormais premier parti de l’Empire Nord. Il a longuement résumé pour nous son sentiment vis-à-vis de l’ensemble programmatique du PSU, en se basant sur l’analyse d’une série de mesures annoncées par le parti lui-même comme nous avons pu nous même le vérifier.

"Nous sommes très inquiets. Je ne sais pas jusqu’à quel point ils vont avoir les moyens de leurs ambitions. Mais déjà le simple fait de parler de “révolution économique”, nous savons très bien vers quel type de modèle ça tend. Nous avons un parti qui se dit un peu plus à gauche que le centre-gauche, qui dans les annonces dépasse le Mouvement du Lendemain sur son extrême-gauche, et qui derrière cherche à aller progressivement vers une forme de ‘communisation’ de l’économie. Le processus se veut doux pour ne pas éveiller les soupçons, mais l’aboutissement n’aura rien de doux, des gens comme moi seront certainement spoliés par l’État. Et ce que je vous dis pour l’économie est tout à fait cohérent avec le reste. Nous avions la chance d’avoir une nation basée sur un Empire, qui ne tombe pas dans les travers des supposées “démocraties” décadentes. Le PSU veut terrasser tout ça. Il nous montre un horizon de pagaille, désordonné, sans ordre, sans hiérarchie, dans lequel les enfants votent et dirigent leurs écoles - rendez-vous compte -, et dans lequel il n’y a plus de réel dirigeant. Tout le monde aura un peu le pouvoir et personne ne sera responsable. Il veut supprimer à tout jamais aux dirigeants la capacité à réagir lorsque le pays est menacé, y compris en cas d’urgence, et en réduisant en permanence l’exécutif à peau de chagrin. Ils visent à interdire à tout jamais l’arrivée de pouvoir de mouvements qui ne leur conviennent pas, sous la dénomination “extrême-droite”. Par contre, nous aurons des assemblées tirées au sort toutes puissantes, donc des personnes lambdas, peut-être des imbéciles, des dangereux, auront le droit subitement de décider pour tout le monde. C’est la nouvelle loterie. Malheureusement, ce n’est pas une plaisanterie. Et ce qui m’attriste le plus dans tout ça, c’est le lavage de cerveau qu’on promet pour nos enfants. Ils seront obligés de le subir, avec un plan déployé par le Ministère de l’Enfance. On va leur dire que le camp du bien, ce sont eux, des gens qui veulent donner du pouvoir aux enfants, et que la société s’en sortira mieux. Bref, quand je vois ce qui m’attend pour mon pays, je suis en panique, je n’en ferme parfois pas l’œil la nuit. Le fait de vivre la majeure partie du temps à Brocelynwood m’apaise encore un peu."
Mais chacun se rassure comme il veut, et peut se baser pour cela sur des arguments rationnels. Le PSU doit faire face à quelques limites bien réelles pour aller aussi loin qu’il le souhaiterait. L’Alliance Chrétienne Démocrate ne soutiendra pas le PSU dans toutes ses velléités révolutionnaires, et c’est encore plus vrai pour la Pateforme Progressiste Nationale (PPN) qui n’est même pas pleinement intégrée au dénominateur commun du Front Constitutionnel. Quant au Parti de l’Avenir Afaréen, il soutient certes des dispositions constitutionnelles majeures relatives aux natifs et aux territoires afaréens, mais ce n’est pas pour cela qu’il suivra le PSU dans une potentielle fuite en avant concernant le modèle économique de la nation.


Vers un basculement inédit ?

Mais lorsqu’on le regarde le résultat des élections constituantes, il faut bien évidemment le faire jusqu’au bout. Selon les textes de lois ou au gré de circonstances particulières, c’est une autre recomposition politique qui est en capacité d’émarger. Car aux côtés du PSU, c’est un projet bien plus extrémiste qui s’est fait une place en rassemblant 11 % des suffrages. En matière de dynamiques politiques, les mathématiques ne font pas tout. Mais les faits sont là : le Parti Solidariste et Unioniste, le Mouvement du Lendemain, et le Parti Communiste Radical sont bien en position de représenter une majorité absolue des sièges, surtout si les partis plus centristes demeurent conciliants pour conserver leurs propres intérêts.
Le PCR a rassemblé plus de 11% des suffrages, le plaçant à son plus haut niveau historique, et alors qu’un score approchant les 10% aurait déjà été considéré comme une grande victoire. Plutôt que l’opposition de principe, cela l’amène à vouloir aujourd’hui peser dans les décisions.

Selon Terrence Thomas, Professeur d’Analyses Politiques à l’Université de Wynterhall, ce contexte va certainement conduire la gauche nordiste dans son ensemble à aller vers des projets qui sont dans son logiciel mais qu’elle ose encore à peine énoncer, du moins que seul le PCR a pu défendre jusque là.

"Un certain nombre de positions officielles du PSU tiennent compte du rapport de force politique. Mais lorsque des chercheurs comme nous nous penchons sur les débats entre militants et les visions des dirigeants du parti, nous avons parfaitement conscience que leur essence va bien au-delà de leur programme affiché, y compris celui qui n’est pas encore amendé dans les négociations avec leurs partenaires électoraux. S’ils peuvent progressivement aller plus loin avec le PCR et le MdL sans en payer un prix fort, ils se poseront sérieusement la question. Ce n’est pas vraiment caché mais cela pose tout de même un grave problème démocratique, car ce n’est pas comme ça qu’ils se présentent devant leurs électeurs.
Je vais prendre un exemple très parlant, qui nous concerne presque tout autant que les citoyens d’Empire du Nord. Nous avons vu récemment comment des pays de “révolution douce” comme le Valtern pouvaient faire entrer une organisation extrémiste en Aleucie. Et bien, il faut savoir, que le rapprochement avec le Liberalintern est une hypothèse régulièrement évoquée dans les instances du PSU. Je parle évidemment d’un rapprochement bien plus étroit que ce qui se fait aujourd’hui - car nous avons vu à quel point Monsieur Rouzet n’était pas très vindicatif - ce qui n’exclurait donc pas une adhésion à l’organisation. Ce serait un séisme pour l’Empire du Nord mais aussi pour le continent, et c’est la raison pour laquelle il va falloir suivre de près l’actualité politique de nos voisins les prochains mois”.
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Dans : Le Progrès
Journal généraliste classé à gauche, proposant des analyses sociales et politiques. Assez peu lu.

Loi de relance de la natalité : les attaques violentes du Royaume contre les droits des femmes et des minorités
17 janvier 2020

Grossesse


Depuis les élections à l’Assemblée Unique de juin 2019, sur fond de contexte westalien, la politique du Roi et de ses secrétaires royaux contre la communauté native est restée longtemps sur le devant de la scène. Si les Alderii continuent de subir de plein fouet cette forme d’apartheid dans leur quotidien, il a pu être constaté ces dernières semaines une accalmie sur le front des affrontements directs à Tintellin Cove, avec l’appui de plusieurs décisions de Justice qui ont d’ailleurs également profité à la défense des droits de notre propre journal. Si le duo Johnlyn IV / Valemont, au sein duquel ce dernier est toujours aussi discret, semble avoir mis en pause leur communication politique pouvant être affiliée à des idéaux racistes et autoritaires, il est à craindre que ce ne soit que partie remise. Une offensive pourrait se préparer précisément contre la Justice, un des rares remparts protecteurs de notre système politique.


