Pays producteur(s) : Costa Sueñoleja
Catégorie : Film de fiction
Nom de la production : What A Long Road to the Aleucian Dream !
Affiche ou visuel :
Thème musical :Genre ou thème abordé : Drame psychologique
Synopsis ou résumé : La désillusion et la descente aux enfers de quatre amis est-eurysiens ayant fuit le vieux continent à la recherche d'une vie meilleure en Aleucie.
Résumé détailléLe film s'ouvre sur un plan séquence au ralenti montrant un beau jeune homme portant un élégant costume noir sortir de ce qui semble être un hôtel de luxe, avec à son bras une belle jeune femme portant une robe rouge toute aussi élégante, et marcher sur un long tapis rouge jusqu'à sa voiture, une limousine blanche et dorée, tout en étant escorté par plusieurs gardes du corps qui repoussent une foule d'individus à qui il sourit et qui scandent joyeusement son nom de plus en plus fort : "Largov ! Largov ! Largov !
Largov ! De retour dans la réalité, on retrouve le même homme (dont le nom complet, Oleg Largov, sera très bientôt donné) en train de faire la plonge à demi endormi dans un fast-food minable, le Chino Burger, tandis que son patron, Gros Bob, l'appelle pour le prévenir que sa journée est terminée et qu'il peut rentrer chez lui pour le week-end. Oleg Largov s’exécute donc et marche longuement à travers des rues sombres et sales où il croise des prostituées, des drogués et des dealers qu'il s'efforce d'ignorer avant d'emprunter un métro dans lequel il s’assoit près d'un sans-abris visiblement ivre (toute cette séquence correspondant au générique d'ouverture du film) jusqu'à rejoindre son logement, un petit appartement dans un immeuble miteux où il retrouve ses trois colocataires (Fredz Bordenovitch, Yakov Napinsky et Lev Lewonsti) en train de l'attendre en regardant un film pornographique et qui le convainc (avec difficultés puisqu'il préfère rester à la maison pour lire un article sur "William Peña le self made man") de les accompagner dans un bar du coin pour fêter la fin de la semaine. Yakov commence à parler d'un couple de personnes âgées qu'il a conduit dans son taxi en début de journée puis le groupe continue en discutant de leur projet d'ouvrir un bar similaire à celui où ils se trouvent et où ils prévoient de faire jouer des groupes de musique et des comiques afin d'attirer plus de clients et de devenir financièrement indépendants tandis qu'Oleg essaye vainement d'orienter la discussion vers son idole, William Peña, le jeune des quartiers difficiles qui a réussi à se hisser parmi les hommes les plus riches de la ville. Ils commencent ensuite à calculer l'argent qu'ils ont réussi à mettre de côté depuis plusieurs années et à estimer ce qu'il leur manquerait pour acheter leur bar et tout le matériel nécessaire à son exploitation (quelques milliers de $) lorsqu'un individu, que Fredz semble connaître puisqu'il le surnomme "Wilbur le Kartien" et le présente comme un "collègue du syndicat des dockers", s'incruste dans leur conversation pour se moquer de leur plan et rappeler à Fredz que "le Khardazien" attend qu'il paye ses dettes. Fredz emmène l'individu à l'écart du groupe pour discuter (le contenu de cette discussion n'étant pas révélé au spectateur) puis finit par s'énerver et par le frapper au visage, déclenchant une bagarre qui oblige la bande à déguerpir et à rentrer chez eux.
Le lendemain, Oleg rend visite à sa mère, qui vit dans une maison de banlieue, pour prendre de ses nouvelles et lui raconter sa vie, lui expliquant notamment qu'il est le chef cuisinier d'un établissement respectable et qu'il est sur le point d'ouvrir son propre restaurant gastronomique dont il détaille avec précision ses plans pour la décoration, et lui promet qu'il sera bientôt riche et qu'il lui achètera une villa dans les quartiers huppés. Alors qu'ils regardent une interview de William Peña à la télévision, ils profitent de la discussion pour mentionner brièvement le père d'Oleg, un militant politique qui aurait été assassiné dans leur pays d'origine (lequel n'est pas spécifié) ce qui aurait obligé le reste de la famille à fuir (un frère aîné est également mentionné et il est sous-entendu qu'il est mort depuis plusieurs années d'une manière qui n'est, là-encore, pas précisée). Oleg s'imagine ensuite en train d'être interviewé sur le succès de son restaurant.
Pendant les semaines suivantes, on suit les quatre amis dans leur quotidien, entre leurs emplois respectifs et leur temps libre qu'ils consacrent essentiellement à traîner en ville et à s'amuser de différentes manières (et, pour Oleg, à rendre visite à sa mère, avec qui il essaye notamment de parler de William Peña sans que cela ne semble l’intéresser, celle-ci préférant savoir quand il compte se marier et fonder une famille) mais surtout à pénétrer en douce dans la déchetterie publique, où Lev est gardien de nuit, pour fouiller les déchets et revendre leurs trouvailles afin de financer leur projet. Cette période d'espoir relatif est cependant progressivement assombrie par les rencontres de plus en plus fréquentes entre Fredz et Wilbur le Kartien, lesquelles apportent au groupe, certes, des quantités importantes d'argent dont Fredz refuse d'indiquer l'origine mais, surtout, l'oblige à s'éloigner de ses amis, qu'il ne retrouve pratiquement plus que le soir dans leur appartement, et le rend de moins en moins joyeux et amical. Un jour, Oleg, qui rentre plus tôt qu'à l'accoutumée car Gros Bob a fermé le Chino Burger en avance pour préparer l'anniversaire de sa fille, va jusqu'à surprendre Fredz en train de cacher des sachets de cocaïne dans son matelas et qui, après quelques réticences, lui avoue avoir, deux ans auparavant, contracté un gros emprunt auprès du "Khardazien", le patron de Wilbur le Kartien, pour faire immigrer toute sa famille, mais que ce dernier a récemment décidé d’accélérer son remboursement en augmentant les quantités d'argent qu'il doit lui transférer chaque mois à un niveau qu'il ne peut suivre autrement qu'en travaillant pour lui comme mule, en cachant et en transportant divers marchandises vers les différents points de distribution de la ville. Fredz menace ensuite à demi-mot Oleg, qui réprouve la criminalité, et le défend de parler de cela à qui que ce soit, lui donnant également une grosse liasse de billets pour le convaincre. Lors de sa visite suivante à sa mère, qui lui demande comment il a réussi à trouver l'argent pour ouvrir son restaurant, Oleg lui explique qu'il a investi dans une petite entreprise de transport aujourd'hui en plein essor et lui offre la liasse comme pour prouver sa réussite économique.
