07/11/2019
23:31:45
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La Guerre des Ombres / Vöynÿa n Kÿyerneyta - Page 3

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[℈] Pylkäväkÿntÿlä
Kapöli (℈): Kÿntylät

"Cierge Moqueur" (Kärlä Släkk, 2019, Salle de l'Hécatombe)
"Cierge Moqueur"
(Kärlä Släkk, 2019, Salle de l'Hécatombe)


⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩


Le rire est certainement la forme d'expression la plus complexe et propre à l'Homme qui soit. Les animaux rient, oui, mais de façon bien différente. Non, le rire humain a quelque chose de derrangeant lorsqu'il est sorti de son contexte. Quleque chose d'effrayant. Quelque chose de presque macabre.

Le rire fait plus peur qu'il ne fait de bien. Il indique la supériorité. C'est le son qu'emmet un trappeur lorsque sa proie a posé pied dans son piège. C'est le son qu'emmet un père de famille lorsque son fils est trop jeune pour comprendre. C'est le son qu'emmet un individu lorsqu'il délire. Et alors, nul ne peut le sauver de ce qu'il est sur le point de faire. Nul ne peut empêcher le rire.

Te voilà en proie, petit et pathétique. Tu n'a su te repentir face au Saint-Sauveur, et à présent tu pleures les conséquences. Si elle ne fait pas vomir, ta stature fait rire...

Shaula décrète par maintes fois que l'individu puni doit servir sa sentence. Il doit goûter au désespoir. Il doit avoir le sentiment d'être abandonné, seul.

Le Cierge Moqueur est indépendant de cette volonté. Lui, accompagne les punis. Mais un accompagnement mauvais, un accompagnement scabre. Il est toujours dit qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné. Le Cierge Moqueur est là pour mal vous accompagner.

Et vous ? Vous, qui êtes à la merci de Dieu, qui cherchez l'amour, refuseriez-vous une figure souriante, amicale dans votre vie ? Non, et vous vous y attacherez, vous en serez dépendante ! Le Cierge Moqueur sait rassurer. Il sait s'approcher de sa victime en créant un lien comme celui-ci. Mais plus le temps passe, plus il y a de dents dans son sourire, et plus son rire est audible. Car à mesure que sa torture se profile, il n'a plus à cacher sa manigance, le fait de vous faire mal. Et ainsi, cela se termine par un moment encore plus douleureux que votre sentence, c'est à dire la trahison du pseudo-ami.

Mais il ne s'arrête pas là. Il vous donne le choix de recommencer. Encore et à nouveau. Et nigaud que vous êtes, vous accepterez ses excuses plastiques, celles qui sont faites pour vous traîner dans l'abîme à nouveau. Car oui, dès à présent le dilemme s'offre à vous: continuer à souffrir de façon constante, ou bien profiter d'une seconde de plaisir pour ensuite être torturé encore plus violemment.

...Je ris, je ris de ta personne, de ta stature. Je ris de ton addiction au factice. Tu cherches les limbes alors même que tu es piégé en enfer, tu découpes tes membres pour me divertir, ton seul but est de t'arracher en vue de mon spectacle...

Le Cierge Moqueur n'apparaît pas de toute pièce. Comme tous, il apparaît dans le sommeil, là où l'homme est vulnérable de son intellecte, en proie à son propre inconscient. Mais c'est au réveil que celui-ci se montre particulièrement assassin. C'est dans le sommeil que la schizophrénie s'installe, et c'est de jour qu'elle agit. C'est lui, le principal vecteur de cette pathologie ! Et nul médicament, nulle aripiprazole, nulle clozapine pourra vous sauver du rire infernal, du châtiment divin qui va au delà de la modification corporelle. Car ce rire vient de votre âme, une âme possédée et corrompue, une âme tenue par les fils de la volontée divine. Et l'âme appartient au Saint-Sauveur et le Père, et selon le Père elle brise ou bien elle répare. Le Cierge Moqueur se profile au plus profond, là où vous n'avez donc aucune juridiction, là où Dieu vous à renié. Le rire persiste donc, et seule volonté divine pourra vous en débarrasser.

...Ecoute, entends tu ? C'est le son de la conséquence. Le rire, celui que tu as provoqué en moi. Tu n'est qu'un enfant face à mon action, et tu n'es que cobaye face à la souffrance que je t'inflige. Tu ne pourras pas me quitter, même si tu combats cette dépendance si puissante, car je serai toujours là pour te narguer, et te tenter de la véracité de mes actions factices. Je continuerai à te hanter jusqu'à ce que tu te rendes au Seigneur, et par cela la mort ou l'abandon. Abandonnes-toi donc à ma grâce, que je puisse te faire saigner à nouveau...

Le Cierge Moqueur n'a pas de merci pour les Corvuns. Il n'en a pas pour les Antariens. Il n'en a pour quiconque.

Et certainement, il en a le moins pour ceux qui osent s'attaquer à leurs victimes et leur donner le luxe de la mort.

Car au final, les étrangers qui interviennent dans sa danse macabre sont les premiers à en périr.

...Mon fils, quel divertissement que de te voir souffrir de mon amour !


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Ce passage est en dehors de la chronologie, il sert simplement à donner du contexte folklorique sur Corvus et certains passages obscurs des RP de la Guerre des Ombres.
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[℈] Syöväkÿntÿlä
Kapöli (℈): Kÿntylät

"Cierge Dévoreur" (Kärlä Släkk, 2019, Salle de l'Hécatombe)
"Cierge Dévoreur"
(Kärlä Släkk, 2019, Salle de l'Hécatombe)



L'Homme ne connaît pas de prédateurs naturels. Il a toujours vécu au dessus de toute espèce, et même religieusement celles-ci ont été crées pour lui et lui seul. Il n'a de place qu'au sommet de par son intelligence et sa capacité à converser avec la grâce du Saint-Sauveur.

Mais l'Homme désormais se voit confronté à plus fort que lui. Non pas seulement plus fort, mais un prédateur. Un personnage qui se nourrit de la chair de celui-ci. Qui chasse l'homme et qui le démembre vivant. C'est lui, le Cierge Dévoreur.

Tu n'as plus d'âme, tu n'as plus de coeur. Il fut arraché par le Saint-Sauveur !
Si belle est ta faute, bonne est ta chair. C'est la sentence des dissidents du Père !


Comme tous les Cierges, il apparaît dans le sommeil. Mais il n'est point là pour discuter, vous narguer ou même essayer de vous sauver. Le Dévoreur agit, et par action, il est le seul à infliger de la douleur physique.

Car oui, même au fond des rêves des traîtres de la volonté divine, il y a de la place pour la torture corporelle. Et celle-ci puise ainsi son drame de la peur innée d'être chassé par une bête affamée. Nulle part où aller, nul endroit où courrir. Personne pour vous entendre hurler alors que le Cierge se matérialise, et produit son cri traumatisant avant de donner l'assaut. C'est cette peur d'être attaqué par quelque chose que vous n'avez jamais connu, une entité faite pour vous digérer.

Il n'a pas de conscience, il ne parle pas. Il est animal après tout, même si de forme vaguement humanoïde. Non, il n'a rien d'humain, ni d'extra-terrestre. Il est divin. Infernal. Il sort tout droit des malédictions les plus puissantes de la fantassine. Il sort d'un cercle rouge telle une invocation. C'est d'ailleurs le seul à se produire ainsi. Rouge. Non pas noir. Ce n'est pas l'anxiété qu'il faut créer en la victime. C'est le sentiment de proie. Car la victime est une proie, et une proie seulement.

Je me dresse sous tes yeux pleins d'effroi. Tu te figes lorsque je me jette sur toi !
Et alors débute donc le festin. Je plante mes crocs dans tes intestins !


Lorsqu'il est enfin dans sa forme principale, il vous repère immédiatement. Pas difficile de poursuivre quelqu'un dans une chambre à coucher, tétanisé par la peur. Et ainsi, il bondit gueule ouverte, hurlant.

Il commence par percer le ventre, en y arrachant vos entrailles sous vos yeux. L'Homme sous cette vision aurait l'habitude de s'évanouir, de partir autrepart pour atténuer la douleur et se défaire de la vision de sa propre mort. Mais non, le Saint-Sauveur n'a pas cette volonté. Et cela se passe au sein de vos rêves. Vous êtes pourchassé chez vous, dans votre propre tête, dans votre lieu sûr. Il n'y a pas d'échappatoire à la volonté divine.

Puis, lorsque vous vous retrouvez enfin complètement éventré, il arrache vos membres un par un, en commençant par les jambes puis chacun de vos bras. Ils ne vous serviront point, et de toute façon de vous ont jamais servi, sauf pour trahir le Père. Ils sont plus utiles en nourissant le dévoreur des enfers que montés sur votre torse, si c'est pour commettre le péché irréparable et ne point chercher la rédemption. Ou pire, la renier.

Et alors que vous êtes sur le point de sombrer, vidé de votre sang, privé de vos membres, éventré à coups de crocs, il finit par vous arracher la tête d'une morsure sèche, vous donnant comme ultime vision celle de ses intérieurs où vous méritez d'être.

Je dévore tous tes membres un par un. Les bras d'un pêcheur ne servent plus à rien !
Et saignant par terre, tu payes ta dette. C'est bien une danse à en perdre la tête !


Le Cierge Dévoreur est donc là pour ajouter une note de douleur physique à l'arsenal psychologique du châtiment divin.

Il ne parle pas, il crie. Il est animal. Il est bête. Il est douleur.

Nulle utilisation de la raison ne vous sortira de là. Vous auriez dû l'utiliser lorsque vous avez refusé de chercher la rédemption, il est désormais trop tard. L'ombre rouge est apparue.