Projet de loi "relance de la natalité" : un temporalité bien choisie

C’est dans ce contexte, alors que débute la décennie 2020, que l’exécutif a déposé un projet de loi de “soutien à la relance de la natalité et défense des bonnes mœurs”, désormais en cours d’examen par les 61 membres de l’Assemblée Unique. L’objectif premier du texte vient initialement d'une annonce phare du Parti Royaliste mené par Philip Morland (actuel chef des services de renseignements) lors de la campagne électorale, puis rappelée par le Monarque lors de son allocution du moins de juin : favoriser la vitalité démographique de Brocelynwood en prenant des mesures favorables à un plus grand nombre d’enfants par femme brocélienne. Depuis les élections, la nouvelle équipe de secrétaires royaux emmenée par Valemont a surtout été malmené par le contexte à Tintellin Cove et s’est empêtré dans le conflit diplomatique avec l’Icamie, qui s’est finalement soldé par une mesure unilatérale de fermeture à l’image de ce qu’il s’est passé avec Stérus un an plus tôt. En conséquence, d’autres promesses ont pris du retard dans leur mise en œuvre, qu’il s’agisse de la loi sur le développement technologique, dont on ne voit toujours pas le bout du nez, mais aussi du référendum sur l’abolition de la peine de mort, dont on peut se demander s’il n’est pas enterré tant il semble aller à contre-courant de la logique usuelle des royalistes. L’exécutif a donc finalement choisi d’enclencher la vitesse supérieure en priorisant cet enjeu de la natalité. Mais le texte comprend surtout une série de mesures ultra-conservatrices et rétrogrades.

Cette priorisation est tout aussi idéologique que stratégique. En effet, il ne fait aucun doute que les défenseurs du texte, Reverend Augustus Whitlock et Kennedy George, respectivement l’ultra-radical Secrétaire Royal au Culte et le Secrétaire Royal à la Famille, croient dur comme fer au bienfondé de cette loi. Mais pour le cœur du Parti Royaliste, c’est une bonne opportunité de resserrer les rangs. La vision conservatrice et protestante de la famille, des rapports sexuels et amoureux, est précisément un des principaux dénominateurs communs du parti et plus globalement de ce camp politique. Des nuances sont possibles mais elles sont généralement anecdotiques ou trop indicibles pour être étalées publiquement. Le constat est un peu différent lorsqu’il s’agit du rapport aux minorités ethniques ou de certaines libertés publiques, où des voix encore discrètes peuvent parfois s’élever dans l’aile plus modérée du parti. C’est ainsi qu’en novembre 2018, il y avait eu 6 votes pour et 12 abstentions de membres du Parti Royaliste de l’Assemblée Unique concernant un amendement du Parti Républicain visant à mieux encadrer les entraves à la liberté associative des brocéliens qui sont en lien avec des associations ou organisations étrangères.
Dans le cas présent, il est attendu une quasi unanimité royaliste malgré la dureté de certaines dispositions. Il est à noter que le contexte international compte aussi : une loi sur les bonnes mœurs fera peut-être grincer des dents ici ou là, et nombreux sont les pays ayant adopté des politiques plus progressistes, mais elle ne devrait pas entrainer de conséquences diplomatiques, après des mois durant lesquels le Royaume s’est particulièrement mal illustré sur la scène aleucienne et internationale.


La dureté assumée du projet de loi

Si l’on rentre dans le vif du sujet, la triste nouveauté du texte de loi est qu’il inscrit dans le marbre juridique un certain nombre de dispositions qui étaient à ce jour implicitement et socialement prohibées. Avant 2020, il était évident du fait de la culture protestante historique et ultra-dominante du Royaume, que les rapports sexuels et amoureux devaient relever du mariage, étaient exclusifs, et nécessairement entre un homme et une femme. Le fait d’inscrire désormais tous ces principes dans la loi pourrait entériner un état de fait. En réalité, il s’agit surtout de frapper un grand coup devant des évolutions sociétales balbutiantes ou marginales, avant qu’elles ne s’installent dans la normalité. C’est bien évidemment un grand recul pour, par exemple, les minorités homosexuelles qui subissaient certes l’opprobre sociale mais pouvaient s’en défendre et se battre pour leurs droits. Désormais, elles devront se cacher de la répression policière et judiciaire ou affronter de grands dangers puisqu’elle seront susceptibles de subir des peines allant jusqu’à 3 ans de prison ferme et 50 000 Woody Crowns d’amende. Contraception, rapports extra-conjugaux, avortement : quoique l’on pense de ces sujets bien différents et quelle que soit l’approche morale de chacun et chacune, il ne peut qu’être constaté que le texte tient à affirmer l’illégalité et la gravité d’un certain nombre de pratiques et à les réprimer, notamment à l’encontre des femmes.

Les propos du Secrétaire Royal au Culte, le Révérend Augustus Whithlock, ne laissent aucune place au doute :

“Il y a maintenant sept mois, le Roi m’a nommé pour occuper cette grande fonction et cela m’oblige de la manière la plus absolue qu’il soit. Jamais je ne laisserai cette société tomber dans la décadence qui semble guider une grande partie du monde aujourd’hui, qui fait à la fois tomber tout repère et réduit la procréation à néant. Jamais je n’aurai et n’exprimerai la moindre empathie ou la moindre compréhension envers les pratiques influencées du Diable visant à s’adonner à de bas plaisirs immoraux ou à assassiner ses propres enfants. Partant de là, ce texte de loi ne devrait faire l’objet d’aucun débat. Pourtant, il semble que cela soit le cas. C’est le signe qu’il y a une guerre à mener contre l’immoralité et je la mènerai jusqu’au bout, et coûte que coûte."


Ces propos chocs font “froid dans le dos” à Margareth Stymes, 76 ans, qui était devenue le symbole médiatique de l’obtention du droit de vote des femmes en 1997.

“En près de 220 ans d’existence du Royaume, les avancées ont été rares pour nous les femmes. Mais nous étions parvenues à arracher des progrès. C’est une énorme claque dans la figure que nous nous prenons avec cette nouvelle Loi. Oui bien sûr, il était déjà hors de question à Brocelynwood qu’on ait recours à la contraception, à l’avortement, ou que l’on garde une dignité en cas d’écart extra-conjugal. Mais aujourd’hui, l’État vient nous dire : si vous les femmes brocéliennes vous essayez de prendre le moindre début de contrôle sur vos corps, c’est que vous êtes des criminelles et nous vous traiterons comme telles. 61 hommes vont se réunir dans une Assemblée et une majorité risque de se mettre d’accord pour dire : bien sûr que que nous avons le droit de vous violer, nous ne légiférerons pas là-dessus, mais ce qui est grave c’est si vous avortez. Et alors vous passerez des dizaines d’années en prison. Pour ces hommes, nos corps appartiennent d’abord à eux. Et il en est de même pour le divorce. On peut être frappées, humiliées chaque jour par son mari, mais c’est au bon vouloir de deux Pasteurs de décider si notre devoir est de continuer à vivre sous le même toit que nos bourreaux. Ce pays continue à cracher sur les femmes, les piétiner, comme il l’a toujours fait, et il veut encore franchir un nouveau cap.”.

Margareth Stymes s'est également exprimée sur les réseaux sociaux, avec une prise de position particulièrement poignante qui a été maintes fois partagée.
Photo Margareth Stymes ☑️
@MargStymesForWomen · 15/01/2020

Ce pouvoir fait pire que supprimer des droits dont nous, les femmes, ne bénéficions de toute façon pas. Il veut nous enlever bien encore plus précieux : l’espoir. L’espoir de vivre mieux, l’espoir d’être considérée un jour pleinement et entièrement comme des êtres humains. Mais tant que mon cœur battra, ils n’y parviendront pas. Je continuerai à vous regarder droit dans les yeux car, hommes de pouvoir, vous voulez nous méprisez : mais c’est moi, nous toutes, qui vous méprisons.
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Malgré la présence relative de Margareth Stymes dans le débat public, principalement en ligne où elle est soutenue de manière non négligeable, ni les associations de défense des minorités sexuelles, ni les organisations féministes, ne semblent aujourd’hui en capacité de faire entendre fortement et massivement leur voix. C’est le résultat d’une difficulté à faire exister ces idées dans la société brocélienne à cause du poids historique du conservatisme et de la religion protestante. Mais si cette chape de plomb perdure, ce n’est pas par nature mais bien du fait de l’approche dure et répressive du Royaume qui met toutes les chances de son côté pour tuer dans l’œuf toute émergence d’un contre-modèle.