La vie du groupe se poursuit relativement normalement, Oleg ne dénonçant pas Fredz, mais la relation entre les deux amis se détériore et leurs contacts deviennent plus froid, Oleg condamnant silencieusement les agissements de Fredz qui lui-même se méfie de lui car il pourrait le dénoncer. Un jour cependant, Lev est renvoyé de son travail à la déchetterie après avoir été dénoncé par un collègue qui l'a découvert en train de fouiller les détritus mais les quatre amis réussissent tout de même à réunir la somme qu'il leur manquait grâce aux revenus de Fredz et achètent un petit bar et la majeure partie du matériel nécessaire pour le faire fonctionner tout en conservant leurs emplois "par sécurité" (sauf Lev qui évite la justice mais se retrouve au chômage). La nuit suivant l’achat du bar, Oleg rêve à nouveau qu'il est un milliardaire en train de faire un tour dans sa limousine blanche et dorée avec sa femme blonde en robe rouge mais, cette fois-ci, son rêve vire au cauchemar lorsqu'il passe devant un kiosque à journaux, dont les exemplaires d'exposition sont titrés "Oleg Largov : ses liens avec les milieux criminels révélés !" ou "Largov Industries, l'entreprise bâtie sur la drogue et l'argent de la mafia !" et qu'une foule commence à le poursuivre pour le lyncher. Oleg devient par la suite plus sombre et paranoïaque, commençant à croire que les gens le regardent ou que chaque phrase qu'il entend est une accusation cachée, et, lorsqu'il rend à nouveau visite à sa mère, il ne mentionne pas le bar mais préfère parler une fois de plus de William Peña, en insistant sur son génie surhumain et sa droiture morale.
Le soir de l'ouverture du bar, nommé le Quartet Club et qui connait une affluence correcte, Wilbur le Kartien rencontre à nouveau Fredz pour le féliciter d'avoir mené son projet à bien et s'excuser de s'être moqué de lui mais surtout lui rappeler qu'il ne s'est pas encore acquitté de sa dette et lui offrir un boulot qui devrait lui permettre de récolter une somme suffisante pour rembourser le Khardazien : la paye des dockers a été livrée quelques jours plus tôt et sera distribuée le lendemain, Wilbur a besoin de Fredz, qui travaille aux docks, pour le guider vers les bureaux de la direction et y récupérer l'argent. Fredz refuse dans un premier temps, peu enclin à voler les salaires de ses collègues qui triment durs tous les jours avec lui, mais doit se résigner à accepter en échange d'être laissé définitivement tranquille, lui et sa famille. La nuit tombée, Fredz guide donc Wilbur et deux de ses hommes, Igor et Vigor, à travers les docks mais le groupe est rapidement repéré par des gardes avant même d'atteindre les bureaux. Igor et Vigor sortent leurs armes mais sont rapidement abattus tandis que Wilbur est blessé à une jambe, obligeant Fredz à le porter pour s'enfuir. Cependant, entendant les sirènes des voitures de police qui arrivent déjà sur les lieux et prenant conscience qu'il ne pourra pas s'échapper avec Wilbur sur le dos, il décide de l'abandonner et, pour éviter qu'il ne le dénonce, lui prend son arme et lui fracasse le crane à coups de crosse, le tuant apparemment, avant de s'échapper.
Quelques jours plus tard, alors qu'Oleg, Fredz, Yakov et Lev sont sur le point de fermer le Quartet Club, lequel commence d'ailleurs à connaître un certain succès et à engranger des bénéfices, une voiture s'arrête en face d'eux. Deux individus armés en descendent et ouvrent le feu sur le groupe, sans toucher qui que ce soit mais le forçant à fuir vers une ruelle adjacente, puis l'un d'eux s'approche de l'entrée du bar pour y déposer un objet qui s'avère être une bombe. Les deux hommes rejoignent ensuite leur voiture au moment même où la façade de l'établissement vole en éclat et qu'un incendie commence à se déclarer avant de quitter la zone en criant "De la part du Kartien" à destination de Fredz. Ce dernier, une fois le choc passé, se rue à l'intérieur du bâtiment en feu pour récupérer le pistolet de Wilbur, qu'il avait conservé derrière son comptoir, puis rejoint sa voiture (que la bande utilisait lors de ses fouilles à la déchetterie pour transporter ses découvertes), garée à proximité du Quartet Club et légèrement endommagée par l'explosion mais toujours fonctionnelle, et se lance à la poursuite des bandits pendant que ses trois amis, n'ayant aucun moyen d'éteindre le feu qui ravage leur commerce, appellent vainement à l'aide. Fredz ne rentre pas à la collocation cette nuit là et Oleg fait un nouveau cauchemar, s'imaginant une fois de plus en homme richissime à qui tout réussi mais qui fini poignardé à mort dans une ruelle par une racaille droguée qui lui vole son portefeuille. Le lendemain matin, en lisant les journaux pour savoir s'ils traitent de l'attaque de la veille, il tombe sur un article annonçant le meurtre par arme à feu de Wilbur, dit "Le Kartien", et de deux de ses hommes. Alors qu'il se rend au Chino Burger pour travailler, Oleg passe devant le Quartet Club en ruine et constate l'absence de la police et l'indifférence des passants. La nuit, il continue de faire des cauchemars et, se souvenant par hasard de la cocaïne cachée dans le matelas de Fredz désormais abandonné, il décide d'en prendre un peu et de la sniffer discrètement afin de recommencer à rêver. Cela se révélant efficace, Oleg commence à consommer de plus en plus régulièrement les réserves de Fredz sans le révéler à personne.