Ô mon fils, quel bon goût que tu as ! Tu appelles à l'aide, mais Dieu n'est plus là !


Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Ce passage est en dehors de la chronologie, il sert simplement à donner du contexte folklorique sur Corvus et certains passages obscurs des RP de la Guerre des Ombres.
3838
[℈] Vapaütäväkÿntÿlä
Kapöli (℈): Kÿntylät

"Cierge Libérateur" (Kärlä Släkk, 2019, Salle de l'Hécatombe)
"Cierge Libérateur"
(Kärlä Släkk, 2019, Salle de l'Hécatombe)


⇩ Musique d'Ambiance pour la lecture ⇩


La salvation est mère, la salvation est soeur. Mais la libération, elle dérive de celle-ci ! Elle libère de toute forces, même celles gravitationnelles, car il n'y a de plus accablant que la rédemption.

Vous avez péché. Shaula a reconnu votre dangereuse proximité avec l'ombre de la Fantassine, et pourtant, a usé de sa merci divine pour vous offrir une dernière chance, celle du purgatoire terrestre.

Vous avez affronté l'impossible. Vous avez frôlé tout d'abord les confins de l'Odium, vos membres dévorés par les Cierges, votre psyché torturée et trahie par leurs méfaits, vos nuits infinies qui n'ont connu que peu de sommeil, et celui-ci étant empli de malédiction. Mais vous avez résisté, vous avez prié et, à défaut de demander l'intervention divine, vous vous êtes repenti de votre péché et vous avez accepté d'être remis sur le droit chemin !

Avec courage, vous avez franchi la vallée du Fou qui sépare les univers de l'Odium et celui de l'Agape, vous y avez rencontré des cierges corrompus, des Cierges bienfaisants et malfaisants, vous avez été tenté et tiraillé de votre position. Toutes les raisons vous ont été offertes pour que vous continuiez à péché, encore et toujours. Mais encore une fois, vous avez su tenir tête à la Fantassine et à ses envoûtements, vous avez tourné le dos au Mal futur en échange de Mal présent, avec derrière celui-ci la promesse de la vie éternelle aux côtés du Saint-Sauveur.

Et puis, la partie la plus difficile, la conquête du Bien, celui du Royaume des Cieux. Vous avez été éprouvé de toutes manières, vous avez prié, conversé avec les anges pour obtenir la rédemption, vous avez retracé tous vos péchés pour les anéantir et enfin, vous avez ouvert votre coeur pour y accueillir Son amour et y avez reconstruit votre âme alors sur le bord du précipice.

Et une nuit comme les autres, là où vous étiez déterminé à faire d'avantage, à rencontrer un nouveau Cierge, à vous défaire d'un nouveau piège, vous vous êtes réalisé entre deux prières. Et là, à travers les fenêtes, craquelures et plis des murs autour de vous, la lumière divine est apparue comme un rayon.

Il était là. C'était la victoire en personne.

Ainsi le Cierge le plus proche de l'Agape du Saint-Sauveur, il dérive de toute la bonté qui lui a été accordée pour bénir l'individu pardonné. C'est la sortie la plus digne du purgatoire terrestre.

Tout ce que j’ai fait laisse des cicatrices
Ça me déchire, me brise, rend complice
Que puis-je vraiment faire aujourd’hui ?
Je ne supporte pas l’idée de te perdre sous cette pluie
Où dois-je aller, dis-moi, sans détour
Retrouver enfin mon amour ?
Dois-je me noyer dans ma rancœur
Et laisser sombrer tout mon cœur ?


Il arrive en fanfare, par détonations et explosions que seule votre ouïe vous est permise de capter, car autrui n'aura pas droit à cette récompense. Vous avez vaincu le purgatoire terrestre par la voie la plus glorieuse, celle qui transforme votre chagrin en accomplissements et qui rendent rentable les larmes que vous avez coulé pour y parvenir !

Dansons ensemble dans cette pluie
Rouge sang, tombant, dans mon esprit
Transformer mon corps en œuvre d’art
Peinte par la rage, éclatée sans regard
Des traces d’une colère lavée trop souvent
Et ces accidents heureux, perdus dans le temps
Ont bâti ce drame immense, dévastateur
Un chaos profond, noyé dans la douleur
Je me sens chuter sous tout ce vacarme !


Lorsque vous vous êtes réalisé, il apparaît comme tout cierge. Cependant, au lieu de se contenter d'une apparition à l'intérieur, lui se manifeste à l'extérieur. Il annonce votre libération, vous invite à sortir et respirer l'air frais du succès. Et là, il se dresse, flotte vers les cieux, annéantissant votre péché et annonçant la nouvelle au Saint-Sauveur !

Je refuse que la peine devienne mon arme
Revenir en arrière, fermer ces cercueils
Et les laisser voguer loin de mon deuil


Le Cierge Libérateur est la fin heureuse. Il est succès. Il est Agape. Il est l'unique qui par votre accomplissement vous glorifie sans dire un mot, mais plutôt en vous offrant l'expérience salvatrice que vous ne saviez même pas de pouvoir y prétendre. Et pourtant, vous voilà invité à la droite de Dieu et ainsi pour l'éternité, chantant dans son coeur !

J’entends une voix m’appeler

Pour me libérer !



Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Ce passage est en dehors de la chronologie, il sert simplement à donner du contexte folklorique sur Corvus et certains passages obscurs des RP de la Guerre des Ombres.
4849
[✝] Vräyöt Köstävat
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"Derrière chaque balle..." Päcsä Nööl, 2020 (Salle des Douces Calamités, Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)

"Derrière chaque balle..."
Päcsä Nööl, 2020 (Salle des Douces Calamités, Académie des Lettres Modernes et Anciennes, Roncevaux)



Ryämö Köwnatör, leader du mouvement Corvun a écrit :
Mes amis, des inconnus aux plus chers,

Si nous nous sommes gardés jusqu'à présent d'assumer notre affinité politique sur le champ de bataille, c'était car ce combat était avant tout ethnique. Nous combattons pour des valeurs que nous avons cachés, et même en faisant cela elles ont été décelés puis détruites. Sans en assumer la moindre conséquence. D'autres part, ce combat est culturel. Je dirais même plus, il est personnel et traditionnel. C'est car vous et vous seuls avez choisi de prendre à coeur cet affrontement qu'il est advenu. Que des pays étrangers s'y mêlent, cela n'aurait relevé que de deux problèmes: La stabilité régionale, cette valeur que nous avons juré de protéger par notre sang, est lésée par la perfidie de notre voisin, et des intérêts politiques. C'est sur cette question là que je m'attarde à présent.

Admettons-le à présent, si nous voulons voir un état Corvun resurgir, ce n'est pas seulement pour faire remonter notre culture. C'est aussi car vous représentez sans doute l'écrasante majorité des œuvriers[1] de ce pays.

Nos camarades corvuns ont bâti ce pays, même après avoir capitulé leur culture à un nouvel état qui promettait une économie industrielle forte. Cette promesse a été tenue pendant de nombreuses années, certes. Mais à présent, c'est une insulte. Une insulte à ces œuvriers qui nous nourrissent et qui durant les dix dernières années nous ont maltraités, détruit nos prix pour favoriser l'import, acheter nos produits et les vendre bien plus chers à l'étranger sans rien nous verser. Il est de même dans le secondaire, où le pays a fait appel a des entreprises étrangères pour assurer sa production, la déplacer par delà nos frontières et nous arracher des mains notre travail. Et cela est sans parler des assurances, notamment celle médicale, qui continue de nous réserver des mauvaises surprises.

Vous avez donc essayé de faire grève, mais les médias ont refusé d'en couvrir la grande majorité en suggérant au contraire que tout allait bien. Des individus ont été licensiés, les QG des entreprises historiques du secteur secondaire du pays ont été transférés de Henne à Margaux, loin de ceux qui osaient remettre en question leur corruption. Et, évidemment, la goutte qui fit déborder le vase, ni plus ni moins la déstruction de tout ce qui restair de notre accord, c'est à dire le patrimoine.

Un pays n'a point à devoir se reposer sur d'autres tandis que des hommes et des femmes travaillent d'arrache pied pour qu'il soit auto-suffisant. Ce qui était une République juste et dont la puissance industrielle était louée devint un pôle d'une bureaucratie complexe, faite en sorte pour que vous et moi ne puissions comprendre ce qui se trame dans les locaux de la capitale.

Donc, je vous le dis à présent, sachez que nous avons combattu surtout pour notre patrimoine. Mais n'oubliez pas la raison fondamentale de notre colère, celle du manque de respect, celle d'une élite qui a trahi ses œuvriers, eux qui ont sacrifié leur passé pour être reconnus à leur juste valeur. Mademoiselle Maxine n'est pas morte pour voir cela. Béatrice Nivose non plus, ainsi que les héritiers du patrimoine qui nous a précédé. Rappellez-vous ainsi de ce que vous avez à gagner, outre le droit de revenir sur vos origines. C'est cette même élite que nous combattons aujourd'hui, une élite soutenue par la MIRA, une élite bourgeoise qui mérite d'être anéantie pour le tort qu'elle nous a causé, qui se repose en ce moment même à Margaux dans les quartiers financiers alors que de braves gens comme vous donnent leur vie à travers les rues de Henne.