Le Parti du Peuple et le Parti Libéral vent debout

Mais malgré des royalistes en ordre de marche et une société civile qui peine à être audible, le passage à l’Assemblée du texte devrait permettre aux voix dissonantes de se faire entendre. En effet, tous les partis d’opposition contestent globalement le projet de loi, parfois très durement.

Il faut noter l’exception du plus petit groupe, le Parti Communiste, qui peine à se défaire de ses ambiguïtés sur ces sujets. Priorisant la lutte des classes et historiquement critique des revendications des féministes et des minorités sexuelles, le parti “rouge” ne se rangera pas pour autant comme un seul homme derrière la croisade ultra-conservatrice et religieuse des royalistes. Mais il devrait faire œuvre d’un certain nombre de nuances et de contorsions, qui n’aideront pas à la lisibilité du débat public mais pourraient s’avérer déterminantes en cas de vote particulièrement serré.

Le positionnement est bien plus clair pour le Parti Libéral comme pour le Parti du Peuple, dont le fond de l’idéologie est fondamentalement en opposition à l’ensemble des dispositions du texte de loi. Étonnamment, l’article 3 pourrait pourtant s’attirer les faveurs du Parti du Peuple. Celui-ci prévoit de verser une bourse de 2500 Woody Crowns à la naissance de chaque enfant, de prendre en charge le suivi médical pendant la grossesse ainsi que le suivi médical de l’enfant jusqu’à ses six mois. Ces dispositions pourraient ou ont même déjà été défendues par les partis situés à gauche de l’échiquier politique.

Mais Jared Fenlow, leader du Parti du Peuple, dit ne pas être dupe :

“Ces mesures en apparence sociales, prises isolément, nous n’avons aucun problème avec. Nous nous opposerons à ce qu’on supprime cet article, si ça prenait l’envie à certains de proposer un amendement en ce sens. Mais malheureusement, ce point est anecdotique lorsque l’on regarde ce texte dans son ensemble. Cette loi met plus que jamais en danger de mort les femmes et elle souhaite garantir la mort sociale des personnes homosexuelles. Au nom de la foi, la Monarchie est une fois de plus brutale et inhumaine. Nous mettrons toutes nos forces dans la bataille contre ce projet.”

Victor Arkwright, leader du Parti Libéral, souhaite également mettre l’accent sur l’article 4 qui envisage de punir “les propos et discours tenus publiquement visant à banaliser les relations sexuelles comme pratiques récréatives”, particulièrement auprès des enfants :
“Derrière cette formulation alambiquée, cette disposition va à l’encontre de toute prévention en matière de santé sexuelle, contrairement aux recommandations. Nous avons un État qui veut tout contrôler, avec un seul modèle de famille et un seul type de sexualité, dans le cadre du mariage hétérosexuel, et tourné entièrement vers la procréation. Mais tout le monde a conscience que dans le vrai monde, il ne se passe pas que ça. Et alors les gens, particulièrement les jeunes, seront très mal informés, vont prendre des risques. Le royalisme ne veut pas protéger son peuple, il veut le dominer”.


Le positionnement du Parti Conservateur Réformiste sera scruté

Mais c’est la position du Parti Conservateur Réformiste de Marcus Cathale qui va être suivie de très près. Comment vont se positionner ses 11 membres à l’Assemblée Unique ? En l’état actuel, ils devraient voter contre.
Si l’on regarde ce que défendait le parti dans son programme (alors Parti Républicain de Leonard Raymond), il allait bien en partie dans le sens voulu par le Parti Royaliste, par exemple en souhaitant “lutter contre la propagation d'idées égalitaristes qui voudraient effacer les différences hommes / femmes”. Le parti n’est plus tout à fait le même, et c’est bien la branche modérée qui a remporté le dernier congrès. Mais si Marcus Cathale est plus proches du Parti Libéral sur les questions économiques, il n’épousera pas son positionnement sur les enjeux sociétaux. Son existence politique nécessite effectivement de se dissocier du Parti Libéral, et surtout le PCR est et demeure… conservateur.

Ce constat étant posé, y compris l’ancienne version du parti ne défendait pas des mesures aussi radicales que celles comportées dans l’actuel projet de loi royaliste. Le programme électoral promettait une ouverture, certes subtile mais réelle, en ce qui concerne la contraception qu’il souhaitait “tolérer sous contrôle d’un avis médical déterminant”. Plus globalement, il ne remettait pas en cause l’ordre moral brocélien mais considérait que cela ne devait pas relever de la législation et des tribunaux. Ce principe de base devrait l’amener à ne pas soutenir des mesures comme la pénalisation des rapports homosexuels.

Le PCR devrait être force d’amendement, car il se sent proche de certaines dispositions tout en contestant la méthode, la radicalité et l’absence de nuances. Ce positionnement médian peut permettre au parti, en quête d’un nouveau souffle, d’avoir une importance relativement centrale dans le débat, à condition de tenir un positionnement suffisamment cohérent.

Dans un communiqué, le parti a par exemple annoncé qu’il proposerait un amendement légalisant sous des conditions extrêmement strictes et exceptionnelles la “pilule du lendemain” comme moyen d’éviter à tout prix le recours à des avortements clandestins. Cela ne convaincra aucunement les membres du Parti Royaliste dans leur extrême majorité, de toute façon opposés à toute forme de contrôle et de planification des grossesses, mais il suffirait de quelques rares exceptions pour faire pencher la balance à partir du moment où l’unanimité devrait être de mise dans les autres rangs.
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AGP

Pays concerné : Royaume de Brocelynwood
Date :20 janvier 2020
Localisation : Assemblée Unique - Wynterhall

Dépêche AGP :

Ce 20 janvier 2020, l'Assemblée Unique du Royaume de Brocelynwood a adopté la Loi relative à la "relance de la natalité et à la défense des bonnes mœurs" par 31 voix contre 23. Malgré quelques abstentions, le Parti Royaliste a largement soutenu ce texte qui a fait quasi-unanimité contre lui sur les bancs de la gauche, des libéraux et même du Parti Conservateur-Réformiste (PCR). Cette nouvelle loi, promise depuis de nombreux mois par le régime ultra-conservateur et protestant, entérine une approche extrêmement prohibitive et sévère contre la contraception, l'avortement, les rapports homosexuels. Les divorces, les rapports extra-conjugaux et la prévention en matière de santé sexuelle sont également dans la ligne de mire. Plusieurs amendements d'atténuation du PCR ont été rejetés, excepté la possibilité pour les femmes d'avoir recours à la pillule du lendemain, sous conditions, en cas de rapport non consenti "avéré". Bien plus consensuel, l'article 3 instaure une bourse versée aux familles à la naissance de chaque enfant, ainsi que la prise en charge du suivi médical de la femme pendant la grossesse et de l'enfant lors des six premiers mois. Dans ce contexte, la figure féministe Margareth Stymes a ressurgi ces derniers jours dans le débat public brocélien.

Sources :
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Dans : Facts from Brocelynwood agency
Cette agence de référence rapporte les principales informations, a priori fidèlement et sans parti pris idéologique majeur

Dernière minute : tentative d’attentat à la voiture piégée contre Melvin McBride
14 mars 2020

Voiture piégée

L’information a été confirmée par les autorités il y a quelques minutes. Ce matin à 8h42, la voiture de Melvin McBride a subi une grosse explosion entendue à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Le véhicule était situé devant la résidence du Pasteur, qui a été Secrétaire Royal au Culte du Royaume de Brocelynwood de 2012 jusqu’à juin 2019.
Après les premières constatations de la police scientifique, les enquêteurs ont confirmé que cela était le résultat d’un acte intentionnel puisque la déflagration a bien été causée par des explosifs, “dont tout porte à croire que l’objectif était de viser directement Monsieur McBride”. Le Pasteur est sain et sauf et n’a subi aucune blessure puisqu’il se trouvait toujours à son domicile à ce moment-là.