Dans ce qui apparaît être une communauté de sans-abris vivants sous un pont routier, un homme visiblement trop élégamment habillé pour en faire partie discute avec l'un des SDF (sans que le spectateur ne puisse entendre quoi que ce soit) qui lui pointe une personne du doigt. L'homme lui donne une liasse de billets et se dirige vers la personne en question qui s'avère être Fredz, caché ici depuis le meurtre de Wilbur. L'homme lui explique être envoyé par le Khardazien qui souhaiterait discuter avec lui et lui demande de le suivre jusqu'à sa voiture, chose que Fredz ne peut qu'accepter en silence. Après un long trajet, la voiture arrive à une villa située sur le flanc d'une colline surplombant la ville. Fredz y est accueilli par un majordome qui le mène jusqu'au Khardazien alors que celui-ci est dans son bain. Le Khardazien, qui se nomme en réalité Boris Kratchnuk et demande amicalement à Fredz de l'appeler simplement Boris, explique que Wilbur a survécu au braquage du dock et qu'il a réussi à baratiner la police pour qu'elle le libère mais, surtout, qu'il contestait depuis un moment son autorité, assurant par exemple qu'il n'a jamais demandé à accélérer le remboursement de sa dette comme Wilbur le prétendait, ce dernier ayant menti pour empocher lui-même la différence, et qu'il n'en veut donc pas à Fredz de l'avoir éliminé car il aurait probablement fini par le faire lui-même. Boris finit par proposer à Fredz de reprendre la place de Wilbur dans l'organisation en échange de l'annulation de sa dette, d'un salaire élevé et d'une avance immédiate de dix-mille dollars.
De leur côté, les trois autres amis, après avoir récupéré leur voiture à la fourrière après que Fredz l'ait abandonnée à la suite du meurtre de Wilbur, tente tant bien que mal de reprendre le fil de leur existence. Oleg continu de consommer les réserves de cocaïne de Fredz dont il devient dépendant tandis que la perte des revenus du Quartet Club et du trafic de Fredz contraint ses deux amis à trouver des sources de subsistance alternatives, Lev se cherchant un nouveau travail sans succès, ce qui l'oblige à enchaîner des petits boulots mal payés, alors que Yakov, jusqu'ici chauffeur de taxi de jour, décide de travailler également la nuit malgré les avertissements de son patron qui le prévient que le travail de nuit est plus dangereux. Cela se confirme très rapidement puisque, alors qu'il est sur le point de finir sa nuit et qu'il attend à un feu rouge sur le chemin vers la station de taxis, Yakov entend plusieurs coups de feu provenant d'un immeuble à proximité d'où sortent deux malfrats, prénommés Marco la Castagne et Paulo la Paluche, qui le prennent en otage et lui ordonnent de mettre les gaz alors que d'autres bandits parlant slavis montent dans d'autres véhicules et se lancent à leur poursuite. Yakov parvient non sans mal à semer les poursuivants et ses deux preneurs d'otages lui donnent un peu d'argent avant de le laisser partir mais il est rapidement appréhendé par des policiers venus se joindre à la course poursuite et qui l'identifient grâce aux dizaines d'impacts de balle sur la carrosserie de son véhicule. Yakov est donc interrogé pendant le reste de la nuit par l'Inspecteur Tonigo Montoya de la Brigade anti-gang, qui ne lui cache pas son mépris des immigrés qu'il accuse d'être des racailles venues foutre le bordel chez lui, mais parvient finalement à démontrer son innocence et est libéré au matin. Tout de suite après sa libération, il se rend à une cabine téléphonique pour appeler la collocation et demander à Oleg (qui lui explique que Lev est sorti pour un entretien d'embauche) de venir le chercher avec la voiture.
Ce dernier, alors en pleine descente de coke, s'exécute rapidement et quitte l'appartement mais il est apostrophé par une voisine de pallier qui lui bloque la sortie de l'immeuble, l'accuse d'être un dépravé immoral, affirme l'avoir plusieurs fois vu sortir de chez lui complètement drogué et le menace d'appeler la police s'il continu à se comporter comme ça. La discussion s’envenime et, à bout de patience, Oleg finit par la bousculer brutalement pour rejoindre sa voiture.
Oleg rejoint Yakov qui lui demande de l'emmener à la station de taxis pour lui permettre de s'expliquer avec son patron, ce dernier refusant cependant de l'écouter et décidant de le virer pour avoir détruit un véhicule de la compagnie et pour s'être attiré des ennuis avec la police. Oleg et Yakov décident ensuite de rentrer chez eux mais sont surpris de voir leur immeuble entouré de voitures de police. En s'approchant pour voir ce qu'il se passe, ils découvrent Lev, qui était rentré entre temps, en train de se faire arrêter par des policiers, menés une fois de plus par Tonigo Montoya. Surpris par ce dernier, Oleg et Yakov justifient leur présence sur les lieux en affirmant être des amis du suspect venus lui rendre une visite, l'inspecteur leur expliquant ensuite avoir été appelé par une résidente de l'immeuble qui disait avoir été agressée par un drogué. Les policiers venus enquêter sur les lieux ont donc pénétrés dans la collocation où ils ont découvert le matelas rempli de drogues illicites avant d'appréhender Lev lorsqu'il est rentré de son entretien peu après l'arrivée de la police. Lev est donc jugé pour détention de drogue et occupation illégale de domicile, puisqu'il est révélé que, le groupe n'ayant plus les moyen de payer son loyer depuis la disparition de Fredz, il était contraint de le squatter, mais est innocenté des accusations de trafics et se retrouve condamné à dix-huit mois de prison. Oleg et Yakov échappent cependant à la justice, Lev ne les ayant pas dénoncé et les policiers n'ayant visiblement pas trouvés utile de lancer une enquête plus approfondie, mais, Yakov jugeant Oleg responsable de son arrestation pour ne pas avoir parlé des kilos de cocaïne cachés dans la collocation, ils se séparent et cessent tout contact entre eux. Ne pouvant plus retourner à l'appartement, surveillé par la police et en voie d'être loué à quelqu'un d'autre, Oleg doit aller vivre chez sa mère, lui expliquant que cela n'est que temporaire, le temps que la maison qu'il se fait construire avec les revenus de son restaurant soit terminée.