Si je vous en parle, c'est aussi pour illustrer l'ironie du moment que nous vivons à présent. Sachez-le, nous avons des alliés qui respectent et adhèrent à nous valeurs sociales, telle que la République Fédérale Kartienne, qui dès la montée de notre mouvement ont cru à notre ascension et en ont fait les louanges. Non par haine du camp adverse, non, mais par amour du nôtre. Sans doute d'autres contrées partageant ces mêmes idéaux auront tendance à manifester leur support envers notre cause. Bien que nous l'acceptons, nous avons les moyens de nous faire valoir par nous mêmes contre les acteurs de la MIRA qui ont décidé de nous utiliser comme bouc émissaires pour leurs opérations. Cependant, certains se donnent non seulement la permission de tirer sur ceux et celles qui partagent ces mêmes idéaux sociaux, mais rouler sur notre terre en vertu de ceux-ci. Encore une fois je le répète. Oui, nous combattons pour un nouvel avenir politique du pays. Mais aussi pour notre patrimoine. Et l'intervention étrangère viole cette deuxième condition. Et nous ne ferons pas de compromis en choisissant l'une pour l'autre. Nous voulons changer notre pays, et nous voulons le faire de notre propre main.

Cela semble ne pas poser problème à la Loduarie, qui pense faire trôner des valeurs mais qui ne fait trôner qu'une volonté millénaire de nous assiéger. Qu'ils eurent raison lorsque le pays étaient gouverné par des élites, cela est discussion autre. Mais à présent, alors même que notre contrée se prépare à un changement révolutionnaire, cette destruction nous la condamnons. Et quand bien même nous oeuvrons selon les même pensées, le sang corvun continuera de couler tant que toute âme loduarienne n'aura point disparue de notre sol.

Que la malédiction de Shaula emporte ces hypocrites aux pieds de la fantassine !

- Ryämö Köwnatör

[1] œuvriers : Terme antarien, l'équivalent du prolétariat.

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[✝] Lukÿjä
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"Raymond" Kärlä Släkk, 2021 (Musée des Martyrs, Ville de Lyra)

"Raymond"
Kärlä Släkk, 2021 (Musée des Martyrs, Ville de Lyra)



Les montagnes des hauts-plateaux étaient certainement l'un des reliefs les plus prisés du pays. La lumière s'abattait toujours sur les neiges éternelles des sommets et se réfléchissait de vallées en vallées. De journée, l'atmosphère était jaunie par ces couleurs, comme si la région était restée coincée dans une carte postale des années 60. Au contraire, à l'aube et au coucher du doux soleil de fin d'été, c'était un charme rosé qui se posait là comme un voile, apportant le calme de fin de journée aux habitants des environs.

C'est justement durant ces temps morts que Raymond lisait son journal, ou bien un livre qu'il avait débusqué chez un bouquiniste l'autre jour. Sur cette maudite chaise en plastique, sur laquelle sa cousine jurait tout le temps qu'elle allait la jeter. En effet, celle-ci cassait le charme de ce petit balcon où une multitude de plantes et de décorations faisaient vivre l'espace. La chaise était tout aussi intrue que l'était Raymond dans la famille, et c'est pour cela qu'il l'aimait autant. Tout ce qu'il faisait, c'était de partager sa condition.

Et pourtant, dire que Raymond était un intrus, c'était une exagération. Ayant souffert d'un mauvais divorce, il avait cherché le refuge temporaire chez sa cousine, aussi bien pour lui que pour l'aider elle à s'occuper de son nouvel enfant en bas âge lorsque elle et son mari travaillaient. Il avait toujours été très docile avec les plus petits, c'est sans doute ce qui lui a valu la séparation avec son ex-femme qui n'en voulait point. Dans tous les cas, sa nouvelle vie était désormais plus calme. Il lisait, et les enfants le regardaient, là, seul sur le balcon, toujours sur cette maudite chaise.

Aujourd'hui, il avait lu plus que d'habitude. Le soleil s'étant couché, il devenait difficile de lire dans la pénombre. Surtout, l'odeur berçante du poulet rôti l'avait attiré à table. Et à chaque fois qu'il se levait après sa séance, les enfants le bombardaient de questions diverses et variés.

"Oncle Raymond ! Oncle Raymond ! il parlait de quoi ton livre aujourd'hui ??"

Raymond souriait. Les enfants avaient pris l'habitude de l'appeler oncle. C'était presque assez pour réparer son petit cœur déchiré. Il répondait calmement.

"Une très belle histoire à propos d'une amitié entre un berger et un fantôme. Très poétique."

Les enfants étaient émerveillés comme à leur habitude.

"Tu crois aux fantômes, oncle Raymond ?"

"Je ne sais pas. Et toi ?"

"J'aimerais bien être un fantôme, je peux jouer dans ma chambre au lieu d'aller à l'école !"

"Tu ne trouverais pas cela ennuyeux à force ?"

"Toi non plus, tu ne trouves pas cela ennuyeux de lire toute la soirée ?"

Raymond se mit à sourire. Tellement de tendresse, et dire qu'une poignée d'égoïstes pouvaient mettre fin à cela.

Une fois à table, tous se mirent à converser de leur journée. Les parents parlaient une énième fois de projets qu'ils avaient entamés, tandis que les enfants citaient leurs découvertes et apprentissages du jour à l'école. Raymond, lui, restait quelque peu exilé. Il était présent et écoutait diligemment, mais rien de cela ne le concernait vraiment. Et pourtant, même en étant cet intrus, il faisait bien partie de cette famille désormais.

Alors qu'il réfléchissait, le nez dans son plat, sa cousine l'interpela.

"Alors Ray, tu nous racontes un peu cette lecture du jour ?"

Raymond sourit.

"J'en ai déjà parlé aux enfants. Disons que c'est une histoire de fantômes."

Le mari de sa cousine était particulièrement fasciné par le calme de Raymond. Il lui posait sans cesse des questions sur les ouvrages qu'il lisait, à défaut de les lire lui même. C'était typiquement l'homme avec une grande curiosité, mais trop pressé ou occupé pour alimenter celle-ci.

"De quel auteur ? C'est de la philosophie ?"

"Luna de Basildon. Ce n'est pas son ouvrage le plus nouveau, mais c'est une belle métaphore. Celui-ci était dans ma liste depuis un moment."

"C'est quand même dingue, j'aurais jamais la patience de m'asseoir sur une chaise pendant des heures pour lire. C'est quand même génial."

"Après, ça me détend. Je peux penser à autre chose. C'est si calme dans votre quartier..."

Sa cousine prit la parole.

"Tu sais, même si c'est calme au coucher, tu devrais essayer de partir pour une promenade nocturne. C'est vraiment sûr par ici, tu risques rien. Tu pourrais essayer ça."

C'est vrai que Raymond était plus du genre statique, il ne se promenait pas souvent. Il préférait s'asseoir et lire. Mais il était aussi très ouvert aux choses nouvelles. Peut être que partir quelque part au milieu de la nuit, c'était un bon moyen de se retrouver face au silence et approfondir ses réflexions sur ses lectures. D'habitude, il aurait fait cela en regardant le plafond alors qu'il cherchait de s'endormir le soir sur le canapé-lit. Mais pour une raison ou une autre, une petite escapade le tentait.

"Peut-être... C'est une bonne idée que tu proposes… Tu connais un bon itinéraire ?"

"Il n'y en a pas. C'est toute la magie. Laisse toi porter par tes pas."

"Porter par mes pas ?"

Raymond était complètement à l'écart du concept de vagabonder physiquement. Et pourtant, il le faisait déjà souvent dans ses pensées. Mais encore une fois, c'était son esprit sédentaire qui le faisait douter.

"Personne te force. Si tu veux, on ira demain ensemble. Ou ce soir ?"

"Demain. Demain c'est mieux."

Pourquoi avait-il renvoyé au lendemain ? Il se connaissait pourtant assez bien que cela, dans son jargon, signifiait l'abandon pur et simple de l'idée. Il n'allait pas faire cela demain. Ni le jour d'après, d'ailleurs.

Qu'importe. Ce n'était pas sa première initiative qui passait à la trappe…

* * *

Le plafond était accusateur ce soir là. Il l'était bien souvent, mais aujourd'hui il était plus bas que d'habitude selon sa perspective. Cela l'oppressait. Allongé sur son lit, il n'avait pas envie d'être écrasé par la métaphore de ses pensées divagantes. Il voulait qu'elles puissent exploser. Partir plus haut. À y repenser, dormir à la belle étoile aurait réglé son problème.

Il continuait à repenser au dîner. Il s'était levé de table, comme d'habitude. Il avait aidé à la vaisselle, comme d'habitude. Il avait même couché les enfants, là aussi comme à son habitude. Et comme d'habitude, il était couché lui même à présent, face au plafond des pensées perdues. Il aimait l'habitude, et ne laissait pas des pensées parasites le dévier de ce chemin goudronné. Mais ce soir là, il n'y arrivait tout simplement pas.

Pourquoi donc avait-il décliné ? Pourquoi ce geste, exactement ?

C'était un réflexe. Il n'avait pas agi. Il s'était rabattu sur son planning habituel, celui qu'il connaissait assez bien pour ne jamais être surpris. Mais il avait besoin de cette surprise pour le changer. Pour le sortir de sa stase. La surprise l'appelait de l'extérieur.

C'était donc décidé. Il allait sortir, maintenant.

Sans faire de bruit, il enfila ses souliers en prenant soin d'oublier tout l'essentiel, tout sauf les clés pour éviter de devoir dormir sur le paillasson. Et le voilà qu'il se retrouvait dans la rue. Déserte, à peine illuminée, sans idée de où aller plus qu'autre part que l'endroit d'où il était venu.

Cela lui était assez simple, à sa grande surprise. Il se mit à marcher sans réfléchir, comme s'il avait fait cela tous les jours de sa vie. En réalité, il réfléchissait bien. Il réfléchissait mieux. À cet ouvrage qu'il avait dévoré aujourd'hui.