Hormis un don au club de football local l’été dernier, Melvin McBride s’était fait plutôt discret médiatiquement depuis juin et son remplacement au sein de l’exécutif brocélien, sur décision du Monarque. Aucune opposition ni menaces de mort à l’encontre du Pasteur n’ont été connues publiquement ces derniers mois, ce qui n’ouvre pas de piste a priori évidente quant aux auteurs ou commanditaires de l’attentat.

Cette tentative d’assassinat, sans précédent dans l’Histoire du Royaume de Brocelynwood à l’encontre d’une personnalité publique ayant occupé d’aussi hautes responsabilités commence à provoquer une multitude de réactions politiques. La déclaration officielle du Roi est très attendue et devrait intervenir dans la journée.
Depuis que le nom de McBride a été confirmé comme cible de l’attaque, la majorité des médias télévisés et radiodiffusés du pays sont en édition spéciale et attendent les premiers éléments d’une enquête qui s’annonce difficile.
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Dans : The Brocelynwood Ledger
Ce journal est très "pro-business" et proche des idées du Parti Libéral

48 heures après la tentative d’assassinat contre McBride : entre unité nationale et premiers doutes
16 mars 2020

Melvin McBride (Tony Burke)

Unique dans l’Histoire de Brocelynwood, la tentative d’assassinat ciblant le Pasteur Melvin McBride ce samedi 14 mars 2020 a autant ébranlé le Royaume de Brocelynwood qu’elle l’a rassemblé lors de ce week-end auquel personne n’était préparé. Mais certaines voix se font entendre pour critiquer la récupération du pouvoir exécutif, tandis que chacun en est réduit à des spéculations quant aux auteurs de cet acte qui n’a toujours pas été revendiqué.


Retour sur les faits

Il est 8h42 ce samedi lorsque la voiture du Pasteur Melvin McBride explose subitement. Elle est alors garée dans la ruelle située devant son domicile, comme à l’accoutumée. Généralement peu fréquentée, la rue est effectivement vide à ce moment-là, et la déflagration ne cause aucun blessé ou victime humaine. Un bâtiment et deux voitures situées à très grande proximité sont cependant grandement endommagées. Le bruit est entendu à plusieurs centaines de mètres à la ronde dans la ville d’Hollowford, causant incompréhension et inquiétude parmi les habitants. Pour les témoins situés les plus à proximité, c’est la panique. C’est ce que raconte Ann, une voisine : “j’étais dans ma salle de bains, je me brossais les dents et d’un coup il y a eu cet énorme bruit, j’ai presque eu l’impression de perdre mon audition, en même temps j’ai senti l’immeuble trembler, des bruits de verre brisé. Je suis allée voire par la fenêtre depuis ma salle à manger, au premier étage, j’ai vu cette voiture en flammes… je savais que c’était la voiture du Pasteur, j’ai l’habitude de le voir partir à 8h40 tous les matins, parfois je suis encore en train de prendre mon petit déjeuner. J’ai eu très peur car pour moi, il était dedans !”.
Par précaution, Ann s'est abritée sous une table et elle serait la première personne à avoir alerté les secours et les autorités, qui ont reçu en quelques instants une dizaine d’appels.

Franck Jackman, Chef de la Police d’Hollowford et en charge de l’enquête, a apporté des précisions lors de sa première conférence de presse, dimanche matin à 9h00 :

35 kilogrammes d’explosifs artisanaux étaient placés en divers endroits du véhicules de Monsieur McBride, accessibles sans forcer les portières pour pénétrer dans l’habitacle, ainsi dissimulés sous le châssis et dans le compartiment moteur. Il est très peu probable que les terroristes aient agi lorsque le véhicule était situé dans cette même rue, puisque nous sommes en pleine ville avec de nombreux vis-à-vis. Cela a été confirmé par les bandes de caméra de vidéosurveillance qui filment à très grande proximité du lieu de stationnement du véhicule de Melvin McBride. Selon toute vraisemblance, il semble que les explosifs aient été placés la veille lorsque Monsieur McBride s’est rendu en forêt, dans les campagnes alentour, et alors que le véhicule était garé en lisière des bois, dans un lieu généralement très peu fréquenté, particulièrement un vendredi. L’heure exacte de l’explosion était programmée par minuterie ; il n’y avait pas de mécanisme d’actionnement à distance ou relié au démarrage du véhicule, et c’est ce qui a sauvé la vie du Pasteur. Cette modalité d’installation des explosifs était plus simple pour les auteurs et leur a permis de relier le minimum de technologie au dispositif, probablement pour faciliter l’installation et réduire les risques de détection. Le Pasteur McBride utilisait son véhicule tous les matins à 8h40 pour se rendre en quelques minutes à l’église, mais il a eu un contretemps exceptionnel hier. Le choix de l’horaire démontre la volonté d’attenter directement à la vie du Pasteur”.
Les enquêteurs ont lancé un appel à témoins, après avoir diffusé un certain nombre d’informations accessibles publiquement sur le site internet de la Police d’Hollowford. Tous les riverains ayant constaté des détails suspects sur les lieux indiqués par les autorités sont priés de contacter les enquêteurs afin de partager leurs témoignages. L’ensemble des bandes de caméra vidéosurveillance de la ville d’Hollowford des jours précédents le drame ont été saisies. Les analyses vont durer plusieurs semaines. C’est une course contre-la-montre qui s’engage, chacun craignant que d’autres actes puissent suivre ciblant des hommes occupant de haute-fonctions ou la Famille Royale elle-même. La protection des hautes personnalités politiques et religieuses, ainsi que des lieux de pouvoir et de culte, a été renforcée.


Johnlyn IV assume immédiatement la dimension politique

La réaction du Roi ne s’est pas faite attendre. Johnlyn IV s’est exprimé dès 13h dans une allocution télévisée de cinq minutes à l’adresse des 19 millions de brocéliens.
Le Monarque a tout de suite pris le partie de mettre de côté les différends l’opposant à Melvin McBride, qui l’ont conduit à le remplacer au poste de Secrétaire Royal au Culte en juin dernier, “certainement une des décisions les plus difficiles à prendre l’année passée”. Les propos du Roi ont vanté les réalisations politiques tout autant que la personnalité du Pasteur. A travers cet hommage rendu au Pasteur McBride de son vivant, Johnlyn IV a décidé d’ouvrir une nouvelle séquence politique. Cela s’inscrit dans une longue lignée de narratif selon lequel la Monarchie se présente comme rempart pour défendre les “fondements du Royaume de Brocelynwood, la Monarchie et la religion qui [nous] réunit”. Le Roi s’est opposé à tous ceux qui évoqueraient l’idée d’un “règlement de compte personnel”. Selon Johnlyn IV, peu importe les auteurs ou les commanditaires, c’est “une part de notre Monarchie qu’on a voulu éliminer ce matin”.

La grande journée de célébration du Pasteur et du Royaume de ce dimanche 15 mars 2020 s’inscrivait pleinement dans ce cadrage.
Mais devant l’électrochoc de samedi matin, narré en boucle par l’ensemble des chaines de télévision et station radio du pays, peu parmi les personnalités politiques, publiques et dans la population brocélienne ont remis en cause la prise de parole monarchique. Ce week-end, l’instant était clairement davantage à l’unité nationale qu’aux contestations et polémiques.

Selon Marcus Cathale, Leader du Parti Conservateur-Réformiste (PCR), “un tel niveau de violence politique n’a pas sa place dans un pays comme le nôtre, malgré tous les désaccords profonds qui nous opposent. Aujourd’hui, je comprends cette envie, ce besoin de se rassembler, qui traverse toute la société, pour dire non au terrorisme, pour affirmer que malgré tout, les brocéliens peuvent s’opposer sur presque tout mais ils seront d’accord sur l’essentiel : le rejet de la violence, la préservation des vies humaines. J’adresse aujourd’hui tout mon soutien au Pasteur McBride, au nom du Parti Conservateur Réformiste dans son ensemble”.