Quelques jours plus tard, Yakov est quant à lui contacté par Marco et Paulo qui s'excusent de lui avoir fait perdre son boulot et l'informent qu'ils ont parlé de ses talents de conduite à leur patron, le mafieux Bernardo Baldassario, et que ce dernier à accepté de l'engager pour remplacer son ancien chauffeur qui a été tué dans une fusillade avec d'autres bandits.
Enfin, Lev, après une bagarre dans le réfectoire de la prison, est rapidement mis sous la protection d'un groupe de prisonniers slaves dirigés par le Père Reznov, prêtre orthodoxe qui promeut l'entraide entre les membres de la communauté immigrée.
Les quatre amis poursuivent donc leur vie chacun de leur côté. Fredz monte en grade dans la bande du Khardazien, participant à plusieurs braquages, trafics et affrontements avec des gangs rivaux, lui permettant, en plus de s'enrichir considérablement, de s'imposer rapidement comme l'un des plus proches conseillers de Kratchnuk et d'obtenir le respect de ses pairs et des habitants des quartiers sous son contrôle mais aussi le rejet de sa famille qui n'accepte pas sa vie de criminel et refuse de le voir. Yakov, devenu le chauffeur personnel du chef de la mafia Bernardo Baldassario et l'ami de ses deux principaux capos Marco la Castagne et Paulo la Paluche, obtient une influence considérable sur les affaires de la famille qui lui apporte, à lui aussi, la fortune et la gloire. En prison, Lev, séduit par ses promesses de Paradis, devient un partisan particulièrement virulent du Père Reznov, lequel lui fait part de ses opinions révolutionnaires, de sa volonté d'attirer l'attention sur les pauvres et les immigrés opprimés et du devoir qu'ont les gens de la même race et de la même foi de protéger et défendre leurs semblables pour leur offrir la vie qu'on leur a promis et qu'ils méritent. Oleg, lui, rend plusieurs fois visite à Lev dont il tente vainement de dénoncer les dérives fondamentalistes et l'influence néfaste de Reznov ce qui achève de les éloigner. Désormais seul et isolé, Oleg recommence à faire des cauchemars : il se voit pauvre ou misérable ou bien imagine que sa richesse repose entièrement sur le crime et sur le sang de ses amis. N'ayant évidemment plus accès aux réserves de Fredz, il se voit obligé d'investir presque tout son salaire du Chino Burger dans l'achat de drogues toujours plus puissantes qui l'aident à se construire un paradis artificiel et à se voir en William Peña, à croire en son succès, sa richesse et son honnêteté.
Un an et demi plus tard, la situation n'a que peu évoluée : Oleg est devenu un héroïnomane complètement accro qui achète toutes ses doses à un dealer de son quartier surnommé Spetz, Fredz et Yakov poursuivent tous deux leur ascension dans le milieu criminel et Lev, qui s'apprête à sortir de prison, est désormais un révolutionnaire fanatique totalement inféodé aux idées du Père Reznov. Cette situation évolue cependant drastiquement lorsque, au cours d'un braquage de banque orchestré par la bande de Baldassario durant lequel Yakov officie comme chauffeur, les braqueurs, menés par Ricardo, le fils et successeur de Bernardo; tombent dans une embuscade de la police et sont tous abattus ou arrêtés (à l'exception de Yakov qui, resté dans la voiture, parvient à s'enfuir). Après que Yakov ait fait son rapport à son patron, ce dernier lui fait part de ses craintes d'avoir été trahi par un de ses hommes qui l'aurait dénoncé à la police et émet l'hypothèse qu'il pourrait s'agir de Marco la Castagne et de Paulo la Paluche qui devaient tous les deux participer au braquage mais se sont désistés à la dernière minute. Quelques jours plus tard, Paulo vient rendre visite à Yakov pour lui annoncer que Bernardo Baldassario, influencé par un nouveau conseiller ambitieux surnommé Capo Jorge, élimine tous ceux en qui il n'a pas une confiance totale et que Marco a déjà été assassiné. Il le prévient également, qu'étant un de leurs amis et ayant été introduit dans la bande par Marco et Paulo, Yakov est sans doute lui aussi suspecté et l'encourage à quitter le pays comme il s'apprête à le faire. Les suspicions de Paulo semblent se confirmer lorsque, écoutant une conversation entre Bernardo et Capo Jorge à travers une porte, il entend ce dernier mentionner son nom comme suspect.