Même seulement après quelques minutes de marche, il commençait déjà à questionner ses anciennes habitudes. Comment pouvait il réfléchir en étouffant dans cette pièce ? C'était tout simplement inenvisageable. Dans sa tête, il se croyait divaguant dans la jungle, même si entre nous, il se construisait un tout nouveau chemin goudronné…

Qu'importe. Il se laissait surprendre. Et cela ne pouvait que l'amener dans un endroit meilleur. Il pensait déjà aux analyses et aux réflexions qu'il allait fournir aux enfants, ou au mari de sa cousine qui en demandait si souvent. Peut-être que son aversion pour cette pratique venait simplement du fait qu'il séchait à ce sujet. Dans tout les cas, il se sentait nouveau.

Et tout cela grâce à sa cousine.

Il jeta un œil à sa montre. Bientôt une heure du matin. Il était à bonne distance de son domicile, il aurait pu rentrer. Mais ce moment était trop magique. Qu'importe, il aura tout le temps de récupérer des heures de repos plus tard.

Alors qu'il s'éloignait des rues pour rejoindre des parcs en périphérie, sa transe matérialisée par le silence et l'atmosphère vide fut soudainement interrompue.

Un pas de côté. Une décision horrible. Un tir. Et la destruction d'une histoire.

Il leva les yeux au ciel, le même qui lui avait ouvert un nouveau monde et qui s'apprêtait à le trahir. Une ombre, puis deux, puis cinq, découpant l'espace céleste trop rapidement pour qu'il puissent en distinguer quoi que ce soit. Sauf un détail.

Une lueur. En réalité, des dizaines. Des lueurs qui devenaient plus puissantes, plus intenses.

Et puis, plus rien.

Rien. Réduit à néant.

Tout simplement.

* * *

Alors que la vallée brûlait, que les habitants hurlaient et les bâtiments s'écroulaient, la famille autre fois faisant partie d'une routine en fut violemment extraite. Les téléphones sonnaient par milliers avec des alertes gouvernementales. Des policiers et des militaires poussaient les individus dans les souterrains et les métros. La panique. La peur. Toutes au rendez-vous.

Dans cette panique, la "famille" de Raymond attrapaient des objets de première nécessité. La cousine pleurait, son mari était ironiquement le plus calme de la situation. Tous étaient prêts à évacuer, les enfants compris.

Avant de quitter l'appartement, le plus curieux des petits jeta un dernier coup d'œil au balcon. Raymond était nulle part. On ne voulait pas l'oublier. Mais dans la panique, on avait à peine remarqué sa disparition.

La vérité ? Raymond n'avait pas disparu. Il avait seulement découvert un autre monde. Certainement un monde meilleur. Là, sur le balcon, à travers les yeux du jeune, il apparut. Ou, plus précisément, c'est son ombre qui apparut.

Il était devenu une ombre. Certes, très tôt. Mais une ombre, c'était désormais son statut.

Et c'était mieux comme cela. Car seuls les morts voient au delà de l'ombre.

Et seules les ombres témoignent de la fin du conflit.

Ainsi partaient les victimes civiles de l'invasion, une par une. Des personnes avec des histoires. Avec des avenirs. Réduites à des ombres.

La zone des Hauts-Plateaux n'était même pas touchée par la guerre civile. Elle vivait paisiblement. Et la voilà à présent touchée par des tirs d'artillerie loduariens. Des tirs qui en l'espace de quelques minutes, ont fait plus de victimes civiles que l'entièreté de la Guerre des Ombres jusqu'à présent.

C'est fini.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode est l'un des plusieurs témoignages adaptés sous formes de nouvelles et extraits sur les victimes civiles et innocentes de l'attaque éclair loduarienne. Ces histoires sont imprimées sur des tracts et distribués tout au long de la résistance aux personnes aveugles des objectifs réels de cette opération militaire.
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[✝] Entoÿmë
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"La Béatrice Immolée" Kärlä Släkk, 2019 (Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"La Béatrice Immolée"
Kärlä Släkk, 2019 (Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Journal Nömnä nä Körvä a écrit :
Incendie sur la Chapelle Sainte Béatrice
Suite aux bombardements liées à l'invasion par la Loduarie Communiste, l'église emblématique des Pavés devient cendres dans l'espace de quelques heures

Alors que les forces Loduariennes faisaient leur entrée vers une heure du matin dans l'espace aérien du pays pour en prendre possession, des bombardements importants ont été effectués sur l'entièreté des villes de Robaltes et de Henne, épicentres du soulèvement Corvun dans le pays. Bien que les combats liés à la Guerre des Ombres faisaient rage depuis maintenant quelques mois malgré plusieurs trêves angoissantes laissées par la MIRA pour nous donner l'occasion d'évacuer les civils et soigner des blessés, cette simple opération a emporté avec elle plus de vies innocentes et bâtiments historiques en quelques heures seulement. Des bâtiments protégés que les deux parties auparavant avaient juré ne point désacrer, et des civils auxquels un couloir d'évacuation était dédié avant cette attaque. À présent, plus de garanties humanitaires. Plus de règles du jeu.

Les premières flammes ont été déclarés que peu de temps après que les premiers obus et missiles firent contact avec le sol. Dans la panique, les résistants Corvuns alors principaux occupants de la ville ont été pressés vers des abris d'artillerie, y compris les pompiers qui n'ont dès l'ors pas pu être présents pour éteindre le carnage se déroulant devant leurs yeux.

Ceux qui ont pu avoir une vue sur la Sainte Béatrice ont pu témoigner du spectacle macabre. Trois cent années d'histoires. Des ouvrages religieux des plus précieux. Sans doute l'attraction touristique la plus prisées du quartier historique de Henne, volatilisé sous les braises causées par les chutes d'obus.

La chapelle était le premier point de discussion lorsque l'encadrement de la guerre civile avait été discuté en premier lieu. Ce lieu de culte était l'un des monuments catholiques les plus importants, certes, mais renfermait tout aussi bien une quantité non-négligeable d'archéologie corvienne ce qui en faisait un point de rencontre hybride entre les deux parties. Nul n'aurait osé s'en servir ou la détruire, même par accident. Ni le périmètre d'ailleurs, composé de bâtiments d'origines avec certains des plus beaux colombages du pays.

Ce matin, il ne reste plus rien. Un champ de bois noir, des montagnes de cendres et des corps de résistants qui n'ont pu rejoindre leurs abris à temps.

Des fidèles ont notamment été aperçu en train de se recueillir sur le seul artefact restant, une croix de pierre érigée sur la place du parvis de l'église. Autrefois grisâtre, elle était devenue noire comme l'ébène. Et seule survivante du cataclysme.

Les individus s'étant rendus sur place ont rapidement été dispersés par les militaires loduariens ayant pris en charge la ville, pour raisons dites de sécurité. Mais derrière les rubalises étendues sur le périmètre, des corps sans vie aux pieds de la Croix.

Désormais sous tutelle, les résistants l'ont murmuré à notre antenne: "Sainte Béatrice sera vengée, et Shaula n'aura pas de miséricorde pour les malfaiteurs."

Klarnä avait enfin fini de taper sur sa machine. Derrière elle, Heykÿ s'apprêtait à lui arracher la page des mains pour courir à l'imprimerie et en disperser un maximum d'exemplaires.

Ils avaient répondu présent au début de la guerre civile. Et maintenant, c'était de leur devoir d'en faire de même contre cette injure étrangère.

Suite à la prise en charge de la ville par les militaires loduariens, la publication devient à présent clandestine. Les informations sont relayées de mains en mains grâce à des tracts, et des clichés des zones restreintes commençaient à être diffusés. Derrière ces périmètres, les vrais dégâts de l'opération. Ceux que personne ne voit, et ne verra peut-être jamais en dehors du pays.

Car avec cette chapelle qui tombe, c'est la foi du pays qui est touchée. L'intouchable. À présent, ce n'était plus un combat d'indépendance, mais d'une certaine manière, religieux.

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode est l'un des plusieurs journaux d'informations indépendantes et clandestines qui sont diffusés pour mettre en évidence les dégâts réels causés par l'invasion dite humanitaire.
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[✝] Vespernacht
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"Vespernacht ou la Noctonuit" Kärlä Släkk, 2020 (Photographie Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)

"Vespernacht ou la Noctonuit"
Kärlä Släkk, 2020 (Photographie Paranumérique, Musée des Arts Photographiques de Tassel)



Un battement de cœur. Plusieurs, en réalité. C'est tout ce qu'on entendait dans les couloirs de l'institut carcéral psychiatrique de Margaux Est, en périphérie de la capitale.

Un battement toutes les passes secondes. C'était un rythme plutôt calme, plutôt détendu. Trop ? Certainement. Mais il y avait du bon dans l'air. Les gardes ne trouvait rien d'anormal. Mais les carcérés, eux, si. Ils le sentaient. Ils frémissaient.

En toute habitude, on en entendait certains taper sur leurs portes renforcés, demandant à être libérés. C'était souvent des jeunes, souvent même des mineurs. De toutes façons, des pathologies comme celles-ci, elles ne donnaient point d'espérance de vie bien longue. Et avec cela, les récentes épidémies de grippe antariennes ne réglaient rien au problème. C'était comme si on les enfermait ici dans l'attente de quelque chose.

Les premiers cris et sifflements des bombardements côtiers loduariens commençaient déjà à faire rage. Fort-heureusement, la banlieue était assez éloignée pour subir quoi que ce soit. Mais assez proche pour voir leur capitale brûler.

Dans l'office des gardes, tout le monde était scotché à la baie vitré. La plupart n'avait pas de famille, et que peu d'amis qu'ils pouvaient ou devaient appeler. Ils regardaient le drame silencieusement.

"Les Corvuns ?"

"Ils nous auraient prévenu."