Si certaines personnalités politiques ont exprimé des propos en partie dissonants - nous y reviendrons -, toutes ont condamné fermement la tentative d’assassinat, à l’instar de Victor Arkwright (Parti Libéral), Jared Fenlow (Parti du Peuple) ou encore le représentant Alderii membre de l’Assemblée Unique Eliam Tarek Naluwé, qui a affirmé que “ toutes les vies ont une valeur inestimable, y compris dans le camp de ceux qui ne donnent pas de valeur à nos vies, même si en la matière Melvin McBride n’est pas le plus offensif”. A cette heure, seul le Parti Communiste ne s’est pas exprimé, certainement du fait de son ambivalence vis-à-vis des méthodes de violence politique. Ce silence n’a pas été immédiatement soulevé mais les regards vont rapidement se tourner vers Bram Strake, le leader du parti, alors que la légitimité d’un parti communiste est régulièrement contestée.

La journée de ce dimanche a été une réussite, c’est indéniable, d’autant que la météo a été favorable. Bien qu’il soit impossible de déterminer une quelconque quantification, les brocéliens se sont mobilisés en nombre lors des temps de rassemblement et d’échanges dans les villes et campagnes de Brocelynwood. La tonalité était souvent festive, car la volonté était de célébrer le Pasteur McBride et les valeurs communes des brocéliens, derrière un slogan qui est revenu régulièrement : “plus vivant(s) que jamais”. Pour le peuple brocélien, c’était comme un pied de nez aux criminels présumés, une manière de montrer qu’ils n’étaient pas ébranlés par cette attaque et que le pays était même plus uni maintenant qu’avant. D’après ce que nos journalistes ont constaté sur le terrain, les divergences politiques, pourtant extrêmement profondes, ont peu pris le dessus. Un tel évènement national ne peut pas faire une complète unanimité, c’est certain, mais les voix dissonantes sont restées discrètes ce week-end. La lecture de l'événement façonnée par le Roi et sa réception dans la société brocélienne sont donc bien restées en phase.


Les appels à la prudence devant l’absence de pistes

Mais il y a un éléphant dans la pièce. A l’heure actuelle, personne ne connaît les coupables, du moins pour nous tous qui ne sommes pas dans le secret des investigations. Nous pouvons simplement parler au pluriel car un tel plan est rarement mis en exécution seul que ce soit dans ses objectifs, sa réflexion, sa mise en œuvre puis la fuite ou, du moins, la dissimulation. Dans son analyse de cette attaque, chacun projette ses coupables idéaux, selon des idées préconçues. Même sans désigner publiquement une responsabilité directe, la mobilisation et la réaction émotionnelle sont dictées par un certain nombre de représentations.

Le Roi parle d’”attentat” et de “dimension politique” du fait de la figure même de Melvin McBride, devant mener à une forme de mécanisme d’autodéfense du Royaume devant ses ennemis potentiels. Lorsqu’il s’exprime ainsi, Johnlyn IV induit l’idée qu’il faut regarder du côté de ses opposants politiques les plus évidents : les communistes, des militants alderii ou peut-être des militants natifs d’autres nations aleuciennes, ou bien encore une puissance étrangère ennemie. Mais nul ne sait à l’heure actuelle comment il se positionnerait ou rebondirait réellement s’il s’avérait que la tentative de meurtre a été causée par l’extrême-droite violente, pour des motifs pro-royalistes ou religieux.

La dimension politique même interroge, comme l’a souligné Victor Arkwright, Leader du Parti Libéral : “le Roi a raison de dire qu’on ne peut pas faire comme si cette tentative de meurtre ne revêt pas d’une dimension particulière, quand on sait qui est MelvinMcBride, quelles fonctions il a occupé. Mais une fois ceci étant dit, je l’affirme, soyons extrêmement prudents. A mon niveau, je ne sais rien des raisons ayant motivé cet acte, donc je me garderai d’en faire une analyse trop poussée. Le Roi affirme qu’il faut donner une dimension politique à ce qu’il s’est passé, que c’est forcément un attentat ; et je constate simplement que le Pasteur McBride n’occupait plus aucune fonction centrale, donc il y a énormément de zones d’ombre à éclaircir avant d’aller plus loin. Je comprends cependant le besoin de rassemblements des brocéliens aujourd’hui, et c’est un moment très fort. ”.

Jared Fenlow, Leader du Parti du Peuple, est plus direct et dénonce une “une récupération politique d’un acte humainement terrible ; le Roi cherche à construire l’idée que nous sommes tous derrière lui, pour la même société et les mêmes valeurs que les royalistes, ou alors nous sommes contre lui, contre Brocelynwood, et d’une certaine façon du côté des criminels qui font exploser des voitures. Il y a une forte émotion nationale ces dernières heures, mais ne nous laissons pas forcer la main, ni nous faire jeter sous le bus”.

Publiquement, les enquêteurs ont réaffirmé ne privilégier ni fermer aucune piste, tant au niveau des motivations, des auteurs directs ou d’une éventuelle organisation derrière cette voiture piégée.
Selon Franck Jackman, “ il est évident que lorsqu’on occupe, ou lorsqu’on a occupé, de telles fonctions dans la religion protestante ou au niveau du Royaume, nous n’avons pas que des amis ; pour autant, au démarrage de l’enquête, nous n’avions connaissance d’aucun élément majeur particulier laissant entendre - comme c’est parfois le cas dans d’autres affaires - que le Pasteur McBride pouvait être une cible particulièrement privilégiée. Mais au fur et à mesure que nous allons avancer, nous allons en apprendre davantage sur son entourage, ses liens et il ne fait aucun doute que nous aurons une vision bien différente et bien plus précise dans quelques jours”. Le Chef de la Police d’Hollowford a ensuite souhaité faire une mise en garde aux médias présents : “il y a un secret de l’instruction et un respect de la vie privée à avoir : certaines informations peuvent être rendues publiques lors de conférences comme celles-ci, d’autres ne le pourront pas pour des raisons évidentes, et avant tout d’efficacité de l’enquête, donc je vous demanderai de respecter cela”.

Dans cet objectif, il y a la parole d’un homme qui va beaucoup compter ces prochains jours et qui n’a pas encore été entendue durant ces 48 heures folles. Il s’agit évidemment de celle du Pasteur Melvin McBride lui-même, qui a assisté impuissant, sous ses propres yeux, à la tentative d’assassinat qui le visait. Paru samedi après-midi, un communiqué de l’Eglise Protestante d’Hollowford a informé que le “Pasteur McBride va bien, mais ne souhaite pas encore s’exprimer publiquement et trop rapidement après cet évènement qui va marquer sa vie. Le Pasteur McBride réservera d’abord sa parole pour les enquêteurs mais est extrêmement reconnaissant et ému du soutien manifesté par l’ensemble du Royaume et des fidèles”.
Certains se sont étonnés que le communiqué ne cite pas directement le Roi, seulement quelques minutes après l’allocution télévisée du Monarque, qui a d’ailleurs fait référence à un échange téléphonique entre les deux hommes. Alors que le Pasteur avait peu apprécié d’être destitué du Secrétariat Royal au Culte, il est légitime de s’interroger sur le niveau d’accord du Pasteur McBride par rapport à la lecture et l’utilisation qu’a fait Johnlyn IV de l’évènement.

Cette affaire a donc maintenu tout d’une patate chaude qui pourrait rebondir à de multiples niveaux et être à l’origine de conséquences politiques majeures.