Pour éviter un funeste destin, Yakov prend contact avec "le Retsvinien", un prêteur sur gage qu'il sait affilié à une bande rivale (Marco et Paulo l'ayant braqué plus tôt dans le film) afin de lui proposer un marché : il emmènera Bernardo à un endroit où son gang pourra lui tendre une embuscade et le tuer en échange de trente-mille dollars, soit de quoi quitter le pays (et ainsi fuir les éventuelles représailles de la mafia) et commencer une nouvelle vie à l'étranger sous une nouvelle identité. Le soir même, il est rappelé par "le Retsvinien" qui accepte le marché et lui confirme le jour, l'heure et le lieu de l'embuscade. Le jour convenu, alors qu'il conduit Bernardo Baldassario et Capo Jorge vers un restaurant où ils désirent dîner, Yakov fait un détour et s'arrête dans une petite ruelle où quatre hommes armés de mitraillettes attendent sa voiture en embuscade. Trois d'entre eux abattent les passagers tandis que le quatrième, visiblement le chef du commando, discutent avec Yakov, qui lui réclame son argent. L'individu lui répond cependant qu'il n'aime pas les mouchards et lui tire une balle dans la tête avant de quitter la zone. De son côté, Lev, tout juste sorti de prison, est très vite mis en relation avec des partisans du Père Reznov qui lui enseignent le maniement des armes et des explosifs.
Yakov se réveille à l'hôpital, la balle ne l'ayant pas tué mais seulement ouvert la joue ce qui le laisse avec une balafre mais toujours en vie. Désormais sans argent et traqué par les membres de la mafia qui cherchent à venger leur ancien patron, il décide de se venger de ceux qui l'ont trahis et l'ont laissé dans cette situation complexe et, au passage, de récupérer l'argent qu'ils lui doivent. Après avoir repéré par la fenêtre de sa chambre deux individus suspects entrant dans l'hôpital, Yakov s'enfui en glissant par une gouttière puis se rend chez "le Retsvinien" dont il ravage la boutique et qu'il torture avec divers objets en vente pour obtenir la localisation de son supérieur avant de l'exécuter en le pendant à un porte-manteau avec une ceinture. Pendant ce temps, les nouveaux amis de Lev comment à planifier une prise d'otage en débattant du meilleur endroit où l'organiser, celui-ci devant être très fréquenté pour que leurs revendications soient entendues par le plus grand nombre de personne possible, et chacun d'entre eux, y compris Lev, prête serment de lutter jusqu'au bout et de donner sa vie pour la cause si nécessaire.
Yakov, remontant la piste donnée par "le Retsvinien" en interrogeant ses contacts avec la même méthode brutale, découvre que le commanditaire de l'assassinat de Baldassario et de sa trahison appartient à la bande du Khardazien et qu'il s'agit sans doute de son chef éponyme lui-même et obtient son adresse à laquelle il décide de se rendre. Pendant ce temps, Oleg se rend à l'endroit habituel où Spetz lui vend ses doses d'héroïne mais il ne l'y trouve pas, un passant visiblement défoncé lui apprenant qu'il a été arrêté par la police quelques jours plus tôt et qu'il faut maintenant aller à la gare Grand Station pour trouver des doses de qualité à bon prix. Arrivé au logement du Khardazien, un appartement dans un immeuble relativement chic comparativement au quartier mal-famé dans lequel il se trouve, Yakov enfonce la porte et abat les deux gardes du corps de sa cible avec un revolver volé chez "le Retsvinien" seulement pour découvrir que celle-ci est en réalité Fredz lui-même qui lui explique avoir tué Boris le Kharadazien plusieurs mois auparavant afin de s'emparer de son organisation et ainsi devenir un entrepreneur financièrement indépendant avec sa propre entreprise comme ils l'avaient toujours rêvés. Il avoue également ne pas avoir su que Yakov était le mouchard mais, lorsque ce dernier lui demande s'il aurait agit de la même manière s'il l'avait su, il répond simplement qu'il n'est pas devenu aussi riche et puissant en s'inquiétant d'avoir des principes et qu'ils étaient stupides de croire qu'ils auraient pu s'élever au sommet par un travail honnête dans un pays qui n'offre plus les opportunités qu'ils s'attendaient à trouver. Fredz sort ensuite un pistolet et tire sur Yakov sans le toucher ce qui lui permet de sortir de l'appartement et de l'immeuble en courant. Les deux anciens amis se courent ainsi l'un derrière l'autre à travers la ville, s'échangeant des coups de feu de temps en temps, jusqu'à Grand Station où Fredz espère semer son poursuivant en se cachant parmi la foule de voyageurs attendant leurs trains.
Alors que Yakov cherche Fredz au sein de la masse, une dizaine d'individus armés jusqu'aux dents entrent dans la station par tous les côtés, neutralisent les quelques agents de sécurité en faction et prennent plus ou moins les voyageurs en otage. L'un d'entre eux commence alors un discours exposant les motivations du commando et dénonçant la misère dans laquelle vivent certaines parties de la population et notamment les immigrés, tandis que la police, prévenue par des captifs mal surveillés, commence à se déployer à l'extérieur du bâtiment et qu'une unité spéciale, toujours menée par l'Inspecteur Tonigo Montoya, est envoyée négocier avec les terroristes. Oleg, également présent sur les lieux pour ses doses d'héroïne, reconnait Lev parmi les preneurs d'otages et l'appelle en criant son nom ce qui attire son attention mais également celle de Yakov et Fredz et, ce faisant, Yakov repère Fredz dans la foule, celui-ci se tenant alors à seulement quelques mètres d'Oleg, et lui tire dessus à plusieurs reprise, le tuant. L'Inspecteur Tonigo Montoa, croyant que les tirs viennent des terroristes, lance l'assaut de la police et abat lui-même Lev d'une balle dans la tempe alors qu'il marchait en direction d'Oleg, déclenchant ainsi une fusillade entre la police et les preneurs d'otages qui laisse le temps à Yakov de s'enfuir, rapidement rejoint par Oleg après qu'il ait rapidement vérifié que Fredz et Lev étaient bel et bien morts.
Une fois suffisamment éloignés de la gare, Yakov et Oleg se disputent et commencent presque à se battre, le second accusant le premier d'être responsable de la mort de leurs deux amis ce à quoi il répond en se moquant qu'il est bien naïf de croire qu'il restait encore une once d'amitié entre eux. Les deux se séparent pendant qu'à Grand Station le dernier terroriste est abattu par la police et que l'Inspecteur Tonigo Montoya, reconnaissant Lev parmi les cadavres et se rappelant qu'il l'avait envoyé en prison plus d'une année auparavant, crache sur son corps en rigolant.