"La Loduarie ?"

Tous étaient silencieux. De toute évidence, cela ne pouvait pas venir de quiconque. Surtout qu'il était maintenant assez évident que le blocus naval se rapprochait dangereusement des côtes. C'était tout de même dur à accepter. Pourquoi maintenant ? Pourquoi comme cela ?

"Donc c'est enfin arrivé..."

Ces gens là n'auraient plus de vie à laquelle retourner une fois le soleil levé. L'armée allait bientôt arriver et les bombardements allaient s'en suivre. Ils allaient probablement être évacués bientôt. En parlant d'évacuation, tous eurent la même peur au même moment. L'un d'eux s'écria.

"Attendez... On en fait quoi des deux cents schizos ?"

"Ils évacueront avec nous, non ?"

"T'es fou ? Tu sais à qui on a à faire ?"

"C'est bon, on les endort et voilà."

"Et puis quoi ? On les mets où ?"

Tous se regardèrent l'un l'autre. C'était du suicide. Ils savaient pertinemment que les personnes incarcérés sur le site avaient toutes tué par le passé, ou comptaient le faire. Et si les loduariens prennaient le contrôle de la zone, ils allaient tous et toutes être tués ou torturés. Il n'y avait pas dix mille solutions, en réalité il n'y en avait qu'une.

"On doit les libérer."

Ils se retournèrent tous pour dévisager celui qui venait de proposer l'idée, comme si il venait de dire une immondice. Et pourtant, ils savaient qu'il venait de dire ce que tous pensaient tout bas.

"On peut pas. Ils vont déclencher une guerre si on les relâche dans la nature."

"Une guerre est déjà en cours de toute façon. Et ils vont mourir d'une manière ou d'une autre. Autant leur laisser une soirée de liberté. Ce sont de personnes, eux aussi."

Les gardes n'avaient pas à être convaincus. En réalité, ils l'étaient déjà. Ce dont ils avaient besoin, c'était une bonne raison pour le faire. Car ils refusaient comme tout homme de s'abandonner à la fatalité de la seule option. Ils voulaient avoir le sentiment d'avoir choisi.

"On doit faire en sortes qu'ils ne fassent rien de dangereux."

"Je peux leur proposer un marché..."

Les gardes se mirent à rire. Celui qui avait prononcé la phrase aussi. Mais au bout de quelques secondes seulement, les rires joyeux fanèrent en réalisations absurdes. Absurde en effet était l'idée de négocier avec des demeurés. Mais il n'y avait plus rien d'absurde à présent car ils avaient tout vu. Ils avaient vu Margaux en feu, c'était pour eux bien au delà de leur ligne rouge.

Se regardant les uns les autres comme pour essayer de se passer la responsabilité, l'un d'entre eux se leva.

"Bon, je tente ma chance. Appelez Ouest et Nord-Est pour savoir ce que eux ils font. Demandez aussi à Roncevaux et Rigault."

Et de cette manière, sans savoir réellement comment, la ruche des gardes s'activa.

Dans les couloirs, rien. En réalité, personne. Seul ce garde, en route pour la cellule 33. Il savait à qui il devait parler pour s'adresser à tous. La fameuse détenue numéro 33. Celle qui avait su réunir et pacifier les deux cents et plus individus dans le centre, assez pour permettre à la direction de les autoriser à déjeuner en groupe complet dans la cafétéria sans qu'il y ait d'incidents sanglants. Les gérants avaient parlé de "réussite" lorsqu'ils étaient interrogés sur le calme anormal de leurs détenus, lorsqu'en réalité, c'est à cette gamine qu'il fallait remettre des remerciements. C'était une triste métaphore de comment ces patients étaient traités dans le pays.

Après seulement quelques minutes de marche, il était arrivé à une impasse. Et au bout, la cellule. Normalement, pour ouvrir cette porte, il aurait du être encadré par deux gardes armées. Mais il avait la sensation, et l'espoir, que la fille allait coopérer. Il tapa un code, tourna la lourde poignée et tira vers lui le pavé d'acier qui le séparait de la salle blanche.

À l'intérieur, le calme. Rien, juste des coussins blancs. Et surtout, personne. Le garde eut un instant de panique, il fit un pas malhabile à l'intérieur et la vit là, dans un coin adjacent à la porte.

La fille avait tout d'une personne normale. Elle souriait normalement, avait l'air innocente. Elle semblait même attendre l'arrivée de ce même garde. Avec sa voix douce, elle prit la parole.

"Vous en avez mis du temps à vous décider."

Le garde ne se laissa pas impressionner et décida de suivre le protocole.

"Détenue numéro trente trois, on aimerais vous proposer un marché."

"J'écoute."

"À cause d'une situation exceptionnelle, nous devons évacuer le bâtiment. Nous ne pouvons pas transporter les détenus ou les relocaliser."

"Donc vous allez suivre votre gentil protocole et nous laisser crever ici ?"

"On comptait vous remettre en liberté. Mais sous une condition. Que vous ne porterez pas atteinte à aucun citoyen antarien à votre sortie."

"Vous savez pertinemment que je ne peux rien garantir. Qui plus est, si nous sommes tous ici, c'est car quelqu'un ou plusieurs personnes nous ont infligé une certaine détresse. Vous y compris, je n'ai pas beaucoup apprécié l'usurpation de mes efforts. Ce que je vous propose, c'est une libération sous mes conditions."

"Lesquelles ?"

"On veut des armes."

"Il est hors que question que-"

"Quoi ? Vous comptez vous battre contre la Loduarie comme ça, habillé comme une courgette ?"

Le garde ne savait pas quoi répondre. Tout de même, il ne pouvait pas accepter un tel marché.

"Et parce que vous comptez vous battre, vous ? Qu'avez-vous à y gagner ?"

La jeune fille se leva d'un bond et se mit à faire les mille pas alors qu'elle entama son explication.

"Voyez-vous, ce pays comme il l'existe nous a causé beaucoup de torts. Vous saviez pertinemment que ce pays portait un lourd fardeau de personnes isolées et mal traités, entre autres. Et puis, vient un groupe de nostalgiques, qui décide de vous rappeler quel Dieu vous priez. Un Dieu qui vous a enseigné la miséricorde. Et une ange, Shaula, pour vous l'accorder. Nous avons tout intérêt à défendre des individus qui connaissent notre potentiel et nous traitent comme des êtres humains. C'est tout ce que nous demandons et ce depuis des décennies. Donc oui, il y aura des morts. Mais rassurez-vous. Les ingrats auront péri tôt ou tard. Après tout, nous ne pouvons pas laisser tout ce travail de correction à Dieu seul. Qu'en pensez vous ?"

Le garde dévisagea la jeune, perplexe. Il ne s'attendait pas à une explication si poussée de ses intentions réelles.

"Donc quoi ? Vous allez monter sur Henne et rejoindre la guerre civile ?"

"La guerre civile n'est plus, et sachez-le, elle nous manque. Pour la première fois, elle nous a donné un sentiment d'appartenance. Mais comment pouvons nous changer le pays, si le pays n'existe plus ?"

"C'est ridicule ! Pour quelques bombes !"

"C'est votre décision. Je ne vous parlerai point de devoir moral, ni de peines perdues. Je vous laisserai constater par vous-mêmes. En attendant, j'aimerai récupérer quelques heures de sommeil si ce n'est pas trop demandé."

"Très bien. C'est votre décision, détenu trente trois."

"Par pitié, appelez-moi Jade."

Et comme il était venu, il ferma la porte derrière lui et retourna a la salle de contrôle.

Lui qui s'attendait à voir ses collègues téléphoner, ou l'aborder avec une autre solution, ils étaient à nouveau scotchés à la vitre, cette fois plus détruits qu'inquiets. Dans le ciel, des parachutistes tombaient sans riposte. Les défenses anti-aériennes étaient tombées, en l'espace que quelques minutes, et à présent les militaires loduariens prenaient déjà en otage la ville. Dans le coin de la pièce, le téléviseur était allumé. D'un côté l'allocution du Président du Conseil. De l'autre, des images des corps et des bâtiments écroulés dans le centre-ville de Margaux. Même le parc des Lipres était en flammes, avec en son centre la statue noircie de l'Ange Spectateur.

Le chaos. Une situation qui n'était que quelques obus et tirs était à présent une invasion éclair. le garde regarda à nouveau la transmission. Les corps. Les bombes. Les morts.

Il bégaya quelques paroles pour attirer l'attention des autres.

"Ils veulent qu'on les relâche avec des armes."

Ils s'attendaient à ce que ses collègues lui rétorquent que c'était une idée de merde, que c'était du suicide. Mais personne ne le fit. Au contraire, ils acquiescèrent tous. L'un d'eux murmura.

"De toute façon, elles ne nous serviront plus. Moi, je me casse d'ici."

Pendant ce temps, Jade était par terre en train de roupiller. Elle savait, mais elle attendait.

Et soudain, elle entendit un clic.

Elle se leva d'un bond, s'avança doucement vers la porte et la poussa.

Devant elle, les portes des autres cellules s'ouvraient aussi, avec des détenus qui sortaient, confus.

Elle se mit à rire. Elle riait de bon coeur. Après tout, elle savait.

Dix minutes plus tard, une foule de deux cent personnes se tenaient devant la porte d'entrée de l'asile. Et sur les épaules d'un des détenus, Jade. Elle s'adressa a tous.

"On a une seule chance. Il n'y aura pas jour tant que nous ne réussirons pas. Il n'y aura que la nuit. La Noctonuit. So beginnt die Vespernacht"

Tous applaudirent. Tous rirent de joie. C'était comme si ils renaissaient une deuxième fois.