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AGP

Pays concerné : Royaume de Brocelynwood
Date : 20 mars 2020
Localisation : Hollowford

Dépêche AGP :

Ce samedi 14 mars 2020, l'ancien Secrétaire Royal au Culte du Royaume de Brocelynwood, Melvin McBride, a été la cible d'une tentative d'assassinat à la voiture piégée devant son domicile d'Hollowford. L'explosion n'a fait aucune victime ou blessé. Le Roi Johnlyn IV a réagi quelques heures plus tard dans une allocution télévisée, souhaitant donner une interprétation politique à cette attaque. A son initiative, des centaines de milliers de brocéliens se sont réunis dimanche dans l'espace public pour célébrer le Pasteur McBride de son vivant ainsi que le Royaume de Brocelynwood et la religion protestante. L'heure est à l'unité nationale, puisque la quasi-intégralité du spectre politique a condamné l'acte et compris la vive émotion causée dans la société brocélienne. Certaines voix commencent cependant à critiquer une forme de "récupération" de l'évènement par les royalistes, alors qu'aucune piste sur les auteurs ou commanditaires n'est encore fermée ou privilégiée par la Police d'Hollowford, chargée de l'enquête. Un appel à témoins à été lancé à la population afin de recueillir un maximum de détails pouvant faire avancer l'instruction et identifier les coupables.

Sources :
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AGP

Pays concerné : Royaume de Brocelynwood, République du Makota, République de Dakora, République de Barbery
Date : 19 mars 2020
Localisation : Lornbridge

Dépêche AGP :

Un pacte de non agression et de coopération mutuelle vient d'être signé entre le Royaume du Brocelynwood et les trois Etats néogallésants du Conseil de Venon, à savoir les Républiques du Makota, de Dakora et de Barbery, après un Sommet à Lornbridge les 13 et 14 mars. Le texte se concentre sur les enjeux de sécurité et militaires, et fait suite à des rapprochements économiques récents entre Brocelynwood et le Makota puis avec Barbery.
Les deux parties s'engagent à ne pas engager d'actions militaires l'une envers l'autre. Fait particulièrement notable, une clause de défense mutuelle a également été incluse en cas d'attaque sur un des territoires des pays signataires par " par un Etat ouvertement anarchiste, libertaire, communiste ou socialiste à tendance communiste ". C'est une première pour le Brocelynwood et le Makota au regard de leurs approches historiquement isolationnistes. Comme la Constitution l'y autorise, la Chambre des Opinions de la République de Makota n'a pas été sollicitée mais a voté une remontrance exprimant son opposition au Traité.
L'entrée en vigueur de ce Traité marque donc peut-être l'ouverture d'une nouvelle ère des relations interétatiques en est-aleucie.


Sources :
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Dans : Chroniques du Royaume
Ce journal développe une ligne éditoriale très proche du camp royaliste. Il peut s’apparenter à un organe de propagande du pouvoir.

Le grand plan pour un Royaume des Nouvelles Technologies est lancé !
14 avril 2020

Nouvelles technologies

Le Premier Secrétaire Spécial du Roi, Edmund Valemont, et le Secrétaire Royal à l’Economie, Joe Berryn, ont détaillé devant la presse hier le “Grand Plan pour un Royaume des Nouvelles Technologies 2026”. Cette politique publique ambitieuse avait été annoncée pendant la campagne électorale de 2019 puisqu’elle apparaissait parmi les priorités du programme de Philip Morland pour le Parti Royaliste. Le Roi avait ensuite réitéré cette ambition dans son allocution télévisée donnée 48 heures après la victoire du camp royaliste à l’Assemblée Unique. C’est avec quelques mois de décalage que le Plan est détaillé et va entrer progressivement en vigueur, en raison notamment des événements de Tintellin Cove du deuxième semestre 2020.
L’autre fait notable est qu’Edmund Valemont, près d’un an après sa nomination par le Roi à la tête de l’exécutif brocélien, apparaît sur le devant de la scène. Malgré un travail de l’ombre indéniable, les oppositions ont parfois cherché à lui reprocher sa faible mise en avant médiatique. La réalité est simplement que le Secrétariat Royal aux Affaires Etrangères a été renforcé avec la création d’une administration aux Affaires Aleuciennes, donnant une force importante au binôme Philipps-Westbridge et une plus grande marge de manœuvre, ce qui réduit le rôle du Premier Secrétaire Spécial des les affaires courantes internationales. Par ailleurs, le Roi intervient en cas d’évènements exceptionnels intérieurs comme extérieurs, ce qui n’a pas manqué de marquer les derniers mois jusqu’à la tentative d’assassinat contre le Pasteur Melvin McBride il y a maintenant un mois.
Mais s’agissant d’un plan à la fois technique, politique et stratégique liant les enjeux économiques et de souveraineté, il est pleinement cohérent qu’Edmund Valemont en soit la figure centrale. Le Secrétaire Royal à l’Economie Joe Berryn n’est pas pour autant un faire valoir, d’autant qu’il était le premier à avoir annoncé les grandes lignes il y a précisément un an lors d’une interview donnée au Brocelynwood Ledger.


Un Grand Emprunt de 20 milliards de Woody Crowns

Le Grand Plan ne doit pas être compris comme un unique texte de loi. C’est un ensemble d’ambitions et de mesures concrètes qui sont formalisés dans une série de textes législatifs, réglementaires et accords. En mai 2019, Joe Berryn avait honnêtement fait le constat que l’enjeu des nouvelles technologies est “en effet essentiel et n’est pas notre cœur de développement historique”. Cette semaine, Edmund Valemont a souhaité en faire une force : “nous ne visons pas le rattrapage d’un retard mais bien un développement technologique adapté aux besoins de notre population, notre économie, renforçant notre souveraineté et conforme à nos valeurs”. Concernant précisément ces valeurs, le Premier Secrétaire Spécial du Roi a longuement explicité en quoi la “fuite en avant technologique” et la “modernité” ne sont pas une fin en soi, fustigeant les projets “transhumanistes” ou “pensant recréer une intelligence égale à celle donnée par Dieu à base de codes et de disques durs”. Sur un plan plus politico-juridique, Edmund Valemont a confirmé avec fermeté que le Royaume ne reviendrait pas sur les normes législatives encadrant les investissements en provenance et vers l’étranger. La libéralisation complète de la circulation des capitaux est un leïtmotiv qui revient régulièrement dans la bouche du leader du Parti Libéral, Victor Arkwright, mais Valemont “ne souhaite pas abandonner notre Souveraineté pour espérer mieux la retrouver”.

Le Secrétaire Royal à l’Economie est revenu sur l’existant en matière de développement technologique, vantant entre autres la compétence exceptionnelle de Brocelynwood en matière d’industrie et de maintenance navale et portuaire : “le monde entier nous envie la plateforme portuaire de Tintellin Cove, qui fête bientôt ses 200 ans de développement et de savoir-faire et a su constamment s’adapter aux technologies émergentes”. Aussi, il a salué des accords internationaux qu’il estime “équilibrés” avec la Grande République de Westalia et l’Empire du Nord et ayant permis d’intégrer directement l’enjeu et modalités d’une coopération pour le développement des nouvelles technologies.

Mais les deux Secrétaires Royaux ont exprimé le besoin d’une “grande impulsion”, explicitant l’idée qu’une série d’initiatives, bien que réelles et indispensables, ne peuvent suffire à accélérer un rouage et des secteurs de l’économie devenus à ce point essentiels en 2020. La mesure clef annoncée devant la presse a donc été le lancement d’un Grand Emprunt de 20 milliards de Woody Crowns par l’Etat. 40 millions d’obligations d’un montant de 500 WC vont être émises et pourront être souscrites avant le 31 décembre de cette année. Les souscripteurs potentiels pourront être des particuliers et des entreprises du pays ou, dans une moindre mesure, des entreprises étrangères convaincus par la solidité du Plan et souhaitant investir dans la dette brocélienne. Joe Berryn a pris le temps d’expliciter les détails techniques et fait mention de communications qui seront largement diffusées dans le pays à destination de la population comme des entrepreneurs, afin de les inciter à prêter à l’Etat. Ainsi, nous savons d’ores et déjà que le taux d’intérêt est fixé à hauteur de 3% (du capital total) par an pendant 6 ans. Chaque année au 31 décembre, un sixième du capital prêté ainsi que les intérêts sont remboursés, permettant que le capital emprunté
soit intégralement remboursé au 31 décembre 2026, avec les intérêts.