Le soir, Oleg, l'air vide, travaille au Chino Burger quand il a la surprise de voir William Peña, son idole de toujours, rentrer avec sa femme, blonde avec une robe rouge, visiblement mécontent d'avoir raté son train "à cause de ses connards d'immigrés qui n'ont rien trouvés de mieux à faire que de venir crever dans la gare" le jour même où il a besoin d'un train et d'avoir été contraint de "dîner dans un fast-food minable comme les pauvres" parce qu'il n'a trouvé aucune table disponible dans les grands restaurants de la ville. Lorsque Oleg vient le voir pour lui dire combien il l'admire et lui raconter que, comme lui, il est né pauvre mais il sera bientôt riche grâce à son travail acharné, Peña lui répond qu'il n'en a rien à faire et qu'il veut juste un steak-haché et, devant son insistance, lui affirme qu'ils n'ont rien en commun, qu'il n'a pas le bagage nécessaire pour devenir comme lui et qu'il est incroyablement stupide de croire qu'il pourra devenir riche en cuisant des steaks pour une misère dans un restaurant de pauvres alors, qu'à l'autre bout de la ville, Yakov, qui se promène dans les rues nocturnes en réfléchissant, rencontre un homme qui lui demande s'il a du feu pour sa cigarette.
Oleg retourne dans la cuisine et commence à préparer le steak-haché de William Peña puis s'arrête quelques secondes, prend un couteau et retourne dans la salle à manger où il le poignarde à plusieurs reprises avant de s'enfuir dans la nuit au moment même où, à l'autre bout de la ville, l'homme à la cigarette sort un canif et poignarde lui aussi Yakov à mort en lui soufflant "Tous les mouchards doivent crever".
De retour chez sa mère, Oleg regarde un reportage sur la prise d'otage de Grand Station, indiquant notamment que l'Inspecteur Tonigo Montoya est pressenti pour le poste de commissaire de police pour sa gestion exemplaire de l'affaire, puis éteint la télévision lorsque le meurtre de William Peña commence à être abordé. Il s'injecte la dose d'héroïne qu'il a achetée à Grand Station et s'endort en souriant.
Dans un plan séquence au ralenti, Oleg, portant un élégant costume noir, sort de ce qui semble être un hôtel de luxe, avec à son bras une belle jeune femme portant une robe rouge toute aussi élégante, et marche sur un long tapis rouge jusqu'à sa voiture, une limousine blanche et dorée, tout en étant escorté par plusieurs gardes du corps qui repoussent une foule d'individus à qui il sourit et qui scandent joyeusement son nom de plus en plus fort : "Largov ! Largov ! Largov !
Mais lorsqu'il s’assoit à l'arrière de la voiture, son sourire se change brièvement en un rictus forcé avant de s'effacer en sanglots.Commentaire : Deuxième film d'Aaron Darenofsky après
Tralali et Tralala, film à petit budget de 2016 qui racontait l'histoire de deux enfants orphelins travaillant dans une mine et n'y survivant que grâce à leur amitié,
What A Long Road to the Aleucian Dream ! est la première adaptation au cinéma d'une oeuvre de l'auteur sueñolejo Carío Palacàn, en l’occurrence son roman
La vie rêvée (
La vida soñada) publié en 2015, que le réalisateur et scénariste adapte cependant d'une manière très libre, les protagonistes du roman, quatre amis de la campagne sueñoleja qui décident de se rendre à la capitale en quête de richesse et de célébrité, étant, dans le film, remplacés par des immigrés d'Eurysie orientale venus chercher une meilleure vie dans un pays et une ville non spécifiée d'Aleucie. Un changement qui s'explique à la fois par la volonté de Darenofsky de mettre un peu de sa propre vie dans son film, lui même étant né de parents issus de l'immigration est-eurysienne et ayant passé une partie de son enfance dans la pauvreté, et ainsi d'en faire une forme de critique de l'abandon des populations immigrées par leur pays d'accueil, mais surtout par une volonté d'internationaliser le propos du livre et du film ce qui passe, outre l'absence de précision quant aux lieux de l'action et le titre en austarien, par une multiplication de faux indices voués à mener le spectateur sur de fausses pistes : utilisation du dollar international au lieu du peso sueñolejo comme monnaie, mélange de personnages "locaux" aux noms sueñolejos et de lieux portant des noms à consonance austarienne, décors typiquement sueñolejos (le film ayant été intégralement tourné à Sueñoleja la Ciudad) dans lesquels évolue une importante communauté immigrée slave en réalité presque inexistante en Costa Sueñoleja...