Alors qu'ils étaient sur le point de quitter l'établissement, ils furent interpelés par un groupe de gardes au fond du couloir.

"Eh !"

Ils se retournèrent tous. Une poignée de gardes, armés, faisant face aux détenus. Tous prirent peur. Tous firent un pas en arrière.

Tous, sauf Jade.

Elle descendit des épaules du détenu qui la portait, se fraya un chemin dans la foule et vint se présenter face au garde qui l'avait appelée. Ils se dévisagèrent pendant de longues secondes, jusqu'à ce que le garde leva son arme et la tendit à Jade. La fille s'en empara doucement, et le garde fit un pas de côté pour montrer l'accès à l'armurerie de l'établissement.

"Vous avez oublié ça."

Jade sourit, puis elle se tourna vers le reste, et lâcha.

"Servez-vous."

* * *

Ce soir là, deux cent détenus armées vagabondèrent ensemble à travers la périphérie Margalaise. Tandis que les autoroutes étaient bloqués par des civils cherchant à tout prix à évacuer, ils disparaissaient dans la forêt.

Et ce cas là n'était pas isolé. Au contraire.

Dans les autres périphéries de Margaux, à Roncevaux jusqu'au large de Henne, tous les établissements prirent de similaires décision. Le bâtiment devait être évacué. Il n'était que moral que les personnes soient libérés.

L'invasion Loduarienne avait causé certainement des situations les plus inédites. Mais celle-ci était certainement l'une des plus sérieuses. Des carcérés pro-Corvus, envieux d'une vie nouvelle d'un pays qu'ils devront d'abord délivrer.

C'est le début de la Vespernacht

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode illustre la faillite de plusieurs institutions carcérales, notamment celles psychiatriques, qui décident d'ouvrir leurs portes par manque de moyen d'évacuer leurs détenus suite à l'invasion loduarienne. Indépendamment de décisions gouvernementales, des dizaines de milliers d'individus en marge s'organisent et se préparent à donner vie à un groupuscule de résistance sous-teraine au nom de Shaula.
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[✝] Nädän sëlä, Hayä-vuörëlä!
Kapöli (✝): Pelysöpymüs

"Là-Haut" Növä Salterton, 2022 (Galerie de l'Institut Culturel Kartien, Ville de Margaux)

"Là-Haut"
Növä Salterton, 2022 (Galerie de l'Institut Culturel Kartien, Ville de Margaux)



Les environs du Mont Hayä étaient certainement un des paysages des plus pittoresques présents sur le sol Kartien. Une vraie merveille pour les yeux: des neiges éternelles à perte de vue, des falaises vertigineuses, montagnes escarpées comme si elles venaient de sortir tout fraîchement de terre, et ces nuées qui brossaient sans cesse les angles crochus des rochers. Mais surtout, le silence. Le calme. Et la distance.

C'est donc dans ce cadre que se tenait aujourd'hui la cérémonie maritale de la figure la plus influente du pays. Angèle Orlovski, icone d'un pays nouveau et plus fort, renaissant des cendres d'une guerre civile dévastatrice qui avait plongée la contrée dans l'abîme.

C'était presque ironique à présent de voir Antares subir le même sort. Quand bien même la Guerre des Ombres était encadrée comme il se fallait, la nouvelle présence de la Loduarie avait retourné le côté traditionnel et presque respectueux de la guerre qui prenait place avant cela. Dès à présent, des civils qui autrefois avaient été tenus à l'écart se voyaient pris dans la turbine, et le pays entier était défigurer. Réussiraient-ils à venir à bout de la Loduarie l'envahissant, l'avenir de la guerre des ombres était compromis. Cette invasion était réellement des plus scabres, puisque quoi qu'il arrivait, Antares serait plongée dans une période de stase difficile même dans le meilleur des scénarios.

Et le paysage n'aidait pas à la récupération de ses émotions. Même si ces montagnes étaient certainement plus hautes que celles qu'on pouvait retrouver sur les Hauts-Plateaux, on ne pouvait s'enlever de l'esprit les premiers bombardements et coups d'artillerie loduariens sur la frontière qui ont touché des dizaines de villages et petites villes durant leur sommeil.

Loin de tout cela, loin des horreurs, Lÿsä Köwnatör était là, seule, assistant à cette petite cérémonie en toute intimité dans ce magnifique chalet de montagne. Quelque part oui, elle se sentait coupable d'être ici plutôt que dans son pays natal. Mais elle portait en elle la tâche sans doute la plus importante. Celle de garder l'héritage de Corvus aussi intact et indépendant que possible dans le cas des pires scénarios. Mais à présent, elle ne pouvait qu'attendre, et espérer qu'elle n'ait pas à coordonner à distance une résistance qui devra s'imposer en cas de victoire totale de la Loduarie Communiste.

Qu'importe. L'heure était venue de célébrer l'amour, et cela via un mariage. Lÿsä s'était rendue sur les lieux avec la première dame Pamela Roos et le Président de la République Arthur Dabi, et bien qu'ils avaient un peu discuté entre eux, les deux étaient bien plus proches de l'un l'autre que d'elle. Après tout, elle n'était que la porte parole du mouvement Corvun, pas une représentatrice du gouvernement. Cette même isolation c'était renforcée une fois sur les lieux, puisqu'on l'avait laissée seule pour parler politique avec Orlovski. Lÿsä aurait bien aimé féliciter les deux heureux époux, mais seule comme elle l'était, difficile de faire bonne impression.

C'était assez ironique après tout, que la porte parole d'une entité résistante puisse être aussi timide en dehors de son travail. Peut-être que la situation actuelle l'a poussé sur ce bord ? Quoi qu'il en soit, elle était différente depuis qu'elle était en Karty.

Certainement, elle a toujours voulu visiter le pays. Depuis maintenant quelques années, plusieurs milliers d'antariens se déplaçaient tous les ans en Karty pour leurs vacances d'été, ou bien pour aller skier lorsque les Hauts-Plateaux étaient bondés. Egalement pour ses plages, et notamment d'importants tournois de surf organisés dans la région. Nul doute que Karty serait devenu un spot vacancier important une fois la guerre civile achevée, si seulement elle s'était achevée dans les "règles de l'art"...

Mais Lÿsä ne pouvait pas apprécier être dans un si bel endroit sans être avec sa soeur, son frère et son père. Eux auraient voulu être là à ses côtés, mais ont du rester en Antares. Cette seule pensée la démangeait, la faisait vriller. Elle souffrait plus du fait qu'elle était en sécurité contrairement à sa famille plutôt que si elle était restée dans un environnement potentiellement hostile surtout avec l'avancée de la Loduarie Communiste. C'était une torture, mais une torture qu'elle devait accepter. Encore une fois, elle savait être potentiellement la seule a survivre. Et si son père, Ryämö Köwnatör, avait décidé de l'envoyer en exil, c'est qu'il savait qu'elle résisterait plus que le reste de sa progéniture.

L'atmosphère de la réception était très joviale, bien qu'intime. Il y avait certainement peu de monde, mais assez pour remplir la sale principale et éveiller un air de discussion constant. La décoration était très exotique aussi, des petits bonsai jashuriens sur des meubles ça et là, des tapis d'ours et même un petit palmier dans le coin de la pièce, posé là discrètement à l'écart. Si seulement elle avait un camarade avec qui discuter de tout cela... Tout de même, elle était curieuse de savoir qui était présent. Des Latruants surtout, des Kahtanais, des Raskenois et autres délégations, discutant, discutant toujours. Et elle, seule, à contempler tout ce beau monde.

Son accoutrement ne l'aidait certainement pas à être moins timide qu'elle ne l'était déjà. Puisqu'elle était partie en panique, elle n'avait pris que quelques robes de cérémonie. D'autant plus que dans la tradition corvienne, le blanc était surtout porté lors des enterrements, tandis que le noir était présent lors des ouvertures plus joyeuses à contrario de la plupart des pays eurysiens. Et cerise sur le gâteau, elle avait décidé d'enfiler des talons pour l'occasion. Elle qui ne les avait portés que peu de fois, elle réussissait très bien à cacher le fait que ses pieds la tuaient et qu'elle n'arrêtait pas de perdre l'équilibre.

C'est justement en se regardant autour, en scrutant les visages et en faisant des petits pas dans les petits groupes de la "foule" qu'elle manqua son appui et sans que personne ne remarque perdit l'équilibre sur l'un de ces tapis d'ours, et se mit à tomber sur le côté, murmurant une injure en corvun se faisant.

Heureusement, avant qu'elle puisse réellement prendre de la vitesse, un jeune homme se retourna par reflexe et la prit dans ses bras, la sauvant d'une chute certainement plus embarrassante que douloureuse. Et même là, personne n'avait vraisemblablement remarqué sa perte d'appui, si ce n'était cet individu. Sans un mot, il l'aida à se redresser puis lui murmura.

"Önkö teÿlä kaÿkÿ hÿvÿn, Nëytÿ ?"
(N.B: Survolez le texte en Corvun avec votre souris pour afficher la traduction)

"Jä, kaÿkÿ hÿvÿn, kÿ-"

Elle s'arrêta en plein milieu de sa phrase pour lever la tête et regarder l'homme dans les yeux. On aurait dit un jeune garçon démangé par le travail, avec une moue sérieuse mais assurée. Il souriait du coin de ses lèvres tout au plus.

Mais dans l'espace de cette simple seconde, ce simple échange, et un simple coup d'oeuil, elle avait déjà remarqué plusieurs choses qui n'allaient pas.

Déjà, son accent. Jamais elle n'avait entendue un accent antarien aussi fort lorsqu'il lui a demandé si ça allait en Corvun. Mais surtout, le fait qu'il lui a posé la question en Corvun en premier lieu. Avait-il ouï l'injure qu'elle avait prononcé en perdant l'équilibre ? Avait il peut être remarqué l'accoutrement ?