La volonté de création d’un “écosystème”

Le Grand Emprunt permettra principalement de financer des projets rentables à moyen-terme, ce qui correspond à la durée des obligations émises. Par exemple, à Brocelynwood, peu d’entrepreneurs peuvent aujourd’hui créer des entreprises de production de matériel informatique car tout un écosystème est à constituer, le modèle est encore à penser, les chaines d’approvisionnement sont à systématiser. Grâce au pilotage et aux investissements de l’Etat sur les prochaines années, une multitude d’unités de production provisoirement publiques ou co-détenues en partenariat public / privé pourront être mises sur pied dans une même temporalité, cohérentes et complémentaires entre elles et pouvant constituer des groupements d’achat pour l’achat de matières premières et matériaux rares. Des investissements étrangers pourront venir compléter l’offre, toujours dans le cadre raisonné, limité et supervisé de la loi brocélienne. Par ailleurs, les filières de formation aux métiers d’ingénieurs vont voir leur capacité être augmentées de 50% dans les prochaines années, dans les secteurs de l’informatique, la robotique, l’énergie, afin de constituer une main d’oeuvre en adéquation avec l’expansion attendue des productions prochainement impulsées. Edmund Valemont a rappelé que “malgré le modèle d’économie mixte du Royaume de Brocelynwood, et qui a fait ses preuves, il n’est pas souhaité que de nouveaux secteurs soient gérés à terme par des entreprises publiques. L’entrepreneuriat et la propriété privée seront le mode de production à privilégier, mais dans un monde au sein duquel la concurrence n’est pas loyale, le Royaume est là pour poser les fondations et les structures nécessaires”.

Selon Joe Berryn, “cette rentabilité à court et moyen-terme nous permet par ailleurs d’intégrer au Plan une dimension à plus long-terme, par exemple en renforçant significativement les secteurs ‘recherche & développement’ de nos entreprises royales stratégiques du secteur du bois, du ferroviaire et du maritime. Une hausse de l’activité peut en résulter, mais ce n’est pas le seul enjeu. Je pense au secteur ferroviaire : deux siècles que le Royaume le soutient, le développe. En franchissant un nouveau cap dans les prochaines années, grâce aux technologies de ce siècle, la Compagnie Royale Ferroviaire va encore davantage faciliter, accélérer et sécuriser les déplacements, ce qui crée une situation ‘d’externalités positives’ - vous m’excuserez le jargon d’économiste - puisque l’économie intérieure et le tourisme en seront fluidifiés. Et j’ajoute que nos apports techniques et nos modèles d’organisation intéresseront aussi les puissances étrangères et régionales.

Les adeptes d’une économie purement de marché ont régulièrement critiqué avec véhémence le manque de développement technologique de Brocelynwood. Pour autant, le Parti Libéral dont s’est également rapproché Marcus Cathale du Parti Conservateur Réformiste sur la ligne économique remet en cause le Grand Plan “trop étatiste et voué à l’échec”. Selon les adeptes de cette vision plus fondamentalement mercantile, il faudrait entièrement s’ouvrir à l’apport de capitaux étrangers et ne plus fixer aucune limite à la concentration des entreprises. L’État stratège serait un frein aux investissements et à l’entrepreneuriat privé et en aucun cas une aide.

Répondant à une question d’une journaliste, Edmund Valemont a rejeté la crédibilité de ces critiques et réaffirmé la doctrine économique brocélienne : “nul système n’est parfait, mais vouloir détruire un modèle qui fait chaque jour ses preuves, assure une croissance et une prospérité, et repose sur des valeurs profondément humaines, chacun jugera si c’est opportun. Et je crois que les brocéliens se sont déjà exprimés à ce sujet le 2 juin 2019”.
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Dans : L’Opinion de Brocelynwood
Il s’agit d’un quotidien conservateur, critique envers la Monarchie, proche des idées du Parti Conservateur Réformiste (ex-Parti Républicain)

Enquête exclusive - Avant l'attaque du 14 mars, Melvin McBride était-il sur le point de lancer son propre parti politique ?
1er mai 2020

Melvin McBride (Tony Burke))


Un membre du Parti Royaliste à l'Assemblée Unique : "il m'a cité le nom de Melvin McBride, je suis tombé des nues"

Alors que l’enquête sur la tentative d’assassinat de l’ex-Secrétaire Royal au Culte Melvin McBride progresse très lentement, L’Opinion de Brocelynwood publie aujourd’hui des informations exclusives au sujet du Pasteur qui officie à Hollowford.
Nos journalistes ont été en contact avec un des 29 membres de l’Assemblée Unique issus du Parti Royaliste, souhaitant rester anonyme auprès du grand public même s’il a conscience qu’il pourrait être reconnu par les principaux protagonistes. Notre journal a bien évidemment identifié et authentifié l’origine et la crédibilité du témoignage.
Selon ce représentant politique, l’ancien Président de l’Organisation Internationale pour le Protestantisme (OIP) a bien eu une seule apparition publique depuis que le Roi a mis un terme à ses fonctions, lors de son don au club d’Hollowford de football l’été dernier. Mais, ces derniers mois voire dernières semaines, il semblait s’activer dans l’ombre grâce à des intermédiaires.

Nous avons fait le choix de publier en quasi-intégralité son témoignage :

"Il y a quelqu’un qui m’a appelé, un soir, il était assez flou sur son identité. Il semblait avoir beaucoup d’informations, c’est pourquoi je l’ai écouté. J’ai compris qu’il avait aussi joint d’autres collègues du Parti. Il m’a parlé de mes désaccords avec le Roi et Rowanstone, le chef du Parti Royaliste. Il m’a cité une série de points de débats, et c’était des choses vraies car il y a régulièrement des discussions entre nous. Mais des points assez mineurs. Il m’a dit qu’il y avait un projet de mouvement royaliste plus indépendant, car le seul parti Royaliste allait courir à la perte de la Monarchie, qu’on avait encore perdu des sièges aux élections, qu’il y avait de plus en plus de distance avec la population, qu’il fallait une modernisation. Bon. J’ai dit qu’il était hors-de-question pour moi de trahir le Roi. Je vous passe les détails mais on m’a soutenu que c’était l’exact inverse, que cela donnerait un nouvel élan à la Monarchie plutôt que sa mort lente. Puis la personne m’a dit que c’était porté par une personne digne de confiance, d’expérience, proche des brocéliens et c’est là qu’il m’a cité le nom de Melvin McBride. Je suis tombé des nues. Je ne l’ai jamais perçu comme capable de telles intrigues politiques, ni de mener un courant politique. Le monsieur m’a ensuite fait une série de menaces très circonstanciées pour s’assurer que je parle de ça à personne. C’était très étrange. J’avais à la fois du mal à prendre au sérieux tout ça, comme si c’était un piège. Et en même temps, ça ressemblait à quelque chose d’encore plus gros que la seule initiative de McBride qui envoie un homme de main. J’ai laissé tout ça dans un coin de ma tête. Puis après la tentative d’assassinat, j’ai vu toute la société célébrer à la fois la Monarchie et le Pasteur McBride. Tout ça était lunaire par rapport à ce que je savais. C’est pourquoi je parle de tout ça publiquement aujourd’hui. Mais je prends de grands risques, à la fois personnels, et parce que je ne maîtrise pas non plus les conséquences politiques qui pourraient en découler, voyons les choses en face.