Au delà de ces quelques différences, la trame du livre est globalement respectée ainsi que le principal concept qu'il développe, à savoir la désillusion, le refus d'accepter une réalité qui ne se conforme pas à ce qu'on attendait d'elle et les moyens mis en place pour y échapper, thème que l'on retrouvait déjà dans
Tralali et Tralala dont les deux protagonistes transforment toutes leurs corvées en jeux pour les rendre moins dures. Dans
What A Long Road to the Aleucian Dream !, les quatre personnages sont des immigrés ayant quittés le vieux continent, ses dictatures, ses guerres et ses crimes contre l'humanité à la recherche d'une meilleure vie dans le nouveau monde, le continent aleucien historiquement fondé sur l'immigration de millions de personnes venues du monde entier pour saisir les opportunités qu'il leur offrait, et, à force de travail, devenir plus riches et respectés qu'il n'aurait pu le devenir en restant dans leur pays d'origine seulement pour voir leurs espoirs brisés lorsqu'ils se rendent compte que ce nouveau continent n'offre aujourd'hui plus autant d'occasions de s'enrichir qu'à l'époque de la colonisation. Les quatre personnages principaux vont ainsi tous trouver un moyen différent de tout de même vivre leur vie de rêve, ou du moins de s'imaginer la vivre, ce qui est, bien sûr, surtout évident avec Oleg Largo qui vit littéralement dans ses rêves, passant son temps à s'imaginer en William Peña, allégorie du
self made man qui a réussi à bâtir sa fortune par ses propres moyens en partant de rien, et à transformer tous ses succès les plus mineurs en exploits lorsqu'il les raconte à sa mère, c'est ainsi que, par exemple, le
Quartet Club, le petit bistrot acheté par la bande, devient un restaurant gastronomique visité par les plus grandes célébrités. Il semble être le seul des quatre protagonistes à se satisfaire de sa vie actuelle, ne prenant aucune décision majeure et se laissant guider par ses amis, préférant parler de sa prétendue vie de rêve plutôt que des affaires d'argent du groupe, jusqu'à ce qu'il soit brutalement ramené à la réalité par un élément extérieur qui détonne avec son univers imaginaire. D'abord lorsqu'il est confronté au monde criminel en découvrant les activités illégales de Fredz qui vont à l'encontre de son idée d'un monde parfait où l'on s'élève par un travail honnête et où le crime ne paie pas, ce qui le pousse à se réfugier dans un paradis artificiel plus solide, plus imperméable et plus permanent que celui qu'il se créé en dormant ce qui passe par l'usage de psychotropes. Puis, lorsque le groupe éclate après la disparition de Fredz et l’arrestation de Lev, il perd tous ses amis, lui prouvant que leur amitié n'était pas aussi solide qu'il le pensait mais surtout lui enlevant les seuls éléments de la réalité qu'il acceptait dans son monde imaginaire, il s'enfonce encore plus dans son paradis artificiel qui devient pour lui la seule réalité, utilisant des psychotropes toujours plus puissant pour échapper à un monde réel dans lequel il ne trouve plus le moindre intérêt et qui s'éloigne désormais irrémédiablement de l'idée qu'il se faisait de sa vie. Enfin et surtout, lorsqu'il est confronté à William Peña, son idole et la personne même sur laquelle reposait tout son monde imaginaire, et qu'il découvre qu'il n'a rien à voir avec le William Peña de ses rêves, il l'élimine physiquement et va jusqu'à ignorer l'annonce de sa mort au journal télévisé, effaçant ainsi le véritable Peña pour pouvoir continuer à rêver d'une version de lui plus fidèle à l'image qu'il se faisait de lui avant de le rencontrer et qui deviendra, pour lui et pour toujours, la seule version qui n'ait jamais existé, celle d'un garçon pauvre, honnête et généreux qui a réussi à devenir un homme riche et connu grâce à son travail. Mais, malgré tous ses efforts pour protéger son monde de rêve des influences néfastes de la réalité, tout ce à quoi il a été confronté tout au long du film ne peut que lui faire prendre conscience qu'il se leurre lui-même, que sa vie rêvée n'est qu'un mensonge, que le prix qu'il a du payer pour continuer à rêver est trop grand et qu'il ne pourra jamais plus être heureux en étant devenu un meurtrier héroïnomane et solitaire comme celui qui hantait ses cauchemars.
Mais Oleg n'ait pas le seul à rêver sa vie. En effet, même si cela est peut-être moins évident, ses trois amis à première vue plus lucides face à la réalité trouvent tout de même tous leurs propres moyens pour y échapper et se construire, eux aussi, leur propre monde imaginaire. Dès leur première apparition, Fredz, Yakov et Lev sont en vus en train de regarder un film pornographique à la télévision ce qui, en plus de révéler une certaine forme de perversion morale qui laisse déjà entrevoir leur chute future dans la grande criminalité et les distingue d'Oleg, plus pur et honnête, qui refuse de les rejoindre, peut également témoigner d'une tendance à se réfugier dans la fiction pour fuir le vide de leurs propres vies et leur solitude. En effet, bien qu'apparemment amis, les quatre personnages passent relativement peu de temps ensemble, chacun ayant un travail différent pendant la journée et ne se retrouvant que pour leurs temps libres qu'ils consacrent, outre à regarder la télé, à élaborer des plans sur la comète concernant leur futur bar et à faire du trafic pour gagner de quoi l'acheter, ne se parlant finalement que très peu de leurs goûts, leurs activités ou leur vie privée (personne n'était au courant pour l'immigration de la famille de Fredz), cette amitié ne tenant finalement que grâce au projet qui unit les quatre personnages et s'effondrant dès lors que ce dernier tombe à l'eau malgré les efforts d'Oleg pour maintenir cette amitié, celui-ci étant le seul des quatre à se satisfaire de sa situation et pour qui cette amitié a réellement de l'importance et n'est pas perçue comme uniquement un moyen d'améliorer sa situation personnelle.
Mais même après leur séparation, chacun d'entre eux continu à s’illusionner sur sa vie. Yakov Napinsky, devenu chauffeur pour la mafia, se croit devenu influent et respecté dans le milieu criminel et être un membre important de l'organisation mais il est en réalité systématiquement tenu à l'écart des activités du gang, ne participant pas aux braquages et trafics mais étant seulement chargé de conduire les parrains et soldats de l'organisation là où ils en ont besoin, à tel point qu'il ne découvre qu'à la toute fin du film que la bande contre laquelle il est en guerre est celle du Khardazien et, lorsque Baldassario commence à le suspecter et envisage de l'éliminer (prouvant qu'il n'est pas aussi important et indispensable qu'il le pensait et qu'il n'a jamais été autre chose qu'un simple larbin remplaçable), Paulo, qu'il considérait comme un ami proche, ne l'aide absolument pas à s'en sortir, lui conseillant simplement de quitter le pays sans lui en donner les moyens ou lui proposer de fuir avec lui. Malgré tout, il s'acharne à s’illusionner en s'imaginant pouvoir s'en sortir en vendant son patron pour de l'argent comme si des gangsters et des tueurs professionnels allaient accepter de payer un homme qui trahi sa bande quand ils peuvent juste le descendre et garder leur argent.