À propos de celui-ci, justement. Lui aussi était vêtu de noir. Et pas n'importe quelle tenue. Sa veste était ouverte, contrairement à celle de la plupart des invités qui était fermée.

Enfin, sa montre. Une Frescaline 440, emblématique pièce de manufacture antarienne. Certes, le modèle était plus ou moins populaire dans le reste du monde, mais avec le reste des indices, tout portait à croire qu'il s'agissait d'un antarien qui se faisait passer pour un corvun. Dès lors qu'elle eut compris tout cela, c'est à dire à peine une seconde après l'avoir rapidement scruté des yeux, elle fronça des sourcils. L'homme, comprenant qu'elle avait compris, l'aborda cette fois-ci en français.

"Un problème, Mademoiselle ?"

"Vous êtes antarien, n'es-ce pas ?"

"Vous êtes perspicace..."

"Et pourtant vous m'avez abordé en Corvun..."

"C'est mon accent qui vous dérange ?"

"Nullement. Je trouve cela curieux qu'un antarien puisse prendre autant à coeur notre cause pour en apprendre notre langue... Et s'habiller comme nous, qui plus est. Il vous manque plus que le chapeau."

"Rassurez-vous, je porte cette tenue depuis bien des années, même avant que la guerre des ombres ne soit. Quand à la langue, j'ai trouvé cela sympathique de prendre quelques leçons. Ce n'est pas une langue si difficile à apprendre lorsqu'on s'y met."

"Je vois... Et vous êtes ?"

Le jeune homme tendit sa main.

"Appelez moi Gaspard, je vous en prie. Et vous ?"

"Lÿsä Köwnatör."

"Köwnatör vous dites ? Quelle surprise de vous voir ici, à des kilomètres de Henne !"

"Et vous alors, je croyais qu'une petite partie des représentants antariens ont réussi à s'extirper avant que l'invasion ne prenne de l'ampleur ? Qu'es-ce qui vous amène ici ?"

"C'est dommage, vous avez été très perspicace jusqu'à présent. En réalité je suis déjà ici de longue date, je travaille pour le renseignement."

"La MIRA ?"

"Peut-être. Es-ce que ça change quoi que ce soit ?"

"Du tout, je n'ai pas à manquer de respect à mes adversaires."

"Je vois..."

Gaspard fit une courte pause avant de reprendre.

"Et alors ? Pourquoi êtes-vous si seule au milieu de tout le monde ?"

"J'étais censée suivre la délégation antarienne... Mais moi et eux nous ne nous connaissons pas bien, pas assez en tout cas pour avoir une discussion qui tient la route."

"Vous ne vous entretenez pas avec les autres délégations ?"

"J'aimerais bien discuter avec les officiers Kahtanais, c'est évident..."

"Mais quelque chose vous retient ?"

"Je ne sais pas. Je suis censé être heureuse en Karty, mais abandonner ma famille derrière a été une décision difficile. Mon père était pourtant si convaincu que j'allais réussir à être forte..."

"Et vous ne l'êtes pas ?"

"Je ne sais pas... Je n'ai pas l'impression de l'être..."

"Cela peut vous paraître trop simple, mais j'estime que vous vous découragez, surtout vis-à-vis de ce que votre père vous a dit. Peut-être voulait-il entendre qu'une expérience comme celle-ci servirait à vous rendre aussi forte que vous deviez l'être ?"

Lÿsä s'arrêta sur ces mots. Elle n'y avait pas pensé, certainement car elle avait bien d'autres responsabilités à garder sous les yeux. Mais ce faisant, a perdu de vue ce que son père voulait vraiment dire.

Durant la plupart de sa vie, sa petite soeur avait été celle a suivre le chemin de Ryämö. Stratégie, énergie et actions concrètes. De son côté, Lÿsä s'était recroquevillée dans les humanités. Elle estimait que son père n'aurait pas apprécié, mais au contraire. C'est ce qu'il avait toujours voulu. Depuis qu'elle était petite, il lui disait "Lÿsä, je veux que tu sois forte". Une force qu'elle devait trouver.

Plus tard, en devenant la porte parole de la résistante, elle avait commencé à comprendre l'objectif réel de son père. Il ne voulait pas une fille qui puisse tout accomplir. Il voulait une qui menait des actions à bien, et une qui était assez forte pour motiver autrui à suivre cette dernière. Et dans la panique de l'invasion de la Loduarie Communiste, elle avait perdu cela de vue.

À présent, cet individu était le premier à exprimer oralement ce qu'elle devait entendre depuis bien longtemps. On attendait pas d'elle qu'elle soit forte immédiatement. Elle devait se préparer à le devenir.

Après trois secondes de cogitation, elle regarda Gaspard dans les yeux et murmura.

"Je ne suis pas forte, mais je vais le devenir."

"En tout cas, vous avez le caractère pour. À mon avis, il vous en manque seulement de confiance !"

"C'est vrai, et justement j'entends user de cette confiance pour aller m'entretenir avec les officiers Kahtanais. Si cela ne vous dérange point que je m'ôte de votre présence."

"De rien, mais je suppose qu'à l'issue de vos pourparlers vous vous retrouverez à nouveau seule ?"

Lÿsä fronça des sourcils.

"Qu'entendez-vous ?"

"Eh bien, peut-être reprendrions nous notre discussion ? Je ne vais tout de même point laisser une demoiselle seule de loisir."

Lÿsä fit une courte grimace avant de sourire.

"Très bien. À plus tard."

Et avec plus d'assurance qu'elle n'en avait jamais eu, elle prit son courage à deux mains et s'approcha des officiers Kahtanais. Il était bien temps de devenir la fille forte que Ryämö Köwnatör avait toujours désiré.

* * *

[Discussion avec le Kah]

* * *

Il commençait déjà à se faire tard sur les environs du Mont Hayä, la nuit était déjà tombée depuis longtemps et quelques unes des délégations avaient d'ors et déjà quitté les lieux. Lÿsä venait tout juste de terminer sa discussion avec les représentants Kahtanais ainsi qu'avec quelques autres personnes, avec une assurance qu'elle n'avait jamais connue auparavant. Il se pourrait que ce Gaspard avait en effet touché un nerf sensible pour la ramener à la réalité, mais c'est elle qui avait décidé de la suite. Tout de même, elle attendait avec impatience d'en savoir plus sur lui: Au fur et à mesure de ses discussions, sa curiosité commençait à se développer. Notamment, que faisait là un agent des services de liaison, possiblement même de la MIRA, dans un cadre aussi intime que celui-ci ? Peut-être après tout qu'il bluffait, et sans le savoir il s'agissait de la garde rapprochée du Président de la République Arthur Dabi et de la Première Dame Pamela Roos. Qui sait, il avait sûrement des histoires à raconter tandis que ces deux derniers continuaient leurs dialogues avec d'autres, notamment les mariés.

En parlant de Gaspard, le voilà qu'il surgissait depuis sa droite, comme s'il était resté là tout le temps à l'attendre. Il souriait, et elle aussi. Après tout, ils s'étaient laissés sur un bon nombre de suspense. Dès que le jeune homme vit la demoiselle, il lui demanda déjà si elle voulait s'asseoir. Il n'eut même pas le temps de finir sa phrase qu'elle s'exclama.

"Oui, par pitié. Je ne sent plus mes pieds."

Et les voilà donc assis, l'un à côté de l'autre, à l'écart du reste, silencieux d'abord, puis Lÿsä prit le relais avec sa question qu'elle brûlait de poser depuis à présent plusieurs heures.

"J'ai fait le tour des personnalités invités à cette cérémonie, et j'aimerais en savoir plus sur votre compte. Je ne crois pas une seule seconde qu'un agent de la MIRA puisse se retrouver en Karty comme cela, d'autant plus dans un contexte aussi intime que celui-ci. Vous êtes quelqu'un que je connais ?"

"Disons qu'officiellement, je sert de garde rapprochée à la délégation antarienne."

"Sacré garde qui papote avec la première jeune femme qu'il voit trébucher sur un tapis..."

Gaspard essuya un petit gloussement avant de reprendre.

"Rassurez-vous, je fais très bien mon travail, vous faites partie de la délégation antarienne aussi malgré votre statut de corvienne."

"Et pourtant vous n'aviez pas l'air de me connaitre ?"

"Disons qu'on ne m'a pas fourni tellement d'informations. Mais je dois l'avouer, je vous ai menti. Sachez que je connais très bien Ryämö."

Lÿsä n'en revenait pas. S'agissait il d'un individu envoyé par son père ? Cela ne serait pas la première fois que Sieur Köwnatör décidait d'entreprendre quelques manoeuvres discrètes pour faire passer un message. Tout d'un coup, toute la confiance en elle qu'elle avait accumulée semblait artificielle, ou pire, faussée.

"Vous avez été envoyé par mon père ?!"

"Non, pas du tout. Nous ne nous connaissons pas encore assez bien pour cela, voyez-vous. Il m'a cependant parlé de vous, donc j'ai jugé nécessaire de vous rappeler ce qu'il pense réellement de vous."

"On joue les anges gardiens donc ?"

"Je ne l'entendrais pas ainsi. Disons plutôt que je suis curieux. Très curieux. À propos de cette curiosité, justement, sauf si cela vous peine, de me donner votre vision sur la guerre des ombres. Notamment son début."

Lÿsä réfléchit un instant, avant de poursuivre.