Melvin McBride : "une réflexion [...] pour faire vivre le débat politique brocélien"

Depuis la tentative d’assassinat dont il a fait l’objet, Melvin McBride a fait le choix de ne pas s’exprimer publiquement, excepté par l’intermédiaire du communiqué de l’Eglise Protestante d’Hollowford publié le jour même de l’attaque. Dans un objectif à la fois de compréhension et par déontologie journaliste, nous avons pris contact avec le Pasteur. Melvin McBride n’a pas souhaité nous accorder d’interview. Devant les faits rapportés, l’ex-Secrétaire Royal nous a cependant fait parvenir la déclaration écrite suivante, dans laquelle chaque mot semble avoir été pesé :

“Une réflexion a bien été engagée pour faire vivre le débat politique brocélien au sein du mouvement royaliste. J’ai compris que c’était là que je pouvais être le plus utile pour mettre au service mes sept années passées au Secrétariat Royal au Culte. Avec quelques proches, nous avons sondé des personnalités politiques pour évaluer l’intérêt. Etant donné ce qu’il vient de se passer, je ne sais pas quand tout cela verra le jour. Mais il n’a jamais été question de créer une dissidence et encore moins de menaces pour pousser à la trahison, je suis extrêmement choqué par le témoignage que vous m’avez relayé car je ne me reconnais absolument pas dans une initiative de ce type”.
Quant au Palais Royal de Wynterhall, il s’est refusé à faire le moindre commentaire sur cette dimension de l’affaire McBride.

Le rôle que commençait à tenter de jouer Melvin McBride était complètement inconnu du grand public et même d’une large partie du monde politique. D’après la déclaration du Pasteur lui-même, sa volonté de s’impliquer de manière centrale dans la vie politique du Royaume de Brocelynwood est désormais une certitude. Mais il est encore impossible de démêler la portée envisagée de son initiative. Le premier intéressé parle de “réflexion [...] engagée pour faire vivre le débat politique brocélien” et infirme la volonté de “créer une dissidence”. Alors que son projet ne verra peut-être maintenant jamais le jour, décrit-il précisément les faits ou choisit-il soigneusement ses mots devant l’évidence ? Si effectivement, Melvin McBride avait réellement voulu créer un parti concurrent au Parti Royaliste, il semblerait aujourd’hui difficile de le reconnaitre aussi clairement après le soutien national qu’il a reçu le dimanche suivant sa tentative d’assassinat, sur impulsion du Monarque lui-même.

A ce sujet, une question s’était rapidement posée quant au symbole qu’avait fait Johnlyn IV de Melvin McBride : était-ce vraiment concerté et consenti avec le premier intéressé ? L’interrogation fait d’autant plus sens que ces nouveaux éléments confirment une véritable distance entre la vision politique du Roi et celle du Pasteur. Quand bien même son initiative était réellement réduite à la création d’une forme de “think tank” royaliste, cela visait de toute façon à générer une nouvelle dynamique pour la Monarchie considérée effectivement comme en perte de vitesse. Cela s’inscrit par ailleurs dans un contexte de “froid” entre le Roi et Melvin McBride, celui-ci de notoriété publique, depuis que le Roi n’a pas reconduit le Pasteur aux mêmes fonctions après les élections de juin 2019.


Une multitude de zones d'ombre et des royalistes peu expressifs

Le témoin évoque la sensation de “quelque chose d’encore plus gros que la seule initiative de McBride”. Il est évidemment impossible de tirer quelque début de conclusion à partir d’une impression. Mais une question essentielle subsiste : était-il bien la seule tête pensante et le seul leader de cette initiative, seulement appuyé par “quelques proches” selon ses propres dires ? Ou était-il associé à d’autres personnalités connues et éminentes du camp royaliste ?

Enfin, nous pouvons poser la question de la véracité de l’ensemble du témoignage du membre de l’Assemblée Unique auprès de notre journal. Un ensemble d’éléments sont à la fois corroborés par des détails matériels auxquels nous avons eu accès, et par la réponse transmise par Melvi McBride. Mais le Pasteur conteste aussi indirectement des détails de la plus haute importance, comme l’usage de pressions et de menaces afin d’éviter que le contenu de la prise de contact soit ébruité. Il n’est même pas certain que l’un ou l’autre mente, dans le cas où les méthodes de cet “intermédiaire” aient été plus brutales que le souhait de l’ex Secrétaire Royal. Il est cependant à noter que le Pasteur McBride ne nous a pas davantage renseigné sur la nature et l’identité de cet intermédiaire, et le fait même de ne pas avoir pris contact directement avec d’autres personnalités du parti royaliste, qu’il connait pourtant bien, pose question

Ces nombreuses inconnues nous ont bien sûr amenés à approfondir l’enquête journalistique. Mais il a semblé qu’une forme d’omerta était la règle. La majorité des membres royalistes de l’Assemblée Unique ont été contactés par notre journal, restant principalement injoignables ou niant absolument avoir été joints au sujet d’une initiative politique du Pasteur Melvin McBride. Plusieurs ont d’ailleurs vivement reproché à l’Opinion de Brocelynwood de tenter de déstabiliser leur parti et “salir la réputation du Pasteur McBride” après qu’il ait été la cible d’un “odieux” attentat.

Bien que n’ayant pas encore toutes les clefs de cette affaire, le Journal a pris la décision de publier ce jour l’ensemble des faits connus et ce qu’en disent les différents acteurs, tant ils nous semblent aujourd’hui d’intérêt public.
Mais plusieurs mondes séparent des vérités actuellement considérées comme possibles. Entre une initiative isolée du Pasteur McBride cherchant à constituer un peu secrétement son club de réflexion sur le futur de la Monarchie, et une machine dirigée par plusieurs (ex) hauts responsables brocéliens dont McBride et visant à créer un Parti pro-royaliste dissident en utilisant des méthodes déloyales voire illégales, nous passons très clairement du presque “anecdotique” à une potentielle affaire d’Etat à même de faire vaciller le Royaume de Brocelynwood. Entre ces deux alternatives, une multitude continuum sont bien sûr envisageables.


Une affaire d'une ampleur qu'on peine peut-être encore à mesurer

Ces révélations sont à contextualiser, ce qui amène aux deux questions les plus sensibles.

Pourquoi, mis devant ces faits, le Roi et ses conseillers, dont le responsable du Parti Royaliste Aldric Rowanstone, choisissent-ils de ne pas réagir ? Vont-ils le faire dans les prochains jours, selon l’ampleur que prendront ces révélations ? Si le Roi est victime d’une forme de complot, il aurait à première vue tout à fait intérêt à le dénoncer plutôt que l’ignorer ou le nier. Dans la pratique, c’est bien plus compliqué. En allant sur ce terrain, Johnlyn IV fragiliserait d’abord tout l’édifice qu’il a construit depuis le jour de l’attentat en couvrant Melvin McBride d’éloges, malgré leurs désaccords préalables, et en l’associant directement à l’image de la Monarchie dans sa globalité. S’attaquer à la figure devenue quasi canonique de McBride, même devant des faits objectifs, ce serait s’amuser à scier le pied du trône sur lequel il est assis dans l’espoir que la lame soit mal aiguisée. Cette image est d’autant plus vrai que ce serait aussi faire éclater officiellement une affaire qui mettrait au centre de l’attention des oppositions internes au camp royaliste. Cela enverrait à la fois une image délétère de la Monarchie, supposément en position surplombante par rapport aux guerres intestines entre et en interne des autres partis. Cela pourrait également démontrer que le Roi n’est pas soutenu, voire prêt à être lâché par son camp politique, à moins de faire justement la démonstration que personne n’était prêt à suivre une initiative concurrente. Mais une fois le doigt mis dans l’engrenage, nul ne maîtrise sa capacité à ne pas finir broyé.

Pour finir, il y a bien sûr “l’éléphant dans la pièce”. En l’absence d’un quelconque élément, nous le manions avec la plus grande prudence. Il s’agit bien évidemment du lien entre ces nouveaux faits et la tentative d’assassinat dont McBride a été la cible. En l’absence de ce contexte, les regards se sont immédiatement tournés vers l'extrémisme communiste et indigéniste. Mais s’il est avéré qu’une forme de complot politique majeur était en train de se fomenter, et dont McBride était la tête ou a minima au centre d’une machine, cela ouvre une multitude de nouvelles pistes et ennemis potentiels. Il est encore impossible de dire si cette piste a une quelconque crédibilité, ni si elle a été découverte ou prise en compte par les enquêteurs.
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