Encore plus extrême, Lev Lewonsti, en prison, échappent à sa condition en se réfugiant dans les enseignements du Père Reznov et dans son idéologie. Une idéologie d'ailleurs laissée volontairement floue par le réalisateur puisqu'elle semble mélanger le fondamentalisme religieux, le socialisme révolutionnaire et le communautarisme ethnique dans un tout
a prioriincohérent, l'objectif n'étant pas ici de développer une théorie politique réaliste ou crédible mais simplement de reprendre plusieurs moyens par lesquels les "opprimés" échappent, ou pensent échapper, à leur condition : la religion et la promesse du Paradis, la violence révolutionnaire sensée mener à la construction d'un monde meilleur et l'entraide entre les individus d'une même communauté qui partagent les mêmes conditions d'existence. Lev, mais aussi tous les membres du groupe, passe donc toute sa peine de prison et la courte période de liberté qui a suivi à s'imaginer le monde utopique qu'il participera bientôt à construire et à se prendre pour un guerrier révolutionnaire qui libérera son peuple de l'oppression, dusse-t-il donner sa vie pour y parvenir. Mais, le jour où il lui faut passer à l'action, loin de mourir en martyr pour sa cause, il est tué sans aucun honneur avec tous ses frères d'armes et, pire encore, il est, jusque dans la mort, humilié par son meurtrier qui sera couvert de gloire et vraisemblablement récompensé pour cela tandis que, lui, retournera à l'indifférence générale, sa tentative de révolution, loin de changer l'histoire ou de s'imposer dans les esprits, étant réduite à une simple nuisance passagère par William Peña. Loin d'avoir servi une cause comme il le pensait, la mort de Lev a donc été parfaitement inutile.
Fredz Bordenovitch apparaît donc comme le seul des quatre protagonistes à avoir réellement atteint l'objectif fixé par la bande de devenir riche et respecté grâce au crime, ce qui, pour le coup, renvoi à une problématique particulièrement importante en Costa Sueñoleja où le crime et les activités illicites, même de faible importance ou pour une courte période, sont une pratique très courante au sein de la majorité très pauvre de la population pour qui il est souvent une nécessité sans laquelle il est impossible de survivre, le milieu criminel sueñolejo offrant encore aujourd'hui beaucoup plus d'opportunités d'amasser de l'argent que les emplois légaux souvent très mal payés. Le fameux "rêve aleucien" du titre se révèle finalement n'être accessible qu'à ceux qui acceptent de rejeter leur morale et leur perception du bien et du mal pour s'enrichir par des moyens illégaux sans prêter la moindre attention à la souffrance que cela peut procurer ou du sang qu'il leur faut verser. Mais, là encore, Fredz est lui aussi illusionné par sa certitude de vivre la vie dont il a toujours rêvé avec ses amis. En effet, alors qu'il est sensé être riche, il continu de vivre dans les quartiers pauvres où il mène ses affaires illégales et non pas dans les quartiers riches où vivent les élites car il n'appartient pas à leur monde, lui étant juste un trafiquant de drogue et un braqueur quand eux sont des hommes et femmes d'affaires internationaux appartenant au beau monde et, s'il prétend être connu et respecté, il ne l'est pas pour ses exploits, ses réalisations de
self made man ou sa générosité à l'égard de la population mais uniquement par la peur qu'il leur fait ressentir. De manière général, le Fredz Bordenovitch de la fin du film paraît beaucoup plus sombre, antipathique et triste que celui du début, pourtant plus pauvre mais qui avait alors de beaux rêves et des amis avec qui les partager. Le Fredz de la fin est finalement un homme solitaire, rejeté par sa famille, qui a dû tuer son mentor et abandonner ses amis pour atteindre ces rêves mais qui n'y trouve plus d'intérêt car il est seul à pouvoir y goutter, entouré seulement de ses nombreux hommes de main qui ne s'intéressent qu'à son argent et qui se révèlent incapables de le protéger face à un seul individu isolé et sans un sou mais suffisamment déterminé à le tuer et à détruire tout ce qu'il a bâti car, s'il a su s'élever seul au dessus de la masse, c'est bien au milieu de la foule que Fredz vit ses derniers instants.
Société de production / Producteur : Dangerous Productions
Réalisateur : Aaron Darenofsky (d'après un scénario d'Aaron Darenofsky basé sur le roman
La vie rêvée de Carío Palacàn, publié en 2015)
Distribution :- Marcello Macrel (Oleg Largov)
- Cristián Balò (Fredz Bordenovitch)
- Hetor Leteros (Yakov Napinsky)
- Vicente de Frío (Lev Lewonsti)
- María Sofia Cuzco (Iwona Largov, la mère d'Oleg)
- Wilhelm Strausser (Boris Kratchnuk dit "Le Khardazien")
- Diego Schenbaum (Wilbur dit "Le Kartien")
- Ramón Latorre (Bernardo Baldassario)
- Diego Caracal (l'inspecteur Tonigo Montoya)
- Terrio de Cabana (le Père Reznov)
- Grego Jagal (Gros Bob, le patron du Chino Burger où travaille Oleg)
- Esteban Flores (William Peña, le self made man en costume noir)
- Catalina Mayorcetu (Madame Peña, la femme blonde en robe rouge)
- Lester Belota (Marco la Castagne)
- Alfredo Águila (Paulo la Paluche)
- Soledo Sea (Capo Jorge)
- Lurio Castanbal (Ricardo Baldassario)
- Oscar Standal ("le Retsvinien")
- Guillermo Luzo (Spetz, le dealer d'héroïne)
- Aaron Darenofsky (Igor, caméo)
- Lario del Ruis (Vigor)
Date de sortie : Avant-première prévue au festival. Sortie nationale et internationale le 4 Novembre 2019.