"En réalité, des informations sur les réels débuts de la guerre civile, elles sont encore assez obscures à l'heure actuelle. Mais de ce que nous savons, plusieurs artéfacts archéologiques corvuns ont été délibérément détruits par la MIRA dans une tentative d'effacer, ou de s'approprier de la culture pour nourrir leur ascension au pouvoir. Ils cherchaient à diviser le pays et nous utiliser comme boucs-émissaires pour prendre le contrôle et rester au gouvernement."

"Ils n'ont pas essayer de nier les accusations ?"

"Si, surtout du côté des artéfacts. Dans leur version, ils parlent d'un sabotage tiers. Apparemment, quelqu'un d'autre on ne sait qui serait responsable pour la destruction."

"Et si c'était le cas ?"

"Ce n'est pas le cas. Même si une organisation entière devait faire cela, ils auraient du passer sous le nez de la MIRA s'ils ne travaillaient pas avec eux. L'histoire ne tient pas debout."

"C'est vrai que ça peut paraître absurde..."

"Dans tous les cas, c'est du passé. À présent nous jouons notre futur."

"Certainement. Mais sans la clairvoyance du passé, comment entendez vous construire un futur stable ?"

"Déjà, il vaut qu'un puisse se défaire de la Loduarie Communiste. Et vu ma présence ici, cela semble complexe à réaliser à court terme. Ils bombardent déjà les villes et les frontières, tout ceux qui ne s'étaient pas déplacés à cause de la guerre civile seront déplacés à présent. Et les morts déjà ont dépassé l'espace d'une heure toutes les morts civiles de la guerre des ombres jusqu'à présent. Pas plus de quelques douzaines d'innocents tout au plus ont perdu la vie lors des combats a Henne, et presque aucun à Robaltes. Le conflit ne s'était même pas étendu à échelle du pays. Ainsi des personnes vivaient paisiblement même seulement à quelques kilomètres des zones de combats au nord."

"Il est vrai que la guerre des ombres ne semble rien sur le même pied de l'invasion... Sachez-le, j'y ai presque perdu ma soeur, à quelques heures près."

"Qu'est-il arrivé ?"

"Elle travaillait dur pour maintenir sa boutique à Riaux. Etant ville frontalière à la partie sud de la Loduarie Communiste, la ville a été directement ciblée en plein centre par des tirs d'artillerie transfrontaliers. Heureusement, seulement quelques heures avant l'invasion, c'est à dire le jour qui précédait l'événement, je lui ai conseillé de prendre des vacances en Lyra ou Colombes. J'étais originellement parti pour Laxande, mais elle a refusé. Et heureusement, puisque Laxande a aussi été victime de tirs. Elle a réussi à partir dans la nuit peu avant que l'invasion ne débute. Il me semble qu'elle est à présent en sécurité à Lyra, mais elle veut aller à Roncevaux où se trouve la zone humanitaire. Je ne sais pas quoi lui dire..."

"Et vous avez de la famille autre part ?"

"J'ai... Une fille."

"Vous êtes marié ??"

Pour une raison ou pour une autre, Lÿsä se voyait frustrée par cette information.

"Non, ce n'est pas vraiment ma fille. Mais c'est quelqu'un que j'ai élevé. Elle est restée en Antares et travaille avec moi. Si je pouvais changer de place avec elle, je le ferais immédiatement."

"Cette fille, a-t-elle un nom ?"

"Oui, je..."

Garspard s'arrêta net, comme si Lÿsä venait de le piéger. Il regarda dans le vide en essayant de trouver une réponse adaptée. De son côté, la jeune femme croyait avoir touché un nerf sensible.

"Je suis désolée, n'aurais-je pas dû ?"

"Non, ce n'est rien, c'est... Je ne peux pas en dire trop sur elle puisqu'elle travaille pour le renseignement. Et de moi même d'ailleurs, il me semble que je vous en ai bien trop dit..."

"Si vous me le permettez, il en va de même pour moi. Je n'avait aucune intention de partir en monologue sur mes problèmes personnels. D'autant plus qu'ils sont réglés."

"Rassurez-vous, cela m'a fait grand plaisir de venir en aide à une demoiselle comme vous."

Lÿsä prit un ton accusateur.

"Que voulez vous dire ?"

Embarassé, Gaspard balbutia.

"Je... Je veux dire..."

Lÿsä, se rendant compte du caractère déplacé de son exclamation, s'excusa.

"Je m'excuse, je ne sais ce qui m'a pris..."

"Vous êtes très certainement fatiguée, il se fait tard. Comptez-vous dormir lors du trajet du retour ?"

"Il sera certainement trop tumultueux pour y fermer l'oeuil, je préfère attendre d'être arrivé dans le complexe où nous avons été stationnés. Et vous ? Où dormez-vous ?"

"On m'a assigné un charmant petit appartement dans la périphérie de Volkingrad. Réellement charmant."

"Et vous vous amusez, seul là bas ?"

"Si je m'amuse... Je pourrais vous poser la même question à vous."

Il y avait quelque chose de différent dans l'air. Une certain quelque chose, qui rapprochait les gens. Lÿsä était soudainement devenue plus légère, comme si elle avait trouvée quelqu'un qu'elle cherchait depuis toujours. Alors qu'elle désespérait il y a seulement quelques heures, elle se voyait renouvelée. Elle n'avait qu'une seule envie, c'était qu'ils se rencontrent à nouveau.

Ils continuèrent à échanger jusqu'à ce que la soirée ne touche à sa fin, là où ils décidèrent d'essayer de reprendre contact et de se rencontrer si Lÿsä se sentait seule avec la délégation antarienne. Et, bien évidemment, si elle avait besoin de quelqu'un avec qui parler. C'était une affinité vraiment spéciale qui s'était construite.

Et pourtant, cette affinité avait tout d'un impossible.

Surtout dans les yeux de Gaspard.

* * *

Tard le soir, dans un petit appartement dans la périphérie de Volkingrad. Le jeune homme était assis sur son lit. Sa cravatte était défaite, et il réfléchissait. Devant lui, une petite fenêtre donnant sur une allée à présent paisible. La lune était déjà bien haute, et la nuit avancée. Mais malgré l'heure tardive, il savait qu'il n'allait pas pouvoir trouver le sommeil.

À côté de lui, sur un coin de table, un masque. Il le regarda longuement, avant de se tourner à nouveau vers la fenêtre. Puis, il regarda derrière lui et murmura.

"Sept ans à attendre et c'est maintenant que tu me fais le coup ?"

De l'extérieur, il semblait parler tout seul. Mais au fond de la salle, dans l'ombre, une paire d'yeux. Et une voix sortie d'un autre monde.

Tu n'est point châtié, Gaspard. Non, aujourd'hui je te Sauve.

"Sacré salvateur à me coller un destin comme ça. Je n'ai rien fait pour mériter tout cela, et tu le sais."

Tu te trompes, Gaspard. Tu as volontairement matérialisé la miséricorde de Shaula.

"Je n'ai rien à prouver. Je n'ai pas à me sauver."

Mais Shaula elle-même te désire à ses côtés. Ou préfères-tu sombrer sous l'épaule du Fou ?

"Très justement. Si je deviens Cierge, je ne rejoindrai point le camp de manipulateurs que vous êtes. Surtout après le coup bas que vous avez décidé de me faire."

Si tu pouvais sentir l'horreur qu'est l'enfer même l'espace d'une seconde, tu ramperais nu sur du gravier jusqu'au monastère le plus proche.

"Ma place au monsatère est déjà garantie. Ce que tu veux, c'est que je rejoigne le tien. Je sers déjà une maîtresse, et celle-ci est Folie."

Soit. Et avec cela, tu abandonnes un amour vrai pour de l'amour factice.

Gaspard se retourna, comme pour en demander d'avantage. Devant lui dans l'ombre, les yeux devenaient plus brillant.

"Tu n'est point salvateur. Un salvateur m'aurait extirpé de la peine dans laquelle tu m'as mis."

L'ombre se mit à ricaner.

Là est donc ton erreur. Tu crois que nous perdons notre temps à te confectionner des obstacles comme tel ?

"Qu'es-ce que ça veut dire ?"

Je ne viens pas te convaincre, je t'offre une chance. Car nous pouvons te protéger de la douleur à venir.

"Je... Je ne comprends pas..."

Et pourtant si. Tu as voulu devenir Cierge, mais Cierge n'est qu'incarnation d'une douleur. C'est cette douleur que tu devras subir pour avoir ce que tu cherches.

"...Ce n'est pas possible..."

À présent, tu vois clair. Tu ne peux côtoyer Folie sans qu'elle t'ait trahie. C'est pourquoi nous crachons sur sa progéniture. C'st pourquoi je te Sauve.

Gaspard ne pouvait plus bouger. Du coin de son oeuil, une larme. Une larme seule. Après une seconde de réflexion, il regarda l'ombre droit dans les yeux.

"En me sauvant, tu me condamneras. Tu n'as pas à m'adresser tes propositions lâches."

Très bien. Je viendrai t'accompagner vers la Soeur lorsque tu rendras ton âme. Et de là, nous serons adversaires.

Gaspard eut un instant de rire nerveux.

"Nous le sommes déjà, et depuis longtemps."

Et sur ce, l'ombre disparut.

Si peu pour tellement, et tout cela dans les coulisses du plus beau mariage de l'histoire récente en Eurysie. Nous vous y retrouverons donc, là-bas sur le mont Hayä !

Contexte (HRP)
Contexte (HRP) a écrit :
Cet épisode illustre l'amitié grandissante avec soupçons d'amour entre Gaspard et Lÿsä Köwnatör lors du mariage de la chancelière de la République Fédérale Kartienne. Mais cet amour a ses défauts. Puisqu'il semble naître d'un passé difficile que Gaspard porte à l'insu de tous sur ses épaules.

Et probablement, avec celui-ci, un futur très différent.
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